ALLOMÉTRIE DE CROISSANCE
CHEZ LE LAPIN (ORYCTOLAGUS CUNICULUS)
I. — PRINCIPAUX ORGANES ET TISSUS
J. CANTIER
A.VEZINHET,
R. ROUVIER L. DAUZIERE. BOUTHIER C. BRESSOT, Suzanne PAOLANTONACCI, Marie-Claude SCHELLER
Laboratoire de
Zootechnie,
Centre de Recherches
agronomiques
duMirli, École
nationalesupérieure agronomique,
34 -Montpellie!
Station centrale de
Génétique animale,
Centre national de Recherches
zootechniques,
78 -Jouy-en-Josas
Institut national de la Recherche
agronomique
SOMMAIRE
Nous avons étudié la croissance relative de certains organes et tissus, dans les deux sexes, d’une souche de
lapins
communs :glandes endocrines,
foie,reins,
tubedigestif,
peau, ensemble trachée- coeur-poumons, organes sexuelsprimaires, encéphale,
ensemble des muscles,squelette, dépôts
adi-peux
globaux.
Nous avonsdisséqué
41 mâles et 40femelles,répartis
en 9 lots échelonnés de 9 à 18 2
jours.
Pour
chaque
organe ou tissu a été retenul’ajustement représenté
par la droite(ou
les droitessuccessives)
derégression
décrivant avec la variance résiduelleminimum,
la relation dulogarithme
de sonpoids (y)
et dulogarithme
dupoids
du corps vif videpris
comme variable de référence(x).
Les coefficients a d’allométrie sont, pour
chaque
organe, les coefficients derégression
delog
ysur
log
x : leur valeur estconsignée
dans les tableaux i, 2et 3. 1°
L’hypophyse,
lathyroïde
et le sang neprésentent
pas dechangement
d’allométrie dans les deux sexes ;-
pour les surrénales, a augmente à 2240-2 620g chez le mâle et à 2 7So-2 9rS g chez lafemelle ;
- pour les ovaires, a augmente à 1550-1 580g ;
- pour les testicules, a augmente à 8go-i o6o g
puis
diminue vraisemblablement à 2120-2 140 g ;
- pour les organes sexuels
primaires,
a augmente à1 6 00 - 1755
g chez le mâle et à 2 r8o-22 so g chez la femelle.
Dans les deux sexes la peau
présente
uneaugmentation
et le tissuadipeux
deuxaugmentations
du coefficient d’allométrie au cours de la
croissance ;
- tous les autres tissus ou organes étudiés
présentent
dans les deux sexes une diminution du coefficient d’allométrie.2
° L’ordre de
précocité
moyenne décroissante suivant est mis en évidence dans les deux sexes:cerveau, reins, peau,
squelette,
foie, sang, tissu musculaire,dépôts adipeux.
3
° Tous les
changements
d’allométrie seproduiraient
au cours de lapériode
allant de goo g à26oo g chez le mâle et à 2900g chez la femelle. A l’intérieur de cette
période
se manifestent des coïncidences entre les intervalles dechangement
d’allométrie de certainesglandes
endocrines et de certains organes ou tissus,suggérant
l’existence de crisesphysiologiques
et de modifications des balances hormonales.4
° La. femelle a une vitesse de croissance
pondérale globale
et un format adulteplus élevés,
mais une
précocité
moindre que le mâle.. INTRODUCTION -
Les recherches sur la croissance relative
entreprises
à cejour
se sont, engénéral,
bornées à
envisager l’évolution,
au cours dudéveloppement,
dequelques
organes,tissus,
ouappareils:
- .Ainsi les travaux de HAMMOND et de son
école,
et ultérieurement ceux de BOCCARD et al.
( 19 6 2 )
surl’Agneau,
examinentprincipalement
l’évolution moyenne de lacomposition anatomique
dela
carcasse envue d’applications
concernant laproduction
de viande.Certains chercheurs ont
envisagé
d’unpoint
de vueplus fondamental,
surtout chez lesespèces
delaboratoire,
la croissanced’organes particuliers,
notamment lesglandes
endocrines. BRODY( 1945 )
donne ainsi desrenseignements
intéressants surla croissance relative des
glandes
endocrines et deplusieurs viscères,
chez leChat,
leCobaye,
le Rat.Seul à notre connaissance BENEVENT a
entrepris
une étude de la croissance relative de l’ensemble des organes et tissus chezl’Agneau.
Chez le
Lapin,
onpeut
citer les travaux de KIBLER et al.( 1943 )
traitant desthyroïde,
surrénales etgonades,
et de GIROD( 19 6 0 )
concernant les surrénales.H
AMMAR
( 1932 )
aprésenté
de très nombreux résultats de dissections delapins
com-muns suédois de divers
âges,
àpartir desquels
il effectue uneanalyse anatomique
etconstitutionnelle ainsi
qu’une
étude de la croissancepondérale
desprincipaux
organes et du tissu musculaire considéré dans sonensemble ;
mais la croissance relative n’est pasexplicitement envisagée.
Enfin ROBB
( 192 8)
étudie la croissance relative desglandes
endocrines et de certains organes delapins géants
etpygmées
et de leursmétis ;
et HRACHOVEC( 195 6)
donne pour certains organes les courbes d’évolution du
poids
relatif en fonction dulogarithme
del’âge
et celles dulogarithme
dupoids
en fonction dulogarithme
dupoids
du corps.Il nous a donc paru utile de caractériser la croissance relative des différents organes et tissus chez le
Lapin.
Dans cebut,
nous avons cherché àdéfinir,
àpartir
d’un échantillon
représentatif
d’unepopulation
déterminéed’animaux,
leslois
moyennes du
développement
et leurvariabilité,
en utilisant la relation d’allométrie(HwX U
J1Y
ig32 ;TE I SS I E R , ig 34 ).
Dans cepremier
travail nous donnons les résultatsconcernant différents organes et
glandes
et lesprincipaux tissus envisagés globale- üient. ;
.,,,,,4es résultats acquis
nousparaissent
constituer uneétape indispensable
dansl’étude.de la
physiologie
dudéveloppement
chez leLapin.
Dans uneétape ultérieure ndùs éttidie’fons
comment ilspeuvent
fournir lespremières
indicationsquant
auxâges et poids d’abattage
etaux méthodes d’élevage pour obtenir
unecomposition déterminée
des carcasses. fI.
-MATÉRIEL
ETMETHODES
Matériel animal ,
r
La
population
considérée estune souche
delapins
communs,sélectionnes
et élevés au Labora-toire de Zootechnie de l’E. N. S. A. M.
depuis
1960, dans lesconditions décrites
par PRUD’HON(1 9
67 a).
_Les courbes de croissance
pondérale globale
individuelle sontétablies
àpartir
des résultats despesées
hebdomadaires,Techniques expérimentales
Chaque
animal étudié est traité selon le processus décrit par CANTIFRet VEZirrHET( 19 68) ;
lesdéperditions,
pardéshydratation
notamment, sont restreintesgrâce
à laprotection systématique
du matériel par des gazes humides et des sacs en matièreplastique,
l’utilisationjudicieuse
duréfrigéra-
teur ...
Sont
enregistrés
les résultats despesées
de toutes lesparties disséquées,
ainsi que des débris musculaires obtenus parraclage
des os et desfragments ligamentaires,
tendineux,aponévrotiques
etpériostiques,
recueillis au cours du travail. Les pertes subies par le matériel traité en cours de dis- section peuvent de la sorte être évaluées. Bien que différant suivantl’âge
des animaux et avec lesrégions corporelles,
elles demeurenttoujours
dans des limitesacceptables. Ainsi,
la perte totalemoyenne relative
aupoids
vif varie de4 , 5 0
p. 100à 2,02p. 100pour les animaux âgés de 9à 182jours.
La
plus grande
teneur en eau des tissus des animauxjeunes explique
cette différence, la causeprincipale
des pertes étant ladéshydratation ;
la perte relative estplus importante
pour desrégions
comme latête
(8, 03
p. 100 à 9jours
à 5,77 p. 100à 182jours),
et la queue(8,9 4
P. 100 à 7,36 p.ioo),
dont le traitement estplus long, que
pour desrégions
comme le membre antérieur,rapidement disséqué (
4
,88
p. 100à 2,47 p.100 ) ;
le membrepostérieur
subit une perte du même ordre que celle encourue par le corps entier( 4 ,6 0
p. 100à 9jours
à i,96p. 100à 182jours).
_ Méthodes
statistiques a) Échantillonnage
des animaux.Le choix d’une méthode
d’échantillonnage
a été dicté par lescaractéristiques du type
de donnéesrecueillies : KAVANAGH et RICHARDS
( 1943 )
proposent en effet une classification des types de don- nées dont on peutdisposer
pour étudierl’évolution
relative de deux caractères mesurés sur lesmêmes animaux : ’ ’
- Les données du type A
correspondent
à des mesures des deux caractères, effectuées sur un seulorganisme,
à différentsâges.
, -- Dans le type B, les données sont des mesures effectuées sur les
divers
individus d’un groupe aussihomogène
quepossible,
quant àl’âge
notamment ; on les utilise dans des études sur les varia- tionsmorphologiques
etanatomiques
entre individus de mêmeâge.
- Le type C groupe les données
analogues
à celles dutype
A mais recueillies surplusieurs
indi- vidus aux mêmesâges.
- les données du type D sont obtenues sur
plusieurs
individusd’âges différents,
dont chacun n’est mesuréqu’une
seule fois.Cette classification a été
reprise
par COCK(x 9 6 3 ), qui distingue
les données «longitudinales
»(représentant
les types A et Cprécédents),
les données «statiques x (représentant
le typeB),
cellesqui correspondent
àplusieurs
groupes de donnéesstatiques
recueillies à desâges
fixés etdifférents,
sur des lots d’animaux
différents,
enfin les données du type D de la classificationprécédente.
Dans les études portant sur l’évolution de la
composition anatomique,
on nedispose
au mieux,que de données du 3e type
(D)
de la classification de COCK,puisqu’elles
supposent le sacrifice des animaux. Il n’est donc paspossible
de suivre des croissances relativesindividuelles,
àpartir
des-quelles
on chercherait à définir une loi moyenne, et àanalyser
la variabilité entre animaux autour de cette loi, comme l’ont fait CoCK( 19 6 3 )
chez le Poulet et KIDWELLet al.( 1952 )
chez les Bovins par des mensurationscorporelles
externes.Pour remédier dans une certaine mesure à cet
inconvénient,
nous nous sommes efforcés de cons-tituer aux différents
âges d’abattage
des échantillonsreprésentatifs
de la mêmepopulation.
Considérant, ainsi que l’ont montré BOCCARDet al.
( 19 6 2 )
chezl’Agneau,
que la variabilité dudéveloppement
est notamment liée à celle de la forme de la courbe de croissanceglobale,
nous avons, àpartir
d’un échantillon de 99 mâles et 104femelles,analysé
pourchaque
sexe les distributions defréquences
dupoids
vif tous les 7jours depuis
la naissance et vérifié leurnormalité, puis
tracé lacourbe de croissance moyenne et deux courbes situées de part et d’autre de
celle-ci,
à un intervalleégal
à 1,18 foisl’écart-type
despoids
individuels.Ces courbes
(fig. x) présentent
des zonesremarquables ;
lapremière correspond
à la 6esemaine,
où le
gain pondéral
hebdomadaire est maximum ; CxnxY et SAWIN(rç6o)
trouvent dans deux souches delapins
que le maximum de croissancepondérale journalière
se situerespectivement
vers 40jours
et 5o
jours.
Dans notre cas les zones oùapparaît
une différenciation entre les sexes aupoint
de vuede la vitesse de
croissance,
se situentrespectivement
pour les trois courbes au cours de la ioe, à la fin de la rgeet de la 20esemaine.De ces constatations a découlé le choix des
âges
de 39, 74, io6 et 140jours
comme base dedéfinition d’une série de 9stades de dissection entre 9et 182
jours,
où la croissance peut être consi- dérée commeachevée,
bien que TANNER et SAWIN(r 953 )
pensent que ledéveloppement
de la colonne vertébrale sepoursuive
chez leLapin jusqu’à l’âge
de 2ans. Ces neuf stades sont, sauf pour l’avant-dernier et le
dernier,
tels que l’animal leplus léger
entrant dans lacomposition
de l’échantillon de l’unquelconque
d’entre eux ait unpoids
voisin de l’animal leplus
lourd de l’échantillon retenu austade
précédent,
afin de comparer ultérieurement l’allométrie de taille(T EI S SIER 194 8)
et l’allomé-trie de croissance. Ces stades
correspondent
auxâges
de 9, 21, 30, 39e52, ro6,n4o, et 182jours.
Dans
chaque
sexe, nous avons retenu àchaque
stade de dissection, trois individus ayant respec- tivement suividepuis
leur naissance l’une des trois courbes de croissance defaçon
à constituer un échantillonreprésentatif
de la mêmepopulation,
bien que d’effectif limité.Cependant,
à la suite d’une étudepréliminaire qui
a montré la nécessité depréciser
l’informationau cours de certaines
périodes
dudéveloppement,
des animauxsupplémentaires
ont étédisséqués,
choisis en
général
sur la courbe de croissance moyenne, soit en tout 41mâles et 40femelles. En outre, dans le cas del’hypophyse,
latechnique
de dissection par ouverturesagittale
du crâne ayant entraîné des pertesimportantes
et variables, les données recueillies àpartir
de l’échantillon initial n’ont pu êtreanalysées.
Nous avons donc utilisé celles fournies par un nouvel échantillonreprésentatif
de lapopulation,
constitué de 83mâles et 85femelles et obtenues parextirpation
de laglande après
enlè-vement de la calotte crânienne et de
l’encéphale
et ouverture de la selleturcique.
b) Analyse
des résultats.La croissance relative de deux
parties y
et x d’unorganisme,
ou d’unepartie (y)
relativementau tout
(x),
a été décritedepuis
les travaux de HUXLEY( 1932 )
et T’EISSIER( 1934 )
par la relation d’allométriequi
s’écrit sous la formelogarithmique :
Cette relation
indique, pendant
lapériode
où elle sevérifie,
que l’accroissement de l’unitéde y
et l’accroissement de l’unité de x sont dans un rapport constant. Afin d’éviter les confusions, on peut
appeler dy
eta x
accroissementsspécifiques (accroissements massiques
dans le cas d’étudespondé-
v x
rales), ou
taux d’accroissement de y et x.La formule
(i)
peut aussi s’écrire en dérivant par rapport au temps dont y et x sont fonction :Pendant la
période
oit(i)
sevérifie,
les vitesses de croissance de l’unitéde y
et de l’unité de x,ou vitesses de croissance
spécifiques (ou massiques)
sont doncégalement
dans un rapport constant.Si x est une variable de référence
générale,
on peutexprimer
ces faits en disant que l’accroisse- mentspécifique
et la vitesse de croissancespécifique
relatifsde y
sont constantspendant
lapériode
où
(i)
se vérifie. En outre, si alet assont, dans un intervalle donné, les coefficients d’allométrie de deux caractères YIet y.exprimés
par rapport à une variable de référence commune x, on a :Les taux d’accroissement et les vitesses de croissance
spécifiques de y l
et y2 sont dans le même rapport que leurs coefficients d’allométrie.Le coefficient d’allométrie a permet
d’exprimer
l’évolution durapport y x au
cours de la crois-sance. Les croissances de y et de x dans une
période
de courte durée dt sontd y
et dx.Après
cettecroissance le rapport devient :
,
1 1
et l’on peut
exprimer
sa variation par :puisque
compte tenu de( I ),
x.dy
= a · y dx.La formule
(6) indique
la variationde &dquo;
xà
à la suite des accroissements .dy
et dx que l’on peutexprimer en
pourcentagede, 2 :: ; ( X
nechange
pas si a =I ).
L’utilisation de cette formule valablex x
pour de
petits
accroissements de xà partir
d’une valeurdonnée,
pourra permettred’interpréter
lesrésultats sous forme
plus
concrète pour lebiologiste
ou le zootechnicien.La croissance relative de deux caractères peut
répondre
d’ailleurs àplusieurs
relations d’allo- métriesuccessives,
la transition de l’une à la suivante se faisant soit par unchangement
de pente, soit par une discontinuité entre les droitesreprésentatives.
TEISSIER
( 1955
a etb)
a montré quelorsque
l’ondispose
deplus
de deux caractères mesurés surchaque animal,
comme c’est notre cas, la méthoded’analyse
en composantesprincipales (H OTELLING , I933
)
permet de définirobjectivement
une variable de référence dans l’étude de l’allométrie detaille. JOLICOEUR ( I9 6 3 )
aindiqué
comment l’utilisation de lapremière
composanteprincipale
de lamatrice de covariance des valeurs
logarithmiques pouvait
permettre degénéraliser
la relation d’allo- métrie àplus
de deux variables. Cette méthode a été utilisée notamment par LEFEBVItE( 19 66) qui
étudiait l’allométrie de croissance de mensurations
corporelles
de bovins. Dans lé casprésent,
etdans une
première étape,
nous avonspréféré prendre
une variable de référence designification
peut- êtreplus
concrète que lapremière
composanteprincipale,
lepoids
vif vide(poids
vif diminué despoids
des contenusdigestif
etvésical), l’expression
de l’évolution dupoids
d’unepartie corporelle
en fonction du
poids
vif vide ayant par ailleurs un intérêt évident. Deplus,
lagénéralisation
deJOLIC
O EU
R
nous semble devoir êtreprécédée par
une étude de la linéarité des relations des variables deux à deux, et dans unpremier
temps, nous avons étudié la linéarité dechaque
variable par rapportau
poids
vif vide.(Dans
la suite du texte les termes de apoids
vif vide n etde, t(poids
du corps » serontemployés indistinctement). _.
.Le choix de la meilleure méthode permettant
d’exprimer
la relationlinéaire
entredeux
carac-tères à
partir
de leurs mesures a donné lieu à un certain nombre d’études(voiï par exemple
TEISSIER, 1948,1961).
KERMACK et HALDANE
( 1950 ),
BARTLETT( 1949 ),
KENDALL et STUART( 19 6 1 ) précisent
la dis-tinction
qu’il
convient d’effectuer entrel’équation
derégression
linéaire d’unevariable y
sur unedeuxième variable x et une relation linéaire fonctionnelle entre deux variables
masquée
par leserreurs d’observation. La relation structurale entre deux variables observées se déduit de la relation fonctionnelle entre valeurs vraies des deux
caractères,
compte tenu des erreurs aléatoires d’observa- tion. L’estimation desparamètres
d’une relation structuralequi présente
l’intérêt, dans l’étude de la croissance, de ne pas fairejouer
de rôleprivilégié
à l’une des deuxvariables,
suppose une certaine information sur les erreurs de mesure de chacun des deux caractères. Nous ne connaissons rien dans le casprésent
sur les variances de ces erreurs de mesure, et les coefficients a a n d’allométrie que nousavons calculés sont les coefficients de
régression
delog
y surlog
x, y et x étant les mesures des deux caractères. KIDWELLet CHASE( 19 6 7 ) qui
ontcomparé
lesprécisions empiriques
de 10méthodes de détermination des coefficients d’allométrie par lestechniques
de simulation ont trouvé que la régres- sion linéaire donnait des résultats satisfaisants. Deplus,
dans le casprésent,
latechnique
dela régres-
sion peut se
justifier
du fait que les écarts au modèle ne sont pas dusuniquement
aux variationsaléatoires des erreurs de mesure. Ils sont donc dus aussi aux différences individuelles
puisque
ce n’estpas le même animal
qui
est mesuré au cours de la croissance. On sait par ailleurs que laprésence
d’erreurs de mesure aura pour effet de diminuer la valeur
numérique
trouvée pour le coefficient derégression
par rapport à sa valeurthéorique
concernantle,s valeurs
vraies des caractères.Un
problème important
dans les études sur la croissance relative chez lesespèces
à croissance continue, concerne la déterminationobjective
despoints
dechangement
de pente ou de discontinuité.Nous avons
procédé
de lafaçon suivante,
où nousappelons ajustement,
une droite ou l’ensemblede deux ou trois droites de
régression
successivesqui
décrivent la relation delog _y
et delog
x pour tous les animaux de même sexe étudiés. Nous avonsessayé
pourchaque couple
de deux variables y et xplusieurs ajustements possibles :
une seuledroite,
deux droites successives, éventuellement trois droites successives. Dans le cas de deux droitessuccessives, plusieurs
essais ont été effectués,l’ensemble des
couples
de données étant d’abord divisé en deux sous-ensembles, celui des ppremiers
et celui des n ― p derniers. Les
couples
de données étaient rangés suivant les âges croissants des ani-maux et pour un
âge
donné par valeurs croissantes dupoids
vif vide. Lepremier
essai comprenantp et n ― p
couples
de données dans les deux sous-ensembles, le deuxième p + 1 et n ― p ― i, le i-èmeessai p
-f- i et n - p -i couples
de données dans les deuxsous-ensembles. Chaque ajustement
ouessai était caractérisé par la variance résiduelle totale ou variance des écarts aux droites de
régres-
sion. Dans le cas de deux droites successives, cette variance résiduelle totale était la moyenne, pon- dérée par les nombres de
degrés
de libertécorrespondants,
des deux variances résiduelles.Le même
principe
a été utilisé dans le cas d’unajustement
par trois droites successives. Le nombre total d’essaispossibles
étaitthéoriquement
trèsgrand :
avec 40animaux,
39dans le cas de deuxdroites,
741 dans le cas de trois droites. Une étudegraphique préalable
nous apermis
de choisirun certain nombre
d’hypothèses plausibles,
de l’ordre de 20 pourchaque
sexe.Dans les
tableaux,
nous avonsindiqué
pourchaque couple
de variablesl’ajustement
considérécomme le meilleur,
qui correspond
engénéral
à celui pourlequel
la variance résiduelle totale est laplus
faible.Lorsque plusieurs ajustements correspondant
à des essais successifs ont donné des variances résiduelles totales du même ordre degrandeur,
nous avonsproposé
dans les tableaux les deuxajustements
extrêmes de la série. Ces deux extrêmes définissent un intervalle depoids
vif videdans
lequel
se fait lechangement
d’allométrie. Nous ne pouvonscependant
paspréciser
si lechange-
ment d’allométrie se fait
progressivement
ou s’il se fait en unpoint
de cet intervalle que notre échan- tillon ne nous permet pas de déterminer. Pour certains organes enfin,plusieurs ajustements,
diffé-rant entre eux par le nombre de leurs
droites,
ont donné des variances résiduellesanalogues ;
nous lesavons tous
indiqués
dans les tableaux.II. -
RÉSULTATS
Dans un
premier temps
a étéenvisagée,
en fonction dupoids
vifvide,
l’évolutionpondérale
desprincipales glandes endocrines,
desprincipaux
tissuspris
chacunglo-
balement
(le
tissu nerveuxétant,
pour des raisons detechnique opératoire, représenté
exclusivement par
l’encéphale),
dufoie,
desreins,
du tubedigestif,
de la peau, de l’ensembletrachée-coeur-poumons,
desglandes
sexuelles annexes mâles et du tractusgénital
femelle. Pour chacun de ces caractères depoids
y, les tableaux 1, 2 et 3 donnent pourchaque
droite dechaque ajustement
retenu :. le coefficient d’allométrie
(a)
et son intervalle de confiance(! ts.,
P =0 , 95 ) ;
. la moyenne des
logarithmes népériens (Irog y
des valeursdey
dans l’intervalle de variationcorrespondant ;
. les bornes de l’intervalle de variation pour les valeurs du
poids
vif vide(variable indépendante x) exprimées
en grammes ;. les bornes de l’intervalle de variation pour les valeurs de y
exprimées
dansl’unité où leur mesure a été effectuée.
Lorsque l’ajustement comporte plus
d’unedroite,
un test decomparaison
uni-latéral a
permis
d’établir lasignification
de la différence despentes
de deux droitessuccessives aux seuils de
probabilité
o,05( * )
ou 0,01( ** ).
Des
tableaux
r, 2et 3, il ressort que chez lesmâles,
on rencontre pour les carac- tèresétudiés, quatre types d’ajustements :
-
ajustement
à une droite d’allométrie : c’est le cas pour le sang, dont la crois-sance est sensiblement
isométrique
de celle dupoids
vif vide(a
=0 , 94 ),
pour lathyroïde (a
=0 ,8 4 ),
pourl’hypophyse (a
=0 , 4 6)
et pour le cerveau, dont la crois-sance relative est faible
(a
=0 , 27 ) ;
-
ajustement
à deuxdroites, correspondant
à unephase
d’allométriemajo-
rante,
d’isométrie ou d’allométrielégèrement minorante,
suivie d’unephase
d’allo-métrie minorante : c’est le cas pour le tissu musculaire dans son
ensemble,
dont le coefficient d’allométrie passe de 1,20 à 0,50 pour unpoids
vif videcompris
entre2 2
qo et 2 62o g, le foie dont le coefficient passe de 1,25 à o,q.7pour un
poids
vif videcompris
entre i 60o eti 7 go
g, le tubedigestif,
l’ensembletrachée-coeur-poumons,
les reins et le
squelette ;
-
ajustement
à deuxdroites, correspondant
à deuxphases
successives d’allo-métrie,
lapremière minorante,
la secondemajorante (c’est
le cas pour les surrénaleset les
glandes
sexuellesannexes),
ou moins fortement minorante(c’est
le cas pourla
peau) ;
-
ajustement
à trois droites : c’est le cas du tissuadipeux
et de l’une deshypo-
thèses
plausibles
pour lestesticules,
pourlesquels
leschangements
d’allométrie s’effectuent simultanément auxpoids
vifs vides de8go-i
o6o g et 2 120-2 140g.Chez les
femelles,
on trouve des :-
ajustements
à une droite : c’est le cas du sang(a
=o, 9 8),
de lathyroïde (a
=o,8 9 ),
del’hypophyse (a
=0 ,5 4 ),
du cerveau(a
=0 , 25 ),
de l’ensemble tra-chée-cceur-poumons (a
=0 , 73 ) ;
et éventuellement dessurrénales ;
-
ajustements
à deux droitescorrespondant
à unephase
d’allométrie mino- rante succédant soit à unephase
d’allométriemajorante (c’est
le cas du tissu muscu-laire,
dufoie,
du tubedigestif),
soit à unephase
d’allométrie moins fortement mino- rante(c’est
le cas dusquelette
et desreins) ;
-
ajustements
à deuxdroites, correspondant
à unephase
d’allométriemajo- rante,
succédant soit à unephase
d’allométrie minorante(c’est
le cas des ovaires etéventuellement des
surrénales),
soit à unephase
d’isométrie(c’est
le cas du tractusgénital),
soit à unephase
d’allométrie moins fortementmajorante (c’est
le cas dutissu
adipeux) ;
-
ajustements
à deuxdroites, correspondant
à unephase d’allométrie
mino-rante succédant à une
phase
d’allométrie moins fortement minorante(c’est
le casde la
peau) ;
-
ajustements
à trois droites : c’est le cas de l’une deshypothèses plausibles
pour le tissu
adipeux.
Ces résultats suscitent certaines considérations touchant la croissance relative chez le
Lapin.
I
. Glandes endocrines et organes sexuels
Nous constatons que la vitesse de croissance
spécifique
relative del’hypophyse
et celle de la
thyroïde
restent constantes dans les deux sexes, deg j jours
ài 82 j jours,
l’allométrie étant moins minorante pour la
thyroïde (a
=o,8 4 !
0,09 chez le mâle eto,8g !
0,°9 chez lafemelle),
que pourl’hypophyse (a
=0,46 !
o,o5 chez lemâle et
o,54 !
0,04 chez lafemelle).
Pour les
surrénales,
elles subissent chez le mâle un netchangement
d’allométrielorsque
lepoids
vif vide se situe à2 240 - 2 6 0 o
g,passant
ainsid’une phase
d’allo-métrie minorante
(a
=o,6 3 ± 0 , 13 ),
à unephase
d’allométrie hautementmajo-
rante
malgré
uneplus grande
variabilité(a
=2,20 ! o,g6).
Chez lafemelle,
les seulsarguments statistiques
nepermettent
pasd’opter
entrel’hypothèse
d’une allométrieconstante de coefficient 0,73
! 0 , 0 8
et celle de l’existence d’unchangement
corres-pondant
à unpoids vif
vide de 2750-2 9i5 g,séparant
unephase
d’allométrie mino- rante(a
=0 , 71 :L 0 , 13 )
et unephase
d’allométriemajorante accompagnée
d’unelarge
variabilité(a
= 1,25± 1, 23 ) ;
la variance résiduelle totale caractérisant lesajustements correspondants
est du même ordre degrandeur,
et les coefficients alet a 2
des droitesreprésentant
lesecond ajustement,
ne sont pas différents au seuil deprobabilité
o,05, par suite de la valeur élevée decr 2 a2’
consécutive à la faible variation des valeurs dulogarithme
dupoids
vif vide dans l’intervalle considéré.Les
gonades, après
avoir manifesté une croissance relativesub-isométrique jusqu’à
unpoids vif
vide de8go-i
o6o g chez le mâle(a
=o,8 9 ! o,2g), plus
lenteet
plus
variablejusqu’à
unpoids
vif vide de 1550 - 1 5 8 0
g chez la femelle(a
=0 , 2 8
! 0 , 25 ), présentent jusqu’à
la fin de la croissance une allométrie fortementmajo-
rante pour les testicules
(a
=2 ,8 9 ! 0 , 2 8)
etmajorante quoique variable,
pour les ovaires(a
= 1,37! 0,43).
Les
glandes
sexuelles annexes mâlesprésentent
une allométrie minorante(a
= 0,71! 0 , 37 ) jusqu’à
unpoids
vif vide de i 600-1 755 g, suivi d’une allométriemajorante (a
=z,68 ! 0 ,85).
Le tractusgénital
femelle passe vers unpoids
vif videde 2
i8o-2 z 5 o
g, d’une croissancesub-isométrïque (a
=0 , 97 ::!:: 0 , 32 )
à une allo-métrie fortement
majorante quoique
variable(a
= 2,43Z L i,z5).
Ces résultats concordent sensiblement avec ceux de
K IBLER
et al.( 1943 ), qui, dans
unepopulation
delapins
néo-zélandaisblancs,
observent une croissance rela- tivecaractérisée,
pourl’hypophyse,
par une seule droited’allométrie,
depente plus faible
chez le mâle(a
=0 , 5 6)
que chez la femelle(a
=0 ,68)
bien quelégèrement plus
forte dans l’ensemble que celle relevée ci-dessus.Pour la
thyroïde,
ces auteurs donnent un coefficient d’allométrie très voisin denos
résultats,
maisidentique
pour les deux sexes(a
=0 ,88).
Par
ailleurs,
BRODY( 1945 )
propose chez leCobaye,
une allométrie constamment minorante pourl’hypophyse,
dont le coefficient seraitplus
faible chez le mâle( 0 , 70 8),
que chez la femelle
(0,!32),
et lathyroïde,
de coefficients 0,73 chez lemâle
et0 ,8 3 chez
la femelle. Dans
l’espèce humaine, d’après
le même auteur,hypophyse
etthyroïde présenteraient
une croissance relativerégulière
de la naissance àl’âge adulte,
avec des coefficientsd’allométrie respectifs
deo,6 9
eti,o8.
Pour les
surrénales,
Kis!,!x et al.( 1943 )
observent une croissance relative sem-blable dans les deux sexes,
marquée
par unchangement d’allométrie,
le coefficientpassant
de 0,94ài, 7 8
vers unpoids
vif de 250o g. GIROD( 19 6 0 )
constateégalement
une
accélération, plus
forte il est vrai chez le mâle que chez lafemelle,
de la croissance relative des surrénales duLapin,
aux alentours d’unpoids
vif de 2400-2700g. Enfin BRODY
( I g 45 ),
citant les observations de MIXNER etal.,
propose pour les surrénales duCobaye
mâle et femelle un accroissement du coefficientd’allométrie
vers unpoids corporel
de 520 g, le coefficientpassant
de 0,949 ài,78g.
La concordance
des
donnéesbibliographiques
surl’existence
d’un accroisse- mentdu coefficient d’allométrie
concernant lessurrénales, lorsque l’organisme
asensiblement dépassé
la moitiéde
sonpoids adulte,
confère unegrande
vraisemblance àl’ajustement
par deuxdroites,
que nous avons donc seul conservé dans lafigure
2, pour lescapsules surrénales
des femelles. Cechangement
d’allométrieparaît plus
tardifque chez