& DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
UNIVERSITE MENTOURI
FACULTE DES SCIENCES DE LA TERRE, DE GEOGRAPHIE ET DE L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE
DEPARTEMENT D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME
N° d’Ordre………
Série………
THESE
POUR L’OBTENTION DU DIPLOME DE DOCTORAT ES-SCIENCES OPTION : URBANISME
Présentée par Khédidja BOUFENARA
Le rôle du Génie militaire
dans la production des villes coloniales en Algérie.
Annaba et Constantine
Sous la direction de Pr. Belkacem LABII
Jury d’examen :
Président : Pr. Salah Eddine CHERRAD, Université Mentouri Constantine.
Rapporteur : Pr. Belkacem LABII, Université Mentouri Constantine.
Membre : Pr. Djamel ZOUGHAÏLECH, Université Mentouri Constantine.
Membre : Pr. Hamza ZEGHLACHE, Université Ferhat Abbas Sétif.
Membre : Dr. Cherif ADDAD, Université Larbi Ben M’Hidi Oum El Bouaghi
Soutenue le
« En vérité, tu ne dois rien à aucun Homme
Mais tu dois tout à tous les hommes ».
Djibran Khalil Djibran
À Papa
À Mama
À Lamine et Maria
À ma famille
À mes amis
Remerciements
Au Professeur Belkacem LABII, pour son encadrement rigoureux, toute son aide, sa patience et surtout ses encouragements et sans qui ce travail n’aurait pas été.
À Siham Bestandji, pour sa présence et conseils.
Aux personnels de la Bibliothèque d’Alcazar section « Fonds patrimoniaux », du CDU, des Archives de Vincennes, et ceux de la municipalité de Annaba.
Au Docteur Bouziane Semmoud.
À Mr Jean Batiste Lecchia.
À Nacer Bourrafa.
À Messieurs les professeurs membres du jury de soutenance.
dans la production des villes coloniales en Algérie.
Annaba et Constantine
.
SOMMAIRE.
Introduction Générale. 1
Problématique. 5
Méthodologie. 9
Première Partie. Historique des armées et des villes militaires. 12
Introduction de la première partie 12
Chapitre premier. Des armées et villes de l’antiquité aux armées contemporaines. 14 Chapitre deuxième. La colonisation romaine : peuplement et urbanisation. 64 Chapitre troisième. L’architecture et l’urbanisme militaires de l’antiquité au Moyen Âge. 85
Conclusion de la première partie. 110
Deuxième Partie. Le contexte géopolitique et social de la colonisation. 112
Introduction de la Deuxième Partie. 112
Chapitre premier. l’Algérie sous la Régence. 113
Chapitre deuxième. La France et le contexte de l’occupation de l’Algérie. 131 Chapitre troisième. L’urbanisation en France au XVIIIème et XIXème siècles, un référent pour l’établissement des français en Algérie.
163 Chapitre quatrième. Les militaires français et les préalables à un système de santé en
Algérie.
191
Conclusion de la deuxième partie. 213
Troisième partie. Les casernements et fortifications et leurs impacts à Annaba et Constantine.
215
Introduction de la troisième partie. 215
Chapitre premier. Les casernements et les fortifications et leurs impacts à Annaba. Une 218
implantations stratégiques extramuros.
Conclusion de la troisième partie. 305
Quatrième partie. Les interventions sanitaires du Génie à Annaba et Constantine. 307
Introduction à la quatrième partie. 307
Chapitre premier. Les réalisations sanitaires du Génie militaire à Annaba. Une couverture sanitaire d’ensemble.
309
Chapitre deuxième. Les réalisations sanitaires du Génie militaire à Constantine. Des hôpitaux d’envergure.
344
Conclusion de la quatrième partie. 379
Conclusion générale 381
Bibliographie 388
Table des figures 399
Table des Matières 403
Annexes
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
Le sujet proposé ici est inspiré de récents regains d’intérêt pour le patrimoine architectural et urbain colonial et sa revalorisation. En effet, depuis quelques années, nombre de recherches ont été menées par les architectes et les urbanistes sur ce patrimoine qui a marqué nos villes, et des opérations de restauration du cadre bâti sont venues concrétiser cet intéressement.
La ville coloniale constitue aujourd’hui un patrimoine national tout autant que la médina ; elle commence notamment à bénéficier de plans permanents et de mise en valeur des secteurs sauvegardés (PPSMVSS)1 après avoir connu des signes de vieillissement. Cependant, pour pouvoir la préserver, il est nécessaire de la comprendre, ou du moins de comprendre l’esprit dans lequel elle a été créée.
Parallèlement à cet objectif de sauvegarde, s’impose la volonté d’extension de la ville qui est devenue une ville engorgée et qui manque de terrains constructibles. Afin de dégager des assiettes foncières, les regards des gouvernants se portent très souvent vers les équipements militaires qu’ils voudraient délocaliser. Or ces équipements militaires sont des entités tout aussi urbaines et tout autant liées à notre histoire puisqu’ils sont les « Visuel Signifiers 2» d’un pouvoir installé durant une période donnée. Le patrimoine urbain est un révélateur de la place que le pouvoir économique et politique occupe dans l’histoire de la construction et de l’urbanisme. Les équipements militaires se retrouvent ainsi intégrés dans le patrimoine national.
Avant d’aborder notre sujet à savoir le rôle du Génie militaire dans les réalisations et les effets induits dans les villes de Annaba et Constantine, il est primordial de définir et de présenter les éléments constitutifs et les contextes dans lesquels s’inscrit ce travail, et dans un premier temps l’armée et son fonctionnement. Ceci sera complété par un historique marquant les évolutions des armées durant les différents âges militaires : asiatiques, grecque, romaine et européennes. Il sera abordé en parallèle les villes créées dans un contexte militaire et les formes spatiales de ces dernières, tout en mettant en évidence les raisons d’implantation de ces villes dans le territoire.
L’armée romaine nous intéressera particulièrement pour les innovations qu’elle a introduites dans son organisation, et à l’armée française acteur de la colonisation et donc de ses réalisations, objet de notre intéressement. L’évolution de l’armée française depuis la conquête jusqu’à
1 Décret exécutif N° 03-324 du 05 octobre 2003 portant modalités d’établissement du Plan Permanent de Sauvegarde et de Mise en Valeurs des Secteurs Sauvegardés.
2 John Merriman, « Le rôle de l’histoire dans la fabrication du patrimoine », in Actes des Entretiens du
Patrimoine sous la présidence de François Loyer ; Entretiens du Patrimoine, Chaillot, Paris, les 24, 25 et 26 janvier 2000, p85-93.
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l’Independence sera traité en général mais nous nous attarderons de manière plus détaillée sur les deux services qui nous concernent : le Génie militaire et le service de santé.
Par ailleurs, l’armée romaine et l’armée française présentent des similitudes du fait qu’elles ont conquis le même territoire et ont eu la même stratégie d’occupation et le même objectif militaire : le peuplement de l’Algérie. À travers son empire en général et l’Algérie en particulier Rome a en effet grandement influencé les français par ses réalisations, principalement le mode d’urbanisation, ainsi que leur système hydraulique, hygiénique et de voies de communication.
Les réseaux routier et urbain entre autres ont servi de modèle à l’installation française.
L’objectif de notre travail étant les réalisations militaires, un retour historique sur l’architecture et l’urbanisme militaires grec, romain, européen puis musulman, et donc depuis l’antiquité jusqu’au Moyen Âge s’impose. En effet, nous verrons que du point de vue de l’architecture il existe beaucoup de similitudes entre fort ou Qal’a, ribat, donjons et autres ; les villes quant à elles sont toujours entourées d’enceintes fortifiées. La topographie des sites ressort comme étant la première logique d’implantation de ces villes en réponse aux stratégies de défense et d’attaque. La présence de voies de communication est également un élément primordial à cette installation.
À la conquête française, l’Algérie se trouvait sous la dominance ottomane ; un historique de la régence du point de vue politique, du découpage administratif du territoire, social et de gestion nous permettra de comprendre les conditions de la conquête, en particulier le beylik de Constantine qui comprend les deux villes Annaba et Constantine, terrain de notre travail. Comme ce dernier portera sur le côté sanitaire, nous approcherons les conditions sanitaires et l’exercice de la médecine qui prévalaient en Algérie durant la régence, en mettant en exergue leurs réalisations dans le domaine militaire, et sanitaire.
Par ailleurs, il est utile de comprendre, autant que pour l’Algérie, le contexte et les conditions de cette conquête en France. Cette dernière en pleine révolution politique, a connu en effet différents régimes durant la période de conquête et de colonisation.
Une attention particulière sera portée aux savoirs et savoir faire qui ont prévalu aux réalisations architecturales et urbaines ; en effet les XVIIIème et XIXème siècles ont apporté beaucoup d’innovations dans le domaine technique mais ce furent aussi les siècles des nouvelles idées humanistes hygiénistes et scientifiques. Nous nous intéresserons à celles qui ont touché le domaine de la construction au sens le plus large notamment à travers l’exemple de Paris, comme nous aborderons le métier d’architecte qui commença à évoluer, mais aussi et surtout le métier d’ingénieur. Les ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, des services des Bâtiments Civils, et plus
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encore les Ingénieurs du Génie militaire ont joué un rôle prépondérant dans les plus grandes réalisations. Leur formation, leurs principes de conception et d’approche aux projets vont se retrouver lors des édifications en Algérie ; leur rigueur, leur adaptation aux sites et situations, leur souci de l’économie d’ordre financier ou spatial ainsi que leurs exigences en matière de fonctionnalité, font des ingénieurs du Génie un corps compétant en matière d’organisation des travaux. Ce qui nous amènera à aborder leurs outils de conception tels la régularité, la géométrie des dispositions, le découpage des sols, etc.
Notre intéressement va aussi aux conditions et de la couverture sanitaires qui existaient en
« métropole », qui nous éclaireront sur l’état de santé des populations « importées », puisque nous savons que les épidémies introduites en Algérie au XIXème siècle sont arrivées avec les bateaux des militaires mais aussi ceux des civils. Quant à l’intérêt porté à la médecine et à son mode de fonctionnement, il trouve sa justification dans les mêmes raisons. Ainsi la France a connu de la seconde moitié du XIXème siècle jusqu’à la première moitié du XXème siècle une militarisation de la médecine à cause du manque de médecins et de personnels soignants. Aussi la couverture sanitaire se trouva-t-elle à la charge des militaires.
Ces actions et réalisations sont illustrée dans notre travail dans deux villes étudiées à cet effet, Annaba et Constantine aux conditions de prise différentes, à la topographie différente, aux fonctions différentes mais ayant subi toutes deux l’installation des militaires français et leurs réalisations.
La chute des villes s’est automatiquement accompagnée de la réquisition des édifices les plus importants qu’ils soient militaires ou civils, allant des casernements jusqu’aux habitations en passant par les mosquées en vue d’héberger les hommes de troupes et les différents services de l’armée tels que postes de commandement des places, services d’intendance, de Génie et de santé mais aussi les chevaux, forges et attelages…
Installant les différents casernements selon le type d’Arme, dans Annaba intramuros et à l’extérieur de l’enceinte à Constantine selon la topographie des deux villes mais aussi selon la fonction donnée à chacune d’elle au vue de leurs potentialités respectives, les ingénieurs du Génie obéissent dans les deux cas aux principes de stratégie militaire qui devait assurer la défense des villes. C’est ainsi que le port de Annaba confère à celle-ci son caractère fonctionnel de commerce et d’échange avec la métropole, et par delà même dicte l’installation de fortifications à son niveau, alors que Constantine va garder son caractère militaire du à son site et
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à sa situation dans le territoire ; elle fut la base d’où partaient les expéditions militaires vers l’intérieur du pays. Elle sera une ville de garnison.
Le Génie restructura l’espace intramuros des villes mais aussi leur espaces extramuros. Par ailleurs, l’arrivée des colons et leur installation provoquera l’extension des deux cités. C’est encore une fois le Génie qui aura à projeter les nouvelles villes européennes et à les protéger.
Prenant en considération la vocation des deux villes, c’est vers la plaine Ouest asséchée et intégrant le port que Annaba sera agrandie ; alors que l’extension de Constantine obéira à la stratégie sécuritaire en développant les nouvelles zones urbaines à proximité des quartiers militaires.
C’est le Génie qui prendra encore en charge la couverture sanitaire des populations militaires, en jouant un rôle indéniable dans l’installation des hôpitaux militaires de Annaba et Constantine selon des principes propre à leurs objectifs et selon les contextes : l’hôpital installé sur la mosquée Sidi Marouane à Annaba, l’hôpital nouvellement construit dans la casbah pour Constantine. Ces édifications auront des impacts certains sur l’architecture et l’urbanisme existants.
Nous aurons ainsi abordé la question de la production militaire coloniale, du point de vue du choix du site, de la conception et de la réalisation des équipements militaires objectif premier sans conteste, qui auront engendré la ville coloniale par leurs impacts sur les anciennes villes et sur les extensions de celles-ci. Le Génie apparait comme la force de construction de l’armée française et donc de la France, puisqu’il a été maître d’œuvre et maître d’ouvrage des plus importants édifices érigés durant le XIXème siècle par la France en Algérie.
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PROBLÉMATIQUE.
La fonction de pouvoir, et plus précisément la fonction militaire, a toujours été partie intégrante du fonctionnement de la ville, et partie prenante de son édification voire de sa naissance puis de son développement.
Notre intéressement à la fonction militaire et au-delà aux équipements militaires et au rôle de ces derniers dans la production de la ville, a été suscité par un certain nombre d’observations, dont l’implantation urbaine de ces équipements avec toutes les stratégies de différentes époques, puis l’impact de ces implantations sur la ville, sur sa structuration et son fonctionnement.
Un fait nous vient à l’esprit à ce sujet, est que lors de réunions au sujet de l’extension de la ville de Constantine, la problématique a souvent été posée en termes de recherche de terrains urbanisables. Et systématiquement, les regards étaient tournés vers Le Mansourah et autres espaces militaires aujourd’hui occupant le centre ville, toujours convoités pour des besoins urbains pressants. Actuellement la récupération des terrains militaires urbains est à l’ordre du jour et entre dans la stratégie globale d’aménagement de la ville de Constantine, cependant qu’à Annaba le terrain connu sous le toponyme du « 19 juin », après avoir servi de parking, puis de marché et de station de transports urbains, vient d’être cédé à des investisseurs étrangers afin de servir d’assiette à un centre multifonctionnel alors qu’il appartenait à la zone de servitude du casernement, situé Bd Victor Hugo, et de la citadelle.
Cela est un fait historique incontournable depuis l’antiquité, l’obligation de présence militaire correspond à une fonction de la ville parmi les plus anciennes. Cette fonction est la protection contre les intrusions étrangères et les troubles internes, donc une fonction d’ordre et de sécurité et, plus conceptuellement, une fonction de pouvoir. Peut-on imaginer une ville non protégée ? L’histoire de l’architecture et de l’urbanisme universelle est truffée d’exemples de villes connues pour leurs systèmes de protection : ville citadelle, de garnison, ville fortifiée, Kalaa, etc.
Revenons à cette interaction entre la ville et les bâtiments militaires. En Algérie par exemple, les casernes ont toujours été associées à la guerre et à la répression, ce qui a pu nourrir un sentiment de répulsion de ces édifices chez la population. Or, lors d’émeutes ou de catastrophes naturelles, la population est bien aise de trouver aide et sécurité auprès de ces militaires sortis de ces mêmes casernes.
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Une autre observation est celle de travaux que nous avons menés sur l’histoire de la ville de Annaba, où l’emplacement de différentes casernes militaires à travers la ville pose la problématique de la logique de leur implantation. Ainsi on trouve une caserne à la limite nord de la vieille ville, une autre sur le port et un poste de commandement sis au Champ de Mars, et donc une situation centrale. Or, cette dernière situation résulte de l’extension de la ville, qui a intégré les équipements militaire lesquels, à l’origine, devaient être implantés en périphérie. D’un autre point de vue, la taille, l’importance et le rôle de ces casernes ne nous donnent pas suffisamment d’indications sur la logique de leur implantation.
Ce qui nous amène à rechercher cette logique dans une ville de plus grande importance, c’est-à- dire la ville chef de région militaire et qui de plus a été une ville citadelle guerrière depuis Rome puis ville de garnison lors de la période coloniale française : Constantine. Nous ajouterons à cela que c’est la ville de résistance : elle a tenu un siège de sept années face à la conquête Française.
C’est d’ailleurs ce fait d’armes qui a fait de cette ville un bastion militaire durant toute la colonisation, justifiant une implantation militaire conséquente avec toute sa logistique : Casernes, hôpitaux, résidences militaires, infrastructures routières… Cependant, la ville de Annaba a connu une occupation différente et avec d’autres stratégies à préciser, ce qui a pu donner lieu à un autre type d’édification urbaine.
Ces considérations nous ramènent, en fait, à situer notre recherche dans le temps : la période coloniale française, avec un rappel de l’ordre militaire du temps du Beylik.
Si la conquête française apparaissait dans un premier temps comme juste une expédition militaire, et si la Monarchie de juillet n’avait pas de vue conquérante, le général Clauzel, pour faire triompher sa politique de conquête, voulait s’emparer de la Capitale du beylik de l’Est, Constantine où le Bey refusait toujours de reconnaître la souveraineté française. C’est ainsi que le 13 octobre 1837, Constantine fut occupée et le dernier représentant du régime antérieur vaincu. Ce qui conférera à Constantine, en plus de sa position géostratégique, une importance particulière aux yeux des colonisateurs qui en feront une ville de garnison.
Tout comme la création de centres de colonisation, surtout depuis de Sénatus Consulte, allait enclencher l’urbanisation du territoire. En effet, la conquête de l’Algérie eut pour corollaire la colonisation du pays. La politique de colonie de peuplement était le moyen le plus efficace de consolider la conquête et cette politique ne fut possible que par les militaires. Trois quart de siècle ont été nécessaires aux militaires pour s’imposer en Algérie, qui furent accompagnés de réalisations et d’interventions de tous genres.
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Durant cette période, la France se voit obligée de renforcer son armée pour assurer les places prises et avancer dans sa conquête. Dans sa politique de guerre, elle est contrainte alors de construire des bâtiments militaires pour abriter son armée et pour assurer la logistique de conquête, ce qui se fera aussi par des interventions urbaines.
La conquête fut ainsi suivie de l’établissement du pouvoir qui d’abord fut militaire avec la construction des infrastructures de base qui lui sont nécessaires. Ce n’est qu’en 1854 que le pouvoir sera cédé aux civils. Mais si le pays était conquis, les révoltes ne cessèrent pas ; il fallait donc assurer la conquête et la sécurité de la population colonisatrice. Ce qui sera matérialisé différemment dans le temps et dans l’espace par les constructions militaires réparties dans la ville selon la politique et les besoins du moment, mais surtout par une gestion de la ville par les militaires avec leur logique de maintien de l’ordre et d’expansion. Les actions urbaines générées alors, devaient impérativement répondre à l’ordre et au pouvoir militaires. La remise du pouvoir aux civils dès 1854 à Constantine fait de ceux-ci les principaux acteurs de la production de la ville, mais n’en amoindrit pas moins le rôle des militaires. L’on relèvera que cette remise de pouvoir a été tardive par rapport à celle de Annaba qui s’est effectuée six années auparavant, en 1848. Ce qui laisse supposer des stratégies différentes d’une ville à une autre, et des interventions également différentes ; Constantine ayant été de fait, plus que Annaba, une place forte militaire et de départ des expéditions.
Il est ainsi admis que la conquête de l’Algérie ayant été militaire, les premières place fortes conquises étaient les villes, dans lesquelles l’armée s’est installée avec sa logistique de guerre comprenant le Génie et son savoir faire, ouï l’intervention de ce dernier sur la ville et au-delà, pour asseoir la colonisation et préparer le peuplement.
De ce point de vue, notre problématique se pose dans les termes de l’apport et du rôle des militaires dans la production de la ville que ce soit en matière d’édifices proprement dits et de leur impact sur la ville, ou par leurs interventions structurelles et fonctionnelles sur cette ville ; ces interventions allant jusqu’à la dénomination des rues et places telles que : la place Lamoricière, Rue Damrémont, Place d’Armes ; et même encore celle d’agglomérations : Bugeaud….
Parmi ces réalisations, celle des hôpitaux est d’une très grande importance, non seulement en tant qu’édifices qui ont eu des impacts sur la ville autant que les casernements, mais dans les termes de l’instauration d’un système sanitaire d’abord militaire pour des raisons propres à la
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logique de guerre et de conquête, qui a mis en place les bases de toute l’infrastructure de santé qui a encore ses impacts jusqu’à nos jours.
Aussi, notre problématique englobe-t-elle les édifications militaires (casernements et hôpitaux) dans une même logique des débuts de la conquête puis du peuplement.
A ce stade notre problématique se précise ainsi :
Quel a été le rôle des militaires français dans l’édification de la ville à un moment donné ? C’est à dire que nous rechercherons d’abord comment les militaires ont intervenu sur la ville avant l’institution de la municipalité et même au delà ?
Quelle est l’expression architecturale de ce pouvoir conquérant, et quels en sont les impacts sur la ville ?
Enfin, ce questionnement est posé dans le cas de Constantine comme dans celui de Annaba, car une comparaison pourra établir la différenciation des enjeux territoriaux de colonisation, puis la différenciation des influences et des interventions qui mettront en place différentes configurations urbaines puis les sens du déploiement urbain.
Autrement dit, nous aurons à répondre à une série de questions aux fins de reconnaître le rôle de l’armée française dans ce qu’elle a entrepris pour préparer la colonisation puis de l’accompagner, à travers les actions d’envergure du Génie.
Quels types de projets ont été élaborés et réalisés, dans quelles circonstances locales et de
« métropole » ? Quels outils juridiques en place et d’accompagnement de la conquête ont permis ces interventions, et quels ont été les moyens techniques mis en place pour cela ? Quelles logiques et stratégies ont été mises en place par les militaires en tant que maître d’œuvre et maître de l’ouvrage, et quels ont été leurs choix en matière d’implantations ? Pourquoi y a-t-il eu des percées avant les alignements ? Quelle a été la part du sanitaire dans leurs interventions ? Enfin et surtout, quels ont été les impacts des nouvelles édifications sur l’architecture et l’urbanisme des deux villes objet de notre recherche : destructions, transformations, ouvertures, extensions… ? Tels sont les objectifs de notre travail.
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MÉTHODOLOGIE.
La méthodologie qu’inspirent le sujet et les questionnements émis, s’inscrit dans les processus historiques de production de la ville. Au-delà d’un sujet sur l’architecture militaire en tant que représentant d’un pouvoir conquérant, notre intéressement va à l’impact de cette architecture et de ses représentations sur la ville, qui ont marqué et continuent de marquer l’urbain.
De ce fait, la méthodologie que nous nous proposons d’adopter puise dans la recherche historique diachronique, c’est à dire à la fois générique et historique. Il s’agit, à ce niveau, de la construction théorique du sujet, qui définisse et mette en place la notion de « Pouvoir » dans la ville coloniale, et la place du pouvoir militaire en tant qu’acteur incontournable, du fait de sa présence, de ses édifices et de ses réalisations de pouvoir.
S’agissant d’un pouvoir instauré par l’armée française organisée selon un mode qui lui est particulier, nous reviendrons sur la composition et l’organisation de cette armée d’un point historique. Puisant dans la documentation se rapportant à l’histoire universelle des armées, nous essayerons de mettre en exergue l’évolution des armées en général et celle de la France en particulier, dans le temps et ce depuis l’antiquité. Cette recherche sera axée sur les réalisations spécifiques en matière de construction et d’urbanisme militaires. Nous nous référerons particulièrement au manuels d’histoire de l’architecture se rapportant à la période romaine du fait que le territoire conquis puis colonisé est le même et que la colonisation fut de peuplement.
L’acteur principal étant européen, une prospection dans l’histoire de l’architecture et l’urbanisme militaire européen, depuis l’antiquité jusqu’au Moyen Âge, s’impose comme référent et acquis technique de l’armée française.
Comme nous allons traiter aussi des réalisations sanitaires militaires, nous explorerons dans la bibliographie, les documents relatifs à l’organisation du service de la santé dans les armées et la prise en charge de celle-ci en matière de soins et d’équipements.
Dans la même perspective, nous aborderons l’histoire de l’armée, de l’architecture, de l’urbanisme musulman. Cet intéressement est complété par un autre se rapportant à l’organisation générale de l’Algérie et de la couverture sanitaire en particulier durant la régence ottomane.
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Dans le même volet contextuel de la colonisation, une recherche bibliographique nous permettra de voir les conditions dans lesquelles se trouvait la France du point de vue politique, militaire et sanitaire. Cette dernière ayant connu différents régimes successifs, il importe de rechercher au niveau des lois et règlements ceux se rapportant à la colonisation puis au peuplement.
Cette rétrospective sera parachevée par une autre se rapportant aux méthodes de conception et à l’évolution de l’enseignement reçu par les ingénieurs du Génie en tant que maitres d’œuvres et par celle se rapportant au domaine de la construction durant les XVIIIème et XIXème siècles.
Celles-ci nous permettront de reconstituer le contexte politique, juridique et technique des réalisations militaires à Constantine et à Annaba.
Une recherche bibliographique se rapportant à l’histoire des villes, avant et durant la période coloniale, permettra quand à elle de cerner le terrain d’étude du point de vue politique, social, économique, sanitaire, urbain et architectural, puis les prédispositions de ces villes à être des villes citadelle ou commerciale et portuaire, soit un « back ground » physique, historique, sociologique. Ce qui revient à arrêter de façon précise les réalisations coloniales depuis la chute des deux villes.
Les conditions sanitaires vécues par les troupes françaises lors de la conquête puis de la colonisation, nous poussent à des investigations dans ce thème et sa prise en charge par les dirigeants militaires. Au-delà des casernements nous nous intéresserons particulièrement aux équipements sanitaires militaires en tant qu’outils de colonisation et à leurs impacts sur les tissus existants. Il s’agit là de dresser un état des lieux et d’en effectuer une analyse architecturale et urbaine, aux fins d’en déterminer l’importance et l’impact sur la ville (aujourd’hui).
Jusque là, nous nous sommes intéressées à l’impact des réalisations militaires sur la ville : importance, fonctions, fonctionnement, structuration,…
Ce travail qui est le corps de la thèse est alors rétrospectif et puise dans la méthode historique. Il sera nécessaire d’établir une chronologie et donc de dater les différentes réalisations afin de bien comprendre l’évolution de la ville en relation avec la situation des équipements militaires dans celle-ci, et surtout les conditions stratégiques et politiques de cette évolution.
Ce travail d’histoire utilisera les méthodes d’exploitation des archives, à mettre au point, d’autant que ces archives sont variées et dispersées : les archives militaires (locales ou celles se trouvant à Aix et à Paris), les archives de willaya (ex département de Constantine) et des municipalités.
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L’étude des archives militaires3 nous permettra de cerner l’intervention des militaires dans la construction de la ville non point uniquement comme acteur mais encore comme entrepreneur, comme pourvoyeur de moyens techniques et humains : le Génie militaire a en effet joué un grand rôle dans la prise en mains de la ville, dans la préparation du peuplement et dans la création de centres nouveaux à travers tout le territoire.
Ce travail dans son ensemble sera effectué parallèlement à l’étude cartographique où nous utiliserons les plans des villes de Constantine et Annaba établis à différentes périodes de la colonisation. Il sera nécessaire d’établir une chronologie et donc de dater les différentes réalisations afin de bien comprendre le processus de production de la ville en relation avec la situation des équipements militaires dans celle-ci, puis les réalisations civiles dans lesquelles les militaires ont été impliqués d’une manière ou d’une autre.
Dans la pratique, notre travail se présente en quatre parties et onze chapitres.
La première partie comprend trois chapitres qui traitent de l’histoire des armées et des villes militaires.
La deuxième partie traite du contexte géopolitique de la colonisation de l’Algérie en quatre chapitres
La troisième partie en deux chapitres s’intéresse aux casernements et fortifications militaires et de leurs impacts sur les villes de Annaba et de Constantine.
La quatrième partie, sur deux chapitres traitera enfin des édifications sanitaires militaires et de leurs impacts sur les villes de Annaba et Constantine.
3 Nous avons exploité les archives des municipalités et celles d’Aix en Provence et de Vincennes, dont on trouvera les détails en première annexe.
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PREMIÈRE PARTIE
HISTORIQUE DES ARMÉES ET DES VILLES MILITAIRES
Introduction.
Afin d’aborder notre sujet d’intérêt à savoir les réalisations ou les actions, ayant eu une influence sur le domaine de la construction et du développement des villes algériennes, des militaires français , il convient de définir et de présenter l’armée4 et son fonctionnement.
Le terme « armée » peut désigner l'institution toute entière, regroupant tous les militaires du pays, ou un ensemble plus restreint composé d'hommes placés sous la direction d'un commandant militaire.
Dans ce qui suit nous insisterons notamment sur la composition, l’évolution et l’organisation des armées d’un coté et de l’autre sur les principales édifications de ces dernières afin de bien assoir notre analyse du processus de production militaire en milieu urbain.
Pour bien comprendre le système militaire, un aperçu historique des armées s’avère nécessaire.
On distingue quatre âges militaires déterminés par rapport à l’armement 5:
- Le premier correspond à l'époque de la guerre primitive des petites hordes ;
- Le deuxième va des civilisations protohistoriques à la Renaissance ; c'est un cycle de plus de quatre mille ans d'évolution lente, comprenant de longs paliers d'immobilisme, et
4 Armée : forces militaires d'un pays, rassemblées, entraînées, structurées et équipées de façon à pouvoir entreprendre des manœuvres guerrières à caractère offensif (conquête de territoire ennemi) ou défensif. Microsoft®
Encarta® 2008.
Le terme « armée » provient du bas latin armata. À l'origine, il signifie l'armement des navires, d'où le nom espagnol armada : flotte, armée de mer. Par analogie et dérogation, on a désigné, sous le vocable d'armée, l'armée de terre ; la marine prenant le nom de flotte de guerre, de flotte de commerce, etc. Au Moyen Âge, le terme ost remplace celui d'armée que l'on trouve cependant dans les textes de Froissart. Dans son sens le plus général, le terme d'armée s'applique aux moyens d'un État, d'un peuple, d'une collectivité sociale, politique, religieuse ou économique, moyens comprenant des effectifs organisés, hiérarchisés, armés, équipés, administrés et militairement instruits ; leur fin est d'imposer la volonté de l'autorité supérieure par la force, ou la menace de son exercice, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur des territoires, mouvants ou fixes, de la collectivité considérée, in Encyclopædia Universalis , version 10, France S.A-2004, CD.
5 Paul Devautour, « Typologie historique de l’ARMEE », in Encyclopædia Universalis, DVD EUV10, France S.A- 2004.
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des alternances de périodes cuirassées et non cuirassées, de périodes de cavalerie et d'infanterie ;
- Le troisième s'étend de la Renaissance à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; il correspond à un nouveau stade de grandes découvertes, à l'apparition de techniques inédites et à l'accélération de l'histoire qui s'ensuit ; il est essentiellement dynamique ; c'est celui de l'explosif et du canon, ainsi que du moteur ;
- Le quatrième débute à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec l'application de l'énergie atomique à des fins militaires.
À l'intérieur de chacun de ces âges, les armées présentent des caractères communs tels que l’organisation, les stratégies d’attaque et de défense et les armes. Il existe cependant d'importants décalages, selon les quatre foyers de civilisation mondiale : Moyen-Orient, Méditerranée et Occident, Extrême-Orient, Amérique précolombienne6. Dans ce chapitre nous nous intéresserons particulièrement à l’Armée romaine et française toutes deux conquérantes de l’Algérie. La première servit d’exemple à la seconde dans sa stratégie d’occupation mais aussi dans l’objectif militaire : le peuplement de l’Algérie.
6 Paul Devautour, « Typologie historique de l’ARMEE », in Encyclopædia Universalis, DVD EUV10, France S.A- 2004.
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CHAPITRE PREMIER
LES ARMÉES ET LES VILLES DE L’ANTIQUITÉ À L’ÉPOQUE CONTEMPORAINE.
Introduction.
Aborder notre travail sur les réalisations militaires ne pourrait se faire sans traiter de l’évolution de l’armée dans le temps. Les corps constituants de l’armée doivent trouver leur explication dans l’origine du besoin de leur fonction. Suivre donc l’évolution des armées à travers le monde et les siècles, nous permet de restituer la logique des formations militaires qui ont contribué à la conquête de l’Algérie puis aux réalisations effectuées.
Dans ce premier chapitre nous traiterons de l’évolution des armées les plus importantes depuis l’antiquité à nos jours. Notre intérêt va aux armées qui ont laissé un patrimoine non seulement militaire mais aussi architectural et urbanistique témoignage de connaissances et de savoir faire : armées chinoise, grecque, romaine, française. Ces deux dernières armées nous intéresseront en particulier ; l’armée française, parce qu’elle est l’acteur principal de la production de l’espace objet de notre étude et l’armée romaine parce qu’elle a précédé l’armée française sur le territoire algérien et dans l’objectif de colonisation par peuplement.
Par ailleurs, toutes ces armées ont effectué des réalisations sur l’espace qu’elles ont occupé. Les fortifications des villes à défendre furent leurs premiers accomplissements avec le choix d’implantation de ces villes. S’en suivirent des formes d’urbanisation et de réalisations architecturales certes répondant à un objectif militaire mais ayant des répercussions sur la vie sociale ; le gymnase romain créé pour les exercices des soldats fut utilisé à des fin hygiénistes de tous les citoyens romains ; la ville en damier grecque est encore en usage actuellement. Revoir toutes ces réalisations nous permettra de distinguer le propre de l’apport des militaires français sur le territoire algérien de ce qui ressort du patrimoine mondial en matière de connaissances utilisées par l’armée.
1. Les armées et villes de l’antiquité.
C’est durant cette période que se formèrent les premières armées. Ces dernières n’eurent pas toutes la même importance et donc ne laissèrent pas les mêmes traces sur l’espace. Hormis les armées du premier âge militaire, les armées asiatiques, grecque et romaines sont celles qui ont le
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plus laissé de traces et celles qui ont amené le plus d’innovations que ce soit dans l’organisation des armées, l’invention des armes et armements ou dans les travaux de fortifications des édifices purement militaires ou des villes. Nous traiterons dans ce qui suit des plus importantes d’entres elles et de leurs réalisations.
1.1 Les premières armées correspondant au premier âge militaire.
Ni la préhistoire ni le début de notre ère n'ont connu d'armées telles qu'elles existent aujourd'hui ; la défense ou la volonté de conquérir des terres nécessaires aux pâturages ou à la chasse conduisait à de simples regroupements d'hommes en armes, menant des combats isolés. L'emploi de citoyens-soldats commence avec la montée de la sédentarisation, se traduisant par la multiplication de villages permanents dans la vallée du Tigre et de l'Euphrate, et le long du Nil.
Peut-on dire alors que le surgissement d’une armée organisée coïncide avec la sédentarisation et l’urbanisation ?
En Mésopotamie, la création d'armées permanentes, munies d'arcs et de lances, intervient en 3200 av. J.-C. Aux environs de 2500 av. J.-C., l'introduction de chars tirés par des ânes et des chevaux révolutionne l'art de la guerre. Au XXe siècle av. J.-C., en Égypte, Sésostris Ier entretient une armée régulière ; il divise son royaume en trente-six provinces militaires, met en place une milice nationale, attribue des terrains aux militaires, et utilise cette armée à des fins tant offensives que défensives. Au milieu du VIe siècle av. J.-C., sous Cyrus le Grand, les Perses apportent une amélioration au concept de l'armée permanente en organisant le déploiement de troupes d'infanterie et de cavalerie, et en établissant un système disciplinaire.
1.2. Les armées et villes du deuxième âge.
Durant l’antiquité deux grandes armées se font connaître : l’armée grecque et l’armée romaine qui, pour la première fois prend l’adjectif d’armée impériale. La première nous intéresse par la raison que c’est en Grèce antique que nous retrouvons les premières villes militaires. Celle de Macédoine introduit des innovations dans son organisation. L’armée romaine de par ses qualifications ( républicaine puis impériale), puis du fait de sa conquête de l’Algérie, et du rôle qu’elle a tenu dans l’armée française présente un intérêt particulier dans cette étude.
Bien que les armées asiatiques soient loin de notre sujet d’étude, il est intéressant de voir brièvement leur apport dans le domaine armé.
16 1.2.1. Les Armées et villes asiatiques.
Le monde antique asiatique se développa loin de celui de l’ancien monde, ce qui laisserait penser à un développement de l’armée différent, or elles se rapprochent énormément dans leur organisation et moyens.
L’une des constructions militaires les plus connues au monde et qui devint merveille du monde se trouve en Asie : la muraille de Chine, c’est dire l’importance de cette armée.
1.2.1.1. L’armée et les réalisations militaires de Chine.
La Chine antique bénéficie également d’un système militaire, défini par le général Sun Zi dans son traité de stratégie militaire, l'Art de la guerre (vers 500 av. J.-C.) ; il y fait la description des usages chinois, en termes d'armes, de système de commandement, de communications, de discipline, de grades, de stratégie et de moyens logistiques. L’armée du premier empereur de Chine était l’une des plus puissantes (plus de 600 000 hommes). Elle fut la première à fabriquer en série ses armes (chaque casernement comprenait sa propre manufacture, nous lui devons aussi la gâchette). C’est 228 ans avant Jésus Christ que la construction de la muraille de chine débuta7. Les généraux de la dynastie Zhou installèrent des commanderies militaires le long de la Grande Muraille, qui avait été construite par Shi Huangdi8, et qu’ils étendent, en bordure du désert de Gobi pour protéger les grandes caravanes de marchands des incursions menées par les tribus nomades (Xiongnu). Leurs ingénieurs construisent des routes et des canaux comparables à ceux des Romains qui améliorent les communications et le commerce9. En dehors de la Grande Muraille, la Chine recèle encore aujourd’hui des constructions typiquement militaires. Parmi les plus connues la Tour de la Grue jaune et les Tulou.
La Tour de la Grue Jaune (Huáng Hè Lóu) est une pagode édifiée à Wuhan, province de Hubei.
Elle est considérée comme l'une des 3 merveilles architecturales du sud du Yangtze. La pagode située au sommet de Sheshan (Colline du Serpent) est devenue le symbole de la ville. La tour de 5 étages initialement construite sur une place appelée "rocher de la grue jaune", s'élève à 51 mètres. Elle est couverte de 100 000 tuiles jaunes émaillées et est soutenue par 72 énormes piliers. La Tour de la grue jaune a été reconstruite de nombreuses fois (plus de 20 fois). Le premier bâtiment en bois a été édifié en 223, au cours de la période des Trois Royaumes (220 - 280). En raison de la position idéale, il a été construit par Sun Quan (182 - 252, le roi de Wu),
7 Le premier Empereur de Chine, un documentaire diffusé par ARTE le 31 janvier 2009 à 19h.
8 Shi Huangdi8 : général du premier empereur de Qin.
9 « Les anciennes civilisations d’Asie », in Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation.
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comme tour de guet pour son armée. La construction actuelle date de 1985 et a l'apparence d'une tour ancienne mais est faite de matériaux modernes. Au fil des siècles, sa fonction militaire a été peu à peu oubliée10.
Les Tulou sont les imposantes habitations, semblables à des forteresses, de la minorité chinoise hakka. Ces bâtiments à hauts murs élevés en terre uniquement percés de fenêtre à la lisière du toit sont des habitations traditionnelles. L'origine de ce type d'habitat communautaire remonte à la fin du Xème siècle et servait entre autre à se défendre des agressions des autres peuples de la région. Il n'y a qu'une seule porte dans l'enceinte qui peut atteindre plusieurs mètres d'épaisseur.
Les cloisons en briques ou en pierres empêchaient le feu de se propager dans l'ensemble du bâtiment. Au centre d'un Toulu se trouve une cour, qui équivaut à la place du village. Les familles vivent dans les niveaux aménagés dans le mur d'enceinte auxquels elles accèdent par des escaliers en bois. Le rez de chaussé de ces zones d'habitat est occupé par les cuisines et la basse- cour. Le premier étage sert de zone de stockage tandis que les derniers étages sont des chambres.
La toiture des Tulou est couverte de tuiles grises ou l'on sèche les légumes au printemps11.
La Chine et les régions incluses dans sa sphère d’influence développèrent une haute culture urbaine, le gouvernement central chinois utilisant les villes comme une arme administrative. Le style d’urbanisme fut déterminé par Chang’an (aujourd’hui Xi'an), capitale des dynasties Han et Tang. Dès la fin du VIe siècle, elle était disposée en damier et entourée par un mur de terre battue d’une circonférence de 36,7 km avec de larges avenues (jusqu’à 155 m) allant du nord au sud et d’est en ouest. Ce plan fut repris pour les villes de nombreux autres pays influencés par la Chine, notamment pour la capitale impériale japonaise Heiankyo (aujourd’hui Kyoto), fondée en 794 apr. J.-C. Le développement du commerce et d’une économie monétaire en Chine sous la dynastie Song favorisa l’essor des cités qui, pour la plupart, s’efforcèrent de reprendre le même plan. D’autres pays d’Asie orientale (le Tibet, l’ancien empire Mongol) se sont inspirés du modèle chinois tout en le modifiant afin de corriger sa trop grande rigidité12.
Si cette armée ne servit pas d’exemple aux armées européennes cela est du au fait de l’éloignement (les distances n’ont pas la même dimension qu’actuellement), mais aussi du fait que les vestiges du tombeau de l’empereur ne firent mis à jour qu’en 1970. Par la suite, le mode d'organisation des armées chinoises et japonaises se rapproche de celui de leurs homologues
10 www.chine-information.com/guide/chine-tour-de-la-grue-jaune.2434.html.
11 www.chine-informations.com/images/upload2/tulou.jpg.
12 « L’urbanisme en Asie », in Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation.
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d'Europe et du Moyen-Orient, après que l'invention asiatique des étriers (aux alentours du IIe siècle av. J.-C.) a révolutionné la guerre à cheval, rendant les chars obsolètes. L’édifice le plus connu reste la muraille de chine jamais égalée dans ses dimensions.
1.2.1.2. L’armée de Mongolie.
Utilisant comme base d'opérations un cercle semi-mobile constitué de chariots, le chef mongol Gengis Khan puis ses successeurs, conduisent, au début du XIIIe siècle, la conquête d’un empire s’étendant du désert de Gobi jusqu'au cœur de l'Europe. Accomplies avec des effectifs relativement faibles, mais grâce à des techniques militaires très innovantes, ces conquêtes s'appuient sur une formation élémentaire de dix mille guerriers à cheval, le touman. Les armes spéciales incluent principalement de redoutables projectiles explosifs. Les communications se font grâce à des pavillons de signalisation et des tambours. Les hordes mongoles vivent des ressources du pays conquis, et leur déploiement tactique repose sur des attaques surprises poussées sur le flanc et les arrières de l'ennemi, précédant de grands assauts de cavalerie.
En dehors de temples bouddhistes, de la Mongolie ancienne, seules les yourtes ou « Ger » et la tente « Maikhan », sont restées. Le peuple et ses dirigeants nomades ont très peu influencé l’urbanisation dans l’empire mongol.
1.2.2. L’armée et les villes grecques.
Sparte et Athènes ayant tour à tour eu la prépondérance en Grèce, l’organisation de leurs armées a nécessairement servi de modèle à celles des autres républiques grecques. A Sparte, tous les citoyens devaient le service entre vingt et soixante ans ; mais ils étaient classés d’après leur âge, et on ne les appelait que successivement, suivant la nécessité de la conjoncture. Ainsi les hommes de vingt à trente-cinq ans avaient seuls servi à Leuctres, mais après la bataille on appela ceux de trente-cinq à quarante ans. Cette armée était divisée en plusieurs corps, qui se subdivisaient eux-mêmes en plusieurs compagnies : ces cadres ne représentaient pas toutefois un nombre fixe de soldats, et les corps aussi bien que leurs subdivisions pouvaient être plus ou moins nombreuses suivant les circonstances13.
13 René Ménard, La vie privée des Anciens, Tome IV : les institutions de l’Antiquité, Édit veuve A. Morel, Paris, 1880-1883.
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Les cités grecques utilisent les citoyens pour former leur armée. La discipline stricte de ces citoyens-soldats, ou hoplites, leur permet de remporter de grandes victoires, comme celles de Marathon et de Platées pendant les guerres médiques, au Ve siècle av. J.-C. Au milieu du VIe siècle av. J.-C., les Spartiates — peuple guerrier par excellence — inventent la phalange, La structure de la Cité-État, caractérise la Grèce antique. La cité attique a pu expérimenter la démocratie directe, c’est-à-dire la forme de démocratie la plus élémentaire et la plus simple à conceptualiser. Il fallait pour cela une unité de lieu — ce qui limite la taille du territoire couvert — et une population point trop importante (sur une population de 350 000 habitants, seuls 40 000 hommes sont citoyens). Les grecs sont parmi les premiers à créer la ville militaire : Sparte où tous les citoyens sont des militaires dévoués à vie à leur cité (entre vingt et soixante ans, tous les Spartiates étaient obligés de servir comme hoplite (fantassins)). Sparte fut, en effet, la rivale permanente d'Athènes et incarnait dans le monde grec un idéal politique opposé à la démocratie athénienne : une société guerrière et aristocratique exaltant la force masculine et une morale d'austérité. Elle incarnait aussi la puissance terrienne, et s'opposait à l'impérialisme maritime d'Athènes. Toutes fois la cité militaire ne s’est pas étendue à tout l’empire grec mais s’est catonnée à la Grèce antique à l’inverse de la ville militaire romaine14.
À l’exception de Sparte, qui n’en eut que très tard (195 av. J.-C.), affichant que ses citoyens lui en tenaient lieu, toutes les cités grecques eurent leurs remparts, plus ou moins développés suivant leurs ressources : c’est souvent seulement par quelques segments de leurs modestes murailles que les plus humbles, dont le nom même s’est perdu, se signalent encore dans le paysage. À ces petites enceintes rustiques en pierre locale, souvent d’appareil négligé, s’opposent les remparts en appareil à bossage des grandes cités, dont le tracé excède souvent de beaucoup la zone urbaine pour épouser des lignes de terrain favorables, englobant un point d’eau ou une aire de refuge pour la population rurale.
Syracuse, avec un périmètre fortifié de 27 kilomètres et 1 500 hectares de terrain non urbanisé, et Athènes, avec les « Longs Murs » qui la relient au Pirée, fortifié même du côté de la mer, sont à ce point de vue des cas limites. L’essor des engins balistiques amena d’une part un renforcement de l’épaisseur des courtines15 (en moyenne de 3-4 mètres, avec, entre les deux parements appareillés, un remplissage de moellons noyés dans un ciment très dur) et
14 « Histoire des villes », in Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation.
15 Courtine : nf, partie d’un rempart située entre deux tours ou de bastions, Microsoft® Encarta® 2008.
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d’autre part un développement des tours, aménagées en plates-formes de tir pourvues de larges baies pour balistes et catapultes, ou de minces meurtrières pour les archers et les oxybèles (lance-flèches).
Les murailles les plus anciennes, par exemples celles de Tirynthe se composaient de quartiers à peine dégrossis, des pierres de petite dimension remplissaient les interstices que les grands blocs avaient laissés entre eux.
On vit ensuite des pierres polygonales assemblées avec un grand soin, et parfaitement reliées entre elles, quoique sans ciment ; mais elles étaient toujours de forme et de grandeur irrégulièr es, quoique taillées avec une certaine précision. Les murailles de Mycènes, de Platée et de Ch éronée nous montrent la forme la plus perfectionnée de l'appareil pélasgique. Lespierres com mencent à prendre la forme quadrangulaire16.
Les portes qui donnaient accès à travers ces murailles ne sont pas toutes de la même forme.Q uelquefois elles sont ogivales comme on le voit dans la galerie de Tirynthe ou dans l’acropole L'Arpinum, en Italie, et alors elles sont bâties en encorbellement. Dans d'autres cas, elles ont la forme d'une pyramide tronquée, comme dans la porte de Norba, ou dans celle du trésor des Atrides à Mycènes .L’articulation des portes, souvent avec avant-cour et tours de flanquement, donne lieu à des dispositifs complexes où la volonté monumentale se combine aux soucis défensifs (portes à reliefs sculptés de Thasos, porte d’Arcadie à Messène, Grande Porte de Sidé).
Tandis qu’un espace libre d’au moins 5 mètres est laissé en arrière du rempart pour permettre les déplacements rapides d’hommes et de matériel, certaines enceintes présentent en plaine des terrassements avancés destinés à ralentir l’approche de l’ennemi : un fossé plus ou moins large et profond est surplombé par une levée de terre courant au pied du rempart.
Outre le réduit défensif que constituent les remparts de la ville, les cités grecques ont très souvent implanté des tours ou des fortins sur les confins de leur territoire : simples tours de guet, comme dans les îles, pour prévenir les incursions des pirates ; forts gardés par une petite garnison permanente et munis d’une enceinte de refuge pour la population rurale d’alentour.
Elles étaient parfois même de véritables places fortes (Phylè et Rhamnonte aux frontières de l’Attique, et plus encore Eleuthère et Aegosthènes aux confins de la Béotie), qui, avec leur
16 René Ménard, La vie privée des Anciens, Tome III : le travail dans l’Antiquité, Édit veuve A. Morel, Paris, 1880- 1883.
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garnison nombreuse et leur vaste périmètre, constituaient autant de points de fixation que des envahisseurs éventuels ne pouvaient se permettre de laisser incontrôlés sur leurs arrières.
Toutes ces fortifications, qui sont la griffe de l’histoire sur le paysage grec, festonnant les collines de leurs lignes austères, n’ont pas seulement une valeur fonctionnelle et documentaire : le sens de la pierre qu’avaient les Grecs s’y manifeste autant que dans l’architecture religieuse, quoique différemment17.
L'art grec frappe l'imagination autant que la raison. L'emplacement d'une ville ou d'un tem- ple semble choisi pour faire une décoration. Le plus souvent, c’est sur une éminence naturelle que l’édifice déploie toute sa splendeur ; la nature et son environnement semblent faire partie de son architecture. Athènes, Agrigente, Syracus, présentent l’exemple type d’intégration au site. C’est la nécessité de défense qui a fait choisir l’emplacement, mais c’est le sentiment de l’architecte qui a su opérer ce mariage18.
L’art d’animer les parements par stries, bossages et piquetages, de souligner les angles par des feuillures, de rythmer courtines et tours par des assises de hauteur ou de pierre différente ou par de discrètes moulures donne à ces ouvrages une qualité esthétique dépouillée à laquelle l’époque contemporaine est plus sensible que le XIXe siècle, qui parlait encore le langage des ordres d’architecture religieuse19.
1.2.3. L’armée de Macédoine.
Au IVe siècle av. J.-C., Philippe II de Macédoine établit une vaste armée permanente, dans laquelle les phalanges sont complétées par des forces de cavalerie, et utilisent la longue pique.
Son fils, Alexandre le Grand, vainqueur de l'Empire perse, organise le premier système d'approvisionnement militaire et met en place l'infanterie légère, qui fait le lien entre la phalange et la cavalerie. L'utilisation d'archers, de catapultes légères, de toutes les pièces nécessaires à un siège, l'émission de fumée et de signaux sonores à des fins tactiques, l'établissement d'un service de soins sont autant d'améliorations apportées au système et à l'organisation militaires.
17 Bernard Holtzmann, « Architecture militaire, Grèce antique », in Encyclopædia Universalis, DVD EUV10, France S.A-2004.
18 René Ménard, La vie privée des Anciens, Tome IV : les institutions de l’Antiquité, Édit veuve A. Morel, Paris, 1880-1883.
19 Pierre Vidal-Naquet, « LA GRECE ANTIQUE, Civilisation-la cité grecque », in Encyclopædia Universalis, version 09 France S.A.-2003, CD.
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L’armée de macédoine fut une armée de conquête et non de colonisation et ne nous intéresse que par l’introduction, dans son organisation, du service d’intendance et du système de santé attaché à l’armée. Dans ses constructions défensives elle tire ses connaissances et applications de la Grèce. Toute fois c’est en Macédoine que l’on voit apparaitre la voûte. Elle servit notamment à couvrir les tombeaux beaucoup plus grands que ceux des grecs. Le mode d’urbanisation de ces derniers fut élargi à tout l’empire de l’Est grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand.
Ainsi la Macédoine contribua non pas à l’évolution de cette forme d’urbanisation mais à son expansion sur des territoires plus vastes à la mesure des conquêtes réalisées.
1.2.4. L’armée Romaine.
Le génie du général carthaginois Hannibal permet à ses armées de traverser les Alpes, de la Gaule vers la péninsule italique ; pendant la deuxième guerre punique, la marche sur Rome rassemblant trente mille hommes, chevaux et éléphants, se solde par la défaite des Romains, à la bataille de Cannes, en 216 av. J.-C20.
Face à la stratégie offensive d’Hannibal, Rome oppose une armée calquée sur celle des cités grecques : tous les citoyens de 17 à 46 ans doivent porter les armes (juniores). L'armée romaine a atteint un point de perfection exceptionnel : peu d'États, dans le passé de l'humanité, peuvent se vanter d'avoir disposé d'un instrument aussi efficace et aussi redoutable. Cet organe acquit assez d'importance pour jouer un rôle essentiel dans l'histoire de l'Empire, et son influence se manifesta également dans la vie matérielle et dans la vie spirituelle.
Nous nous intéresserons spécialement à cette dernière armée car elle fut la première à se constituer en une armée de métier, à se doter de médecins militaires rattachés aux centurions, à établir des campements et des casernements selon ses besoins mais aussi à s’établir en armée de colonisation. La période romaine se subdivise en trois : la période royale qui s’étend de 753 av.
JC jusqu’à l’an 510 av. J-C, la période républicaine de 510av. J-C à l’an 27 av. J-C et l’impériale de l’investiture de l’empereur Auguste à la chute de Rome en l’an 476. C’est durant cette dernière période que fut remaniée l’armée et que la colonisation romaine connut son apogée21. C’est donc à la Rome impériale que nous nous intéresserons.
20 « Armée », in Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation.
21 Raymond Bloch, « Rome et Empire Romain, les origines », in Encyclopædia Universalis, DVD EUV10, France S.A-2004.
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1.2.4.1. L’organisation de l’armée impériale romaine.
L'armée romaine a atteint un point de perfection exceptionnel : peu d'États, dans le passé de l'humanité, peuvent se vanter d'avoir disposé d'un instrument aussi efficace et aussi redoutable.
Cet organe acquit assez d'importance pour jouer un rôle essentiel dans l'histoire de l'Empire, et son influence se manifesta également dans la vie matérielle notamment dans l’organisation des villes et des frontières ainsi que dans la vie spirituelle22.
En 107 av. J.-C., le général Marius réforma profondément l'armée : tous y furent admis sans distinction de classe pour répondre à la crise du recrutement consécutive à l'appauvrissement généralisé des petits propriétaires latins et à l'extension de l'espace romain. Marius permit ainsi aux prolétaires (les Romains non propriétaires) et même à certains pérégrins (étrangers) d'Italie d'entrer dans la légion : l'engagement y étant de vingt ans, la légion se professionnalisa. C’est la naissance de l’armée de métier.
L'armée impériale romaine fut la première grande armée de métier. Le nombre d'hommes que l'armée Romaine entretenait était d'environ 330 000 hommes (165 000 légionnaires et 165 000 auxiliaires)23.
1.2.4.1.1. La hiérarchie de l'armée impériale romaine.
L’armée impériale étant organisée, elle se trouve donc hiérarchisée selon les fonctions et attributs de chacun de ses membres.
L'Empereur est le général en chef qui a sous ses ordres toutes les forces militaires composant l'armée.
Les préfets de camps administrent les camps fixes installés sur les frontières. Chaque préfet a donc plusieurs légions à administrer, et il commande les réserves qui demeurent au camp pendant les combats.
Les officiers d'état-major sont les légats (général d'armée) et il y a 1 légat par légion, certains étaient membres de la classe sénatoriale.
Pour chaque légion il y a 6 tribuns militaires (titre honorifique sous l'Empire) qui sont des officiers supérieurs choisis par l'Empereur et 59 centurions.
Chaque centurion (officier subalterne) avait pour adjoint 1 optione (sous-officier) et un groupe de sous-officiers (le porte-enseigne ou signifer, l'instructeur ou campidoctor, le
22 Paul Petit, Yann Le Bohec, « Rome et Empire Romain, Le Haut-Empire », in Encyclopædia Universalis, DVD EUV10, France S.A-2004.
23 « Armées Romaines », in Microsoft ® Encarta ® 2009. © 1993-2008 Microsoft Corporation.
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préposé aux subsistances ou pecuarius), l'architecte, le médecin militaire, un tesserarius qui chaque nuit recevra le mot de passe inscrit sur une tablette (tessera), le chef de musique et ses musiciens, des sonneurs de cor ou de trompette qui annonceront les exercices, les tours de gardes, le réveil et l'extinction des feux.
Dans chaque cohorte, le 1er centurion, ou pilus prior, commande sa centurie et l'ensemble de la cohorte. L'insigne des centurions est le cep de vigne. De la même manière, toute unité auxiliaire a un chef, des centurions (dans l'infanterie) ou des décurions (dans la cavalerie)24. 1.2.4.1.2. La légion impériale.
Les légions sont au nombre, durant le siège d’Alésia, de 12 légions, 28 sous l'Empereur Auguste et jusqu'à 33 sous le règne de Sévère. Une légion varie de 5000 hommes à 6000 hommes répartis dans 10 cohortes (1 cohorte = environ 600 hommes) de 6 centuries chacune (1 centurie = environ 100 hommes). Chaque homme appartient à une centurie.
Deux centuries forment une manipule, reconnaissable pendant le combat à son étendard et 6 centuries constituent une cohorte. Les cohortes sont numérotées de I à X (la 1ere étant la plus prestigieuse). A chaque légion est attaché un corps de cavalerie d'environ 120 hommes (jusqu’à 300). Le corps d'élite est la légion.
Elle se voit adjoindre des troupes légères et mobiles recrutées dans les Provinces (les auxiliaires), et des troupes recrutées à la frontière de l'Empire et qui conservent leurs armements et leurs usages de combats (les numéri). Les soldats s'engagent dans la légion pour une durée de 20 ans pour les légionnaires ou de 25 ans pour les auxiliaires. Le recrutement des légions se fait surtout parmi les provinciaux qui, depuis Auguste, y trouvent toute une série d'avantages : solde importante augmentée de primes diverses, une retraite et pour les soldats des auxiliaires le droit de cité en fin de service25.
1.2.4.1.3. Les cohortes prétoriennes.
Elles dérivent de la garde d'honneur du général et deviennent la garde personnelle de l'Empereur.
Corps d'élite formé en principe d'italiens éprouvés, les cohortes prétoriennes prendront souvent une importance considérable dans la proclamation des Empereurs. Les effectifs varieront de 5000 soldats à 10 000 soldats qui sont répartis au sein de 10 cohortes prétoriennes. Chaque cohorte est divisée en 10 centuries d'infanteries flanquées chacune d'une turme de cavalerie.
24. www.unrv.com/empire.php.
25 Henri de Nanteuil, « Infanterie », in Encyclopædia Universalis, DVD EUV10, France S.A-2004.
www.fr.wikipedia.org/wiki/Légion_ romaine