HAL Id: jpa-00208633
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Submitted on 1 Jan 1977
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Relaxation d’une chaîne de polymère enfermée dans un gel subitement déformé
S. Daoudi
To cite this version:
S. Daoudi. Relaxation d’une chaîne de polymère enfermée dans un gel subitement déformé. Journal
de Physique, 1977, 38 (6), pp.731-736. �10.1051/jphys:01977003806073100�. �jpa-00208633�
RELAXATION D’UNE CHAÎNE DE POLYMÈRE ENFERMÉE
DANS UN GEL SUBITEMENT DÉFORMÉ
S.
DAOUDI
Physique
de la Matièrecondensée, Collège
de France11, place Marcelin-Berthelot,
75231 Paris Cedex05,
France(Reçu
le20 janvier 1977, accepte
le17 février 1977)
Résumé. 2014 Nous considérons une chaîne de polymère enfermée dans un gel serré que l’on étire soudainement. La chaîne se déforme d’abord de façon affine, puis relaxe vers une conformation
d’équilibre beaucoup moins étirée que le gel. On étudie la diffusion cohérente des neutrons par la chaîne en cours de relaxation. Dans une certaine gamme de temps (t ~ 03C41, t : temps écoulé
depuis
la déformation du gel, 03C41 : temps caractéristique de la reptation de la chaîne), on trouve qu’aux grands vecteurs d’onde q la relaxation est achevée, mais aux
petits
vecteurs d’onde la chaîne n’est pas relaxée. La transition a lieu pour une valeurq* ~ 1 Ro (03C41 t)¼,
où R0 est le rayon de la chaîne non
perturbée.
Abstract. 2014 We consider a polymer chain trapped in a
tight
gel which is suddenly stretched. The chain begins by an affine déformation and then relaxes toward anequilibrium
conformation much less stretched than thegel.
We study the neutron coherentscattering by
the chain in relaxation.In some time range (t ~ 03C41, t :
elapsed
time since the gel déformation, 03C41 characteristic time of the chainreptation),
we find that atlarge
scattering vectors q the relaxation is achieved, but at smallscattering
vectors the chain is not relaxed. The cross-over takesplace
at a valueq* ~ 1 R0(03C41 t)¼,
where R0 is the
unperturbed
chain radius.Classification
Physics Abstracts
5.640 - 5.660
La diffusion
quasi-élastique
des neutrons est unetechnique particulierement
bienadaptee
pour la determination desconfigurations
d’une chaine depolym6re
dans diverses conditions. Ellepeut
notam-ment nous
renseigner
sur lafagon
dont se d6formeune chaine sous 1’action de contraintes d6termin6es.
Ainsi,
l’intensit6 diffusée a 6t6 calcul6e pour unechaine en deformation affine et pour une chaine soumise a une traction
simple
aux extrémités[1], [2].
Des
experiences
sur unechaine marquee
dans unspecimen
deforme ont 6t6 effectu6es récemment[3];
les resultats ont 6t6
interprétés
suivant un mod6lequi
combine une deformation affine uniforme et une
deformation de traction entre enchevêtrements. 11
nous semble
conceptuellement
int6ressantd’envisager
une situation
theorique plus simple
ou la chaine depolym6re
se trouve entour6e par ungel
fortementreticule : la distance entre les n0153uds est alors
suppos6e
tres courte, et le
regime
de tractionn’apparait
pas, surtout a faible deformation.1.
Description
du processus. -a)
La macromo-16cule,
formee de Nsegments ao
est initialement enfenn6e dans ungel
au repos. Onpeut
sch6matiser les contraintestopologiques qui
en resultent par un tubequi enveloppe
la chaine[4].
Le tube et la chaineont une conformation
gaussienne (Fig. la).
b)
Onimpose
subitement augel
une deformation uniforme fixe caract6ris6e par une matrice A. On suppose que le tube et la chaine suivent instantan6- ment cette deformation defaron
affine.c)
Dans un intervalle de temps assez court, de l’ordre du temps de Rouse(~ N2
To, To : un tempsmicroscopique),
la chaine se contracte a l’int6rieur de son tubequi
est fixe. Cette relaxation permet a la chaine de retrouver salongueur d’équilibre.
Toute-fois,
comme elle est enferm6e dans un tubedéformé,
elle a encore des
propri6t6s anisotropes.
Onplacera l’origine
des temps a cet instant(Fig. Ic).
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphys:01977003806073100
732
FIG. 1. - Schema du processus decrit au § 1 : a) la chaine dans son
tube au repos, b) la chaine et le tube subissent une deformation affine, c) la chaine se contracte a l’intérieur du tube maintenu en
deformation, d) la chaine renouvelle son tube.
[Scheme of the process described in § 1 : a) the chain in its tube at rest, b) the chain and the tube undergo an affine deformation, c) the chain contracts while the tube is kept deformed, d) the chain
renews its tube.]
d)
Au cours de la dernièrephase,
la chaine renou-velle son tube par un processus de
reptation [4]
aune 6chelle de temps
beaucoup plus longue (T 1 ’" N3 To)
etparvient
finalement a son6quilibre.
C’est surtout cette
6tape qui
nous int6resse ici(Fig. I d).
2. Determination de la contraction
(6tape c). -
La
deformation
transforme un segmentao (Fig. la)
en
£at (Fig. lb) qui
devient an(Fig. 1 c),
par contrac-tion,
telque ( an2 ) = an 02 >
=a2.
On peut définirun rapport de contraction
Prenons par
exemple
alors c =
/3-(A2
+21Ã.)-1/2.
Pour une deformation faible : A = 1 + s, s1, on a simplement
On arrive au meme r6sultat par le processus fictif
qui
consiste apartir
d’une chainegaussienne
form6ede N segments
b.
delongueur d6ji
contractee ca.Par
l’application
de ladeformation,
et 6videmmentsans contraction
ult6rieure,
on aboutit a notre chainea la fin de
l’étape
cdu §
1 avec an =Ibn.
Cette remarquesera
exploitee
auparagraphe
suivant3. Etude de la
reptation (6tape d).
- 3 1 EQUA-TIONS DU MOUVEMENT. - Suivant
l’analyse
de lareference
[4],
lareptation
de lachaine,
sous l’actionde forces aleatoires de
Langevin
(p,,, estr6gie
par lesequations
suivantes :D est le coefficient de diffusion curvilinéaire
(
~N-1)
et’" n
=acpyan.
Nous supposerons que les cpn ne sont pas affectées par la deformation(ce qui
n’estrigoureux
que pour Epetit).
Alors leurs correlations satisfont A :Avec notre choix de
l’origine
des temps(§ 1), an(0) = Abn.
Les solutionspeuvent
alors se mettre sous la forme :ou
G"m(t),
lepropagateur,
est solution de1’6quation
différentielle(2)
avec second membrenul,
les conditionsaux limites
GNm(t)
=Gom(t) -
0(1)
et les conditions d’orthonormalitéGnm(o)
=ðnm.
11 en découle que :avec
Tp T ()p-2, temps caractéristiques
de lareptation.
LesG,,.(t)
v6rifient les relationssuivantes, qui
nous
serviront par
la suite :caractéristiques
de lareptation.
LesGnm(t)
vérifient les relationssuivantes, qui
nous serviront par la suite :
(’) Par ces conditions on exprime l’ind6pendance des segments internes des segments extremes de la chaine. 11 est clair en effet que les bouts de la chaine peuvent ais6ment quitter le tube, alors que l’interieur y reste longtemps confiné.
3.2 FONCTIONS DE CORRELATION. - En nous reportant a
1’6quation (3),
on voit que an est la somme de deux termes que l’ond6signera respectivement
para(
eta".
Lepremier depend
par lesb.
de 1’action des forcesbrowniennes Pn(t)
pour t ,0,
alors que dans le second lescpn(t)
interviennent pour t >, 0. Par suite du carac-t6re al6atoire et
independant
desPn(t),
ces deux termes ne sont pas coff6l6s et on peut écriresimplement :
Calculons d’abord le
premier
terme :avec la
r6gle
de sommationimplicite (indices
u, v = x, y,z). Soit, compte
tenu de(4)
Pourvu que les forces
(p,,(t)
ne soient pas affectées par ladéformation,
le second terme de(6)
nedepend
pas de A.11 suffit donc de le calculer pour
I
= 1. Dans ce cas, lepremier
membre de(6)
doit redonner les correlations d’une chaine id6ale :Prenant
1’equation (7) pour A
=l,
nous d6duisons de(6)
Finalement,
on arrive A :Une autre derivation de
(8),
basee sur les correlations des {J)n, estpresentee
enappendice.
3.3 DISTRIBUTION DE LA DISTANCE BOUT A BOUT DE LA CHAINE. - Comme
application
immediate de cequi precede,
calculons les modules moyens desprojections
sur les axes de coordonn6es(Xi)
du vecteurjoignant
lesextrémités de la chaine :
On a :
Ce
qui s’6crit, d’apr6s (9),
Et,
utilisant(5),
on trouve :734
On en d6duit que
R(t)
=Ro
=Jka, compte
tenu de la valeur de c.Ainsi,
la valeur moyenne de la distance bout a bout de la chaine estrapidement
revenue a sa valeur id6ale(a
1’echelle du temps deRouse),
mais elle a uner6partition spatiale anisotrope qui
tend vers ladistribution sph6rique
au bout d’un temps de l’ordre dutemps
dereptation
Tt.3.4 INTENSITT DE DIFFUSION COHÉRENTE DES NEUTRONS. - Il
s’agit
de calculer pour un vecteur de diffu- sion q,ou r. est le
vecteur joignant l’origine
a une extremite du segment n(Fig. I c).
On a :L’equation (3)
montre queak(t)
est unesuperposition
lin6aire de variables al6atoiresgaussiennes ind6pen- dantes ;
lesb.
d’unepart
et lesVm(t)
d’autrepart.
Les termesrn(t)
-rm(t)
sontdonc, d’apres (10),
des variablesal6atoires
gaussiennes.
Dans ces conditions l’intensit6 diffus6e se r6duit A :rnq
d6signant
laprojection
de rn sur q.Compte
tenu de(10)
Avec I = Inf
(n, m)
et J = I+ I n - m -
1. Cequi donne,
au moyen de(9) :
avec d =
C2(X2)qq -
1.Nous pouvons arriver à un r6sultat
plus explicite
dans le cas où l’on peut consid6rer la chaine commeinfinie,
ce
qui correspond
àqR »
1. Caralors,
on asimplement,
En
reportant
cetteexpression
dans(12)
et enremplacant
la sommation par uneintegration,
on trouve, en posant11 ne reste
plus qu’a
reporter dans(11)
et aremplacer
la sommation par uneintegration
pour avoir finalement :Comme 0
f(X) 1,
on a l’encadrement suivant :L’expression (13)
sesimplifie
dans deux cas limites.On
peut
d’abordremplacer f(X)
par 0 enn’int6grant qu’entre
0 etXi « 1,
cequi
est correctsi q > q*
et ce
qui
donne le terme de droite de(14),
dans lecas d > 0 par
exemple.
Onpeut également remplacer f (X)
par 1 enn’int6grant qu’entre X2
etl’infini, X2 Z 1,
pourvuque q q*
et on tombe alors sur le membre degauche
de(14).
La valeurq*
determineainsi une transition entre un
regime
de chaine id6alenon d6fonn6e de rayon
Ro
et unregime
de chainedans son etat de déformation a l’instant t = 0.
On s’attend a observer le
premier regime
a courte6chelle
(q
>q*)
et aussi a toute 6chelle au bout d’untemps
assezlong (t
>T 1).
Pour observer le secondregime,
il faut seplacer
a la fois a assezgrande
cchelle(q q*)
et a temps court(t T 1).
Mais lesequations
de
depart
ne sont valables que pour t> N2
To, ceFIG. 2. - Courbes donnant l’inverse de l’intensite diffusée (for-
mule (13)) en fonction du carr6 du vecteur d’onde parall6lement (//)
et perpendiculairement (-L) a la direction de l’allongement pour A = 1,2 et 1,7. En trait interrompu les droites limites (formule (14)).
Unites r6duites : 4 = q/q*, S(q) = S(q)/Sd=0(q*), echelles loga- rithmiques.
[Plot of the inverse scattered intensities (formula (13)) versus the squared scattering vector parallel (//) and perpendicular (-L) to the stretch direction, with A = 1.2 and 1.7. Broken lines are the limiting straight lines (formula (14)). Reduced units : q = q/q*,
S(q)
= S(q)/Sd=o(q*), logarithmic scales.]qui
nous amene a travailler dans l’intervalleN2 t/To
N. Laquantit6 q*(t)
varie alors dellRo à Nl/41Ro.
Il faut donc choisir N tresgrand (N
>104,
c’est-à-dire des masses moléculairessup6-
rieures au
million)
pour que lesdépendances
entemps
deq*(t)
que nous discutons soient observables.Pour
pr6ciser
cettediscussion,
nous avons fait uncalcul
numerique de S(q)
pour deux valeursde A,
avec une matrice
I
du type(1)
et q soitparall6le
a ladirection de
1’etirement,
soitperpendiculaire.
Nousavons
adopt6
les variables r6duiteset des 6chelles
logarithmiques
sur lafigure
2 afin demieux mettre en evidence les deux
regimes
et latransition de l’un a 1’autre. Le domaine observable de ces courbes
depend
de la valeur effectivede q*
qui
est déterminée par les conditionsexpérimentales.
La
figure
3reproduit
ces courbes en 6chelles nor-males ainsi que, a titre de
comparaison,
des courbesexp6rimentales
de[3] correspondant
aux m8mesvaleurs de A. On observe un assez bon accord dans la
FIG. 3. - Memes courbes que celles de la figure 2, mais en echelles lineaires (en trait continu), avec les droites experimentales de [3]
(en trait interrompu).
[Same curves as in figure 2, but in linear scales (continuous lines),
with the experimental straight lines of [3] (broken
lines)
736
direction de
1’allongement,
surtout apetite
deforma-tion. Par contre il y a un
grand
6cart en directionperpendiculaire
que 1’onpeut
attribuer parexemple
a une contraction
anisotrope
de la chaine. De toutefar,on,
lesexperiences
de[3]
sont faites dans d’autres conditions que cellesenvisagées
ici : ils’agit
en effetd’6chantillons de
polymere
non r6ticul6 etires a destemperatures Ti sup6rieures
a latemperature
detransition vitreuse
TG
dupolym6re puis rapidement trempés
a unetemperature T2 TG,
la diffusion des neutrons s’effectuant a latemperature
ambianteTo TG.
La th6orie que nous avonspropos6e
nes’applique
a cesexperiences
que dans la mesure ou l’on peut assimiler le reseau d’enchevêtrements for- m6s par les chaines depolymere
a ungel
ouchaque
chaine effectue un mouvement de
reptation.
En outre,il faudrait que la dur6e de la trempe,
qui
estl’équi-
valent de t, ob6isse aux
in6galit6s
6critesplus
haut(notamment t T 1)
et l’on doit se limiter auxpetites
deformations. On aurait 6videmment un test
plus
direct de cette th6orie avec des
experiences portant
sur des 6chantillons de
polymere
fortement reticule enfermant un faiblepourcentage
de chaines libres.Remerciements : Je remercie le
professeur
P. G. de Gennes pour m’avoir
guide
dans ce travailet le Dr. G. Jannink pour m’avoir fait bénéficier d’une
copie
de la reference[3]
avant sapublication
et de fructueuses discussions a ce
sujet.
Appendice :
calcul des fonctions de correlations. -Reprenons
le calcul du second terme du membre de droite de1’equation (6) :
Compte
tenu des correlations des forces cpn, nous avons :Reportons
dans1’6quation précédente :
Cette
expression
sesimplifies
a 1’aide de l’identit6suivante,
facile a établir :On retrouve alors
(8) :
Bibliographie [1] DE GENNES, P. G., Physics 3 (1967) 37.
[2] BENOIT, H., DUPLESSIX, R., OBER, R., DAOUD, M., COTTON J. P., FARNOUX, B., JANNINK, G., Macromolecules 8 (1975) 451.
[3] PICOT, C., DUPLESSIX, R., DECKER, D., BENOIT, H., BOUÉ, F., COTTON, J. P., DAOUD, M., FARNOUX, B., JANNINK, G., NIERLICH, M., DE VRIES, A. J. and PINCUS, P., à paraître.
[4] DE GENNES, P. G., J. Chem. Phys. 55 (1971) 572.