Rapport de Stage d'Initiation à la Recherche
Ahmed-amine Homman
Ecole Normale Supérieure de Lyon, France
Stage eectué sous la tutelle d'Augustin Mouze, chercheur au laboratoire Paul Painlevé (Lille)
25 juin 2009
1 Introduction : Un premier pas vers l'universalité
Pour commencer, on montre au lecteur qu'il connait déjà (peut-être sans le savoir) des objets mathématiques qui approximent toute une classe d'autres objets. En eet, dansR, il se produit des phénomènes de passage à la limite assez surprenants, où des séries peuvent approcher n'importe quel réel, modulo un réarrangement des termes. C'est le théorème de réarrangement des séries de Riemann. Sa démonstration est élémentaire. Ce phénomène est un premier pas vers des phénomènes bien plus généraux qu'on appellera universalité dans les sections suivantes.
Théorème 1.1 (Réarrangement de Riemann) Soit(un)une suite réelle telle que la série
+∞
X
k=0
uksoit convergente mais pas absolument convergente,i.e :
n→+∞lim
n
X
k=1
|uk|= +∞
Alors∀l∈R , il existe une bijection µ:N→N telle que :
n→+∞lim
n
X
k=0
uµ(k)=l
Proof. Soitl∈R. On pose an = max(0,un) et bn = min(0,un). On a :
un=an+bn (1)
|un|=an−bn (2)
Puisque la série
+∞
X
k=0
ukest convergente, on a par (1) que, soit
n
X
k=0
aket
n
X
k=0
bk convergent, soit elles divergent toutes les deux. Dans le premier cas, on aurait
+∞
X
k=0
|uk|=
+∞
X
k=0
ak−
+∞
X
k=0
bk qui serait convergente, ce qui contredit (2). On a donc :
n→+∞lim
n
X
k=0
ak = +∞ et lim
n→+∞
n
X
k=0
bk=−∞ (3)
On construit alors µ de la façon suivante : on commence par sommer les termes positifs ou nuls jusqu'à dépasserl(possible par (3)). Puis on somme les termes négatifs ou nuls jusqu'à ce que la somme partielle soit inférieure ou égale à l (encore possible par (3)). Puis on itère le procédé. On a bien construit une permutation deN.
Soit ε > 0. Comme P
uk est convergente, on peut trouver N0 ∈ N tel que : ∀n ≥ N0 |un| ≤ ε. On peut donc trouver N1 ∈ N tel que :
∀n≥N1 uµ(n)≤ε. Par exemple :N1=1+max( µ−1(1),. . .,µ−1(N0)).
On prend ensuite N2 le plus petit entier strictement supérieur àN1 tel que uµ(N2+1) etuµ(N2+2) soient de signe opposés.
On a donc :
|l−
N2
X
k=0
uµ(k)| ≤ |uµ(N2+1)| ≤ε
On suppose alors que|l−
n
X
k=0
uµ(k)| ≤ε pour unn∈N avecn≥N2. Premier cas : 0 ≤ l −
n
X
k=0
uµ(k) ≤ ε. On a donc 0 ≤ uµ(n+1) ≤ ε (car n≥N2≥N1), ce qui implique−ε≤l−
n+1
X
k=0
uµ(k)≤ε. Deuxième cas :−ε≤l−
n
X
0
uµ(k)≤0. La preuve est analogue.
Par induction, on a donc montré que, pourε >0xé, on a :
∀n≥N2,|l−
n
X
k=0
uµ(k)| ≤ε
Ce qui est exactement le résultat voulu pour l∈R.
Le casl= +∞se traite de la manière suivante (le casl=−∞se fera de manière analogue) : on somme les an jusqu'à dépasser 1, puis on ajouteb1. On recommence à sommer lesansuivants jusqu'à dépasser 2, puis on somme b2. En itérant le procédé, on a construit une bijection µ de N dans N telle que
+∞
X
k=0
uµ(k) diverge vers+∞. le th'eorème est prouvé.
Dans la suite, on étudie d'autres phénomènes de passage à la limite tout aussi surprenants, via des séries que l'on appelle Séries Universelles. C'est le thème principal de ce rapport.
2 Les Séries Universelles dans H ( D )
Dans cette section, on dénit la notion de série universelle dansH(D), où D={z ∈C;|z|<1}, et on étudie quelques propriétés de ces objets. Avant cela, on rappelle deux résultats utiles pour la suite.
2.1 Deux Théorèmes bien utiles
Théorème 2.1 (Théorème de Baire) Tout espace métrique complet est une espace de Baire, i.e un espace où tout intersection dénombrable d'ouverts dense est dense.
De manière équivalente, par passage au complémentaire, toute union dé- nombrable de fermés d'intérieur vide est d'intérieur vide.
Proof. On noteE l'espace ambiant, qui est un espace métrique complet.
Soit (Fn)n∈N une suite de fermés d'intérieur vide. On considère F = [
n∈N
Fn. On suppose aussi F◦6= ∅. Alors soit x1 ∈F◦ et r1 ≤ 12 tels que B(x1, r1) ⊂F. Puisque l'on a◦ F◦1= ∅, on a aussi F1c = E. Soit donc x2 ∈ F1cT
B(x1, r1).
On a toujours x2 ∈F◦. L'ensemble F1cT
B(x1, r1) est ouvert, on prend doncr2 ≤ 14 tel que B(x2, r2)⊂F1cT
B(x1, r1). De même, on a F2c=E.
On choisit donc x3 ∈ B(x2, r2)T
F2c. En itérant le processus, on construit une suite(xn) telle que :
∀n∈N:xn∈F◦ et d(xn, xn+1)≤ 1 2n
La suite(xn)est donc une suite de Cauchy dansEqui est un espace métrique complet. La suite(xn)converge donc versx∈E. Or comme F est fermé, et que∀n∈N, xn∈F, on a x∈F.
Or : ∀n ∈ N∗, d(x, xn) ≤ rn donc x ∈ B(xn, rn) ⊂ Fn−1c . Ainsi x /∈ F. On obtient une contradiction.
Théorème 2.2 (Théorème de Runge) Soit K un compact de C à com- plémentaire connexe. Soit h une fonction holomorphe sur un voisinage de K.
Alors pour tout ε >0, on peut trouver un polynômeP tel que : sup
z∈K
|h(z)−P(z)|< ε
On peut se reporter à [4] page 268 pour une démonstration de ce résultat.
2.2 Qu'est-ce qu'une série Universelle ?
On considère H(D) l'espace des fonctions holomorphes sur D le disque unité ouvert. On munitH(D)de la topologie de Fréchet, dénie de la manière suivante :
Soit(Ln)une exhaustion deD(i.e une suite de compacts tels queS
Ln =D et∀n∈N, Ln⊂Ln+1◦ ). Par exemple, on choisitLn=D(0,1−n+11 ), le disque fermé de centre0 et de rayon n+11 .
Dénition 2.1 Pour tout f ∈H(D),on pose ||f||n= supz∈Ln|f(z)|. Clai- rement,||.||n est une norme sur Ln, pour tout n∈N.
Dénition 2.2 Soientf, g∈H(D). On pose d(f, g) =X
n∈N
||f−g||n 1 +||f −g||n
1 2n
Clairement,d est une distance sur H(D).
On va maintenant montrer que l'espace métrique(H(D), d) est complet.
Proposition 2.3 (H(D), d) est un espace métrique complet
Proof. Soit (fn) une suite de Cauchy dansH(D). Comme∀N ∈N,||f− g||N ≤d(f, g), la suite(fn|LN)n∈N est de Cauchy∀N ∈N.
Et puisque LN est compact, H(LN) muni de la norme de convergence uni- forme est complet. On a donc :fn|LN −→fˆN selon ||.||N lorsque n→+∞.
On pose∀z∈D, f(z) = ˆfN(z)siz∈LN. Montrons que f est bien dénie : Pour cela, il sut de montrer que pour tout N ∈N,fˆN etfˆN+1 coïncident surLN. Or :
sup
z∈LN
|fˆN(z)−fˆN+1(z)| ≤ sup
z∈LN
|fˆN(z)−fn(z)|
| {z }
n→+∞−→0
+ sup
z∈LN
|fn(z)−fˆN+1(z)|
| {z }
n→+∞−→0
AinsifˆN etfˆN+1 coïncident sur LN. De plus : (fn) converge simplement vers f surD.
(fn)converge uniformément vers f sur tout compact deD(car(Ln)est une exhaustion deD).
On a doncf ∈H(D).
Soit ε >0, Soit N assez grand tel que :
+∞
X
k=N+1
1 2k < ε
2 On a :
d(f, fn) ≤
N
X
k=0
||f −g||k 1 +||f−g||k
1 2k +
+∞
X
k=N+1
||f−g||k 1 +||f−g||k
1 2k
≤ 2||f −fn||N+
+∞
X
k=N+1
1 2k
< 2||f −fn||N+ ε 2
Comme (fn) converge uniformément vers f sur LN, alors on peut trouver n∈N assez grand tel que||f−fn||N < ε4.
On a donc pour cen :d(f, fn) < ε. Ainsi (fn)n∈N converge vers f ∈H(D), ce qui achève la preuve.
On peut maintenant entrer dans le vif du sujet et dénir ce qu'est une Série Universelle. On se place dans un cadre légèrement plus restreint que le général. Le cas général à été traité dans [2].
On rappelle que toute fonction f ∈ H(D) est développable en série de Taylor, série dont le rayon de convergence est supérieur ou égal à 1.
Dénition 2.3 (Série Universelle) Une série Universelle est une fonc- tion f ∈ H(D), dont la série de Taylor X
n∈N
anzn satisfait la propriété sui- vante :
pour tout compactK⊂Dcà complémentaire connexe, et pour toute fonction h∈H(C), il existe une suite croissante (λn) de Ntelle que :
sup
z∈K
|
λn
X
k=0
akzk−h(z)| −→0, lorsquen→+∞.
Notation 2.1 On note U l'ensemble des séries universelles.
Notation 2.2 Soit µ = (µn)n∈N une suite croissante d'entiers telle que µn−→+∞, pour n−→+∞.
On note Uµ l'ensemble des f ∈H(D) qui vérient les mêmes conditions que les Séries Universelles, à l'exception près que l'on impose que (λn) soit une sous-suite deµ.
On dit queUµ est l'espace des fonctions µ-universelles
Dans la suite, on noteΩl'ensemble des compactsK⊂Dcà complémentaire connexe.
3 Un espace dense dans H ( D )
Les Séries Universelles sont des séries dont les sommes partielles approxi- ment uniformément n'importe quelle fonction entière sur beaucoup de com- pacts, ce sont donc des séries trés puissantes ! On pourrait logiquement penser que leur ensemble est assez, voire très restreint.
Il n'en n'est rien ! On démontre dans cette section que l'ensemble des Séries Universelles, non seulement n'est pas vide ni "petit", mais est dense dansH(D), pour la topologie dénie en 2.2. De plus, on va montrer que U est aussi algébriquement dense.
Dans la suite, pourP un polynôme, on note deg(P) son degré.
3.1 Un espace topologiquement dense
Le théorème principal de cette section est le suivant :
Théorème 3.1 L'ensemble des séries universelles U est non vide et Gδ- dense, i.e l'ensemble des Séries Universelles U est une intersection dénom- brable d'ouverts dense dansH(D) qui est donc lui-même dense dans H(D).
Ce théorème a été trouvé par V. Nestoridis dans [2]. On détaille ici sa preuve. Pour cela, on aura besoin de quelques lemmes.
Lemme 3.1 Il existe une suite de compacts (Km)m∈N∈ΩN, telle que : pour tout K∈Ω, il existe unm∈N tel que K ⊂Km.
Proof. Soit K ∈Ω. Si K est ni, on trouve facilement un K0 inni tel queK⊂K0, avecK0 ayant les même propriétés queK. On suppose doncK inni.
Soitn∈Ntel que K⊂ {z∈C; 1≤ |z| ≤n}. On a donc0,(n+ 1)∈Kc. Or Kcétant connexe, on peut joindre 0etn+ 1dansKc par une ligne polygo- nale Γ. On peut même supposer que les sommets de Γ sont à coordonnées dansQ+iQ. L'ensemble de tels polygônesΓ, notéΘ, est donc dénombrable.
On a de plus d(Γ, K)>0.
On pose alors : L(n,Γ, s) = {z ∈ C; 1 ≤ |z| ≤ n, d(z,Γ) ≥ 1s} pour (n, s)∈ N2 et Γ∈Θ. Clairement, l'ensemble des L(n,Γ, s) est un ensemble de compacts qui est aussi dénombrable.
Puisque l'on a d(Γ, K) > 0, on peut trouver s∈ N tel que K ⊂L(n,Γ, s). On a donc prouvé le résultat.
On xe donc (Km) une telle suite de compacts. L'ensemble des polynômes à coecient dansQ+iQest dénombrable. On énumère donc ces polynômes par (fj)j∈N. On note Sn(f) la nie somme partielle de la série de Taylor de f ∈H(D), i.e Sn(f)(z) =
n
X
j=0
f(j)(0) j! zj. On considère les ensembles
E(m, j, s, n) =
g∈H(D); sup
z∈Km
|Sn(g)(z)−fj(z)|< 1 s
.
Lemme 3.2 On a : U =
+∞
\
m=1 +∞
\
j=1 +∞
\
s=1 +∞
[
n=1
E(m, j, s, n).
Proof. On a, de manière évidente,U ⊂
+∞
\
m=1 +∞
\
j=1 +∞
\
s=1 +∞
[
n=1
E(m, j, s, n). On montre maintenant l'inclusion inverse.
On considèref ∈
+∞
\
m=1 +∞
\
j=1 +∞
\
s=1 +∞
[
n=1
E(m, j, s, n).
SoientK∈Ωeth∈H(C). Pour montrer qu'il existe une sous-suite (τn)de Ntelle queSτn(f)converge uniformément vershsurK, il sut de montrer :
∀ε >0,∀ν∈N,∃N ≥ν : sup
z∈K
|SN(f)(z)−h(z)|< ε (4) En eet, si on a (4), on construit(τn)de la sorte :τ0 = 1etτn≥max (n, τn−1)+
1tel que supz∈K|Sτn(f)(z)−h(z)|< n1.
Soit donc (ε, ν) ∈ R∗×N. La fonction h est entière, donc holomorphe sur un voisinage deK à complémentaire connexe. Donc d'aprés le théorème de Runge, on peut trouver un polynômeP tel que : supz∈K|h(z)−P(z)|< ε2 CommeQ+iQest dense dansC, il existe unj∈Ntel quesupz∈K|P(z)−fj(z)|<
ε
4 (voir lemme 3.5). On peut aussi, quitte à modier légèrement le coécient de degré 0 defj, supposer quefj(0)6=f(0).
SoitK ⊂Km. On a :∀s∈N, f ∈
+∞
[
n=0
E(m, j, s, n). Donc :
∀s∈N,∃ns∈N: sup
z∈Km
|Sns(f)(z)−fj(z)|< 1 s.
Si(ns)s∈Nest bornée, on peut trouver unλtel quens=λpour une innité de s. Donc Sλ(f) = fj sur Km. Or Km est inni. Donc Sλ(f) ≡ fj, donc f(0) =fj(0). Ce qui est contraire aux hypothèses.
Ainsi la suite (ns) est non bornée et en choisissant Ns > ν avec 1s < ε4, on en déduit :
∃N ≥ν : sup
z∈Km
|SN(f)(z)−fj(z)| ≤ 1 s < ε
4 Par l'inégalité triangulaire, et le fait queK ⊂Km, on a :
∃N ≥ν :∀n≥N,sup
z∈K
|Sn(f)(z)−h(z)| ≤ε (5) Ainsi, la condition (4) est satisfaite, et la preuve est complète.
Remarque 3.1 Il est facile de remarquer que le résultat est toujours valable pour Uµ où (µn) est une sous-suite de N.
Lemme 3.3 ∀(m, j, s, n) ∈ (N∗)3 ×N, l'ensemble E(m, j, s, n) est ouvert dans H(D)
Proof. Soitf ∈E(m, j, s, n). On a doncsupz∈Km|Sn(f)(z)−fj(z)|< 1s. SoitM un majorant de Km.
On pose : a=
1
s−supz∈Km|Sn(f)(z)−fj(z)|
Pn
λ=02λMλ >0. On pose : G = {g ∈ H(D); supz≤1
2
|g(z)−f(z)| < a}. G est un voisinage ouvert def dansH(D)(pour plus d'information voir la remarque 3.2), et on va montrer queG⊂E(m, j, s, n). On aura ainsiE(m, j, s, n)est un voisinage de tous ses points, donc est ouvert.
Soitg∈G. On a :
∀z∈Km, |Sn(g)(z)−fj(z)| ≤ |Sn(g−f)(z)|+|Sn(f)(z)−fj(z)|
On écritSn(f−g)(z) =Pn
λ=0bλzλ. De la formule de Cauchy, on tire :
|bλ| =
1 2iπ
Z
∂D(0,1/2)
f(z)−g(z) zλ+1
=
1 2π
Z 2iπ
0
f(12eiθ)−g(12eiθ) (12eiθ)λ+1 i1
2eiθdθ Donc :
|bλ| ≤ 1 2π
Z 2π
0
|f(12eiθ)−g(12eiθ)|
(12)λ+1
1 2dθ
< 2λa On a donc pour toutz∈Km
|Sn(g)(z)−fj(z)| ≤
n
X
λ=0
|bλ|Mλ+ sup
z∈Km
|Sn(f)(z)−fj(z)|
< a
n
X
λ=0
2λMλ+ sup
z∈Km
|Sn(f)(z)−fj(z)|
< 1s
On a donc g ∈ E(m, j, s, n), et ceci pour tout élément g de G. Donc on a G⊂E(m, j, s, n) etE(m, j, s, n) est ouvert.
Remarque 3.2 Si l'on ne veut pas se fatiguer à montrer que G={g∈H(D)
supz≤1
2
|g(z)−f(z)|< a}est un voisinage ouvert def dans (H(D), d), on peut simplement considérerBd(f, a) la boule de centre f et de rayona selond (oùdest la distance que l'on a dénie dans la section 2.2).
Cet ensemble nous donne la relationsupz≤1
2
|g(z)−f(z)|< aqui est la seule relation utilisée dans la démonstration. On montre donc que
Bd(f, a)⊂E(m, j, s, n) et on a le résultat.
Lemme 3.4 Pour tous (m, j, s) entiers naturels strictement positifs, on a
+∞
[
n=0
E(m, j, s, n) est ouvert et dense dans H(D)
Proof.
+∞
[
n=0
E(m, j, s, n) est ouvert car c'est une réunion dénombrable d'ouverts d'après le lemme précédent. Reste à prouver la densité.
Soientf ∈H(D) etε >0. On a, pour n∈N:
+∞
X
k
||f −g||k 1 +||f −g||k
1 2k ≤
+∞
X
k
1
2k −→0 pour n→+∞.
On prend doncN assez grand tel que
∀(g, f)∈H(D)2,
+∞
X
k=N+1
||f−g||k 1 +||f −g||k
1 2k < ε
2.
De plus, on a facilement
N
X
k=0
||f −g||k 1 +||f −g||k
1
2k ≤ ||f −g||N
N
X
k=0
1
2k ≤2||f −g||N.
On peut donc se restreindre à trouverg∈
+∞
[
n=0
E(m, j, s, n)tel que||f−g||N ≤
ε
4. Les compacts Km et LN sont disjoints. Le complémentaire de Km∪LN est donc connexe. On prend F holomorphe au voisinage de Km∪LN telle que :
F(z) =
f(z) siz∈LN fj(z) siz∈Km Le théorème de Runge donne un polynômeg tel que
sup
z∈Km∪LN
|F(z)−g(z)|<min(ε 4,1/s) On posen=deg(g). On a doncSn(g) =get :
∀z∈Km, |fj(z)−Sn(g)(z)|<1/s i.e g∈E(m, j, s, n)⊂
+∞
[
n=0
E(m, j, s, n)
∀z∈Ln, |f(z)−Sn(g)(z)|< α i.e g∈Bd(f, ε).
Ceci achève la preuve du lemme.
Remarque 3.3 Dans la démonstration, on peut choisir n'importe quel en- tier n ≥ deg(g). En particulier, on peut en choisir un appartenant à une suite extraite µ donnée. Ainsi, on a aussi S+∞
n=0E(m, j, s, µn) dense dans H(D) pour toute sous-suite µ deN.
Preuve du Théorème. On a donc U =
+∞
\
m=1 +∞
\
j=1 +∞
\
s=1 +∞
[
n=1
E(m, j, s, n) est une intersection dénombrable d'ouverts denses dans H(D). De plus, (H(D), d) est un espace métrique complet, donc un espace de Baire par le Lemme de Baire. Ainsi U est non vide et Gδ-dense !
D'après la remarque 3.3 on a aussi le théorème suivant :
Théorème 3.2 L'ensembleUµest unGδ-dense dansH(D) pour toute sous- suite µ non bornée deN.
On a donc obtenu un résultat topologique sur la taille deU. On va main- tenant démontrer un résultat algébrique.
3.2 Un espace algébriquement dense
Dans cette partie, on montre queU ∪{0}contient un sous-espace vectoriel deH(D)qui est dense dansH(D). On va même généraliser àUµpourµsous- suite non bornée deN.
Avant cela, on énonce un résultat préliminaire utile pour la suite.
Lemme 3.5 L'ensemble des polynômes à coecients dansQ+iQest dense dans H(D).
Proof. D'après le théorème de Runge, l'ensemble des polynômes est dense dansH(D). Et Q+iQest dense dans C.
Soient f ∈H(D) et ε >0. Soit aussi Q∈ C[z] avec Q∈ Bd(f,ε2). On note Q(z) =
n
X
k=0
qkzk.
On prendqˆ1, . . . ,qˆntels que :|ˆqi−qi|< 4(n+1)ε pouri= 0, . . . , n(qˆi∈Q+iQ). On pose : P(z) =
n
X
k=0
ˆ qkzk. On a :
∀z∈D,|P(z)−Q(z)| ≤
n
X
k=0
|ˆqk−qk||z|k< ε 4
On a alors d(P, Q)< ε 4
+∞
X
k=0
(1/2)k = ε
2 ce qui implique d(P, f)< ε.
On a alors le phénomène suivant.
Théorème 3.3 Pour toute sous-suite µ de N, UµS{0} contient un sous- espace vectoriel dense.
Proof. On pose µ0,m=µ pour toutm∈N.
Uµ est dense dans H(D). Soit donca1∈ Uµ telle que d(a1, f1)<1.
Or la fonction nulle appartient àH(C), donc ∀m ∈ N, on trouve µ1,m une sous-suite deµtelle que : sup
z∈Km
|
µ1,mn
X
k=0
a1kzk| −→0, pourn−→+∞. De plus, l'intersectionT
m∈NUµ1,m est unGδ-dense d'aprés le résultat du théorème 3.2. Soit donca2 ∈T
m∈NUµ1,m telle que d(a2, f2)<1/2. D'aprés la dénition deUµ1,m, on peut trouver une sous-suiteµ2,mdeµ1,mtelle que :
sup
z∈Km
|
µ2,mn
X
k=0
a2kzk| −→0, pourn−→+∞.
En itérant le procédé on a construit une suite(al)l∈Net une suite(µl,m)l,m∈N) telles que,∀(m, l)∈(N∗)2, les propriétés suivantes sont vériées :
1. al∈T
m∈NUµl−1,m.
2. µl,m est une sous-suite deµl−1,metµ0,m=µ. 3. d(al, fl)<1/l.
4. sup
z∈Km
|
µl,mn
X
k=0
alkzk| −→0, pourn−→+∞.
SoitB =Vectl∈N∗(al) l'espace vectoriel engendré par les al. Clairement,B est dense (grâce à la relation 3.).il reste à montrer qu'il est inclus dansUµ. Soita∈B avec a=
n
X
i=0
αiai etαn6= 0. On notea= (an)n∈N.
Soient K ∈ Ω et h ∈ H(C). On a K ⊂ Kp pour un p ∈ N. De plus, on a aussian∈ Uµn,p,(1/αn)h∈H(C). Soit doncλune sous-suite deµn−1,p telle que :
sup
z∈Km
|
λj
X
k=0
ankzk−h(z) αn
| −→0,pourj−→+∞. (6) Or pour toutl < m,λest une sous-suite deµl,p. Et, puisque
supz∈Km|Pµ
l,p j
k=0alkzk| −→0, pourj−→+∞, on a donc : sup
z∈Km
|
λj
X
k=0
alkzk| −→0,pour j−→+∞. (7) Les relations (6) et (7) donnent
sup
z∈Km
|
λj
X
k=0
akzk−h(z)| −→0,pourj−→+∞
Donc :
sup
z∈K
|
λj
X
k=0
akzk−h(z)| −→0,pour j−→+∞
Ce qui signie exactementa∈ Uµ.
Ainsi U est non seulement dense topologiquement dans H(D), mais en plus, si l'on regarde H(D) comme un espace vectoriel, U reste dense d'un point de vue algébrique. Cet ensemble de fonctions très puissantes permet en plus d'approcher toute fonction holomorphe dansD.
4 Une méthode constructive pour démontrer la den- sité
On a établi une première démonstration de la densité de l'espace des Séries Universelles. Cependant, l'outil central de cette démonstration est le théorème de Baire. Or la démonstration de ce dernier théorème est construc- tive. On peut donc se poser la question de l'existence d'une démonstration constructive de l'existence et de la densité des Séries Universelles.
4.1 Dessine-moi une Série Universelle !
Dans cette section, on construit étape par étape une série universelle.
L'espace(Km, fj)(m,j)∈N2 est dénombrable. On l'énumère donc en notant (Kmk, fjk)k∈N.
4.1.1 Etape 1
Soit F1 une fonction holomorphe au voisinage deKm1
SL1 telle que F1(z) =
0 siz∈L1, fj1(z) siz∈Km1. Le compactKm1
SL1 est à complémentaire connexe carL1 etKm1 sont disjoints par dénition.
Donc d'aprés le théorème de Runge, on peut trouverP1∈C[z]tel que : sup
z∈Km1
|P1(z)−fj1(z)|<1,
sup
z∈L1
|P1(z)|<1.
On pose Q1=P1 etN1=deg(P1) + 1.
4.1.2 Etape 2 SoitM2 ≥supz∈Km
2 |z|un majorant deKm2.
La fonction g2(z) = fzj2N(z)1 reste holomorphe au voisinage de Km2 par dé- nition de ce dernier. On peut donc trouver F2 une fonction holomorphe au voisinage deKm2
SL2 telle que : F2(z) =
0 siz∈L2
fj2(z) siz∈Km2 Le compactKm2
SL2 est à complémentaire connexe carL2 etKm2 sont disjoints par dénition.
Donc d'aprés le théorème de Runge, on peut trouverP2 ∈C[z]tel que : sup
z∈Km2
|P2(z)−fj2(z)−Q1(z) zN1 |< 1
2 1 M2N1 sup
z∈L2
|P2(z)|< 1 22
On poseQ2(z) =zN1P2(z) etN2 =N1+deg(P2) + 1 =deg(Q2) + 1. 4.1.3 Etape l
SoitMl ≥supz∈K
ml|z|un majorant de Kml. La fonction gl(z) = fjl(z)
zNl−1 reste holomorphe au voisinage de Kml par dé- nition de ce dernier. On peut donc trouver Fl une fonction holomorphe au voisinage deKmlS
Ll telle que : Fl(z) =
0 siz∈Ll fjl(z) siz∈Kml
Le compact KmlS
Ll est à complémentaire connexe car Ll etKml sont disjoints par dénition.
Donc d'aprés le théorème de Runge, on peut trouverP2 ∈C[z]tel que : sup
z∈Kml
|Pl(z)−fjl(z)−Pl−1 k=1Qk(z) zNl−1 |< 1
l 1 MlNl−1 sup
z∈Ll
|Pl(z)|< 1 l2
On poseQl(z) =zNl−1Pl(z) etNl =Nl−1+deg(Pl) + 1 =deg(Ql) + 1. 4.1.4 Fin de la construction
On itère le procédé pour l ∈N. On a donc construit une suite de poly- nômes à coecients complexes(Pl)l∈N∗ qui vérie :
sup
z∈Kml
|
l
X
k=1
Qk(z)−fjl(z)|< 1 l
sup
z∈Ll
|
l
X
k=1
Qk(z)|< 1 l2 Ql(z) =zNl−1Pl On pose : u(z) =
∞
X
k=1
Qk(z). On va montrer que u∈ U.
Soient K ∈ Ω et h ∈ H(C). Soient ε > 0 et p ∈ N. Il nous sut de trouvern≥p tel que :
sup
z∈K
|
n
X
k=1
Qk(z)−h(z)| < ε pour avoir le résultat (cf preuve du lemme 3.2 pour la démonstration). En eet, on aura ainsi une sous-suite qui approchera uniformémenth surK, pourK ∈Ω eth∈H(C) choisis arbitrairement.
D'après le théorème de Runge, on peut approcher uniformément h sur K par lesfj. Soit doncfjk tel que supz∈K|fjk(z)−h(z)|< ε2.
Puisqu'il y a une innité defjqui vérient cette relation, et que(Kmk, fjk)k∈N
est une énumération de(Km, fj), on peut prendrek∈N tel que : k1 < ε2
mk est tel queK ⊂Kmk. k≥p
On a donc :
sup
z∈K
|
k
X
i=1
Qi(z)−h(z)| ≤ sup
z∈K
|
k
X
i=1
Qi(z)−fjk(z)|+ sup
z∈K
|fjk(z)−h(z)|
< sup
z∈Kmk
|
k
X
i=1
Qi(z)−fjk(z)|+ε 2
< 1k+ ε2
< ε
avec k≥p.
Pour avoir u∈ U, il reste à montrer que le rayon de convergence R deu est égal à 1.
Soit Lun compact de D. Soit n∈Ntel que L⊂Ln. On a :
||u||L≤ ||u||n≤
+∞
X
i=1
||zNi−1Pi||n≤
+∞
X
i=1
||Pi||n
Or
+∞
X
i=1
||Pi||n =
n−1
X
i=1
||Pi||n+
+∞
X
i
||Pi||n
≤
n−1
X
i=1
||Pi||n+
+∞
X
i
||Pi||i
≤
n−1
X
i=1
||Pi||n+
+∞
X
i
1 i2
< +∞ (addition d'une somme nie et d'une série convergente) AinsiR≥1. SiR >1, alors on prend K ={1}eth n'importe quel nombre complexea. La série u est absolument convergente sur ∂D, il sut donc de prendre|a|>|u(1)|pour obtenir une contradiction.
DoncR= 1.
On a donc le résultat : la série construite est bien universelle.
4.2 Dessine-moi beaucoup de Séries Universelles ! !
On a maintenant une preuve constructive du fait queUest non vide. Nous allons donc continuer dans cette voie et montrer grâce à cette construction queU est dense dans H(D).
Pour cela, il sut de remarquer que pour tout polynômeP ∈C[z],u+P est encore universelle.
En eet, soient K ∈ Ω et h ∈ H(C). La fonction h−P est toujours entière. Puisqueu est universelle, il existe (λn) telle que
sup
z∈K
|Sλn(u)(z)−h(z) +P(z)| −→0,pour n−→+∞.
Ainsi, dès queλn> deg(P), on a aussi sup
z∈K
|Sλn(u+P)(z)−h(z)| −→0,pourn−→+∞.
Donc, on a bienu+P ∈ U.
On obtient alors la densité topologique de la manière suivante.
Soientg∈H(D) etε >0. Soit aussiL un compact deD.
On choisitN ∈Ntel que : ||
+∞
X
k=N+1
Qk||L< ε 2.
On ag−
N
X
k=1
Qk ∈H(D). L'espace des polynômes est dense dans H(D). Soit donc P ∈C[z]tel que : ||g−
N
X
k=1
Qk−P||L< ε 2
Par l'inégalité triangulaire, on a : ||g−(u+P)||L < ε. Ce qui prouve la densité deU.
5 Une étude dans un cadre restreint
On a étudié dans les parties précédentes la densité de l'espace U des Séries Universelles dans l'espace des fonctions holomorphes sur D. On se place maintenant dans un cadre un peu plus restreint : les compactsK sur lesquels on approche toute fonction entièreh n'ont plus le droit de toucher le bord du disque unité.
Ainsi, l'étude se porte sur les séries complexes de rayonR= 1qui approchent toute fonction entière sur tout compact K à complémentaire connexe et inclus dansDc.
Notation 5.1 On note
Ω0 ={K ⊂Dc; K compact, à complémentaire connexe }.
On note aussiU1 l'ensemble des séries universelles pour les K∈Ω0.
On va montrer que U1 n'est pas égal à U. Et queU1 est encore non-vide et encoreGδ-dense !
Lemme 5.1 Il existe une suite de compacts (Km0 )m∈N∈ΩN, telle que :
∀K ∈Ω, on a K ⊂Km0 pour unm∈N.
Proof. La démonstration est la même que celle du lemme 3.1 avec des K∈Ω0. Les étapes à suivre sont exactement les mêmes, avec la modication suivante : la famille que nous cherchons n'est pas L(n,Γ, s) = {z ∈ C; 1 ≤
|z| ≤n, d(z,Γ)≥ 1s} mais : L0(n,Γ, s) ={z∈C
1 +n1 ≤ |z| ≤n, d(z,Γ)≥ 1s}pour(n, s)∈N2 etΓ∈Θ.
On a alors le résultat !
Théorème 5.1 L'espace U1 estGδ-dense dans H(D)
Proof. Elle s'écrit comme celle du théorème 3.1 en tenant compte du lemme 5.1
Dans la suite, on montre que l'ensembleU est strictement contenu dansU1. Ce résultat a été établi dans [1]. On en donne ici une preuve légèrement diérente en construisant des séries de U1 à coecients dans`1. Cette série ne pourra donc pas réaliser d'approximations sur le bord du disque unité.
Théorème 5.2 L'espaceU1 contient des séries à coecients dans`1. Ainsi, U16=U.
Proof. L'idée de la démonstration va être de construire une sérieu(z) = X
k∈N
anzn appartenant àU1 et telle queX
k∈N
|ak|<∞, i.eu1∈`1.
Tout d'abord on reprend l'énumération(Kml, fjl)l∈N. Pour tout entier l, on a :d(Kml,D)>0. On prend doncrml ∈R∗+ tel que
d(Kml,D) > rml −1 > 0. L'ensemble Kml
SD(0, rml) est un compact à complémentaire connexe pour tout entierl.
Ainsi, en reprenant les notations de la construction de la section 4, et en passant directement à l'étape l, on trouve, grâce au théorème de Runge, Pl∈C[z]tel que :
sup
z∈Kml
|Pl(z)−fjl(z)−Pl−1 k=1Qk(z)
zNl−1 | < 1l 1
MlNl−1
sup
z∈D(0,rml)
|Pl(z)| <
1− 1
rml
l2 .
On pose alorsu1(z) =
+∞
X
l=1
Ql(z). On montre de manière analogue à la section 4.1.4 queu1 ∈ U1.
En notantPl=
deg(Pl)
X
j=0
al,jzj, on peut écrireu1 sous la forme :
u1(z) =
+∞
X
l=1 deg(Pl)
X
j=0
al,jzNl−1+j
De la formule de Cauchy (pour les coecients d'une série de Taylor), on tire :
∀l∈N,∀j∈[|0, deg(Pl)|], al,j= 1 2iπ
Z
∂D(0,rml)
Pl(z) zj+1 dz.
On peut donc majorer lesal,j par :
|al,j|<
1−r1
ml
l2(rml)j.
On obtient :
+∞
X
l=1 deg(Pl)
X
j=0
|al,j| <
+∞
X
l=1 deg(Pl)
X
j=0
1−r1
ml
l2rjml
≤
+∞
X
l=1
1−r1
ml
l2
<
+∞
X
l=1
1 l2
< +∞.
Ainsiu1∈`1. On a donc le résultat.
Remarque 5.2 En reprenant la démonstration de la section 4, on peut donc montrer que l'espace U`1 ={a=
+∞
X
k=0
akzk∈ U1;
+∞
X
k=0
|akzk|<+∞}est dense (pour la topologie de`1) dans H(D).
Ce qui nous interesse le plus cependant, c'est de savoir qu'ainsi, puisque U1 ⊂H(D), on a U`1 dense pour la topologie de`1 dans U1!
6 Hypercyclicité et Universalité
L'Universalité, formellement, peut se décrire ainsi : on considère un es- pace topologique X d'objets, un espace topologique Y d'éléments à appro- cher, et une famille (généralement une suite) d'applicationsTl :X→Y (avec l ∈I un ensemble d'indices). Alors, un élément x de X est dit universel si chaque élément y de Y peut être approché par des Tl(x), i.e {Tl(x);l ∈I} est dense dansY. par exemple, dans le cas de l'ensembleU,X est l'ensemble H(D), lesTlles opérateurs de somme partielleSletY l'ensembleH(C)muni de la topologie de la convergence uniforme sur un compactK ∈Ω.
On s'interesse maintenant à un cas particulier d'Universalité, lorsque l'on impose à la famille(Tl) d'êtres les itérés d'un opérateur T :X→Y,
i.e Tl =Tl, pour l∈N. Ce cas particulier d'Universalité est nommé Hyper- cyclicité. On peut donc dénir cette notion comme suit :
Dénition 6.1 Soit E une espace vectoriel topologique et A un opérateur continu de E. On dit que x est un vecteur hypercyclique (pour A) si son orbite
{An(x)|n∈N} est dense dans E.
Pour une étude détaillée de ces deux phénomènes, on peut consulter [7].
Dans la suite, on énonce un résultat de MacLane [8], où l'on considère l'opé- rateur de dérivation dansH(C).
Théorème 6.1 Il existe une fonction entièref telle que l'ensemble
{fn|n ∈ N} des dérivés de f est dense dans H(C) l'espace des fonctions entières, muni de la topologie de la convergence uniforme sur les compacts.
Si l'on pose E=H(C) etdla distance de la topologie de Fréchet (aussi dite la topologie de la convergence uniforme, cf la section 2.2), ce théorème dit tout simplement que l'opérateur dérivation est hypercyclique.
On en présente une preuve élémentaire due à Charles Blair et Lee A.
Rubel [6].
Proof. Soit(fj)n∈Nl'ensemble des polynômes à coecients dansQ+iQ.
SoitI l'opérateur d'intégration : I(h)(z) =R
[0,z]h(w)dw.
On notera In(h) l'application de I n fois sur h. On construit une suite de nombre(Kn)vériant :
1. ∀j∈[|0, n−1|], Kn> Kj+deg(fj)
2. En posantHn =IKn(Pn),∀j ∈ [|0, Kn−1|],|Hn(j)(z)| ≤ 21n pour |z| ≤ n.
La relation 1. est facile, on suppose la relation 2. vraie pour l'instant. On dénit :
f =X
IKn(fn)
Soit un compact K, soit j ∈ N. On a un l ∈ N tel que K ⊂ B(0, l) et j≤Kl−1. On prendN > Kl :
N
X
i=0
||IKi(fi)(j)||K ≤
Kn−1
X
i=0
||IKi(fi)(j)||K+
N
X
i=Kn
||IKi(fi)(j)||K
≤
Kn−1
X
i=0
||Hi(j)||K+
N
X
i=Kn
||Hi(j)||K
≤
Kn−1
X
i=0
||Hi(j)||K
| {z }
somme nie
+
N
X
i=Kn
1 2n
| {z }
converge lorsqueN→+∞
Ainsi, la série des dérivéesje converge normalement sur tout compact deC, et ce pour toutj∈N.
La série dénissantf converge donc uniformément sur tout compact deCet est dérivable terme à terme.
Par la propriété 1. de(Kn), on a :∀j < Kn, Hj(Kn)≡0. Ainsi : f(Kn)(z) =fn(z) +
+∞
X
k=Kn+1
Hk(Kn)(z)
| {z }
En(z)
Avec|En(z)| ≤
+∞
X
k=Kn+1
1 2n ≤ 1
2n−1 pour|z| ≤n.
On a montré dans le lemme 3.5 que les (fj) sont dense dansH(D) selon la distance d dénie dans la section 2.2. Vu que la topologie de Fréchet de H(C) est exactement la même que celle de H(D) (en prenant (B(0, n))n
comme exhaustion par exemple), on obtient que l'ensemble (fj) est dense dans l'espace des fonctions entière muni de la topologie de Fréchet.
Ainsi, on va montrer que l'on peut approcher g∈H(C) par des dérivées de f :
Soit ε > 0, soit fk qui approcheg uniformément sur B(0, N) à ε6 prés.
On prendk etN assez grand tels que : 2k−11 < ε6
+∞
X
n=N
1 2n < ε
3 On a donc :
d(f(k), g)≤2||fk−g||B(0,k)+ 2||Ek||B(0,k)+
+∞
X
l=N
1 2l
d(f(k), g)< ε
Il reste donc à démontrer qu'une suite(Kn) vériant les propriétés 1. et 2. existe. On a pour tout r etkentiers :
|Ik(zr)|=| zr+k
(r+ 1)(r+ 2). . .(r+k)| ≤ |zr||z|k k .
Ainsi, sur n'importe quel disque xé, |z|kk tend uniformément vers0. Les polynômesfnétant une combinaison linéaire d'un nombre ni de zr (pourr entier), on peut trouver, surB(0, n), un kassez grand tel que ||Ik(fn)||n≤
1
2n−1. Vu que l'on veut que cette condition soit vériée pour un nombre ni de dérivées de Ik(fn), et que ces dérivées sont toujours des polynômes, on peut trouver unKn assez grand vériant la relation2.
D'où l'existence de la suite (Kn). D'où le résultat !
Références
[1] A. Melas, V. Nestoridis, I. Papadoperakis : Growth of coecients of universal Taylor series and comparison of two classes of functions, J. Anal. Math. 73 (1997), 187202.
[2] V. Nestoridis : Universal Taylor Series, Ann. Inst. Fourier (Grenoble) 46 (1996), no. 5, 12931306.
[3] F. Bayart, K.-G. Grosse-Erdmann, V. Nestoridis and C. Papa- dimitropoulos : Abstract theory of universal series and applications, Proc. Lond. Math. Soc. (3) 96 (2008), no. 2, 417463.
[4] E. Amar and E. Matheron : Analyse Complexe, Chap. 9, section 9.1.
[5] K. Yosida : Functional Analysis, Sixth Edition, Grundlehren der Ma- thematischen Wissenschaften [Fundamental Principles of Mathematical Sciences], 123. Springer-Verlag, Berlin-New York, 1980.
[6] C. Blair ; L. A. Rubel : A Universal Entire Function, Amer. Math.
Monthly 90 (1983), no.5, 331332.
[7] Karl-Goswin Grosse-Erdmann : Universal Families and Hypercy- clic Operators, Bull. Amer. Math. Soc. (N.S.) 36 (1999), no.3, 345381.
[8] G. R. Maclane : Sequences of derivatives and normal families, J. Anal.
Math. 2 (1952/53), 72-87.