Aper¸cu de la preuve de Sullivan de la conjecture d’Adams
Aur´elien DJAMENT Octobre 2003
On se propose de tracer les grandes ´ etapes de la d´ emonstration (d´ etaill´ ee dans mon m´ emoire de DEA) donn´ ee par Sullivan de la conjecture d’Adams, r´ esultat de pure topologie alg´ ebrique, ` a l’aide de l’utilisation de comparaison avec la g´ eom´ etrie alg´ ebrique. Dans la premi` ere partie, nous mettons en place rapidement les outils n´ ecessaires ` a ´ enoncer ce r´ esultat. Dans la seconde, nous exposons le sch´ ema de la d´ emonstration.
Table des mati` eres
1 K-th´ eorie et ´ enonc´ e de la conjecture d’Adams 2
1.1 Fibr´ es vectoriels et groupe K(X ) . . . . 2
1.2 Op´ erations sur la K-th´ eorie . . . . 3
1.3 Propri´ et´ es de base . . . . 4
1.4 Enonc´ ´ e de la conjecture d’Adams . . . . 5
2 K-th´ eorie profinie et g´ eom´ etrie alg´ ebrique. D´ emonstration de la conjecture d’Adams 6 2.1 Principe. Aper¸cu du th´ eor` eme de comparaison . . . . 6
2.2 Op´ erations sur la K-th´ eorie profinie . . . . 8
2.3 La conjecture d’Adams d’apr` es Sullivan . . . . 9
Nous d´ esignerons dans la suite par le terme g´ en´ erique d’espace tout espace topologique suffisamment
« raisonnable », disons qu’on puisse munir d’une structure de complexe cellulaire
1. Un espace fini sera un complexe cellulaire fini
2.
Soient X et Y deux espaces. Nous noterons C(X, Y ) l’ensemble des applications continues de X dans Y . Deux
´ el´ ements f et g de C(X, Y ) sont dits homotopes s’il existe une application continue H : X × [0, 1] −→ Y telle que H(x, 0) = f (x) et H (x, 1) = g(x) pour tout x ∈ X . Cela d´ efinit une relation d’´ equivalence sur C(X, Y ) ; l’ensemble quotient sera d´ esign´ e par [X, Y ].
Etant donn´ ´ es deux espaces X, Y et f ∈ C(X, Y ), la composition ` a droite (resp. ` a gauche) par f induit pour tout espace Z des applications f
∗: [Y, Z] → [X, Z] et f
∗: [Z, X ] → [Z, Y ] ; celles–ci ne d´ ependent que de la classe d’homotopie de f , de sorte que l’on notera encore de la mˆ eme fa¸con f
∗et f
∗pour f ∈ [X, Y ].
On dit que deux espaces X et Y ont le mˆ eme type d’homotopie s’il existe f ∈ C (X, Y ) et g ∈ C (Y, X) tels que les compos´ es f ◦ g et g ◦ f soient homotopes aux applications identiques de Y et X respectivement.
Nous d´ enoterons par K le corps topologique usuel R ou C.
1En fait beaucoup de raisonnements sont agr´eables `a mener en termes d’ensembles simpliciaux, ce qui est essentiellement la mˆeme chose d’un point de vue homotopique.
2Il s’agit d’une hypoth`ese de finitudetopologique(´equivalente `a la compacit´e) ; une autre notion de finitude,homotopique, interviendra de fa¸con cruciale dans la preuve.
1 K -th´ eorie et ´ enonc´ e de la conjecture d’Adams
1.1 Fibr´ es vectoriels et groupe K(X)
D´ efinition 1 Soit X un espace. Un fibr´ e vectoriel (sur K ) de base X est la donn´ ee d’une application continue f : E −→ X (E est appel´ e l’espace total du fibr´ e) et, pour tout x ∈ X , d’une structure de K -espace vectoriel de dimension finie sur la fibre E
x= f
−1( { x } )
3de sorte que l’on puisse recouvrir X par des ouverts U pour lesquels il existe un K -espace vectoriel de dimension finie V et un hom´ eomorphisme ϕ : f
−1(U ) → V × U tels que le diagramme
f
−1(U ) −−−−→
ϕV × U
⏐ ⏐
⏐ ⏐
U U
commute
4et que pour tout x ∈ U ϕ induise un isomorphisme de K-espaces vectoriels entre E
xet V
5. Un fibr´ e vectoriel est dit de rang n si toutes ses fibres sont des K-espaces vectoriels de dimension n.
D´ efinition 2 Soient X et X
deux espaces, E − →
pX et E
−→
pX
des fibrations vectorielles. On appelle morphisme de fibr´ es vectoriels de E vers E
tout couple d’applications continues (E − →
fE
, X − →
gX
) tel que le diagramme
E −−−−→
fE
p
⏐ ⏐
p⏐ ⏐ X −−−−→
gX
commute et que pour tout x ∈ X l’application induite par f entre les fibres E
xet E
g(x)soit lin´ eaire.
On appelle morphisme de fibr´ es vectoriels de base X tout morphisme du type (f, id
X) entre deux telles fibrations (que l’on notera alors simplement f ). Deux fibr´ es vectoriels de base x sont dits isomorphes s’il existe un morphisme de fibr´ es vectoriels bijectif entre eux dont la r´ eciproque est ´ egalement un morphisme de fibr´ es vectoriels
6. Un fibr´ e vectoriel est dit trivial s’il est isomorphe ` a un fibr´ e du type X × K
n−→ X (projection, avec structure vectorielle ´ evidente) pour un certain entier n.
Fonctorialit´ e : ´ etant donn´ es deux espaces X et Y , une application continue X − →
fY et une fibration vectorielle E − →
ξY de base Y , on d´ efinit l’image r´ eciproque de ξ par f , et l’on note f
∗ξ, le fibr´ e vectoriel
E ×
Y
X = {(e, x) ∈ E × X | ξ(e) = f (x)} −→ X
(restriction de la projection E × X −→ X) de base X , o` u la structure d’espace vectoriel sur les fibres est donn´ ee par l’identification canonique (E ×
Y
X )
xE
f(x). On dispose ainsi d’un morphisme de fibr´ es vectoriels ´ evident de f
∗ξ vers f .
Si ξ est un fibr´ e vectoriel de base X et U un sous–espace de X , la restriction de ξ ` a U est par d´ efinition i
∗ξ, o` u i est l’inclusion de U dans X . Par d´ efinition, un fibr´ e vectoriel est toujours localement trivial en ce sens qu’on peut trouver un recouvrement de sa base par des ouverts en restriction auxquels le fibr´ e est trivial.
Si Y − →
ξX et Z
ξ−→
X sont deux fibr´ es vectoriels de base X , on d´ efinit leur somme directe (ou somme de Whitney), not´ ee ξ ⊕ ξ
(ou ξ + ξ
), comme la projection canonique Y ×
X
Z = {(y, z) ∈ Y × Z | ξ(y) = ξ
(z)} −→ X (la structure vectorielle sur les fibres ´ etant donn´ ee par les identifications canoniques (Y ×
X
Z )
xY
x⊕ Z
x). Cette construction est naturelle en X en ce sens qu’elle est compatible aux images r´ eciproques : f
∗(ξ ⊕ ξ
) f
∗ξ ⊕ f
∗ξ
canoniquement.
3on utilisera par la suite syst´ematiquement cette notation pour d´esigner les fibres.
4o`u la fl`eche verticale de gauche est induite parf et celle de droite est la projection.
5Un tel fibr´e sera souvent not´e par abusE, ouf.
6Il revient au mˆeme de demander qu’existe entre les deux fibr´es un morphisme qui est ´egalement un hom´eomorphisme.
Supposons maintenant que X est un espace fini
7.
On note E (X ) (resp. E
n(X ), o` u n ∈ N ) l’ensemble
8des classes d’´ equivalence de fibr´ es vectoriels (resp. de fibr´ es vectoriels de rang n) de base X . La somme directe des fibr´ es induit sur E (X) une loi (not´ ee ⊕ ou +) associative, commutative et poss´ edant un ´ el´ ement neutre, not´ e 0.
On d´ efinit K(X ) (not´ e K
K(X ) s’il y a ambigu¨ıt´ e sur K) comme le groupe ab´ elien obtenu en sym´ etrisant l’addition sur E (X )
9; K(X) s’appelle la K–th´ eorie de X. Si f : X −→ Y est une application continue, elle induit un morphisme de groupes f
∗: K(Y ) −→ K(X) obtenu ` a partir de l’image r´ eciproque par f .
On d´ efinit la K–th´ eorie r´ eduite de X comme le conoyau, not´ e K(X ), du morphisme canonique Z K(∗) → K(X ) (∗ d´ esignant un espace r´ eduit ` a un point) : on « tue » les classes des fibr´ es triviaux dans K(X ). Si X = ∅, tout choix de point de base ∗ → X scinde la suite exacte 0 → Z → K(X ) → K(X ) → 0, d’o` u K(X ) Z ⊕ K(X ).
1.2 Op´ erations sur la K -th´ eorie
Dans ce paragraphe, X d´ esigne un espace fini.
Les groupes ab´ eliens K(X ) sont en fait des anneaux commutatifs (et unitaires) de mani` ere naturelle
10; la multi- plication est induite par l’op´ eration de produit tensoriel sur les fibr´ es vectoriels. La construction, standard, que nous ne d´ etaillerons pas, consiste ` a d´ efinir ce produit tensoriel de mani` ere ´ evidente sur les fibr´ es triviaux, puis ` a proc´ eder par recollement ` a l’aide de trivialisations locales. Notons que l’image dans K(X ) d’un fibr´ e en droites (i.e. de rang 1) est inversible (l’inverse est fourni par le dual, d´ efini de mani` ere analogue par recollements).
Le produit tensoriel fournit ´ egalement un morphisme naturel de complexification c : K
R(X) → K
C(X ) ; on dispose
´ egalement d’un morphisme naturel ´ evident o : K
C(X) → K
R(X ) d’ « oubli de la structure complexe » sur les fibr´ es.
Proposition 1 Il existe une unique famille de morphismes d’anneaux naturels
11ψ
k: K(X ) → K(X) (pour k ∈ Z ; en K–th´ eorie r´ eelle comme complexe) tels que :
1. pour toute classe de fibr´ e en droites ξ, ψ
kξ = ξ
k, 2. ψ
k◦ ψ
l= ψ
klpour tous entiers k et l,
3. les ψ
ksont compatibles ` a la complexification et ` a l’oubli de la structure complexe en ce sens que les diagrammes K
R(X )
ψkR
−−−−→ K
R(X ) et K
C(X )
ψCk
−−−−→ K
C(X)
c
⏐ ⏐
c⏐ ⏐
o⏐ ⏐
o⏐ ⏐ K
C(X )
ψkC
−−−−→ K
C(X ) K
R(X )
ψRk
−−−−→ K
R(X) commutent pour tout k ∈ Z .
Les ψ
ksont appel´ es op´ erations d’Adams.
Nous nous bornons ici ` a indiquer comment l’on construit ψ
kpour k > 0.
Pour tout (k, n) ∈ N
∗2, le polynˆ ome
n i=1X
ik∈ Z[X
1, . . . , X
n]
est sym´ etrique, donc il s’´ ecrit de mani` ere unique sous la forme P
k,n(σ
1,n, . . . , σ
n,n) avec P
k,n∈ Z[X
1, . . . , X
n], o` u σ
i,n=
I⊂{1,...,n} Card I=i
k∈I
X
k(1 ≤ i ≤ n) (1)
On d´ efinit, ξ ´ etant la classe d’un fibr´ e de rang n,
ψ
kξ = P
k,n(ξ, Λ
2ξ, . . . , Λ
nξ)
o` u les puissances ext´ erieures Λ
pξ de ξ sont d´ efinies comme le produit tensoriel par recollement.
7Les raisons de cette restriction apparaˆıtront au paragraphe 1.3.
8Il n’est nullement ´evident a priori qu’il s’agisse d’un ensemble ; cela se voit en prouvant des r´esultats que nous admettrons dans 1.3.
9On peut par exemple le construire comme le quotient du groupe ab´elien libreZ(E(X))par le sous–groupe engendr´e par les c(E) +c(E)−c(E+E), o`uc:E(X)→Z(E(X))est l’application canonique.
10i.e. de sorte que les morphismesf∗´evoqu´es ci–avant soient des morphismes d’anneaux.
11i.e. commutant aux images r´eciproques.
1.3 Propri´ et´ es de base
Proposition 2 Soit X un espace fini
12. ´ Etant donn´ e un fibr´ e vectoriel ξ de base X, il existe un autre fibr´ e ξ
tel que ξ⊕ξ
soit trivial. En cons´ equence, l’application E(X ) −→ K(X ) compos´ ee des applications canoniques E (X ) −→ K(X) et K(X) −→ K(X) est surjective si X est connexe.
Nous admettrons ce r´ esultat (de mˆ eme que tous les autres de ce paragraphe).
Notons, pour n, k ∈ N, Gr
n,k(ou Gr
n,k,Ks’il y a ambigu¨ıt´ e sur K) la grassmannienne des sous–espaces vectoriels de dimension n dans K
n+k, munie de sa topologie usuelle (qui en fait une vari´ et´ e analytique compacte). Les inclusions
´ evidentes Gr
n,k⊂ Gr
n,k+1permettent de d´ efinir la r´ eunion Gr
n(not´ ee encore Gr
n,K) des Gr
n,kpour k ∈ N
13. Cet espace
14(que l’on peut ´ egalement voir comme l’ensemble des sous–espaces de dimension n du K-espace vectoriel K
(N)) est ´ equip´ e d’un fibr´ e vectoriel de rang n tautologique ξ
n: E
n= { (v, V ) ∈ K
(N)× Gr
n| v ∈ V } −→ Gr
ninduit par la deuxi` eme projection (o` u la structure vectorielle est donn´ ee par l’´ egalit´ e ensembliste (ξ
n)
V= V ).
Proposition 3 Pour tout espace fini X et tout n ∈ N , l’application
C(X, Gr
n) −→ E
n(X ) f −→ f
∗ξ
n15induit une bijection [X, Gr
n] −→ E
n(X).
(On dit que l’espace Gr
nrepr´ esente le foncteur E
n)
Les inclusions Gr
n⊂ Gr
n+1(obtenues en envoyant un sous–espace V de dimension n de K
n+ksur le sous–espace V ⊕K de K
n+k+1= K
n+k⊕K) permettent de consid´ erer la grassmannienne infinie Gr
∞(encore not´ ee Gr
∞,K), r´ eunion des pr´ ec´ edentes
16. L’op´ eration de somme directe de sous–espaces d´ efinit une application continue Gr
∞×Gr
∞−→ Gr
∞qui ` a homotopie pr` es est associative, commutative, et poss` ede un ´ el´ ement neutre. Cette loi induit, pour chaque espace X, une structure de mono¨ıde (en fait, de groupe) naturelle sur [X, Gr
∞].
Les deux propositions pr´ ec´ edentes permettent d’obtenir :
Proposition 4 Soit X un espace fini et connexe. Le groupe K(X) est naturellement isomorphe ` a [X, Gr
∞].
Si X est un espace fini (connexe ou non), le groupe K(X ) est naturellement isomorphe ` a [X, Z × Gr
∞]
17. Autrement dit, Z × Gr
∞repr´ esente le foncteur K, ce qui permet de ramener les propri´ et´ es de la K-th´ eorie aux propri´ et´ es homotopiques de cet espace. Ainsi, les op´ erations d’Adams d´ ecrites pr´ ec´ edemment sont induites par des applications continues (d´ efinies de fa¸con unique ` a homotopie pr` es) de Gr
∞dans lui-mˆ eme, i.e. par des ´ el´ ements de [Gr
∞, Gr
∞]. Comme nous le verrons par la suite, la restriction de ces op´ erations aux classes de fibr´ es de rang 1 est induite par des ´ el´ ements de [Gr
1, Gr
1] faciles ` a comprendre ; nous exploiterons ce fait pour tous les fibr´ es via la proposition suivante dans le cas complexe, le cas r´ eel s’y ramenant en quelque sorte (en vertu d’un r´ esultat que nous tairons).
Proposition 5 Soient X un espace fini, ξ un fibr´ e vectoriel complexe de base X . Il existe un espace fini Y et une application continue f : Y → X telle que
– f
∗ξ est une somme directe de fibr´ es en droites, – f
∗: K
C(X ) → K
C(Y ) est injective.
(Ainsi, en quelque sorte, toute propri´ et´ e des fibr´ es vectoriels complexes « compatible » aux images r´ eciproques et
`
a la somme directe des fibr´ es est vraie pour tous les fibr´ es si elle est v´ erifi´ ee pour les fibr´ es en droites)
12Cette hypoth`ese est ici essentielle et l´egitime la restriction aux espaces finis.
13que l’on munit de la topologie la plus forte induisant sur chaqueGrn,kla topologie usuelle.
14quin’estpas fini.
15assimil´e ici `a son image dansEn(X).
16que l’on munit encore de la topologie la plus faible induisant sur chaqueGrn,k la topologie usuelle.
17o`uZest muni de la topologie discr`ete.
1.4 Enonc´ ´ e de la conjecture d’Adams
Consid´ erons un fibr´ e vectoriel ξ : E −→ X . En en ˆ otant la section nulle (i.e. les origines des fibres pour leur structure d’espace vectoriel), on obtient une application σ : E
−→ X, appel´ ee fibration sph´ erique de base X associ´ ee
`
a ξ, dont les fibres
18sont hom´ eomorphes ` a un R
n\{0}, qui a le type d’homotopie de la sph` ere S
n−1 19. On peut d´ efinir en toute g´ en´ eralit´ e la notion de fibr´ e sph´ erique (ind´ ependamment de celle de fibr´ e vectoriel) ; disons simplement que l’on peut d´ efinir une notion de classes d’´ equivalence de fibr´ es sph´ eriques stables de base X (la relation d’´ equivalence est ici l’´ equivalence d’homotopie fibr´ ee
20; le terme stable signifie que l’on identifie ´ egalement un fibr´ e sph´ erique avec le fibr´ e de dimension sup´ erieure obtenu par « suspension fibr´ ee » (ce qui est l’analogue de l’ajout du fibr´ e trivial de rang 1 pour les fibr´ es vectoriels)), qui forment un groupe naturellement isomorphe [X, BG
∞] pour un certain espace BG
∞, comme pour les fibr´ es vectoriels. L’op´ eration consistant ` a ˆ oter la section nulle induit alors un morphisme de groupes, pour X espace fini connexe
21, K(X ) [X, Gr
∞] −−→
jX[X, BG
∞], qui est induit par une application continue, unique ` a homotopie pr` es, de Gr
∞dans BG
∞, i.e. par un ´ el´ ement J de [Gr
∞, BG
∞].
Nous pouvons d´ esormais ´ enoncer la conjecture d’Adams
22:
Proposition 6 Soit X est un espace fini. Pour tous ξ ∈ K(X ) et k ∈ Z, il existe n ∈ N tel que j
X(k
n(ψ
kξ − ξ)) = 0.
La premi` ere preuve de ce r´ esultat, esquiss´ ee par Quillen et compl´ et´ ee par Friedlander, fait intervenir la g´ eom´ etrie alg´ ebrique via la topologie ´ etale. La preuve de Sullivan, dont nous donnons ici un aper¸cu, utilise ´ egalement la topologie
´ etale, mais de mani` ere diff´ erente : alors que Quillen et Friedlander font usage de la topologie ´ etale en caract´ eristique finie (ils consid` erent le morphisme de Frobenius pour d´ ecrire les op´ erations d’Adams), Sullivan emploie la topologie
´ etale en caract´ eristique nulle, en consid´ erant les vari´ et´ es alg´ ebriques sur K qui interviennent directement pour classifier la K-th´ eorie. D’autres preuves n’utilisent pas la g´ eom´ etrie alg´ ebrique.
18on adopte pour les fibr´es sph´eriques les mˆemes conventions de terminologie et de notation que pour les fibr´es vectoriels, notamment en ce qui concerne les fibres et les images r´eciproques.
19sph`ere unit´e deRneuclidien canonique.
20Unehomotopie fibr´eeentre deux applications continuesf, g:E→F faisant commuter un diagramme E −−−−−→ F
u⏐⏐ v⏐⏐
X X
o`uuetv sont deux applications continues fix´ees (en g´en´eral, ce sont des fibrations) est une homotopieh:E×[0,1]→F def `agtelle que pour toutt∈[0,1],h(., t) :E→F fasse encore commuter ce diagramme. La notion d’´equivalence d’homotopie fibr´eese d´efinit comme celle l’´equivalence d’homotopie.
21cette restriction est en fait superflue.
22Adams avait prouv´e sa conjecture pour les images de fibr´es en droites.
2 K -th´ eorie profinie et g´ eom´ etrie alg´ ebrique. D´ emonstration de la conjec- ture d’Adams
2.1 Principe. Aper¸ cu du th´ eor` eme de comparaison
Les grassmanniennes dont la r´ eunion est apparue dans le paragraphe 1.3 sont des objets essentiellement alg´ ebriques : ce sont des vari´ et´ es analytiques que l’on peut obtenir par un atlas d’ouverts d´ efinis par des (in)´ egalit´ es alg´ ebriques, les changements de cartes ´ etant ´ egalement des fonctions rationnelles. On remarque ´ egalement que l’on peut choisir tous les polynˆ omes intervenant dans cette description ` a coefficients dans Q (alors que le corps de base est R ou C). En termes pr´ ecis, une grassmannienne (r´ eelle ou complexe) est la r´ ealisation topologique (r´ eelle ou complexe) d’une vari´ et´ e alg´ ebrique
23d´ efinie sur Q . Ce dernier fait permet de faire agir le groupe de Galois Gal( C / Q ) des Q - automorphismes de corps de C sur lesdites vari´ et´ es, dans le cas complexe du moins
24. ´ Evidemment, ces automorphismes sont topologiquement ultra–pathologiques (pas du tout continus) et cette action sur les vari´ et´ es alg´ ebriques que sont les grassmanniennes ne fournit directement aucune action topologique sur les espaces que l’on obtient par r´ ealisation topologique complexe et qui nous int´ eressent pour d´ ecrire la K-th´ eorie. Cependant, on peut avec Sullivan utiliser cette action du groupe de Galois pour comprendre les op´ erations d’Adams sur la K-th´ eorie profinie (voir paragraphe suivant), « variante » de la K-th´ eorie o` u la g´ eom´ etrie alg´ ebrique interviendra via le th´ eor` eme de comparaison entre g´ eom´ etrie et topologie alg´ ebriques dont nous allons maintenant donner une rapide id´ ee.
Compl´ etion profinie d’un espace
D´ efinition 3 Un espace X est dit homotopiquement fini si pour tout n ∈ N , π
n(X)
25est fini. Si p est un nombre premier, X est dit homotopiquement p -fini si de plus les π
n(X ) ont pour cardinaux des puissances de p.
D´ efinition 4 1. Un pro–espace est une famille d’espaces (X
i)
i∈I, o` u I est un ensemble ordonn´ e filtrant ` a gauche (i.e. muni d’un ordre ≥ tel que pour tous a, b ∈ I il existe c ∈ I tel que c ≥ a et c ≥ b), munie d’applications continues f
ji: X
i→ X
jpour i ≥ j telles que f
kj◦ f
ji= f
kipour i ≥ j ≥ k
26.
2. ´ Etant donn´ es deux pro–espaces X = (X
i)
i∈Iet Y = (Y
j)
j∈J, on d´ efinit [X, Y ] = lim
j←−∈J
(lim
−→i∈I
[X
i, Y
j]) ; la compos´ ee g ◦ f ∈ [A, C] de f ∈ [A, B] et g ∈ [B, C ] (o` u A, B et C sont des pro–espaces) est d´ efinie de mani` ere ´ evidente (` a partir de la composition des applications).
3. Deux pro–espaces X et Y sont dits homotopiquement ´ equivalents s’il existe f ∈ [X, Y ] et g ∈ [Y, X] tels que f ◦ g et g ◦ f co¨ıncident avec l’identit´ e de Y et X respectivement.
4. Un pro–espace (X
i)
i∈Iest dit p- profini (o` u p est un nombre premier) si tous les X
isont homotopiquement p-finis.
On fait de tout espace X un pro–espace de mani` ere ´ evidente, en consid´ erant la famille r´ eduite au seul ´ el´ ement X . Proposition 7 Soit p un nombre premier. On peut associer naturellement ` a chaque espace X un pro–espace p-profini, not´ e X
pet appel´ e compl´ etion p -profinie de X , muni d’une fl` eche naturelle i ∈ [X, X
p], v´ erifiant la propri´ et´ e universelle suivante : pour tout espace homotopiquement p-fini Y , i
∗: [ X
p, Y ] → [X, Y ] (d´ efinie en associant ` a f ∈ [ X
p, Y ] la compos´ ee f ◦ i) est une bijection.
Le produit des X
ppour p parcourant l’ensemble des nombres premiers est appel´ e compl´ et´ e profini de X et not´ e X ; il est muni d’une fl` eche naturelle de [X, X ] v´ erifiant une propri´ et´ e universelle analogue, o` u « homotopiquement p-fini » est remplac´ e par « homotopiquement fini » .
Ce r´ esultat, ici admis, est essentiellement dˆ u ` a Artin et Mazur (qui fournissent du reste une th´ eorie beaucoup plus g´ en´ erale de la compl´ etion homotopique)
27.
23qui de plus v´erifie toutes les propri´et´es de«gentillesse»que l’on peut en attendre : irr´eductibilit´e, lissit´e, propret´e etc.
24 le cas r´eel est l´eg`erement plus compliqu´e : la d´emonstration n´ecessite de remplacer les vari´et´es r´eelles (les grassmanniennes) qui interviennent naturellement par d’autres vari´et´escomplexes. Par la suite, nous ne parlerons plus que du cas complexe.
25D´efini comme [Sn, X] mais en imposant aux homotopies de respecter un point de base donn´e.
26Ces applications sont en g´en´eral omises dans la notation d’un pro–espace.
27Il existe plusieurs mani`eres d’obtenir des « compl´etions profinies » homotopiques ; dans mon DEA, je pr´esente une construction diff´erente de celle d’Artin–Mazur.
Topologie ´ etale et th´ eor` eme de comparaison : ` a toute vari´ et´ e alg´ ebrique V on peut associer naturellement un pro–espace V
et, appel´ e type d’homotopie ´ etale de V , d´ efini formellement ` a partir de la notion de faisceau ´ etale
28. Comme d’habitude, le terme naturellement signifie que l’on peut associer ` a chaque morphisme de sch´ emas f : V −→ W un f
et∈ [V
et, W
et] (en respectant la composition). En particulier, tout σ ∈ Gal(C/Q) induit un σ
et∈ [G
et, G
et], si G est une grassmannienne complexe.
Si V est une vari´ et´ e alg´ ebrique complexe, on peut ´ egalement lui associer naturellement l’espace, not´ e V (C), obtenu par r´ ealisation topologique de V
29: c’est cette construction que nous avons ´ evoqu´ ee au d´ ebut du paragraphe dans le cas des grassmanniennes.
Proposition 8 Si V est une vari´ et´ e alg´ ebrique complexe lisse, le pro–espace V
etest naturellement homotopiquement
´ equivalent ` a V (C).
La d´ emonstration de ce r´ esultat profond, que nous admettrons totalement, repose d’une part sur des propri´ et´ es formelles de la compl´ etion profinie, d’autre part sur deux th´ eor` emes de comparaison entre topologie usuelle (i.e.
de la r´ ealisation topologique) et type d’homotopie ´ etale : l’un compare les revˆ etements finis, l’autre la cohomologie (la d´ emonstration de ce th´ eor` eme de comparaison utilise le pr´ ec´ edent, des propri´ et´ es formelles des faisceaux et des propri´ et´ es g´ eom´ etriques des vari´ et´ es — notamment la notion de bon voisinage).
L’un des premiers (et des plus faciles) pas pour tous ces r´ esultats r´ eside dans la propri´ et´ e suivante, dont nous donnons une d´ emonstration compl` ete, laquelle est ´ el´ ementaire, mais non imm´ ediate.
Proposition 9 Soit V une vari´ et´ e alg´ ebrique complexe. Le nombre de composantes connexes de V pour la topologie de Zariski est ´ egal au nombre de composantes connexes de sa r´ ealisation topologique V (C).
D´ emonstration : Nous utiliserons les propri´ et´ es suivantes de la r´ ealisation topologique des vari´ et´ es complexes : 1. Si V = ∅, alors V (C) = ∅ ;
2. V
red(C) V (C) ;
3. La r´ ealisation topologique commute aux sommes et recollements ;
4. Si V est une vari´ et´ e lisse, V (C) est naturellement muni d’une structure de vari´ et´ e analytique complexe ; 5. La r´ ealisation topologique d’un revˆ etement ´ etale (i.e. d’un morphisme fini et lisse) d’une vari´ et´ e lisse est un
revˆ etement analytique fini de sa r´ ealisation topologique.
2 et 3 sont imm´ ediats ; 1 d´ ecoule du th´ eor` eme des z´ eros de Hilbert, 4 du th´ eor` eme d’inversion local ; 5 est facile via le th´ eor` eme d’Ehresmann selon lequel une submersion propre (entre vari´ et´ es diff´ erentielles) est un revˆ etement.
Grˆ ace ` a 1, 2 et 3, il suffit de montrer que si V est une vari´ et´ e int` egre non vide, V (C) est connexe. Soit n la dimension de V : le corps des fonctions K de V est une extension de C de degr´ e de transcendance n, donc par le th´ eor` eme de l’´ el´ ement primitif, il est de la forme C(X
1, . . . , X
n)(t) o` u t a un polynˆ ome minimal irr´ eductible (dans C(X
1, . . . , X
n)[T ]), que l’on peut ´ ecrire sous la forme d’une fraction f /g avec f et g dans C[X
1, . . . , X
n][T ], premiers entre eux, et f unitaire : f est donc irr´ eductible dans C[X
1, . . . , X
n][T ], et A = C[X
1, . . . , X
n][T ]/(f ) est une C[X
1, . . . , X
n]-alg` ebre int` egre finie de corps des fractions isomorphes ` a K, donc H = Spec A est birationnellement ´ equivalent ` a V , et il existe des ouverts denses M et N de H et V respectivement qui sont isomorphes. Il suffit de prouver que H (C) est connexe : en effet cela entraˆınera que M (C), dont le compl´ ementaire dans H(C) est (topologiquement) de codimension au moins 2, est connexe ; comme N (C) M (C) est dense dans V (C) (son compl´ ementaire est d’int´ erieur vide pour la mˆ eme raison de codimension), cela ach` evera la d´ emonstration.
Notons π le morphisme fini H → A
nC: par le th´ eor` eme de Bertini, il existe un ouvert dense U de A
nCtel que si l’on note W = π
−1(U ), π |
W: W → U soit lisse, donc un revˆ etement ´ etale. Cela montre d´ ej` a que W ( C ), donc son adh´ erence H (C), a un nombre fini de composantes connexes — en nombre inf´ erieur ou ´ egal au degr´ e d de A sur C[X
1, . . . , X
n], que nous noterons C
1, . . . , C
k. En particulier, pour tout i ∈ {1, . . . , k}, π(C) induit un revˆ etement analytique fini W (C) ∩ C
i→ U (C), dont nous d´ esignerons par r
ile degr´ e ; cela prouve que si l’on note, pour a ∈ U (C), (σ
im(a))
1≤m≤riles fonctions sym´ etriques ´ el´ ementaires en les r
iant´ ec´ edents de a par π dans C
i(cf. (1)), les σ
misont des fonctions holomorphes sur U(C) (utiliser des trivialisations locales analytiques de π). Si l’on pose
λ
i(a) = T
ri+
ri−1j=0
( − 1)
jσ
ji(a)T
j∈ C [T ], on a manifestement pour tout a = (a
1, . . . , a
n) ∈ U( C ) f (a
1, . . . , a
n, T ) =
k i=1λ
i(a
1, . . . , a
n) (2)
28Nous n’entrerons ici pas du tout dans les d´etails de cette construction. Il est d’ailleurs remarquable que la preuve de Sullivan de la conjecture d’Adams n’utilise pratiquement que l’existenced’une telle construction (et le th´eor`eme de comparaison ci–apr`es) dans le cas des grassmanniennes, et non la fa¸con pr´ecise dont on l’obtient.
29L’ensemble sous–jacent est l’ensemble des points de V, et la topologie est celle induite par celle de Cn si V est plong´ee comme sous–vari´et´e de l’espace affine complexe de dimensionn, la topologie s’obtenant en g´en´eral par recollement de vari´et´es affines.
Si l’on ´ ecrit f (X
1, . . . , X
n, T ) = T
d+ P
1(X
1, . . . , X
n)T
d−1+ · · · + P
d(X
1, . . . , X
n), on constate que pour tout (a
1, . . . , a
n) ∈ C, f (a
1, . . . , a
n, t) est non nul d` es que |t| ≥ 2d
di=1
|P
i(a
1, . . . , a
n)|, donc tous les σ
misont major´ es polynomialement. On en d´ eduit tout d’abord que les σ
im(donc les λ
i) se prolongent analytiquement ` a C
ntout entier (pour n = 1, le compl´ ementaire de U (C) dans C est isol´ e ; dans le cas g´ en´ eral, pour tout a = (a
1, . . . , a
n) ∈ C, il existe i tel que parmi les points de C
nayant les mˆ emes coordonn´ ees, sauf peut–ˆ etre la i-` eme, que a, seul un nombre fini ne soient pas dans U ( C ), et l’on est ramen´ e au prolongement d’une fonction holomorphe d’une variable en un point isol´ e hors de son domaine de d´ efinition), puis que la singularit´ e des σ
im` a l’infini est alg´ ebrique, ce qui implique que ces fonctions sont des polynˆ omes. Maintenant la relation (2) et l’irr´ eductibilit´ e de f imposent k = 1, ce qu’il fallait d´ emontrer.
2.2 Op´ erations sur la K -th´ eorie profinie
Dans tout ce paragraphe, on se donne un nombre premier p.
D´ efinition 5 Soit X un espace fini. On appelle K -th´ eorie p -profinie de X le groupe ab´ elien K
p(X ) = K(X ) ⊗
Z
Z
p(le corps de base K ´ etant indiff´ eremment R ou C), o` u Z
pd´ esigne l’anneau lim
n←−∈N
Z/p
nZ des entiers p-adiques.
Dans toute la suite, on ne s’occupera plus que de K-th´ eorie p-profinie complexe, le cas r´ eel ´ etant analogue, modulo le raffinement ´ evoqu´ e dans la note 24.
Proposition 10 Pour tout espace connexe fini X , on a un isomorphisme naturel K
p(X ) [X, (Gr
∞)
p]
Cette propri´ et´ e, que nous admettrons, est une cons´ equence directe de la proposition 4 et de r´ esultats g´ en´ eraux sur la compl´ etion p-profinie.
Afin d’exploiter les consid´ erations du paragraphe pr´ ec´ edent, nous utiliserons le fait suivant (´ el´ ementaire) : il existe une action de Gal(C/Q) sur (Gr
∞)
pcompatible ` a son action sur le compl´ et´ e p-profini des grassmanniennes (donn´ ee par l’isomorphisme de la proposition 8
30).
Notons α : Gal(C/Q) → Z
∗p(groupe des ´ el´ ements inversibles de l’anneau Z
p) le morphisme de groupes obtenu en restreignant, pour chaque n ∈ N, l’action du groupe de Galois au groupe Z/p
nZ des racines p
n-i` emes de l’unit´ e. Des propri´ et´ es ´ el´ ementaires de th´ eorie de Galois montrent que α est surjectif.
Proposition 11 L’action de Gal(C/Q) sur (Gr
∞)
pse factorise par α, de sorte que Z
∗pagit sur (Gr
∞)
p, donc sur la K-th´ eorie p-profinie par la proposition pr´ ec´ edente. De plus, pour tout entier k premier ` a p, l’op´ eration induite en K-th´ eorie p-profinie par l’op´ eration d’Adams ψ
kco¨ıncide avec l’action de l’´ el´ ement k de Z
∗p.
Nous esquissons ` a pr´ esent la d´ emonstration de ce r´ esultat, qui constitue la clef de la preuve de Sullivan de la conjecture d’Adams.
Grˆ ace ` a la proposition 5, il suffit de prouver que l’action de Gal(C/Q) sur (Gr
1)
pse factorise par α et que k agit par ψ
k(en effet, l’action de Gal( C / Q ) est compatible ` a l’addition en K-th´ eorie p-profinie car au niveau des grassmanniennes finies l’addition des sous–espaces est la r´ ealisation topologique de morphismes alg´ ebriques d´ efinissables sur Q ). Cette r´ eduction simplifie grandement notre travail car Gr
1= P
∞( C ) est homotopiquement tr` es agr´ eable : son seul groupe d’homotopie non trivial est le π
2, isomorphe ` a Z , i.e. c’est un espace d’Eilenberg–Maclane de type K( Z , 2), d’o` u l’on d´ eduit que (Gr
1)
pest homotopiquement ´ equivalent au pro–espace (K(Z/p
nZ, 2))
n∈N31(il s’agit d’une propri´ et´ e formelle assez facile de .
p). Les propri´ et´ es homotopiques de base des espaces d’Eilenberg–Maclane montrent alors qu’il suffit de prouver que pour tout n ∈ N l’action de Gal(C/Q) sur H
2( (P
∞(C))
p; Z/p
nZ) se factorise par α et que k y a la mˆ eme action que ψ
k. Mais comme l’inclusion P
1(C) ⊂ P
∞(C) induit un isomorphisme entre les π
ipour i ≤ 2 et un
´ epimorphisme entre les π
3, il suffit de prouver la mˆ eme assertion pour H
2( (P
1(C))
p; Z/p
nZ), ou encore, en utilisant le
30A priori, la proposition 8 ne fournit une action que sur le compl´et´e profini d’une grassmannienne ; on en d´eduit une action sur le compl´et´ep-profini car celui–ci peut s’obtenir `a partir du pr´ec´edent par une construction naturelle de«p-localisation (homotopique)».
31Cette suite d’espaces est munie d’une structure de pro–espace car on peut choisir une construction d’espaces d’Eilenberg–Maclane fonctorielle.
th´ eor` eme de comparaison entre cohomologies ´ etale et singuli` ere (l’un des principaux ingr´ edients de la proposition 8) pour la vari´ et´ e complexe lisse P
1C(droite projective complexe), pour les groupes de cohomologie ´ etale (o` u l’action du groupe de galois devient alors transparente) H
´et2(P
1C; Z/p
nZ)
32.
On utilise ensuite la carte usuelle de P
1Cform´ ee de deux ouverts isomorphes ` a la droite affine complexe A
1C, d’intersection isomorphe ` a ( G
m)
C= Spec C [X, X
−1]. La suite exacte de Mayer–Vietoris (en cohomologie ´ etale) nous ram` ene ` a prouver notre assertion sur les groupes de cohomologie H
´et1(( G
m)
C; Z /p
nZ ), (isomorphes ` a Z /p
nZ ) ; il est ici agr´ eable de regarder ce groupe comme l’ensemble des classes d’´ equivalence de revˆ etements ´ etales galoisiens de groupe Z/p
nZ de (G
m)
C. Mais pour tout k ∈ N
∗, (G
m)
Ca un unique (` a isomorphisme pr` es) revˆ etement ´ etale galoisien de groupe Z/kZ, donn´ e par la C[X, X
−1]-alg` ebre ´ etale standard C[X, X
−1][T ]/(T
k− X )
33. Le groupe H
´et1((G
m)
C; Z/kZ) s’identifie alors au groupe des automorphismes de ce revˆ etement, canoniquement isomorphe au groupe U (k) des racines k-i` emes de l’unit´ e de C (consid´ erer, si ξ ∈ U (k), l’automorphisme de revˆ etement induit par T −→ ξT dans C[X, X
−1][T ]/(T
k−X )). Il est maintenant ´ evident que l’action de Gal(C/Q) sur ce groupe de cohomologie se factorise par le morphisme Gal(C/Q) → Aut U (k)( Z/kZ
∗), donc que l’action de Gal(C/Q) sur (Gr
1)
pse factorise par α.
Pour prouver l’assertion relative aux op´ erations d’Adams, il suffit ensuite de constater que ψ
kinduit dans π
2(P
∞(C)) la multiplication par k (car c’est le cas pour x −→ x
kdans π
1( C
∗)).
2.3 La conjecture d’Adams d’apr` es Sullivan
On pose, pour tout espace fini X, K(X) =
pK
p(X ), p parcourant l’ensemble des nombres premiers (le corps de base ´ etant ici C , conform´ ement ` a la restriction que nous nous sommes fix´ ee) : si X est connexe, on a un isomorphisme naturel K(X) [X, Gr
∞]. Par la proposition pr´ ec´ edente, K(X) est muni d’une action naturelle du groupe Z
∗=
pZ
∗p(si l’on voit σ ∈ Z
∗comme un automorphisme homotopique de Gr
∞, σ agit par l’image r´ eciproque σ
∗).
J ∈ [Gr
∞, BG
∞] (introduit au paragraphe 1.4) se factorise de mani` ere unique par l’´ el´ ement canonique de [Gr
∞, Gr
∞] car BG
∞est homotopiquement fini. Ce point crucial provient de ce que les groupes d’homotopie de BG
∞sont isomorphes aux groupes d’homotopie stable π
stnS
0(sauf en degr´ e 0 — BG
∞est connexe), qui sont finis (except´ e pour n = 0) comme Serre l’a montr´ e. On obtient ainsi un ´ el´ ement j de [ Gr
∞, BG
∞] ; on peut donc associer ` a tout ´ el´ ement de K(X ) (o` u X est fini connexe) un ´ el´ ement de [X, BG
∞] que l’on appellera son type d’homotopie fibr´ ee sph´ erique stable.
Le th´ eor` eme qui suit est la forme « abstraite » de la conjecture d’Adams prouv´ ee par Sullivan.
Proposition 12 Pour tout espace fini connexe X , le type d’homotopie fibr´ ee sph´ erique stable des ´ el´ ements de K(X) est constant le long des orbites de Z
∗.
Lemme Soit γ
n: T
n−→ Gr
nle fibr´ e sph´ erique associ´ e au fibr´ e vectoriel de rang n tautologique ξ
n. On a un diagramme commutatif ` a homotopie pr` es
T
n−−−−→ Gr
n⏐ ⏐
Gr
n−1−−−−→ Gr
no` u la fl` eche verticale de gauche est une ´ equivalence d’homotopie et la fl` eche horizontale du bas l’inclusion.
Le lemme est totalement ´ el´ ementaire : la fl` eche T
n= {(x, v) ∈ Gr
n× (C
(N)\{0}) | v ∈ x} −→ Gr
n−1est donn´ ee par (x, v) −→ x∩v
⊥(o` u C
(N)est muni de sa structure hermitienne canonique) ; c’est une ´ equivalence d’homotopie d’inverse w −→ (Ce
1⊕ s(w), e
1), o` u e
i(i ∈ N
∗) est le i-` eme vecteur de la base canonique de C
(N)et s l’endomorphisme de C
(N)donn´ e par e
i−→ e
i+1(la compos´ ee T
n−→ T
n(x, v) −→ (Ce
1⊕ s(x ∩ v
⊥), e
1) est homotope ` a l’identit´ e comme le montrent les homotopies T
n× [0, 1] −→ T
n(x, v, t) −→ (Ch
t(v) ⊕ s(x ∩ v
⊥), h
t(v)) o` u h
t(v) = ts(v) + (1 − t)e
1, et T
n× [0, 1] −→ T
n(x, v, t) −→ (i
t(x), i
t(v)), o` u i
test l’endomorphisme de C
(N)donn´ e par e
i−→ te
i+ (1 − t)e
i+1).
Reste ` a voir que γ
nest homotope ` a la compos´ ee T
n−→ Gr
n−1⊂ Gr
n(x, v) −→ Ce
1⊕ s(x ∩ v
⊥). Pour cela on consid` ere les homotopies T
n× [0, 1] −→ Gr
n(x, v, t) −→ C(ts(v) + (1 − t)e
1) ⊕ s(x ∩ v
⊥) puis
T
n× [0, 1] −→ Gr
n(x, v, t) −→ i
t(x), o` u s et i
tont la mˆ eme signification que pr´ ec´ edemment.
32Le groupe des coefficients ´etant unp-groupe, la localisation parpn’a pas d’effet en cohomologie.
33On utilise ´evidemment ici le th´eor`eme de comparaison des revˆetements ´etales et analytiques finis d’une vari´et´e complexe lisse, l’autre ingr´edient de fond de la proposition 8.
Retour ` a la proposition 12 : En appliquant le foncteur de compl´ etion profinie ., on obtient ` a homotopie pr` es une fibration γ
n: Gr
n−1−→ Gr
n34. ´ Etant donn´ e σ ∈ Z
∗, consid´ erons le diagramme commutatif (` a homotopie pr` es)
σ
∗Gr
n−1−−−−→ Gr
n−1 σ−1−−−−→ Gr
n−1 σ∗γn⏐ ⏐
γn⏐ ⏐
γn⏐ ⏐ Gr
n−−−−→
σGr
n σ−1−−−−→ Gr
n(la commutation du carr´ e de droite provient de la naturalit´ e de l’action de Z
∗, vu que γ
nest homotopiquement
´ equivalent ` a l’inclusion Gr
n−1→ Gr
n, qui est un morphisme alg´ ebrique d´ efinissable sur Q).
La compos´ ee σ
∗Gr
n−1→ Gr
n−1 σ−1−−→ Gr
n−1induit une ´ equivalence d’homotopie entre les fibres (c’est le cas de chacune des deux fl` eches dont elle est compos´ ee), d’o` u l’on d´ eduit (par une propri´ et´ e g´ en´ erale des fibrations) que σ
∗γ
na le mˆ eme type d’homotopie fibr´ ee que γ
n. Cela entraˆıne que ξ
net σ
∗ξ
nont le mˆ eme type d’homotopie fibr´ ee sph´ erique stable par un argument g´ en´ eral de topologie reposant essentiellement sur la finitude homotopique de BG
∞. On conclut ensuite grˆ ace ` a la naturalit´ e de l’action de Z
∗et au fait que tout ´ el´ ement de K(X ) est combinaison lin´ eaire d’images r´ eciproques des ξ
n.
D´ emonstration de la conjecture d’Adams (proposition 6) ` a partir de la proposition 12 : Soient X un espace fini (que l’on peut supposer connexe sans perte de g´ en´ eralit´ e), k ∈ Z et ξ ∈ K(X). On utilise l’´ el´ ement σ
kde Z
∗dont la composante dans Z
∗pest k lorsque le nombre premier p ne le divise pas, 1 sinon. Soit α l’image de ξ dans K(X ) : σ
k∗α a la mˆ eme image dans K
p(X ) que l’image β de ψ
kα dans K(X) pour p premier ` a k (d’apr` es la description des op´ erations d’Adams en termes de K–th´ eorie profinie donn´ ee dans la proposition 11), donc le diagramme commutatif
K(X ) −−−−→ [X, BG
∞]
⏐ ⏐
⏐ ⏐
pk
K
p(X ) −−−−→ [X, BG
∞[k
−1]]
(o` u BG
∞[k
−1] d´ esigne le « localis´ e (homotopique) de BG
∞» obtenu en inversant k) montre que l’image de σ
∗kα − β dans [X, BG
∞[k
−1]] [X, BG
∞] ⊗ Z [k
−1] (cet isomorphisme d´ ecoule de propri´ et´ es de la localisation homotopique) est nulle, donc pour n ∈ N assez grand, le type d’homotopie fibr´ ee sph´ erique stable de k
n(σ
k∗α − β), donc de k
n(β − α) par la proposition pr´ ec´ edente, est trivial, soit j
X(k
n(ψ
kξ − ξ)) = 0, ce qu’il fallait d´ emontrer.
34LesGrksont despro–espaces, mais on peut en fait ici raisonner comme s’il s’agissait d’espaces ordinaires, ce que nous continuerons `a faire par la suite.