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EMANUELE
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B. Prov.
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NAPOLI Falchetto
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PETIT PRODUCTEUR
FRANÇAIS.
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On
souscrit aussipourlescinqouvrages qui formentlacollectiondu
PetitProducteur
à Aix, chez Aubin.—
Terris.—
Reynier.
—
Pontier.Amiens,Allô.
Angers Fourrier-Maine.
Arras Topino.
Avignon,Séguin.
Bayonne,Gosse.
Besançon,Deis.
—
Bintot.Bordeaux,Gassiot,filsaîné.
—
Mme.ve.Bergerct.
—
I.auallc, Brest, LclournieretDespérier.Caen,Leercsne.—Mancel.
Cilais,Lcleux.
Châlons-sur-Marne Pavier.
Clermont-Ferrand,Tliibault-Lan- driot.
—
Aug. Veysset.Dijon, Tussa.
—
Gaulart- Marin.Dole,Joly.
Dunhen/uc Ailles.Lorcnzo.
LaRochelle, Pavie.
LeHavre
, Chapelle.
—
Patry, Lille Vahachère.—
Bronner-Rau- vens.'—Lefort. ^ t Titnoges,Ardent. * Lorient, Leroux-Cassart.Lyon Bohairc.
—
Périsse frères,—
Targc.Marseille
,Camoin.
—
Mossy.—Chaix.
Mrtt Tliicl.— Devilly.
—
Hnsson.MonlauhanLaforgue.
—
Rhétoré, MontpellierSevalle.Nancy,Vincenot.
Naïves,Forest.
—
Busseuil jeune, Nîmes,Pnucbon.OrléansMonceau.
—
Huet-Per- Perpignan Alzinc.—
Lasserre.Poitiers,Rnrbirr.
BennesMolliex.
—
Blnuet.Rouen,Frèreaîné.
—
e.Renault, Sedan,, Javeaux.Saint-Étienne,Motte.
Saint- Orner, Devaux-
—
Coor- donne.Strasbourg, Levrault.
—
Février,—
TreutleletWûrti.Toulon,Belluc.
—
Laurent.Toulouse Gallon.
—
Yjeusseux,—
Devers.Tours,Mime.
T
rayes,Lnloy.V
alenciennes Lemaître.PARIS.— IMPRIMERIE
DE
FAIN RueRacine,Pi0.t\,placedeTOdéoii
‘t
PETIT PRODUCTEUR
FRANÇAIS;
PAR LE BARON CHARLES DUPIN,
MEMBREDEl/lNfTITUT.
TOME
III.LE PETIT FABRICANT FRANÇAIS.
.> ;n
/ b-'
fi f
paris':
- -BACHELIER, LIBRAIRE,Sucer.de
M
mo.V*.COURCIER, 9 UAI DES augustins,n°.55..
«
PROSPECTUS Dü PETIT PRODUCTEUR.
I
L'ouvrage que
je viensde
publier sous le litrede Forces
productives etcommerciales de
laFrance,
secompose de deux grandes
cartes etde deux volumes
in-4°.Il coûte25
fr. à Paris; cequi
lemet
horsde
laportée despetitsproprié- taires etdespetits industriels.y II
m’a semblé
possiblede résumer
cetouvrage
etplusieurs autresque
j’aicom- posés
,en
cinq livrets,où
les idées les plus particulièrement utilesaux per- sonnes
lesmoins
riches, se trouverontexposées. ' 1
Dans
lepremier
livretje placelepetit tableaudu progrès général de nos forces
productives etcommerciales
.Dans
lesecond
, jerésume
lesno-
tions les plus utilesaux
petits proprié- taires•agriculteurs.* f
0
1 • • .
DigitizedbyGoogle
VJ PROSPECTAS-DU PETIT PRODUCTEUR.
Dans
le troisième*,jerésume
lesna-
tions lesplusutilesaux
petitsfabricants
et
aux
artisans. *Dans
lequatrième
,je
résume
lesno-
tions lesplus utilesaux
petitscommer-
cants.*
Dans
lecinquième
, je présente les notions les plus utiles
aux
simplesou-
vriers,
pour
les convaincre desavantages de
l'instruction etdesbonnes mœurs.
Chaque
partie,formant un
petitouvrage a part
,coûtera75
centimes.On peut
souscrirepour
la collectionou pour un nombre quelconque d’exem-
plairesde chaque
partie,chez Bachelier
libraire,
quai
desAugustin
s,etchez
les librairesindiqués ci-dessus.Quelques personnes
ont manifesté le désir d’acheteren grand nombre
cespetitsvolumes, pour
lesrépandre dans
lescam- pagnes
etdans
les ateliers : celui quiprendra
centexemplaires d’un volume
ne tespaiera que 5o
centimesV
exemplaire.r
DigitizedbyGoogle
t
LE
~ v' * '»
PETIT FABRICANT
FRANÇAIS;
PAR LE BARON CHARLES DUPIN,
NEMBJLK OSL'iDSTlïUT.
»
' '’ *
I DigitizedbyGoogle
PUOPRIETAIRES,*FABRICANTS ET•
COMMERCANTS
Ȏlecteurs de . . 1823, 1827. Changent.
\
Électeursayant 20ans
en1789. 53,300 33,750 Perte19,550 Électeurs n’ayant pas
20 ans en1789. . . 46,700 56,250 Gain 9,550 Totalité des électeurs100,000 90,000JDègr.10,000 Majorité pour l’an-
cienne génération. 6,600 Majoritépourlanou-
velle génération. 22,500
Balance
desmajorités.Eu
1823,l'anciennegénérationl’em-'portaitde 6}pourcent.
En
1827,lanouvelle générationl’em-porte de. 25 pourcent.
Mutation à l’avantagede la nou-
vellegénérationen quatreans. .31jpourcent.
1
* Jeprieinstammentlesproprietaires,lesnégociants,etles commerçants delajeunegénération
,derelireattentivement lepremiervolumeduPetitProducteur.Ilsyverrontdémon- trée avecsoin
,lamajoriténumériqueàlaquelleilssont par- venusparleseffetsdu temps,etlesconséquences decelle majorilé sur nos destinées pdlitiques.Cespectacleleurdon- neralamodéraliouquinspirenttaconsciencedelaforceet1»
certitudedelasupériorité.
DigitizedbyGoogle
I
AUX ÉLECTEURS
«
DE LA FRANCE.
’f
*
Electeurs
lAvant
quej’arriveau terme dela publica-a tion
du
PetitProducteur,un
grand événe-ment
vas’accomplir.Le
5novembre
, dit-on, danstroisjours,
la
chambre
desdéputéssera dissoute.Un
appelserafaitàlaFrance parlavolontédu monarque, pour
choisirdenouveauxman-
a dataires,dignesde vousreprésenter, dignes desoutenir vosdroits,de protégervos intérêts.
Compatriotesélecteurs,
pour
lesquels j’ai destinémon
PetitProducteur,propriétaires,
fabricants, négociants,
membres
des petits collèges etmême
desgrands,puissiez-vous être profondément pénétrés del’importance etde lagravitédu
devoirque vousallezaccomplir!Choisissez des
hommes
qui connaissent et surtoutquichérissentleslibertés etlespro- spéritésdu commerce
, des fabriques, etdeiagriculture.
Choisissezdes
hommes
qui chérissent l’in- structionpopulaire;carc’est labasedetoutes lesprospérités,etdelapaix,etdu
bonheur.Voyez
plutôt les malheurs de l’ignoranceÏ
jopulaire dans cette Espagne,enproieaux lorréursde laguerrecivile;etpar
une
dé- ception grossière, lesangversépour
rendre plusabsolu, disentlesimposteurs,un
princeDigitizedbyGoogle
el surles sciencesappliquéesaux arts, 2 vol. in-8.,
i8 a 5. tofr.5oc.
Onvendséparément:
IV*.discours. Progrès dessciences et desarts de la Marinafrançaise, depuis la paix, in-80
., 1820,
. , Ifr.25c.
VI*. discours. Considérationssur tesavantages del'In- dustrieetdesmachines,enFranceeten Angleterre in-8°.
/1821,jfn& 1fr.25c.
VIIe.discours. Influence du Commerce sur le savoir, l surla civilisationdes peuples anciens,etsurleursforces
V navales,in,-8?;,1822, . I Ifr.5oc.
Avantages sociaux d'un enseignement publicappliqué à
’ l'industrie,«le.,1824, 1fr.
XIIe. discours. Introduction d'un nouveau Cours de géométrieetde méchanique apjmquéesauxartsenfaveur dela classe ouvrière.Paris, in-8°., 1824, Ifr.5oc.
XIIIe. discours. Résumé général des applications de géométrie du nouveau Cours,etc. Paris,in-80.,1825,
* 1 fr.5oc.
XIVe.' discours. Béstimé général des applications de méchanique,dunouveau Coursde méchanique.Paris,
in-80.,ï825, lfr.5oc.
DéveloppementsdeGéométrie,avec des applicationsà la sta- inlitedes vaisseaux,auxdéblaisetremblais,audéfilement, àl’optique,etc.,pourfairesuiteàlaGéométriedescrip- tiveet àla Géométrie analytiquede Gaspard Rlonge.
in-4°.,l8i3, i5fr.
Applications deGéométrieetde MéchaniqueàlaMarineet aux PontsetChaussées, pourfairesuiteaux Développe-
• ments de Géométrie
,in-4°.Paris, 1822, i5fr.
Essaihistoriquesurles servicesetlestravauxscientifi- ques de Gaspard Monge, in-8°. et in-4°., 1819,
4f.5oc.et 7f.5oc.
Rapport surleMémoiredeM.Navier,surlespontssuspen-
dus,1823, 1fr.
Rapportfait àFAcadémiedes sciences,surle3avantages,sur lesiqponvénicntsetsurlésdangers desmachinesàvapeur,
•danslessystèmesdesimple,demoyenneetde haute pres-
sion, in-80.,t823, Ifr.
Analyse du tableaudeVarchitecturenavale aux dix-hui- tièmeetdix-neuvièmesiècles,in-A°.,i8t5, 1fr.5oc.
Du rétablissementde l'Académie de marine,in-80.,18 15,
. Ifr.5o c.
,’&t «' *
DigitizedbyGoogI
LE
PETIT FABRICANT
4*'''
FRANÇ^S
r> /''Tsvl'
V
V
04
-\
v.
\
.>D’après
les évaluations approximativesque
j’ai données dansmon
ouvrage sur les Forces productiveset commerciales de la.France
,voiciquelest,ennombres
ronds,le revenu brutdu royaume.
Agriculture, 5millards.
Fabrications,2milliards
500
millions.Commerce,
1 millard 200 millions.Par
conséquentlesproduitsdus luxfabri- cationsdes artsde toute espèce,équivalent à lamoitié des productions agricoles; et les produitsdu commerce
équivalentàlamoitié desproduitsdel’agriculture.D’après ce premier aperçu,
beaucoup
de geus vonts’empresserde conclurequ’ilfaut favoriser l’agriculturedeux
foisautantque
les1
DigitizedbyGoogle
fabrications,et lesfabrication^deuxfois au- tant
que
lecommerce;
juger ainsice seraittomber
dansune erreur biengrossière.Nous
en montrerons plustard lerésultat. Disons seulementici : Lesfabricantsajoutentbeau-coup
parleurstravauxàlaprospéritédel'agri- culture;lecommerce
vivifieà la loisetlesfabri- queset l’agriculture; lecommerce
faitflorir enmême
temps, l’agriculture et l’industrie.En
voyantlerevenu brut delaFrance,sur- passer huit millards sept cents millions de francs,on
se récrierasur notre richesse.Et
moi,jeme
récrieraisurnotre pauvreté.Comment
,dira-t-on,vousnouscroyezpau- vres avec huitmilliards et plus deseptcent millions!,Où
croyez-vous donc que passent tousnostrésors?C’est iciqu’on peutvoir
un
petitusage de l’arithmétique,suffisantpour
dissiperlesfu-mées
de notreorgueil*et changercette idée d’opulence, en sentiment motivéde notremé-
diocrité.Huitmillards sept cents millions,en ôtautlavaleur des semences agricoles et la nourrituredes
animaux
producteurs,ne nous laissentque
huit milliardsquatre centmillions.Otant
un
milliardquatre centmillionspour
les impôts,lesoctrois,etc.,perçusparl’état,les
DigitizedbyGoogle
EABRICANT
3 administrations locales,etc. ,etc.,ilrestesept milliards de francs, lesquelspartagés entre trente-deux millions d’habitants,donnent
seulement219 francs:voilàlapartde chacun.Quand on
aprélevésur cette part,de quoi formercelle deshommes
qui possèdent des revenus considérables, il ne reste pas 180 francs par tête. Ainsi nous arrivons à ce tristerésultat:dansl’étatactueldelaFrance,
lapart
du
revenu de ceuxqui n’ont d’autres ressourcesque
leurs braspour
travailler,ne s’élève pas à 50 centimes par journée
moyenne, homme, femme
et enfantscom-
pris!...Qu’on
s’étonne après celade l’immense mi- sèrequipèsesurune
sigrandepartiedelapo- pulation française.Pouvons-nous
alléger cette misère?Pouvons-nous
améliorer le sort de ceux qu’elleafflige?etdonner
de l’opulence àceux qui déjàpossèdentla simpleaisance?Jele crois,etje consacre àcet objet
mon
PetitProducteur.
J’ai présenté
mes
vuespour
améliorer le sort des petits propriétaires agriculteurs.A
présentje viensaupetitfabricant;bientôt je m’occuperai
du
petitcommerçant,
et jefini-raiparl’ouvrieret l’ouvrière.
1.
4 L£ PETIT
Sur
deuxmillions cinqcentmille familles adonnées aux fabrications etaucommerce,
k
il n’y en a pas vingt mille qui possèdent chacune plusde cent mille francsemployés
comme
capitauxdansl’industrie.Nos
livretsrelatifsaupetit fabricant,aupetit
commerçant
et à l’ouvrier,concernent donc directement plusdedeux
millionsquatre centquatre-vingt millefamilles.Voyons
parquelsmoyens
nous pourrons améliorerlesortdecetteimportante partiede notre population.Sous
lenom
depetitfabricant,nousn’en- tendons pas seulement toutindividuquipos- sèdeune
petitefabrique.Nous y comprenons
tout individu qui possèdeun
atelier,une
boutique,où
il travaille etfaittravaillerdes compagnons.Ainsilechapelier,lecordonnier,le tailleur, quipossèdent
une
boutique, sont despetits fabricants.La
prospérité de leurmétier est fondée surlesmemes
principesque
celle des métiersexercésdanslesfabriquesproprement
dites. L’entrepreneurdebâtisseest
un
fabri- cant;leconstructeur de bateaux,denavires, dechariots etdevoituresestun
fabricant.Enfin,lesgensde métierpossesseursd’un atelieret d’un petit capital industriel quei-
DigitizedbyGoogle
FABRICANT.
5 conque, appliquéàlafabrication, sont tous comprisdansla classedes petits fabricants,et notre livretleurestàtous destiné.Avant
la révolution,lesétats qu’exercent lespetitsfabricants étaient méprisés parles classesdelasociétéqui vivent sans rien fabri- quer,ou
qui,pour
parlerplusexactement#viventparlebienfaitdesfabrications d’autrui.
Ce
préjugébarbarediminue deplusenplus.La
chartememe
assure légalité des droitsde touslesF
rançais,quellequesoitleur industrie.Elle distingue encore honorifiquementquel- quesclasses,maisn’endéshonore aucune.
Un
petitfabricant,un
petitcommerçant
,
s’ilspaientcentécus d’impôts,sont électeurs et jurés; tandisquelepetithobereau,lepetit nobletet lepetitbourgeois, quipayent299fr.,
ne peuvent pasjouirdeceshonorablesdroits.
Autrefois
un
noblehomme
dérogeait,c’est- à-direétaitcensé renoncerà sa noblesse,oudu
moinsla souiller,quand
ilsefaisaitpetit fabricant.Un fameux
roide France n’a,dit-on,ja- mais desavie,adressélaparole àun
individu qui fût petit fabricant, petitcommerçant ou
petit artisan, c’est-à-dire, dans lestyle des sièclespassés, qui fûtun
vilain.1
”
DigitizedbyGoogle
Aujourd’huileroide Franceentrechez
un
petitfabricant;ily
voitun
métier àfairedes cardes,ou pour
mieuxdireun
métieràfamé vivreunefamille;ilen tournelamanivelleet'fait lui-même
une
carde.Honneur
à S.M.
leRoi deFrançe
,quia vouluse montrer,une
fois danssa Vie, petit fabricant! Qui, maintenant,osera direquele bourgeois déroge,que
lertobïedérogeetque lehobereau déroge, en tournantou
faisant tourner lamanivelle?...Sire, votre royale
main
nes’estpasmoins illustréeen tournantlamanivelle,
que
celledu
puissant*Empereur
delaChine en pous- santlacharrue:j’oseexprimeràVotre Majesté lareconnaissancedetouslespetits fabricants,etcelle detousles sages.
Aujourd’hui la noblesse ne déroge
que
quand
elleserendinfâme
pardes vices,ou
coupable pardes crimes:clans lepremiercas, elleestpunie parle méprispublic;dans le second,parlaloi-,sans privilègepour
la nais- sancenilerang.Bénissonslasagessedeslois quidonnentforce à ces idées:bénissez-la sur- tout,petitsfabricants, vous dontelleassure lesdroits etprotègel’honneur.Dans
tousles temps, danstous les cas, défendez par vosFABRICANT.
1'
suffragesetparvotrecouragelesinstitutions auxquellesvous devezces bienfaits; lapatrie vousen conjure par
ma
voix.Sivousfaitesainsi,vousconserverez cequ’a d’avantageux,deflatteur,d’honorablevotre nouveau rang danslasociété. Si
non
, vous redescendrezaurang abjectdevilains,com- me
avantlarévolution;etvous y redescendrez avec d’autantplusdehonte
que vous-mêmes
aurezdonné
lesmainspour
vousravalerdansun
état dégradé, etdeveniresclavesméprisés.Le bonheur
devotre existencesocialeétant assuré,sivousvoulezquil
lesoit,songeons àvotre bien-êtrephysique.Cen’estpas chosefacile
, pour
un
petitfa- bricant.que de maintenirlaprospéritéde son industrie, à travers•toutes les vicissitudesque
présententlesmouvements
delarichesse.Tantôtla surabondancedesmoissons fait
tomber
àsivilprixlesproduitsde laterre,que
l’agriculteurtrouveà peine cequ’ilfautpour
couvrirses frais.Alorsilépargnesur sa dépense.Ilcomptaitcette année acheterun chapeau
neufainsiqu’un habit neuf; il ne lesachèteraquel’annéeprochaine.Le
chape- lier, letisserand,le tailleur n’aurontplusà fabriquerson chapeau,sondrap,son habitÿDigitizedbyGoogle
'8 LÊ
PETIT
1ouvrageleur
manquera
,etilspartagerontla détressedel’agriculture.Tantôtladisettedesproduitsdelaterrese fera
durement
sentir; lespauvres ouvriers, lespetitsménages verronttous leurssalaires et leursmodiquesbénéficesabsorbéspourse procurerdu
pain. Ils n’aurontpinsdequoi s’acheter, non-seulementdes habits et des chapeaux,maisdesbasetdes souliersou
des sabots. Alors l’ouvrage vamanquer,
non- seulement autailleur,auchapelier, au tis-serand, mais au cordonnier, ausabotier,au faiseurde bas,etc.Ainsilamisèredel’ouvrier retombesurlepetitfabricant,de
meme
qu’elle retombesurlepetit marchand.De
làresuiteune
première conséquence bien remarquableetbien heureuse.Pour que
lepetitfabricantprospère,ilfautque
lelaboureur prospère, il fautque
l’ou- vrierprospère,etque
lemarchand
prospère.Le
petit fabricantnedoitdoncpas voiravecun
œil d’envielebien-être des autres classes laborieuses:aucontraire, sonproprebien-être ne peutrésulterquedu
bien-êtrede toutela société.Ainsile petitfabricant doitaimer la prospéritédetoutlepays,detoutelapatrie; nefût-ceque
paramour
de soi-même.DiqijizedbyGooglç
FABRICANT.
9Ilnedoitjamaisdireenparlant
du malheur
d’autrui,
que
m’importe!carilya toujoursmalheur pour
luidanslasouffrancedesescon- citoyens. Ilne doit pasdire,quand
noslois sont en danger,quand
nos institutionssont menacées,que
m’importe!carilyamalheur pour
luidans touslesmalheurs delapatrie;etdanger
pour
sonbien-être, sa considération, sonhonneur,
danslesdangers deceslois,de ces institutionsqui lui garantissentde plusbeaux
droits,un
meilleurrangsocial, qu’en Autriche,enMaroc
,enEspagne
,en Russie: pays moins heureux parlesloisque notrepays.Ajoutons, avecuneégale vérité
,
que
lapro-spérité
du
petitfabricantcontribue puissam-ment
àlaprospéritédetouteslesautresclasses dela société.Le
petitfabricant ajouteprodi- gieusement aubien-êtredu
petit propriétaire dont il achète lesproduitspour
leur faire prendre une valeurnouvelle,enleurdonnant une
nouvelleutilité;ildonne
aupetitcommer-
çantunefoulede produitsque
celui-citrans- porte,échange ou débite; enmême
temps qu’ilachèteaupetitcommerçant une
foulede matièrespremières,d’instruments etd’outils.,
Ami
lecteur,avez-vousjamaisvisitéSaint- Etienne en Forez, ou Saint-Quentin enPicar-10 LE
PETIT
die/
ou
Tarare en Lyonnais,ou Mulhouse
enAlsace,ou
Bolbec enNormandie?
C’est le pays dès petits fabricants;ils y ont fait fortune par letravail,et l’ordre, et l’éco- nomie.En
faisant cette fortune, ils ont enrichitouslespropriétairesdu
pays.Lesre-' venus delaterreont doublé de valeur; les cultivateurs,poussésparlespetitsfabricants ont pardegrés quitté leursvieillesroutines
pour
cesbonnesaméliorationsdont nous avonsdonné
l’idéedansnotre Petit Propriétaire.Lesmarchands
n’ontpasmoins gagné quelespro-^priétaires,àvendretouslesnouveaux produits deSt.-Quentin, de St -Etienne, de Tarare, de
Mulhouse
etdeBolbec. Ainsi l’expérience appuielaraison,pour convaincreles
hommes
qui savent voir cequi frappe leursregards:
chosemoinsfacileetplus rarequ’onnepense.
Ilnefautdonc pasqu’il existeaucunebasse jalousieentrelepetitpropriétaire agriculteur, lepetitfabricantet lepetit
commerçant
;cha-cun
d’euxestnécessaire àla prospérité desdeux
autres.Tous
troissontlesassociésdela grandefabriquequ’on appelle la patrie, et quitravaillepour
lanourriture, lebien-être etlebon
ordredetoussesenfants,également chéris,égalementprotégésparlaloi.\
DigitizedbyGoogle
«
FABRICANT.
1ILe
petitfabricantpeut éprouverbien des revers,comme on
vientdelevoir,par1’effet des pertes qu’essuient le petit propriétaire etlepetitcommerçant. IIpeut en éprouver par sespropresfautes, et voilàsurtoutcelles qu’ildoits’efforcer d’éviter.
Une
admirablevérité,c’est(jailli estpa
sun
vicedu cœur humain
qui nesoitpernicieuxpour
lesintérêtsdu
petitfabricant,etpas une
vertuqui ne luisoit utile. Si l’on pouvait faireune
histoire fidèledetoutesles ruines éprouvées parlespetits fabricants,on
verraitque
plus destroisquarts sontduesàquelques vices,àquelque défaut decaractère.IlestaucentredelaFrance
un
cantonfavo- risédelanature.On y
trouveune
terrefertile arroséepar debelles eaux,dont les chutes nombreusesfontallerbeaucoup
demoulinset servent àbeaucoup
d’usines.En peu
d’années, cepayss’étaitcouvertd’ateliers.Chacun
pou- vaitysubsister, malgrél’accroissementdela population.On
produisaitbeaucoup, maison consommait
en proportion;cequifaisaitaller lecommerce. Lesterresavaienttripléde va- leur; lespetits fabricants étaienttousàleur aise,etlespetits
marchands
faisaientbienleurs affaires:c’étaitun
spectacle pleinde charmes.DigitizedbyGoogle
Peu
àpeu les fabriques et les boutiques sont tombées endesmains moins prudentes,moins probes, moinslaborieuses.Des enfants orgueilleux et dissipésont remplacé des pères prudentset rangés.Ces pères auraient tort des’enplaindre
,puisquecela tientàlasotte éducationqu’ilsont eula vanitéde
donner
à leurs enfants:nous reviendronssur cetobjet capital.Par
suitedecette faute,laruinedes petites fabriques acommencé
; celledu
petitcom-
mercea suivi. Lesbienssont retombés au- dessousmême
de l’ancienprix.On
avu
des terres en friche, des moulinstombant en
ruines, des ateliers déserts, des boutiques fermées,etlepaysaparucomme un
endroit ravagé par laguerre.Telétait l’état
du
cantonlorsqu’un demes
amis,petit fabricant,très-expert, résolut d’y venir avec sa famille et conçutleprojetde
rendrecepays àlaprospérité.En
terminantmon
PetitPropriétaire j’ai présenté,danslapersonncdu
sageOberlin,lemodèle du bon
pasteur et del’homme
des champs,quidevientlebienfaiteurdetoutun
canton. J’airaconté fidèlement cequej’ai
pu
recueillir,etce petit tableaulaisseracertaine-
DigitizedbyGoogle
FABRICANT.
13ment
lineimpressionfructueusedanslesbons cœursetdans lesâmes
élevées.Ilfaut
que
jeprésenteaussileportraitd’un petit fabricant dontla conduite etles»prin- cipesme
semblent,àtouségards,dignes d’être offertsen exemple. Maisjene puispasledé- signersous sonnom
;parcequ’il vitencore,et quïlesttoujoursdanslafabrication. Ilpré- tendque
riennefait tortaupetitfabricant,
comme
*de vouloir être distinguépar autre choseque
parlabonté desesproduits.•
Prenant un nom
supposéj’appelleraidonc M. Lefond mon
petit fabricant. Si leshabi- tantsdesa petite ville, qu’ilatant obligés,
etsilesnombreusespratiquesqu’ilsatisfaitsi
bien, lereconnaissent àses qualités, à son
bon cœur
,jeprieraimon
ancien ami de ne pasm’enfaireun
reproche.M. Lerond
estun homme
tout uni dans ses manières,tout simple dans sonaspect;sa physionomie ouverteetfranche vous dispose àlaconfiance.Comme
iln’estpas ambitieux,
niméticuleux,lessoucis fuient sapensée;ce qui
donne
jenesaisquoideconfiant àsesma-
nières, etderiant àsonvisage; lavertures- pire dansses traits;des affectionsgénéreuses
ont
fait prendre àsa physionomieune em-
2
DigitizedbyGoogle
14 LE
PETIT
preinte avenante et douce.
Sa
probité, sa bontétiennent ceque
prometsaphysionomie, etsonlangage est toujours d’accordavecsa conscience. Aussi,danslespaysqu’ilfréquenteou
qu’ilhabite,
quand on
veutaffirmerquel-que
chose,un peu
plus fortque par sermenton
vousdit:celaestsûrcomme
laparolede Lerond.M. Lerond
faitpeu de bruit; maisc’estl’homme
leplusactifdu
pays. 11 a«x>mplit chaque annéevingtvoyagesde25à30lieues.Comme
ilvisiteses ateliersaumoment même
de son départ etde sonarrivée, l’onne s’a- perçoitpas chezlui qu’il s’estabsenté;lereste dela villeapprend son départ à sonretour.
L’onsait qu’il
vend
enconscience;aussil’on achète avecluisansmarchander
, choseque
d’ailleurs ilne permet pas.
Quand
il veut acheter, ilexamine attentivement lamar-
chandise,serecueilleun
instant,ditsonprix, prendlachose,sion
lalui laisse, etlare- jette aussitôtqu’onmarchande
:on
diraitun
négociantde Hollande
ou
d’Angleterre.Ilcon- cluraitcomme
euxvingtaffairesenune
heure, fût-ilquestiondecent millefr.pour
chacune.Cette conduite de
M. Lerond
luidonne
dans lecommercé une
estime prodigieuse.DigitlzedbyGoogl
FABRICANT.
’ 15même
aüx yeuxdes fripons quiseconduisent tout différemment.Son
créditfaitsarichesse,
etl’asoutenu danslestempsdifficiles
où
,par suitedu
malaise général,soncommerce
avait souffert.Ses correspondantsl’ontsçu ettous sontvenus àsonaide;comme
il étaitvenu
lui-même ausecoursdebeaucoup
d’entr’eux.Expliquons maintenant dequellemanière
M.
leRond
afait l’acquisition desamanu-
factureàd'un premierachat
bienoumal
faityetbienou
mal
proportionnéaux moyens
d’un acquéreur,dépend
souventlafortuneoula ruine decetacquéreur.M.
JLeronds’y prit avecune prudence quidevrait servirdemodèle
àtouslespetitsfabricants etmême
auxgrands.Il
commença
par examiner, pourl’endroitoù
setrouvaitl’usine qu’il voulait acquérir, le prix
du
travail etleprix des matièrespremiè- res,la possibilité dese lesprocurer dansles diverses saisons de l’année; lenombre
, la-bonté,lacherté des voiesdecommunication aveclesprincipaux centresde
commerce
etde consommation. Ces premières donnéesluiper- mirent decalculer,leprixauquelildevaitfaire sesfabrications,leprixqu’ilpouvait mettre àl’usine dont ilsupputait le travail, et le bénéfice raisonnable qu’il devait espérer.De
tellesprécautionssont très sages•cardeshommes
industrieux, actifs, expérimentés,pour
avoircommis
laseulefautedéplacerleurs fabriques .dansune
localitépeufavorable,ont perdu
tout le fruitdeleur travail etde leur talent.M. Lerond
,satisfaitparsescalculs prélimi- naire,vit qu’ilseraitavantageusementplacé,s’ilacquiéraitlafabrique dont
on
luipropo- saitl’achat, etqu’iln’avaitpasvoulu regarder d’avance,de peur dese laissertenter.Cette fabrique est située près d’un cours d’eau, qui traverse,avons-nousdit,
un bon
territoire.
Le
premierpossesseur,aulieudese déterminer parlescalculsdont nous venons d’indiquerlanature,s’étaitlaisséprendreàla magnificencedu
site, à labeauté desalen- tours.Ilavaitcommencé
par sebâtirun
pa- villon délicieux, qu’ilavaitmisen
harmonie
avecun
jardindontlaculture pittoresquelui prenaitun
tiersde son temps.Ilavaitvouluque
l’architecture de ses ateliersne déparât pointlestyle de son élégante habitation.II eutlemalheur
de prendrel’architecte à ré- putation,qui se chargeait d’atténuer à juste prixlesfortunesdu
département, etquand
il fallut payerlesdépenses debâtisse, ilne
DigitizedbyGoogle
FABRICANT.
• 17 resta plus rienpour
faire aller lafabrique.Tous
cesbeaux ornementsd’architecture,qui
réjouissaientpeut-êtrequelquesfrivolesvoya- geurs, neservaient derien
pour
laproduc- tion; aussi furent-ils comptés
pour
rien,quand
ils’agit de vendrelafabrique. Voilàcomment une
usinedequatre-vingt mille francs ne putêtrevendue
moitiédeceprix.Le
propriétairecommença
parfairevoirson habitation,meublée dansun
goûttout-à-faitmoderne.
Mais,l’ameublementprimitifétant au-dessus desmoyens du
maître,on
n’avait paspu
compléter avecun
luxe pareil, tous les objets nécessaires à l’intérieur; le faste brillaità côtédelamisère;et,
comme on
n’ap- portait pas leplus grand soin à l’entretien d’unefoule d’objets dontlafragilité résistaitmal
aux rudesmouvements
desdomestiques delacampagne
,on
voyaitpartoutdesébré- chures,des cassures et desmalpropretés, qui faisaientparaîtreencoreplusabsurdel’osten- tationdu
propriétaire.«Vos
meublessonttrop délicats ettrop fragiles; ils ne sont pasen
assezbon
étatpour me
convenir,dit
M.
Le-Rond
;je les trouve d’ailleurs au-dessusdu
trainde maisonque
je puistenir.Ainsi,vous enferezceque
vous voudrez:jelesrefuse. »V
\
(
18
LE PETIT
II fallut
que
levaniteuxpropriétaires'hu- miliâtau point de céder àvilprix,au brocan- teurdela villevoisine,toutceclinquantd’a-meublement
,surlequelilavait tantcompté
,pour
jeter delapoudre
aux yeux desmar-
chands quidevaientachalandersafabrique.Le
propriétairevoulutensuiteconduirelebon M. Lerond
,dansles jolisdétoursdeson jardin anglais,de son boulingrin, de sonîle factice,desesdeux pontschinois etdes pièces d’eauqu’ilavaitcréées.M. Lerond
refusade
voir ces objets,parceque
detelles futilités dit-il,neserventderien àlafabrication.Vingtfoisnotrevendeurd’usine fut sur le pointde direà
M. Lerond
:vousn’êtespas digned’acheterlescréationsd’unhomme de
goûttelque moi
!Maisl’homme
de goûtavaitCabsolumentbesoin d’argent
pour
payerdesbih letssurlepointdetreprotestés;ilsecontint etfuttropheureux de trouverun
acheteurqui pût payer comptant,comme M.
Lerond.Le
vendeur de manufactureétaitun homme
danslafleur del’âge, ayantlesmanièresles plusdistinguées, parlant avecpureté,s’expri-
mant
en termeschoisis et figurantaumieux
dansun
salon.On
avaitsoignéson éducation;on
l’avaittenudouzeansdanslespensionnatsDigitizedbyGoogle
FABRIC AHT. 19
“universitaires,etclans lescollegesroyaux;
on
nes’étaitpascontentéqu’ilapprîtlelatinpour
goûter Virgileetsavourer Cicéron; onavait vouluqu’ilconnûtleséléments delalangue grecque, attenduque
des auteurs aimables qu’onappelle, jecrois,AnacréonetThéocrite,
ontécritdanscettelanguedes choses délicieuses quidonnent del’aménité
auxmœurs
d’unjeune industriel:voilà quelleétait lapartie solidede sonéducation.On
avaitbien voululuifaire apprendreun peu
d’arithmétique, ausortir desarhétorique;maisilpréféraitHorace.La
géométrieluiparaissaitinsupportable auprès deTibulle,etlaméchanique
luisemblait tout- à-faitbourgeoise en comparaisond’Ovide.Quant
auxartsd’agrément,on
voulutque
notrefabricantlesapprîtavec attention etma-
turité;on
luifit approfondirladanse,étu- dier sa voix etméditerleviolon. Voilà com- ment,dèsl’âgedevingtans,ilparutun
jeunehomme
accompli parmi lesindustriels, etcomment,
dèsl’âgedevingt-cinq,ilseruina.Tellessontcependantlesbelles éducations.
que
l’industriefrançaisealasottisede donnerà
sesenfants,disaitM.
Lerond, entraversant lesbosquets quiconduisaient,du
pavillon, à lafabriqueen vente del’élégantindustriel! ! !20
LE.PETIT
Alors
M. Lerond
sepromit solennellement qu’aucun desesenfants,destinés à l’industrie, nemettrait le pied dans lesécolesoù
l’onmontre
àlajeunessedu
dix-neuvième siècle lescuriosités littérairesqui convenaientaux
jeunes gensdu
quatorzièmesiècle,"quand, au
sortir de la barbarie, lesécrits des anciens étaientpour
nouslesseulsmonuments
dela penséedespeuplescivilisés.M. Lerond
fitbien, etses enfants,loinde
regarderenpitiéleurpèreet sa petitefabrique,restèrent simples et bons
comme
lui, actifscomme
lui,serendirenthabilesautantque
lui dansl’artdeconnaîtrelaréalitédeshommes
?*
etdes choses, etprospérèrent
comme
lui.Ile- venons à notreacquisition.Dans
la manufacture miseen
vente, ily
avaitnaguère deuxgrandsateliersenactivité;maisl’unvenait d’étre brûlé,c’était
une
perte devingt-cinq millefrancspour
lemoins:«J’es- père, ditM. Lerond
auvendeur
infortunéque
vous aurezété sauvé de cetteperte parune
compagnie d’assurance?—
Hélas! dit levendeur en
rougissant,combien defoisn’ai-je pas forméleprojet d’assurertoutmon
établis- sement; 40 francschaque
année m’auraientsuffi,
pour
assurerma
propriétéde 80,000fr.;>
FABRICANT.
21 chaque jourjeme
promettaisd'alleraubureau d’assurance, àla ville voisine.Jenel’aipasfait;
j’aiperdu 20,000francsau
moment même où
l’activité de
mes
ateliers étaitle plus néces- sairepour me
tirerd’embarras,etme
voilà maintenantobligéde vendrema
manufacturepour
fairehonneur
àmes
affaires.»M.
Lerond, fortement frappé d’unsi grand malheur, se promit de ne pas perdreun
instantpour
assurer cette fabrique après l’avoiracquise.Quand M. Lerond
entra dansl’atelierqui n’avait pas étéconsumé
parl’incendie,un
spec- tacle déplorables’offrit à sesregards. 11n’y avaitpasune
machine enétatde jouer;pasun
outilquinefûtrongé parlarouilleougâtépar quelqueaccident; rienn’étaiten ordre,rien n’étaità saplace;une odeur
nauséabonde soulevait lecœur,et s’échappaitde tousles coinsqu’onn’avaitpasl’attentiondenettoyer.L’œilexercéde
M. Lerond
apprécia rapide-ment
la valeurdecenfatérieldélabré, etle partiqu’on en pouvaittirer.Ensuiteilexami-na
soigneusementetàloisir lecours d’eauqui fournissait la force motriceàl’atelier. Ilenmesura
levolume
et lafîtesse, ilmesura
la hauteur delachute. Il enconclutcombien, valeurmoyenne,
leruisseaupermettait defaire22
LE PETIT
tomber
de mètres cubesd’eau àun
mètrede
hauteur, en vingt-quatre heures :cela luidonna
laforcedu
ruisseau. 11trouvaqu’elle égalaitcelle de 40hommes
qui tourneraient àlamanivelle;c’étaitassezpour
ses travaux.Ilfutsatisfait,à cetégard,etfitl’acquisition derétablissement.
Ainsi
pour
opérer avec connaissance decauseun
achat d’où dépendaitsapropre fortuneet lesortdesafamille,ilfallutque M. Lerond
fît
un
jaugeageetdescalculsquinécessitaient lesconnaissancesdel’arithmétique,delagéo- métrieetdelaméchanique
;choses àquoin’a- vaitjamais songé notreamateur
delatin,de
danseetdeviolon.. L’accord conclu,
M. Lerond
payacomptant
lestrente mille francs à
l’homme
quijadispos- sédaitun
capital de centmille francs. Cethomme
voulut créerune
nouvelle fabrique qu’ilnesçutpasmieuxmonter que
lapremière etilfinitparseruinercomplètement.Iln’eut d’autres ressourcesque
d’entrerparprotection dansleservicedes octroisoù
iltintun
registre d’entrées etdesorties.Y
oilàtoute l’application qu’ilputfairedesésbonnes-lettres, acquises danscequ’onappelleparexcellence,et je dirai mieux, par impertinence, lesbonnes études!DigitizedbyGoogle
t
FABRICANT.
.23 M. Lerond
s’empressadesimplifiersonha- bitation.Le
jardin anglais futremplacé parun bon
potager.On
n’appela pointledispendieux architecteàcélébrité;on
mitlesateliersenbon
état,sansprétention et sans luxe;on
répara touslesoutilsdétériorés.Dixmille francs suf- firent à ces dépenses. Ainsi,pour
quarante mille francs,M. Lerond
se vit possesseur d’uneexcellente fabriquequ’ilmit sur-le-champen
activité,aveclesvingt mille francsquilui restaient.L’un des deuxateliersétait détruit; mais dansl’autrelesmachinesetlesmétiers étaient installéssans intelligenceetsansordre
;etne
pouvaientsuffirequ’à dix ouvriers.
Un
nou- velarrangement permitd’établiràl’ai9equinze ouvriersdanscemême
local.Les vingt ouvriers employés auparavant
,
savoir:dixdansl’atelierbrûlé,dix dansl’a- telierrestant, travaillaient àlajournée-ils étaientmalsurveillés, etne faisaientpasla moitié de l’ouvrage qu’on pouvait attendre d’un
bon
emploideleur force etdeleur dex-térité. - .
Les quinze ouvriers de l’atelier restauré furent tous mis
à
leurs pièces,et bientôtils firent plusd’ouvrageque
vingthommes
quiDigitizedbyGoogle
24 LE
PETIT
fainéantaientàlajournée.Je reviendrai sur ce sujet,sans craindrede
me
répéter,parce qu’il s’agitd’une amélioration capitale
pour
lafortune des petits fabricants.
Nous
allonsmaintenant visiter l’atelierde M. Lerond
,établi dans toute saperfection.•*
Nous
entrons:quelle exquisepropretédans cet atelier! deuxfois par jour ilestnettoyédu
haut en bas;c’est àla findu
travail,le matinetle soir.A
la fin dechaque
semaine toutes les machines, les instruments, les outils sont passés en revue parle maître,comme
lesarmes d’une régiment parlecolo- nel.Dans
cette revue,on remarque
les ob- jetsqui ont besoin de quelque réparation;elle estexécutée dèslelundi.
On remarque
ceux qui nesont plusd’irnbon
service;on
lescondamne
,etsur-le-champon
lesportedans leréduitauxrebuts.Ilfautque
lecuivre,le * fer le boisdeces machines,de cesinstru-ments
,deces outils soienttoujoursluisants,comme
,1e marteau d’une porte flamande.IIen
coûtesansdouteun peu
d’émeril,un peu
dechiffons, etquelques heures defrottage;ipais aussi l’humidité n’a pas le temps
de
pourrirles bois, et de rouiller lesmétaux.i
M. Lerond
afaitun
petit calcul,d’aprèsDigitizedbyGoogle
FABRICANT.
25 lequelilrésultequ’avec centfrancsemployés à tenirenparfait étatquatremillefrancsd’ou-tilsqu’il possède,illes faitdurer
un
.tiersde plusque
dauslesautres boutiques.C’estun
bénéfice considérable etc’estun ornement
qui fait plaisir à voir.Tous
lesoutils sontrangésen ordre, avec desétiquettesàchaqueplace,portantleprix del’outiletladatedel’achat.On
amistantde goût danscette disposition des outils, silui- sants etsibeaux,qu’ondiraitune
salled’armes.Aussi, de sixlieues àlaronde,
on demande
àM. Lerond
lapermissiondevoirsonatelier, etquand une
foison
l’avu,on
veut absolu-ment
avoirquelque chosequiait étéfaitpar lesfameux
ouvriersdubelatelierdeM.
Lerond.Yoilà pourtant à quoisertde bien former sesouvriers, de bientenirses outils, etd’a- voirde lapropreté!
.
Mais comment M. Lerond
a-t-ilpu
former desouvrierssi supérieurs àceux de tout le pays d’alentour? Je vousdiraid’après quels principes,àla ihide ce livret;je
me borne
maintenant à quelquesindications principales.Nous
savons queM. Lerond compte
quinze ouvrierssoussesordres;illesarendus ponc- tuels,réservés,attentifs,obéissantsàl’atelier,3
DigitizedbyGoogle
sagesà laville,etbons dansleurmaison. Voici cequ’ilafaitpour yparvenir.
Dans
lecommen-
cement, quelques-unsvoulaientsepermettre dechômer
deuxjoursparsemaine*etmême
parfois troisjours, poui’ avoir letemps
de mieux
boire, etpour manger
àloisirlegain des autres jours.M.
Lerond,sanspitiépour
levice,achassé leplusmauvaissujetetle plus ivrogne, aux premierslundi etmardique
cetami deladé- bauchea passésdanslaboisson.Ce
malheureuxpour
sevengerosamenacer M. Lerond
d'incendier samanufacture.M.
Le-rond
sansluirépondrele faitsortiràl’instant etluimontre
une plaque touteneuve
surla- quelleonvenaitd’écrirecesdeuxlettres:A.M.
;c’étaitl’annoncedel’AssuranceMutuelle con- tre l’incendie;institutionsibienfaisante etsi nécessaireàlasécuritédes propriétaires.
«Situbrûles
ma
manufactureetma
mai- son,par haine contremoi,tun’auraspasrem-
pliton but,carjesuisassuré,luidit
M.
Le- rond.Tu
serascondamné
àmort
,ettu périras sur l’échafaud,comme un
infâme.Apprends
qu’unpetitfabricantquiserespectenerecule jamais devantlamenace du
crime. Situneré- formes pastespenchantsvicieux,tumourrasDigitizedbyGoogli
'
FABRICANT.
27 delamain du
bourreau,après avoir croupi danslesgalères. »M. Lerond
prédisaitjuste.Le
mauvaissur- jet,prenant deplusenplusletravailenhaine, sefitvoleur,poursubsistersans rienfaire. Ilcommença
parfilouter,cequilefitemprison-?ner
;puisilosa voler avec effraction,ce quile fitallerau bagne.Ilensortit,maison ne vou- lut pas l’employer,tantilinspiraitd’horreur et d’effroi. 11volade
nouveau pour
vivre,et finit parassassinerun
vieillardquirésistaitàlaspo- liation. Celafit aller lebrigandà l’échafaud.L’exemple
du
premier fainéantchassé parM. Lerond,
n’ayant passuffipourramener
toutlemonde
à l’ordredanslanouvelle fabri- que,lasemainesuivanteM. Lerond
chassale moins rangédes ouvriers aprèslemauvaissu- jet.Ilacongédiécoupsurcoup quatreouvriers surquinze,etnelesajamaisrepris,quoiqu’ils se crussentindispensablesparcequ’ilstravail- laientbien.Illesaremplacéspar quatrejeu- nesapprentifs,honnêtesetrobustes,quibien- tôt sontdevenus meilleurs ouvriers queles quatreouvriers expulsés.Iladelasorte éta- blisolidementlaréputationdesafabrique.Ce queM. Lerond
afaitenpetitdans sonmodeste
atelierdocampagne, un
denos?plusDigitizedbyGoogle
grands manufacturiersetde nosmeilleurs ci-
toyens,
M.
BenjaminDelessertl’afaitavecun
plein succès,àlaportedeParis,àPassy,dans sasuperberaffineriedesucre. C’estun
exem- plequidevraitattirerl’attentiondetousles grands manufacturiers danslacapitale, etde touslespetitsfabricants:ils s’enrichiraient enfaisantlebonheur
deleursouvriers.No
ns leprouveronsbientôtavecdeschiffres.,Revenons
àl’atelierde notrepetitfabricant;
on
n’yentrecomme
ouvrierqu’avecunebonne renommée
deprobité;on
n’y reste qu’avecune
conduiteirréprochable etbeaucoup
d’a-mour du
travail.On
s’yformevite,parcequ’ony
travailleavec attention;cela faitjouir les ouvriersde l’établissement d’une réputation aussiméritéequ’avantageusepour
leurmaître etpour
eux-mêmes.Quand
unjeuneouvrieremployé
chezM.Le- rond
,seprésentepour
épouserquelque filledu
canton:c’estun
ouvrier deM.JLerond,
disentlepère etlàmère
, nous n’avons pas besoindenous informer sursaconduite;qu’il sefasseaimerparnotrefille,etnouslepren- dronspour
gendre. Enfinn’oublionspasque
lesjeunesfillespréfèrentlesouvriersdechez
M- Lerond
, parce qu’ilssont toujourspro-
DigitizedbyGoogli
FABRICANT.
29 près sureux,etqu’ilsontdes façonshonnê-
tes: tant lesjeunes personnes ont d’amitié
pour
la civilisation.M. Lerond
m’afaitconnaîtreun
ouvrier qui ne pouvait obtenir la joliefilled’unbon
fer- mier,parceque
lejeunehomme
n’étaitpasas- sezcossu, ni considérédanslepays.L’amour
qu’éprouvaitcejeunehomme
luifitvenirune heureuseidée;ilobtint d’êtremisaunombre
desouvriersde notrepetitfabricant,se distin-gua
parsaconduite, devint contre-maître, sçut plaire,etfinitpar obtenirlamain
dela joliefilledu
fermierrichard.M. Lerond
n’ajoutait pas qu’il avaittou- joursquelquesfaveurs àrépandresurlesjeu- nesménages
quivivaient enbonne
intelli- gence;etqu’iltrouvait toujoursun moyen
de bien placer leurs enfantsdans sonatelierou
dans ceuxdesescorrespondants;maisjel’aisçu parleshabitants
du
canton.Ilfallait voir aussi
comment
l’excellenteM m
^Lerond
prenaitsoindes bons ménages;et
comment
elle savaitremettrelàpaixdans lesautres;comment
elleaidaitlesjeunesmè-
resàdéfrayerladépensedescoucheset payait lesbaptêmes.La
joliedemoiselleLerond
tra- vaillaittoujours quelquespiècesdes plusutiles3*1’
4
-pour
les layettes. Elle montrait à lireaux
jeunesapprenties; elle appelait celases ré»ctéations:elleagissait ainsi
comme
lesbonnfes .etcharmantesdemoisellesdeMulhouse.
Avant
que lafamille de notrepetit fabri- canteutexercé sonheureuse influence, les ouvriers de l’endroit, quisetrouve
un peu
reculé dans lefonddes terres, étaientnon- chalants et babillards.On
neles employait qu’àlajournée; àchaqueinstantils serepo--saient
pour
faire laconversation,quand
le maîtren’étaitpaslà;ettoujoursilscroyaient enavoirfaitassezpour
leur argent.M. Lerond
lesmitàleurs pièces,enfixant lesprixdelatâche surletauxmoyen du
tra- vail.Cela leurdéplut d’abord, parceque
c’é- taitnouveau.MaisM. Lerond
est si ferme qu’il n’y apasmoyen
dele détourner d’une résolutionqu’ilapriseparraison.D’abord lesouvriers netravaillèrent pas
beaucoup
plus qu’àlajournée; maisbientôt les occasions seprésentèrent enfoulepour leurfairedésirerquelqueargent.Les garçonsvoulaient faire quelques pré- sents à lajeune beauté qui charmait leur cœur; ils voulaient paraître
bravement
vêtus ledimanche,
parçpquecelaplaîtàcellesqui
Digtfizodbÿ*C->î.'