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NAZIONALE. B. Prov. m 35 NAPOLI. Falchetto

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Academic year: 2022

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(1)

VTTT.

EMANUELE

III

(2)

m m

J

B. Prov.

35

m

NAPOLI Falchetto

(3)
(4)
(5)

grjg ; sitv \îXj,i’ <ècas*i'

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PETIT PRODUCTEUR

FRANÇAIS.

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(6)

JkWm

-:* r.V

s

On

souscrit aussipourlescinqouvrages qui formentlacollection

du

Petit

Producteur

à Aix, chez Aubin.

Terris.

Reynier.

Pontier.

Amiens,Allô.

Angers Fourrier-Maine.

Arras Topino.

Avignon,Séguin.

Bayonne,Gosse.

Besançon,Deis.

Bintot.

Bordeaux,Gassiot,filsaîné.

Mme.ve.Bergerct.

I.auallc, Brest, LclournieretDespérier.

Caen,Leercsne.—Mancel.

Cilais,Lcleux.

Châlons-sur-Marne Pavier.

Clermont-Ferrand,Tliibault-Lan- driot.

Aug. Veysset.

Dijon, Tussa.

Gaulart- Marin.

Dole,Joly.

Dunhen/uc Ailles.Lorcnzo.

LaRochelle, Pavie.

LeHavre

, Chapelle.

Patry, Lille Vahachère.

Bronner-Rau- vens.'—Lefort. ^ t Titnoges,Ardent. * Lorient, Leroux-Cassart.

Lyon Bohairc.

Périsse frères,

Targc.

Marseille

,Camoin.

Mossy.—

Chaix.

Mrtt Tliicl.— Devilly.

Hnsson.

MonlauhanLaforgue.

Rhétoré, MontpellierSevalle.

Nancy,Vincenot.

Naïves,Forest.

Busseuil jeune, Nîmes,Pnucbon.

OrléansMonceau.

Huet-Per- Perpignan Alzinc.

Lasserre.

Poitiers,Rnrbirr.

BennesMolliex.

Blnuet.

Rouen,Frèreaîné.

e.Renault, Sedan,, Javeaux.

Saint-Étienne,Motte.

Saint- Orner, Devaux-

Coor- donne.

Strasbourg, Levrault.

Février,

TreutleletWûrti.

Toulon,Belluc.

Laurent.

Toulouse Gallon.

Yjeusseux,

Devers.

Tours,Mime.

T

rayes,Lnloy.

V

alenciennes Lemaître.

PARIS.— IMPRIMERIE

DE

FAIN RueRacine,Pi0

.t\,placedeTOdéoii

(7)

‘t

PETIT PRODUCTEUR

FRANÇAIS;

PAR LE BARON CHARLES DUPIN,

MEMBREDEl/lNfTITUT.

TOME

III.

LE PETIT FABRICANT FRANÇAIS.

.

> ;n

/ b-'

fi f

paris':

- -

BACHELIER, LIBRAIRE,Sucer.de

M

mo.V*.COURCIER, 9 UAI DES augustins,n°.55.

.

«

(8)
(9)

PROSPECTUS Dü PETIT PRODUCTEUR.

I

L'ouvrage que

je viens

de

publier sous le litre

de Forces

productives et

commerciales de

la

France,

se

compose de deux grandes

cartes et

de deux volumes

in-4°.Il coûte

25

fr. à Paris; ce

qui

le

met

hors

de

laportée despetitsproprié- taires etdespetits industriels.

y II

m’a semblé

possible

de résumer

cet

ouvrage

etplusieurs autres

que

j’ai

com- posés

,

en

cinq livrets,

les idées les plus particulièrement utiles

aux per- sonnes

les

moins

riches, se trouveront

exposées. ' 1

Dans

le

premier

livretje placelepetit tableau

du progrès général de nos forces

productives et

commerciales

.

Dans

le

second

, je

résume

les

no-

tions les plus utiles

aux

petits proprié- tairesagriculteurs.

* f

0

1 .

DigitizedbyGoogle

(10)

VJ PROSPECTAS-DU PETIT PRODUCTEUR.

Dans

le troisième*,je

résume

les

na-

tions lesplusutiles

aux

petits

fabricants

et

aux

artisans. *

Dans

le

quatrième

,je

résume

les

no-

tions lesplus utiles

aux

petits

commer-

cants.

*

Dans

le

cinquième

, je présente les notions les plus utiles

aux

simples

ou-

vriers

,

pour

les convaincre des

avantages de

l'instruction etdes

bonnes mœurs.

Chaque

partie,

formant un

petit

ouvrage a part

,coûtera

75

centimes.

On peut

souscrire

pour

la collection

ou pour un nombre quelconque d’exem-

plaires

de chaque

partie,

chez Bachelier

libraire

,

quai

des

Augustin

s,et

chez

les librairesindiqués ci-dessus.

Quelques personnes

ont manifesté le désir d’acheter

en grand nombre

cespetits

volumes, pour

les

répandre dans

les

cam- pagnes

et

dans

les ateliers : celui qui

prendra

cent

exemplaires d’un volume

ne tes

paiera que 5o

centimes

V

exemplaire.

r

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(11)

t

LE

~ v' * '»

PETIT FABRICANT

FRANÇAIS;

PAR LE BARON CHARLES DUPIN,

NEMBJLK OSL'iDSTlïUT.

»

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(12)

PUOPRIETAIRES,*FABRICANTS ET

COMMERCANTS

»

électeurs de . . 1823, 1827. Changent.

\

Électeursayant 20ans

en1789. 53,300 33,750 Perte19,550 Électeurs n’ayant pas

20 ans en1789. . . 46,700 56,250 Gain 9,550 Totalité des électeurs100,000 90,000JDègr.10,000 Majorité pour l’an-

cienne génération. 6,600 Majoritépourlanou-

velle génération. 22,500

Balance

desmajorités.

Eu

1823,l'anciennegénérationl’em-

'portaitde 6}pourcent.

En

1827,lanouvelle générationl’em-

porte de. 25 pourcent.

Mutation à l’avantagede la nou-

vellegénérationen quatreans. .31jpourcent.

1

* Jeprieinstammentlesproprietaires,lesnégociants,etles commerçants delajeunegénération

,derelireattentivement lepremiervolumeduPetitProducteur.Ilsyverrontdémon- trée avecsoin

,lamajoriténumériqueàlaquelleilssont par- venusparleseffetsdu temps,etlesconséquences decelle majorilé sur nos destinées pdlitiques.Cespectacleleurdon- neralamodéraliouquinspirenttaconsciencedelaforceet

certitudedelasupériorité.

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I

(13)

AUX ÉLECTEURS

«

DE LA FRANCE.

’f

*

Electeurs

l

Avant

quej’arriveau terme dela publica-

a tion

du

PetitProducteur,

un

grand événe-

ment

vas’accomplir.

Le

5

novembre

, dit-on, danstroisjours

,

la

chambre

desdéputéssera dissoute.

Un

appelserafaitàlaFrance parlavolonté

du monarque, pour

choisirdenouveaux

man-

a dataires,dignesde vousreprésenter, dignes desoutenir vosdroits,de protégervos intérêts.

Compatriotesélecteurs,

pour

lesquels j’ai destiné

mon

PetitProducteur,propriétaires

,

fabricants, négociants,

membres

des petits collèges et

même

desgrands,puissiez-vous être profondément pénétrés del’importance etde lagravité

du

devoirque vousallezaccomplir!

Choisissez des

hommes

qui connaissent et surtoutquichérissentleslibertés etlespro- spérités

du commerce

, des fabriques, etde

iagriculture.

Choisissezdes

hommes

qui chérissent l’in- structionpopulaire;carc’est labasedetoutes lesprospérités,etdelapaix,et

du

bonheur.

Voyez

plutôt les malheurs de l’ignorance

Ï

jopulaire dans cette Espagne,enproieaux lorréursde laguerrecivile;etpar

une

dé- ception grossière, lesangversé

pour

rendre plusabsolu, disentlesimposteurs,

un

prince

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(14)

el surles sciencesappliquéesaux arts, 2 vol. in-8.,

i8 a 5. tofr.5oc.

Onvendséparément:

IV*.discours. Progrès dessciences et desarts de la Marinafrançaise, depuis la paix, in-80

., 1820,

. , Ifr.25c.

VI*. discours. Considérationssur tesavantages del'In- dustrieetdesmachines,enFranceeten Angleterre in-8°.

/1821,jfn& 1fr.25c.

VIIe.discours. Influence du Commerce sur le savoir, l surla civilisationdes peuples anciens,etsurleursforces

V navales,in,-8?;,1822, . I Ifr.5oc.

Avantages sociaux d'un enseignement publicappliqué à

l'industrie,«le.,1824, 1fr.

XIIe. discours. Introduction d'un nouveau Cours de géométrieetde méchanique apjmquéesauxartsenfaveur dela classe ouvrière.Paris, in-8°., 1824, Ifr.5oc.

XIIIe. discours. Résumé général des applications de géométrie du nouveau Cours,etc. Paris,in-80.,1825,

* 1 fr.5oc.

XIVe.' discours. Béstimé général des applications de méchanique,dunouveau Coursde méchanique.Paris,

in-80.,ï825, lfr.5oc.

DéveloppementsdeGéométrie,avec des applicationsà la sta- inlitedes vaisseaux,auxdéblaisetremblais,audéfilement, àl’optique,etc.,pourfairesuiteàlaGéométriedescrip- tiveet àla Géométrie analytiquede Gaspard Rlonge.

in-4°.,l8i3, i5fr.

Applications deGéométrieetde MéchaniqueàlaMarineet aux PontsetChaussées, pourfairesuiteaux Développe-

ments de Géométrie

,in-4°.Paris, 1822, i5fr.

Essaihistoriquesurles servicesetlestravauxscientifi- ques de Gaspard Monge, in-8°. et in-4°., 1819,

4f.5oc.et 7f.5oc.

Rapport surleMémoiredeM.Navier,surlespontssuspen-

dus,1823, 1fr.

Rapportfait àFAcadémiedes sciences,surle3avantages,sur lesiqponvénicntsetsurlésdangers desmachinesàvapeur,

danslessystèmesdesimple,demoyenneetde haute pres-

sion, in-80.,t823, Ifr.

Analyse du tableaudeVarchitecturenavale aux dix-hui- tièmeetdix-neuvièmesiècles,in-A°.,i8t5, 1fr.5oc.

Du rétablissementde l'Académie de marine,in-80.,18 15,

. Ifr.5o c.

,’&t «' *

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(15)

LE

PETIT FABRICANT

4*'''

FRANÇ^S

r> /''Tsvl'

V

V

0

4

-

\

v.

\

.>

D’après

les évaluations approximatives

que

j’ai données dans

mon

ouvrage sur les Forces productiveset commerciales de la.

France

,voiciquelest,en

nombres

ronds,le revenu brut

du royaume.

Agriculture, 5millards.

Fabrications,2milliards

500

millions.

Commerce,

1 millard 200 millions.

Par

conséquentlesproduitsdus luxfabri- cationsdes artsde toute espèce,équivalent à lamoitié des productions agricoles; et les produits

du commerce

équivalentàlamoitié desproduitsdel’agriculture.

D’après ce premier aperçu,

beaucoup

de geus vonts’empresserde conclurequ’ilfaut favoriser l’agriculture

deux

foisautant

que

les

1

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(16)

fabrications,et lesfabrication^deuxfois au- tant

que

le

commerce;

juger ainsice serait

tomber

dansune erreur biengrossière.

Nous

en montrerons plustard lerésultat. Disons seulementici : Lesfabricantsajoutentbeau-

coup

parleurstravauxàlaprospéritédel'agri- culture;le

commerce

vivifieà la loisetlesfabri- queset l’agriculture; le

commerce

faitflorir en

même

temps, l’agriculture et l’industrie.

En

voyantlerevenu brut delaFrance,sur- passer huit millards sept cents millions de francs,

on

se récrierasur notre richesse.

Et

moi,je

me

récrieraisurnotre pauvreté.

Comment

,dira-t-on,vousnouscroyezpau- vres avec huitmilliards et plus deseptcent millions!,

croyez-vous donc que passent tousnostrésors?

C’est iciqu’on peutvoir

un

petitusage de l’arithmétique,suffisant

pour

dissiperlesfu-

mées

de notreorgueil*et changercette idée d’opulence, en sentiment motivéde notre

mé-

diocrité.Huitmillards sept cents millions,en ôtautlavaleur des semences agricoles et la nourrituredes

animaux

producteurs,ne nous laissent

que

huit milliardsquatre centmillions.

Otant

un

milliardquatre centmillions

pour

les impôts,lesoctrois,etc.

,perçusparl’état,les

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(17)

EABRICANT

3 administrations locales,etc. ,etc.,ilrestesept milliards de francs, lesquelspartagés entre trente-deux millions d’habitants,

donnent

seulement219 francs:voilàlapartde chacun.

Quand on

aprélevésur cette part,de quoi formercelle des

hommes

qui possèdent des revenus considérables, il ne reste pas 180 francs par tête. Ainsi nous arrivons à ce tristerésultat:dansl’étatactueldelaFrance

,

lapart

du

revenu de ceuxqui n’ont d’autres ressources

que

leurs bras

pour

travailler,

ne s’élève pas à 50 centimes par journée

moyenne, homme, femme

et enfants

com-

pris!...

Qu’on

s’étonne après celade l’immense mi- sèrequipèsesur

une

sigrandepartiedelapo- pulation française.

Pouvons-nous

alléger cette misère?

Pouvons-nous

améliorer le sort de ceux qu’elleafflige?et

donner

de l’opulence àceux qui déjàpossèdentla simpleaisance?

Jele crois,etje consacre àcet objet

mon

PetitProducteur.

J’ai présenté

mes

vues

pour

améliorer le sort des petits propriétaires agriculteurs.

A

présentje viensaupetitfabricant;bientôt je m’occuperai

du

petit

commerçant,

et jefini-

raiparl’ouvrieret l’ouvrière.

1.

(18)

4 L£ PETIT

Sur

deuxmillions cinqcentmille familles adonnées aux fabrications etau

commerce,

k

il n’y en a pas vingt mille qui possèdent chacune plusde cent mille francsemployés

comme

capitauxdansl’industrie.

Nos

livrets

relatifsaupetit fabricant,aupetit

commerçant

et à l’ouvrier,concernent donc directement plusde

deux

millionsquatre centquatre-vingt millefamilles.

Voyons

parquels

moyens

nous pourrons améliorerlesortdecetteimportante partiede notre population.

Sous

le

nom

depetitfabricant,nousn’en- tendons pas seulement toutindividuquipos- sède

une

petitefabrique.

Nous y comprenons

tout individu qui possède

un

atelier,

une

boutique,

il travaille etfaittravaillerdes compagnons.

Ainsilechapelier,lecordonnier,le tailleur, quipossèdent

une

boutique, sont despetits fabricants.

La

prospérité de leurmétier est fondée surles

memes

principes

que

celle des métiersexercésdanslesfabriques

proprement

dites. L’entrepreneurdebâtisseest

un

fabri- cant;leconstructeur de bateaux,denavires, dechariots etdevoituresest

un

fabricant.

Enfin,lesgensde métierpossesseursd’un atelieret d’un petit capital industriel quei-

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(19)

FABRICANT.

5 conque, appliquéàlafabrication, sont tous comprisdansla classedes petits fabricants,et notre livretleurestàtous destiné.

Avant

la révolution,lesétats qu’exercent lespetitsfabricants étaient méprisés parles classesdelasociétéqui vivent sans rien fabri- quer,

ou

qui,

pour

parlerplusexactement#

viventparlebienfaitdesfabrications d’autrui.

Ce

préjugébarbarediminue deplusenplus.

La

charte

meme

assure légalité des droitsde tousles

F

rançais,quellequesoitleur industrie.

Elle distingue encore honorifiquementquel- quesclasses,maisn’endéshonore aucune.

Un

petitfabricant,

un

petit

commerçant

,

s’ilspaientcentécus d’impôts,sont électeurs et jurés; tandisquelepetithobereau,lepetit nobletet lepetitbourgeois, quipayent299fr.,

ne peuvent pasjouirdeceshonorablesdroits.

Autrefois

un

noble

homme

dérogeait,c’est- à-direétaitcensé renoncerà sa noblesse,ou

du

moinsla souiller,

quand

ilsefaisaitpetit fabricant.

Un fameux

roide France n’a,dit-on,ja- mais desavie,adressélaparole à

un

individu qui fût petit fabricant, petit

commerçant ou

petit artisan, c’est-à-dire, dans lestyle des sièclespassés, qui fût

un

vilain.

1

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(20)

Aujourd’huileroide Franceentrechez

un

petitfabricant;il

y

voit

un

métier àfairedes cardes,

ou pour

mieuxdire

un

métieràfamé vivreunefamille;ilen tournelamanivelleet

'fait lui-même

une

carde.

Honneur

à S.

M.

leRoi de

Françe

,quia vouluse montrer,

une

fois danssa Vie, petit fabricant! Qui, maintenant,osera direquele bourgeois déroge,

que

lertobïedérogeetque lehobereau déroge, en tournant

ou

faisant tourner lamanivelle?...

Sire, votre royale

main

nes’estpasmoins illustréeen tournantlamanivelle

,

que

celle

du

puissant*

Empereur

delaChine en pous- santlacharrue:j’oseexprimeràVotre Majesté lareconnaissancedetouslespetits fabricants,

etcelle detousles sages.

Aujourd’hui la noblesse ne déroge

que

quand

elleserend

infâme

pardes vices,

ou

coupable pardes crimes:clans lepremiercas, elleestpunie parle méprispublic;dans le second,parlaloi-,sans privilège

pour

la nais- sancenilerang.Bénissonslasagessedeslois quidonnentforce à ces idées:bénissez-la sur- tout,petitsfabricants, vous dontelleassure lesdroits etprotègel’honneur.

Dans

tousles temps, danstous les cas, défendez par vos

(21)

FABRICANT.

1

'

suffragesetparvotrecouragelesinstitutions auxquellesvous devezces bienfaits; lapatrie vousen conjure par

ma

voix.

Sivousfaitesainsi,vousconserverez cequ’a d’avantageux,deflatteur,d’honorablevotre nouveau rang danslasociété. Si

non

, vous redescendrezaurang abjectdevilains,

com- me

avantlarévolution

;etvous y redescendrez avec d’autantplusdehonte

que vous-mêmes

aurez

donné

lesmains

pour

vousravalerdans

un

état dégradé, etdeveniresclavesméprisés.

Le bonheur

devotre existencesocialeétant assuré,sivousvoulez

quil

lesoit,songeons àvotre bien-êtrephysique.

Cen’estpas chosefacile

, pour

un

petitfa- bricant.que de maintenirlaprospéritéde son industrie, à traverstoutes les vicissitudes

que

présententles

mouvements

delarichesse.

Tantôtla surabondancedesmoissons fait

tomber

àsivilprixlesproduitsde laterre,

que

l’agriculteurtrouveà peine cequ’ilfaut

pour

couvrirses frais.Alorsilépargnesur sa dépense.Ilcomptaitcette année acheter

un chapeau

neufainsiqu’un habit neuf; il ne lesachèteraquel’annéeprochaine.

Le

chape- lier, letisserand,le tailleur n’aurontplusà fabriquerson chapeau,sondrap,son habitÿ

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(22)

'8 LÊ

PETIT

1ouvrageleur

manquera

,etilspartagerontla détressedel’agriculture.

Tantôtladisettedesproduitsdelaterrese fera

durement

sentir; lespauvres ouvriers, lespetitsménages verronttous leurssalaires et leursmodiquesbénéficesabsorbéspourse procurer

du

pain. Ils n’aurontpinsdequoi s’acheter, non-seulementdes habits et des chapeaux,maisdesbasetdes souliers

ou

des sabots. Alors l’ouvrage va

manquer,

non- seulement autailleur,auchapelier, au tis-

serand, mais au cordonnier, ausabotier,au faiseurde bas,etc.Ainsilamisèredel’ouvrier retombesurlepetitfabricant,de

meme

qu’elle retombesurlepetit marchand.

De

làresuite

une

première conséquence bien remarquableetbien heureuse.

Pour que

lepetitfabricantprospère,ilfaut

que

lelaboureur prospère, il faut

que

l’ou- vrierprospère,et

que

le

marchand

prospère.

Le

petit fabricantnedoitdoncpas voiravec

un

œil d’envielebien-être des autres classes laborieuses:aucontraire, sonproprebien-être ne peutrésulterque

du

bien-êtrede toutela société.Ainsile petitfabricant doitaimer la prospéritédetoutlepays,detoutelapatrie; nefût-ce

que

par

amour

de soi-même.

DiqijizedbyGooglç

(23)

FABRICANT.

9

Ilnedoitjamaisdireenparlant

du malheur

d’autrui

,

que

m’importe!carilya toujours

malheur pour

luidanslasouffrancedesescon- citoyens. Ilne doit pasdire,

quand

noslois sont en danger,

quand

nos institutionssont menacées,

que

m’importe!carilya

malheur pour

luidans touslesmalheurs delapatrie;

etdanger

pour

sonbien-être, sa considération, son

honneur,

danslesdangers deceslois,de ces institutionsqui lui garantissentde plus

beaux

droits,

un

meilleurrangsocial, qu’en Autriche,en

Maroc

,en

Espagne

,en Russie: pays moins heureux parlesloisque notrepays.

Ajoutons, avecuneégale vérité

,

que

lapro-

spérité

du

petitfabricantcontribue puissam-

ment

àlaprospéritédetouteslesautresclasses dela société.

Le

petitfabricant ajouteprodi- gieusement aubien-être

du

petit propriétaire dont il achète lesproduits

pour

leur faire prendre une valeurnouvelle,enleur

donnant une

nouvelleutilité;il

donne

aupetit

commer-

çantunefoulede produits

que

celui-citrans- porte,échange ou débite; en

même

temps qu’ilachèteaupetit

commerçant une

foulede matièrespremières,d’instruments etd’outils.

,

Ami

lecteur,avez-vousjamaisvisitéSaint- Etienne en Forez, ou Saint-Quentin enPicar-

(24)

10 LE

PETIT

die/

ou

Tarare en Lyonnais,

ou Mulhouse

enAlsace,

ou

Bolbec en

Normandie?

C’est le pays dès petits fabricants;ils y ont fait fortune par letravail,et l’ordre, et l’éco- nomie.

En

faisant cette fortune, ils ont enrichitouslespropriétaires

du

pays.Lesre-' venus delaterreont doublé de valeur; les cultivateurs

,poussésparlespetitsfabricants ont pardegrés quitté leursvieillesroutines

pour

cesbonnesaméliorationsdont nous avons

donné

l’idéedansnotre Petit Propriétaire.Les

marchands

n’ontpasmoins gagné quelespro-^

priétaires,àvendretouslesnouveaux produits deSt.-Quentin, de St -Etienne, de Tarare, de

Mulhouse

etdeBolbec. Ainsi l’expérience appuielaraison

,pour convaincreles

hommes

qui savent voir cequi frappe leursregards:

chosemoinsfacileetplus rarequ’onnepense.

Ilnefautdonc pasqu’il existeaucunebasse jalousieentrelepetitpropriétaire agriculteur, lepetitfabricantet lepetit

commerçant

;cha-

cun

d’euxestnécessaire àla prospérité des

deux

autres.

Tous

troissontlesassociésdela grandefabriquequ’on appelle la patrie, et quitravaille

pour

lanourriture, lebien-être etle

bon

ordredetoussesenfants,également chéris,égalementprotégésparlaloi.

\

DigitizedbyGoogle

(25)

«

FABRICANT.

1I

Le

petitfabricantpeut éprouverbien des revers,

comme on

vientdelevoir

,par1’effet des pertes qu’essuient le petit propriétaire etlepetitcommerçant. IIpeut en éprouver par sespropresfautes, et voilàsurtoutcelles qu’ildoits’efforcer d’éviter.

Une

admirablevérité,c’est(jailli est

pa

s

un

vice

du cœur humain

qui nesoitpernicieux

pour

lesintérêts

du

petitfabricant,et

pas une

vertuqui ne luisoit utile. Si l’on pouvait faire

une

histoire fidèledetoutesles ruines éprouvées parlespetits fabricants,

on

verrait

que

plus destroisquarts sontduesàquelques vices,àquelque défaut decaractère.

IlestaucentredelaFrance

un

cantonfavo- risédelanature.

On y

trouve

une

terrefertile arroséepar debelles eaux,dont les chutes nombreusesfontaller

beaucoup

demoulinset servent à

beaucoup

d’usines.

En peu

d’années, cepayss’étaitcouvertd’ateliers.

Chacun

pou- vaitysubsister, malgrél’accroissementdela population.

On

produisaitbeaucoup, mais

on consommait

en proportion;cequifaisaitaller lecommerce. Lesterresavaienttripléde va- leur; lespetits fabricants étaienttousàleur aise

,etlespetits

marchands

faisaientbienleurs affaires:c’était

un

spectacle pleinde charmes.

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(26)

Peu

àpeu les fabriques et les boutiques sont tombées endesmains moins prudentes,

moins probes, moinslaborieuses.Des enfants orgueilleux et dissipésont remplacé des pères prudentset rangés.Ces pères auraient tort des’enplaindre

,puisquecela tientàlasotte éducationqu’ilsont eula vanitéde

donner

à leurs enfants:nous reviendronssur cetobjet capital.

Par

suitedecette faute,laruinedes petites fabriques a

commencé

; celle

du

petit

com-

mercea suivi. Lesbienssont retombés au- dessous

même

de l’ancienprix.

On

a

vu

des terres en friche, des moulins

tombant en

ruines, des ateliers déserts, des boutiques fermées,etlepaysaparu

comme un

endroit ravagé par laguerre.

Telétait l’état

du

cantonlorsqu’un de

mes

amis,petit fabricant,très-expert, résolut d’y venir avec sa famille et conçutleprojet

de

rendrecepays àlaprospérité.

En

terminant

mon

PetitPropriétaire j’ai présenté,dansla

personncdu

sageOberlin,le

modèle du bon

pasteur et de

l’homme

des champs,quidevientlebienfaiteurdetout

un

canton. J’airaconté fidèlement cequej’ai

pu

recueillir,etce petit tableaulaisseracertaine-

DigitizedbyGoogle

(27)

FABRICANT.

13

ment

lineimpressionfructueusedanslesbons cœursetdans les

âmes

élevées.

Ilfaut

que

jeprésenteaussileportraitd’un petit fabricant dontla conduite etles»prin- cipes

me

semblent,àtouségards,dignes d’être offertsen exemple. Maisjene puispasledé- signersous son

nom

;parcequ’il vitencore,et quïlesttoujoursdanslafabrication. Ilpré- tend

que

riennefait tortaupetitfabricant

,

comme

*de vouloir être distinguépar autre chose

que

parlabonté desesproduits.

Prenant un nom

supposéj’appellerai

donc M. Lefond mon

petit fabricant. Si leshabi- tantsdesa petite ville, qu’ilatant obligés

,

etsilesnombreusespratiquesqu’ilsatisfaitsi

bien, lereconnaissent àses qualités, à son

bon cœur

,jeprierai

mon

ancien ami de ne pasm’enfaire

un

reproche.

M. Lerond

est

un homme

tout uni dans ses manières,tout simple dans sonaspect;sa physionomie ouverteetfranche vous dispose àlaconfiance.

Comme

iln’estpas ambitieux

,

niméticuleux,lessoucis fuient sapensée;ce qui

donne

jenesaisquoideconfiant àses

ma-

nières, etderiant àsonvisage; lavertures- pire dansses traits

;des affectionsgénéreuses

ont

fait prendre àsa physionomie

une em-

2

DigitizedbyGoogle

(28)

14 LE

PETIT

preinte avenante et douce.

Sa

probité, sa bontétiennent ce

que

prometsaphysionomie, etsonlangage est toujours d’accordavecsa conscience. Aussi,danslespaysqu’ilfréquente

ou

qu’ilhabite

,

quand on

veutaffirmerquel-

que

chose,

un peu

plus fortque par serment

on

vousdit:celaestsûr

comme

laparolede Lerond.

M. Lerond

faitpeu de bruit; maisc’est

l’homme

leplusactif

du

pays. 11 a«x>mplit chaque annéevingtvoyagesde25à30lieues.

Comme

ilvisiteses ateliersau

moment même

de son départ etde sonarrivée, l’onne s’a- perçoitpas chezlui qu’il s’estabsenté;lereste dela villeapprend son départ à sonretour.

L’onsait qu’il

vend

enconscience;aussil’on achète avecluisans

marchander

, chose

que

d’ailleurs ilne permet pas.

Quand

il veut acheter, ilexamine attentivement la

mar-

chandise,serecueille

un

instant,ditsonprix, prendlachose,si

on

lalui laisse, etlare- jette aussitôtqu’on

marchande

:

on

dirait

un

négociantde Hollande

ou

d’Angleterre.Ilcon- clurait

comme

euxvingtaffairesen

une

heure, fût-ilquestiondecent millefr.

pour

chacune.

Cette conduite de

M. Lerond

lui

donne

dans le

commercé une

estime prodigieuse.

DigitlzedbyGoogl

(29)

FABRICANT.

15

même

aüx yeuxdes fripons quiseconduisent tout différemment.

Son

créditfaitsarichesse

,

etl’asoutenu danslestempsdifficiles

,par suite

du

malaise général,son

commerce

avait souffert.Ses correspondantsl’ontsçu ettous sontvenus àsonaide;

comme

il était

venu

lui-même ausecoursde

beaucoup

d’entr’eux.

Expliquons maintenant dequellemanière

M.

le

Rond

afait l’acquisition desa

manu-

factureàd'un premier

achat

bienou

mal

faity

etbienou

mal

proportionné

aux moyens

d’un acquéreur,

dépend

souventlafortuneoula ruine decetacquéreur.

M.

JLeronds’y prit avecune prudence quidevrait servirde

modèle

àtouslespetitsfabricants et

même

auxgrands.

Il

commença

par examiner, pourl’endroit

setrouvaitl’usine qu’il voulait acquérir, le prix

du

travail etleprix des matièrespremiè- res,la possibilité dese lesprocurer dansles diverses saisons de l’année; le

nombre

, la-

bonté,lacherté des voiesdecommunication aveclesprincipaux centresde

commerce

etde consommation. Ces premières donnéesluiper- mirent decalculer,leprixauquelildevaitfaire sesfabrications,leprixqu’ilpouvait mettre àl’usine dont ilsupputait le travail, et le bénéfice raisonnable qu’il devait espérer.

(30)

De

tellesprécautionssont très sagescardes

hommes

industrieux, actifs, expérimentés,

pour

avoir

commis

laseulefautedéplacerleurs fabriques .dans

une

localitépeufavorable,

ont perdu

tout le fruitdeleur travail etde leur talent.

M. Lerond

,satisfaitparsescalculs prélimi- naire,vit qu’ilseraitavantageusementplacé,

s’ilacquiéraitlafabrique dont

on

luipropo- saitl’achat, etqu’iln’avaitpasvoulu regarder d’avance,de peur dese laissertenter.

Cette fabrique est située près d’un cours d’eau, qui traverse,avons-nousdit,

un bon

territoire.

Le

premierpossesseur,aulieudese déterminer parlescalculsdont nous venons d’indiquerlanature,s’étaitlaisséprendreàla magnificence

du

site, à labeauté desalen- tours.Ilavait

commencé

par sebâtir

un

pa- villon délicieux

, qu’ilavaitmisen

harmonie

avec

un

jardindontlaculture pittoresquelui prenait

un

tiersde son temps.Ilavaitvoulu

que

l’architecture de ses ateliersne déparât pointlestyle de son élégante habitation.II eutle

malheur

de prendrel’architecte à ré- putation,qui se chargeait d’atténuer à juste prixlesfortunes

du

département, et

quand

il fallut payerlesdépenses debâtisse, ilne

DigitizedbyGoogle

(31)

FABRICANT.

17 resta plus rien

pour

faire aller lafabrique.

Tous

cesbeaux ornementsd’architecture

,qui

réjouissaientpeut-êtrequelquesfrivolesvoya- geurs, neservaient derien

pour

laproduc- tion

; aussi furent-ils comptés

pour

rien,

quand

ils’agit de vendrelafabrique. Voilà

comment une

usinedequatre-vingt mille francs ne putêtre

vendue

moitiédeceprix.

Le

propriétaire

commença

parfairevoirson habitation,meublée dans

un

goûttout-à-fait

moderne.

Mais,l’ameublementprimitifétant au-dessus des

moyens du

maître,

on

n’avait pas

pu

compléter avec

un

luxe pareil, tous les objets nécessaires à l’intérieur; le faste brillaità côtédelamisère

;et,

comme on

n’ap- portait pas leplus grand soin à l’entretien d’unefoule d’objets dontlafragilité résistait

mal

aux rudes

mouvements

desdomestiques dela

campagne

,

on

voyaitpartoutdesébré- chures,des cassures et desmalpropretés, qui faisaientparaîtreencoreplusabsurdel’osten- tation

du

propriétaire.«

Vos

meublessonttrop délicats ettrop fragiles; ils ne sont pas

en

assez

bon

état

pour me

convenir

,dit

M.

Le-

Rond

;je les trouve d’ailleurs au-dessus

du

trainde maison

que

je puistenir.Ainsi,vous enferezce

que

vous voudrez:jelesrefuse. »

V

\

(32)

(

18

LE PETIT

II fallut

que

levaniteuxpropriétaires'hu- miliâtau point de céder àvilprix,au brocan- teurdela villevoisine,toutceclinquantd’a-

meublement

,surlequelilavait tant

compté

,

pour

jeter dela

poudre

aux yeux des

mar-

chands quidevaientachalandersafabrique.

Le

propriétairevoulutensuiteconduirele

bon M. Lerond

,dansles jolisdétoursdeson jardin anglais,de son boulingrin, de sonîle factice,desesdeux pontschinois etdes pièces d’eauqu’ilavaitcréées.

M. Lerond

refusa

de

voir ces objets,parce

que

detelles futilités dit-il,neserventderien àlafabrication.

Vingtfoisnotrevendeurd’usine fut sur le pointde direà

M. Lerond

:vousn’êtespas digned’acheterlescréationsd’un

homme de

goûttel

que moi

!Mais

l’homme

de goûtavaitC

absolumentbesoin d’argent

pour

payerdesbih letssurlepointdetreprotestés;ilsecontint etfuttropheureux de trouver

un

acheteurqui pût payer comptant,

comme M.

Lerond.

Le

vendeur de manufactureétait

un homme

danslafleur del’âge, ayantlesmanièresles plusdistinguées, parlant avecpureté,s’expri-

mant

en termeschoisis et figurantau

mieux

dans

un

salon.

On

avaitsoignéson éducation;

on

l’avaittenudouzeansdanslespensionnats

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(33)

FABRIC AHT. 19

“universitaires,etclans lescollegesroyaux;

on

nes’étaitpascontentéqu’ilapprîtlelatin

pour

goûter Virgileetsavourer Cicéron; onavait vouluqu’ilconnûtleséléments delalangue grecque, attendu

que

des auteurs aimables qu’onappelle, jecrois,AnacréonetThéocrite

,

ontécritdanscettelanguedes choses délicieuses quidonnent del’aménité

auxmœurs

d’unjeune industriel:voilà quelleétait lapartie solidede sonéducation.

On

avaitbien voululuifaire apprendre

un peu

d’arithmétique, ausortir desarhétorique;maisilpréféraitHorace.

La

géométrieluiparaissaitinsupportable auprès deTibulle,etla

méchanique

luisemblait tout- à-faitbourgeoise en comparaisond’Ovide.

Quant

auxartsd’agrément,

on

voulut

que

notrefabricantlesapprîtavec attention et

ma-

turité;

on

luifit approfondirladanse,étu- dier sa voix etméditerleviolon. Voilà com- ment,dèsl’âgedevingtans,ilparut

un

jeune

homme

accompli parmi lesindustriels, et

comment,

dèsl’âgedevingt-cinq,ilseruina.

Tellessontcependantlesbelles éducations.

que

l’industriefrançaisealasottisede donner

à

sesenfants,disait

M.

Lerond, entraversant lesbosquets quiconduisaient,

du

pavillon, à lafabriqueen vente del’élégantindustriel! ! !

(34)

20

LE.

PETIT

Alors

M. Lerond

sepromit solennellement qu’aucun desesenfants,destinés à l’industrie, nemettrait le pied dans lesécoles

l’on

montre

àlajeunesse

du

dix-neuvième siècle lescuriosités littérairesqui convenaient

aux

jeunes gens

du

quatorzièmesiècle,"

quand, au

sortir de la barbarie, lesécrits des anciens étaient

pour

nouslesseuls

monuments

dela penséedespeuplescivilisés.

M. Lerond

fitbien, etses enfants,loin

de

regarderenpitiéleurpèreet sa petitefabrique,

restèrent simples et bons

comme

lui, actifs

comme

lui,serendirenthabilesautant

que

lui dansl’artdeconnaîtrelaréalitédes

hommes

?

*

etdes choses, etprospérèrent

comme

lui.Ile- venons à notreacquisition.

Dans

la manufacture mise

en

vente, il

y

avaitnaguère deuxgrandsateliersenactivité;

maisl’unvenait d’étre brûlé,c’était

une

perte devingt-cinq millefrancs

pour

lemoins:«J’es- père, dit

M. Lerond

au

vendeur

infortuné

que

vous aurezété sauvé de cetteperte par

une

compagnie d’assurance?

Hélas! dit le

vendeur en

rougissant,combien defoisn’ai-je pas forméleprojet d’assurertout

mon

établis- sement; 40 francs

chaque

année m’auraient

suffi,

pour

assurer

ma

propriétéde 80,000fr.;

>

(35)

FABRICANT.

21 chaque jourje

me

promettaisd'alleraubureau d’assurance, àla ville voisine.Jenel’aipasfait

;

j’aiperdu 20,000francsau

moment même où

l’activité de

mes

ateliers étaitle plus néces- saire

pour me

tirerd’embarras,et

me

voilà maintenantobligéde vendre

ma

manufacture

pour

faire

honneur

à

mes

affaires.

»M.

Lerond, fortement frappé d’unsi grand malheur, se promit de ne pas perdre

un

instant

pour

assurer cette fabrique après l’avoiracquise.

Quand M. Lerond

entra dansl’atelierqui n’avait pas été

consumé

parl’incendie,

un

spec- tacle déplorables’offrit à sesregards. 11n’y avaitpas

une

machine enétatde jouer;pas

un

outilquinefûtrongé parlarouilleougâtépar quelqueaccident; rienn’étaiten ordre,rien n’étaità saplace;

une odeur

nauséabonde soulevait lecœur,et s’échappaitde tousles coinsqu’onn’avaitpasl’attentiondenettoyer.

L’œilexercéde

M. Lerond

apprécia rapide-

ment

la valeurdecenfatérieldélabré, etle partiqu’on en pouvaittirer.Ensuiteilexami-

na

soigneusementetàloisir lecours d’eauqui fournissait la force motriceàl’atelier. Ilen

mesura

le

volume

et lafîtesse, il

mesura

la hauteur delachute. Il enconclutcombien, valeur

moyenne,

leruisseaupermettait defaire

(36)

22

LE PETIT

tomber

de mètres cubesd’eau à

un

mètre

de

hauteur, en vingt-quatre heures :cela lui

donna

laforce

du

ruisseau. 11trouvaqu’elle égalaitcelle de 40

hommes

qui tourneraient àlamanivelle;c’étaitassez

pour

ses travaux.

Ilfutsatisfait,à cetégard,etfitl’acquisition derétablissement.

Ainsi

pour

opérer avec connaissance decause

un

achat d’où dépendaitsapropre fortuneet lesortdesafamille,ilfallut

que M. Lerond

fît

un

jaugeageetdescalculsquinécessitaient lesconnaissancesdel’arithmétique,delagéo- métrieetdela

méchanique

;choses àquoin’a- vaitjamais songé notre

amateur

delatin,

de

danseetdeviolon.

. L’accord conclu,

M. Lerond

paya

comptant

lestrente mille francs à

l’homme

quijadispos- sédait

un

capital de centmille francs. Cet

homme

voulut créer

une

nouvelle fabrique qu’ilnesçutpasmieux

monter que

lapremière etilfinitparseruinercomplètement.Iln’eut d’autres ressources

que

d’entrerparprotection dansleservicedes octrois

iltint

un

registre d’entrées etdesorties.

Y

oilàtoute l’application qu’ilputfairedesésbonnes-lettres, acquises danscequ’onappelleparexcellence,et je dirai mieux, par impertinence, lesbonnes études!

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(37)

t

FABRICANT.

.

23 M. Lerond

s’empressadesimplifiersonha- bitation.

Le

jardin anglais futremplacé par

un bon

potager.

On

n’appela pointledispendieux architecteàcélébrité;

on

mitlesateliersen

bon

état,sansprétention et sans luxe;

on

répara touslesoutilsdétériorés.Dixmille francs suf- firent à ces dépenses. Ainsi,

pour

quarante mille francs,

M. Lerond

se vit possesseur d’uneexcellente fabriquequ’ilmit sur-le-champ

en

activité,aveclesvingt mille francsquilui restaient.

L’un des deuxateliersétait détruit; mais dansl’autrelesmachinesetlesmétiers étaient installéssans intelligenceetsansordre

;etne

pouvaientsuffirequ’à dix ouvriers.

Un

nou- velarrangement permitd’établiràl’ai9equinze ouvriersdansce

même

local.

Les vingt ouvriers employés auparavant

,

savoir:dixdansl’atelierbrûlé,dix dansl’a- telierrestant, travaillaient àlajournée-ils étaientmalsurveillés, etne faisaientpasla moitié de l’ouvrage qu’on pouvait attendre d’un

bon

emploideleur force etdeleur dex-

térité. - .

Les quinze ouvriers de l’atelier restauré furent tous mis

à

leurs pièces,et bientôtils firent plusd’ouvrage

que

vingt

hommes

qui

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(38)

24 LE

PETIT

fainéantaientàlajournée.Je reviendrai sur ce sujet,sans craindrede

me

répéter

,parce qu’il s’agitd’une amélioration capitale

pour

lafortune des petits fabricants.

Nous

allonsmaintenant visiter l’atelier

de M. Lerond

,établi dans toute saperfection.

•*

Nous

entrons:quelle exquisepropretédans cet atelier! deuxfois par jour ilestnettoyé

du

haut en bas;c’est àla fin

du

travail,le matinetle soir.

A

la fin de

chaque

semaine toutes les machines, les instruments, les outils sont passés en revue parle maître,

comme

lesarmes d’une régiment parlecolo- nel.

Dans

cette revue,

on remarque

les ob- jetsqui ont besoin de quelque réparation;

elle estexécutée dèslelundi.

On remarque

ceux qui nesont plusd’irn

bon

service;

on

les

condamne

,etsur-le-champ

on

lesportedans leréduitauxrebuts.Ilfaut

que

lecuivre,le * fer le boisdeces machines,de cesinstru-

ments

,deces outils soienttoujoursluisants,

comme

,1e marteau d’une porte flamande.II

en

coûtesansdoute

un peu

d’émeril,

un peu

dechiffons, etquelques heures defrottage;

ipais aussi l’humidité n’a pas le temps

de

pourrirles bois, et de rouiller lesmétaux.

i

M. Lerond

afait

un

petit calcul,d’après

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(39)

FABRICANT.

25 lequelilrésultequ’avec centfrancsemployés à tenirenparfait étatquatremillefrancsd’ou-

tilsqu’il possède,illes faitdurer

un

.tiersde plus

que

dauslesautres boutiques.C’est

un

bénéfice considérable etc’est

un ornement

qui fait plaisir à voir.

Tous

lesoutils sontrangésen ordre, avec desétiquettesàchaqueplace,portantleprix del’outiletladatedel’achat.

On

amistantde goût danscette disposition des outils, silui- sants etsibeaux,qu’ondirait

une

salled’armes.

Aussi, de sixlieues àlaronde,

on demande

à

M. Lerond

lapermissiondevoirsonatelier, et

quand une

fois

on

l’avu,

on

veut absolu-

ment

avoirquelque chosequiait étéfaitpar les

fameux

ouvriersdubelatelier

deM.

Lerond.

Yoilà pourtant à quoisertde bien former sesouvriers, de bientenirses outils, etd’a- voirde lapropreté!

.

Mais comment M. Lerond

a-t-il

pu

former desouvrierssi supérieurs àceux de tout le pays d’alentour? Je vousdiraid’après quels principes,àla ihide ce livret

;je

me borne

maintenant à quelquesindications principales.

Nous

savons que

M. Lerond compte

quinze ouvrierssoussesordres;illesarendus ponc- tuels,réservés,attentifs,obéissantsàl’atelier,

3

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(40)

sagesà laville,etbons dansleurmaison. Voici cequ’ilafaitpour yparvenir.

Dans

le

commen-

cement, quelques-unsvoulaientsepermettre de

chômer

deuxjoursparsemaine*et

même

parfois troisjours, poui’ avoir letemps

de mieux

boire, et

pour manger

àloisirlegain des autres jours.

M.

Lerond,sanspitié

pour

levice,achassé leplusmauvaissujetetle plus ivrogne, aux premierslundi etmardi

que

cetami deladé- bauchea passésdanslaboisson.

Ce

malheureux

pour

sevengerosa

menacer M. Lerond

d'incendier samanufacture.

M.

Le-

rond

sansluirépondrele faitsortiràl’instant etlui

montre

une plaque toute

neuve

surla- quelleonvenaitd’écrirecesdeuxlettres:A.

M.

;

c’étaitl’annoncedel’AssuranceMutuelle con- tre l’incendie;institutionsibienfaisante etsi nécessaireàlasécuritédes propriétaires.

«Situbrûles

ma

manufactureet

ma

mai- son,par haine contremoi,tun’auraspas

rem-

pliton but,carjesuisassuré,luidit

M.

Le- rond.

Tu

seras

condamné

à

mort

,ettu périras sur l’échafaud,

comme un

infâme.

Apprends

qu’unpetitfabricantquiserespectenerecule jamais devantla

menace du

crime. Situneré- formes pastespenchantsvicieux,tumourras

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(41)

'

FABRICANT.

27 dela

main du

bourreau,après avoir croupi danslesgalères. »

M. Lerond

prédisaitjuste.

Le

mauvaissur- jet,prenant deplusenplusletravailenhaine, sefitvoleur,poursubsistersans rienfaire. Il

commença

parfilouter,cequilefitemprison-?

ner

;puisilosa voler avec effraction,ce quile fitallerau bagne.Ilensortit,maison ne vou- lut pas l’employer,tantilinspiraitd’horreur et d’effroi. 11volade

nouveau pour

vivre,et finit parassassiner

un

vieillardquirésistaitàlaspo- liation. Celafit aller lebrigandà l’échafaud.

L’exemple

du

premier fainéantchassé par

M. Lerond,

n’ayant passuffipour

ramener

toutle

monde

à l’ordredanslanouvelle fabri- que,lasemainesuivante

M. Lerond

chassale moins rangédes ouvriers aprèslemauvaissu- jet.Ilacongédiécoupsurcoup quatreouvriers surquinze,etnelesajamaisrepris,quoiqu’ils se crussentindispensablesparcequ’ilstravail- laientbien.Illesaremplacéspar quatrejeu- nesapprentifs,honnêtesetrobustes,quibien- tôt sontdevenus meilleurs ouvriers queles quatreouvriers expulsés.Iladelasorte éta- blisolidementlaréputationdesafabrique.

Ce queM. Lerond

afaitenpetitdans son

modeste

atelierdo

campagne, un

denos?plus

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(42)

grands manufacturiersetde nosmeilleurs ci-

toyens,

M.

BenjaminDelessertl’afaitavec

un

plein succès,àlaportedeParis,àPassy,dans sasuperberaffineriedesucre. C’est

un

exem- plequidevraitattirerl’attentiondetousles grands manufacturiers danslacapitale, etde touslespetitsfabricants:ils s’enrichiraient enfaisantle

bonheur

deleursouvriers.

No

ns leprouveronsbientôtavecdeschiffres.,

Revenons

àl’atelierde notrepetitfabricant

;

on

n’yentre

comme

ouvrierqu’avecune

bonne renommée

deprobité;

on

n’y reste qu’avec

une

conduiteirréprochable et

beaucoup

d’a-

mour du

travail.

On

s’yformevite,parcequ’on

y

travailleavec attention;cela faitjouir les ouvriersde l’établissement d’une réputation aussiméritéequ’avantageuse

pour

leurmaître et

pour

eux-mêmes.

Quand

unjeuneouvrier

employé

chez

M.Le- rond

,seprésente

pour

épouserquelque fille

du

canton:c’est

un

ouvrier de

M.JLerond,

disentlepère etlà

mère

, nous n’avons pas besoindenous informer sursaconduite;qu’il sefasseaimerparnotrefille,etnouslepren- drons

pour

gendre. Enfinn’oublionspas

que

lesjeunesfillespréfèrentlesouvriersdechez

M- Lerond

, parce qu’ilssont toujours

pro-

DigitizedbyGoogli

(43)

FABRICANT.

29 près sureux,etqu’ilsontdes façons

honnê-

tes: tant lesjeunes personnes ont d’amitié

pour

la civilisation.

M. Lerond

m’afaitconnaître

un

ouvrier qui ne pouvait obtenir la joliefilled’un

bon

fer- mier,parce

que

lejeune

homme

n’étaitpasas- sezcossu, ni considérédanslepays.

L’amour

qu’éprouvaitcejeune

homme

luifitvenirune heureuseidée;ilobtint d’êtremisau

nombre

desouvriersde notrepetitfabricant,se distin-

gua

parsaconduite, devint contre-maître, sçut plaire,etfinitpar obtenirla

main

dela joliefille

du

fermierrichard.

M. Lerond

n’ajoutait pas qu’il avaittou- joursquelquesfaveurs àrépandresurlesjeu- nes

ménages

quivivaient en

bonne

intelli- gence;etqu’iltrouvait toujours

un moyen

de bien placer leurs enfantsdans sonatelier

ou

dans ceuxdesescorrespondants;maisjel’ai

sçu parleshabitants

du

canton.

Ilfallait voir aussi

comment

l’excellente

M m

^

Lerond

prenaitsoindes bons ménages;

et

comment

elle savaitremettrelàpaixdans lesautres;

comment

elleaidaitlesjeunes

mè-

resàdéfrayerladépensedescoucheset payait lesbaptêmes.

La

joliedemoiselle

Lerond

tra- vaillaittoujours quelquespiècesdes plusutiles

3*1’

4

-

(44)

pour

les layettes. Elle montrait à lire

aux

jeunesapprenties; elle appelait celases ré»

ctéations:elleagissait ainsi

comme

lesbonnfes .

etcharmantesdemoisellesdeMulhouse.

Avant

que lafamille de notrepetit fabri- canteutexercé sonheureuse influence, les ouvriers de l’endroit

, quisetrouve

un peu

reculé dans lefonddes terres, étaientnon- chalants et babillards.

On

neles employait qu’àlajournée; àchaqueinstantils serepo-

-saient

pour

faire laconversation,

quand

le maîtren’étaitpaslà;ettoujoursilscroyaient enavoirfaitassez

pour

leur argent.

M. Lerond

lesmitàleurs pièces,enfixant lesprixdelatâche surletaux

moyen du

tra- vail.Cela leurdéplut d’abord, parce

que

c’é- taitnouveau.Mais

M. Lerond

est si ferme qu’il n’y apas

moyen

dele détourner d’une résolutionqu’ilapriseparraison.

D’abord lesouvriers netravaillèrent pas

beaucoup

plus qu’àlajournée; maisbientôt les occasions seprésentèrent enfoulepour leurfairedésirerquelqueargent.

Les garçonsvoulaient faire quelques pré- sents à lajeune beauté qui charmait leur cœur; ils voulaient paraître

bravement

vêtus ledimanche

,

parçpquecelaplaîtàcellesqui

Digtfizodbÿ*C->î.'

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