uand j’étais encore étudiant, j’avais quelques problèmes de genou. Je boitais donc un peu. Quelqu’un qui m’a vu dans cet état, m’a suggéré un traitement assez étonnant. Il m’a dit : « Tu vas dans ta douche, tu fais couler de l’eau sur ton genou, et tu alternes eau chaude et eau froide. Tu fais ça à quelques reprises, et tu verras, ça te fera du bien. » A vrai dire, je n’y croyais pas trop, à son histoire. Trop simple pour être vrai. Mais la proposition était facile à mettre en œuvre. J’ai donc tenté le coup. Et à mon grand étonnement, après quelques cycles d’eau froide et d’eau chaude, mon mal s’est miraculeusement envolé.
J’avais découvert les bienfaits de la douche écossaise.
Notre texte de ce matin nous amènera, lui aussi, à nous appliquer une douche écossaise, mais elle sera spirituelle. Ecoutons d’abord ce texte, qui se trouve au début du chapitre 10 de l’Evangile selon Jean. Et comme nous entendrons la parole même du Seigneur Jésus, je propose qu’on se lève, en signe de notre respect. Jean 10, versets 1 à 6 :
1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas dans la cour des moutons par la porte, mais qui y monte par un autre côté, celui-là est un voleur et un bandit.
2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des moutons. 3 C’est pour lui que le portier ouvre la porte ; les moutons entendent sa voix ; il appelle ses propres moutons par leur nom et les mène dehors. 4 Lorsqu’il les a poussés dehors, il marche devant eux ; et les moutons le suivent, parce qu’ils connaissent sa voix. 5 Ils ne suivront jamais un étranger ; ils le fuiront, parce qu’ils ne connaissent pas la voix des étrangers. 6 Jésus leur tint ce discours figuré, mais eux ne comprenaient pas ce qu’il leur disait.
L’épisode qui précède cette déclaration de Jésus, c’est le récit de l’homme né aveugle guéri par Jésus et qui s’est fait éjecter de la Synagogue. Le début du chapitre 10 constitue la suite de cette histoire2. C’est Jésus qui parle à ses compatriotes, et ce qu’il dit doit être important, car il l’introduit par sa célèbre formule solennelle : En vérité, en vérité, je vous le dis …, ou si vous préférez, Amen, amen, je vous le dis …
Que dit Jésus ?
Que dit-il au juste ? Jean nous signale, au verset 6 qu’il s’agit d’un discours figuré. La scène qu’il dépeint est campagnarde. Il est question d’une cour des moutons, qui a une porte, et cette porte est gardée par un portier. D’autres personnages apparaissent : le berger des moutons, puis un personnage plus inquiétant : un voleur ou bandit.
Le chapitre 9 s’était terminé sur une note négative, car Jésus avait dit aux pharisiens présents : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant où vous dites : « Nous voyons », votre péché demeure. On continue dans cette tonalité. En effet, Jésus commence ce discours en parlant d’un voleur. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas dans la cour des moutons par la porte, mais qui y monte par un autre côté, celui-là est un voleur et un bandit. Mais celui qui entre par la porte est le berger des moutons. Vous noterez le fort contraste entre celui qui entre par la porte et celui qui évite la porte, en escaladant le mur.
C’est que la porte en question est gardée. N’entre donc pas qui veut. Seul le berger en a le
1 Cette prédication a été précédée d’une lecture de Ezéchiel 34, pendant la première partie du culte.
2 Leon MORRIS, The Gospel According to John, Revised, NICNT, Grand Rapids, Eerdmans, 1995, p. 446 :
« This passage … must be understood in the closest of connections with the story of the blind man given sight. »
Q
droit. Le voleur ne serait pas admis, il doit donc trouver une autre voie. Il y monte par un autre côté. Qu’est-ce qu’il y cherche ? Il veut voler des moutons bien sûr. Un peu plus loin, au verset 10, Jésus est plus explicite : Le voleur ne vient que pour voler, tuer et détruire … Son arrivée ne présage donc rien de bon pour les moutons.
Mais la première partie du chapitre 10 est avant tout consacrée à la description du rapport entre le berger et ses moutons. Verset 3 : … les moutons entendent la voix du berger ; il appelle ses propres moutons par leur nom et les mène dehors. Lorsqu’il les a poussés dehors, il marche devant eux ; et les moutons le suivent, parce qu’ils connaissent sa voix. Ils ne suivront jamais un étranger ; ils le fuiront, parce qu’ils ne connaissent pas la voix des étrangers.
On peut faire plusieurs constats :
1. Les moutons appartiennent au berger. Ce sont ses propres moutons.
2. Le berger connaît ses moutons. Il connaît leur nom. Il appelle chacun par son nom.
3. Les moutons le connaissent, ou plus précisément, ils connaissent sa voix. Ils suivent cette voix qui les appelle, mais quand ils entendent une autre voix, leur réaction est tout autre : ils fuiront, parce qu’ils ne connaissent pas la voix. Et ils ont bien raison, car il y a des voleurs et bandits qui rôdent.
4. Le berger les fait sortir de la cour. Sans doute pour les faire paître. La cour, c’est bien pour les abriter et les mettre en sécurité pendant la nuit, mais les moutons ont besoin de nourriture. C’est au berger de les y conduire.
5. Le berger les pousse dehors
6. Il marche devant eux. Il leur indique le chemin.
7. Les moutons le suivent.
Comment comprendre ?
Où est-ce que Jésus veut-il en venir ? Qui est ce berger ? Qui est le bandit ? Qui sont les moutons ? Comprenez-vous ? En tout cas, les gens qui écoutaient Jésus, nous dit le verset 6, ne comprenaient pas ce qu’il leur disait.
On pourrait être tenté d’aller un peu plus loin dans le texte pour y chercher des indices.
Souvent, lorsque ses auditeurs ne comprenaient pas, Jésus a expliqué ses discours figurés. Est- ce le cas ici ? Le verset 7 pourrait le faire croire : Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, c’est moi qui suis la porte des moutons. Donc, Jésus serait la porte de la cour.
Mais qui est alors le berger ?
Certains, et pas des moindres3, ont compris que Jésus parle des pasteurs de l’Eglise. Le mot
« pasteur » désigne en effet un berger. Le texte dirait alors qu’il faut être vigilant par rapport aux gens qui s’occupent de l’Eglise. Seuls les pasteurs qui passent par la porte, à savoir Jésus, sont de véritables bergers. Autrement dit, pour être pasteur, il faut être passé par Jésus, il faut être converti.
Mais cette lecture pose quand même quelques problèmes. Jésus parlerait tout un coup des pasteurs d’une Eglise qui n’existe même pas encore ? Sans transition aucune ? Ça paraît
3 J’étais surpris de voir que CALVIN lui-même saute les pieds joints dans cette solution. En admettant toutefois qu’il fallait y voir les pasteurs de l’ « Eglise judaïque », tout en ajoutant tout de suite : « Mais ceci nous appartient aussi bien. » : Jean CALVIN, Commentaires bibliques : Evangile selon Jean, Aix-en-Provence, Kerygma, 1978, p. 290.
anachronique, et peu vraisemblable4. Et tout ça pour arriver à dire qu’il vaut mieux nommer pasteur une personne convertie ? A vrai dire, on s’en doutait.
D’ailleurs, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Si on continue dans le texte, on tombe sur le verset 14 où Jésus dit : C’est moi qui suis le bon berger. Décidément ! Le brouillard s’épaissit. Jésus est-il la porte ou le berger ? Est-il les deux à la fois ? Mais comment alors comprendre le verset 2 : … celui qui entre par la porte est le berger des moutons. Jésus le berger entre par la porte qui n’est d’autre que … Jésus ? C’est à n’y rien comprendre !
En fait, Jésus nous présente plusieurs tableaux. Dans un premier temps, il plante le décor campagnard, et puis il s’en inspire pour aborder plusieurs vérités, en arrangeant les mêmes éléments de différentes façons. C’est un peu comme dans une symphonie, où le compositeur présente d’abord le grand thème et ensuite plusieurs variations sur ce thème. Mais du coup, on ne peut pas compter sur les éléments des variations pour éclairer la signification du thème initial.
Heureusement, il y a un autre constat qui vient à notre secours. Quand Jésus parle à ses compatriotes, il ne parle pas dans le vide. Ceux qui l’écoutent connaissent bien leur Bible, c’est-à-dire l’Ancien Testament. Et dans la Bible hébraïque, il y a quelques grands textes qui évoquent bergers et moutons. Vous connaissez tous, je crois, le Psaume 23, un des textes les plus aimés et les plus contemplés de la Bible : Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. Il me fait coucher dans de verts pâturages, il me dirige vers des eaux paisibles … Un autre très grand texte de ce genre, c’est Ezéchiel 34, que Monique nous a lu tout à l’heure. Il est encore plus explicite, car non seulement il présente le Seigneur comme berger, comme le psaume, mais en plus il dépeint le peuple de Dieu comme un troupeau de moutons. Aux mauvais bergers d’Ezéchiel correspondent les voleurs et brigands dans notre histoire. Mais s’il faut voir le Seigneur derrière ce berger et le peuple de Dieu derrière les moutons, qui sont les voleurs ? Le texte d’Ezéchiel suggère que ce sont certains chefs du peuple, et cette interprétation va très bien avec le contexte de notre histoire. Souvenez-vous que l’aveugle que Jésus vient de guérir a été expulsé de la Synagogue5 par les Pharisiens6. Ce sont eux, les voleurs et brigands qui se sont introduits dans la cour des brebis ! Vu sous cet angle, tout se tient assez bien7 :
Quand Jésus se lance dans son ministère, le berger vient chercher ses moutons. D’autres se sont introduits dans la cour8 des moutons avant lui, mais leurs motivations ne sont pas pures.
Le berger qu’il est pousse dehors9 les moutons pour les amener aux bons pâturages.
4 Pour une réfutation en règle, voir Frédéric GODET, Commentaire sur l’Evangile de Saint Jean, Tome III, Neuchâtel, Editions de l’Imprimerie Nouvelle, 1970, p. 78, 82.
5 Jn 9.34s
6 Jn 9.24
7 Frédéric GODET pousse plus loin l’identification des éléments du discours figuré, en proposant des lectures intéressantes concernant la porte (« la charge messianique annoncée et préfigurée dans tout l’A.T. ») et le portier (Jean-Baptiste). Il conclut : « Quant à ceux qui … ne voient dans ce trait qu’un ornement du tableau sans application, il n’y a pas de raison proprement dite à leur opposer. C’est affaire de sentiment. Mon impression est que chaque trait dans ce tableau répond à une réalité historique. » (op.cit., p. 79)
8 Xavier LEON-DUFOUR, Lecture de l’Evangile selon Jean, Tome II, Seuil, Paris, 1990, p. 361, a fait une découverte intéressante à ce sujet : Le terme grec traduit habituellement par « enclos » (aulé) n’est pas celui qui désigne habituellement ce genre d’enclos (ce serait épaulis). « Or, dans la Septante, sur 177 occurrences du mot, 115 fois il s’agit du parvis de la Tente de Réunion ou du Temple. » C’est pourquoi j’ai préféré la traduction
« cour ».
9 Là encore, Xavier LEON-DUFOUR, op.cit., p. 362 nous fait part d’une trouvaille intéressante : le verbe utilisé, qui est rendu dans la plupart des traductions par « faire sortir » est exactement le même (ekballein) que celui que Jean a utilisé pour désigner l’action des Pharisiens à l’égard de l’aveugle-né. J’ai voulu garder cette référence sans doute volontaire, en traduisant par « pousser dehors ». Ce sont les Pharisiens qui jettent dehors cet homme,
Et alors ?
Maintenant, posons-nous la question fatidique : et alors ? En quoi cette histoire nous concerne-t-elle ? Je crois qu’elle doit nous faire réfléchir sur le lien entre le berger et les moutons, c’est-à-dire, si j’ai bien compris, entre Jésus et chaque croyant. C’est intéressant, à deux titres : pour les croyants, cela leur permet de mieux comprendre ce qu’ils vivent, et pour ceux qui ne savent pas très bien où ils en sont, cela leur donne des moyens de se jauger, en se posant la question : est-ce vrai pour moi ?
Et c’est là que nous nous trouvons sous la douche écossaise. En appliquant ce texte à nous, nous sommes exposés tour à tour à de l’eau chaude, des vérités qui nous font du bien et qui nous rassurent, et à de l’eau froide, à savoir des paroles qui nous remettent en cause, qui nous lancent un défi et qui nous invitent à nous examiner.
Commençons par l’eau froide. Nous sommes des moutons. Jésus aurait pu trouver une image plus flatteuse. Ce n’est pas la bête la plus intelligente, et sans doute une des plus vulnérables.
C’est ce que nous sommes à ses yeux10. Cette eau est bien fraîche pour notre ego, notre fierté prend un coup.
Heureusement, l’eau chaude ne se fait pas attendre. Notre berger, c’est Jésus. Il s’occupe de nous, il s’intéresse à nous. Notre avenir lui importe. Ça nous réchauffe le cœur.
Mais la douche écossaise continue. Les moutons appartiennent au berger. Ce sont ses propres moutons. Si vous faites partie des croyants, vous appartenez à Jésus. Eh oh, me direz-vous, c’est de l’eau chaude ! Ça nous fait du bien de l’entendre. Mais réfléchissons bien. Cela veut dire que le Seigneur a tous les droits sur nous. Tous. C’est fort de tabac. A vrai dire, si vous êtes des lecteurs attentifs de la Bible, vous ne serez guère surpris. … vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes, dit Paul11, car vous avez été achetés à un prix. Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point le Nouveau Testament utilise un langage … esclavagiste. La rédemption, le rachat, c’est un terme qui désigne le rachat d’esclaves12 ! Le salut, pourrait-on dire, est le passage d’une servitude, celle du péché, à une autre, le service du Christ.
L’implication directe, c’est que Jésus peut nous utiliser comme il l’entend.
Je suis toujours bouleversé quand je lis l’histoire13 de Lévi, une histoire qui tient en un verset.
Un jour, en passant, [Jésus] vit Lévi […] assis au bureau des taxes. Il lui dit : Suis-moi. Celui- ci se leva et le suivit. C’est stupéfiant. Suis-moi. Point. Mais voyez-vous, il est le chef, il peut parler comme ça. Si demain, il me demande, ou il vous demande, d’aller ici ou là, ou de faire telle ou telle chose, eh bien, on n’a pas la liberté de dire non. Nous lui appartenons. Il est le berger. Il est le patron. Vu sous cet angle, c’est de l’eau fraîche.
Passons à l’eau chaude. Le berger connaît ses moutons. Intimement. Il connaît leur nom. Il appelle chacun par son nom. Autrement dit, il sait qui nous sommes. Il nous connaît mieux que nous nous connaissons. Ca non plus, ce n’est pas banal. Et ça change tout. Nous sommes tous en train de jouer des rôles. Mais ces rôles ne collent souvent pas à 100 %. Tel pilier d’Eglise triche aux impôts. Tel pasteur a un problème avec la pornographie. Telle mère dévouée se shoote avec des médicaments. Tel mari respectable dévore des yeux les copines de
mais d’une certaine façon, c’est Jésus qui le pousse hors de la synagogue. Contre ce rapprochement, voir Leon MORRIS, The Gospel According to John, Revised, NICNT, Grand Rapids, Eerdmans, 1995, p. 447, note 18.
10 Il aurait pu nous comparer à des enfants rassemblés autour de leur maître d’école. L’image des moutons groupés autour du berger illustre cependant mieux la différence essentielle qui sépare la créature du Créateur.
Les enfants dépasseront peut-être leur maître, mais jamais un mouton en fera autant avec son berger.
11 1 Co 6.19s
12 Je m’appuie sur Leon MORRIS, The Apostolic Preaching of the Cross, Grand Rapids, Eerdman, 1965, 318 p. et en particulier sur le premier chapitre (« Redemption ») de ce livre.
13 Mt 9.9 ; Mc 2.14
sa fille. Et je crois que on pourrait trouver des choses de ce genre pour beaucoup d’entre nous.
Nous cachons ces choses, et nous serions honteux si cela se savait. On fait semblant. Avec Jésus, la donne change. Il sait tout ça. Il nous connaît. Il est au courant de nos forces, mais aussi de nos vices. Les choses qu’on dirait à personne, il les sait déjà. Du coup, c’est très libérateur. Il n’y a pas de place pour l’hypocrisie dans notre relation avec lui. On ne se cache plus, on peut être cash. On peut tout lui dire, tout vivre avec lui, tout confesser, être pardonné de tout. Combien cette eau est chaude ! Il me connaît.
Non seulement le berger connaît ses moutons, mais ses moutons le connaissent. Ils connaissent sa voix. L’eau se rafraîchit, me semble-t-il, car on parle de choses que les moutons que nous sommes sont censés faire. Connaissez-vous la voix du berger ? L’entendez- vous ? Notre texte insiste sur le fait que les brebis reconnaissent sa voix parmi tant d’autres, savent la distinguer de celle des faux bergers. Est-ce bien vrai ? Je crois qu’il y a là quelque chose de vital. Pour éviter les voleurs et brigands, c’est impératif que les moutons reconnaissent la voix du berger. Il y a tant de voix que nous pouvons entendre aujourd’hui, dans l’Eglise même. Et tout le monde ne nous veut pas du bien. Il y en a qui aspirent surtout à notre lait, à notre laine, si ce n’est notre chair. Heureusement, nous avons l’Ecriture, pour nous entraîner à reconnaître la voix du berger. Non seulement en ce qui concerne le contenu, mais aussi la texture de sa voix, sa manière de s’adresser aux siens. Il faut la fréquenter assidûment pour ne pas tomber dans le piège du premier brigand venu. Seulement si nous écoutons sa Parole, la ruminons, nous en abreuvons, pouvons-nous dire : oui, sa voix, je la connais, je sais la reconnaître. Il y a là un défi à relever. De l’eau fraîche donc.
Mais l’eau chaude ne se fait pas attendre. Le berger fait sortir les moutons de la cour. Il les emmène aux pâturages. Notre berger connaît nos besoins. Et il y répond. On peut compter sur lui. Les moutons peuvent être rassurés. Ils ne manqueront de rien.
Il y a pourtant un mot dans notre texte qui jette un petit froid. Le berger non seulement fait sortir les moutons, il les pousse même dehors. C’est lui, le patron, avons-nous dit, et il sait où nous avons besoin d’aller. Et quand les moutons stupides que nous sommes ne veulent pas y aller, il sait les pousser. Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé, mais j’ai vécu deux ou trois fois dans ma vie des moments où Jésus m’a poussé. Je me rends compte que c’était surtout pendant la période où j’avais des responsabilités dans le Conseil. Je savais où il fallait aller, mais je n’avais pas bien envie d’y aller, par exemple par crainte de conflits. Eh bien, je peux vous dire que, à quelques reprises, « sa main s’est appesanti sur moi », pour utiliser une expression courante de l’Ancien Testament14. J’en garde un souvenir assez désagréable, pénible, dont je pense qu’il est similaire à ce que vit un bébé qu’on fait naître au forceps.
Notre berger sait se montrer fort convaincant quand il le faut. Eau fraîche, encore.
Ce n’est pas pour autant un berger dur et sans cœur. Il veut notre bien. L’eau se réchauffe.
Il marche devant les moutons. Il leur indique le chemin. Il doit les amener au bon pâturages.
C’est son boulot de berger, c’est sa responsabilité. Et qui pourra douter que Jésus réussira à nous amener à bon port ? Un peu plus tard dans le chapitre 10 de l’Evangile, au verset 28, Jésus dit de ses moutons : Et moi, je leur donne la vie éternelle ; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. Ils sont en sécurité, car il marche devant et balise le chemin. Que pourrait-il leur arriver de mieux ?
Ils ne sont pas pour autant déresponsabilisés. Et ce sera là notre dernier jet d’eau fraîche : Les moutons le suivent. Là se situe leur responsabilité. C’est ce que le berger attend d’eux. Quand il indique le chemin, ce n’est pas une option. C’est un ordre.
14 1 Sa 5.6s,11 ; 6.5 ; Ps 32.4 ; 38.3 ; Es 48.14 …
Etes-vous de ses moutons ? Si vous l’êtes, vous savez que le berger a tous les droits sur vous.
Vous connaissez le son de sa voix. Vous avez peut-être déjà senti sa main douce, mais ferme vous pousser. Et vous le suivez.
Si tout cela ne vous dit rien, vous n’en êtes peut-être pas, de ses moutons. Mais vous pouvez le devenir. Sachez qu’il y a un berger qui se préoccupe de ses moutons. Qui les connaît intimement. Qui les amène à bon port. Et qui marche devant les moutons. Il peut être votre berger aussi. Il a payé un prix si élevé que ça couvre aussi le prix de votre rachat.
Conclusion
Par ma vie, dit le Seigneur15, tout genou fléchira devant moi et toute langue reconnaîtra Dieu ! Il annonce là un événement certain. Personne n’y échappera. Mais nous sommes invités à plier nos genoux dès aujourd’hui, de notre plein gré. Nos genoux sont peu enclins à se plier, comme l’était le mien autrefois. Une douche écossaise m’a alors aidé, et je crois que dans notre texte il y a de quoi nous rendre le même service.
Je laisserai le dernier mot au psalmiste qui dit, au Psaume 9516 : Venez, prosternons-nous, courbons-nous, fléchissons le genou devant le Seigneur qui nous fait.
Car il est notre Dieu,
et nous sommes le peuple qu'il fait paître, le troupeau que sa main conduit.
Amen.
EEB Clermont-Ferrand 1/7/2007
15 Rm 14.11 ; cf. Es 45.23
16 Ps 95.6s