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MÉMOIRE
S
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LES ABEILLES
Nouvelle manière de
conftruiredoe Ruches en
paille ,&
lafaçon de gouverner
lesAbeilles.
Solæ
communes
natos , confortia teâraürbis habent,
magnifque
agitantfub legibusævum
;Et
patriam folæ,&
certos novere penates;
•Venturaeque
hyemis
mémoires, æftatelaborem
Experiuntur,&
inmedium
quaefita reponunt.V
irg.—
•—
Ge.org. lib. IV. vPar M.
LAbbe Bien aymé
y Chanoine, de laCathédrale
d*Kyreux.
JÜL
lh}0
a paris,
Chez [P IDOT
, Libraire, quai des Auguflins;C
u r a n d
, Libraire, rue Galande*
«i
«•»». ».
TABLE
DES MATIÈRES.
Chapitre
Ier.De
là différence des ruches,
page
iChap.
I I.Des Abeilles
3& en par-
ticulier des
Me
res.io
Chap. III. Des
Abeillesouvrières.16 Chap.
IV. Des Mâles ou Fauxbour-
dons. i
g Chap. V. Du Rucher & de
fortexpofition.
2 v
Chap. V
I.De
laconjlruâion des Ruches &
de leur utilité.27 Chap. VII. De
lamaniéré de
recevoirles Effaims. ? 3
Chap. VIII. Du temps
leplus favo-
rable
pour
faire la récoltedu miel &
de
la cire.a
2
TABLE DES MATIERES.
Chap. IX. De
lamaniéré
degouvcf- ner
les Abeillespendant ï
hiver.$i
Chap. X. Des ennemis
des Abeilles....
56
Explication
desFlanches &
desFi- gures
,à
lafin.i .
Fin de
laTable, 3
V i
1 '
l •*>
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, a . "
i •; »
:
MÉMOIRE
SUR
LES ABEILLES.
Nouvelle manière de
conftruïredes Ruches en
paille,
&
lafaçon de gouverner
lesAbeilles.
CHAPITRE PREMIER.
De
la différence desRuches.
Depuis
prèsde
quinze ans que jem’oc-
cupe
d Abeilles, j’ai pris foin de
me
procurertous les écrits qui ont traité de ces précieux
A
2
Mémoireinfeéles,
&
de les comparer,avec ce quej’enpenfois
moi-meme
; tous saccordent àdire ,
&
conviennent qu’il feroit à délirer que l’onpût trouver un
moyen
sûr&
très - peu dis-pendieux , de tirer des Abeilles tout le profit
que
l’on peut en attendre ,&
aucuns , à cequ’il m’a paru , ne font parvenus au but qu’ils s’étoient propofés J par l’impolTibilité qu’il
y
a d’exécuter avec
économie
leurs expérien- ces en raifondu
produit; de manière que l’on peut' dire avec vérité que toutes lesRuches
imaginées depuis trente ans , font plus agréa- bles qu’utiles, qu’elles ne peuvent être adop-
tées que par très peu de perfonnes ,
&
ja-mais par les gens de la
campagne
, à qui principalement legouvernement
des Abeilles eft confié, qui ne les confervent point pour
fe faire
un
objet d’amufement , mais réelle-ment pour
fe procurer un revenu.J’avoue avec les partifans des
Ruches
deM.
Paltaut ,M. Duchet
,M. Ducarme
deBlangy
,M.
DanielVildman
,&
tant d’autresqui en ont inventé, qu’elles lont d’une conf- truétion fort ingénieufe
&
très-curieufe. Maiscomme
ce n’eft point avec lesRuches
de cesfur tes Abeilles.
J
Meilleurs que l’on pourra faire revivre
dans
ceRoyaume
une branche decommerce
pref- que'éteinte , le butque
jeme
fuis propofé,
eft d'en donner
une
au public , que tous les habitans de lacampagne
puilfent faire eux-mêmes
, qui ne leur coûtera prefque rien 2ttendu qu’ils ont chez eux la maniéré pro- pre à la faire, quiintrinféquement eft de très-peu de valeur.
La Ruche
que je propofe n’a point les dé- favantages des anciennes faites en forme de;clocher ,
&
de toutes les nouvelles; elle pro- duit le double des premières , le triple&
lequadruple des fécondés ; elle
donne
annéecommune
fept livres de revenu : la cire&
le miel font d’une qualité bien fupérieure à tout ce que l?on a eu jufqua préfent parce que
chaque
année toute la récolte eftnouvelle,
&
qu’ily
a une très -grande dif- férence de la cire& du
miel d’un eftaim,d un
ou
dedeux
ans , avec un autre quia
déjà acquis plulieurs années.
La
ciredu
pre- mier ehbeaucoup
plus blanche&
plus pure,,le miel eft plus beau, plus
doux
, plus agréa.- bie*
4
Mémoireta Ruche
que je propofe efl: conduite de manière que la çire&
le miel quelle con-tient , ne peuvent pas
y
relier plus de dix-huit mois , la récolte s’en fait très-facilement » fans faire périr d Abeilles ,
&
fans qu’il foitp.dhble d’ofifenfer le couvainqui eft toujours,
&
dans tous les temps, une chofe très-pré-çieufe
, puilque de fa confervation dépendla
population
&
le travail de Iannée fuivante,
fuppofé que 1hiver précédent ait détruit une partie des Abeilles ouvrières , ce qui arrive tres-fouvent ,
& même
plus fréquemment dansles
Ruches
en forme de clocher, dont nos
gens de la
campagne
fe fervent encore par- tout.La
cire&
le miel qui font dans la par»tie fupérieure de ces
Ruçhes
ne pouvant être renouvellées par 1impofîîbilité qu ily
a d’yparvenir , fe détruifent avec le temps ; les
mites , les vers , la putréfaction fe
commu-
niquent dans toute la
Ruche
, corrompent la cire , donnent mauvais goût au miel , rebu- tent les Abeilles, toujours leur occafion.- nent des maladies dont elle? meurent,.Si les défavantages dont je parle De font point à craindre dans lçs
Ruches
à hoffes, ifur Us AheilUs.
y
tiroirs, ou à couliffies , elles en ont d’autres qui
empêcheront
toujours que l’on ne s’en ferve , car ou elles font faites de boisou de
paille. Si elles font de bois, elles font trop chaudes en été,
&
trop froides en hiver : d’ail- leurs elles font fi difpendieufes&
fi difficilesa faire , à moins que d’être
foi-même me-
nuifier
, quelles rebutent ceux qui les
con—
noiffent. Si elles font de paille , elles coû-
tent
beaucoup moins
à la vérité ,&
font faciles a faire3 mais de quelque matière
qu’elles foient, elles produifent fi peu
de
re-venu
a raifon de leur forme, qu’il n’y aura jamais que des gens riches qui veulent s’a- mufer, qui les adopteront
, joint à ce
que
les vents peuvent les renverfer ,
&
qu’ellesfont très-fujettes à fe déranger. Je dirai
donc
avecvérité, que les
Ruches
dontje parle nef- faiment pas fi fouvent que celles que je pro- pofe par plufieurs raifons.La
première parceque la lécolte s en fait a plufieurs fois
&
endifférons temps ; la fécondé parce qu’elle s’en fait ou trop tôt ,
ou
trop tard.Si 1 on prend pour cela le
temps du
tra- vail, c’efl toujours dans ce temps que fe foncA
3,6 Mémolrt
les eflaims.
Quelque
précaution que Ton prenne , il eft certain que toute laRuche
fe fent de cette opération ,&
fur lechamp
les Abeilles font occupées à rétablir les al-
véoles brifées, remettre le tout en état.
Le temps
quellesy employent
, elles auroientfini leur ouvrage , ce qui les auroit forcé d’eflaimer; parce qu’il eft certain que cette petite république ne conferve chez elle qu’au»
tant d’ouvrieres qu'il lui en faut
, pour
rem-
plir le vuide qui fe trouve dans fon habita-
tion ,
&
pafle cenombre
, elle force le fur-plus à s’en choifir un autre.
Ce
principe pofé , il eft certain qu’il eft très-difficile d’avoir des effiaims desRuches
à liofles, &c.puifqu’à chaque foisquel’onenleve la hofle fupérieure , on en fubftitue une vuide deffious ,de manière qu’ellesn’ont jamaisfefpé*rance de voir leur ouvrage fini. Pendant ce
temps
la belle faifon s’avance, fieletemps des efTaims fe paffie.La
fécondé raifon , c’eft que fi l’on attend à la fin de Juillet , tempsoù
l’on ne doit plusefpérer d’effaims , pour faire la récolte
du
fniel
&
de la cire, qui répondra que ce quifur les
A
beilles.7
refte de la belle faifon fera allez favorable ï non-feulement pour les nourrir , mais
même
rétablir les alvéoles brifées , fe munir fuffi-
famment
de provifionspour
pafler l’automne, l’hyver&
le printemps qui fouvent leur font très-défavantageux?Suppofons donc
quelles ne font pas fuffifamment approvifionnées,
elles peuvent toutes périr pendant l’hyver»
ou
au moins après cette cruelle faifon , elles font fi foibles&
fi languiffantes ,&
il enrefie fi
peu
qu’elles ne font jamais ennom*
bre fuffifant
pour
former des efiaims ,&
larécolte de l’année fuivante en eft
moins abon-
dante ; tandisque
dans laRuche que
je pro- pofe , la récolte de la cire& du
miel s’en fait tout-à-la-fois&
dans letemps
le plus convenable; ledérangement que
l’ony
occa-sionne n’apporte point de retard au travail ni au couvain , el'es voient l’inftant après que la récolte efi faite , l’ouvrage quelles ont à faire ; aufli des le
même
jour elles tra- vaillent avec une aéHvitéinconcevable ,parceque
la belle faifon lesy
invite,&
qu’elles nene fontpoint encore occupées
du
couvain qui ne doit éclore que plus d’un moisou
fix Ce-ntaines après.
A 4
S Mémoire
Il feroit
donc
a defirer que tous ceux qui s’occupent d’Abeilles ,&
furtout les gens dela
campagne
adoptaflent laRuche
que je pro- pofe. S’ils l’avoient éprouvée , ils feroient bientôt convaincus que c’eft la feulema-
nière d’en retirer un revenu réel ; ce qui eft
à proprement parler le feul mobile des ex- périences de ce genre.
Que
je ferois heu- reux , fi dans la fuite je pouvoisme
flatterque
l’on adoptera cette nouvelleRuche
, Sc procurer par là l’abondance du miel&
dela cire dans ce
Royaume
fi floriflant,où
l’onne peut s’en procurer qu’à très-grands frais,
&
quiy
lont cependant fi nécelfaires ! D’ail-leurs je crois que tous ceux qui élevent des Abeilles prendront de préférence cette
Ru-
che j parce que j’ai fait toutesmes
expé- riences fous lesyeux
deM.
leComte
de Buftcn , qui , depuis que je m’occupe de cette partie , a bien voulu s’informer des progrès que je pouvoisy
faire ,&
m’en-hardir à écrire
mes
réflexions , m’aflurant quemon
travail pouvoit devenir utile à laNation. Après l’approbation d’un
homme
aufli célèbre
, qui réunit toutes les connoif-
fur les Abeillesï
y
fances poflibles ,
&
les poflféde au degré le plus éminent, je
me
fuis cru autorifé à lesrendre publiques fous des aufpices auffi fa- vorables.
10 Mémoire
CHAPITRE II.
Des Ab
èMe
s ,& en
particulier desMeres.
L ES
fentimens ont toujours été partagésfur le
nombre,
le fexe 3c l’emploi des Abeil-lesqui coirtpofent une Ruche.
Tous
les Écri- vains s’accordent à dire qu’ily
en a troisfortes dans chaque panier ; des mâles , des Abeilles ouvrières,
&
une feule que l’on ap- pelleRoi ou
Reine.Des
mâles , mais tous ne s’accordent pas fur le nombre.Celles que l’on appelle Abeilles ouvrières, les uns ont prétendu qu’elles étoient femel-
les ,
&
produifoient leurs femblables; les au-tres foutiennent au contraire qu’elles n’ont aucun fexe.
Enfin la troifième efpèce , les uns l’ontap- pelle le
Roi
,les autres la Reine , 3c d’autresla Mere.
Depuis que je
m’occupe
de cette partie,j’ai pris toutes les précautions nécelïaires
pour
»
fur les Abeilles.
II
connoître la vérité , autant qu’il étoit poffi-
ble ,
&
dire quelque chofe de certain là-defl'us. Je fuis actuellement plus que
con-
vaincu par plufieurs expériences, que j’ai
fuivies avecla plusgrande exaétitude, quecha- que république eft
compofée,
depuis le vingt Avril jufquau quinzeAoût
de lamême
an- née que tous les couvains font éclos, d’une Alere ,de dix-fept mille ouvrières
&
dequinze cens mâles.Je dis une
Mere
, parce qu’il n’y en a ja- mais plufieurs danschaque
panier , quoiqu’à chaque couvain il en éclôt une,deux &
quel-quefois plus.
Mais
elles ne fubfiftent qu’au- tant de rems quil eft néceffairepour
jugerfile couvain qui va éclore eft affez
nombreux
pour former un elïaim, auquel cas il
y
ena une de confervée,
&
toutes les autres font tuees. Si au contraire J’effaim n’eft pas afTeznombreux,
elles fedéfont de toutes les
Me-
res qui viennentd’éclore,
&
il faut attendreun
autre couvain , ce qui ne tarde pas plus de trois femaines.ou un mois, fi le temps eft favorable.11 n
V
a réellement qu’une femelle quieft12 Mémoire
la
Mcre
de toute l’habitation. Ellepond
par chaque année dix-feptmille œufs pour for-
mer
les Abeilles ouvrières, quinze censpour
foi
mer
les maies ,&
un , deux ou trois dans chaque couvain pour former les Meres. Ilny
a pas plus de quatre couvains par an »y
compris celui qui doit paffer l’hyver ,afinde réparer au printemps fuivant, les pertes qui pourroient être arrivées dans la répu- blique.
Pour
fe convaincre de cette vérité, ilny
» qu à faire attention à la forme de celle
que
j appelle la Mere. Sa partie inférieure efi:beau-
coup
moins grofie&
plus longue que celledes males
&
Abeilles ouvrières, pour
pou-
voir dépofer fes œufs dans les alvéoles , de maniéré que cette partie
y
entre très-facile-ment
, tandis que les Abeilles ouvrières ne peuventy
entrer qu’avec beaucoup depeine,&
encore par la tête. Ses ailes parodient pluscourtes que celles des ouvrières à raifon de
la longueur de fon corps , fa réte efi: plus arrondie , fes mâchoires plus courtes,
&
falangue moitié moins longue , de forte qu’il lui feroit impoilible de pourvoir elle-même à
fur les Abeilles. 13
fa fubfiftanee , fa langue n’étant pas allez lon- gue pour parvenir au fond
du
calice profond des fleurs; fon aiguillon eft très-long , mais il eft difpoféde manière qu’elle ne peut prefque pas s’en fervir. Il efl; recourbé fous fon ventre, vraifemblablement de peurque
parun mou- vement
involontaire, elle ne blefle les mâles qui la fécondent,&
ne les fafle mourir avantle temps.
Il efl
donc
vraide dire qu’elle efl lamere
de toutela république,&
celaefl d’autantmieux
fondé que , malgré ce que je viens de dire defaconformation , elle eft la feule à qui
on
aittrouvé des œufs dans le corps , tandis que les Abeilles ouvrières font formées de manière à ne pouvoir leur appercevoir de fexe.
Une
autre raifon , c’eftque
fitôtque
laMere
eft morte , le trouble&
la confulion ré- gnent dans toute la république; plus d’ouvra-, ge, plus de paix ni de tranquillité, jufqu’à ceque
lecouvain nefoit éclos,&
qu’iln'y aitune
nouvelle mere. Si lesAbeilles ouvrières vontà
la
campagne
, ceft pour chercher àfenourrir&
jamais elles n’en rapportent rien; elles fortent, elles rentrent continuellement, non-*
Mémoire
feulement
comme
placeurs l’ont prétendu,
parce que la Reine n’eft plus là pour
com- mander &
donner les ordresdu
travail, mais bien parce quelles craignent qu’il n’y aitpoint de
Mere
dans le couvain qui va éclore,&
que néceflfairement ceferoit une famille per-due, puifqu’elles n’auroientplus l’efpéraace de
fe voir renouveller par d’autres couvains, Sc
de remplacer celles qui meurent de maladie, d’accident,
ou
qu’elles tuent elles-mêmes; carchaque
année elles (e détruifent en très-grandnombre
à la fin de l’été, mais ce font toujours des anciennes,ou
des infirmes qui probable-ment
feroie uthors d’étatdetravailler lacampa-
gne firivante,& conféquemment
neferviroientpendant l’hyvcr qu’à diminuer confidérable-
ment
leurs provisions. Si les Abeilles ouvrières fe reproduifoient ellesmêmes,
le travail ne cef- feroit point, outrés peu; ily
auroit des cou-vains qui procureroient des
Meres
,&
l’on neverroit point,
comme
fouvent il eft arrivé à .la fin de l’automne, des
Ruches
entièrement dépeuplées, livrées par conféquent au pillage des autres,&
fans avoir rien fait pendanttoute la belle faifun, quoiqu’au printemps
fur Us Abeilles.
, Ij*
elles aient paru bien peuplées d’Abeilles.
Ce
n’eftdonc que le défaut deMere
, lecou-
vain qui a pafle l’hyver n’en ayant point produit au printemps , qui a caufé la det- truélion entière de la
Ruche.
Il eft de la der- nière conféquence de ne point l’offenfer dansle
temps
de la récolte , de crainte que l’onne
détruife la partie qui contient les
Meres
,&
c’eft ce qui ne peut jamais arriver dans la
Ruche
que je propofe.Mémoire
\i6
CHAPITRE III.
Des
Abeilles Ouvrières.Dans
uneRuche
entièrement complette,les Abeilles ouvrières font au
nombre
de dix-fept mille.
Leur
occupation eft d’aller cher- cher tout ce qui eft néceflaire pour faire lemiel&
la cire .tant pour leur propre fubfifi- fïftance, que pour nourrir laMere &
les mâlespendant le temps que lesderniers font néceftai- qres. Elles foignent les couvains avec la plus grandeattention; fîtôt que la
Mere
adépoféfes oeufsdans lesalvéoles, ellesles couvrent d’une liqueur blanche , femblable à de la farine dé- layée dansdu
lait, qu’elles ont grand foinde vifïter tous les jours , afin d’en reméttre
quand
il enmanque.
Ces œufs fe transfor-ment
en un petit ver blanc, qui
augmente
à proportion que la faifon eft plus ou moins favorable. Il change de robe tous les huitou
quinze jours ,comme
les vers à foye,
jufqu à ce qu’il foit parvenu par fa grofleur
au
point de remplir , à très-peu de chofe près.f“r les Abeilles,
*7
près , l’alvéole dans lequel il eft dépofé. Il prend alors la forme d’une fève ,
& quand
il eft dans cet état , les Abeilles ouvrières répandent fur la fève
une
autre liqueur qui reflemblebeaucoup
au miel délayé avecde
l’eau.
Quand
l’alvéole efl; entièrement iremplide cette liqueur, elles en ferment l’entrée pat une pellicule de cire
extrêmement
fine.Tout
le couvain
demeure
en cet état depuisla finde Septembre
jufqu’aumoisd’Avrilfuivanttemps où
lesrayonsdu
foleilfontordinairement aflez Fortspour
échauffer laRuche &
fairechangée
par dégréla fève enmouche,
qui,quand
elleefl parfaitementformée , brifeavec fa têtela pel- licule qui la couvroit , fort de fa cellule àl’aide de trois
ou
quatre Abeilles ouvrières qui la broffent , lui décollent les ailes, la débarraffent de cette liqueur grafle dont elle êtoit couverte dans l’alvéole. Elles condui-fent la nouvelle
venue
à l’entrée de la Ru-i che, parcourent avec elle la planchette qui
eft en avant, l’obligent à voler horsdelà
Ru3
che à trèspeu
de diftance , la font revenic auffi-tôt plufieurs fois de fuite ;&
dans lamatinée elle eft inftruite de tout ce qu’elle
B
Mémoire
doit favoir.
Audi
dans l’après-midi, on la
Voit aller à la
campagne &
revenir dans faRuche
chargéecomme
les anciennes.A
l’é-gard des autres couvains, il ne faut pas plus
d
un mois pour les former entièrement , de les faire éclorequand
la faifon eft bien fa- vorable.1
fur Ici Abeilles»
n
CHAPITRE IV.
Des mâles ou Faux Bourdons
*es
mâlesou Faux Bourdons
font beau-coup
plus gros que laMere &
les Abeillesouvrières. Ils n’ont point d’aiguillon; lié lont au
nombre
de quinze cens depuis léinoisd Avrilquelepremier couvain
commencé
à éclore, jufqü’à la fin d’Août.
Chaque cou-
vain en fournit à
peu
près quatre cens.Après que
le dernier couvain de l’été eft éclos, ils
fécondent la
Mere pour
!a dernierefois;
Auflîtôt les Abeilles ouvrières les tuent,
&
les jettent hors de la
Ruche.
J’en aicompté
de morts dansun
jour jufqu’à cent.Ils n ont
d
autre occupationque
de féconder laMere;
Ils ne fortent de la
Ruche que
depuisonze
heures
du
matinjufqu’à troisdu
foir. Ils vol- tigent autour ,&
ne s’en éloignent pas de vingt pieds. Ils ne travaillent point, ne rap- portentrien ; lesAbeilles ouvrières les nour-j rdTent pendanttoutle temps qu’ils font utiles.
M«us fitôt qüe le couvain qui doit palTei
B à
iMémoire
l’hyver eft Fait , elles s’en défont
comme*
d’un peuple inutile à leur république , qui ne ferviroit qu'à les affamer pendant l’hyver.
Ce
n’eft pas feulement des mâles dont elles fe défont dans ce temps-là.Tout
le moisde Septembre
efl:employé
à faire* la revuede
ce quicompofe
la république&
de ce qui doit paffer l’hyver -, de forte que toutes les vieilles, les malades, les infirmes, les paref- feufes, enun mot,
toutes celles qui n’ont pasles qualités requifes pour bien fervir la répu- blique l’année fuivante,
ou
quimême
excé- dent lenombre
ordinaire , font tuées&
jet-tées hors de la
Ruche.
C’eft probablement parce quelles craignent que celles qui nejouiffent pas d’une
bonne
fanté venant à mou-:rir pendant l’hyver ,
&
n’ayant pas pendant cette faifon la force de jetter les corps morts hors de leur habitation , le mauvais air neles faffe toutes périr ,
ou
dans la craintede manquer
de provifions en laiffant tant de.membres
inutiles à la focie'té,&
qui ne laif-fent pas de
manger comme
celles qui fontutiles.
fur tes Abeilles!
CHAPITRE V,
Vu Rucher & de fon expofidon
.Ri en
n’eft plus utile& mieux vu que
deeonfacrer une place pour fe faire un
Rucher,
afin de réunir toutes les
Ruches
dans un feuî& même
endroit, qui dès-lors font faciles àgarder dans le temps des effaims , puifque d’un
coup
d’œil on peut appercevoir tousles
changemens
quiy
arrivent.Mais comme
le terrein que l’on choifit ordinairement
pour
placer les
Ruches &
leRucher
, eft toujoursun
terrein précieux relativement au fol&
à fon expofition , attenduque
c’efl; le jardin le plus prochain de la maifonque
l’on doit choifirpour
cela , il n’efl:donc
pas indiffé- rent de conftruireun Rucher
de manière qu’iln’occupe que le moins de terrein poffible , afin que le propriétaire
du
jardin en tire le meilleur parti. Il fautdonc
desRuches
con£>truites de manière qu’elles puiffent être mifçs
les une fur les autres , cependant que la bafe
B
32
2Mémoire
du
plushaut rang ne foit pas à plus de cinq pisds çj élévation, parce qu’en les mettant plus haut , il feroit très à craindre que les
vents ne tourmentaient les Abeilles ,
ou
qu’elles n’aient point la force au printemps
de
fs rendie a leur habitation. Selonmoi,
les
Ruches
en forme de clocher, celles à hoflfesou
a tiroir , à raifon de leur grofleur, leurforme &
leur hauteur , ne peuvent être mifes fans danger les unes fur les autres. Elles ne peuvent être mifes que les unes contre lesautres,
conféquemment
elles occupent plus de furface, ce qui réellement diminue le pro- duit.Mais
avec laRuche
que je propofe, je nedemande
pour placerun Rucher
que huit pieds de large,
y
compris lechemin
qui doitfe trouver devant
&
hors du Rucher, quatorze pieds de long , unmur
fuffifamment élevépour
que le couvert ait la pente convenable,&
ceRucher
contiendra trente paniers , parceque
chaque ruche n'a que quatorzepou-
ces de diamètre , 8c fe pofe horifontale-;
jnenr.
Il faut
que
lesmurs du Rucher
foient bienr
fur les Abeilles
2$
enduits, pour
que
les fouris ni d’autres ani-maux
ne puiiïent pas s’y loger. Sur cesmurs
on pofera un couvert de tuiles, debois.de
paille,
ou
de quelqu’autre matière que cefoit ,
pourvû
qu’il garantiffe entièrementles
Ruches
de la pluie. Il feroit à defirerque
l’on mît des chanlates tout le long
du Rucher,
parce que dans les pluies confidérables l’eau, entombant
à terre, pourroit par fou rejetincommoder
laRuche
d’en bas. Il fautpo-
fer dans toute la longueur
du Rucher
troisrangs de bois , à égale diftance les uns des autres.
Le'
premier àun
pied de terre,&
chaque étage diftant d’un pied fix pouces
1 un de 1 autre, afin d’avoir la facilité d’oter les paniers
&
les remettre. Les bois qui font deftinés a fupporter les Ruches, doivent être afiez forts pour quils ne plient point fous leur poids. Six pouces d’épais fulfifent,& pour
plus grande folidité il faut mettre des dez de, pierre a une diftance convenable fous le
rang d en bas,
&
des bras de force fous les,deux
autres. Il fautdeux
bois dans chaque, rang de la largeur d’un pied chacun : qu’ils, fe touchent tous deux, afin que la Ruche.'24
Mémoire
porte également par tout. Il eft effentîel de-
pofer des liteaux de chaque côtédes
Ruches
dedeux
pieds de long pour les fixer,empê-
cherquelles ne roulent,&
quelles ne fe dé- rangent.On
mettra devant chaqueRuche une
planchette de quatre pouces de large fur dix pouces de long, attaché au bois de devantpour
leur fervir de trottoir, pofée de manièrequ
elle fe- trouve de niveau à l’entrée de laRuche &
inclinée devant, pour que, fi la pluie tomboit defTus, l’eau n’entrât point dans laRuche
, mais quelle tombât à terre. Il ne faut pas que l’une des planchettes touche l’au- tre.Chaque Ruche
doit avoir la fienne bien diftinéfe,. n’y auro-it-il qu’un pouce& demi
de diftance de l’une à l’autre de peur que les
Abeilles ne fe trompent de panier , n’entrent
les unes chez les autres , furtout dans le temps du pillage, ce qui en feroit périr un grand
nombre.
Un Rucher
confttuit de cette manière doit être expofé au midi en été. enforte que le foleil levant réclaire obliquement &:que
depuis neufà dix heures du matin, &:meme
plutôt s'il efi po/fible , il reçoive tous les
fur les Abeilles. 2 y rayons
du
foleil , afin d’échauffer lesRuches
&
procurer des efiaims de bonne-heure. Ilne peut
y
avoir trop de chaleur dans le Pvu- cher , parce que lesRuches
par elles-mêmes font conftruites de manière à n’être jamaisaflez échauffées , au point de faire couler le
mielj
comme
il arrive tres^-fouvent danstoutes les autresRuches,
a raifon de leurforme;
mais il faut garantir le
Rucher
entièrement des vents froids par unmur ou
cloifon quel-conque
, lai fier le côté oppofé couvert, afinde pouvoir pafler
pour
voir fi les fouris n en-dommagent
pas lesRuches
par derrière, les
foigner a fon aife , les. tenir propres , n’y
laifier croître aucune herbe , ôter très-exac^
tement les araignées, les limaçons , les four- mis qui font autant
vd’ennemis des Abeilles;
& pour
cela il faut que leRucher
foit fa-blé partout de huit pieds de large
, qu’il foit bien enduit
&
blanchi dans l’intérieur ,ahn de voir d’un
coup
d'œil eny
entranttout ce qui peut leur être contraire. Il fe- roit à defirer que le
Rucher
fût encore conf-truit de manière
que
depuis lespremières Selees Iq folei! ne pût
y
pénétrer jufqu’auo6 Mémoire
mois de Mars. J’en dirai la raifon dans un autre Chapitre ,
&
donnerai lesmoyens
dele faire.
fur les Abeilles^
27
V !..
—
=?.
CHAPITRE VI.
De
la conflruclion desRuches & de
leur utilité.R. en
de plus (impie&
de plus facile à faire que laRuche
que je propofe. Il ne fautque
de la paille, de la coudre blanche donton
fait les paniers , de l’ofierou
tel autre bois fouple , avec lequelon
puifiTe joindrechaque
rang enfemble.Cette
Ruche
eft parfaitementronde,&
éga- lement gro(Te dans toutesfes parties. Elle n’a qu'un pied de diamètre dansœuvre, & deux
piedsde long (ici lesproportionsfont nécelfai- res,&ilfautlesgarder très-foigneufement.)Pouc
la bien faire
&
la faireprompeement
il faut de la paille battueau
tonneau ,à-peu-près
dégale grandeur, la plus grande& non
pasla plus grolTe , eft toujours la meilleure.
La
paille de feigle dont
on
acoupé
les épis,
eL
ceile quil faut prendre de préférence, parce que fi on lesy
lailToit , elle ne feroitpas faite fi
proprement
,&
que d’ailleurs s’ilMémoire
y
refloît quelques grains dedans .les fouris le*endommageroient.
La Ruche
eft compofe'e de vingt- quatre bourlets d’unpouce
defurfacechacun.Quand
le premier bourlet eft: formé , l’on en joint
un
fécond, qui eft la continuation dupremier.
En
prenant avec la coudre , à mefure qu’il fe forme, la moitiédu
précédent , ils fe trou- vent coufus très-folidement enfemble ,&
ainfides autres. Si chaque bourlet avoir plus d’un
pouce
de furface , ils fëroient trop gros&
bien moins tiftus.
S
ils avoient moins d’unpouce
,laRuche
feroit trop chaude en'"été&
trop froide en hyver. Toutes ces propor- tions bien obfervées formentun tonneau d’une très-grande folidité., auquel on adapte à cha-
que
extrémité, un fond auflî fait de paille,
de
onze pouces de diamètre,pour qu’il puifie entrer d’un bout à l’autre ,&
principalement le fond qui doit fervir d’entréeaux
Abeilles-*'Au milieu de
chaque
fond il doity
avoirun morceau
de bois en forme de poignéepour
les pouvoir pofer&
ôter plusfacilement.Il ne faut pour fixer chaque fond
que
troispetites chevilles de bois. Il faut