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Academic year: 2022

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Journal Identification = PNV Article Identification = 0942 Date: June 18, 2021 Time: 4:44 pm

Éditorial

Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2021 ; 19 (2) : 179-80

Le fait de réduire la compréhension du monde aux lois de la mécanique et de l’équilibre sans prendre en compte la dimension du temps, a conduit à conférer aux phénomènes un caractère immuable. Cette conception anhistorique, degré suprême de la connaissance pour les anciens Grecs, les naturalistes de la Renaissance jusqu’au XVIIIe siècle, persiste dans la physiologie contemporaine, souvent de fac¸on inconsciente, mais encore revendiquée avec force par certains.

Alexeï A Ukhtomski.

Dominant of the Soul,1921.

L

’aptitude à la conduite automobile chez les patients présentant une affection neuro-évolutive à son début soulève un problème difficile car le désir de préserver l’autonomie du patient est confronté aux risques que fait courir le maintien de la conduite pour le patient lui-même, mais aussi pour la famille et la société.

En l’absence de directives légales en France1, l’évaluation du bénéfice/risque de la poursuite de la conduite repose sur diverses méthodes recensées par Chloé Lazéras et al.,en particulier la recherche, à l’examen neuropsycholo- gique, d’altérations cognitives spécifiques prédictives de dangerosité. Les modèles cognitifs de la conduite automo- bile montrent l’implication de nombreuses fonctions mais, malheureusement aucun consensus n’a pu être établi ni sur les modèles ni sur les tests à pratiquer. De plus, il reste à prendre en compte l’évaluation de la capacité du patient à évaluer le degré de conscience de ses difficul- tés qui lui permettrait d’adapter sa conduite pour réduire les risques d’accident, car la méconnaissance des troubles est fréquente dans la maladie d’Alzheimer et la règle dans les démences frontales. Comme aucun médecin ne peut interdire de conduire à un patient ni signaler sa dangero- sité aux autorités, tout repose, en dernier ressort, sur la capacité du médecin, du psychologue et de la famille à convaincre le patient qu’il ne doit plus conduire. Il serait néanmoins souhaitable qu’à l’image d’autres évaluations neuropsychologiques, un protocole d’examen assorti de cri- tères de décision puissent être élaborés au plan national en s’inspirant des positions des autres pays.

Éloi Magninet al.abordent l’intéressant sujet des liens possibles entre troubles neurodéveloppementaux (TND)

1 Contrairement à certains pays, voir Roche J. Conduite automobile et maladie d’Alzheimer.Psychol Neuropsychiatr Vieil2005 ; 3 : 163-8.

et affections neurodégénératives et particulièrement à leurs conséquences diagnostiques dans le cadre d’une consultation de mémoire. L’imagerie fonctionnelle a permis d’objectiver des troubles de la connectivité des réseaux neuronaux dans certaines aires, qu’ils soient d’origine structurale, fonctionnelle ou liés à un défaut d’apprentissage. Au plan fondamental, la possibilité d’un lien entre TND et pathologies dégénératives mérite d’être questionnée. Au plan clinique, les TND, souvent méconnus ou minimisés chez l’adulte du fait du développement de mécanismes de compensation au cours de l’enfance et de l’adolescence, peuvent devenir manifestes lorsque ces mécanismes sont altérés au cours du vieillissement ou d’une pathologie dégénérative dont ils peuvent, par ailleurs, modifier la phénoménologie. On touche ici les difficultés de la distinction entre normal et pathologique, comme entre les différents syndromes cliniques neurodégénératifs en l’absence de marqueurs biologiques spécifiques des pathologies sous-jacentes.

Caroline Masseet al.abordent la problématique ques- tion des relations entre troubles de l’humeur et troubles cognitifs chez les sujets âgés. Les troubles cognitifs peuvent en effet précéder, accompagner les troubles de l’humeur ou persister après leur disparition, comme les troubles de l’humeur peuvent précéder, accompagner ou compliquer les troubles cognitifs dans les affections neuro- dégénératives. Au plan théorique, dépression et affections neurodégénératives pourraient ainsi constituer des facteurs de risque l’un pour l’autre ou partager des facteurs de risque communs. Au plan pratique, la présentation de la dépression peut être modifiée par l’intensité des troubles cognitifs et comme celle d’une affection neurodégénérative être masquée par l’intensité du trouble de l’humeur. Dans la maladie d’Alzheimer, les éléments dépressifs sont très fréquents et résultent des mises en échec répétées et la perte de l’estime de soi, conséquences des troubles cogni- tifs : évaluer si le trouble de l’humeur justifie un traitement spécifique n’est pas toujours aisé à préciser, du fait de leur possible effet négatif sur les troubles cognitifs. Les diffi- cultés sont particulièrement élevées pour différencier une démence frontotemporale de type apathique et une dépres- sion chimio-résistante car elles peuvent offrir des similarités au plan neuropsychologiques comme au plan de l’imagerie fonctionnelle. Le recours à un traitement d’épreuve par sis- mothérapie peut alors s’avérer nécessaire.

Beaucoup de travaux ont souligné les difficultés à faire coïncider les besoins des aidants avec les diverses offres

doi:10.1684/pnv.2021.0942

Pour citer cet article : Derouesné C. Éditorial.Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil2021 ; 19(2) : 179-80 doi:10.1684/pnv.2021.0942 179

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Journal Identification = PNV Article Identification = 0942 Date: June 18, 2021 Time: 4:44 pm

C. Derouesné

qui peuvent leurs être proposées. L’originalité du travail de Laure Vezin et al. est de chercher à mieux identifier ces difficultés en se plac¸ant du point de vue des représen- tations et des pratiques des aidants professionnels pour définir la prise en charge la plus adaptée à la situation concrète, tout en soulignant la nécessité d’une simplifica- tion de l’organisation de ces aides souvent dispersées.

Deux articles originaux sont consacrés à la notion de réserve cognitive.

Pierre Albrecht et al. ont étudié 318 patients présen- tant un diagnostic de maladie d’Alzheimer répartis en 5 groupes selon leur niveau d’études. Lors du diagnostic ini- tial, les sujets présentant un niveau d’études supérieures étaient plus jeunes et avaient un score au MMSE supérieur à celui des autres groupes. Au terme d’un suivi de quatre ans, la perte de points/an au MMSE était significativement plus élevée chez sujets ayant suivi des études supérieures que dans les autres groupes, mais sans observer de dif- férence significative entre ces autres groupes. Les auteurs concluent que leurs résultats confortent la théorie de Yaakov Stern fondée sur la notion de réserve cognitive : une réserve élevée, liée en particulier au niveau d’éducation, retarde- rait l’apparition des manifestations cliniques chez un sujet ayant déjà des lésions cérébrales avancées, et son épuise- ment serait suivi d’un déclin plus rapide. On peut toutefois s’interroger sur le fait que cette évolution soit significative

uniquement chez les sujets ayant une éducation supérieure, sans«effet dose».

Léa Martinez et al. mettent en évidence l’intérêt de prendre en compte le trait de personnalité Ouverture, dans le modèle des Big Five, comme facteur important de la réserve cognitive. Le TPO médiatiserait le facteur éducation et le facteur connaissances, mais non le contrôle exécutif.

Le modèle comportemental du TPO est loin de constituer une variable homogène ; il a néanmoins l’intérêt d’attirer l’attention sur des processus non uniquement cognitifs, dans lesquels intervient la motivation.

Il est curieux de constater que la neuropsychologie contemporaine oscille entre deux pôles : d’un côté, un retour à l’isomorphisme entre concepts psychologiques et fonctionnement cérébral, réactivé par l’imagerie cérébrale et, de l’autre, sous l’influence de la psychologie cognitive, le recours à des modèles théoriques purement fonction- nels, sans aucun rapport avec le fonctionnement cérébral.

Un adage chinois nous rappelle toutefois l’importance de marcher sur ses deux jambes.

Liens d’intérêts : l’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec l’article.

CHRISTIANDEROUESN ´E

Rédacteur en chef

180 Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil, vol. 19, n2, juin 2021

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