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Les sources de la région d'Hermance

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Les sources de la région d'Hermance

PITTARD, Jean-Jacques

PITTARD, Jean-Jacques. Les sources de la région d'Hermance. Revue polytechnique , 1934, no. 10 décembre, p. 1-8

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:131875

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UNIVERSITË

GENÈVE

...

Les Sources

de la Région d 'Hermance

par J.-J. PITTARD

L

e bourg d'Hermance se trouve dans un site char- mant, au bord du lac, à 14 kilomètres de Genève.

C'est un très vieux village qui existait déjà aux temps préhistoriques. On y a découvert en effet une station lacustre de l'âge de la pierre polie et de l'âge de bronze dont on a retrouvé de nombreux objets.

Jusqu'en l'an 1020 on ne sait plus rien de cette bourgade qui fut détruite pendant les guerres bur- gondes puis rebâtie en ro25 par Hermengarde, épouse de Rodolphe III, roi de Bourgogne.

Plus tard, les barons de Faucigny s'en emparèrent et la fortifièrent. Ils construisirent le château dont il subsiste la belle tour de Bourg-dessus. On peut voir encore les restes d'un important mur d'enceinte dans la partie basse du village.

Béatrice, dame de Faucigny, fille du comte Pierre de Savoie, dota Hermance d'une riche église et accorda à ses habitants de grands privilèges. Elle y fut ense- velie en l3ro.

Un peu plus tard, en 1326, le comte Edouard de Savoie essaya de prendre le bourg d'assaut, tentative qui avorta.

Quelques années après on construisit un grand port et on y installa un important chantier naval qui contribua beaucoup au développement de la petite cité. Cependant Hermance eut à souffrir de nom- breuses guerres et notamment de la conquête du Chablais par les Bernois. En 1589, pendant les guerres entre le duc de Savoie et Genève, elle fut prise par les Genevois qui détruisirent son église et sa maison de ville, renversèrent ses murs et comblèrent son port.

En 1598 eurent lieu, sans aucun résultat d'ailleurs, plusieurs conférences entre les délégués de la Répu-

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- 2 -

blique de Genève et ceux du duc de Savo.ie au sujet clc!' tailles et péages imposés par le duc aux Genevois.

L'église d'Hermance fut reconstruite en 1637 par Christine de France.

On voit par ce bref exposé historique 1 qu'Hermance, cédée

a

Genève par le Traité de Turin en 1816, est une bourgade dont le passé fut très mouvementé.

Cette commune qui possède de belles cultures:

vignes, vergers, céréales, plantes fourragères, n'a plus guère d'industries. Son port qui a été rétabli, mais qui rùi plus l'importance navale d'antan, est un port de pêche desservi par les bateaux à vapeur de la Compagnie Générale de Navigation.

Le village, station terminus de la ligne à voie étroite venant de Genève, a environ 400 habitants

* * *

En ce qui concerne son ravitaillement en eau, la commune d'Hermance utilise actuellement l'eau du réseau de la ville de Genève amenée dans un réservoir installé à Bourg-dessus. Cependant, la fontaine de la Place est alimentée par une source captée dans la commune de Chens, et la fontaine dite de l'Ecole enfan- tine débite l'eau de la source Mayor. En outre, de nom- breux puits, placés en divers points du village, forés de 7 à 15 mètres, permettent d'atteindre l'eau d'une vaste nappe. L'eau de quelques-uns de ces puits a été déclarée non potable par le Service d'hygiène.

En 1898, une source d'eau minérale fut découverte à l'est de Bourg-dessus. Elle a été captée en 1899 par un industriel de l'endroit, M. Nyauld. A partir de 1903, cette eau reconnue sulfatée, magnésienne et légèrement ferrugineuse, est utilisée pour la confection de siphons et de limonades à l'eau minérale qui furent vendus en Suisse dans la région Hermance-Bellerive-Monniaz- Jussy et en Haute-Savoie dans la région Hermance- Bon St-Didier-Yvoire. Le trop-plein de cette source se rend dans une petite fontaine destinée au public, placée au bord de la route d'Hermance à Yvoire.

1 FoNTAINE-BORGEL. - Hermance des anciens temps à nos fours. Genève, 1888.

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En été 1934, une société, la Société des Eaitx Miné- rales du Bassin de !'Hermance s'est constituée en vue de l'exploitation plus rationnelle de cette source.

Cette entreprise a étudié les eaux de la région, pro- cédant à des forages et à des analyses. Le but de ces travaux était de pouvoir adjoindre à l'eau de la source initiale, afin d'avoir un débit plus fort, des eaux de composition semblable provenant d'autres sources régionales situées dans le bassin hydrogra- phique de l'Hermance.

La rivière Hermance prend sa source au lieu dit

« Les Seigneuries )), dans le nord de la commune de Jussy, canton de Genève. Un embranchement appelé également Hermance capte les eaux du Bois-de- Ténières (commune de Ballaison, Haute-Savoie). Le principal affluent, le Crépé ou Crépi, débute dans la région sud du Mont de Boisy (commune de Ballaison).

L'Hermance, après avoir suivi une direction est- ouest jusqu'it la route de Genève-Corsier-Douvaine, s'incurve vers le nonl dans la direction duquel elle coule jusque vers la douane d'Herrnance. C'est le long de ce dernier parcours qu'elle reçoit le Marnod, ruis- seau assez important, puis le Crépi. Plusieurs petits cours d'eau s'y jettent également. De la douane, elle repart vers l'ouest pour se jeter enfin dans le lac.

L'Hermance et ses affluents ont profondément entaillé le terrain et ils coulent dans des ravins assez profonds.

C'est notamment dans ces thalwegs que plusieurs des sources décrites plus loin ont été découvertes.

Quelques-unes sont artésiennes et leur température assez basse (g0 ) et constante indique une origine assez lointaine. Plusieurs de ces eaux sont alcalines et peu- vent être rangées dans la classe des eaux sulfatées calciques et magnésiennes.

Nous allons passer en revue ces diverses sources.

Source des «Pernes >J oit Smtrce "Hermance>>.

Cette eau, analysée au début de son utilisation (1904) par les Laboratoires de Chimie analytique et de Bactériologie de l'Université de Grenoble, prend sa soun:e sur la rive droite du ruisseau Crépi affluent

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-4-

de !'Hermance, à 80 m. en amont de son confluent sur le territoire zonien de la commune de Chens, à 50 m.

de la frontière suisse 1 .

Un puits profond de 6 mètres a été creusé à cet endroit. Il a traversé les terrains suivants :

Humus . . . Alluvions marneuses Marne noirâtre Marne argile use Argile bleue Sables gris

0.50 m.

r.50 lll.

l.00 m.

r.oo m.

2.00 m.

niveau aquifère La source est artésienne elle rc1nontc à 0.80 111.

au-dessus du niveau du sol. Elle fut captée au moyen d'un gros tuyau de fer enfoncé dans le sable aquifère.

A l'extérieur du tuyau on tassa de l'argile. Au niveau du sol on installa un tuyau de béton par oü sort le trop- plein de la source. Une canalisation longue de 450 mètres va de là à Hermance, à l'usine d'embouteillage.

Une analyse de cette eau exécutée en 1912 par des élèves du Laboratoire de Chimie analytique de l'Uni- versité de Genève révéla des teneurs intéressantes en sulfates et en magnésium.

En 1913, le professeur Louis Duparc faisant un tra- vail sur la variation dans la composition chimique des eaux d'infiltration 2 chargea un de ses élèves, Constan- tin Guci, d'étudier les sources du canton de Genève.

Guci analysa deux sources à Hermance 3 : la source d'eau minérale (qui à cette époque avait les noms sui- vants: Source d'Hermance, Source Amphion, Source des Fernes, Fontaine des Trois Becs) et la Source Mayor.

Son analyse concernant la première de ces eaux a beaucoup d'analogies avec celle des élèves dn Labora- toire de Chimie analytique. Cependant des différences

1 Le territoire zonien de la commune de Chens appar- tenait à la commune d'Hermance antérieurement à 1815.

Hermance a conservé d'ailleurs de vastes biens commu- naux dont elle assure l'entretien sur territoire français.

C'est en vertu de ces biens que ses ressortissants ont divers avantages frontaliers, notamment la possibilité d'obtenir un permis de chasse français.

2 L. DUPARC et C. Guer. - Sur la variation dans la composition chimique des eaux d'infiltration. A rch. des Sc. Physiques. - T. XXXVII. Genève, 1913.

3 Consts.ntin Guer. - Sur la variation dans la composi- tion chimique des nappes d'infiltration du canton de en.dvo. Université de Genève, Thèse N° 564. Albert I<1mclig, impdmcur, Genève, 1915.

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se portent notamment sur la teneur en magnésie (miné- ralisation totale : élèves 0,4554 gr. par litre ; Guci 0,4313 gr. par litre ; teneur en magnésie : élèves 0,0569 gr. par litre ; Guci, 0,0306 gr. par litre).

Cette eau étudiée en 1933 par Mme A. Corbaz- Ruegger, ingénieur-chimiste, montra des teneurs en minéraux dissous très semblables à celles indiquées par Guci, sauf en ce qui concerne la magnésie (Mme Corbaz 0,0423 gr. par litre; Guci 0,0306).

Voici une analyse détaillée, exécutée en 1934 au Laboratoire de Prospection minière de l'Ecole de Chimie de Genève :

Analyse de l'eau de la Source « Hermance "

Aspect : incolore, limpide

Saveur : très légèrement métallique Température au griffon: 9°5

Débit de la source : 35 litres par minute Degré d'alcalinité 27,5 PH eau nat.. . . . 8,7 PH eau sat. C02. . 5,2

Minéralisation totale 0,4430 gr. par litre Oxydabilité . . . . 0,0028 "

Acide Méta-silicique 0,0114 " "

Oxydes de fer et d'alumine 0,0067 "

Ca•• 0,1093 "

Fe•~ 0,0016 "

Na• 0,0078 "

Mg• 0,0299 "

C03". 0,1701 "

S04" 0,0849 ,> ~

Cl' . . 0,0065 " n

HC03' 0,0148 "

Ammoniaque absence

Nitrates absence

Nitrites . . absence

Cette eau minérale alcaline, diurétique, peut être rangée dans la classe des eaux sulfatées calciques et magnésiennes. Sa très légère saveur métallique doit être attribllée à la présence d'une quantité minime de fer ionisé (0,0016 gr. par litre).

Amenée aux installations d'embouteillage d'Her- mance, elle y est soit rendue gazeuse par saturation d'acide carbonique, soit simplement mise en bouteille pour être livrée à l'état naturel.

Les autres sources actuellement prospectées et étu- diées par la Société des eaux minérales du Bassin de

!'Hermance qui les a généralement concessionnées, se trouvent dans les communes d'Herrnance et d'Anières,

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- 6 -

Source de Trécy-Porte (Commune d'Hermance) Cette source captée très anciennement présente une assez forte minéralisation comme l'indique l'analyse sommaire suivante :

Minéralisation totale 0,5350 gr. par litre

Sulfates 0,0545 »

Nitrates 0,0210 "

Chlorures 0,0120 "

Alcalinité 25,5

Cette source n'est pas utilisée pour le moment par la Société.

Source dit Puits du Bosquet (Commune d'Hermance) Cette source non utilisée contient :

Minéralisation totale

Sulfates 0,4380 gr. par litre 0,0858 ))

Nitrates 0,0057 li

Chlorures 0,0045 ))

Alcalinité 29,5

Source la Pâquette d'En-haut (Commune d'Hermance) Cette source sera utilisée, et des travaux ont lieu actuellement en vue de conduire l'eau à l'atelier d'em- bouteillage de la Société.

Cette source a été captée à 6 mètres de profondeur.

Le forage a traversé les couches de terrain suivantes : Humus . . . .

Argile bleue . . . . Argile avec cailloux et petits bancs de sable Sablons jaunes (niveau aquifère) . . . .

Voici sommairement sa composition :

0,80 111.

4.00 111.

0,50 m.

0.70 111.

Aspect . . . . incolore, limpide Saveur . . . . nulle

Degré d'alcalinité . 36, 2

Minéralisation totale 0,5399 gr. par litre

Oxydabilité 0,0030 »

Sulfates 0,0589 »

Nitrates 0,0152 >>

Chlorures 0,0065 »

Ammoniaque absence

Nitrites . . absence Eau alcaline, diurétique.

Source dit Ravin (Commune d'Hermance) Elle est située en contre-bas de la route de Bourg- dessus à Chevrens. Elle est moins minéralisée que les précédentes :

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Minéralisation totale Oxydabilité

Sulfates Nitrates Chlorures ..

0,3750 gr. par litre

0,0045 li

0,0380 » 0,0180 "

0,0040 "

Source Mayor (Commune d'Hermance) Cette source, d'un fort débit, alimente plusieurs villas riveraines du lac. Elle a été captée par M. Mayor, ancien recteur de l'Université.

Cette eau, analysée par Guci, dure, mais potable, contient passablement de carbonate de chaux et assez peu de sulfates (minéralisation totale : 0,3488 gr. par litre). Elle provient d'un banc de gravier et de con- glomérats situé à peu de profondeur (3 m. environ) qui se trouve près de la route d'Hermance à Genève, dans la région du Nant de la Cave.

Deux autres sources provenant de la même région ont été étudiées au mois d'août 1:'934:

Source de la Cave (Commune d'Hermance) Captée par M. N aef, à une quinzaine de mètres de la source Mayor.

Minéralisation totale Oxydabilité

Sulfates Nitrates Chlorures

0,3400 gr. par litre

0,0025 )) 0,0215 )) 0,0150 )) ~

0,0025 ))

Source Tagini (Commune d'Hermance) Captée en 1933 par M. Tagini.

Minéralisation totale Oxydabilité

Sulfates · Nitrates Chlorures

0,3500 gr. par litre

0,0025 )) 0,0200 )) 0,0125 )) 0,0031 ))

Source Les Abeilles, Chevrens (Commune d' Anières) L'eau de cette source, située au nord-est de Che- vrens, au bord de !'Hermance, à trois mètres au- dessus du niveau de la rivière, a donné à l'analyse les résultats suivants :

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- 8

Aspect . . . . Saveur . . . . Degré d'alcalinité . Minéralisation totale Oxydabilité

Sulfates Nitrates Chlorures . Ammoniaque Nitrites

incolore, limpide nulle

32,5

0,4397 gr. par litre 0,0021 ))

0,0485 ))

0,0100 ))

0,0075 )) absence absence

Citons encore la Soitrce d'u Champ du Moulin (Com- mune d'Hermance), servant à l'irrigation d'une pro- priété. Cette eau présente une minéralisation totale de 0,3390 gr. par litre.

Des études actuellement en cours portent sur les eaux des communes riveraines de !'Hermance et de ses affluents, soit en Suisse : Hermance, Anières, Cor- sier, Gy, Jussy; en territoire zonien : Chens, Veigy, Loisin, Machilly; en France : Douvaine, Ballaison.

Des études qui précèdent, on peut remarquer que les eaux des sources qui s'écoulent vers le lac part la Pâquette d'En-haut) sont moins minéralisées que celles qui sont tributaires de !'Hermance ou de ses affluents.

En effet, les sources Tagini (0,3500 gr. par litre), La Cave (0,3400 gr. par litre), Mayor (0,3488 gr. par litre), Ravin (0,3750 gr. par litre), Champ du Moulin (0,3390 gr. par litre) sont disposées sur le versant lac tandis que les sources Les Abeilles (0,4398 gr. par litre), Trécy-Porte (0,5350 gr. par litre), Puits du Bosquet (0,4380 gr. par litre), Hermance (0,4430 gr.

par litre), s'écoulent vers !'Hermance.

En effet, les eaux provenant du thalweg de !'Her- mance sourdent de petites couches de graviers inter- calées dans de grandes masses d'argile glaciaire, tandis que les autres coulent à la base de falaises de conglomérats d'origine fluvio-glaciaire. Ces conglomé- rats fendillés laissent passer des eaux que l'analyse a révélées potables mais non intéressantes au point de vue de la minéralisation. Cette plus faible minéra- lisation peut s'expliquer par le fait que l'eau, s'écou- lant rapidement par les fissures, n'a pas eu le temps de se charger en éléments minéraux.

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