ARGUMENTAIRE DU COLLOQUE
« La communauté revisitée »
Les 05-06 avril 2007
Salle de conférence, site Pouchet (CNRS), 59-61, rue Pouchet, 75 849 Paris Cedex 17
Colloque organisé par
le Laboratoire Interdisciplinaire de la Sociologie Économique (LISE, Paris), le Centre de Recherches Interdisciplinaires sur l’Allemagne (CRIA, Paris),
le Groupe Sociétés Religions Laïcités (GSRL, Paris),
le RT 2 Migrations et Productions de l’Altérité de l’Association Française de Sociologie (AFS)
Comité d’organisation :
Ivan Sainsaulieu (LISE), Monika Salzbrunn (CRIA), Laurent Amiotte-Suchet (GSRL)
Exposé de la thématique :
La « communauté » est victime d’un succès paradoxal : à la fois sous les feux médiatiques en tant qu’enjeu politico-idéologique lié à des dossiers brûlants (quartiers sensibles, racisme, mouvements religieux…), elle reste peu présente et presque honteuse sur le plan sociologique. Du coup, la réalité de ses visages échappe, entretenant sa représentation fantasmatique et sa charge idéologique. En effet, l’appartenance au groupe est plus traitée comme une valeur, voire un stigmate volontiers prêté aux « autres », plutôt que comme un caractère descriptif attribué à soi-même, dans le cadre d’une société finalisée par l’individualisation des rapports sociaux. D’un autre côté, l’appartenance à la
« communauté nationale » républicaine prévaut en France, voire serait incompatible avec des appartenances particulières, jugées seules porteuses de particularismes.
Le projet de ce colloque est donc fondé sur un manque et un défi tout à la fois : pourquoi n’y aurait-il pas un examen des formes d’appartenance collective, constitutives du lien social, voire de rapports macro sociaux ? Une chose est sûre : la surenchère idéologique ou médiatique de l’arbre du communautarisme ne doit pas cacher la forêt des formes sociales communautaires que nous apercevons au gré de nos enquêtes. Il ne s’agit pas de ressusciter les normes désuètes de la communauté traditionnelle. Il s’agit de nommer un
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chat un chat, dans la continuité de la réflexion en science sociale1. Enjeu sociologique classique, la tension entre « communauté » et « société » décrit deux types de formes sociales où varie la place de l’individu et du groupe dans les pratiques sociales. Il importe d’examiner comment ces formes sociales existent, se construisent, cohabitent, interagissent et se transforment mutuellement, dans la variété des contextes sociaux et des perspectives scientifiques.
Comme le suggère cette dichotomie classique, la communalisation produit des effets aux niveaux micro et macro sociologiques. Dans le domaine microsociologique, c’est de la teneur des groupes qu’il en question. Si le « fait communautaire » existe, il nous appartient d’en montrer les visages et les ressorts, les degrés variables de cohésion aussi bien que les formes d’instrumentalisation collectives et individuelles. Lien social et artefact tout à la fois, il est investi par des stratégies individuelles, défendant des intérêts particuliers, des collectifs, cherchant à délimiter et protéger leurs frontières, comme par des politiques productrices de taxinomies sélectives et de normes de cohésion nationale.
Il est également important, dans bien des cas (et c'est particulièrement vrai dans la sociologie des quartiers, des collectivités ethniques), de ne pas centrer le regard sur un seul groupe qui forme communauté pour élargir aux rapports entre groupes et des groupes avec les institutions. La description de la communalisation (cachée, invisible et pas présentée comme telle) passe aussi par l’appréhension de la façon dont les groupes se considèrent ou se construisent mutuellement, particulièrement entre groupes majoritaires et groupes minoritaires.
Dans sa production globale, la communauté porte enfin le marquage régional des cultures nord-occidentales (community, Gemeinschaft/Gesellschaft), et ne revêt pas de ce fait la même applicabilité dans le débat idéologique et scientifique, comme dans l’action publique. La double appartenance à la République et à des groupes minoritaires est par exemple traitée dans la sociologie anglophone sous le thème du multiple belonging. La seule réflexion sur les difficultés de transposer un terme dans la sémantique d’un autre contexte linguistique et culturel montre la complexité des approches.
Ce colloque international et interdisciplinaire se propose donc d’abord de rendre compte, à partir d’études empiriques, des diverses formes sociales communautaires. À partir de terrains aussi variés que le quartier urbain, le parti politique, l’institution religieuse, l’espace professionnel, les nouveaux moyens de communication, les manifestations culturelles, les stratégies et les traditions d’action publique, les sentiments nationaux ou les liens familiaux, nous chercherons à illustrer la variété des pratiques communautaires.
Deux axes de questionnement difficile sous-tendent cette démonstration empirique de la présence du phénomène. Premièrement, naviguer entre deux écueils : celui de
1 Le lien communautaire repose pour Max Weber sur un sentiment subjectif d’appartenance : “ Nous appelons communalisation (traduit aussi par socialisation communautaire) une relation sociale lorsque et tant que la disposition de l’activité sociale se fonde – dans le cas particulier, en moyenne ou dans le type pur – sur le sentiment subjectif (traditionnel ou affectif) des participants d’appartenir à une communauté ” - 1971, T. 1, § 1, B/9 : “Socialisation communautaire et sociétaire ”.
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l’affirmation a priori d’une solution de continuité entre communautés et communautarisme et celui, à l’inverse, du rabattement du plan sociologique sur le plan idéologique et politique. Ensuite, confronter, sur le plan scientifique, définitions objectives, subjectives et intersubjectives de la communauté, en balançant entre
« densité » du lien social, degré d’identification des individus au groupe et identification des groupes entre eux.
Il faut à tout le moins, nous semble-t-il, sortir des oppositions binaires telles que société en mutation / communautés résistantes au changement, ou acteurs autonomes
« authentiques » / politiques instrumentalisant le phénomène. Non seulement des formes collectives accompagnent les mutations sociales plus larges mais les matrices référentielles de la notion de « communauté », dans la construction des identités nationales, génère des politiques susceptibles de renouveler les formes communautaires.
C’est pourquoi une telle rencontre scientifique ne saurait se passer d’une réflexion approfondie sur l’historicité des concepts au fondement des théorisations scientifiques, de même qu’elle appelle, en conclusion, une réflexion globale sur les corrélations permettant d’éclairer la manifestation du phénomène.
Programme des ateliers :
Quatre sessions prévisionnelles ont été dégagées pour organiser et cadrer les interventions de cette manifestation scientifique.
1. La dynamique historique et géographique : élaborations conceptuelles de la
« communauté » territoriale
Il conviendra dans cette première partie de rendre compte des itinéraires de ces concepts, autant au sein des communautés scientifiques que des cultures politiques. La façon dont les acteurs (scientifiques, politiques,…), dans un contexte historique spécifique, se sont emparés de l’articulation communauté/société pour en redéfinir les formes et les enjeux doit en effet s’avérer éclairante pour mieux comprendre le sens véhiculé par ces notions, leur emploi et leurs transformations. Notre démarche part de la nécessité de réfléchir à l'émergence des catégories d'analyse dans des contextes culturels et scientifiques différents, dans une perspective d' « histoire croisée » (Werner et Zimmermann, 2004).
2. La dynamique sociologique et ethnographique constitutive des groupes
L’objectif de cette session sera de mettre l’accent sur des travaux socio-ethnographiques s’attachant à décrire et à analyser les modalités par lesquelles un collectif particulier assure à ses membres le sentiment d’appartenir à un groupe relativement homogène qui fait communauté. Les travaux présentés s’attacheront à illustrer la manière dont le collectif se détache, en interaction avec la société environnante, et se construit : par quelle action l’opération se produit (échanges, rites, fêtes, règles, communications, …), sur quoi
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repose la durabilité du phénomène (histoire partagée, coopération dans le travail, territoire, éducation des nouveaux venus, événement régénérant,…). La communauté relève-t-elle d’un héritage culturel quasi intangible et pour partie involontaire, comme les liens parentaux, ou bien se construit-elle autour d’un espace et dans une temporalité donnés ? Est-elle durable ou occasionnelle ?
3. La dynamique politique des rapports sociaux communautaires
En résonance avec la première session, cette partie sera l’occasion d’analyser les appréciations politiques du phénomène communautaire. Il s’agira surtout de montrer, avec des fondements empiriques, comment des collectifs ont pu se constituer (ou être constitués) dans une interaction avec les autres groupes et les politiques nationales vis-à- vis de la question du « communautarisme ». Il peut s’agir de minorités cherchant à tirer des avantages, ou de groupes majoritaires cherchant à conforter des positions de pouvoir, ou encore de collectifs s’étant véritablement communautarisés dans la dynamique d’un engagement social spécifique, voulu ou subi.
4. Table ronde
Il s’agira aussi, au terme de ces « ateliers », d’organiser une table ronde avec des invités dont les réflexions seront nourries (et orientées) par le questionnement des rapporteurs des différents ateliers.
Les 05-06 avril 2007
Salle de conférence, site Pouchet (CNRS), 59-61, rue Pouchet, 75 849 Paris Cedex 17
Entrée libre
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