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Notice sur les gisements des phosphorites et sur leurs modes de formation

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Notice sur les gisements des phosphorites et sur leurs modes de formation

FAVRE, Alphonse

FAVRE, Alphonse. Notice sur les gisements des phosphorites et sur leurs modes de formation.

Archives des sciences de la bibliothèque universelle, 1872, vol. 45, p. 233

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:108507

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(2)

NOTICE

SUR

LES GISEMENTS DES PHOSPHORITES

ET SUR

LEURS MODES DE FORMATION

PAR M. ALPH. FAVRE

Professeur à l'Académie de Genève.

Dans ce moment où le phosphate de chaux est soi- gneusement recherché par les agriculteurs, il n'est peut- être pas sans intérêt de rendre compte de quelques mé- moires relatifs à cette substance, d'examiner ses divers gisements et la manière dont ils se sont formés.

Ce phosphate présente différents aspects, et la res- semblance qu'il offre parfois avec certains calcaires argi- leux ou avec des tufs inutiles à l'agriculture explique qu'il soit resté si longtemps inconnu là même où on le foule aux pieds, et comment il est probable qu'il existe dans maintes localités très-fréquentées où il n'a pas en- core été découvert.

La chaux qui entre dans la composition des immenses masses de calcaire de la surface de la terre provient, se- lon toute probabilité, de la décomposition de quelques roches, laves, granits, etc., qui se trouvaient primitivement à la surface du globe on qui y sont arrivés par des sou- lèvements on des éruptions. Ces roches ont emprm1té la chaux aux régions profondes de la terre où il se trouvait, et où il se trouve peut-être encore du calcium, et la chaux

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2 SUR LES GISEMENTS DES PHOSPHORITES

s'est combinée avec les acides silicique, t;ariJonique, phos- phorique, etc.

La présence de l'acide phosphorique dans les couches superficielles de la terre est due ainsi que celle de la chaux à l'éruption ou au soulèvement des roches qui ont amené à la surfaœ les matières phosphorées qui existent à de grandes profondeurs. M. Daubrée pense qu'elles y sont peut-être à l'état de phosphure, comme dans les météo- rites '. Ce savant a fait ressortir la grande ressemblance des roches extra-terrestres avec celles de l'intérieur de notre globe. Les matières phosphorées se trouvent aussi dans quelques-uns des minéraux qui entrent, habituelle- ment ou adventivemeot, dans la composition des roches granitiques et dans celle des schistes cristallins lesquels renferment souvent des cristaux d'apatite. Il est vrai que l'acide phosphorique y est en petite quantité, mais les masses granitiques du globe sont si immenses et celles qui ont été déjà décomposées si considérables, que les matières phosphorées provenant du granit doivent être prises co considération. On trouve encore des matières pl1osphorées dans des roches où la silice n'est pas en excès, dans les laves des volcans éteints ou en activité et dans les sources minérales; le phosphate de chaux est peu soluble, il est vrai, mais les réactions qui se produisent à de grandes profondeurs sous l'influence des eaux dou- ces ou marines soumises à une forte pressiort et à une température élevée favorisent probablement la dissolution des substances.

Il ne faut pas une solubilité bien grande pour qu'à la longue des masses d'eau immenses, exerçant leur pou- voir pendant des centaines et des milliers de siècles, dis-

1 Voyez les notes à la fin de l'article.

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ET SUR LEURS MODES UE FORMATION. 3 solvenl nne quantité considérable de la matière avec la- quelle elles sont en contact. A la surface même du sol il est des phosphates qui présentent une certaine solubilité, surtout dans l'eau cbaq~ée d'acide carbonique, ainsi 11

°/o

de phosphate de chaux de Limogne (département du Lot) 6 pulvérisé, et mis en contact avee de l'eau de cette natme se dissout en 24· heures *.

Les sources qui amènent le phosphate de chaux à la surface du globe jaillissent aussi bien dans l'intérieur des mers qu'à la surface des continents. Elles le déposent dans les filons, quelquefois métallifères, sous forme de chaux phosphatée, cristallisée ou de calcaire concrétion né se rapprochant du tuf, et si les circonstances ne sont pas favorables à la formation des dépôts, elles le déversent dans des cours d'eau qui le ramènent à la mer. Par con- séquent, le phosphate des sources se divise en trois par- ties, celle qui reste en dépôts plus ou moins considérables à la surface de la terre, celle qui se dissémine en particules des plus ténues dans le sol traversé par les ramifications de la source phosphatée et celle qni retourne à la mer, elle se retrouve dans les mêmes conditions que le phosphate qui a été pris par les eanx marines aux roches sur lesquelles elles reposent et aux matières avec lesquelles elles ont été mises en contact pendant les éruptions volca- niques.

La présence du phosphate de chaux dans la mer est démonlrée, soit par l'analyse, soit par la composition des produits marins: ainsi on le trouve dans la vase elles boues

* M. Déhét·ain a également étudié la solubilité de quelques phos- phates dans d'autres circonstances : dans le but de connaitre quel pouvait être leur utilité lorsqu'on les emploie en agriculture sans leur laire subir de préparation, et les résultats obtenus n'ont pas été très- satisfaisants 13 •

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4 SUR LES GISEl\ŒNTS DES PHOSPBORITES

marines 7, dans la tangue, dans les polypiers, etc. Les bancs de coraux contiennent parfois assez de phosphate de chaux pour être utilisés en agriculture; ceux de l'île de Sombréro (Antilles), par exemple, sont exploités et amenés en Angleterre. Les poissons s'assimilent aussi le phosphate de chaux, car leurs os en contiennent; après leur mort ce phosphate se dissout et rentre ainsi dans la circulation des courants marins. Les oiseaux auxquels les poissons servent de nourriture, absorbent le phos- phate de ces derniers et ils le restituent sous forme de guano de leur vivant, et par leur décomposition après leur mort.

Les mêmes faits s'étant produits durant les anciennes périodes de l'histoire de la terre, les boues marines, les calcaires, les bancs de coraux, les entassements d'os de poissons (bone-bed), etc., amenés à la surface du globo ou plus ou moins près d'elle par le soulèvement des con- tinents, renfermaient du phosphate de chaux que l'influence des agents atmosphériques (gelées, pluies, etc.), agissant pendant des milliers de siècles, fait rentrer dans la cir- culation au moyen des sources, des rivières, de la mer et des êtres organisés.

En résumé, sans parler du phosphate de chauk dis- persé dans les terrains, mais en proportion si petite qu'il échappe à l'observation directe, en négligeant également celui qui se trouve dans certaines roches éruptives, telles que les granits, les roches volcaniques (Jumilla en Espa- gne) et les roches basaltiques (Bavière et le Gyppsland en Australie) 8, les dépôts de phosphate de chaux parais- sent avoir été formés de quatre manières différentes :

1 o Dépôts d'origine marine ;

2° Dépôts formés dans des bassins d'eau douce;

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ET SUR LEURS \\IODES DE FOR~IAT!ON. 5 3° Dépôts formés par les sourees ;

4° Dépôts formés par des animaux terrestres ou par l'homme.

1.

En disant quelques mots des terrains marins dans les- quels on a constaté la présence du phosphate de chaux, nous suivrons l'ordre chronologique •.

On trouve du phosphate de chaux, auquel on donne souvent le nom de phosphorite, dans des terrains fort anciens, entre autres, dans -une des couches siluriennes du Canada, nommée couche à lingules du nom d'une pe- tite coquille bivalve qui y est très-répandue. Le phosphate fait partie de la coquille comme chez les lingules actuelle- ment vivantes, évidemment il est sécrété par l'animal. Les couches siluriennes de Llandeilo du Pays de Galles, ainsi que celles de la Podolie 32, en contiennent aussi.

Cette substance se rencontre dans le terrain houiller de Fins (Allier) eL dans celui de la Ruhr en Westphalie, sous forme de rognons disséminés dans des argiles noires.

Les couches à ossements (bone-bed) du terrain triasi- que et celles du terrain infraliasique renferment beau- coup de phosphate de chaux. La couche de l'infralias af- fleure dans l'ouest de l'Angleterre, dans le Calvados et dans plusieurs départements de l'est de la France, aux environs de Lyon, et en Savoie au bas du vallon

nA

Val- laires près Saint-Michel (j'ai constaté la présence du phosphate de chaux dans la roche de cette localité). Le bone-bed .se trouve en Wurtemberg. M. Gumbel a aussi

* Nous avons déjà fait et nous ferons encore de nombreux em- prunts à l'excellent mémoire de M. Daubrée. (Annales des .Mines, 1868, tome XIII, p. 67.)

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6 SUR LES GISE!IIENTS DES PHOSPHORITES

obi;ervé des rognons de phosphorite dans diverses cou- ches du terrain jurassique de l' Alb de Souabe .. de Fran- conie et du grand-duché de Bade. On connaît également cette substance dans le Brunswick, et lVI. Schlagintweit l'a reconnue dans l'Himalaya 2

Elle est fort répandue dans les terrains crétacés. Dans le gouvernement de Koursk en Russie 5 on trouve un grès connu sous le nom de Ssamorod ou Samarode, il est formé de grains de quartz réunis par un ciment qui contient 30

°/

0 de phosphate de chaux. En Espagne on trouve la phosphorite à Montanchez près de Cacerès, ainsi que dans bien d'autres localités entre ces deux pays.

Le phosphate de chaux est exploité depuis longtemps en Angleterre dans le gault et dans les couches qui lui sont un peu supérieures. Il se trouve à Farnham dans le comté de Cambridge 22 M. Walker' a signalé à Potton et à Upware la présence de nodules de phosphorite ac- compagnés de brachiopodes, de débris de poissons et de reptiles; quelques-uns sont recouverts de serpules et de briozoaires.

Le Rev. O. Fisher "1 évalue la couche phosphatée de la base de la craie du comté de Cambridge à 270 tonnes par acre (1 acre =404-6,72 mètres carrés) valant 58 fr.

la tonne. Les fossiles y sont nombreux, quelques coquilles sont fixées aux rognons de phosphorite ; les grains de glauconie (petits grains verdâtres) y sont abondants ; ces derniers donnent à tons les terrains où ils sont répandus un caractère essentiellement marin, car M. Ehrenberg a reeonnu qu'ils étaient formés par des infusoires, et M. F. de Pourtalès a constaté, au moyen de sondages, qu'ils s'accumulent en mer sur les côtes de la Géorgie et (.le la Caroline du Sud (États-Unis~") en assez grande

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ET SUR LEURS MODES DE FORMATION. 7 abondance pour constituer des bancs de grès vert. Leur présence est connue des deux côtés du Gulf-Stream; entre la terre et ce courant ils sont de 50 à '100 brasses (9'1 à '182 mètres) au-dessous de la surface de l'eau, mais à l'extériem du courant ils sont à une plus grande pro- fondeur.

Il y a au moins deux espèces de nodules de phospho- rite dans le comté d8 Cambridge. M. Fisher donne à l'une d'elles le nom de coprolithe, sans pour cela lui at- tribuer une origine semblable à celte des véritables co- prolithes. Certaines espèces animales fossiles, surtout les polypiers, sont changés en nodules phosphatés, en sorte qu'on peut croire que la très-grande majorité des nodules ne sont pas des r,onr.rétions, mais des corps organisés. On y voit aussi au microscope des foraminifères et des spi- cules voisines de celles des Alcyonaires. Déjà en '1 1->4·9 le doyen de Westminster avait dit en parlant des grès verts de Farnham: (( Les éponges et les autres fossiles parais-

<< sent avoir servi de réceptaele h t'acide phosphorique.>>

La phosphorite d'origine marine des terrains crétacés était connue en France, il y a quelques années, dans trente-neuf départements, mais exploitée seulement dans trois, la couche qui la renferme s'étend sur plus de 300 kilomètres de longueur; c'est à MM. de Molon et Thur- néisen qu'on doit la découvet·te de la pin part de ses affleu- rements. En '1856 ils résumaient leurs études en disant:

<< Nous pouvons dès à présent constater que nous avons

" découvert une source inépuisable de phOSIJhate de '' chaux qui représente pour la France, par les avan- (( tages qu'en retirera son agriculture un capital de plu-

" sieurs milliards 1 '•. »

Les couches qui renferment la phosphorite se montrent

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8 SUR LES GISEMENTS DES PHOSPHORlTES

dans le Boulonnai .. dan le payR de Bt·ay, près d'Annapes non loin de Lille, pt'ès Valenciennes, à Lézenoes dépar- tement du Nord où les nodules pho phatés sont connus sous Je nom de tun 9, dans les départements des Arden- nes, de la Marne, de la Haute-Marne et de l'Yonne; on les a en'core ob ervés dans le départemen.ts de l'Orne, d'Eure-et-Loir et de la Sarthe • 0 Les phosphates se trouvent presque toujours dans le grès vert ou gault;

quelquefois cependant il y en a dans la craie.

On retrouve la couche de grès vert dans les départe- ments dn Var, des Alpes maritimes, de la Drôme, de l'Isère et de la Savoie, dans le massif de la Grande-Char- treuse, dans les Beauges et dans une zone de montagnes qui 'étend du lac d'Annecy à la vallée du Rhône, près Saint-Maurice.

En Suisse cette même couche affieure dans la partie orientale du canton de Vaud, et d'après MM. Escher et 'Picard, elle s'étend des environs de Scbwytz au canton d'Appenzell. Le terrain nummulitique des environs d'Ein- siedeln contient aussi du phosphate de chaux, et chose singulière, ce terrain renferme beaucoup de grains de glai:Jconie : c'est une espèce de grès vert ; malheureuse- ment les dépôts alpins sont situés de manière à ce que l'exploitation en est souvent impossible. Les gisements de gault de cette rég-ion contiennent tous de la phosphodte, il suffit donc de consulter les cartes géologiquefl pour connaitt·e les localités où l'on peut en trouvet·. La couche de gault avec phosphate de chaux a été aussi con tatée par M. Gumbel dans le Alpes de la Bavièt·e el du Vorarlberg.

Dans le Jura le dépôt de gault avec phospborite se trouve, comme l'a dit M. Jaccard, à Morteau, à Boveresse, à Charbony et à Sainte-Croix 24; mais la localité sur la-

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ET SUR LEURS !\IODES DE FORMATION. 9 quelle l'industrie fonde les plus grandes espérances est celle de Bellegarde, près de la Perte du Rhône qui est en pleine exploitation. Ce gisement a éLé •·endu célèbre par la des- cription qu'en a donnée Al. Brongniart u, plus tard il a été étudié par M. Je professeur Rene vier '6, par le profes- seur Pictet 27, qui en a décrit les fossiles; et par MM. De- mole 28, Grun er 19 et Risler 3 0Ce dépôt est formé des co- quilles fossiles habituelles au gault, avec leurs moules in- térieurs, elles sont disséminées en très-grande abondance dans des roches sableuses ou dans des sables contenant beaucoup de grains verts de glauconie. Les rognons qu'on y remarque sont pour la plupart des fossiles roÙlés, quoi- qu'en général les coquilles soient remarquables par leur conservation ; on ne trouve rien qui rappelle des copro- lithes. D'après M. Grun er le sable qui renferme les fossiles contient peu ou point de phosphate de chaux, la coquille du fossile elle-même n'est guère phosphatée, mais dans le moule in,térieur du fossile on trouve jusqu'à 50 et même 70°/o de phosphate de chaux, el plu l'orifice par lequel la matière est entrée dans l'intél'iem· de la coquille est petit plus le moule semble contenir de phosphato •. Cette dif- férence de composition entre le sable, la coquille et le moule est importante au point de vue de l'introduction du phosphate dans ce dépôt ••, qui est évidemment différente

* Berzélius dit, dans son Traité de Chimie, que lorsque l'animal de l'hultre est calciné, on obtient du carbonate de chaux et du phosphate de chaux; lo1•squ'il est compllltement réduit en cendre, on n'y trouve plus que du pbosphat~ de cbom, ce qui prouve que Je mollusque lui- même peut nvoü- foumi une certaine prop01'tioo de pho~phate de chaux à l'énorme quantité qu'en renferme le moule.

** On a remarqué que l'argile de kimmeridge, terrain jurassique supérieur d'Angleterre, renferm«l en abondance des moules de cham- bres d'ammonites contenant 20 à 30 °/0 de phosphate de chaux.

*

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t Û SUR LES GISI<:~ŒNTS DES PHOSPHORITES

de celle de ce même corps dans la couche à ling·uJes du Canacla. La présence du phosphate dans le moule et son absence ailleurs ne peut s'expliquer que par l'action con- densatrice exercée par la matière animale, probablement durant sa décomposition, sur le phosphate répandu à l'état de dissolution dans les eaux marines. Sur ce point je par- tage l'avis dn Rev. O. Fisher.

Il est bon de remarquer aussi que àans divers gise- ments on trouve du bois changé en phosphate de chaux.

' Si le gault s'était déposé dans un bassin fermé ou dans une lagune, comme M. Gruner semble le croire, il aurp.it pu s'y accumuler à la longue une proportion considéra- ble de phosphate de chaux, on pourrait même admettre que des sou.rces phosphatées, arrivant da us ce bassin en auraient augmenté la proportion, mais si les choses s'é- taient passées ainsi, on ne comprendrait pas pourquoi le sable extérieur aux coquilles n'est pas phosphaté. Il est impossible de supposer que des sources phosphatées soient in ter venue~ dans la formation de ce dépôt autrement que pour répandre le phosphate dans l'intérieur de la mer. Les paléontologistes reconnaissent dans le gault un dépôt littoral; ce n'est pas une raison pour admettre qu'il se soit déposé dans un bassin fermé, car il contient des coquilles de pleine mer, et s'étend à de grandes distances d'une mal1ière assez continue pour qu'on puisse croire qu'il a été formé à la jonction des dépôts de pleine mer et des dépôts littoraux, sur une zone analogue à celle où M. de Ponrtalès a observé la formation actuelle du grès vert sur la côte des États-Unis.

La phosphorite paraît plus rare dans les terrains ter- tiaires que dans les terrains crétacés; cependant nous avons vu qu'on en a signalé la présence dans le terrain

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ET SUR LEURS MODES DE FORMATION. •l { nummulitique des Alpes. Depuis longtemps aussi on en a exploité dans le crag de Felixtow sur la côte du Suffolk.

II.

Si le gisement de la phosphorite en rognons qui se trouve dans les sables bitumineux dn district de Leira en Portugal, a été bien examiné, il est d'un ordre diffé- rent de celui dont nous venons de parler, car il a pris naissance dans un lac ou bassin d'eau douce. Cette phos- phorite est associée à des fossiles d'eau douce du terrain wealdien, intermédiaire entre le terrain crétacé et le ter- rain j ucassique.'

Ill

La formation de la plupart des phosphates de chaux qui se trouvent dans les filons des roches cristallines, peut être attribuée à des sources, mais cette origine est pins évidente encore dans d'autres phosphorites dont nous allons parler.

La phosphorite concrétionnée (c'est-à-dire possédant la structure d'un dépôt aqueux), accompagnant la limo- nite des environs de Ramelot 11 (Belgique), a évidem- ment été déposée par une source. Quoiqu'elle contienne

69

°/

0 d'acide phosphorique, elle ne paraît pas avoir d'importance industrielle.

La phosphorite de Verviers 1 5 (Belgique) associée à des minerais de fer et de manganèse, celle de Baelen s près de Liége, qui se présente sous forme de conglomérat et de stalactites, et qui contient 70

°/

0 de phosphate de chaux, ainsi que celle de Am berg i 6, en Ba vi ère, sont des dépôts concrétionnés analogues à ceux du département de Tarn -et Garonne.

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12 SUR LES GISEMENTS DES PHOSPHORITES

La phosphoritc du Nassau • ~ existe dans plusieurs lo- calités; elle se présente en général sous forme de ro- gnons dans un dépôt argileux, et quoiqu'elle repose sur le terrain dévonien on la croit tertiaire. Elle est en général associée à une roche nommée Schaalstein (spilite) qui paraît être d'origine sédimenlaire et qui renferme quel- quefois du phosphate de chaux.

Les plus beaux gisements de phosphorite déposés par des sources sont ceux de Larnagol près Cajarc et de Concots dans le département du Lot, et celui de Caylux près Montauban dans le département de Tar~-eL-Ga­

ronne. Ce dernier a été découvert vers '1865 par M. Pou- marède, et renferme 32,60

°/o

d'acide phosphorique 17 Il n'a été exploité qu'au bout de cinq ans environ; depuis lors des paysans, en constatant dans diverses localités la ressemblanGe de certaines roches avec celles qu'ils avaient vu exploiter, ont fait connaître un grand nombre de gise- ments de phosphoriles disséminés sur un espace de 40 kilomètres de longueur et de 8 kilomètres de largeur environ 18

Comme l'ont fait remarquer M. Daubrée et M. Trutat, ces gisements sont alignés suivant deux directions : de l'est à l'ouest et du nord 25° est au sud 25° ouest, ce qui correspond à certaines failles des bords du plateau central de la France, décrites par M. Magnan. Les phos- phorites de l'une des directions ne sont pas tout à fait semblables à celles de l'autre; mais dans les deux direc- tions elles remplissent des cavités ou poches creusées dans le calcaire, variant de quelques mètres à 35 mètres environ de diamètre (à Cos), et des espèces de crevasses ou fossés peu profonds, dont les parois sont verticales et sensiblement parallèles. La largeur de la crevasse de Pen-

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ET SUR LEURS l\IODES DE FORMATION. '13 daré varie de 3 à 6 mètres et on la connaît snr une lon- gueur de 90 mètres.

Les pbosphorites des départements. dont nous venons de parler ne sont pas cristallines, elles sont généralement compactes, blanchâtres, grises, jaunes, et rouges lors- qu' elles sont associées à une substance ferrugineuse. Par- fois elles sont granuliformes, concrétionnées, mamelonnées, à couches concentriques et prennent l'aspect de travertin ou de tuf. On en trouve aussi en couches minces et com- pactes, rappelant la structure des agates, elles sont blanches, et quelquefois noires lorsqu'elles sont colorées par de l'oxyde de manganèse. Leur éclat, quoique terne, rappelle dans certains cas celui du quartz résinite.

Nous n'avons pu trouver d'analyse complète de ces phos- phorites, mais d'après huit essais faits par M. Bobierre, l'acide phosphorique y varie de 32,94. à 38,32

°/

0

19 et on y a reconnu la présence du chlore, du fluor et de l'iode.

Ces phosphorites sont associées à du péroxyde de fer en grains ou limonite, à des particules argileuses, rarement à du sable, mais à des cailloux de quartzite répandus à la surface des plateaux environnants et qui ont pénétré jus- qu'à une petite profondeur dans la phosphorite. Parfois ils sont assez abondants (à Prajoux) pour constituer un poudingue à ciment de phosphorite. La présence de cailloux de quarlzite dans la partie supérieure de ce dépôt et à la surface des plateaux voisins est pour M. Daubréc la preuve que la pbosphorite a été formée pendant deux époques. Elle paraît aussi avoir subi quelques remanie- ments, ear on trouve çà et là sur les plateaux des cailloux épars de phosphorite très-compacte associés aux cailloux de quartzite ~o.

On ne trouve pas de coquilles fossiles dans la phospho-

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'14 SUR LES GISEMENTS DES PHOSPBORlTES

rite, mais des ossements. D'après M. Gr.rvais 11 ils se rapportent aux animaux suivants : Anoplotherz'um com- mune, Dichobune parz'sz'ensis, Entelodon, Cainotherium, Paleotherium, Rhinoceros, Hyenodon et autres carnivores.

Plusieurs se retrouvent dans le gypse des environs de Paris, et caractérisent, par conséquent, l'époque tertiaire, mais d'autres appartiennent à des animaux d'une époque plus récente, en sorte que la paléontologie est d'accord avec la géologie pour reconnaître à ces phosphates deux époques de formations, l'une éocène et l'autre plt)s mo- derne.

La disposition de ces gisements de phosphorites à structure concrétionnée en forme de poches, bassins, crevasses et boyaux renfermant des ossements d'animaux qui ont péri sur les borels des sources qui les déposaient, la présence de cailloux de quartzite, ainsi que l'associa- tion des pbosphorites à des minerais de fer en grains, ont donné à MM. Gervais et Danbrée l'idée très-juste de comparer ces dépôts it ceux qui constituent le terrain sidérolithiqne.

IV.

On trouve le phosphate de chaux en abondance dans de grandes accumulations formées par des animaux on par l'homme. Elles sont trop connues pour que nous nous y arrêtions longuement. On peut faire entrer dans la première catégorie les dépôts de guano, les brèches osseuses, certaines cavernes à ossements clans lesquelles la présence de l'homme n'a pàs été constatée. Dans la seconde il faut ranger les kioékenmodings ou débris de cuisine du Danemark, ceux que des peuplades sau- vages accumulent encore maintenant, les Terra mare

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ET SUJ~ LEURS MODES DE L<ORMATlON. '15 des environs de Modène et de Reggio, les accumulations d'ossements, telles que celle du Clos Charnier à Solutré près de Mâcon, etc., c'est-à-dire toutes les localités où les matières phosphatées ont été entassée's sous l'influence de l'homme.

Appendice.

Pendant que l'article précédent était sous presse, M. Trutat a eu l'extrême obligeance de nous communiquer une lettre qu'il a adressée à M. le professeur Gervais et lJUi s'imprime dans le Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Toulouse. Cette lettre explique comment, par suite de remaniements, des ossements apparten'ant à des animaux d'époques différentes se trouvent associés dans les dépôts de phosphorite des départements de Tarn-et- Garonne et du Lot.

Toulouse, 5 juin 18'72.

Monsieur,

Je "viens de lit'e dans la Revue des cours scientifiques un compte rendu de la dernière séance de la Société géolo- gique, dans laquelle vous avez parlé des ossements re- cueillis dans les carrières de cllaux phosphatée du Qnercy.

Vous me permettrez de vous soumettre quelques obser- vations sur la manière d'être de cenx de ces dépôts qui sont fossilifères, et j'espère qu'alors disparaîtront les dif- . ficultés d'explication que semhle donner la réunion, dans

une même station, d'espèces regardées comme d'âges différents.

Dans une communication faite à l'Institut Je '1 '1 déeern- bre dernier, j'avais déjà signalé les rapports qui existent entre la direction et la composition des gisements de phos- phorite du Tarn-et-Garonne, et j'avais cru devoir conclure

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16 SUR LES GISEMI!:NTS DES PHOSPHORITES

que les fiBpM.s à ossements étaient postérieurs aux dé- pôts phosphatés proprement dits. Depuis j'ai eu l'occasion de voir à nouveau les exploitations du Tarn-et-Garonne et celle du Lot, et je suis arrivé à des conelnsions plus précises; mes dernières observations vont me permettre de démontrer qu'il existe plusieurs niveaux d'âges diffé- rents, et que le mélange anormal d'espèces que vous avez signalé, n'est qu'apparent et pmvient de remaniements successifs.

Voici très-succinctement le résultat de mes recherches.

Un premier dépôt Geysérien de chaux phosphatée est venu remplir les fentes elu calcaire ouvertes suivant une direction N. 25° E. (faille de la Bonnette), ces dép6ts ne contiennent jamais de fossiles : aussi ne nous en occupe- rons-nous pas ici.

Plus tard une seconde f;ülle se produit suivant une direction E.-0. (faille de Varen) et partout les nou- Yelles fentes recoupent des dépôts phosphatés, un rema- niement se produit. En même temps une véritable érup- tion d'eaux fortement chargées d'acide carbonilJUB, d'ar- gile et de fer, vient dissoùdre la chaux phosphatée et les parois calcaires environnantes ; de nouveaux éléments sont encore apportés à ee dépôt par des courants dilu- viens qui entraînent ~~la fois du sable, des cailloux rou- lés et des débris d'animaux. ll y a donc remaniement des plus complexes dans ces dépôts ossifères et les débris fossiles qu'ils renferment ne donnent en rien l'âge des phosphates, ils ne peuvent que nous indiquer l'âge du manteau dihll'ien argileux rouge à rares cailloux roulés de quartz laiteux, qui recouvre les Causses calcaires des bords S.-O. du plateau central.

La diversité des faunes ainsi mêlées dans ce dépôt re-

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ET SUR LEURS MODES DE FORMATION. 17 manié semble indiquer également une très-longue durée dans ce phénomène d'apport des eaux diluviennes. Mais certains caractères vont nous permettre d'établir plusieurs catégories dans les parties constituantes de ces amas et l'examen attentif des débris osseüx nous senira à établir deux niveaux, abstraction faite des espèces auxquelles elles appartiennent. En effet, les uns sont entièrement transformés en chaux phosphatée, tandis que beaucoup d'autres ne semblent avoir subi aucun changement de ce genre; les premiers sont noirâtres, à cassure vitreuse, les seconds ont presque une physionomie calcaire et se rap- prochent, comme aspect, de ceux que nous rencontrons dans nos calcaires tertiaires supérieurs du bassin Sous- Pyrénéen. Jusqu'à p1·ésent tous les ossements à physio- nomie phosphatée que nous avons examinés appartiennent à des espèces d'une faune ancienne (paleothériens), les autres ·sont plus récents (rhinoceros, cainotherium).

Nous pourrions donc déjà, par ce caractère, diviser en deux catégories les dépôts ossifèrcs, comme nous avons été amenés à le faire pom les dépôts phosphatés; les plus anciens pourraient être assez bien caractérisés par la composition chimique des ossements; celui-là serait Eo- cène. Les phénomènes de remplissage dont nous avons déjà parlé se seraient continués pendant presque toute la période tertiaire.

La nature même de ces dépôts indique snffisamment la difficulté d'y trouver un élément complet de stratigra- phie, et, le pins souvent, chaque poche contient nne seule sorte de débris osseux. Lorsqu'une même station fournit des ossements des deux catégories, il est à remarquer que les espèces récentes, à physionomie calcaire, occu- pent, d'une manière génét·ale, les parties supériemes des

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,

18 SUR LES GISEMENTS DES PHOSPHORlTES

poches (l'argile rouge), les ossements phosphatés, au con- traire, sont au bas. Ces derniers sont plus rares .. plus frag- mentés que ceux des parties supérieures, mais, comme dans tout dépôt remanié, des os phosphatés occupent quel- quefois les parties supérieures et réciproquement. Pres- que toujours, enfin, le dépôt supérieur· se confontl telle- ment avec le dépôt inférieur qu'il est fort difficile de les délimiter.

Dans un cas cependant, j'ai pu tout récemment étudier une exploitation dans laquelle no lit de calcaire concré- tionné stalagmitique sépare nettement le dépôt inférieur du dépôt supérieur; dans ce cas les conches supérieures ne contenaient que des débris osseux sans traces de trans- formation phosphatée et faciles à caractériser (rhinoceros, cainoterium, oiseau, tortue). Les conches inférieures ne m'ont donné que des débris indéterminables, mais ils sont tous phosphatés; d'autre part, nous avons reconnu que les ossements ainsi transformés appartiennent aux espèces les plus anciennes, il nous est donc permis de dire qu'il y a bien réellement dans nos gisements de chaux phosphatée plusieurs niveaux fossilifères (au moins deux) d'âge différent et qu'ici il n'y a pas d'exception à la loi de répartition des espèces qui servent à caractériser l'âge des différentes couches du globe.

Veuillez, etc.

NOTES.

1 Daubrée, Annales des Mines, 1868, XIII, 67.

% Delesse et de Lappa~ent, Ann. des Mines, 1870, XVII, 110.

" Id. id. id. 127.

4 fd. id. id. 108, et Re-

port of Lhe Brilish Associat., 1867, 73.

(20)

ET SUR LEURS MODILS DE EORMATION. •19

5 De/esse et de Lapparent, Annales des Mines, 1870, XVII, 109.

10

!!

t-:!

Id. Revue de géologie, t. IX, 2ll.

Id id. 43, el Annales

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

des MinRs, 1870, XVII, 120.

Revne de géologie, t. IX, 29.

id. IX, 32.

id. IX, 28; Bulletin de la Société d'agric. du 1\tans, 1871, el Bulletin de la Société géol. de France, 1872, XXIX, 169.

Revue de géologie, 1868, V, 64.

id. id. 62, et An- nales des Mines, 1870, X VIl, 109.

13 Comptes rendus de I'Acaù. des Sciences, tome XLV, 13.

Id. id. 1857, XLV, 237.

14 Id. id. 1856, XLIII, 1178.

15 Id. id. 1872, LXXIII, 1031.

1 G Id. id. LXXUI, 1034.

17 Id. ir!. LXXIII, 997.

18 Id. id. LXXIII,.1024 et 1363.

Id. iù. LXXIII, 1061.

20 Id. id. LXXIV, 1372.

21 ld. id. LXXIV, 1367.

·~ Quarterly Journal, 18A8, t. lV, 257.

" lfluslrated Catalog. of corn p. Museum at Harwar•d College, 1871, IV, p. 2 .

u Mntécianx pom· ln corto géolog. de la ··uissc, ·1869, p. 126, '290.

15 Descriplion géologique des cuvirons de Paris, 1822, p. Oi.

"0 Mémoire géologique sur· la Perle du 1 hO ne.

~• Descr·iplion des mollusques fossiles qui se tr•ouven~ dans 1 •s grès 1er•ts des environs de Genève, 1849-1853.

~s Rapport à la Classe d'agriculture de Genève, janvier 1870.

29 Bulletin de la Société géolog. de France, 1R71, XXVIII, 62

50 Bulletin de la Classe d'agriculture de Genève, 1872.

51 Abstracts of the Pr·oceedings of the geolog. Society of London, 22 mai 1872.

32 Jahrbuch der le le geol. Reichsanstalt, 1871, XXI, 211.

(21)

TIRJii DES ARCHIVES DES

.

SCIENCE~ DE LA BIBLIOTHÈQ.UE UNIVERSELLE

Novembre 1872. Y..~ V, l g 1.

Avec l'autorisation de la Direction.

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