LA POLITIQUE DE L’EAU EN TUNISIE Jean-Jacques Pérennès
La Documentation française | « Maghreb - Machrek » 1988/2 N° 120 | pages 23 à 41
ISSN 1241-5294
DOI 10.3917/machr1.120.0023
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La politique de l'eau en Tunisie
Développer les ressources en eau est à l'heure actuelle pour la Tunisie une priorité, afin d'augmenter une production agricole encore insuffisante, et trop tributaire des variations climatiques. Cela permettrait de limiter les importations alimentaires qui vont croissant (210 MOT* en 1982 au début du 6" plan, 287 MOT à la fin, en 1986), aggravant le déficit commercial d'un pays déjà endetté vis-à-vis de l'extérieur (2 MMDT en 1982, 4,15 MMDT en 1986); le service de la dette y atteignait, en 1986, 528 MOT, soit plus du quart des recettes d'exportations.
L'importance attachée au développement de l'hydraulique agricole apparaît dans les orientations du 7" plan de développement tunisien 1987-91, où l'Etat prévoit d'allouer à ce secteur 720 MOT, soit 36% des investissements agricoles.
C'est la grande hydraulique qui, dans cette enveloppe, devrait continuer à absorber l'essentiel des crédits en raison des grands aménagements en cours (prolongement du canal de transfert des eaux du Nord, barrages de Sejenane, El Houareb, Siliana, équipement des périmètres), ce qui ne va pas sans soulever bien des controverses en Tunisie. Pour certains chercheurs tunisiens, en particulier S. El Amami, cette concentration des moyens sur la grande hydraulique explique les résultats insuffisants de l'intensification agricole : les travaux qu'ils ont menés sur les traditions d'irrigation dans les campagnes tunisiennes les conduisent à préconiser des alternatives au modèle hydraulique des grands périmètres, qui domine en Tunisie comme ailleurs au Maghreb.
Le débat n'est pas nouveau ; on tentera cependant d'en préciser les termes actuels, en s'appuyant sur les données récentes (1 ), notamment le bilan 1985 des ressources en eau et l'évaluation rétrospective du 6" plan.
Répartition régionale
L'eau
1une ressource rare et mal répartie
La Tunisie reçoit un volume annuel de précipitations de 33 MM m3, dont 2,6 MM environ s'écoulent dans les oueds. La mobilisation de ces eaux de surface est toutefois rendue difficile par l'irrégularité et la violence des précipitations caractéristiques du climat méditerranéen (2). Mais le pays dispose aussi d'importantes potentialités en eaux souterraines, provenant soit de l'infiltration dans les nappes, soit de nappes profondes, particulièrement importantes dans le Sud (3) (cf. tableau 1 ).
• 1 dinar tunisien (DT) = 7 FF environ en 1987.
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TABLEAU 1. RESSOURCES EN EAU DE LA TUNISIE (Bilan 1985)
(unité : 1 hm3 = 1 Mm3)
Ressources exploitables Potentiel en eaux souterraines
Total Régions
eaux surface (hm3/ an)
nappe nappe total
phréatique profonde
Nord 2120 325 148 473 2593
Centre 370 194 267 461 831
Sud 140 67 724 791 931
Total 2630 586 1139 1725 4735
Source: Direction des ressources en eau (ORE) : Bilan 1986.
Ce bilan de 1985 (4) montre que d'une part, les eaux de surface constituent 60 % des potentialités totales, mais que les eaux profondes sont également une ressource importante; d'autre part, que la répartition régionale est très tranchée, puisque le Nord dispose de 80% des eaux de surface et le Sud de 72 % des eaux profondes.
Toutefois, toutes ces ressources ne constituent que des apports potentiels : les valeurs significatives sont les quantités mobilisables (c 'est-à-dire maîtrisables par des ouvrages hydrauliques) et régularisables (garanties en moyenne à l'utilisateur, malgré les variations climatiques) .
Or, pour les eaux de surface, on calcule que, sur les 2630 hm3 du potentiel estimé, 2102 sont mobilisables , et 1697 sont régularisables ; d'autre part, sur les quantités régularisables, 91 % sont situées au nord du pays (et surtout au nord-ouest), alors que les grandes régions utilisatrices sont Tunis, le Cap Bon et le Sahel de Sousse (avec leurs zones touristiques), et la grande ville industrielle de Sfax, toutes situées à l'est et parfois très au sud .
Pour les eaux souterraines, 96% de l'eau des nappes superficielles (soit 563 hm3 sur 586) sont déjà exploités . Ceci est une moyenne : dans certaines régions comme le Cap Bon, Sidi Bou Zid et Monastir, la surexploitation est inquiétante. Les puits de surface se sont multipliés, toujours plus profonds, dotés à plus de 50% de motopompes. Aussi l'étude citée conclut-elle que
" d'ores et déjà il faudrait s'orienter vers le recours systématique à la recharge artificielle chaque fois que cela sera possible, ainsi qu 'au développement des travaux de CES (conservation des eaux et du sol) pour la recharge des nappes •• (5) . En ce qui concerne les eaux profondes, 59% du potentiel seulement sont exploités (669 hm3 sur 1139) : les disponibilités sont donc plus importantes (470 hm3) , mais l'exhaure requiert des techniques de forage complexes et coûteuses, même si l'on peut utiliser une partie des forages existants; et d'autres inconvénients existent, comme l'éloignement, et l'incerti- tude concernant le comportement des nappes profondes en cas d'exploitation trop rapide (6) .
Ces chiffres montrent la rareté et l'inégale répartition de l'eau en Tunisie. Pour prendre toute la mesure du problème, il faut les rapprocher de l'évaluation des besoins, qui vont croître rapidement d'ici l'an 2000 : entre les trois utilisateurs d'eau que sont les villes, l'industrie et l'agriculture, la concurrence va devenir de plus en plus forte .
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La consommation des villes et de l'industrie
La Tunisie est le pays du Maghreb où le phénomène urbain est le plus marqué : les villes regroupent 56% de la population totale, soit 3,9 M d'habitants sur un effectif total de 7 M environ en 1985. Sur la base d'un taux d'accroissement annuel moyen de 2,7% de la population totale, on aura donc au minimum 6,5 M de citadins en l'an 2000. Dès 1970-73, l'étude du groupe HUIT sur l'armature urbaine tunisienne avait fait apparaître une série de seuils critiques pour l'Alimentation en eau potable (AEP), du fait du décalage entre régions de ressources et régions d'utilisation.
L'OMS définit le minimum vital en AEP à 55 litres par habitant et par jour, mais il faut compter 100 1, si l'on inclut les besoins des activités artisanales et de service intégrées au tissu urbain, chiffre auquel il faut ajouter un coefficient de perte de 20 % : ce qui fait une norme moyenne de 120 1/hab.fj. Les évaluations des besoins en AEP en l'an 2000 varient entre 480 hm3 (hypothèse faible) et 570 hm3 (hypothèse forte) (7). Le grand Tunis devrait à lui seul absorber près de 240 hm3 en l'an 2000 (selon les projections du groupe HUIT). Sousse et Sfax sont également de gros centres utilisateurs, entre autres pour l'industrie, et bien qu'il n'existe pas de bilans synthétiques sur la demande industrielle en eau, on peut observer des concurrences locales, comme à Gabès, où la construction d'une grande zone industrielle avec de nombreuses usines polluantes (chimie, engrais, ciment...) cause un préjudice grave à l'agriculture (8) .
A cela s'ajoute la très importante consommation touristique. Le nombre de touristes a dépassé le million et demi en 1987; or la consommation journalière par lit hôtelier est évaluée à 600-750 1/j en période estivale (9), ce qui représente des quantités considérables pour les grosses concentrations touristiques comme Nabeul-Hammamet, Sousse-Monastir, Tunis, Djerba-Zarzis. Il semble pourtant que l'option pour le tourisme de masse et le choix des zones prioritaires n'ait pas tenu suffisamment compte du problème de la répartition de l'eau (10).
D'où des tensions considérables avec le secteur agricole dans des régions comme le Cap Bon, ou le Sahel de Sousse.
Les besoins en eau pour l'irrigation
Ils sont difficiles à appréhender de façon globale, en raison de la diversité des spéculations agricoles et de leurs niveaux très variables de consommation en eau : le maraîchage et les agrumes requièrent environ 4 et 5000 m3/ ha/an, mais le passage aux cultures sous serre entraîne un accroissement de la demande d'eau à l'ha, et les besoins varient beaucoup d'une région à l'autre.
Le planificateur a fait plusieurs hypothèses concernant la demande potentielle en eau d'irrigation : dans son étude de 1980, F. Gana estime qu 'il faudrait assurer 1990 hm3/ an pour pouvoir irriguer correctement 225000 ha environ (c'est le maximum irrigable souvent retenu). Selon la rétrospective du 6" plan , on serait proche de cette dotation en 1986: la consommation pour l'alimentation en eau potable (AEP) et l'alimentation en eau pour l'industrie atteindrait 420 hm3 (370 hm3 en 1981 ), alors que la consommation pour l'irrigation s'élèverait à 1874 hm3 (1448 hm3 en 1981).
En fait, ce sont là des estimations globales, qui masquent les tensions existant en de nombreux endroits autour de la ressource et que seule une politique d'arbitrage peut résoudre . Dans la région du Cap Bon, par exemple, région
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d'agriculture très intensive, la surexploitation des nappes est déjà ancienne : dès 1974, H. Sethom tirait le signal d'alarme, en comparant la capacité de réalimentation des nappes locales, et les besoins potentiels du maraîchage et de l'arboriculture. Ennabli écrivait en 1970 à propos de la nappe de Grombalia- Soliman, qu 'il vaudrait mieux parler de « réservoir qui se vide , (11) . Or, le littoral sud du Cap Bon est devenu la première région touristique de Tunisie, avec les complexes de Nabeul et Hammamet. Avant même que ce secteur prenne son essor, l'accord était général sur l'urgence d'aménagements suscepti- bles de mobiliser et de transférer l'eau du Nord vers les grandes centres de consommation . Quelles furent les options et les réalisations de l'Etat?
Les options de l'Etat en matière hydraulique
Le choix principal de l'Etat a consisté jusqu 'à maintenant à poursuivre et développer l'option retenue à l'époque coloniale pour les grands barrages- réservoirs , au détriment des aménagements plus localisés.
L'héritage colonial
Par le décret beylical du 24 septembre 1885, le Protectorat s'était assuré le contrôle juridique des potentialités en eau. Il a ensuite longtemps hésité sur la politique hydraulique à mener, en raison des déboires rencontrés en Algérie à la fin du XIX• siècle en matière de barrages-réservoirs. Certes, un ingénieur des Travaux publics , J. Coignet , se fit dès le début du siècle l'avocat de l'option grands-barrages , allant jusqu 'à publier en 1917 une liste de sites , où l'on trouve la plupart des noms de barrages construits ultérieurement (12) . Il ne fut guère écouté de son temps, d'autant que l'agriculture européenne avait une logique foncièrement extensive , comme l'a montré Poncet (13). Aussi, pendant long- temps ne s'est-on intéressé qu'à l'étude des ressources et à l'exploitation des nappes artésiennes de l'extrême-sud (Zarzis) . Hormis un réservoir en 1925, il faut attendre les années 1950, pour que les premiers grands barrages soient réalisés, sous l'instigation de l'ingénieur Tixeront (14) , et d'abord pour l'alimentation en eau potable.
TABLEAU 2. BARRAGES CONSTRUITS À L 'ÉPOQUE COLONIALE Volume (hm3)
Barrages Oueds Dates
mobilisé régularisé (*)
Kébi r Kébir 1925 5 9
Ben Metir Ellil 1954 73 45
Mellegue Mel legue 1955 300 120
El Aroussia Medjerdah 1957 5
(' ) Il est préférabl e de prendre en co mpte le volume régularisé plutôt que la capacité globale du barrage qui inclut un volum e mort partais important prévu pour l'envasement.
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Au total, les quantités mobilisées au moment de l'Indépendance restent relativement restreintes, et principalement affectées à l'alimentation en eau des villes. Ces barrages anciens régularisent actuellement 175 hm3 environ.
Les options de la Tunisie indépendante
Le débat ne reprend vraiment que dans les années 60, lorsque l'on discute de l'éventualité d'un barrage qui alimenterait le Sahel, en particulier Sousse. Les avis sont partagés, en raison du coût. Finalement la décision est prise de réaliser un grand barrage à Nebhana (un des projets les plus chers du monde, écrit El Amami) suivi de plusieurs autres (Masri, Lakmès, Kasseb, Bir M'cherga, Bou Heurtma) . En fait, ces barrages entrent dans un dispositif d'ensemble, définitivement adopté au début des années 1970, et repris dans quatre plans directeurs pour les grandes régions hydrauliques du pays : celui des eaux du Nord {lchkeul, Medjerdah, Mornag, Cap Bon); celui des eaux de l'extrême Nord {Tabarka, Djebel Abiod) ; celui des eaux du Centre (Kairouan , Sahel, Sfax, Kasserine, Gafsa-Nord); celui des eaux du Sud (Medenine, Gafsa-sud , Gabès).
Ces plans directeurs, élaborés par des bureaux d'étude étrangers entre 1975 et 1977 (15), sont alors présentés comme "la plus grande, la plus impressionnante réalisation de la Tunisie indépendante , (16) . Ils consacrent l'option pour les grands barrages et le transfert des eaux du Nord vers les grandes régions utilisatrices, grâce en particulier à 3 grands canaux et conduites :
- le canal Medjerdah-Cap Bon {El Aroussia-Grombalia), long de 125 km : il doit apporter dans un premier temps 163 hm3, mobilisés par un grand barrage sur la Medjerdah (Sidi Salem), puis 209 hm3 lorsque les barrages de Joumine, Sejenane et Sidi Barrak seront construits. Le chantier, confié à une entreprise de Chine populaire, a été achevé en 1984;
- une conduite de 56 km doit renforcer ce canal de la Medjerdah, en apportant les eaux du barrage de Joumine. Elle est en construction;
-enfin , une troisième conduite Sejenane-Joumine de 36 km doit achever le dispositif autour de 1990 (17) .
Les réalisations en matière hydraulique (1962·1987}
Pour mener à bien un programme d'une telle ampleur, l'Etat a mobilisé des moyens financiers importants (tableau 3) .
TABLEAU 3. MONTANT DES INVESTISSEMENTS PLANIFIÉS POUR L'HYDRAULIQUE
1962-71 Investissements hydrauliques 80 En % des investissements agricoles 29 %
1972-81 300
39 %
1982-86 605
39 %
(en MOT courants)
1987-91 720
37 %
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La grande hydraulique absorbe environ 90% de ces crédits, d'autant plus que des réévaluations financières substantielles interviennent en cours d'exécution, du fait de l'inflation mondiale et des retards . Une part importante de ces dépenses est payée en devises étrangères, et suppose des financements extérieurs, moyen par lequel les bailleurs de fonds imposent leurs propres sociétés d'études et de travaux. A ce prix, les réalisations menées à bien depuis l'Indépendance sont considérables.
Mobilisation des eaux de surface
TABLEAU 4. GRANDS BARRAGES CONSTRUITS DEPUIS L'INDÉPENDANCE Volume (hm3)
Barrages Oueds Dates
mobilisé régularisé
Bezlrk Bezirk 1960 6,4 4,5
Chiba Chiba 1963 7,8 4,0
Nebhana Nebhana 1965 86,4 25
Mas ri Mas ri 1965 6,8 3,5
Lakhmes Siliana 1966 8 7
Kasseb Beja 1969 81 ,7 42
Bir M'Cherga Miliane 1971 52,9 40
Bou Heurtma Bou Heurtma 1976 117,5 50
Sidi Saad Zeroud 1982 210 130
Sidi Salem Medjerdah 1982 550 515
Jou mine Jou mine 1983 107 74
Ghezala Ghezala 1984 11 5,6
Lebna Lebna 1987 25 13
Selon le bilan fait en 1986, le total mobilisé par les grands barrages en eau de surface serait de 1 275 hm3 et le total régularisé de 948 hm3 (les chiffres ci- dessus donnent un total un peu plus élevé).
Les autres formes de mobilisation sont d'un apport marginal :
-les lacs collinaires, peu nombreux, se situent pour l'essentiel au Nord-est (gouvernorat de Bizerte) ou dans la Haute-Medjerdah. Il s'agit de retenues modestes, permettant chacune d'irriguer entre 50 et 150 ha. Sept lacs collinaires ont été mis en eau entre 1982 et 1986, mobilisant au total 5 hm3 et en régularisant 2,9 (18) .
Au total, les lacs collinaires mobilisent actuellement 9,2 hm3 et en régularisent 6,03 ; les pompages au fil de l'eau sont évalués à 100 hm3; les dérivations d'eaux de crues à 8 hm3.
Tous ces aménagements de surface permettent de mobiliser aujourd 'hui environ 1392 hm3, soit 67 % du potentiel mobilisable, et de régulariser 1 062 hm3• Le résultat n'est pas négligeable, mais on voit que la priorité financière a été donnée à la grande hydraulique et que l'apport des autres formes de mobilisation de l'eau est marginal. Comme dans les autres pays du Maghreb, on parle beaucoup maintenant de lacs collinaires et de réutilisation des eaux usées ; néanmoins, les grands chantiers programmés risquent bien d'accaparer encore une grosse part des crédits.
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LA POLITIQUE DE L'EAU EN TUNIS IE
Barrages en Tunisie
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TABLEAU 5. GRANDS PROJETS EN COURS OU PROJETÉS Volume (hm3)
Barrages Oueds Dates
mobilisé régularisé
El Houareb Merguellil 1991 25 16,5
Siliana Siliana 1990 50 26
Sejenane Sejenane 1988 100 78
Sidi Barrak Zou ara 1993 192 142
Des projets programmés à l'heure actuelle permettront de passer d'ici 1993 à 1 576 hm3 (75 % du potentiel).
Mobilisation des eaux souterraines
Bien qu 'on y ait affecté des moyens financiers beaucoup plus limités, la mobilisation des eaux souterraines s'est également amplifiée :
-pour les nappes phréatiques, par l'accroissement du nombre de puits et l'essor des motopompes (563 hm3 exploités en 1985);
- pour les nappes profondes, par la multiplication et la meilleure utilisation des forages, en particulier dans le sud du pays qui a permis de mobiliser 669 hm3; il reste encore 470 hm3 disponibles, mais les risques localisés de surexploitation sont à surveiller.
Enfin, de premiers résultats ont été obtenus dans la réutilisation des eaux usées, en particulier dans la région de Tunis où 31 hm3 ont été ainsi mobilisés en 1985, dont 27 à Tunis.
Au total, grâce aux eaux de surface et aux eaux souterraines, 2624 hm3 ont été mobilisés et 2 294 hm3 régularisés. Le programme de mobilisation des eaux défini dans les Plans directeurs a donc été mené de façon dynamique, accusant tout juste quelques années de retard , en particulier en raison de difficultés de financement.
La question de la répartition de l'eau
La montée des besoins urbains et industriels oblige l'Etat à réaliser des arbitrages, en fonction des priorités choisies : les villes, pour éviter les tensions sociales, les complexes touristiques.
Par ailleurs, il n'existe pas de réglementation rigoureuse permettant de contrôler les forages des entreprises industrielles, qui peuvent menacer l'agriculture irriguée, comme à Gabès ... sans parler des rejets polluants.
Le code des eaux de 1975, ainsi que le Comité national de l'Eau, dont la composition a été définie en 1978, constituaient des amorces de procédures et de structures d'arbitrage. Leur efficacité semble cependant limitée par un certain nombre de pressions. Ainsi, il semble bien que le Cap Bon n'ait pas reçu les quantités d'eau prévues lors de la construction du canal Medjerdah- Cap Bon (19). Des progrès importants pourraient aussi être accomplis en matière d'économie de l'eau par une politique de tarification , de réfection des réseaux ...
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LA POLITIQUE DE L'EAU EN TUNISIE
L'impact de l'hydraulique sur la production agricole
Un déficit vivrier préoccupant
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La priorité donnée à l'hydraulique dans les investissements agricoles avait pour objectif d'assurer une sécurité alimentaire au pays : depuis 1975, la balance agro-alimentaire tunisienne connaît en effet, un déficit structurel.
TABLEAU 6. ÉVOLUTION DES ÉCHANGES AGRO-ALIMENTAIRES
(en MOT)
Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne Moyenne
66-69 70-74 75-78 79-81 82-86
lmport CAF 25,30 50 ,80 92,45 174,9 282,20
Export FOB 27,15 51 ,85 64,40 86,7 125,70
Solde + 1,85 + 1,05 - 28,09 - 88,2 -156,50
En fin de période, le taux de couverture des importations par les exportations n'atteint plus que 45 % . Ce déficit croissant vient notamment de l'accroissement très rapide des importations de produits de base. En 1965-69, on a importé en moyenne 325 000 t de céréales, 2 51 0 t de produits laitiers, 3 160 t de sucre;
en 1982-86, les moyennes ont été respectivement de 980 000 t, 26 900 t, 181390 t.
Le 7" plan (1987 -91) se donne actuellement comme objectif de réduire ce déficit en assurant un taux de couverture des importations de 72 % environ . L'effort sera mené dans deux directions : l'accroissement de la production en denrées de base ; le développement des productions exportables, en particulier l'huile d'olive (objectif : 60000 t exportées en 1991 contre 46320 en 1986); les agrumes (100000 t contre 32000) ; la pomme de terre (20000 t contre 3800) ...
Le secteur de l'agriculture irriguée, qui bénéficie de la plus grande partie des investissements agricoles, va-t-il pour autant accroître sa production?
Les résultats décevants de l'agriculture irriguée
La superficie irrigable à la fin du 6" plan est évaluée à 256 700 ha, répartie en deux secteurs : les périmètres publics irrigués (PPI), zones d'irrigation gérées par les Offices étatiques, et les périmètres privés. Le secteur des PPI , organisé en Offices de mise en valeur, est celui qui a le plus faible taux d'intensification, bien que bénéficiant de la plus grande part des investissements de l'Etat.
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TABLEAU 7. VENTILATION DES IRRIGATIONS ENTRE PÉRIMÈTRES EN 1986 Périmètres irrigués (en ha)
Superficie équipée
Superficie physique irriguée Superficie effectivement irriguée (1) Taux d'utilisation (2)
Taux d'intensification (3) Source : Enquête périmètres irrigués 1986.
Publics 101800 70400 77200 69,1 % 75 ,8 %
(1) Compte tenu des doubles cu ltures sur une même campagne.
(2) Superficie irriguée/ superficie équipée.
(3) Superficie effectivement irriguée/ superficie équipée.
Privés 154900 117500 129200 75 ,9 % 83,4 %
Total 256700 187900 206400 73,2 % 80,4 %
Ce taux d 'intensification moyen de 80 % est insuffisant, car le taux à atteindre est de 120 % (en raison des doubles cultures possibles au cours d 'une même campagne). Pourtant, des crédits importants ont été consacrés tant pour réhabiliter des périmètres anciens (23000 ha entre 1982 et 86) que pour en créer de nouveaux (32364 ha sur la même période) . Au premier rang des facteurs de production sous-utilisés sur les périmètres publics, il y a l'eau.
La rétrospective du 6" plan fait état d'une consommation moyenne de 2984 m3 d'eau à l'hectare pour les 11 périmètres publics irrigués. Hormis dans les oasis du Sud , où l'irrigation est traditionnellement bien développée, on a donc des niveaux de consommation en eau très faibles sur ces périmètres, y compris sur les périmètres anciens , comme ceux de la Medjerdah, du Lakhmès et du Nebhana. En maints endroits , on ne dépasse guère 2000 m3/ ha, alors qu 'il faudrait consommer de 6 à 7000 m3/ ha pour une intensification réelle. Quant aux périmètres privés, ils sont moins encadrés, plus dispersés, mais contribuent surtout à la production vivrière.
Les résultats sont donc décevants, et la contribution de l'agriculture irriguée à la production agricole totale est insuffisante eu égard aux investissements très lourds qui lui sont consacrés . En valeur, la production moyenne des périmètres irrigués représenterait actuellement 32 % de la production totale agricole , les contributions essentielles étant le maraîchage (55 %) et l'arboriculture (37 % ) (20).
TABLEAU 8. RÉPARTITION DES SUPERFICIES IRRIGUÉES SELON LE TYPE DE PRODUCTION (en ha)
Spéculations Maraîchage
Céréales Fourrages
Cultures industrielles Légumineuses
Arboriculture et autre (*) Total
(") Détail non disponible.
Source : Enquête Périmètres irrigués 1986.
Total 107290
22920 22410 7510 1720 44530 206400
PPI 29890
8500 16410 4620 570 17210 77200
Privés 77400 14420 6000 2 890 1150 27340 129200
La répartition des spéculations fait apparaître sur l'ensemble des périmètres un développement important du maraîchage , en particulier sur les périmètres
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privés : c'est le fait de petites exploitations, qui pratiquent notamment les cultures de tomates, de piments et de pommes de terre. Par contre, les cultures industrielles (betterave sucrière, essentiellement), et fourragères (pour l'élevage laitier), qui s'implantent plus difficilement, sont plus développées dans les périmètres publics, où l'Etat tente de les imposer par le biais des Offices de mise en valeur. Des mesures d'incitation sont nécessaires (par les prix, par exemple) pour que les producteurs acceptent de moins spéculer sur le maraîchage - primeurs ou melon-pastèque, qui sont très rentables - et de se livrer à des productions plus intéressantes pour l'équilibre de la balance alimentaire nationale. L'objectif du prochain plan est d'obtenir 50000 ha de cultures fourragères irriguées (pour développer la production laitière), et 14000 ha de cultures industrielles.
En outre, la concentration des investissements agricoles sur les périmètres au détriment des autres surfaces a entraîné une stagnation des productions de base, en particulier de la céréaliculture- que Hedi Belhaj qualifie de " bloquée , - mettant par ailleurs en cause la politique des prix à la production (21 ). Au cours de la campagne 86, les céréales n'ont occupé que 1317000 ha, alors que la moyenne des emblavures 1982-86 était de 1540000 ha. Les rendements restent faibles : la production moyenne pour le 6• plan est de 11,7 Mqx, les rendements varient de 7 qxjha pour l'orge à 10 pour le blé dur et 15 pour le blé tendre. Cela a contraint à importer environ 13 Mqx pour compléter la récolte 1986. Actuellement, le ministère de l'Agriculture cherche à stimuler les céréales irriguées sur les périmètres, mais une action globale sur la céréaliculture est nécessaire si l'on veut améliorer les rendements de ce secteur décisif.
Pour les autres grands types de culture, l'intensification est également faible : - l 'arboriculture couvre 1815400 ha, au total, dont 1293800 ha d'oliviers, 311200 ha d'amandiers et 14800 ha d'agrumes. L'oliveraie s'est beaucoup développée depuis 20 ans, la proportion d'arbres jeunes est élevée, mais les rendements restent très irréguliers, tributaires des conditions de climat et de récolte;
-pour les cultures fourragères (304000 ha), les fourrages annuels en extensif prédominent (215000 ha d'orge en vert et vesce-avoine);
-la jachère représente encore plus d'un million d'ha sur une superficie agricole utile totale de 4,8 M/ ha.
Ces chiffres soulignent que la concentration de l'effort de l'Etat sur les périmètres irrigués, qui ne couvrent que 5 % de la SAU, a accentué la stagnation de l'agriculture en sec, sans apporter une contribution suffisante à la sécurité alimentaire.
Les causes des faibles performances de l'agriculture irriguée
On s'interroge depuis longtemps pour essayer de comprendre les causes des faibles performances de l'agriculture de périmètre , particulièrement dans les PPI (22) .
Le manque d'eau
La concurrence pour l'eau entre les villes, le tourisme, l'industrie, l'agriculture se traduit, pendant les années sèches, par une insuffisance des apports en eau pour les périmètres . En fait, les grands barrages contribuent beaucoup
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moins à l'irrigation que les puits de surface. En 1980 (derniers chiffres disponibles) , sur 156000 ha irrigués, 23000 ha seulement l'étaient à partir de barrages, contre 84000 ha par des puits de surface ; le reste étant alimenté en eau par des prises d'oued (27000 ha) , et des forages profonds (22000 ha) (23).
La taille inégale des exploitations
TABLEAU 9. STRUCTURE DES EXPLOITATIONS SUR LES PÉRIMÈTRES Catégorie Nombre d'exploitants Superficie irrigable Superficie irriguée Taux
d ' utili- d'exploitation
Unité % ha % ha % sation
0-0,9 ha 12560 25 5210 2 4800 3 92
1-1 ,9 ha 9760 19 10390 5 9700 6 93
2-4,9 ha 13500 27 36310 16 29500 19 81
5-9,9 ha 7380 15 42230 19 34100 22 81
10-19 ha 4390 9 42510 19 29400 19 69
20 ha et plus 2280 5 89030 39 48600 31 55
Total 49830 100 225680 100 156100 100 69
Source : Rétrospective 66 plan · Périmètres irrigués. déc. 1985.
Enquête agrico le 1980.
La concentration foncière est massive : 5 % des exploitants disposant de plus de 20 ha occupent 39 % de la superficie irrigable ; 44 % des exploitants possédant moins de 2 ha ne détiennent que 7 % de la superficie irrigable. Par contre, les taux d'utilisation (tels que définis plus haut) sont inversement proportionnels à la taille des exploitations : ils atteignent 92 à 93 % pour les propriétés de moins de 2 ha et 55 % seulement pour celles de plus de 20 ha.
Il est évident qu'il est impossible d'obtenir un haut niveau d'intensification sur de grandes exploitations. C'est à cet inconvénient que cherchaient à remédier les textes de réforme agraire de 1958 (pour la Medjerdah) et de 1971 (24), qui prévoyaient une limitation de la taille des propriétés sur les périmètres et un remembrement, une obligation de mise en valeur et une contribution aux frais d'aménagement hydraulique. L'Agence de réforme agraire des PPI n'est jamais parvenue à imposer cette réglementation aux gros propriétaires , qui continuent donc à utiliser de façon extensive des superficies équipées à grands frais par l'Etat. Les responsables du ministère de l'Agriculture commencent à laisser entendre que l'urgence d'intensifier pourrait amener à prendre des « mesures contraignantes contre les agriculteurs récalcitrants •• (25) , entre autres la limitation à 20 ha. Un remembrement serait également nécessaire : ainsi, les 5000 ha de l'Office du Nebhana seraient actuellement partagés en 13000 parcel- les, parfois éloignées.
Une politique inadaptée des prix et de la commercialisation Ceci vaut pour les prix à la production : la spéculation sur le melon-pastèque , sur le maraîchage-primeurs est bien connue . Ces productions qui ne sont pas d 'un apport décisif pour la sécurité alimentaire utilisent beaucoup d'eau . Mais les rendements obtenus à l'hectare et les prix élevés permettent des gains très importants. Par contre , il est diffici le de développer la betterave sucrière, qui stagne autour de 5000 ha, et la marge que procure la culture d'un hectare de céréales est faible .
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La réticence des paysans devant l'agriculture irriguée C'est là un argument souvent avancé , en particulier dans le discours étatique : la paysannerie serait un frein à la modernisation de l'agriculture (26) qui nécessiterait une transformation profonde des mentalités : et l'on en conclut que le principal obstacle à la réussite de l'intensification sur les périmètres, serait... les paysans eux-mêmes (27).
Le cas tunisien est intéressant pour faire justice de cette idée reçue. Les traditions d'agriculture irriguée y remontent à une haute antiquité, et sont particulièrement vivantes, surtout dans les régions de tradition andalouse . Au début du XVII" siècle , près de 100000 Andalous arrivèrent en Tunisie et s'implantèrent en particulier dans la région de la Medjerdah (Testour, Galaat el Andalous, Sloughia ... ) et au Cap Bon (Korba, Soliman ... ). Les noms de famille attestent encore de cette origine (28) . Leur contribution à l'essor de l'arboriculture, de la vigne et des techniques d'irrigation est aujourd'hui largement admise . Ils apportèrent non seulement des espèces nouvelles (abricotiers , amandiers, grenadiers, pommiers) , mais une science consommée du jardinage, fruit des enseignements des agronomes andalous des Xli -Xlii" siècles (29), maîtres dans l'art d'optimiser la combinaison des différents facteurs qui font la réussite de l'intensification : le choix des variétés, des doses d'irrigation, le sens des assolements ... Il faut lire Ibn el Awan (30) pour se convaincre du degré de maîtrise de l'agriculture irriguée auquel étaient parvenus les Andalous.
Voilà quelles sont les traditions des paysans du Cap Bon et de la Medjerdah, ceux-là mêmes qui semblent aujourd'hui réticents devant l'extension des périmètres. Pour montrer que l'argument sur l'absence d'aptitude traditionnelle ne tient pas, on peut d'ailleurs observer un cas inverse : le succès prodigieux de l'irrigation à Sidi Bou Zid , région de tradition essentiellement pastorale . Des motopompes, des marchés rémunérateurs et des 404 bâchées ont suffi pour que le maraîchage intensif s'y développe en quelques années, au point que les nappes y sont aujourd'hui surexploitées (31 ). La crise que connaît l'intensification en irrigué mérite donc un examen plus approfondi.
Le débat sur les alternatives hydrauliques
C'est probablement en raison de la richesse de ses savoir-faire traditionnels en matière hydraulique que la Tunisie a poussé aussi loin le débat sur les choix technologiques et les alternatives possibles . La logique de l'option pour la grande hydraulique, engagée à l'époque coloniale et reconduite par la suite, a en effet contribué à priver ceux qui étaient les premiers concernés de toute possibilité de contrôle technique et social sur les aménagements hydrauliques.
Au nom de la complexité technique, les choix en matière hydraulique ont été peu à peu réservés aux ingénieurs, l'administration des Travaux publics et de l'Equipement prenant même le pas sur celle de l'Agriculture et du Génie rural (32) . En montrant la cohérence technique et sociale des aménagements
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hydrauliques traditionnels, puis en analysant la crise introduite par les choix technologiques " modernes "• un chercheur comme El Amami fait prendre conscience de l'impossibilité de réussir une modernisation dans ce domaine, comme en d'autres, sans associer les premiers concernés, les paysans , aux choix et à leur mise en œuvre (33) .
La cohérence technique et sociale
des aménagements hydrauliques traditionnels
On a évoqué les Andalous . A vrai dire, depuis toujours, les contraintes du milieu ont favorisé la multiplication des aménagements hydrauliques, dans les différentes régions du pays : ici, pour lutter contre les crues, là pour favoriser la réalimentation des nappes, ailleurs pour conjurer l'érosion. La conception des aménagements hydrauliques traditionnels est donc foncièrement locale et décentralisée.
Quelques études de l'époque coloniale se sont intéressées à ces foyers hydrauliques, avec l'idée de s'en inspirer pour organiser des syndicats d'irrigants (décrets du 7 juillet 1906). Au début du siècle, Penet étudie les syndicats d'inondation des plaines de Kairouan et de Gammouda, dont l'ancienneté et le degré élevé d'organisation sociale le frappent (34) . L'ampleur des crues dévastatrices des oueds Zeroud et Merguellil a conduit les paysans à des aménagements particulièrement adaptés au milieu.
La première caractéristique des aménagements traditionnels est d'être très diversifiés; en fonction même des variations du milieu . Divers types d'aménage- ment répondent aux problèmes spécifiques à chaque éco-système : au nord, où la pluviométrie est suffisante pour les cultures (
+
550 mm), le problème est seulement de stocker l'eau, d'où les réservoirs et lacs collinaires ; dans la zone semi-aride du centre, il faut en plus lutter contre l'érosion , car l'irrégularité des précipitations menace gravement les sols , d'où les terrasses et les banquettes ; au sud , en zone aride, il faut recueillir l'eau par la technique des ,, jessours ••et des " meskats ••, sortes d'impluviums aménagés en amont des oliveraies;
dans les oasis , l'eau ne fait pas défaut ; le savoir-faire se porte ici sur le drainage et les cultures étagées.
Certes les techniques sont le plus souvent rudimentaires , mais elles sont adaptées, étant conçues en étroite relation avec le milieu . En prenant l'aménagement d'un bassin versant dans sa globalité, on répond à la fois à des problèmes aussi différents que le stockage de l'eau , la lutte contre l'érosion et la réalimentation des nappes.
La deuxième caractéristique, c'est la cohérence sociale que supposent de tels aménagements*. Cohérence ne signifie pas égalitarisme et absence de conflits, mais capacité des sociétés rurales à gérer de façon relativement autonome les
• C'est cet aspect qui fait robjet des recherches menées par Mondher KILANI : voi r en particulier .. L'influence de l'Etat dans la transfo rm ation du système hydraulique du groupe d'oasis de Gafsa (Tunisie) "• in Genève-Afrique, vol . XXIV-N° 2, 1986. Il y analyse les effets sur les collectivités oasiennes des différentes interventions étatiques qui ont transformé le système hydraulique traditionnel. NDLR.
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problèmes que posent l'usage et la répartition de l'eau, surtout lorsqu'elle est rare. En arrière-plan, il y a certainement l'héritage du droit musulman concernant l'eau, fondé sur le principe de libre disposition, que ce soit pour se désaltérer (droit de la soif) ou pour irriguer, principe enrichi au fil des siècles par le droit coutumier qui réglemente les ventes d'eau, les droits d'accès vers l'amont etc. ,
" l'intensité de la réglementation croissant en raison de la rareté relative de l'eau ,, (35) . Dans son inventaire des usages de l'eau en Afrique du Nord, au début du siècle, Brunhes soulignait la richesse et la diversité des solutions sociales à la rareté de l'eau : recours aux chantiers collectifs pour les gros aménagements (reconstruction d'une digue après une crue, par exemple), instauration de tours d'eau savamment codifiés et inscrits dans la mémoire populaire, mise en place d'instances d'arbitrage (aiguadiers, tribunal de l'eau .. . ) (36).
C'est cette capacité globale des sociétés à gérer collectivement (non sans conflits) leur rapport à un milieu naturel hostile que l'option pour les aménage- ments centralisés a mise en crise.
Les répercussions écologiques
etsociales des aménagements hydrauliques
L'option coloniale pour les gros barrages favorise la centralisation de la gestion de l'eau : les aménagements sont décidés au plan national par des ingénieurs.
Un barrage devient d'abord une affaire de béton, de résistance des matériaux, la mise en valeur agricole étant laissée pour une phase ultérieure. Les enquêtes socio-économiques préalables à un grand projet sont souvent plus sommaires que les études géologiques, hydrologiques et pédologiques, et l'on tend à oublier que la finalité première est l'essor de l'agriculture. Paradoxe qui traduit des options socio-politiques, comme l'a montré Zamiti . C'est ainsi qu'à été perturbée la manière dont les sociétés rurales géraient leur rapport au milieu (37).
Les aménagements centralisés ont eu d'abord pour effet d'accélérer l'érosion et ils ont compromis la réalimentation des nappes. L'érosion , en Tunisie, est due à la fois à la violence des précipations et à une particulière fragilité des sols, que l'extension du dry-farming à l'époque coloniale a sans doute aggravée (suppression de la jachère, labours annuels motorisés et plus profonds ... ).
Résultat : les oueds en crue charrient des débris solides très importants (30 g/1 lors de la crue de la Medjerdah en 1973). La conséquence est double : une perte de fertilité des sols (le rapport du 7" plan estime que 1 0 000 ha sont stérilisés chaque année), et un envasement rapide des retenues, qui contraint à les surdimensionner pour prolonger leur durée de vie. Dans le centre du pays, on évalue le débit solide à 2000 Vkm2/ an. Les bilans de la lutte anti- érosive soulignent qu'il est impossible de la mener sans impliquer les populations locales (38). Entre-temps, on continue à construire de coûteuses retenues, dont les pédologues prédisent l'envasement rapide : ainsi du plus gros barrage de Sidi Saad, alimenté par l'oued el Hadjel, dont la situation est particulièrement catastrophique (39) . Vu l'importance des crues de l'oued Zeroud (bassin versant immense : 8575 km2), et sa sensibilité à l'érosion (300000 ha sensibles , dont 100000 très sensibles) , on a surdimensionné la retenue en prévoyant 60 à 70 hm3 pour l'envasement. Selon El Amami , ,, la solution envisagée pour l'oued Zeroud a été la plus coûteuse ; d'autres solutions (nombreux petits barrages)
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beaucoup moins onéreuses et plus efficaces auraient pu remplir les mêmes objectifs •• (40) .
TABLEAU 10. NIVEAU DE L'ENVASEMENT DE QUELQUES RETENUES EN TUNISIE
Mise Volume Volume Pourcentage
Barrages
en service total envasé
(Mm3) (Mm3) 1975 1987 (*)
Mellegue 1954 268 47 18 28
Bezirk 1960 6,5 1,5 26 47
Chiba 1963 8 2,6 35 70
Nebhana 1965 86 13 15 33
Lakhmès 1966 8 2 15 35
Mas ri 1968 8 1,3 19 51
Source : 1975 - Etude ORSTOM.
(") 1987 : nos calculs d 'extrapolation de tendance.
Des chiffres qui apparaissent au tableau 1 0, on a longtemps tiré argument pour préférer les grands barrages aux petits qui s'envasent plus . Mais le vrai problème est la marginalisation des ruraux, qui empêchent la conduite efficace de la lutte anti-érosive.
Le déficit en réalimentation des nappes est plus difficile à mesurer, mais semble admis par les hydrogéologues. Malgré les volumes prévus dans certains barrages pour la recharge des nappes, la diminution du nombre des retenues sur les pentes accentue le ruissellement.
Ces choix ont aussi des répercussions sociales. Plus l'aménagement est grand et complexe , plus sa réalisation tend à être confiée à des sociétés spécialisées, souvent étrangères, qui impliquent très peu la population locale, si ce n'est pour des _chantiers provisoires. Les études faites par El Amami sur le bassin de l'oued Zeroud dans le Kairouanais, l'ont amené à établir des mesures comparatives en matière de coût, de surface irriguée et de création d'emplois, en prenant pour hypothèse la création d'une trentaine d'ouvrages en matériaux locaux (41 ).
Les grands aménagements récents en Tunisie ont été conçus par des bureaux d'études spécialisés français (Sidi Salem, 1982; Lebna 1986; Siliana, en cours) ou soviétiques (Jou mine, 1983; Ghezala, 1984 ; Sejenane, en cours) , et réalisés par des sociétés étrangères, à l'exception d'un sous-traitant tunisien (Sidi Salem) . Le financement est lié à l'obtention des marchés, le coût en devises est évalué à 30/ 45 % du total (42) . Dans ces gros chantiers, tout retard se traduit par des réévaluations importantes.
Enfin, la participation des sociétés tunisiennes à ces gros chantiers est faible (terrassement, génie civil ... ). L'impact sur l'emploi tunisien en est réduit d'autant.
De plus, le coût des périmètres et adductions d'eau installés à l'aval est en général supérieur au coût du barrage. A supposer que cela permette de développer des cultures d'exportation , encore faudrait-il faire un solde net positif de l'opération en devises.
** *
Les éléments présentés dans ce bilan permettent de tirer quelques conclusions et de dégager des perspectives pour l'horizon 2000.
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Les chiffres soulignent assez la rareté relative de l'eau en Tunisie, son inégale répartition régionale et surtout le niveau élevé de la demande par rapport aux disponibilités. Dans bien des régions, on est en phase de surexploitation chronique des nappes. Des pays du Maghreb, la Tunisie est celui où la tension autour de la ressource est la plus forte. C'est peut-être aussi celui où l'on a le plus avancé dans l'étude de la réutilisation des eaux usées pour l'agriculture, le dessalement de l'eau de mer. Néanmoins, une politique plus rigoureuse d'aménagement du territoire paraît souhaitable pour endiguer l'explosion urbaine et garantir assez d'eau pour l'irrigation .
La question de la répartition se pose et nécessite la mise en place d'instances d'arbitrage. La Banque Mondiale a récemment préconisé une politique tarifaire plus rigoureuse pour limiter le gaspillage (43) . Cela ne devrait pas dispenser l'Etat de jouer son rôle d'arbitre (réglementation).
Les causes d'insuffisante intensification en irrigué que nous avons relevées sont assez classiques au Maghreb (manque d'eau, taille des exploitations, prix agricoles ... ) : ce sont autant de domaines où une politique est possible. Il n'est
·pas exclu que devant l'urgence de limiter les importations alimentaires, l'Etat prenne les mesures qui s'imposent en matière de prix agricoles et de répartition des terres, en particulier.
L'expérience tunisienne confirme les analyses faites ailleurs : une modernisation pensée de façon très exogène, sans prise en compte des spécificités de l'économie paysanne est vouée à l'échec. Certes, l'Etat devra continuer à faire exécuter de grands ouvrages en particulier pour satisfaire les besoins en eau potable, mais une revalorisation de la petite et moyenne hydraulique devrait s'imposer, surtout dans un pays qui a de si riches traditions en la matière (44).
Jean-Jacques PERENNES
NOTES
(1) Les bilans du 6" plan concernant le secteur de l'hydraulique seront la principale source statistique de cette étude, ainsi que les informations tirées de Maghreb- Développement, en particulier les no 26, 69 et 81.
(2) On cite le cas de la Medjerdah, principal oued du pays, dont l'écoulement peut passer de 4-5m3/ sec. en période d'étiage à 92m3/ sec. en période de crue.
(3) UNESCO, Etude des ressources en eau du Sahara septentrional, rapport sur les résultats du projet REG 100, Paris, 1972, 78 p.
(4) A titre de rappel, les disponibilités retenues par des études antérieures comme celles du groupe HUIT en 1973 ou le ministère de l'Equipement en 1980 étaient respectivement de 2164 hm3 et 2776 hm3: cf. Groupe HUIT, Villes et développement, armature urbaine tunisienne, Tunis, 1974, vol. 5, p. 57 et GANA (F), " Ressource-emploi de l'eau en Tunisie, Horizon 2000 "• in Revue tunisienne de l'Equipement, no 38, 1981 , p. 67.
(5) ORE, Bilan des ressources en eau 1985, p. 6.
(6) Cf. MAMOU (A.) " Ressources hydrogéologiques et développement agricole dans le Sud tunisien "• Enjeux sahariens, Paris, éd. du CNRS, 1984, p. 267-277.
(7) Ces chiffres sont donnés par l'étude citée de GANA, p. 74; l'auteur retient l'hypothèse faible et juge surévalué l'autre chiffre qui émanerait de la SONEDE (Société nationale d'exploitation et de distribution des eaux) .
(8) HAYDER (A.), L'industrialisation à Gabès et ses conséquences, thèse de 3" cycle géographie, Tours, 1980, 243 p.
(9) Cf. BOUSSOUBAH (M.) " Economie d'eau dans les zones touristiques "• Revue tunisienne de l 'Equipement, no 42, 1983, p. 71-74.
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(1 0) C'est du moins la thèse soutenue par CHAPOUTOT : " L 'eau et le tourisme dans la région d'Hammamet-Nabeul "• Nice, Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine, 1973, 200 p.
(11) ENNABLI (M .), " Evolution de la nappe de Grombalia "• Bulletin d'inventaire des ressources hydrauliques (BIRH), oct. 1970.
(12) COIGNET (J .), L'hydraulique en Tunisie et les grands barrages-réservoirs, Tunis, Guinle et C'", 1917, 146 p.
(13) PONCET (J.) , La colonisation et l'agriculture européennes en Tunisie depuis 1881, Paris, lmpr. Nat. 1961 , p. 567.
(14) TIXERONT (J.) , L'équipement hydraulique de la Tunisie, Tunis, lmpr. Officielle, 1957, 55 p.
(15) ITALCONSUL T, Plan directeur des eaux du Nord et plan directeur des eaux de l 'extrême nord, décembre 1975 et octobre 1976. HYDRATEC-CEDRAT, Plan directeur des eaux du Centre, février 1977, SOGREAH-SOTUTEC, Plan directeur des eaux du Sud, 1975.
(16) Hammadi BEN HAMMED, " Le plan directeur des eaux du Nord, 200 MDT, 1 MM m3 d'eau "• Dialogue, no 85, 19 avril 1976, p. 22-31 .
(17) Elle permettra entre autre de mélanger les eaux de Sidi Salem , trop salées, avec des eaux de l'lchkeul.
(18) Liste des lacs collinaires récents : 4 à Ras Djebel ; 1 au Cap Bon ; 1 à Sebkha!
Naoual et 1 à Goubellat-Fatnassa.
(19) Sur les 163 hm3, le plan directeur prévoyait d'en affecter 44 à I'AEP de Tunis et du Cap Bon ; 42 à I'AEP du Sahel côtier et 77 à l'irrigation du Cap Bon (sauvegarde de 6000 ha et création de 5400 ha nouveaux). La baisse du niveau des nappes dans cette zone montre que l'objectif n'est pas atteint, et donc qu 'on a privilégié les zones urbaines et touristiques.
(20) En 1980, HASSAINYA l'évaluait à 27 % de la valeur totale de la production. Cf.
Irrigation et développement agricole au Maghreb. Institut agronomique méditerranéen (lAM) , Montpellier, décembre 1984, p. 33.
(21) BELHAJ (H .), " D'une agriculture vivrière à une agriculture bloquée "• Outrouhat, Tunis, mars-avril 1984, p. 39-49.
(22) Voir en particulier DARGOUTH (S.), " Problèmes des PPI en Tunisie " • Revue tunisienne de Géographie, no 2, 1979, p. 5-25, et KASSAB (A.), " L'agriculture tuni- sienne " • Ibidem, n° 10-11, 1983, p. 358-361 .
(23) FENNIRA (M.), " Les besoins agricoles et l'irrigation "• Revue tunisienne de l 'Equipement, no 37, 1981 , p. 51 .
(24) Loi no 71-9 du 9 février 1971 .
(25) Titre d'un article paru dans Le Temps le 13 mai 1987, et relatant une conférence du Directeur-coordinateur des PPI.
(26) Cf. GACHET (J .P.), " L'Agriculture : discours et stratégie " • in Tunisie d 'aujourd'hui : une modernité au-dessus de tout soupçon, sous la direction de Michel CAMAU . CRESM, éd . du CNRS, février 1988.
(27) BENHADI (A.), " La politique marocaine des barrages , in Problèmes agraires au Maghreb, Paris, éd. du CNRS, 1977, p. 285.
(28) LOUIS (A.), " Bourgades andalouses en Tunisie, impact culturel sur l'agriculture et l'artisanat " • Actes du 2 " congrès international d 'étude des cultures de la Méditerranée occidentale, Alger, SNED , 1978, p. 416-425.
(29) Cf. BOLENS (L.), Les méthodes culturales au Moyen Age d 'après les traités d'agronomie andalous: traditions et techniques "• thèse, Genève, 1974, 266 p.
(30) IBN EL AWAM, Livre de l 'agriculture, trad . française J.J. Clément-Mullet, rééd . Tunis, éd . Bouslama, 1977, 3 vol.
(31) Cf. ATTIA (H. ), " Hydraulique étatique, hydraulique paysanne : l'exemple de la Tunisie centrale "• La politique de l 'eau en Afrique, Paris, Economica, 1985, p. 700-705.
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(32) ROSIER (B.), Les avatars de l'hydraulique en Tunisie: petite et grande hydraulique dans l'espace social kairouanais, Aix-en-Provence, Centre de recherche en développement comparé (CEDEC), nov. 1983, 152 p.
(33) EL AMAMI (SI.)-BAHRI (A.), Les alternatives hydrauliques dans le Kairouanais, GREDET, Tunis, p. 421 . Le barrage de Sidi Saad prévoit en outre 20 hm3 pour l'irrigation, 130 hm3 pour la recharge des nappes et 510 hm3 pour le contrôle des crues moyennes.
(34) PENET (P.), Les syndicats d 'inondation de la plaine de Kairouan (Zeroud et Merguellil), Tunis , 1908, 35 p. et Irrigations dans la plaine de Gammouda, Tunis , 1910, 11 p.
(35) BOUDERBALA (N .), " Le régime juridique des eaux à usage agricole au Maroc " • in La question hydraulique, t. 1, Rabat, 1984, p. 50.
(36) BRUNHES (J .), L'irrigation, ses conditions géographiques, ses modes et son organisation dans la péninsule ibérique et dans l'Afrique du Nord, Paris, C. Naud, 1902, 580 p.
(37) ZAMITI (Kh.), << La division du travail étatique : sociologie d'un barrage "• Etats, territoires et terroirs du Maghreb, Aix-en-Provence, 1985, p. 377-388.
(38) Cf. Projet FAO/ SIDA(TUN, Inventaire des travaux de conservation des eaux et du sol en Tunisie, décembre 1976 et conclusions du projet RAB conduit par le PNUD . (39) HAMZA (A.) - BONVALLOT (J.), •• Quelques données préliminaires sur l'érosion dans le bassin inférieur de l'oued el Hadjel "• Tunis, Cahiers du GERES, no 4, 1979, p. 45-60.
(40) EL AMAMI (SI.)-BAHRI (A.), Les alternatives hydrauliques dans le Kairouanais, op.
cit.
(41) EL AMAMI (SI.), •• Une nouvelle conception des aménagements hydrauliques en Tunisie , , Impact : Science et Société, no 1, 1983, p. 61-68.
(42) Les informations ont été prises dans Maghreb-Développement et BENZINA (M.), Changement technique et développement agricole : étude comparative de la grande hydraulique et de la petite hydraulique traditionnelle, et recherche de voies alternatives, thèse , Aix-Marseille Il, 1985, p. 205-206.
(43) WORLD BANK, Tunisia, Irrigation Management lmprovement, Project, report no 5396 TUN, mai 1985, 66, 290 et 307 p.
(44) EL AMAMI, décédé en 1986, a donné l'impulsion à une série de travaux dans le cadre du CRGR (Centre de Recherche en Génie rural) : réhabilitation de •• meskats , à Chott Mariem ... Le projet rural intégré de Sejenane, appuyé par la FAO et la coopération allemande (GTZ) est de la même veine. Il sera intéressant de voir les leçons qui en seront tirées.
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