Décomposition de la croissance
enhauteur du pin maritime (Pinus pinaster Ait.)
Variabilité géographique
des composantes morphogénétiques et phénologiques
A. KREMER
Laboratoire d’Am
G. ROUSSEL ioration des Arbre
1.N.R.A Laboratoire d’Ai7iélioratioii des Arbres forestiers Pierroton, F 33610 Cestas
Résumé
L’accroissement annuel en hauteur chez le
pin
maritime estdécomposé
en quatreétapes
successives de la pousse
jusqu’au
niveau du méristèmeapical. L’objectif
est de rechercherles composantes permettant d’expliquer à chaque niveau de
décomposition
la variation du caractère « résultante ». Cette décomposition estappliquée
à neuf provenancesoriginaires
de l’ensemble de l’aire naturelle.
Au vu des valeurs des coefficients de corrélation entre composantes et caractère
« résultante », la pousse
primaire, correspondant
aupremier
cyclemorphogénétique,
estun meilleur prédicteur de la
longueur
de la pousse annuelle que la poussesecondaire ;
le nombre d’entre-noeuds est un meilleur
prédicteur
de la longueur de la pousseprimaire
que lalongueur
moyenne d’un entre-noeud.Des différences
importantes
entre provenances sont trouvées pour la durée et l’intensité de fonctionnement des méristèmes responsables de l’initiation et del’élongation
des entre-noeuds.
Enfin,
les taux de croissance dans le sens radial desprimordia
et du dôme apicalau niveau du méristème sont bien corrélés avec le nombre total d’entrc-n<xuds formés une
année donnée.
Mots clé.r : Décomposition de la croissance en hauteur, morphogenèse, phyllotaxie,
po
l
ycyclisme,
durée de t!la.rtochron, provenance, pin naaritinte.1. Introduction
Chez les
conifères,
l’accroissement en hauteur sedécompose
successivement enplusieurs
unitésmorphologiques : cycle,
entre-noeud. cellule. Lapart prise
par cha-cune d’entre elles dans l’accroissement final
dépend
de leur nombre et de leur lon- gueurrespective.
I-e nombre d’unités résulte de la durée et de l’intensité de leurinitiation,
lalongueur
des unités résulte de la durée et de l’intensité de leur élon-gation.
Ainsi dans le cas dupin maritime,
l’accroissement annuel en hauteurpeut
être subdivisé encomposantes morphogénétiques
ouphénologiques.
Cettedécomposition
se
place
àquatre
niveaux successifs de la pousse annuelle à la cellule(fig. 1).
Onappellera
dans le texte caractère « résultante le caractère somme ouproduit
deplusieurs
composantes.1 u.>J,!!!CR:!S!!!’!!!’Q 1
Ce schéma de
décomposition
est basé sur des observations et des résultatsexpérimentaux qui
sont brièvement résumés. Uncycle morphogénétique correspond
à une succession d’entre-noeuds portant à leur extrémité des écailles dont les struc- tures axillaires suivent une
séquence
donnée(absence
de structures,brachyblastes, cônes, auxiblastes) (D EBAZAC , 1963).
Le nombre decycles morphogénétiques pré-
sents sur une pousse annuelle est de deux ou de trois
(K REMER , 1982).
En dehors de lapériode juvénile,
les entre-noeudss’allongeant
une année donnée sont tous initiés dans lebourgeon
formé l’annéeprécédente.
L’initiation d’un nouveauprimordium
d’écaille associé à un entre-noeud
s’accompagne
de la formation par le méristèmeapical
de
cellules,
destinées d’unepart
au nouveauprimordium
et d’autrepart
au dômeapical, partie
du méristèmedépourvue
deprimordia (K REMER ,
1984(a) ; C ANNELL , 1976 ;
GREGORYR OMBERGER , 1972).
En effet ces travaux montrent que le dômeapical
accroît son propre volumependant
la saison devégétation.
Cette observationimpose
un niveausupplémentaire
dedécomposition
entre l’entre-noeud et les cellulesqui sépare
le volume cellulaire destiné à un nouveauprimordium
de celui destiné audôme
apical.
L’intérêt de la
décomposition
d’un caractèrecomplexe
tel que la croissance enhauteur est
triple :
- au niveau des
connaissances,
par l’étude des relations entrecomposantes,
elle
permet
de mieuxcomprendre
ledéveloppement
et lamorphogenèse
del’arbre ;
- au niveau de la sélection et de l’amélioration
génétique
d’uneespèce
ellepeut être une voie de recherche de critères
prédicteurs
de lacroissance ;
- au niveau de l’élaboration d’une
stratégie
derecherche,
elle permet d’identifier des facteursclés,
oucomposantes,
contribuant pour unemajeure
part à un caractèreéconomique
intéressant.La
présente
étude se propose de réaliser ladécomposition
de l’accroissement annuel en hauteurjusqu’au
niveau du fonctionnement du méristèmeapical
chez neufprovenances de
pin
maritime issues de l’ensemble de l’aire naturelle. Les résultats obtenus sontinterprétés
en fonction des troisobjectifs précédemment
affichés.2. Matériel et méthodes
2.1. Matériel
végétal
L’étude porte sur neuf provenances de l’ensemble de l’aire naturelle
(fig. 2).
Elles peuvent se regrouper en
cinq
groupes selon leurorigine,
à savoir : provenancesatlantiques,
corses,méditerranéennes, ibériques
et marocaine. Ce matériel a été ins- tallé à l’automne 1970 en landemésophile
sur le domaine del’Hermitage (Pierroton)
dans un test de provenances comprenant au total 16 provenances
(GuYON, 1980).
Ledispositif
est une lattice 4 X4 répété cinq
fois et lui mêmerépété
4fois ;
ilcomprend
donc au total 20
répétitions (13 plants
par provenance et parrépétition).
L’échantillon- nage de 9 provenances est basé sur une étudeprécédente (GUYON, 1980 ;
GUYON &K REMER
, 1982)
montrant que celles-ci étaientreprésentatives
descinq
groupes cités pour la croissance en hauteur.2.2. MG’J’(fYC’S 2.21.
Decon T p osition
ait nivenu 1Les accroissements annuels en hauteur ont été mesurés de la 4&dquo; à la 9&dquo; saison de
végétation
sur 40 arbres par provenance, échantillonnéssystématiquement
à raisonde 2 arbres par provenance et par
répétition.
Laprésence
d’unpseudo-verticille
d’auxiblastes permet d’identifier un
cycle morphogénétique (D EBAZAC ,
1963 ; KpEMER& ROUSSEL, 1982).
En utilisant ce marqueur
morphologique,
on adécomposé chaque
accroissement annuel en accroissementprimaire
etsecondaire, correspondant respectivement
aupremier
et au secondcycle morphogénétique.
Cettedécomposition
permet ainsi de dénombrer les secondscycles
sur l’ensemble des six annéesprises
encompte.
2.22.
Décomposition
nu nivencr 2D’avril à
septembre 1980,
à l’occasion d’une éclairciesystématique
dans le testde provenances, des
prélèvements
destructifs ont été effectués sur les arbres éliminés et appartenant aux provenances étudiées(60
à 70 arbres par provenance soit unéchantillonnage systématique
de trois arbres par provenance et parrépétition).
Lesécailles ont été dénombrées sur le
premier cycle morphogénétique
enélongation.
Cenombre
correspond également
au nombre d’entre-noeuds.A -
Description morphologique
desparties
de l’appareilvégétatif prélevées.
Le niveaudes mesures de longueur d’entre-noeud est
indiqué.
B - Vue
schématique
d’uneprojection
horizontale du méristèmeapical.
Lesprimordia
d’écailles sont dénombrés par comptage direct lors de la dissection. Les 20 derniers
primordia
sont laissés intacts pour les mesures des taux de croissance dans le méristème (voir
figure
4).C - Grossissement de la
partie
de latige
utilisée pour les mesures de la longueur d’unentre-noeud. Les
points
A et B sont situés sur un mêmeparastique
de contact (5 dans ce cas).Si x est le nombre d’écailles séparant ces deux
points
sur ceparastiquc,
AB/5x est la moyenne de lalongueur
d’un entre-noeud à ce niveau.A -
Morphological description of
slaoot sections hczrvested for measlIremen/s. Levelof
mean stem unitlength
measurenrerzt is indicated.B - Diagram of a transverse projectiorz of an apical l1leristem.
Catat!hyll
primordia are counted during dissectioll. The twerzty lastforined
cataphylls are not rel1loved in order touse them for measuremellts of radial relative
growth
rates.C - Magnification of tlre part of the shoot used for mean stem unit length meaSllrement, Points A and B are located on the same contact parastichy (5 in this
example)
If x is the numberof
scales separating the two points then AB15x is the measllreof
the mean stem unitlength
at this level.La
longueur
d’un entre-noeud est obtenue en faisant lerapport
del’élongation
totale sur le nombre d’entre-noeuds.
!.23.
Décomposition
au niveau 3Des
prélèvements
destructifs ont été faits à 13reprises espacées
de une ou dedeux semaines entre le 21 avril et le 29
septembre.
Achaque récolte,
5répétitions
ont été tirées au sort et un arbre par
répétition
et par provenance a été retenu pour l’étude(5
arbres par provenance et parrécolte).
Sur
chaque
arbreabattu,
a étéprélevé
l’ensemble formé par la pousse annuelleen
élongation correspondant
à la 1 1°’ saison devégétation
et la pousseembryonnaire
en formation
correspondant
à la 12&dquo; saison devégétation.
Dès larécolte,
cet ensemblea été
séparé
en deuxparties (fig. 3).
Sur la pousse en
élongation,
lalongueur
des entre-noeuds a été mesurée àquatre
niveaux différents sur la pousseprimaire
en utilisant lesarrangements phyllotaxiques.
Si n est le nombre total d’entre-nctuds se trouvant sur le
premier cycle,
lalongueur
5 n 7n
d’un entre-noeud a été mesuré aux deux niveaux suivants : - et -. Les 3n n n
! 8 8
mesures faites au niveau inférieur
(-
et ) n’ont pu êtreexploitées :
l’élon-8 8
gation
des entre-naeudscorrespondants
était à un stadetrop
avancé.Sur la pousse en formation,
après
fixation auFAA,
lebourgeon
a étédisséqué
et les écailles ont été
dénombrées, jusqu’au
niveau du dômeapical.
Ce nombrecorrespond
aussi au nombre d’entre-ncvudsprésents
dans lebourgeon.
L’entre-noeud estpris
ici au sensanatomique
etcorrespond
à laportion
detige
située entre deuxécailles successives et non pas entre deux
pseudo-verticilles.
Les mesures
répétées
dans le temps permettent ainsi de construire les courbes de l’évolution de l’initiation et del’élongation.
Les moyennes par provenance des données recueillies àchaque
récolte ont étéajustées
à la fonctionlogistique généralisée
deRICHARDS
(RICHARDS, 1959 ;
CAUSTON &VFN U S, 19ô1 ;
LEBRETON &MILLIER, 1982).
Cette fonction permet de déterminer trois
paramètres :
la durée de fonctionnement desméristèmes,
l’intensité de fonctionnement et le temps où l’intensité maximale de fonctionnement estacquise (point
d’inflexion de lacourbe).
2.24.
Décomposition
au niveau 4Les mesures concernent les estimations du volume cellulaire destiné à l’initiation d’un entre-noeud et de celui destiné à l’accroissement du dôme
apical
lui-même. Lesprincipaux
travaux faits sur le fonctionnement du méristèmeapical
chez les conifèresont montré que les variations de volume du méristème étaient
principalement
liéesà celles du rayon dans le
plan
transversal(fig. 4), (G REGORY
&R OMBERGER , 1972 ; K
REMER
, 1984 a).
Sur laprojection
dans leplan transversal,
lesprimordia
sontdisposés
sur unespirale logarithmique (WtLLtAr.ts, 1975 ; JEAN, 1978 ; T HOR rr LEY , 1975)
caractérisée par la relation suivante :R
;
= R&dquo; k’ ( 1 )
R
i
= rayon duprimordium
i parrapport
au centre de laspirale.
R&dquo;
= rayon du dômeapical
parrapport
au centre de laspirale.
k = constante.
A -
Photographie
d’une vue horizontale d’un méristèmeapical
depin
maritime( X 75) prise
sous la loupe binoculaire. Le méristème est laissé dans le F.A.A. pour éviter des retraits dus au dessèchement. Unetechnique d’hypo
illumination à l’aide de fibreoptique
estadaptée
à la loupe pour éviter les reflets.B -
Graphique
réalisé à la chambre claire àpartir
de laphotographie précédente.
9 pa-rastiques
dextres et 15parastiques
senestres peuvent aisément être identifiés. Unparastique
est une courbe fictive
joignant
desprimordia
ayant des contacts de même nature. En notant 1 leplus petit primordium,
le suivant situé sur le mêmeparastique
dextre sera 10 et le suivant situé sur le mêmeparastique
senestre sera 16. A partir de cet arrangement on peut ainsi numéroter tous les primordia dans leurséquence ontogénique.
On peut noter que laphyllotaxie
de ce méristème estmultijuguée.
A -
Photomicrograph
of a horizontal projection of a maritime pine apical meri.stem (X 75), taken on a stereo microscope. To avoid cell shrinkages, meristenzs are kept in F.A.A.during
observation. A particular device for « hypoillumination » usiiig ail optiefiber
isadapted
to the .stereomicroscope in order to avoid light reflexion.B - Diagram drawn with a camera lucida from the previous
photomicrogrnph.
9 right and 15 left contact parastichies can beidentified.
A contact parasticlzy is a fictive curve joiningprimordia
of similar contact.s. If 1 is the most recent initiatedprimordium,
then thenext one located on the same right contact
parastichy
is 10 while the next one on the .sameleft
contact parastichy is 16. This
principle
is then used to number all the primordia in their ontogenic sequence. Note that the meristem exhibits a multijugatephyllotaxy.
Dans le
plan transversal,
on définit leprimordium
icorrespondant
à l’entre-noeud icomme la couronne de
largeur Ri-!1-Ri
et le dômeapical
comme le cercle de rayonR..
R,+m R; - Ro (k - 1 ) ki (2)
Une évaluation indirecte des volumes cellulaires destinés à l’initiation d’un
pri-
mordium et à l’accroissement du dôme
apical
est donnée par les taux relatifs de crois-sance dans le sens transversal des
primordia ( 1’ 1’)
et du dôme(r l )
par diiée deplasto-
chron
(T), temps séparant
l’initiation de deuxprimordia
successifs.dR
u
dkdk! _-
En ce
qui
concerne tp, les résultatsexpérimentaux
montrent que les deuxpremiers
, __ _ _
dR.,
dktermes de sa définition
!
etsont
designe différent,
de valeurdR&dquo; dT (k - 1 ) dT
absolue
proche
et très inférieure à celle du troisième terme(K RE n-t E a, 1984 a).
On peut donc écrire :d k i
Par définition on peut écrire di = dT
1 -,, -- log
1k, qui
est une constante de laspirale logarithmique,
peut donc être mesurée àpartir
d’une observationponctuelle
des arrangementsphyllotaxiques.
En ce
qui
concerne r,, une mesure moyenne sur unepériode
d’activité est pro-posée.
Si
R&dquo;&dquo;, ; &dquo;
est le rayon du dômeapical quand
l’activité du méristèmeapical
estminimale (début de saison de
végétation), R&dquo; I1 &dquo;&dquo;
le rayonquand
l’intensité d’initiation est maximale et N le nombre d’entre-naeuds initiés durant cettepériode,
une mesuremoyenne de r,, sur cette
période
est donnée parr’,,.
R,.
..
, - R&dquo;&dquo;&dquo;&dquo; _
Les deux estimations de r&dquo; et de
r’,,
ne seplacent
donc pas au même niveau.r,, est une mesure
ponctuelle
à l’échelle de la durée d’unplastochron,
alors quel &dquo;&dquo;
est une moyenne sur une
période
d’initiationplus longue.
Les estimations de
r!, et
der’,,
nécessitent donc les mesures deR&dquo;
et de k(équa-
tion
1).
Elles sont basées surl’interprétation géométrique
desarrangements phyllotaxi-
ques ; cette
analyse
est détaillée dans une étudeprécédente (K REMER , 1984 a).
On nerappelle
ici que lesprincipales étapes :
- récolte des
bourgeons
sur 5 arbres par provenance à 13reprises
entre le 21 avrilet le 29
septembre ;
- dissection de
chaque bourgeon jusqu’au
niveau du dômeapical
en ne lais-sant que les 20 derniers
primordia ;
-
représentation graphique
à l’aide de la chambre claire de laprojection
trans-versale du méristème
(fig.
4B) ;
- identification des
parastiques
de contact : 9 dans le sensdextre,
15 dans lesens senestre dans le cas du méristème
représenté
sur lafigure
4 B. Unparastique
ou
parastique
de contact est une courbe fictivejoignant
desprimordia
ayant descontacts de même nature ;
- numérotation de tous les
primordia
dans leurséquence ontogénique
en utili-sant les
parastiques
de contact ;- relevé des coordonnées de
chaque
centre deprimordia pris
à la table ànumériser ;
- mesure des
R ; ,
àpartir
d’un programmeinformatique
utilisant les donnéesfournies par la table à
numériser ;
-
régression
linéaire deLog R ;
sur iqui permet
l’estimation deR&dquo;
et de k.3. Résultats
3.1.
Décomposition
de la pousse annuelle(niveau 1)
Les moyennes des accroissements totaux,
primaires, secondaires,
et le nombredes pousses secondaires sur 6 années succesives sont données dans le tableau 1 pour
chaque
provenance.Ces résultats montrent
qu’il
n’existe pas de liaison entrel’origine
des provenances etl’expression
d’un secondcycle
de croissance. Parmi les provenances lesplus poly- cycliques,
on trouve une provenance landaise et une provenance italienne. Par contre, les provenances les moinspolycycliques
sont issues de lapartie
centrale de lapéninsule ibérique.
On note enfin que la provenance marocaine a unefréquence d’expression
de seconds
cycles
aussi élevée que la provenanceportugaise
Leiria.Le second résultat intéressant
correspondant
à ce niveau dedécomposition
estla corrélation élevée entre accroissement
primaire
et accroissement total(tabl. 2).
3.2.
Décontposition
cle la pousseprimaire (nivearr 2)
L’accroissement moyen
correspondant
à la pousseprimaire
a été obtenu enprenant
la moyenne sur les 6 annéesprises
encompte.
Par contre, les entre-noeuds n’ont été dénombrés que lors d’une seule saison. Lerapport
entre ces deux moyennesne
correspond
donc pas à lalongueur
d’un entre-noeud une année donnée. Mais dans la mesure où le classement des provenances pour les deuxpremiers
caractères est stable d’une année à l’autre(GuYOrr
&K REMER , 1982),
onpeut
accorder un certain crédit aux valeurs de cerapport
pour l’étude des différences entre provenances(tabl. 3).
Ce tableau montre que la variabilité entre provenances est
plus importante
pour le nombre d’entre-noeuds que pour les caractères
d’accroissement,
que ce soit l’accroissementprimaire proprement
dit ou lalongueur
moyenne d’un entre-noeud.Deux résultats
apparaissent
très nettement sur le tableau 4qui représente
lescoefficients de corrélation entre
composantes
de l’accroissementprimaire :
- la corrélation élevée entre le nombre d’entre-noeuds et l’accroissement
primaire (0,92) ;
1- la liaison
négative significative
entre les deuxcomposantes.
Ainsi,
la provenanceTamjoute
dont la pousseprimaire
necomporte qu’un
nombre faible d’entre-noeuds est celle pour
laquelle
ces entre-nauds sont lesplus longs.
3.3.
Décompositio /l phéno l o g ique
de l’iiiitiatioiz et de!’élongation (niveau 3)
Pour la
décomposition phénologique,
les provenances ont étéregroupées
par deux comme il estindiqué
sur lafigure
2. Ondispose
donc de 10 observations par récolte et pourchaque
groupe de provenances.La méthode
d’ajustement
utilisée est celle des moindres carrés non linéaires(C
AUSTON
&VENUS, 1981 La
méthodeconsiste, après
recherche des valeurs dedépart
des 4paramètres
de lafonction,
àprocéder
par itérationjusqu’à
ce que lasomme des carrés des écarts soit minimale. Il n’a pas été effectué de
pondération compte
temu de l’hétéroscédasticité des données.Les
rythmes
d’initiation etd’élongation
des entre-noeuds sontreprésentés
sur lafigure
5. Ils’agit
de la dérivée de la fonction de RICHARDS.A ces
figures s’ajoutent
les données du tableau 5 comprenant les valeurs de taux moyend’initiation,
de durée de fonctionnement, et la date àlaquelle
la fonction de RICHARDS atteint lepoint
d’inflexion.Les résultats peuvent être résumés de la manière suivante :
a En ce
qui
concerne laphénologie
du fonctionnement des méristèmespri- maires,
il existe undécalage
net entre lespopulations
occidentales(ibériques
et atlan-tiques)
et lespopulations plus
orientales (corses etméditerranéennes),
celles-ci étantplus précoces.
Cedécalage
affecte à la foisl’élongation
et l’initiation des entre- nœuds. La provenance marocaine serapproche plus
des dernières citées. Ces résultatsapparaissent
à l’observation de la localisation despoints
d’inflexion.Les durées d’initiation varient entre
populations.
Il y aglobalement plus
d’enmois de différence entre les deux extrêmes
(populations atlantique
etmarocaine), plus
d’une dizaine de
jours
entre lespopulations atlantiques
et les autres. Les différences de durée sont moins évidentes en cequi
concernel’élongation
des entre-nmuds.D’une manière
générale,
ilapparaît
que les différences d’intensité d’initiation sontplus importantes
que les différences de durées d’initiation.Chez toutes les provenances, il y a un recouvrement entre
période d’élongatiun
des entre-noeuds
présents
dans lebourgeon
etpériode
d’initiation de ceuxqui
for-meront le
bourgeon
de l’année suivante.a
Quelles
que soient les provenances, l’initiation des entre-nmuds se réalise sur unelongue période
du mois d’avriljusqu’au
mois deseptembre
et les entre-nœuds sont enmajorité
initiés enpleine période
de sécheresse estivale enjuillet
et aoîrt.3.4.
Répartition
des taiix (le croi,B ,B’/111CI:’ <laiix lr i>i<’;1.çfé»>rapical (Déco
l1 1po,B’itio
l/
au iiive(iii4)
Les mesures du taux relatif de croissance des
primordia
dans le sens radial(r ; ,)
ont été effectuées lors de
chaque prélèvement.
Les valeurs de i-,,représentées
sur letableau 6 sont des moyennes de provenances calculées à
partir
de mesures issues detrois
prélèvements
échelonnés durant lapériode
d’initiation intense (finjuillet,
débutaoût).
Ces moyennes ont donc été calculées sur la base de I observations (arbres) par provenance. Le choix de cesprélèvements
est basé sur les courbes d’intensité d’initiation de lafigure
5.En ce
qui
concerner’,,
(tabl. 6), taux relatif de croissance du dômeapical
dansle sens
radial,
les mesures de1?,,,,,;!, (formule
6) ont été relevées sur les arbres des troisprélèvements précédemment
cités.R&dquo;&dquo;,;&dquo; correspond
au rayon du dômeapical
mesuré lors des trois
prélèvements pendant lesquels
l’intensité d’initiation était mini-male,
au début de la saison devégétation (avril,
mai sur lafigure 5).
Entre lapériode
d’intensité minimale et
maximale,
les provenances ont en moyenne initié 70 p. ( 00 du nombre total deprimordia
formés sur l’ensemble de lapériode
d’initiation. Cepourcentage,
estimé àpartir
des courbes de lafigure 5,
varie peu d’une provenance à l’autre(85
p. 100 à 73 p. 100 selon lesprovenances).
Cette observation permet dès lors d’estimer N(équation
6) àpartir
du nombre total deprimordia
formés durantla
période
d’initiation. Les valeurs der’,,
sontreprésentées
sur le tabfeau O ainsique celles de
R OIII’ &dquo;
etR&dquo; miw
e Les différences entre moyennes de provenance pour 1’]1 sont très
significatives.
Malheureusement,
il n’a pas étépossible
d’obtenir des mesures au niveau individuel(arbre)
pourr’,,
: aucun teststatistique
n’a d0nc pu être fait pour ces valeurs. On remarque toutparticulièrement
que le classement des moyennes pour 1’1’correspond
àcelui pour
r’, i .
e Les différences entre moyennes de provenances de
Ro&dquo;,ax
sontplus impor-
tantes que celles de
ROInin
à enjuger
par les valeurs des tests F. Cette remarque vaut toutparticulièrement
pour lacomparaison
entre Landes et Leiria.En
période
de repos, le dômeapical
de ces provenances a des dimensionsvoisines,
alorsqu’en période
d’activitémaximale,
ces dimensions sont nettement différentes.Les valeurs élevées de F relatives au test F portant sur 1’1&dquo;
R&dquo;&dquo;&dquo;. x
etR 0111 in
sontsurtout liées aux deux extrêmes du classement à savoir les provenances Leiria et
Tamjoute ;
les autres provenances se regroupent autour de la moyenne. Cette obser- vationimpose quelques précautions
dansl’interprétation
des coefficients de curré- lation entre cesparamètres (tabl.
7).Néanmoins,
dans cetableau,
certains coefficients de corrélation ont des valeursparticulièrement
élevées etpermettent
de noter les tendancesgénérales.
Ainsi les provenancesqui
ont formé un nombreimportant
d’entre-nœuds se caractérisent par des dômes
apicaux
degrande
dimension et destaux de croissance des
primordia
dans le sens radial faibles. Lagéométrie
du méristèmeapical (rayon
dudôme,
arrangementsphyllotaxiques)
fournit ainsi une informationimportante
sur l’activité d’initiation du méristèmeapical.
4. Discussion
La
décomposition morphogénétique
de l’accroissement annuel en hauteur s’avèreune méthode efficace pour la recherche de caractères
prédicteurs
del’élongation
annuelle. En
effet, quel
que soit le niveau dedécomposition,
la variation d’une composanteparticipe toujours
avec une partplus large
à celle du caractère « ré- sultante » comme entémoignent
les différents tableaux des matrices de corrélation(tabl. 2,
4 et 7). Les différentes composantes considérées à un même niveau de décom-position
neparticipent jamais
avec une contributionégale
au caractère « résultante ».Au
premier
niveau dedécomposition,
la valeurprédictrice
des différentes pous-ses de l’accroissement annuel a rarement été étudiée dans le cas
d’espèces
où lesdeux
cycles
sontpréformés
dans lebourgeon.
Pin us col1t,¡rtocorrespond
à cettemodalité de croissance
(!WENS ! 1 V101 _ D =R, 197$ ;
VAN DEN BERG &!.ANNER, 1971) :
la
comparaison
de deux provenances l’unepolycyclique,
l’autremonocyclique
montreque la
première
a une croissance annuelleplus importante (TtIOMrsoN, 1974)
maisl’échantillonnage
de provenances est bien évidemment trop faible pour conclure.Au second niveau de
décomposition,
les résultats obtenus chez différentesespèces
concordent.
Quelle
que soitl’espèce
concernée(Pinus
contorta,W ARE tNG,
1970 ; CA NN
ELL et al.,
1976 ;
Piiiiis /M;;!.S7!!H. KREMER &LAR S O N , 1983 ;
Picea!/fHi(’<7, Po
L L A
RD, 1973),
etl’âge
desplants,
le nombre d’entre-nœuds sur une pousse esttoujours
mieux corrélé à lalongueur
de cette pousse que lalongueur
moyenne d’un entre-naeud. Dans cesexemples
les coefficients de corrélation sont estimés àpartir
des moyennes de provenances. Ce résultat est d’autre part observé au niveau
phéno- typique
à l’intérieur d’unepopulation (K REMER , 1984 b)
et au niveau famille(L A scoux, 1984,
sur Piiiiis/;//!M7!;
BAZLEV &F ERET , 1982,
sur deshybrides
de Pinusrigiclcz
XPinrrs
f<7!/<7).
Cette
généralité
permet d’ailleursd’interpréter
les relations souventinvoquées
entre accroissement en hauteur une année donnée et conditions
écologiques pré-
valant l’année
précédente (K OZLOWSKI , 1964).
Au troisième niveau de
décomposition,
les résultats connus sont assez contra- dictoires. Dans deux cas, chez Piceo sitcbensis et Piceaglnuccr (C ANNELL
&WILLETT, 1975 ;
PoLLARD.1973)
le nombre total d’entre-noeuds initiés durant la saison devégé-
tation est
davantage
lié à la durée d’initationqu’au
taux d’initiation alors que chez Pinll
s cvrrrtortu (C ANNELI. &
W ILLET , 1975)
le résultat est inverse. 1-a nature des résultatsdépend
de l’extcnsion latitudinale de l’aire naturelle ainsi que de l’échantil-lonnage
de provenances réalisé. Eneffet,
il y a une corrélationnégative significative
entre nombre d’cntre-noeuds et latitude
d’origine
de la provenance, résultatqui suggère
un contrôlephotopériodique
de l’arrêt de l’initiation. Dans le casd’espèce
à aire naturcllc morcelée et extension latitudinale
réduite,
les résultats peuvent être différents. Ainsi dans le cas dupin
maritime, les provenancesatlantiques
et maro-caines
qui
sont aux deux extrêmes du classement pour le nombre d’entre-nceuds initiés sontégalement
aux deux extrêmes dans le même ordre pour la durée d’initiation et le taux d’initiation(tabl.
5).Au
quatrième
niveau dedécomposition,
nos résultats corroborent ceux obtenus dans d’autres études faites sur les conifères(C ANNELL ,
1976, sur Picl’a COlltorta..C ANNELI
. & CAHALAN.
1979,
sur Picen sitchellsi.l’ § GREGORY & ROMt!r.RC!I!.R,1972,
surPicea al>1<.; ; KREMER, 1 984 a, sur Piner.a
bcrn k sionn).
Dans tous cesexemples,
il atoujours
été mis en évidence une corrélationnégative
entre taux rclatil de croissance dans le sens radial desprimordia
et taux d’initiation de nouveauxprimordia,
et a/ortiori
nombre total d’entre-nœuds initiés durant la saison devégétation.
Ces résultats sontidentiques
à ceux observés chez lepin
maritime(tabl.
7).En résumé, et en reprenant le schéma de
décomposition
du niveau de In poussejusqu’au
niveaucellulaire,
lescomposantes jouissant
du meilleurpouvoir
deprédiction
du caractère « résultante » leur
correspondant
sont les suivants : taux de croissance desprimordia
dans le sens radial par durée deplastochron (r r ,),
nombre d’entre-noeuds etlongueur
de la pousseprimaire.
Cesparamètres
sont à considérer dans toute recherche de caractèresprédicteurs
de lavigueur générale.
5. Conclusion
Parmi ’&dquo;S résultats les
plus importants,
cette étude a montré que la variation du nombre d’entrc-nœudsprédéterminés
dans lebourgeon explique
lamajeure partie
de la variation de l’accroissement en hauteur de la pousse
développée
àpartir
de cebourgeon.
D’autre part, au vu de lafigure 5,
les entre-noeuds sont surtout initiés enété
quand
la sécheresse est laplus prononcée
dans les Landes deGascogne.
On saitpar ailleurs (Pou ARD &
L OGAN ,
1977), que l’intensité d’initiation est très sensible à deux facteurs dumilieu, température
et stresshydrique.
La sélection pour la tolé-rance à ce stress
pourrait
donc être une sélection indirecteefficace,
enparticulier
pour la recherche de critères
prédicteurs juvéniles
de la croissance. Cette constatation à elle seulepourrait expliquer
le manque de corrélationjuvénile
adulte dansl’hypo-
thèse où il y aurait une interaction
génotype
X milieu. Il serait donc intéressant ensélection de tester dès le stade
juvénile
le matérielvégétal
en condition de stress. Dansce
cadre,
lescaractéristiques géométriques
du méristèmeapical (dimensions
du dômeet
géométrie
de laphyllotaxie) peuvent
s’avérer être des marqueurs efficaces de l’intensité de fonctionnement du méristème.Reçu
le 12 octobre 1984.Accepté
le 18février
1985.Summary
Subdivision
of
shootf!/’ ( I wth of
maritimepine (Pinus pinaster
Ait.)Geographic
itti-i(itioiiof morp ! lOgenetica!
andphe»olo g ic-crl
com/wnen!s The annualheight
increment in maritimepine
is subdivided in fourmorpliogenctical
or
phenological
steps from the shoot to the apical meristem. Theobjective
is the search of components that contribute for the most part to the resultant character. The method is thenapplied
to nine provenancesoriginating
from the whole natural range 0f thespecies.
Primary shoot length
corresponding
to the first morphogenctical cycle is a better predictor of annualheight
increment thansecondary
shoot length. Number of stem units is a betterpredictor
ofprimary
shootlength
than mean stem unitlength.
Important differences between provenances exist for the duration and rate offunctioning
of the meristemsresponsible
for the initiation andelongation
of stem units. Transverse relativegrowth
ratesof the
primordia
and the bare apical dome are well correlated with the total number of stem units initiatedduring
the season.Références
bibliographiques
B
AILBY D.B., FEIŒT l’.P., 1982. Shoot
elongation
in Pinusrigida
X toeda fiybri<1.v. Silt’cre Gel/et., 31, 209-212.CANNE).). M.G.R., 1976. Shoot apical growth and
cataphyll
initiation rates in provenances of Piiiiis contorta in Scotland. l’an. J. For. Re.s., 6,539-556.
C ANNELI
, M.C.R., Wil!1,1:’I&dquo;I S.C., 1975. Rates and times at which needles arc initiated in buds on
differing
provenances of Pillus contorta and Yiceu abies in Scotland. Con. J.For. Un.. 5, 367-38(1.
C A NNELI
, M.CG.12., ’CnoMrsoN S., UNUS R., 1976. An analysis of inherent différences in shoot growth within aome north tcmperate conifers. fil 7’;rr l’ltysiology ancl ,rie Id i
/l1l’
ro B’
c lI/
c lIl
. Eds. N4.(i.Il. l’annell and F.T. Last, Académie Press, ! 173-205.
C
ANNELL M.G.R., 1978. Components in conifer shoot growth. ln : Proceedings of the 5th north unzerican forest
biolo,z;y
)t’<vA.s7;!p. Edited by C.A. Hollis and A.E. Squillace.University
of Florida,Gainesville,
313-318.CnNNem. M.G.R., CAHALAN C.H., 1979. Shoot apical meristems of Picen sitchen.vi.B’ seedlings accelerate in growth
following
bud set. A 1111. Bot., 44, 209-214.C AUS
n<>N D.R., VENUS .).€’.. 1981. The
bioiîieit-y
o/ plant growlh. Edward Arnold, 307 p.Dettnznc E.F., 1963.
Morphologic
et sexualité chez les pins. Rra. For. Fr., 14, 293-303.DEsTIŒMAu D.X., Jo! LY Il., )’A)[K! ’C., 1974. Contribution à la connaissance des provenances de l’iiiiis pincr.ster. /11111. Rech. For. A4firoc., 16, 101-153.
G
REGORY R.A., Il<>A4Bi:R<;i:R J.A., 1972. Tlie shoot
apical
ontogeny of tlie Picea obiesseedling.
Il Growth rates. Anr..7. Bol., 59, 598-606.
GUYON J.P., 1980. V&dquo;ri&dquo;hili1,; .t,’(!!’r<;/)/t)<:/tff r1
r % cutzhytsiolngiyur ’
rlu pin /I1&dquo;ritillle. Mémoire de 3&dquo; année.E.N.LT.E.F., Nogent-sur-Vernisson.
(!uvoN
J.P.,
Km xiRR A., 1982. Stabilitéphénotypique
de la croissance en hauteur etcinétique journalière
de la pression de sève et de latranspiration
chez lepin
maritime (Pinus yirtn.s!tcr Ait.). C(iii. !l. For. Re.s., 12, 936-946.JEAN R.V., 1978.