Optique. Sur le nombre et la nature des couleurs primitives
Annales de Mathématiques pures et appliquées, tome 10 (1819-1820), p. 228-241
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228
OPTIQUE.
Sur le nombre
etla
naturedes couleurs primitives ;
Par
unABONNÉ.
COULEURS
JUSQU’A l’époque
où Newtonparut ,
nous n’avionsguère
sur lanature des couleurs que des idées vagues , incertaines et tout-à-fait
indignes
d’une sainephilosophie ;
et on a mêmequelque sujet
des’étonner
qu’avec
un telsystème
d’idées nn ’ait pupénétrer,
aussiavant
qu’on
l’avaitdéjà
fait à cetteépoque
dans le mécanisme duphénomène
de l’arc-en-ciel.Le
philosophe anglais ,
armé duprisme ,
nousapprit
enfin àinterroger
la nature par desexpériences
bienconduites ,
et à subs-tituer ses
réponses
aux rêves de notreimagination ;
il nous montrale
premier
par des faitsincontestables
que la lumièrelie
,qui
émane soit dusoleil ,
soit de tout autre corpslumineux
soit enGn d’un corpssimplement
éclairé n’cstpoint
une substancesimple ,
mais
qu’elle
résulte dumélange
ou de la combinaison de diversesautres substances
jouissant
de differensdegrés
derefrangibilite.
J’ai dit du
mélange
ou de la combinaison ; car il faut avouerqu’ici
lespropilétés
ducompose
diffèrent d’ane manièretrop
mar-quée
de celles de ses diverscomposans ,
pourqu’on
serésigne
’volontiers à voir dans le
phonomène queique
chose de moinsqu’une
véritable
combinaison , analogue
aux combinaisonschimiques.
Dumoins est-il vrai
qu’il
faut avoir une foi un peurobuste pourvoir,
PRIMITIVES.
229soit dans la rotation
rapide
d’un cardonchargé
des couleurs duprisme ,
soit dans lesmélanges
depoudres
ou d’encrescolorées ,
soit dans tout autre moyen
grossiers, employés
par nosprofesseurs
de
physique
dans leurs cours , pour larecomposition
de la lumièreblanche ,
autre chose que laproduction
d’ungris
fort sale. Iln’y
a que la concentration du
spectre
aufoyer
d’une lentillequi
pro- duise véritablement du blanc.Il n’eût donc pa5 été aussi facile de
deviner, à priori,
ce ré-sultat
particulier
desexpériences
de Newtonqu’il
l’avait été dedécouvrir que le noir est la
privation
ou l’absence de toute lumineet
conséquemment
de toute couleur.Mais
, cequ’on
n’aurait pas devinedavantage ,
c’estqu’il
y eût d’autres couleursprimitives
que le rouge , lejaune
et lebleu ;
car lespeintres
savaienttrès-bien
,depuis longtemps, qu’en joignant
seulement à ces trois conleurs le noir et leblanc ,
onpouvait ,
par leur seulmélange , produire
toutes les nuances
imaginables ,
etqu’en particulier
on formaitl’oranger,
le c’ert et leviolet ,
en mêlant deux à deux les trois couleurs de lapremière
sorte ; tandisqu’au
contraire il est abso- lumentimpossible
deproduire
aucune de celles-ci par lemélange
de telles des autres
qu’on
voudra.Il
parait
que Newton lui-même ne fut pas peusurpris
des ré-sultats
auxquels
ilparvint ;
et l’on enpeut juger
par la multitude desexpériences qu’il
tenta, dans la vue sans doute de confirmerou de détruire les
conséquences paradoxales
que ces résultats pa- raissaient entrainer.Une
expérience
constante nous aappris ,
eneffet ,
que toutes les fois que nous sommes assez heureux pour arracher à la naturequelqu’un de
ses nombreux secrets, nous la voyonstoujours
par- venir à son but par les voies lesplus simples ;
d’où nous sommesfondes a croire que ,
lorsque
nous lui supposonsquelque
moded’action tant soit peu
compliqué ,
c’est que nous nel’avons pas
encore devinée. Comment donc serait- elle ici au-dessous de l’art même le
plus grossier ?
COULEURS
Je sais bien
qu’on m’objectera
quel’oranger ,
le vert et le violetque nous formons par le
mélange
de deux des trois couleurs bleue rouge etjaune,
ne ressemble pasparfaitement
aux couleurs demême nom que
présente
lespectre ;
maisje
demanderai à mon toursi notre
bleu,
notre rouge ou notrejaune
ressemblentdavantage
à celui
qu’on
obtient par leprisme ?
et s’il est biensurprenant
que l’art neparvienne
à imiter la nature que d’une manière im-parfaite ? Que
si l’oninsiste ,
et si l’on dit que , parexemple,
levert formé par le
mélange
du bleu et dujaune
duspectre
ne ressemble pas nonplus parfaitement
au vert Immédiat dece spectre;
je
demanderai si 1 on est bien certain de connaître dansquelle proportion
il faut mêler ces deux couleurs pourapprocher
du moinsle
plus près
du but ?Il est d’ailleurs une multitude d’autres considérations
qui
tendentà faire
envisager
le rouge, lejaune
et le bleu comme des couleursessentiellement
simples ;
et à faireregarder,
aucontraire y
le vert , le violet etl’oranger
comme autaut de composes binaires(*). Que
l’on propose, par
exemple,
àquelqu’un ,
dedisposer ,
les uns àeôté des autres, sur une surface
plane ,
suivantl’analogie
de leurcouleur,
troisrubans ,
lepremier
rose, lesecond jaune-paille et
le troisième bleu de
ciel;
il se trouvera très-certainemeutembarrassé ,
et ne verra aucune raison de
préférence
dans le choix de celui deces trois rubans
qui
doit occuper lemilieu ;
parcequ’en
effet lejaune
n’est pasplus
l’intermédiaire du rouge et du bleu que cha-cune de ces deux dernières couleurs n’est l’intermédiaire des deux
(8) Dans tout ceci
je
fais abstraction Jel’indigo
qui doit être du violet s’il n’est pas du bleu , etqui pourrait
Lien n’avoir été iutroduit dans le spectre que pour porter le nombre des couleurs a sept ; car il est Lien difficile que l’homme ne se décèle pas parquelque
endroit. AinsiHuyghens ,
après la dé-couverte du premier satellite de Saturne,
négligea
de chercher les autres; neprésumant
pas que le nombre total de ces sortes d’astrespût
excéder sept.PR IMITIVES. I3I
autres ; attendu que chacune d’elles a un
caractère qui
lui est tout-à fait propre. On ne
pourrait
donc arranger ces trois rubans d’une manière convenable que sur la suiface d’uncylindre
etparallèle
ment à son axe, en choisissant ce
cylindre
de mmière que les rubans enoccupassent
l’entièrelargeur. Chaque
couleur se trou-verait alors en effet intermédiaire aux deux autres.
Mais supposons que , le
cylindre
étant d’un rayon assezgrand
pour que les trois rubans
appliques
sur sa surface laissent entre eux des intervalleségaux
à leurlargeur
commune on propose deremplir
ces intervalles par trois autresrubans,
lepremier souci ,
le second vert-pomme et le troisiéme
lilas ,
de manière que lesnuances se succident de la manière la
plus
uniforme. Celui àqui
on fera cette
proposition
ne sera-t-il pasconduit ,
teut naturelle-ment, à
placer
le ruban souci entre le ruban rouge et le rubanjaune
le ruban vert entre ce dernier et le rubanbleu ;
et enfinle ruban lilas entre le ruban bleu et le ruban rose
(*).
(*) Je suppose , et je dois supposer dans tout ceci , que celui que l’on
charge
de cet arrangement a le sens de la vue
parfaitement organisé.
On a rencontré ,en effet, des individus
qui,
par 6ujte dequelque
vice del’organe
, ne dis-tinguaient
dans les couleurs que du clair et dufoncé ,
etqui
ne concevaient pas, parexempte, qu’il pût
êtreplus
facïli d’apercevoir des cérises sur uncerisier que des olives sur un olivier. Il est évident que des êtres ainsi orga- nisés ne conviendraient aucunement pour
l’expérience
queje
propose. On ren-contre aussi des gens
qui
nedistinguent
dans les sons quele fort
et lefaible ;
et l’on conçoit que ceux-ci seraient
également impropres a disposer
des vasessonores , les uns à la suite des autres , dans l’ordre des sons
qu’ils
rendent , dugrave à l’aigu.
On pourrait facilement ,
d’après
cc queje
viens de dire,disposer systéma- tiqnen1ent,
sur la surface d’un cylindre , toutes les couleurs et toutes lesnuances de couleurs
simples
et binaires.Supposons,
parexemple ,
que le cy- lindre soit diviselongitudinalement ,
par desparallèles ,
en 36 bandeségales.
On
appliquerait
sur l’une d’elles n parties de rouge pur, sur la suivante xiparties
de rouge mêlées avec une de jaune ; sur la troisième I0parties
de rougeCOULEURS
On
donne
communément comme caractère distinctif des idéessimples qu’on
nepeut
lesacquérir , lorsque
ce sont des idees sen-sibles
, que par la sensationmôme ;
etqu’elles
sont absolumentincommunicables par le secours des mots ; tandis
qu’au
contrairel’imagination ,
en combinant a songré
des Idéessimples ,
peut former une multitude d’idéescomplexes , n’ayant
aucun modèleextérieur , lesquelles
pourront êtrecommuniquées
par le discours àtous ceux à
qui
les idéessimples
dont elles serontl’assemblage
serontfamilières.
Or,
s’il en estainsi ,
comme on ne sauraitguère
endouter,
il faut dès-lors convenir que les idées du rouge, dujaune
et du bleu ont tous les. caractères des idées
simples ,
tandisdu’au
contraire celles de
l’oranger,
du vert et du violet semblent incon- testablement êtrecomplexes ;
d’où ilparaît
naturel d’inférer que les couleurs de lapremière
série sont des couleurssimples ,
tandisqu’au
contraire celles de la seconde sont des couleurs binaires.Supposons ,
eneffet , qu’il n’y ait ,
dans la nature , quedu
rouge et du
jaune
et toutes les nuancesqui
peuvent résulter dumélange
de ces deuxcouleurs ,
dans diversesproportions;
on neconçoit
pas mieux comment, dans cet état dechoses,
nous pour- rions nous former l’idée dubleu,
que l’on neconçoit
commentet deux de
jaune ,
et ainsi de suite ,jusqu’à
laseptième qui ,
étant couvertede
parties égales
de rouge et dejaune ,
offriraitl’oranger
pur. La lmitième offrirait unmélange
de 5parties
de rouge et 7 dejaune,
et l’on arriveraitainsi, par des nuances presque
insensibles , à
la treizième ,qui
offrirait lejaune
pur. On passerait , par de semblables
degrés
dujaune
au vert, du vert au bleu, du bleu au violet , et enfin du violet au rouge.On
pourrait
d’ailleurs, en supposantoriginairement
tecylindre
LIane, ad’aiblirgraduellement
les teintes des dtficrentcs bandesdepuis
son milieujusqu’à
l’unede ses extrémités , ou se trouverait ainsi une zone entièrement blanche ; et, à
partir
du même milieu ,appliquer
sur l’autre moitié de ces bandes du noir deplus en plus
intense , de telle sortequ’a
l’autre extrèmité , le noir ne aissâtplus
percer la couleur surlaquelle
on l’auraitapplique.
Le cjlindre setrouverait ainsi
terminé , à
cette extrémité , par une zone entièrement noire.nous-mêmes ,
PRIMITIVES.
233nous-mêmes ,
dans l’ordreprésent ,
nouspourrions imaginer
unecouleur
primitive
essentiellccnent distincte de toutes celles quenous
connaissons
etsi ,
dans cettehypothèse quelque
habitantd’un autre
univers, ayant éprouvé
la sensation dubleu,
tentait denous
communiquer
l’idéequ’il
en a , la chose lui serait tout-à- faitimpossible.
En un mot, nous serions exactement, parrapport
au
bleu,
ce que sont lesaveugles
parrapport
à toutes lescouleurs ;
et ce que
je
dis ici dubleu, comparé
au rouge etau jaune ,
onpourrait également
le dire de chacune de ces deux couleurscomparées
auxdeux autres et à leurs divers
mélanges.
Mais ,
si l’on suppose , aucontraire ,
quequelqu’un
n’ajamais
vu que du rouge, du
jaune
et du bleu dans toute leurpureté ,
lui sera-t-i-1
impossible
de se former l’idée des diverses nuances deces trois couleurs
(*) ;
et , enparticulier ,
del’oranger ,
du vertet du violet ? Et sera-t-il du moins
impossible
à ccluiqui
connaîtrales couleurs de cette dernière
série,
de lui en faire naitre l’idée ?je
ne le pense pas. Nepourra-t-il
pas luidire,
eneffet ,
quel’oranger
est un rouge tirant sur lejaune ,
ou unjaune
tirant surle rouge- ; que le vert est un
jaune
tirant sur le bleu ou un bleutirant sur le
jaune ;
etqu’enfin
le violet est un bleu tirant sur le Touge ou un rouge tirant sur le bleu ? A ne considérer donc que des raisons. de pure convenance ; et ensupposant qu’aucun
faitconnu
n’y
fasseobstacle ,
tout semblerait concourir à faireregarder
le rouge , Je
jaune
et le bleu comme des couleurssimples ,
et àfaire admettre au contraire
l’oranger ,
le vert et le violet comme-des couleurs essentiellement
composées..
(*) Je
prie
le lecteur de remarquer queje
disimpossible
et non pasdifficile.
Je sais trop bien , en
effet ,
que de tous les moyensd’acquérir
des idées sen-sibles , la sensation est de
beaucoup
leplus
efficace ; et c’est là c-e qui établit.la
supériorité
de lalangue
du dessin sur lalangue
articulée ,lorsqu’il s’agit
dedescription.
Tom. X. 32
COULEURS
Mais que peuvent, me
dira-t-on,
tontes ces idées de convenance contre desexpériences décisives ;
contre des faits avérésqu’aujourd’hui personne
n’oserait sérieusement contester ? N’est-ce pas seulementdepuis
que laphilosophie
naturelle a cessé d’êtrepurement spéculative
etconjecturale,
et
qu’elle
apris l’expérience
pourbase , qu’elle
a fait de véritablesprogrès
ou , pour mieuxdire , qu’elle
est devenue une véritablescience ? et , si les anciens nous ont
légué
enphysique
une sigrande
multituded’erreurs ,
T/est-ce pasprécisément
paréequ’au
lieud’observer la nature, parce
qu’au
lieu -de lui arracher ses secretspar la voie de
l’expérience ,
ils ont mieux aimé chercher à la deviner ?Or ,
ne sait-on pasqu’en
faisant passer unquelconque
des rayons du
spectre
à travers un secondprisme ,
il ne subitaucune
décomposition ,
et en faut-ildavantage
-pour se convaincre que chacun de ces rayons est bien réellementindécomposable ?
Certes ,
il est bien loin de mapensée
de chercher à établir unedoctilne que dcs
expériences
bien décisives tendraient à repousser ; mais cellesqu’on m’oppose
ici sont-elles de nature à ne laisser le moindre accès à un doute raisonnable ?je
ne le pense pas. Etj’observe
d’abord que lesexpériences
dont ils’agit
ici sont extrême-ment délicates et difficiles à
exécuter ; qu’elles
ne peuventguère
être faites d’une manière convenable
qu’à
l’aide del’Héliostat , c’est-
a
dire ,
d’un instrurnentqui
n’est entre les mains que d’un très-petit
nombre dephysiciens.
Je crois très-fermement au théorème dePythagore
sur letriangle rectangle ,
parce que des milliers degéomètres , qui
en ont examinéplus
d’une fols ladémonstration ,
l’ont constamment trouvée exacte ; parce que mol-mêmeje
l’airépété
petit être cent fois et varie d’ungrand
nombre demanières
,sans
jamais
trouver le raisonnement endéfaut ;
parcequ’enfin je puis
larépéter
encore tout aussi souventqn’il
meplaira ;
maisles
expériences
de Newton sur les couleurs m’offrent-elles une aussi solidegarantie ?
c’est ce dont le lecteur pourrajuger ,
par les détails danslesquels je
vais entrer.J’observe
d’abord que , selon Newton .et tous les"physicien
PRIMITIVES.
235qui
ont suivi sadoctrine,
lespectre
neprésente
pas proprementsept couleurs ,
mais bien uneinfinité
de couleursdifféremment
réfrangibles
etparmi lesquelles
on remarque seulementsept
nuancesprincipales. Quelques précautions
donc que l’on prenne pour isoler leplus possible
ces nuances les unes des autres ,toujours
le rayon que l’on fera passer à travers un secondprisme
sera nn rayonplus
ou moinscomposé , qui conséquemment
devra subirquelque dilatation ,
dansle sens
perpendiculaire
à lalongueur
de ceprisme,
contrairement à cequ’avancent
laplupart
desphysiciens.
Mais
puisqu’enfin
cesexpériences
ne sont pas à laportée
detout le
monde ;
examinons en détailpar qui
elles ont étéfaites ,
et avec
quel
genre de succès.Je rencontre d’abord
Mariotte , expérimentateur
très -babile , qui
manqua totalement cesexpériences ,
ctqui établit , d’âpres
les résultats
qu’il
enobtint,
une théorie toute diffèrente de celle deNewton ( Éloges
desacadémiciens ,
parCondorcet ,
tom.I ,
pag. 85
).
Smith dit bien
qu’un
rayonhomogène présenté
à un secondprisme s’y
réfracte d’une manièreuniforme,
sans se dilaterplus
dans unsens que dans l’autre
( du
moins autant que l’oeil enpeut juger);
mais il
n’explique
pas s’il a -répété l’expérience
sur chacun des rayons enparticulier (
Courscomplet d’optigue ,
traduction de Pe-zenas, tom.
1 ,
pag.I94).
’SGravesande convient que
l’expérience
esttrès-difficile,
etqu’il
n’est pas
surprenant
que Mariotte l’aitmanquée ;
et il donne sesconjectures
sur les causesqui peuvent
souventl’empêcher
de réussir(Élémens
dephysique ,
traduction deJoncourt ,
tom.II, page 293).
Musschénbroek
dit seulement que ,plus
un rayon aura été rompu par leprisme , plus
aussi il le sera par lesecond ;
ce que per-sonne n’a
jamais songé à contester ( Essai
dephysique,
traductionde
Massuet , tom. 11,
pag,538 ).
- Nollet dit bien
qu’aucun
dessept
rayons duspectre
ne se dé- composera à travers un secondprisme ;
mais c’est le rayonrouge
COULEURS
qu’il prescrit
de choisir poursujet
desexpériences;
il insiste d’ai1- leurs arec force sur la difficulté del’opération ;
mais ilajoute qu’ua
esprit
nonprévenu
seratoujours disposé
àrejeter
sur la défectuosité desprimes
cequ’elle
pourra offrir de douteux dans son résultat.Il nous
parait qu’esprit
docile aurait été le mot.( Leçons
dephysique expérimentale , quatrième édition ,
tom.V ,
pag.379
etsuiv. )
Paulian dit à peu
près
la mêmechose,
mais c’esttoujours
lerayon rouge
qu’il prend
poursujet
de sesexpériences (
Dictionnaire dephysique portatif ,
édition deI769 ,
tom.1 ,
pag. 2 15).
Para
parle
bienégalement
du rayton rouge et du rayonviolet,
mais tout ce
qu’il
dit à cesujet
ne saurait être d’aucunpoids
attendu que , loin
qu’il paraisse
avoir fait lui-même lesexpériences ,
il
s"appuye uniquement
de cequ’elles
ont réussi à Newton et àNollet
(
Théorie des êtressensibles ,
tom.III ,
pag. I26).
C’est encore le rayon rouge que
Sigaud-de-Lafont prend
poursujet
de sesexpériences,
et il ne dit pas mêmequ’il
en doiveautant arriver aux autres
( Élémens
dephysique ,
tom.IV,
pag.236).
Brisson
indique
le rayon rouge et le rayon violet comme ceux surlesquels l’épreuve
doit le mieuxréussir , attendu ,
dit-ilqu’ils
se trouvent aux deux extrémités du
spectre ;
mais il sc déterminefinalement pour le
premier (
Traité élémentaire dephysique,
qua-trième
édition ,
tom.Il,
pag. 303).
Haüy
mentionnel’expérience
sansdésignation
decouleur ;
maisc’est
toujours
Newtonqu’ii prend
pourgarant,
sans rien direqui puisse
faire croirequ’il
a vérifiélui-même ,
avec tout le soin ettonte la sévérité
requise,
les résultats obtenus par lephilosophe anglais (
Traité élémentairede physique,
deuxièmeédition,
tom.II,
pag. 2I0
).
Libes n’a
point
mentionnél’expérience
dont ils’agit (
Traité com-plet
et élémentaire dephysique ,
deuxièmeédition,
tom.III ).
JI. Beudan s’est fort peu étendu sur ce
sujet
dans son Essaid’un cours élémentaire des sciences
physiques ;
etquant à
M.Biot ,
il s’est constamment montré Newtonientrop prononcé
pourPRIMITIVES. 237
que
cequ’il
avance à cetégard
entraîne une conviction com-plète.
. Il ne dit pas
d’ailleurs ,
ni-dans
songrand traité
, ni dansl’abrégé qu’il
en a donnépostérieurement , qu’il
ait fait lui-mêmetoutes les
expériences ;
.e t il se contente d’enindiquer les
résultatscomme
ayant
été obtenus par Newton et par les autresphysiciens.
En voilà
pins qu’il
n’enfaut , je
pense , pour prouver que, sije
voulaisentreprendre
derévoquer
en doutel’expérience
parlaquelle
Newton
prétend
prouver indistinctement l’inaltérabilité des diverses conteurs duspectre, je
ne me trouverais pas sur un terraintrop mauvais ,
sur-tout sije
voulais faire entrer en considération l’io- llucnce quepeuvent
exercer des doctrinesqui
ont obtenu unegrande
vogue, et
qu’on
chercheplus
à confirmerqu’à contredire,
sur lamanière de voir dcs
expérimentateurs. Toujours
sera-t-il vrai de dire que , sichaque
sorte de rayonjouit
d’une réfraction cons- tante , il devrait êtrepossible
d’isolercomplètement
les unes desautres les couleurs du
spectre ,
ce àquoi
on n’a pupourtant parvenir jusqu’ici ;
et quesi ,
aucontraire chaque couleur
estcomposée
de rayons diversementréfrangibles
en luifaisant
traverseru’n second
prisme ,
elle doit se dilater un peu dans le sens per-pendiculaire
à lalongueur
de ce dernier(*).
(*) Je suis encore à
comprendre pourquoi
on s’esttoujours
obstiné à em-ployer,
pour cesexpériences,
un faisceau lumineux de formeconique ,
dontl’utensité est nécessairement d’autant moindre
qu’on l’emploie plus
loin dusommet du cône ; et dont la
divergence
des filcts vient d’ailleurs secompliquer
avec celle
qui .s’opère
par ladispersion
dans le prisme. Rien ne serait pourtantplus
facile que de se procurer un faisceaucylindrique
extrêmement intense, etconséquemment
’beaucoupplus
propre auxexpériences ;
il nes’agirait ,
eneffet,
pour cela, que de recevoir la lumière solaire sur une lentille convexe de grandes dimensions ,
placée
au volet de la chambre obscure , et dechanger
ensuitela convergence en
parallélisme,
au moyen d’une lentille convenablement con-cave ,
placée
un peuen-de-cà
dufoyer.
238
COULEURS
Doit-on être
surpris d’après
cela que la doctrine de Newton ait trouve et trouve même encoreaujourd’hui
dessceptiques ? et , si parmi
ses adversaires ellc acompté
desRizzetti ,
desRegnaud
des
Pardies ,
desBuniers,
desGordon,
des Gautier et desMarat ,
on y rencontre aussi des
mariotte ,
desDufay ,
desLecat,
desPrieur et des
1’Vunsch;
etquel
fondpeut-on
faire sur desexpé-
riences
qu’il
n’est donné derépéter
avec succèsqu’à
unpetit
nombre de
physiciens privilégiés ?
J’admets
cependant ,
sansrestriction
aucune , toutes lesexpé-
riences
consignées
dansl’optique
deNewton ; j’accorde
avec luique , non seulement lcs rayons rouge,
jaune
et bleu duspectre
mais même les rayons oranger, vert et
violet ,
reçusséparément
sur un second
prisme ,
et même sur tant d’autresqu’on voudra
,n’y
subissent pas la moindredécomposition ,
tandisqu’au
contrairece second
prisme
résout de suite en leurs démens les mêmes trois dernières nuauces , formées artificiellement par lemélange
des troispremières
deux àdeux ;
etje prétends
prouverqu’il
n’en résultepas nécessairement
que toutes les . couleurs duspectre
soient descouleurs
primitives
etsimples.
Je.
prie auparavant
le lecteur de bien considérer queje
n’aiaucunement ici le dessein de faire un
système ;
quej’envisage
lachose sous un
point
de vuepurement logique ;
que ,n’ayant opposé
à la doctrine
généralement
admise quedes
doutes et des raisons deconvenance, j’accorde qu’il se pourrait ,
en touterigueur, qu’il
y eût
sept
couleursprimitives ,
dans toute l’étendue del’acception
de ce mot ; ce que
je
me propose seulementd’établir ,
c’est que l’existence- de cessept
couleurs ne résulte pas nécessairement desexpériences desquelles
onprétend s’appuyer
pourl’établir ;
etqu’en particulier
cesexpériences pourraient
fort bien se concilier avecl’opinion , très-plausible d’ailleurs ,
de ceuxqui n’admettraient,
pour couleursprimitives proprement. dites,
que le rouge, lejaune
etle bleu.
Dans l’état actuel de la
science y
onpeut distinguer ,
dans lesPRIMITIVES.
239rayons
duspectre solaire,
sixqualités principales ;
savoir : leurcoloration ,
leurréfrangibilité ,
leurforce d’illumination ,
leurfaculté calorifique
leurinfluence chimique
et leurpropriété -magnétique.
D’un autre
côté ,
bien que la nature des molécules de la lu- micre nous soit absolumentinconnue
onconçoit
que deux deces
molécules , comparées
l’une -àl’autre , peuvent
différer entreeues ou par
leur figure ,
ou par leurvolume,
ou par leurdensité
ou par leur
vitesse ,
ou enfin parplusieurs
de ces choses à lafois ;
ce
qui,
aubesoin , pourrait
offrirquinze
classes distinctes de molecules.Mais ,
comrneje
n’ai seulement ici en vue que la colorationet la
rèfrangibilitè , je supposerai
que toutes les molécules de la lumière ontrigoureusement
la même densité et la mêmevitesse ;
et
qu’elles
ne différentconséquemment
les unes des autres que par lafigure
et par la masse.Admettons que la
réfrangibilité, indépendante
de lafigure, soit plus grande
pour les moléculesqui
ont moins de masse et moindrepour celles
qui
en ontdàvantage.
Admettons encore que la
coloration ,
oul’impression
surl’organe,
tout-à-fait
indépendante
de la masse , ne soitproduite
que par lafigure seule ;
et que -les molécules de la lumière n’affectent que trois formes différentes. Pour fixer lesidées,
supposons que ces formes soient letétraèdre,
l’octaèdre et l’icosaèdreréguliers ;
que le tétraèdreproduise
la sensation du rouge, l’octaèdre celle dujaune ;
et l’icosaèdre celle du bleu.
Ad.mettons enfin que les molécules de
chaque couleur ,
et , parconséquent ,
dechaque figure ,
ne soientpoint
touteségales
engrosseur , ni
conséquetnmcnt
enmasse ;
que ces masses décroissent pardegrés insensibles ;
mais de manièrepourtant , I.°
queles plus
grosses molécules rouges aient
plus
de masse que toutes les autres ;2.° que les
plus
grosses moléculesjaunes
.aientplus
de masse que240
les
plus petites
molécules rouges ; 3." que lesplus
grosses molé- cules bleues aientplus
de masse que lesplus petites
moléculesjaunes : 4.0 qu’enfin ,
outre unepremière
série de molécules rouges, dont laplupart
sont d’une masseégale
àquelques
moléculesjaunes,
mais
toujours supérieure
à celledes plus
grosses moléculesbleues ,
il existe une seconde série de ces molécules rouges , dont les mo-
lécules aient une masse inférieure à celle des
plus
grosses moléculesbleues ,
mais non inférieure à celle desplus petites.
Ces
suppositions admises ,
et ellesn’ont ,
certes , rienqui
ré-pu-gne, toutes les
expériences auxquelles
on voudra soumettre unrayon
solaire donneront évidemment des résultatsidentiques
avecceux
qui
se trouventconsignés
dansl’optique
de Newton.Ainsi
leur passage par le
prisme
donnera naissance à unspectre
coloréprésentant ,
du roue auviolet ,
une infinité de nuancesparmi lesquelles
on en remarquera six ousept principales ;
etchaque
cou.leur en
particulier ,
en traversant tant d’autresprismes qu’on
voudra r ne pourraplus
subir dedécomposition
ultérieure.Da-ns cette
hypothèse l’oranger
, le vert et le violet seront bientr véritablement des couleurs
binaires ;
mais il. en pourra exister de deux sortes, danschaque- espèce ;
savoir : des couleurs binaires dontles molécules
présenteront
deux sortes defigures
et deux. sortesde masses ; et cellesci se
décomposeront
facilement en traversantun
prisme ;
et des couleurs binaires dont les moléculesprésenteront également
deux sortes defigures ,
mais des masseségales ;
orbien
que la sensationproduite
sur l’0153il par ces dernières soit en toutpareille à
cellequ’il reçoit
dn choc des autres , elles résisteront néanmoins à tous les moyens dedécomposition
dont nous pouvons-disposer ;
elles ne seront pasindécomposables ,
mais elles demeu-reront
indécomposées,
tout aussilong-temps qu’on
n’aura pas dé-couvert des moyens
d’agir
sur elles différens de ceuxqui
noussont
présentement
connus.Je ne pense pas, au
surplus ,
que rien de ce queje
viens d’avancer aitPRIMITIVES. 24I
ait été désavoué par Newton lui-même. Plus
réservé ,
et , pour ainsidire,
moins Newtonien que laplupart
de ceuxqui
l’ontpris
pourguide ,
ildit ,
dès lespremières
pages de son ouvrage Lumencujus
omnes radii sunt 0153querefrangibiles,
id egosimplex
homo-geneum, et similare
appello...
Nonquod
idplane
et omnimodehomogeneum
esse,affirmare velim ;
sedrluod
radiiqui pari
suntrefrangibilitate ,
iidem in istis sallemomnibus ,
dequibus
in hoclibro disserendum
erit , proprietatibus
inter seconveniunt . ( Optice
,traduct. latine de
Sam. Clarke, Lausanne, I740 ,
pag.4 ).
Et
ailleurs (
pag.I7 ) :
Observandum est autem, ex hisce ex-perimentis
non id continuoeffici ,
ut illud omnelumen ,
quo e chartac0153rulea fluit , magis refrangibile putandum sit ,
rluam id omnequod fluat
e rubra :utrumque
enim istorum luminum ex radiis diverserefrangibilibus compositum
est ; adeo ut in isto rubro lu-mine nonnulli sint radii nihilo minus
refrangibiles
quam radiinc0153ruleo et in isto c0153ruleo lumine nonnulli sint radii nihilo
magis refrangibiles
quam radii in rubro.Lyon,
le I0 dejanvier
I820.Tom. X, 33