A L
E S
E D L ’IN IT ST T U
F O U R
ANNALES
DE
L’INSTITUT FOURIER
Jean-Claude LOOTGIETER
Le théorème de Riesz-Raikov-Bourgain pour un endomorphisme algébrique deRp
Tome 57, no1 (2007), p. 45-126.
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Article mis en ligne dans le cadre du
LE THÉORÈME DE
RIESZ-RAIKOV-BOURGAIN POUR UN ENDOMORPHISME ALGÉBRIQUE DE R
ppar Jean-Claude LOOTGIETER
Résumé. — Le théorème classique de Riesz-Raikov assure que, pour tout entier θ >1et toutef deL1(T), oùT=R/Z, les moyennes
1 N
N
X
1
f(θnx)convergent versR
Tf(t) dt
pour presque tout point xdeR. J. Bourgain (cf. Israël Math. Conf. Proc. 1990) a prouvé que la convergence précédente a lieu pour tout réel algébriqueθ >1et toutefdeL2(T). Dans cet article nous prouvons que, siϕest un endomorphisme de Rp algébrique sur Q, dont les valeurs propres sont toutes de module > 1, alors pour toute f deL2(Tp), les moyennes(1/N)PN
1 f(ϕnx) convergent vers
R
Tpf(t) dtpour presque tout pointxdeRp. Nous suivons et adaptons les argu- ments développés par J. Bourgain dans l’article précité.
Abstract. — The classical Riesz-Raikov theorem states that, for any integer θ >1and anyf ofL1(T), whereT=R/Z, the averages
1 N
N
X
1
f(θnx)converge toR
Tf(t) dt
for almost every pointxofR. J. Bourgain (cf. Israël Math. Conf. Proc. 1990) has proved that the preceding convergence takes place for any algebraic numberθ >1 and anyf ofL2(T). In this paper we prove that, for any endomorphismϕofRp algebraic onQ, whose proper values all have modulus>1, for anyfofL2(Tp), the averages1/NPN
1 f(ϕnx)converge toR
Tpf(t) dtfor almost every pointxofRp. We follow and adapt J. Bourgain’s arguments as developed in the above mentioned paper.
Mots-clés :Théorème de Riesz-Raikov, théorème ergodique maximal de Hopf, zéro-multi- plicité des suites récurrentes linéaires, presque-orthogonalité, séries de Fourier et inéga- lités maximales.
Classification math. :47A35, 11D61, 42B05.
1. Introduction et résultats 1.1. Préliminaires et résultats
Soit q entier, q > 1. Nous identifions les fonctions définies sur Rp à valeursC, de périodeq, i.e. pour lesquellesf(x) =f(y)six−y∈qZp, aux fonctions définies surTpq (oùTq =R/qZ) à valeursC. Nous identifions alors l’espace vectoriel des fonctions definies surRp à valeursC, de périodeqet localement de puissances,16s <∞, Lebesgue-intégrables, resp. bornées, à l’espace vectoriel Ls(Tpq), resp. L∞(Tpq), des fonctions définies sur Tpq
à valeursCde puissancesLebesgue-intégrables, resp. bornées.
Pourf définie surRpde périodeqet localement de puissancesintégrable, resp. bornée, nous écrirons :
• kfkLs(Tpq)au lieu dekfkLs(−12q,12q)p,
• kfkL∞(Tpq)au lieu dekfkL∞(−12q,12q)p.
Soit θ >1 un réel algébrique sur Q. Dans [1], J. Bourgain prouve que, pour toute fonctionf deL2(T)et pour presque toutx,
(1.1) 1
N
N
X
n=1
f(θnx)−→
Z
T
f(t)dt.
Dans le cas particulier où θ est un entier>2, (1.1) a lieu pour toutef deL1(T): c’est le théorème classique de Riesz-Raikov (voir [6], [5]).
Pour prouver (1.1), J. Bourgain montre d’abord l’inégalité maximale : pour toutef deL2(T),
(1.2)
sup
N
1 N
N
X
n=1
f(θnx) L2(−1
2,12)6CkfkL2(T)
oùC est une constante ne dépendant que deθ.
L’hypothèse θ > 1 assure facilement que (1.1) est vérifiée pour f poly- nôme trigonométrique à coefficients complexes. Toute f ∈ L2(Tp) étant approximée dansL2(Tp)par des polynômes trigonométriques, de (1.2) dé- coule que (1.1) a lieu pour presque tout x ∈ (−12,12) et, par suite, pour presque toutx∈R.
Nous nous proposons dans cet article, en suivant la démarche de J. Bour- gain, d’étendre (1.2) et (1.1) au cas oùf ∈L2(Tp), l’applicationx7→θx étant remplacée par un endomorphismeϕde Rp algébrique sur Qet dont toutes les valeurs propres, quelles soient réelles ou complexes, sont de mo- dule strictement supérieur à 1.
Nous partons donc d’un endomorphismeϕdeRppour lequel, d’une part, il existe un polynôme
(1.3) P=adXd+· · ·+a1X+a0, P ∈Z[X], P 6= 0, tel que
(1.4) P(ϕ) = 0
et, d’autre part,
(1.5) λ∈SpC(ϕ) implique |λ|>1
oùSpC(ϕ)désigne l’ensemble des valeurs propres réelles ou complexes deϕ.
De l’hypothèse (1.5) résulte que ϕest un automorphisme deR.
Il est clair que les conditions (1.3)–(1.4) impliquent que toutes les valeurs propres deϕsont algébriques surQ. Réciproquement, si toutes les valeurs propres deϕsont algébriques surQ, il n’est pas difficile de prouver, à l’aide du théorème de Caley-Hamilton, queϕest algébrique surQ.
Nous supposerons dorénavant que le polynôme P satisfaisant les condi- tions (1.3)–(1.4) est, au signe près, l’unique polynôme minimal deϕsurQ pour lequel les coefficientsad,ad−1,. . . ,a0 premiers entre eux.
Dans le cas où |ad|= 1, nous dirons queϕest un endomorphismeentier algébrique surQ.
Par définition le degré de ϕsur Q, que nous noteronsdegQ(ϕ), est égal au degré du polynôme minimal deϕsurQ, i.e.
(1.6) degQ(ϕ) =d.
Il est clair que les itéréesϕn,n>1, deϕsont à leur tour algébriques surQ et que
(1.7) pour toutn>1, degQ(ϕn)6d.
Dans toute la suiteC,c, resp.c0,c00,c0,c1,c2,c3,C0,C1,C2,C3, désigne- ront des constantes strictement positives variées, resp. fixées, ne dépendant que deϕ.
L’espace Rp est muni de sa structure euclidienne usuelle : le produit scalaire de deux élémentsxety deRpest notéhx, yiet la norme associée d’un élémentxdeRp notée|x|2.
Nous désignerons par ϕ∗l’adjoint deϕ.
Pour x= (x1, . . . , xp)∈Rp nous notons |x|∞ = max(|x1|, . . . ,|, xp|)la norme “infinie” de x. La notation kϕk∞, resp. kϕ∗k∞, désigne la norme associée de l’endomorphismeϕ, resp.ϕ∗.
Remarque. — Pour éviter une redondance de parenthèses nous écrirons
• ϕnx, resp.ϕ∗nx, au lieu deϕn(x), resp.ϕ∗n(x),
• ϕn xq, resp.ϕ∗n xq, au lieu deϕn xq
, resp.ϕ∗n xq .
Compte tenu des notations précédentes et de la linéarité des ϕn, resp.
desϕ∗n, on a ϕn(x/q) =ϕnx/q, resp.ϕ∗n(x/q) =ϕ∗nx/q,
Dans le cas où à la place dexoux/qfigure une expression plus complexe nous garderons les parenthèses, par exempleϕn(ϕmx), etc.
À partir de la réduction de Dunford-Schwarz on déduit facilement de l’hypothèse (1.5) que l’endomorphismeϕ, resp.ϕ∗, est dilatant : il existe une constanteµ >1et une constante0< κ <1telle que, pour toutx∈Rp et toutn>1,
(1.8) |ϕnx|∞> κµn|x|∞, (1.9) |ϕ∗nx|∞> κµn|x|∞.
Pour f ∈L2(Tpq)nous notons fb(k/q), k∈Zp, les coefficients de Fourier def et suppfble support defb:
fbk q
= 1 qp
Z
Tpq
e2iπhk/q,xif(x)dx,
suppfb=nk
q;k∈Zp et fbk q
6= 0o .
Posons, pourf ∈L2(Tp)et N entier>1,
(1.10) ANf(x) = 1
N
N
X
n=1
f(ϕnx).
Nous avons alors l’inégalité maximalesuivante
Théorème 1.1. — Sous les conditions(1.3)–(1.5), il existe une constanteC, ne dépendant que deϕ, telle que, pour toutef deL2(Tp),
(1.11)
sup
N
ANf
L2(−12,12)p6CkfkL2(Tp).
La démonstration du théorème 1.1 sera l’objet des sections 2 à 7.
Remarque 1.2. — Considérons le cas particulier :
ϕ(x1, . . . , xp) = (a11x1+· · ·+a1pxp, . . . , ap1x1+· · ·+appxp), aij ∈Z. Commedet((aij))6= 0l’application(x1, . . . , xp)7−→S ϕ(x1, . . . , xp)(mod1) deTp dansTp préserve la mesure de Lebesgue (il n’est pas nécessaire que
les valeurs propres de ϕ soient de module > 1). Suivant des arguments classiques de la théorie ergodique, il en résulte que
sup
N
|ANf| Ls(
Tp)6 s
s−1kfkLs(Tp) pour 1< s <∞.
On a également l’inégalité maximale faible. Dans le cas présent aucune des valeurs propres de l’endomorphisme ϕ n’est racine de l’unité. L’applica- tionS est donc ergodique. Il en résulte que, pour toute f ∈L1(Tp),
ANf(x)−→
Z
Tp
f(t)dt
pour presque toutxdeRp.
Aux hypothèses (1.3)–(1.5) nous ajouterons l’hypothèse supplémentaire : (1.12) pour toutn>1, degQ(ϕn) = degQ(ϕ).
Montrons que l’hypothèse supplémentaire (1.12) ne nuit pas à la démons- tration générale du théorème 1.1.
Si (1.12) n’a pas lieu considérons l’une des itéréesϕsdeϕpour laquelle (1.13) degQ(ϕs) = min degQ(ϕn), n>1
.
Il est alors clair quedegQ(ϕns) = degQ(ϕs), pour toutn>1. L’endomor- phismeϕsvérifie donc l’hypothèse (1.12),ϕétant remplacé parϕs.
Supposons que pour l’endomorphisme ϕs l’inégalité maximale (1.11) ait lieu, i.e.
(1.14)
sup
M
1 M
M
X
m=1
f(ϕmsx) L2
(−12,12)p6CkfkL2(Tp)
pour toutef ∈L2(Tp).
Associons à l’entier N l’entier M pour lequel (M −1)s < N 6M s et considérons unentieratel que, pour16`6s,
ϕ` (−12,12)p
⊆ −12a,12ap . De l’inégalité
N
X
n=1
f(ϕnx) 6
s
X
`=1 M−1
X
m=0
f(ϕms+`x)
résulte que sup
N
ANf(x) L2(−1
2,12)p 62 s
s
X
`=1
sup
M
1 M
M−1
X
m=0
|f(ϕms+`x)|
L2(−1
2,12)p
6c
s
X
`=1
sup
M
1 M
M−1
X
m=0
|f(ϕmsx)|
L2(ϕ`((−1 2,12)p))
6C sup
M
1 M
M−1
X
m=0
|f(ϕmsx)|
L2(−a/2,a/2)p
6c sup
M
1 M
M−1
X
m=0
|f(aϕmsx)|
L2(−1
2,12)p
.
Commef(a .)∈L2(Tp), de (1.14) résulte alors que
sup
N
|ANf| L2(−1
2,12)p6CkfkL2(Tp)
i.e. (1.11). L’hypothèse supplémentaire (1.12) ne nuit donc pas à la dé- monstration générale du théorème 1.1.
Le théorème 1.1 implique le
Théorème 1.3. — Pour toutef deL2(Tp),
(1.15) ANf(x)−→
Z
Tp
f(t)dt pour presque toutxdeRp.
Démonstration. — D’après (1.8), (1.16)
∞
[
n=1
ϕn −12,12p
=Rp.
Compte tenu de l’inégalité maximale (1.11) et de l’approximation de f dansL2(Tp)par des polynômes trigonométriques, il suffit de prouver (1.15) pourf(x) = e2iπhk,xi,x∈(−12,12)p,k∈Zp, k6= 0.
Posons, pour k∈Zp,k6= 0,
(1.17) ak= inf |ϕ∗nk−ϕ∗mk|∞; n, m∈N, n6=m . De (1.9) découle que lesak sont strictement positifs.
Introduisons alors la densité de probabilité surRp (1.18) Ωρ(x1, . . . , xp) =
p
Y
1
sin2πρx`
ρπ2x2` (ρ >0)
dont la transformée de Fourier Ωbρ(x1, . . . , xp) =
Z
Rp
e2iπ(x1y1+···+xpyp)
×Ωρ(y1, . . . , yp)dy1· · ·dyp est donnée par
(1.19) Ωbρ(x1, . . . , xp) =
p
Y
1
1−|x`|
ρ +
.
Nous avons alors, en choisissantρ <min(1, ak),
N
X
n=1
e2iπhk,ϕnxi
2
L2(−12,12)p 6C
N
X
n=1
e2iπhk,ϕnxi
2 L2(Ωρ)
=C
N
X
n=1
e2iπhϕ∗nk,xi
2 L2(Ωρ)
=C X
16m,n6N
Ωbρ(ϕ∗nk−ϕ∗mk) =CN.
De l’inégalité
(1.20)
N
X
n=1
e2iπhk,ϕnxi
2
L2(−12,12)p6CN résulte que
(1.21) X
N>1
AN2e2iπhk,xi
2
L2(−12,12)p<∞, et, par suite, pour presque toutx∈(−12,12)p,
(1.22) AN2e2iπhk,xi−→0
Associons maintenant à l’entierNl’entierM pour lequelM26N <(M+ 1)2. De l’inégalité
(1.23) |ANe2iπhk,xi|6 M2
N |AM2e2iπhk,xi|+2M+ 1 N résulte que
(1.24) ANe2iπhk,xi−→0
pour presque toutx∈(−12,12)p.
La démonstration du théorème 1.3 est donc achevée.
En dehors du cas particulier précité (cf. remarque 1.2), la démonstration de l’inégalité maximale (1.11) est complexe. Nous adaptons en dimensionp la démarche suivie dans [1]. Dans la sous-section qui suit nous donnerons la démonstration de l’inégalité maximale (1.11) dans le cas particulier où l’endomorphismeϕest diagonal : cette démonstration annonce les grandes lignes de la démonstration de l’inégalité maximale (1.11) dans le cas général, lignes que nous esquissons à présent.
Partons donc d’unef ∈L2(Tp). Soit
f = X
k∈Zp
fb(k)e2iπhk,xi
son développement en série de Fourier dans L2(Tp). Comme ϕ est un automorphisme de Rp on vérifie sans peine que, dans L2(−12,12)p, pour toutn>1,
f(ϕnx) = X
k∈Zp
fb(k)e2iπhk,ϕnxi et donc
(1.25) f(ϕnx) = X
k∈Zp
fb(k)e2iπhϕ∗nk,xi.
Deux outils seront essentiellement utilisés : d’une part, l’introduction d’une classe de contractions positives auxquelles sera appliquée le théorème er- godique maximal de Hopf (cf. [2]), d’autre part, un critère de presque- orthogonalité. Ces deux outils mettent en jeu, pourk∈suppfb, la distance entre lesϕ∗nket les réseauxq−1Zp, distance que nous noterons provisoire- mentd(ϕ∗nk, q−1Zp).
(S1) Une classe de contractions linéaires positives. — Soitg ∈L2(Tp).
Supposons que, pour toutk∈suppbg, les distances
d(ϕ∗k, q−1Zp), d(ϕ∗2, q−1Zp), . . . , d(ϕ∗Nk, q−1Zp)
soient petites pour unq pas trop grand, plus précisément (pour fixer les idées)
(1.26) max
16n6Nd(ϕ∗nk, q−1Zp)<2−cN avec q <2−c
√N
(oùc est une constante>1 qui ne dépendra que de ϕ). Alors, on pourra définir une contraction linéaire positive deL1(Tpq)etL∞(Tpq)(cf. section 3) pour laquelle, dansL2((1/qp)(−12q,12q)p),
ANg≈ 1 N
N
X
1
Tqng,
cette approximation étant d’autant meilleure queN est grand.
Soitf ∈L2(Tp). Posons σN =
k∈Zp; max
16n6Nd(ϕ∗nk, q−1Zp)<2−cN puis
gN = X
k∈σN
fb(k)e2iπhk,xi.
Alors, on pourra ramener l’estimation, dans L2((1/qp)(−12q,12q)p), de supN|ANgN|à celle desupN(1/N)
PN
1 TqngN
. En admettant que l’on ait prouvé (ce sera le thème de la section 5) l’inégalité maximale
sup
N
|gN| L2(
Tp)6CkfkL2(Tp), le théorème ergodique maximal de Hopf conduit alors à
sup
N
1 N
N
X
1
TqngN
L2(
Tpq)6 sup
N
1 N
N
X
1
Tqn(sup
N
|gN|) L2(
Tpq)
6CkfkL2(Tp).
(S2)Un critère de presque-orthogonalité. — Soith∈L2(Tp). Pour unε >0 donné, nous convenons de dire que
h(ϕx), h(ϕ2x), . . . , h(ϕNx) sontpresque-orthogonauxdansL2(−12,12)p si
(1.27)
N
X
n=1
h(ϕnx) L2(−1
2,12)p
< εNkhkL2(Tp)
(cette notion ne présente d’intérêt que pourε=ε(N) =o(1)).
On disposera alors d’un critère de presque-orthogonalité que l’on peut formuler comme suit (pour fixer les idées) (˜εdésigne une puissance positive suffisamment grande deε) : à ε > 0 on peut associer un entier q(ε) pas trop grand (q(ε)<2cε˜) tel que si, pour toute fréquencek∈suppbh,
(1.28) max
16n6c˜εNd(ϕ∗nk, q−1Zp)>2−cεN (cεN >˜ 1) alors (1.27) a lieu :
N
X
n=1
h(ϕnx) L2(−1
2,12)p
< εNkhkL2(Tp).
Partant d’une fonctionf deL2(Tp), endécoupantZpsuivant la distance desϕ∗k, ϕ∗2k, . . . , ϕ∗Nk, k ∈ Zp, aux réseaux q−1Zp (q = q(ε) pour des
valeurs variées deεtendant vers0), nous décomposeronsf en une somme finie de termes dansL2(Tp):
(1.29) f =X
`
gN,`+X
`0
hN,`0,
décomposition qui sera dépendante deN : N sera choisi dyadique, voire quadriadique.
Pour `0 fixé, les suppbhN,`0 seront disjoints et le traitement des contri- butions maximalessupN|ANhN,`0| deshN,`0 s’inscrira dans le cadre (S2).
Le traitement des contributions maximales supN|ANgN,`| des gN,` s’ins- crira dans le cadre(S1) tout en ayant partiellement recours au critère de presque-orthogonalité précité.
La démonstration du critère de presque-orthogonalité évoqué ci-dessus n’est pas aisée : elle s’appuie essentiellement sur le fait que l’endomor- phismeϕest algébrique surQ, dilatant et sur l’hypothèse (1.12) :
pour toutn>1, degQ(ϕn) = degQ(ϕ).
Le fait que ϕ soit un automorphisme algébrique sur Q et l’hypothèse additionnelle (1.12) conduira à une étape intermédiaire importante : il existe un indice entier R tel que, pour toute suite d’exposants entiers n1< n2<· · ·< nR,
dimQ(ϕn1, . . . , ϕnR) = degQ(ϕ).
1.2. Cas d’un endomorphisme diagonal rationnel dilatant
Nous considérons donc le cas particulier :
(1.30) ϕ(x1, . . . , xp) = (λ1x1, . . . , λpxp) oùλ1, . . . , λp sont des rationnels tels que
|λ1|>1, . . . ,|λp|>1.
Dans cette sous-section nous nous proposons de prouver queϕ satisfait l’inégalité maximale (1.11). Nous nous contenterons d’adapter la démons- tration de J. Bourgain [1] (cf. 3, The Riesz-Raikov theorem for rational dilatation) (cas oùp= 1) au casp= 2. Il est alors facile de l’adapter au caspquelconque.
Nous partons donc d’un endomorphisme diagonalϕdeR2: ϕ(x1, x2) = (λ1x1, λ2x2)
pour lequel
λ1= p1
q1
, λ2= p2
q2
, |λ1|>1, |λ2|>1,
oùp1 etq1, resp.p2et q2, sont des entiers relatifs premiers entre eux.
Pour f ∈L2(T2)il est clair que f(ϕn(x1, x2)) =f(λn1x1, λn2x2)
= X
(k1,k2)∈Z2
fb(k1, k2)e2iπ(k1λn1x1+k2λn2x2).
Nous nous proposons donc de démontrer queϕsatisfait l’inégalité maxi- male
(1.31)
sup
N
|ANf|
L2(−1
2,12)26CkfkL2(T2). Il suffit de prouver que
(1.32)
sup
N
|A2Nf| L2(−1
2,12)26ckfkL2(T2).
En effet on passe de (1.32) à (1.31) en supposant d’abordf >0.
La démonstration de l’inégalité maximale (1.32) s’appuie sur les trois parties A, B et C qui suivent. Bien entendu, nous supposons implicitement queλ1 ouλ2 n’est pas un entier relatif, sinon on se retrouve dans un cas particulier du cas exposé dans la remarque 1.2.
A. — Un lemme de presque-orthogonalité
Nous avons le lemme suivant, lequel est une extension en dimension 2 du lemme 4.10 de [1] (cf. 3,The Riesz-Raikov theorem for rational dilatation).
Notations. — Poura, b, k, `entiers relatifs,(a, b)|(k, `), resp.(a, b)-(k, `), signifie que a|k et b|` (i.e. a divise k et b divise `), resp. a - k ou b - ` (i.e.ane divise paskoubne divise pas`).
Lemme 1.4. — Soient f ∈ L2(T2) et fb(k1, k2),(k1, k2)∈ Z2, les coef- ficients de Fourier de f. Pour0 < ε < 1 et εN >1, posons n0 = bεNc.
Supposons que, pour tout(k1, k2)∈suppfb,(q1n0, q2n0)-(k1, k2). Alors, pour une constantecne dépendant que de(λ1, λ2),
(1.33)
N
X
1
f(λn1x1, λn2x2) L2
(−12,12)26cN ε14kfkL2(T2).
Démonstration. — On peut toujours supposerλ1etλ2positifs sans que cela affecte la démonstration du lemme 1.4.
Introduisons d’abord, pourρ >0, la densité de probabilité surR2 (1.34) Ωρ(x1, x2) = sin2(ρπx1)
ρπ2x21 ·sin2(ρπx2) ρπ2x22 dont la transformée de Fourier est donnée par (1.35) Ωbρ(x1, x2) =
1−|x1| ρ
+
1−|x2| ρ
+ .
FixonsM entier tel que
(1.36) λ−M1 < 1
q1, λ−M2 < 1 q2· On vérifie sans peine que, pourn>1,
f(λn1x1, λn2x2) L2(−1
2,12)2 62kfkL2(T2). Si ε12M >1, il est clair que
(1.37)
N
X
1
f(λn1x1, λn2x2) L2(−1
2,12)262M12N ε14kfkL2(T2).
Si ε12M < 1, considérons une partition de {1,2, . . . , N} en intervalles d’entiersI1, I2, . . . , IL−1, IL tels que
|I1|=· · ·=|IL−1|=bε12Nc, |IL|6bε12Nc.
(1.38) Commeχ(−1
2,12)2(x1, x2)6π4Ω1
4(x1, x2), nous avons
N
X
1
f(λn1x1, λn2x2) L2(−1
2,12)2
(1.39)
6
Mbε12Nc
X
1
f(λn1x1, λn2x2) L2(−1
2,12)2
+
N
X
Mbε12Nc+1
f(λn1x1, λn2x2) L2(−1
2,12)2
62Mbε12NckfkL2(T2)+π2
L
X
j=M+1
X
Ij
f(λn1x1, λn2x2) L2(Ω
1/4)
.
D’autre part,
X
Ij
f(λn1x1, λn2x2)
2 L2(Ω1/4)
(1.40)
= X
(k1,k2),(k01,k02)∈suppfb
n,n0∈Ij
bf(k1, k2) ·
bf(k10, k20)
×Ωb1/4(k10λn10−k1λn1, k02λn20−k2λn2)
6 2 X
(k1,k2),(k10,k02)∈supp ˆf n,n0∈Ij,n0>n
bf(k1, k2) ·
bf(k01, k02)
×Ωb1/4(k10λn10−k1λn1, k02λn20−k2λn2).
Il est clair que, pournetn0 ∈Ij, avecj>M + 1et n0>n, la condition (1.41) Ωb1/4(k10λn10−k1λn1, k02λn20−k2λn2)6= 0
implique, compte tenu de (1.36),
|k01λn10−n−k1|< 1
4λ−M1 |Ij|< 1 q|I1j|
, |k20λn20−n−k2|<1
4λ−M|I2 j|< 1 q2|Ij|
, puis|k10λn10−n−k1|= 0,|k02λn20−n−k2|= 0, d’où
(1.42) qn10−n|k10, q2n0−n|k20 et donc, d’après les hypothèses du lemme 1.4,
(1.43) n0−n <bεNc.
Pour chaque(k01, k20)∈ suppfb, il existe au plus un(k1, k2)tel que (1.41) ait lieu, et, pour chaque(k1, k2)∈suppfb, il existe au plus un(k10, k20)pour lequel (1.41) ait également lieu. De (1.40) résulte alors que, pourj > M, (1.44)
X
Ij
f(λn1x1, λn2x2)
2
L2(Ω1/4)62|Ij| · bεNc · kfk2L2(T2). Revenant à (1.39), compte tenu que L 6 N/bε12Nc+ 1 < 3ε−12, on en déduit que
N
X
1
f(λn1x1, λn2x2) L2
(−12,12)2
(1.45)
62Mbε12Nc kfkL2(T2)+ 3√
2π2N ε14kfkL2(T2)
6(2M+ 3√
2π2)N ε14kfkL2(T2).
La démonstration du lemme 1.4 est donc achevée.
B. — Sur une contraction linéaire positive de L1(T2) etL∞(T2)
Posons, pour f ∈L1(T2), T f(x1, x2)
(1.46)
= X
(n1,n2)∈Z2
f λ1(x1+n1), λ2(x2+n2)
Ω1/4(x1+n1, x2+n2).
La définition deT est similaire à celle introduite dans [1] (cf. 1,Construc- tion contractions of certain positive contractions). Comme dans [1], on peut prouver aisément que T est une contraction positive de L1(T2) et deL∞(T2)(cf. lemme 3.1 de la section 3 de cet article). Le théorème ergo- dique maximal de Hopf (cf. [2]) conduit à l’inégalité maximale forte
(1.47)
sup
N
1 N
N
X
1
Tnf(x1, x2) L2(−1
2,12)2 62kfkL2(T2).
L’intérêt de l’introduction de la contraction T réside dans la remarque suivante.
Remarque 1.5. — Soitf ∈L2(T2). La condition : pour tout(k1, k2)∈suppf ,b q1|k1 etq2|k2,
implique quef(λ1x1, λ2x2)appartient àL2(T2). Par suite, en tenant compte que
X
(n1,n2)∈Z2
Ω1/4(x1+n1, x2+n2) = X
(k1,k2)∈Z2
Ωb1/4(−k1,−k2)e2iπ(k1x1+k2x2) (d’après la formule sommatoire de Poisson)
=Ωb1/4(0,0) = 1, la définition (1.46) deT conduit à
T f(x1, x2) =f(λ1x1, λ2x2).
Par suite, la condition :
pour tout(k1, k2)∈suppfb, q1n|k1 etqn2|k2, implique
T f(x1, x2) =f(λ1x1, λ2x2), T2f(x1, x2) =f(λ21x1, λ22x2),
...
Tnf(x1, x2) =f(λn1x1, λn2x2).
C. — Sommes de Riemann et inégalités de Jessen
Soient f dansLs(T2), N et M entiers >1. Considérons les sommes de Riemann
(1.48) RN,Mf(x1, x2) = 1 N M
N−1
X
n=0 M−1
X
m=0
f x1+ n
N, x2+ m M
.
Un théorème de Jessen (cf. [3]), adapté en dimension 2, assure que, pourqa
etqb entiers>1,
(1.49)
sup
j
|Rqj a,qbjf|
Ls(
T2)6c(s)kfkLs(T2) (1< s <∞)
avecc(s)6s/(s−1). Donnons une démonstration de (1.49) dans le cass= 2 analogue à celle de [1] (cf. 2, Riemann’s sums and Jessen’s inequality) en dimension 1.
Observons d’abord, d’une part, que les Rqj
a,qbj, j >0, sont des contrac- tions linéaires positives auto-adjointes deL2(T2)et que, d’autre part,
Rqj a,qbj ◦R
qaj0,qbj0 =R
qja0,qjb0 si j6j0.
Par dualité, montrer l’inégalité maximale (1.49) dans le cass= 2revient à montrer que
X
j
Rqj
a,qbj(gj)
L2(T2)6c(2)
X
j
gj
L2(T2)
pour toute suite finieg1,. . . ,gJ de fonctions positives deL2(T2).
Fixons J. SoitC(J)la meilleure constante telle que
X
j
Rqj a,qjb(gj)
L2(
T2)6C(J)
X
j
gj
L2(
T2)
pour toute suite finieg1,. . . ,gJ de fonctions positives deL2(T2). Alors
X
j
Rqj a,qbj(gj)
2
L2(Tp)62X
j6j0
Rqj
a,qbj(gj), Rqj0
a,qbj0(gj0)
= 2X
j6j0
gj, R
qja0,qjb0(gj0)
62D X
j
gj,X
j
Rqj
a,qjb(gj)E
62C(J)
X
j
gj
2 L2(T2)
.
D’où(C(J))262C(J)et doncC(J)6√
2. On conclut quec(2)6√ 2.
Passons maintenant à la démonstration de l’inégalité maximale (1.32).
Nous allons procéder à une décomposition de f en une somme finie de
termes dansL2(T2)suivant que λ21nk1, λ22nk2
,16n6N, figure dansZ2 ou non, i.e. suivant que q12n, q22n
divise(k1, k2)ou non.
Introduisons les sous-ensembles deZ2 σ0=
(k1, k2)∈Z2; (q1, q2)-(k1, k2) et, pourn>1,
(1.50) σn =
(k1, k2)∈Z2; (q12(n−1), q22(n−1))|
(k1, k2),(q21n, q22n)-(k1, k2) . Posons, pour f ∈L2(T2),
(1.51) fn(x1, x2) = X
(k1,k2)∈σn
fb(k1, k2)e2iπ(k1x1+k2x2).
Pour toutN >0, il est clair que
(1.52) f =f0+f1+· · ·+fN+ X
n>N+1
fn.
Notons que X
n>N+1
fn = X
(k1,k2)∈Z2 q12N|k1, q22N|k2
fb(k1, k2)e2iπ(k1x1+k2x2)=Rq2N 1 , q22N.
Considérons les moyennes
(1.53) A2Nf(x1, x2) = 1 2N
2N
X
1
f(λn1x1, λn2x2).
De (1.52) découle que (1.54) sup
N>0
A2Nf
6X
n>0
sup
N>n
A2NfN−n
+ sup
N>0
A2N
X
n>N+1
fn
.
Comme
X
n>N+1
fn(x1, x2) = X
(k1,k2)∈Z2 q21N|k1, q22N|k2
fb(k1, k2)e2iπ(k1x1+k2x2),