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Submitted on 1 Jun 2020
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Polymorphisme de l’alcool deshydrogenase chez le pecher (Prunus persica L Batsch). Etude genetique
R. Monet, A. Guye, M. Roy
To cite this version:
R. Monet, A. Guye, M. Roy. Polymorphisme de l’alcool deshydrogenase chez le pecher (Prunus persica
L Batsch). Etude genetique. Agronomie, EDP Sciences, 1994, 14 (7), pp.463-466. �hal-02712969�
Amélioration des plantes (note)
Polymorphisme de l’alcool déshydrogénase chez le pêcher (Prunus persica L Batsch). Étude génétique
R Monet A Guye, M Roy
INRA, centre de recherches de Bordeaux, station de recherches fruitières, BP 81, F33883 Villenave-d’Ornon cedex, France
(Reçu le 10 juin 1994 ; accepté le 10 octobre 1994)
Résumé — L’alcool déshydrogénase (ADH, EC 1.1.1.1)
aété étudié chez le pêcher à partir d’extraits enzymatiques
totaux issus de feuilles prélevées
enavril et mai (l’activité ADH s’atténue fortement au-delà de cette période). Ce sys- tème enzymatique est complexe, il fait intervenir 3 loci : ADH-1, ADH-2 et ADH-3. Il
seforme à partir de
ces3 loci des
enzymes dimères intra- et intergéniques. Le locus ADH-3 possède 2 allèles ADH-3L et ADH-3R qui ont pu être mis
enévidence dans
unefamille obtenue par l’autofécondation d’un individu hétérozygote.
Prunus persica
=pêcher / électrophorèse / isozymes / hérédité
Summary — Genetic study of alcohol dehydrogenase polymorphism in peach (Prunus persica L Batsch).
Alcohol dehydrogenase (ADH, EC 1.1.1.1)
wasstudied in peach using total protein extracts of leaves. Leaves
wereharvested from orchard grown trees in April and May, since, after this period, there
was alarge decrease in ADH activi-
ty. The enzymatic system of ADH is complex and involves 3 loci, ie ADH-1, ADH-2 and ADH-3. From these 3 loci, intra- and intergenic dimeric enzymes
areformed. The ADH-3 locus has 2 alleles, ADH-3L and ADH-3R. These
wereboth identified within
afamily resulting from self-pollination of
aheterozygous individual.
Prunus persica
=peach tree / electrophoresis / isozyme / heredity
INTRODUCTION
L’alcool déshydrogénase (ADH) est un système enzymatique complexe déterminé le plus souvent
par 2 loci structurels comme chez le maïs
(Schwartz, 1966), l’orge (Brown, 1980), la tomate (Tanksley, 1979), quelquefois 3 loci comme chez
le céleri (Orton, 1983) et le poirier (Nanos et al,
1992).
Chez le blé hexaploïde, Hart (1983) distingue
4 types d’alcool déshydrogénase par leur sub- strat spécifique et leur cofacteur : l’ADH NAD
* Correspondance et tirés à part.
dépendante qui a pour substrat les alcools ali-
phatiques primaires et secondaires, l’ADH NADP dépendante qui dégrade les alcools aromatiques,
l’ADH sans coenzyme spécifique qui dégrade les
alcools aromatiques, enfin l’ADH NAD dépendan-
te qui agit sur les alcools aromatiques. La pre- mière de ces enzymes qui correspond à celle
que nous étudions sur le pêcher serait contrôlée
par 2 loci (Jaaska, 1980).
Certains de ces loci peuvent présenter plu-
sieurs formes alléliques qui vont donner des iso-
zymes différentes (allozymes), le plus souvent 2,
l’une à migration lente, l’autre à migration rapide.
Comme l’enzyme est un dimère, ces allèles vont
donner des homo et des hétérodimères ; enfin il peut se former des dimères intergéniques.
Chez le pêcher, 3 études ont pris en compte l’alcool déshydrogénase : Durham et al (1987)
n’ont pas décelé d’activité ADH sur des extraits de feuilles d’arbres juvéniles et adultes, Messeguer et al (1987) ont identifié une seule
bande à partir d’extraits protéiques de pollen
sans polymorphisme intervariétal. Mowrey et
Werner (1990) ont identifié 6 bandes sur graines
stratifiées pendant 2,5 ou 3 mois et 3 bandes sur feuilles d’arbres adultes. Selon ces auteurs 3 loci
pourraient être présents, leur expression serait
inductible par des conditions d’anaérobiose.
Il faut remarquer que ces 3 auteurs ont prati- qué des électrophorèses sur gel d’amidon dont le pouvoir séparateur est quelquefois insuffisant surtout si le système enzymatique étudié est complexe.
Les essais préliminaires d’électrophorèse en gel d’acrylamide que nous avions réalisés pour étudier l’ADH sur le pêcher avaient révélé un polymorphisme qui permettait de classer les variétés en 2 groupes. L’interprétation de ce polymorphisme n’a seulement été possible que
lorsque nous avons pu étudier la descendance par autofécondation d’un individu appartenant à
l’un de ces deux groupes et qui était en fait la forme hétérozygote.
Nous présentons donc ici un polymorphisme
de l’ADH du pêcher et son mode d’hérédité.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Le matériel végétal
Pour illustrer le polymorphisme de l’ADH
surles culti-
vars
de pêcher,
nous avonsprélevé les échantillons de feuilles destinées à l’électrophorèse
sur44 cultivars
assez
répandus : Amber Gold, Amsden, Armking, Babygold 5, Babygold 6, Barbara, Dixired, Earlyglo, Everts, Fantasia, Fayette, Flavorcrest, Flavortop,
Garnet Beauty, Glohaven, Grand Diamond, Golo®,
Harko, Henry Moulin, Jalousia®, J.H. Hale, Loadel, Loring, Maybelle, Merrill Early O Henry, Merrill Gemfree, Michelini, Niagara, Orion, Peking, Primerose, Redcal, Redhaven, Redjune, Redtop, Redwing, Robin, Royal May, Snowqueen, Southland, Springcrest, Springold, Springtime, Suncrest. Ces clones appartenaient à
unecollection variétale mainte-
nue sur
le domaine expérimental INRA des Jarres. Les arbres étaient âgés de 10
anset greffés
surle porte- greffe Rubira (semis de pêcher).
L’étude génétique s’est faite
sur unefamille de 240 arbres issus de l’autofécondation du géniteur S2600:56:236, lui même provenant d’un 2 e cycle
d’autofécondation du cultivar Suncrest. Les arbres de cette famille étaient âgés de 5 ans, conduits
enparcel-
le hybride,
nongreffés, plantés à densité moyenne (2
x5 m), traités
auminimum.
Techniques d’électrophorèse
Les protéines sont extraites à partir de jeunes feuilles prélevées à la pointe des
rameaux encroissance
auxmois d’avril et de mai. L’activité ADH s’atténue et dis-
paraît au-delà de cette période. Peu après leur récolte, les jeunes feuilles sont lyophilisées et conservées à - 80°C.
La méthode d’extraction et de purification des pro- téines
adéjà été décrite (Monet et al, 1991). Nous utili-
sons
pour l’électrophorèse des gels à 7,5% d’acrylami-
de. Chaque gel, de 1,5
mmd’épaisseur, 14
cmde lar-
geur et 13,5
cmde longueur, permet l’électrophorèse
simultanée de 10 échantillons. Le tampon d’électro- phorèse
ala composition suivante : Tris HCl 0,15 mol
l -1
, glycine 0,15 mol l -1 , pH 8. La quantité d’extrait pro-
téique purifié utilisée est de 20 μl par puits. L’électro- phorèse est verticale, la tension appliquée
augel est
de 15 volts par centimètre.
Après migration, l’ADH est révélée par le système
Tétrazolium (Vallejos, 1983).
RÉSULTATS
Polymorphisme de l’ADH chez les cultivars et chez le géniteur S2600:56:236
Les 44 cultivars étudiés se répartissent en 2
groupes :
-
un groupe majoritaire ayant un phénotype à 6
bandes (fig 1 A) qui comprend les variétés sui- vantes : Amber Gold, Amsden, Armking, Babygold 5, Babygold 6, Barbara, Earlyglo, Everts, Fantasia, Fayette, Flavorcrest, Flavortop,
Garnet Beauty, Grand Diamond, Golo®, Henry Moulin, Jalousia®, JH Hale, Loadel, Loring, Maybelle, Merrill Early O Henry, Merrill Gemfree, Michelini, Niagara, Orion, Peking, Primerose, Redcal, Redjune, Redtop, Redwing, Robin, Royal May, Snowqueen, Southland, Springcrest, Springold, Springtime;
-
un groupe minoritaire ayant un phénotype à 9
bandes (fig 1 B) qui comprend les variétés sui- vantes : Dixired, Glohaven, Harko, Redhaven, Suncrest.
Le géniteur S2600:56:236, issu d’un second
cycle d’autofécondation de Suncrest, présente,
comme ce dernier, 9 bandes (fig 1 B).
Etude de la famille issue de l’autofécondation de S2600:56:236
Les individus de cette famille se répartissent en
3 catégories: ceux qui ont 9 bandes comme le
parent, ceux qui ont 6 bandes comme on les
trouve chez les cultivars étudiés ci-dessus,
enfin une nouvelle catégorie d’individus à 6 bandes (fig 1C) mais dont l’espacement est dif-
férent du précédent. En effet, si on numérote de 1 à 6 les bandes, de la plus rapide à la plus lente, pour chaque individu la bande 1 se trouve
toujours au même niveau du zymogramme ; en revanche la bande 6 est plus éloignée de l’origi-
ne de la migration chez la nouvelle catégorie d’individus ; il en résulte un resserrement diffé- rent des bandes intermédiaires 2 et 3. Si nous
observons que l’une de ces bandes intermé- diaires est particulièrement incurvée (bande 4
du profil A), nous voyons que la bande qui était
en position 3 dans ce même profil est passée
en position 4 dans le profil C. Nous pouvons donc distinguer, dans la famille, les individus à 6 bandes dont la bande 6 est à migration lente (fig 1 A), les individus à 6 bandes, dont la bande
6 est à migration rapide (fig 1 C) et les individus à 9 bandes (fig 1 B).
Les proportions des 3 catégories d’arbres sont
assimilables à une disjonction mendélienne de
type 1:2:1 (voir tableau I).
On peut donc dire que le géniteur à 9 bandes, S2600:56:236, est hétérozygote et a pour ancêtres (qu’il faudrait rechercher en amont de
Suncrest) un parent à 6 bandes de profil A (bande 6 lente) et un parent à 6 bandes de profil
B (bande 6 rapide).
DISCUSSION
L’ADH étant un dimère, l’interprétation des profils
observés nécessite l’intervention de 3 loci fonc- tionnels ADH-1, ADH-2 et ADH-3 (le locus don-
nant la bande la plus rapide est numéroté 1) et 2
allèles sur le locus ADH-3: ADH-3L (lent) et
ADH-3R (rapide) puisque nous avons obtenu dans la famille S2600:56:236 une disjonction typiquement mendélienne de type 1:2:1. Les dif- férentes bandes observées résultent de la forma- tion de dimères d’origine intra- ou intergénique.
En donnant le même symbole à l’allèle et à la chaîne polypeptidique qu’il génère, l’interprétation
des zymogrammes est donnée dans les schémas de la figure 1. Nous avons des bandes qui corres- pondent à des homodimères intragéniques ou intra-alléliques exemples : ADH-1/ADH-1, ADH- 3L/ADH-3L et des bandes qui correspondent à
des hétérodimères inter-géniques ou inter-allé-
liques exemples : ADH-1/ADH-2, ADH-3R/ADH- 3L. Il manque, dans le profil B relatif aux géno- types hétérozygotes, l’hétérodimère intergénique
ADH-2/ADH-3R : cet hétérodimère est confondu
avec l’homodimère ADH-3/ADH-3.
Nous n’avons pas, dans cette famille qui est
en 3 e cycle d’autofécondation, d’autres carac- tères mendéliens en disjonction qui auraient per- mis d’étudier leur liaison génétique avec le locus
de l’ADH3.
CONCLUSION
L’alcool déshydrogénase est, chez le pêcher, un système enzymatique complexe qui nécessite, pour son interprétation, des zymogrammes de bonne qualité, ce qui explique peut-être que son
polymorphisme soit passé inaperçu jusqu’ici. Ce système est par ailleurs inductible ; s’il est pré-
sent dans les extraits de jeunes feuilles, il s’atté-
nue très vite quand les feuilles vieillissent.
L’intensité des zymogrammes peut aussi varier d’un arbre à l’autre, cela peut rendre leur lecture difficile si l’on n’a pas déjà identifié les 3 sys- tèmes existants. Enfin, ce polymorphisme est
mal réparti ; la majorité des variétés que nous
avons étudiées possède le profil A ; quelques-
unes sont hétérozygotes mais 3 d’entre elles (Dixired, Glohaven, Redhaven) possèdent un
ancêtre commun; nous n’avons pas trouvé de variétés à profil C dans l’échantillon aléatoire de 44 cultivars, que nous avons étudié.
L’interprétation génétique la plus vraisem-
blable des zymogrammes, compte tenu des 3 profils identifiés et de la disjonction que présente
la famille issue de l’autofécondation du géniteur S2600:56:236, fait intervenir 3 loci : ADH1, ADH2
et ADH3 ce dernier possédant 2 allèles.
On considère le pêcher comme étant une espèce peu polymorphe. L’autogamie préféren-
tielle de celle-ci a vraisemblablement contribué à créer des isolats entre lesquels les échanges génétiques sont limités. Les variétés cultivées ont été obtenues en exploitant de préférence cer-
tains de ces isolats, ce qui explique leurs bases
génétiques étroites et donc leur faible polymor- phisme. Ainsi l’exploration plus complète de l’es- pèce pourrait révéler plus de diversité que prévu.
La découverte du polymorphisme de l’ADH est encourageante de ce point de vue.
RÉFÉRENCES
Brown AHD (1980) Genetic basis of alcohol dehydro-
genase polymorphism in Hordeum spontaneum.
J Heredity 70, 127-128
Durham RE, Moore GA, Sherman WB (1987) Isozyme banding patterns and their usefulness
asgenetic
mar-kers in peach. J Amer Soc Hort Sci 112, 1013-1018
Hart GE (1983) Hexaploïd wheat (Triticum aestivum L
em