• Aucun résultat trouvé

Confessions de Jean-Jacques Rousseau

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Confessions de Jean-Jacques Rousseau"

Copied!
16
0
0

Texte intégral

(1)
(2)

Confessions de Jean-Jacques Rousseau

(Livres I à IV) Thèmes et sujets

PAR

Je an-Paul Santerre

Agrégé de Lettres modernes Professeur en classes préparatoires au lycée Vaucanson de Tours

Presses Universitaires de France

(3)

M A J O R B A C DIRIGÉE PAR PASCAL GAUCHON

CODIRIGÉE PAR ÉRIC COBAST

ISBN 2 13 048768 8 Dépôt légal — 1 édition : 1997, juillet

2 édition : 1998, juillet

© Presses Universitaires de France, 1997 108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris

(4)
(5)
(6)
(7)

Il existe plusieurs éditions des Confessions accessibles aux lycéens et aux étudiants.

Nous signalons particulièrement la nouvelle édition réalisée par le Livre de Poche. Voici ses références:

Les Confessions, livres I à VI, préface de Bernard Gagnebin, notes de Jean Balsamo et Michèle Crogiez, Livre de Poche.

(8)

1

Écrire sur soi

L'ŒUVRE D'UN MOT

I. Des confessions aux confessions

1. Circonstances d'un écrit : pourquoi j'ai écrit mes confessions On n'écrit que de soi et que sur soi, pourrait-on risquer...

Quand Rousseau entreprend son autobiographie, il a environ cinquante ans et a presque achevé une œuvre philosophique et littéraire commencée une dizaine d'années auparavant. Il y a chez lui une urgence de l'écriture qui a son point d'origine sur le chemin de Vincennes où Rousseau va rendre visite à Diderot en prison : c'est l'illumination décrite dans les Confessions après la lecture dans le Mercure de France de la question posée par l'Académie de Dijon.

A l'instant de cette lecture je vis un autre univers, et je devins un autre homme.

Le résultat en sera la publication du Discours sur les sciences et les arts. Les œuvres se succèdent alors sans interruption, Rousseau a la conviction qu'il doit apporter sa contribution à la vérité. La base de ce système de pensée est connue : tout se corrompt entre les mains des hommes qui n'ont pas su conser- ver la pureté et l'innocence des origines :

Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégé- nère entre les mains de l'homme.

1. Émile, livre I : incipit.

(9)

Cette schématisation ne simplifie en rien sa pensée très riche dans tous les domaines où elle s'est exercée, que ce soit la poli- tique, les arts, la langue, l'éducation, les mœurs et les senti- ments. Et l'explication qui vaut pour l'humanité vaut aussi pour l'individu : la vie de Rousseau illustre, en miniature pour- rait-on dire, l'histoire de l'espèce humaine. Les Confessions sont le récit de la sortie du paradis que constitue l'enfance et dont les quatre premiers livres constituent le résumé.

La rédaction de l'ouvrage s'étale sur plusieurs années, à peu près de 1764 à 1770. Une première ébauche est faite au cours de l'hiver 1764 à Môtiers; elle contient un long préam- bule qui ne sera pas repris dans la version définitive et qui inclut les grands principes de son entreprise. L'examen de ce préambule du manuscrit dit de Neuchâtel est tout à fait essen- tiel pour comprendre les motivations de l'auteur et son des- sein. Mais c'est en Angleterre, à Wooton, où il a fui et où il a été accueilli par le philosophe Hume en 1766 qu'il va rédiger les cinq premiers livres. Après sa brouille avec Hume, il retourne en France chez le prince de Conti à Gisors où il achève la première partie de l'œuvre, soit les six premiers livres. Le manuscrit reste alors en souffrance pendant deux années, de 1767 à 1769. C'est contraint et forcé par ses enne- mis qu'il se voit obligé de reprendre la plume pour déjouer le complot dont il se dit la victime. Le ton en est très différent de son propre aveu, ton beaucoup moins serein car les événe- ments narrés ne portent pas à la réjouissance ; la rédaction se fera «à la hâte» dans sa ferme de Monquin: les livres sept à douze qui constituent la deuxième partie seront terminés à Paris. Pour autant l'œuvre n'est pas achevée et ne le sera jamais. Bien que Rousseau n'ait pas eu l'intention de publier l'œuvre de son vivant, il en fera des lectures publiques qui seront bientôt interdites à la demande de Mme d'Épinay. La publication sera posthume selon son vœu, mais plus tôt qu'il ne l'avait voulu: en 1782 à Genève pour la première partie et en 1789 pour la seconde.

(10)

2. Le musicien, le philosophe, le romancier et l'autobiographe Classer est une démarche très honorable, elle nous permet de distinguer chez l'écrivain Rousseau des productions bien diverses : Le Devin du village est un opéra qui a été fort prisé à son époque, Le Contrat social est une date dans la pensée politique, La Nouvelle Héloïse est un roman qui est cause de bien des larmes versées dans les salons. Puis vient l'autobiographie.

Autant d'œuvres, autant d'hommes ? Ce serait aller à l'encontre des intentions de l'homme Rousseau que l'on pourrait encore distinguer de l'écrivain : musicien, philosophe, romancier, auto- biographe, c'est tout un. Parler de l'unité de l'œuvre peut aussi conduire à un écueil : soit on dira que la philosophie de Rousseau explique l'homme et l'œuvre ; ou bien que toute l'œuvre de Rous- seau n'est qu'une entreprise autobiographique et qu'il n'a fait que parler de lui depuis son premier discours jusqu'à sa dernière promenade. Pour Rousseau cette unité existe, elle est celle de son cœur, de sa sensibilité : l'outil conceptuel peut sembler mince, mais est efficace. De Bossey ou des Charmettes, il est facile de se rendre sur les rives du lac du Bourget avec Saint-Preux et Julie d'Étanges ou rejoindre en amont la nature innocente où s'ébattaient les premiers hommes de cette terre d'avant l'inéga- lité. Cette clé pour embrasser toute la production d'un homme et sa vie même nous est donnée dans les Confessions.

3. Histoire d'un titre

On n'imagine plus guère aujourd'hui Rousseau devant sa table de travail, hésitant sur le choix d'un titre, tant le terme même de confessions s'impose à la lecture de l'œuvre. Le titre a été repris à saint Augustin (397-401), évêque d'Hippone, qui a retracé dans son ouvrage sa conversion au christianisme, sa découverte tardive de Dieu. La recherche du salut est le fonde- ment de l'aveu des errements d'une jeunesse tournée vers les plaisirs faciles de la chair : l'écriture de ses fautes constitue alors

(11)

le témoignage de sa contrition sincère. Écrire est un acte qui engage celui qui l'accomplit, car alors ce qui a été dit et avoué est fixé dans la matière et ne peut se nier. Saint Augustin en appelle à la grâce de Dieu dont il attend tout parce que lui n'est rien. Et aux hommes il adresse ce témoignage pour qu'eux aussi puissent trouver le chemin de Dieu. Avec saint Augustin on inaugure la longue tradition de la confession et de l'examen de conscience. Ce dernier se définit comme un retour sur soi grâce auquel tout homme saura débusquer en lui le pécheur en poussant l'investigation au plus profond de lui-même, dans les recoins les plus obscurs de son être: le pécheur devient son propre juge sous le regard de Dieu.

On n'a pas manqué évidemment de mettre en parallèle l'œuvre de saint Augustin et celle de Rousseau, comme lui- même s'y attendait sans doute en faisant choix de ce titre. Si l'on peut dire que Rousseau inscrit sa démarche dans une tradi- tion chrétienne, l'on peut aussi affirmer à l'examen qu'il en a laïcisé le principe. D'abord parce que Dieu est absent dans son œuvre, même si dans le préambule il semble faire appel à lui : mais c'est à titre de témoin qu'il est convoqué et pas dans sa fonction de juge suprême. Là est bien sûr la différence fonda- mentale avec le propos augustinien où la référence à Dieu est constante. Rousseau se démarque aussi de son «modèle» par la façon dont il conçoit son moi : si saint Augustin cherchait à se détacher de lui-même pour mieux se donner à Dieu, Rous- seau affirme au contraire la volonté de coïncider avec lui- même, il place l'individu au centre du monde. A partir de là rapprocher le vol des poires chez l'un du vol des asperges et d'un ruban chez l'autre est quelque peu dérisoire. Rousseau n'a pas réécrit les Confessions d'un autre, il s'en est approprié le titre, c'est le dernier vol dont il était inutile de faire l'aveu.

4. Un genre nouveau

La phrase liminaire de l'œuvre, Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple... ; est quelque peu péremptoire et on

(12)

pourrait facilement soupçonner Rousseau de vanité. Mais si l'on suit la thèse de Philippe Lejeune, on accordera aux Confessions le privilège d'être la première vraie autobiographie d'une longue lignée. Le souci de soi est bien sûr déjà présent dans les textes de l'Antiquité grecque et romaine ; Socrate à travers les dialogues de Platon soulève souvent la question de la connaissance de l'être, mais dans une perspective assez différente de celle que l'on conçoit aujourd'hui: le projet est philosophique, moral et les petits secrets de l'existence lui importent assez peu. Il en est de même chez Sénèque dont les Lettres à Lucilius se présentent plu- tôt comme un ensemble de conseils pour affronter la mort. Plus proche, Montaigne fait figure d'ancêtre puisqu'il s'agit bien dans les Essais de mettre à nu l'homme Michel de Montaigne, sans indulgence et sans prétention, dans ses actes les plus ordinaires : Je suis moi-même la matière de mon livre, déclare-t-il d'emblée.

Rousseau reconnaît la dette qu'il a à son endroit, mais tient quand même à prendre ses distances. On connaît la phrase de Pascal à son propos : « Le sot projet qu'il a eu de se peindre. » Et Rousseau n'est guère plus indulgent à son égard : Montaigne se peint ressemblant, mais de profil. Il faut bien dire que les Essais ne sont pas un récit de vie, ne sont pas des mémoires, mais un genre lui aussi bien nouveau et guère égalé lui non plus, plutôt un auto- portrait si l'on veut absolument le ranger dans une catégorie.

Quant à Cardan (1501-1576), mathématicien cité dans le Préam- bule de Neuchâtel qui avait publié un ouvrage intitulé Ma vie (1643), s'il lui accorde une plus grande sincérité, il refuse tout cré- dit à un homme si fou qu' on ne peut tirer aucune instruction de ses rêveries.

La nouveauté de Rousseau vient donc de ce dialogue qu'il instaure avec ses futurs lecteurs dont il fait les juges de sa per- sonne et de ses actes, et du pacte qu'il conclut avec eux: en échange du pardon qu'il demande, il s'engage à ne dire que la vérité, et surtout toute la vérité, à ne rien laisser dans l'ombre, à atteindre une totale transparence qui seule le révélera à lui- même et à autrui. Le pacte est un pacte de confiance, car c'est l'auteur par la parole donnée qui garantit la véracité de ses dires. Partant de ces principes énoncés par Rousseau, et au

(13)

regard des autres productions autobiographiques, Philippe Lejeune propose une définition précise du genre :

Récit rétrospectif en prose qu 'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité.

Chacun des termes de cette définition permet de distinguer ainsi l'autobiographie des mémoires, de la biographie, du roman personnel, du journal intime ou de l'autoportrait. Si Rousseau admettrait aujourd'hui volontiers avoir été l'initia- teur d'un genre, il n'aurait pas pour autant admis que d'autres aient pu suivre ses traces jusqu'au bout, tant son entreprise lui semblait unique: l'exécution n'aura point d'imitateur, ajoute-t-il dans la première phrase du préambule. Il serait facile de dire que chaque personne par le fait même qu'elle est unique ne peut que produire une œuvre originale, impossible à classer dans aucun genre. Certains autobiographes contemporains appuieraient cette assertion tant leur démarche n'a voulu - ou pu - obéir à aucun des principes de l'autobiographie ou des autres genres de l'écriture de soi. Ainsi persuadés que la connaissance de soi n'est qu'une ambition vouée à l'échec, que l'écrivain ne peut guère se départir de ses talents d'écriture et que par ailleurs toute écriture de sa vie la transforme en imagi- naire, des dénominations nouvelles ont été proposées, comme par exemple « autofiction » par Serge Doubrovski.

II. Parcours de l'œuvre 1. Les quatre livres

► Livre I : 1712 - mars 1728.

Après un avertissement et un préambule assez bref où Rous- seau exhorte ses futurs lecteurs à considérer l'originalité de son entreprise et à lui accorder leur indulgence, le récit commence

1. Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, Seuil, 1975.

(14)

par une présentation de sa famille. La mort de sa mère à sa naissance est le premier événement fondateur de son existence.

Après quelques années passées auprès de son père et de sa tante Suzon, temps heureux où l'affection de son entourage comble une sensibilité déjà affirmée, il est envoyé à la campagne, à Bos- sey, chez les Lambercier, par suite d'une querelle qui a contraint son père à l'exil hors de Genève. C'est le premier séjour dans une nature accueillante qui lui fait découvrir les joies d'une enfance comblée par l'amitié de son cousin Bernard.

Un épisode un peu trouble l'oblige à un premier aveu : une fes- sée donnée de la main de Mlle Lambercier lui fait éprouver son premier émoi sexuel. Le bonheur de ce séjour trouve un terme lors d'un événement anodin qui va se transformer en drame:

accusé à tort d'avoir cassé les dents d'un peigne, il subit un châ- timent disproportionné et injuste qui le marque profondément.

Suit l'anecdote du noyer assez longuement développée, facétie enfantine et joyeuse qui l'amuse encore par le souvenir. De retour à Genève après deux ans d'absence, il connaît ses pre- mières amours auprès de Mlle de Vulson, jeune femme qui joue avec l'enfant de dix ans la comédie des amants inséparables.

Pour donner un métier au jeune Jean-Jacques on le place en apprentissage auprès d'un homme violent et rustre : la méchan- ceté de cet homme le pousse sur la pente du vice dont il ne sort que grâce aux livres qu'il se procure chez la Tribu. Au retour d'une promenade, il trouve les portes de la ville fermées et prend sa première grande décision: il ne retournera pas à Genève chez son maître. Commence alors son errance.

► Livre II : mars - décembre 1728.

Son premier vagabondage lui fait sentir tout le prix de la liberté et satisfait son besoin de rêves. C'est au cours de ce petit périple que le destin en la personne de M. de Pontverre le conduit jusqu'à Annecy où a lieu la rencontre inoubliable qui allait profondément déterminer son existence ultérieure : Mme de Warens qui l'accueille avec sympathie et chaleur incarne dès ce moment la personne attendue secrètement, celle qui lui fait croire à la communion des âmes. Il ne peut empêcher le projet

(15)

Je dirai tout, affirme Rousseau, mais avouer n'est pas chose aisée et à cette tâche il a donné dans les Confessions une dimension neuve et originale. A-t-il pour autant comblé l'attente lui-même fait naître dès la première page de son ouvrage ? Comment a-t-il mené à bien Ne nous a-t-il pas donné à lire le fabuleux roman d'une enfance reconstruite par sa mémoire et les grâces de son écriture ?

A travers huit dissertations qui s'appuient Jean-Paul Santerre propose quelques réponses à ces questions que suscite toujours cette œuvre uninue

Jean-Paul Santerre, professeur agrégé de lettres modernes, enseigne la littérature dans les classes préparatoires du lycée Vaucanson de Tours.

(16)

Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès par le temps, cette édition numérique redonne vie à une œuvre existant jusqu’alors uniquement

sur un support imprimé, conformément à la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012 relative à l’exploitation des Livres Indisponibles du XXe siècle.

Cette édition numérique a été réalisée à partir d’un support physique parfois ancien conservé au sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.

Elle peut donc reproduire, au-delà du texte lui-même, des éléments propres à l’exemplaire qui a servi à la numérisation.

Cette édition numérique a été fabriquée par la société FeniXX au format PDF.

La couverture reproduit celle du livre original conservé au sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.

*

La société FeniXX diffuse cette édition numérique en accord avec l’éditeur du livre original, qui dispose d’une licence exclusive confiée par la Sofia

‒ Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ‒ dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012.

Références

Documents relatifs

A systematic review to identify gaps that limit translating knowledge on dairy products and inflammation into nutritional guidelinesA. International Conference on Food

Although found to not be significantly associated with the degradation of kidney graft function using univariate analysis, variables such as the eGFR at the time of NK cell

2. « Une histoire est une série d’événements logiquement reliés entre eux, et causés ou subis par des acteurs. « Un récit est le signifié d’un texte narratif. Topologique

zeichnet, gurrer zitierte denn Baccard tatsächlich auch schon als Quelle. Er wollte offenbar sagen, daß vor ihm noch niemand eine Walliser Geschichte in deutscher Sprache

Il y a un médecin scolaire, Docteur ANDREANI, et une infirmière scolaire, Sophie PEZZETI, qui sont en charge des questions d’ordre médical. Tout s’est bien passé. Les élèves

Sur ce voyage auquel il ne consacre que trois lignes, et en particulier sur le site des Iles Borromées, Rousseau aurait bien voulu revenir plus tard, et entrer dans plus de

A nouveau le 4 Octobre Madame Boy de la Tour lui envoie un courrier détaillé, daté de Lyon : Voici une note qui contient la pelleterie qui sera de durée; si vous aimez le léger,

* Le premier chapitre présente un résumé des principes de la nouvelle gestion publique, ainsi que de son évolution dans les deux pays étudiés. Il s’ensuit un cadre