A NNALES SCIENTIFIQUES
DE L ’U NIVERSITÉ DE C LERMONT -F ERRAND 2 Série Mathématiques
R ENÉ DE P OSSEL
Présentation du colloque
Annales scientifiques de l’Université de Clermont-Ferrand 2, tome 7, série Mathéma- tiques, n
o1 (1962), p. 9-17
<
http://www.numdam.org/item?id=ASCFM_1962__7_1_9_0>
© Université de Clermont-Ferrand 2, 1962, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Annales scientifiques de l’Université de Clermont- Ferrand 2 » implique l’accord avec les conditions générales d’utilisation (
http://www.numdam.org/conditions
). Toute utilisation commerciale ou impression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
PRÉSENTATION DU COLLOQUE
René de POSSEL
Professeur
et Directeurde institut de programmation
à
la Faculté des Sciences de Paris,
Directeur
du laboratoire de Calcul Numérique du Centre National de la Recherche Scientifique
I - Aider l’effort intellectuel au
moyen
de lamachine,
telle était l’idée de Blaise Pascalquand
ilimagina
sacalculatrice,
tel est encoreaujourd’hui
le butpoursuivi
par tous ceuxqui
pro-jettent,
construisent des machines à traiterl’information,
enimaginant
desemplois
deplus
enplus
divers et
nombreux,
ou enperfectionnent
cesemplois. L’expression "traiter l’information", due , je
croisbien,
à PierreAuger,
demandequelques explications.
Il s’est en effetdéveloppé
une théoriede l’information
qui
intervient essentiellement dans le domaine destélécommunications ;
ce n’est pas notre but d’enparler ici ;
nous prenons le mot"information"
dans un sensbeaucoup plus gé-
néral : une machine
reçoit
desdonnées,
un programme de travailqu’elle effectue,
etproduit
desrésultats ;
lesdonnées,
le programme constituent del’information,
les résultatségalement,
maisil convient de
"traiter"
les uns pour obtenir les autres. Les données et le programmepeuvent être numériques,
mais ce n’est nullement uneobligation;
il en est de même pour les résultats. Nousaurons l’occasion dans un moment de
préciser dans quelques
casquelle
est la nature de ces don-nées et de ces résultats.
Mais arrivons-en au
sujet
pourlequel
nous sommesréunis,
le"Colloque
deMathématiques" .
Je remercie les
organisateurs
duColloque
de m’avoir choisi pour leprésenter ; je
ne sais pas très bien ce que cesorganisateurs
avaient en vue sous le titre"présentation
deColloque", je
nesais pas non
plus
ce que vous attendez sous ce titre.Essayer
de donner une idéegénérale
sur lecontenu des
exposés qui
vont etre faits par de très éminentsspécialistes,
dontbeaucoup
sont pour moi desamis, j’en
serais d’autantplus incapable
que, pour laplupart
de cesexposés, je
n’ai pas reçu de résumé. D’autrepart,
cesspécialistes
sonttrop
connus, et mêmetrop
nombreux pour queje
vous lesprésente
individuellement. Je me bornerai àindiquer quelques
uns des liensqui
existententre les
disciplines qui
fontl’objet
duColloque
et lesgrandes
machinesélectroniques.
J’ouvre ici une
parenthèse : je reprends
laparole
dans cette ville de Clermontaprès
une in-terruption
devingt-et-un
ans. J’ai en effetenseigné
ici lamécanique
rationnellepuis
le calcul dif- férentiel durantquatre
années. Au cours de la dernière de cesannées,
en1940-41,
la Faculté des Sciences deStrasbourg
se trouvaitrepliée
à Clermont. Cerapprochement
a eu unavantage :
il apermis, grâce
au concours de mescollègues
deStrasbourg, d’organiser
pour lapremière
fois unenseignement
desmathématiques qui
donnait lesgrandes
théoriesindispensables
etqui
lesexposait
avec un
degré
degénéralité
biensupérieur
à celuiqu’imposait jusque
là la tradition. Outre la nou-veauté de la matière
enseignée
et les résultatsobtenus,
il a été ainsiprouvé
parl’expérience qu’un enseignement
desmathématiques
doit être suffisamment étoffé et nécessite la concentration d’unassez
grand
nombre demaitres.
Plusieurs de nos élèves de cette année là sont maintenantprofes-
seurs dans diverses Facultés.
Revenons au
Colloque
et examinons les titres de ses différentes sections. Ces titres corres-pondent
à des domaines divers desmathématiques ;
ils semblent avoir été choisis tout d’abord parcequ’ils correspondent
à desparties
de l’oeuvrequi
avait été entamée par BlaisePascal,
constituant dessujets qu’il
avaitattaqués
ou dont il avaitposé
les bases. Une autre raison de ce choix estpeut-être
parce que lesspécialistes
de l’un de ces domaines s’intéressent presquetoujours
aux autres ; mais la liaisonqui
nous intéresseaujourd’hui;
etqui
est sans doute uneconséquence
de lapremière,
est que tous cessujets
touchentplus
ou moins au traitement de l’information par les machines. C’est à cepoint
que, pourquatre
d’entre eux tout aumoins,
il est maintenantquestion
de créer une Commission
spéciale
au sein du Centre National de la RechercheScientifique qui
lesréunirait,
car certains ne sont pasreprésentés
du tout actuellement auCentre,
alors que d’autres sontplus
au moins rattachés à d’autresdisciplines.
Je m’excuse d’avance
auprès
desspécialistes
de chacune des sections duColloque
de diredes choses
qui
leur sontparfaitement
connuesquand je parlerai
de leur section.II - Le
premier sujet
duColloque
est laLogique mathématique.
Aquoi peut-elle
bien servir ? C’est unequestion qu’ont posée pendant longtemps
laplupart
des mathématiciens. A cettequestion
s’enajoute aujourd’hui
une autre :quels
sont les liensqui
existent entre lalogique mathématique
et le traitement de l’information ?
Un lien d’ordre
expérimental apparaît
tout d’abord. C’est unesimple
constatation : les bonsspécialistes
en matière de machines àcalculer,
enparticulier
ceux dont les travaux ont amené desprogrès importants
pour cesmachines,
sont aussi desspécialistes
de lalogique mathématique.
Auhaut de l’échelle
je
citerai VonNeumann,
dont les travaux surl’axiomatique
de la théorie des en-sembles sont bien connus, et
qui
est l’un desprincipaux promoteurs
de la construction desgrandes
calculatrices aux Etats-Unis. A
l’opposé, je
citerai cejeune
programmeur sur machinequi
me disait récemment(à
mongrand étonnement) : "depuis
quej’ai
suivi un cours delogique
mathéma-tique, je
programme avecbeaucoup plus
de facilité et mesprogrès
sontrapides".
Ces faits sont en contradiction avec la tradition bien
établie, d’après laquelle
lalogique
ma-thématique,
science abstraite parexcellence,
nepeut
être d’aucun secours à lamathématique
vé-ritable,
et afortiori, croyait-on,
d’aucun secours à toute autrediscipline,
àplus
forte raison si celle-ciprésentait
un caractèrepratique.
Cette tradition est, fortheureusement,
en train de dis-paraître.
On avait bienremarqué,
tout au début de l’avènement de lalogique mathématique,
que lesimple "calcul
despropositions",
ou la"simple algèbre Booléenne", permettait
de tirer sanspeine
des conclusionsprécises
d’une suite dephrases
où se retrouvaientplusieurs
fois les mêmes subs-tantifs,
verbes etadjectifs.
Ce n’était làqu’un simple jeu
dont desexemples
furent donnés par l’un despremiers logiciens mathématiciens, Dodgson, plus
connu sous lepseudonyme
de LewisCaroll,
comme auteurd’"Alice
au pays desmerveilles".
Beaucoup plus tard,
ce mêmecalcul,
cette mêmealgèbre
deBoole,
commencèrent à êtreutilisés,
pour réaliser commodément des circuitsélectriques
à commutationsmultiples,
comme onen rencontrait dans les
téléphones,
ou dans lespremières
installations-plus
ou moins automatisées . Il est vite apparu que l’onpouvait
ainsi économiser l’effort depensée,
etparvenir
à de meilleures solutions.Entre
temps,
lesparadoxes
de la théorie des ensembles avaient amenéplusieurs
mathémati-ciens à axiomatiser cette
théorie,
deplusieurs façons plus
ou moins différentes. Lessystèmes
d’axiomes
proposés
diffèrentparfois
très peu sansqu’on puisse
les ramener l’un à l’autre. Cesaxiomatisations mirent en évidence le fait que certains
problèmes,
tels parexemple
que"le
pro-blème du
continu" posé déjà
par Cantor etqui consiste, rappelons-le,
à savoir s’il existe des en-sembles de
puissance comprise
entre le dénombrable et lecontinu,
nepouvaient
avoir de sensprécis
quelorsque
lesystème
des axiomes dedépart
était exactementprécisé. Le~
travaux de Gôdel furent fondamentaux dans cette voie : Gôdel montra enparticulier
que si une contradictionapparaissait
enadjoignant
à un certainsystème
d’axiomes l’énoncé affirmatif duproblème
du con-tinu,
cette contradiction existaitdéjà
avantl’adjonction (* ~.
Pendant ce
temps,
leplus
célèbre des axiomes de la théorie desensembles,
l’axiome duchoix ou de Zermelo faisait son
apparition explicite
tant enalgèbre,
dans la théorie des corps ,avec
Steinitz, qu’en analyse
notamment en"théorie
des fonctions d’une variablecomplexe"
dansl’étude du
prolongement
des surfaces deRiemann,
et aussi dans la théorie de la mesure.Dès lors il devenait
impossible
au mathématicien de laisser délibérément de côté lalogique .
Une démonstration nepouvait plus
être considérée commerigoureuse,
dans les cascompliqués
toutau
moins,
quelorsqu’il
avait étépossible
de la formaliser dans l’un deslangages
de lalogique mathématique.
D’un autre
côté,
les machines à calculer avaient faitl’objet
dequelques
études isolées ausiècle dernier. Citons la machine de
Babbage qui
ne futjamais achevée ;
les difficultés d’ordremécanique
étaientgrandes
pour réaliser une machine seulementcapable
de calculer les valeurs d’unpolynôme. Cependant
des essais furent couronnés de succès : citons une machine à résoudre leséquations algébriques
dont unpériodique
du milieu du siècledernier,
le"Magasin Pittoresque" ,
..nous donne une gravure, et, à une date
beaucoup plus récente,
les"analyseurs différentiels" qui permettent
de résoudre certaineséquations
différentielles. Seulel’électronique
devaitpermettre
de réaliser la machine universelle convoitée.Il
apparut
que lesopérations logiques
lesplus simples
devaient tout d’abord être effectuées dans unemachine,
afin deréaliser,
àpartir
decelles-ci,
en les combinant en nombresuffisant,
des
opérations
de nlus enplus compliquées,
enpassant
par lesopérations arithmétiques.
C’était---
(*) Cohen a démontré en 1963
qu’il
en était de même pour l’énoncénégatif
du problème.une
première apparition
de lalogique
dans les machines. En mêmetemps
sedéveloppait,
avecVon
Neumann,
avecTüring,
une"théorie générale
desmachines"
touchant à la fois à lalogique mathématique
et àl’algèbre.
Ce dernier
point
nous amène à faire une remarque : sil’algèbre peut
être axiomatisée et décrite au moyen de lalogique, inversement,
lessystèmes
formels utilisés enlogique,
ou mêmeles
systèmes
formels engénéral qui
fontaujourd’hui l’objet
d’étudespoussées,
rentrent dans lecadre des structures
algébriques.
On tourne en rond mais le cercle décrit neparalt
pas être vi- cieux.Simplement,
on nepeut
pas direquelle
est la notionpremière : logique
ou structurealgé- brique,
chacune des deux notionspouvant
être décrite au moyen de l’autre. On constate d’ailleurs souventqu’une
étude élaborée dans le cadre de lalogique peut
êtretransposée
dans celui des ma-thématiques
pures, devenant ainsi del’algèbre
ou de la théorie desensembles,
etqu’inversement
certains travaux de théorie desensembles, paraissant
apriori
fortcompliqués,
admettent une inter-prétation
trèssimple
enlogique.
On en trouvera desexemples
dans les travaux de R. Fraïssé . Actuellement lalogique mathématique
est deplus
enplus utilisée,
tant par lesspécialistes
des
projets
de machines que par leursutilisateurs,
à telpoint
que desenseignements spéciaux
delogique
doivent être créés dans ce but.Donnons des
précisions
surquelques développements
récentsqui
sont liés à lalogique
mathé-matique
et au Calculautomatique.
Citons d’abord la
"linguistique mathématique",
science en cours dedéveloppement, qui
étudieavec
rigueur
lesrapports
entre la structure d’unephrase
et sasignification ; c’est,
si l’on veut , la mathématisation de lagrammaire
et de lasyntaxe.
Un des butsauxquels
elle doitparvenir
estd’analyser complètement
un texte par desprocédés
entièrementmécaniques;
elle devraitpouvoir
aussi reconstituer la
grammaire
et lasyntaxe
d’unelangue inconnue,
dont on connaîtrait des textes sans rien savoir de leursignification.
Une des
applications
de lalinguistique mathématique,
aussiappelée "linguistique quantitative"
bien que ce dernier terme ait souvent un sens
plus restreint,
est constituée par les études pour- suivies en vue de la traductionautomatique.
A ce propos unequestion
est souventposée :
la tra-duction
automatique parviendra-t-elle
à rendre les finesses d’un texte littéraire ? Nous n’avons pas letemps d’y répondre ici,
mêmepartiellement.
Laréponse dépendrait
d’ailleurs desdéveloppements
futurs des machines. Mais nous pouvons affirmer
qu’une
étudepréliminaire
de lalogique
mathéma-tique
élémentaire estindispensable
pour aborder lalinguistique mathématique.
Ces
questions
delangages
se rattachentplus
ou moins à une vastediscipline,
elle aussi en cours dedéveloppement.
Ils’agit
des"langages symboliques".
On entend par là unlangage
suffi-samment débarassé des incertitudes et des variations du
langage
courant. De telslangages
ont étécréés dans des buts très
variés,
maisplusieurs
d’entre eux l’ont étéspécialement
pour"converser"
avec les machines. Nous allons
expliciter
cepoint.
Etant donnée une machine à
calculer,
elle estsusceptible
d’effectuer certainesopérations
selon des"ordres"
ou"instructions" prévus.
Le nombre desopérations
différant entre elles par leur nature est très variable : pour certainesmachines,
la gamme des instructions nedépasse
pascinq
ousix,
pour d’autres elle est deplusieurs
centaines. Pour que la machine exécute un travaildonné,
il fautpréciser
la suite des ordresqu’elle
doitexécuter,
dont chacun est uneopération portant
sur certaines données contenues à cet instant dans la machine. La suite de cesordres,
outout au moins certaine suite restreinte d’entre eux dont la suite tout entière se déduit par
répéti-
tion de
cycles
ouboucles,
constitue le"programme".
En élaborant ce programme, le"program-
meur"
est tenu derespecter
de très nombreusescontraintes,
dont lesprincipales
ont pour but dene pas
surcharger
unemplacement
demémoire,
l’introduction d’une information dans un telempla-
cement
effaçant
l’ancienne.La réalisation d’un programme dans de telles conditions est fort
longue,
etsujette
àbeaucoup d’erreurs, qui
doivent êtrecorrigées
une à une. Un bonprogrammeur, dans
certains cas,parvient
difficilement à éviter une faute sur dix
ordres, en
moyenne, tant les contraintes à observer sontmultiples.
Il est apparu très vite dansl’emploi
des machinesqu’il
y avait intérêt à utiliser non pas directement lecode-machine,
c’est-à-dire le"langage machine"
de la machineutilisée,
mais un"langage symbolique",
aussiproche
quepossible
dulangage algébrique
oulogique usuel,
et suscep- tible d’être transformémécaniquement,
sans interventionhumaine,
enlangage machine,
cette trans- formation étant effectuée par la machineelle-même,
au moyen d’un programmespécial écrit, lui ,
une fois pour toutes, en
langage machine ;
c’est un tel progran~rme que l’on nomme"compilateur".
Un
langage symbolique
destiné à des machines n’estjamais
d’unemploi universel ;
d’unepart
il
peut s’appliquer
à des ensembles de machinesplus
ou moinsvastes,
d’autrepart,
il est suscep- tible d’additions et deperfectionnements.
Ces modifications se fontplus
ou moins aisément selonles cas, et il y a
grand avantage
àprévoir
dès le début lespossibilités
de modifications. Le com-pilateur,
luiaussi,
serasusceptible
deperfectionnements ;
ilpeut
réaliser àpartir
du programme écrit unlangage symbolique,
un programme enlangage machine, plus
ou moins"optimisé",
c’est-à-dire
plus
ou moinsproche
de celuiqui
résoudrait leproblème
dans letemps minimum ; mais ,
siperfectionné
que soit lecompilateur,
ilparviendra
à un programme enlangage
machine moinsoptimisé
que celuiqu’aurait
réalisé un bon programmeur.Un autre
type
delangage symbolique
est constitué par une"langue intermédiaire"
dans le pro- blème de la traductionautomatique, langue
tellequ’il
soitplus simple
de traduire d’abord de lalangue
dedépart
vers lalangue intermédiaire, puis
de cette dernière vers lalangue
d’arrivée. Des chercheurs ont étudié cesproblèmes
de la construction d’unelangue
intermédiaire convenant à la traduction les unes dans les autres de toutes leslangues
d’un groupepouvant
en contenir de dix àvingt.
Le travail ne
paraît
pas sensiblementplus
difficile que dans le cas de deuxlangues
et ilsemble que ce soit là la solution d’avenir.
Pour donner une idée du
développement
actuel deslangages symboliques, je
citerai le nombrede
plus
de deux-cent-soixanteparticipants,
dontquatre-vingt français environ,
au"Symposium
surles
langages symboliques "organisé
à Rome il y a deux ou trois mois par le"Centre
International deCalcul".
Citons encore deux domaines où se rencontrent la
logique mathématique
et le calcul automa-tique.
Ce sont les"problèmes
detris"
etl’"automatique documentaire".
Dans les
problèmes
detris,
ils’agit
de classer des éléments en ensemblespartiels
totale-ment
ordonnés,
suivant des directivesqui peuvent
êtrecompliquées.
Lalogique mathématique
per- met de trouver une solutionsimple,
sinon laplus simple, d’après
lespossibilités
des machines dont ondispose.
Citons les études concernant le vocabulaire et lasyntaxe
d’une oeuvre ou d’unauteur
déterminé, qui
se rattachent auxquestions
de tris.L’"automatique documentaire"
consiste à extraire d’un ensemble de documentsbibliographiques ,
ou même d’un ensemble de textes
pris
dans leurintégralité,
ceuxqui
sont nécessaires pour une étude déterminée : les combinaisons des conditionsauxquelles
doivent satisfaire ces documents sont du ressort de lalogique mathématique ;
il en est de même de la recherche de ceux de ces documentsqui
vérifient les conditionsexigées.
Dans
plusieurs
desapplications
que nous venonsd’envisager, linguistique mathématique, tris , automatique documentaire,
etc. , le travail de la machine doitporter
sur des données constituées par des textes dont le volumepeut
être considérable. Ces textes doivent se trouver sous une forme directement utilisable par lamachine,
parexemple
sous forme de rubansmagnétiques
surlesquels
ils sont
"codés", chaque
caractèred’imprimerie
étantdésigné
par une combinaison déterminée designaux
élémentaires. Pour réaliser cecodage,
il est nécessairejusqu’ici
detaper
les textessur un
clavier,
caractèreaprès caractère, puis
de vérifier cettefrappe.
Il est difficile dedépas-
ser la cadence d’une page à l’heure par personne. Ce travail nécessite un très
grand
nombre declavistes et de
vérificateurs,
cequi
limitebeaucoup
le nombre des études de ce genre. Ilparaît indispensable
de créer un moyenautomatique
de transformer l’informationimprimée, quelle qu’elle soit,
en informationcodée,
et cela à une cadence d’auplus quelques
secondes par page. Ces réa- lisations n’existent pas encore, maisje
croispouvoir
affirmerqu’elles
existerontbientôt,
sous la forme d’un"lecteur automatique extensif",
c’est-à-diresusceptible
de lire tous les textes usuelsd’imprimerie.
Des
problèmes qui
semblaient insolublespourront
ainsi devenir faciles.Supposons,
parexemple,
que le"Bulletin signalétique
duCNRS", paraissant depuis
un peuplus
devingt
ans, ait été codé sur une bandemagnétique.
Ilpourrait
êtreexploré
en totalité durantquelques
heures seu-lement, permettant
derépondre
ainsi à unecentaine,
un millier dequestions bibliographiques
di-verses, les
"extraits"
utiles étantréimprimés
enquelques minutes, grâce
à une"imprimante"
rapide.
Enfin des essais ont été tentés pour exécuter des raisonnements au moyen de machines. Seuls des cas très
simples
du"problème
de ladécision"
ont pu être traitésjusqu’ici,
le nombre des combinaisons à effectuer dans des casplus compliqués dépassant
debeaucoup
lacapacité
des ma-chines actuelles.
III - Passons à la deuxième section du
Colloque,
le calcul desprobabilités.
Bien
entendu,daris
uneapplication quelconque
du calcul desprobabilités,
ils’agit toujours,
àpartir
d’une certaine"information"
sur laquestion,
de calculer lesprobabilités
pour que tel ou telévènement se
produise ;
c’est là unefaçon particulière
de"traiter"
cette information. Mais touteapplication
desmathématiques
à unescience, quelle qu’elle soit, permettrait
d’arriver à la même conclusion. C’est ailleursqu’il
faut chercher la liaison entre"calcul
desprobabilités"
et"Traitement
del’information".
Cette liaisonapparaît plus
aisément si onconsidère,
non pas le calcul des pro- babilités enlui-même,
mais certaines de sesapplications ;
ils’agit
de la"statistique"
et de la"recherche opérationnelle".
La
statistique
accumule des donnéesprovenant
d’ungrand
nombre d’observations. Pourpouvoir
tirer de ces données des conclusions
intéressantes,
que ces conclusions soient de naturethéorique
ou
qu’elles
soient desapplications,
il faut effectuer des calculs d’uneampleur
souvent immense à l’échelle du calculateur manuel. L’avènement desgrandes
machines apermis
d’obtenir de telles conclusions dans des casbeaucoup plus
nombreuxqu’auparavant.
Il a étépossible
de tirer des conclusionsprécises
des résultats degrands
recensements. Citons aussi desapplications
à l’éle- vage et àl’agriculture qui
furentpoursuivies
enGrande-Bretagne
dèsl’apparition
despremières
machines
électroniques.
Il en est de même dans tous les domainesqui
touchent à labiologie ;
seule l’utilisation des machinespermet
engénéral
d’utiliser les résultatsstatistiques d’observations.
Quant
à la rechercheopérationnelle,
sa création estbeaucoup plus récente,
bien que certainsdes
problèmes ~qu’elle
étudie aient été considérés isolémentdepuis longtemps,
enparticulier
parMonge, je
crois bien pour desquestions
de terrassements. La rechercheopérationnelle
revêt desaspects
trèsvariés,
bienqu’elle
traite duproblème général
suivant :quelles
sont les décisions àprendre
dans uneentreprise
pour assurer sa marche et sondéveloppement
dans les meilleures conditionspossibles ?
Ils’agit
avant tout de savoir cequ’on
entend par"les
meilleures conditionspossibles" ;
sans doute faut-il minimiser une certaine fonction des"variables" ,
celles-ci étant soumises à certaines contraintes. Sans insister sur. le fait que le choix de cette fonctionpeut pré-
senter des
difficultés,
et que dans le cas d’uneentreprise
industrielle etcommerciale,
les diffé- rents servicesd’études,
defabrication, d’achats,
de ventes, etc. , ne seront pas d’accord sur le choix de la fonction à minimiser ou àmaximiser, qui
pourra être legain,
laproduction,
le chiffred’affaires,
l’extension del’entreprise,
etc... , bornons-nous àindiquer
que cette fonctionpeut
avoirun caractère bien
défini,
comme pour unproblème
detransport
de marchandises enquantités
dé-terminées,
ou au contraire un caractèrealéatoire,
si lamarchandise
àtransporter dépend
des achats desclients,
achatsqu’on
nepeut prévoir
à l’avancequ’avec
certaineprobabilité.
Le caractère aléatoire se rencontreaussi,
parexemple,
dans le cas où ils’agit
deprévoir
des achats ou des commandes afin de renouveler des stocks.Comme
problème
de rechercheopérationnelle important,
citons celui des filesd’attente,
dont Emile Borel avait autrefoisentrepris l’étude; depuis,
les résultats nouveaux ont éténombreux,
et les travauxabondants ;
laquestion
se rattache àd’importants
domaines du calcul desprobabilités.
Un cas
particulier important
est celui où unequestion
de rechercheopérationnelle
se ramèneà minimiser une fonction de
plusieurs variables, lorsque
celles-ci sontassujetties
à vérifier deségalités
et desinégalités.
Si ces contraintes sontlinéaires,
et si la fonction à minimiser l’estaussi,
on est ramené à unproblème
linéaire dans un espace dont la dimensionpeut
être trèsgrande ;
parexemple peut
atteindreplusieurs
centaines. C’est laprogrammation linéaire,
pourlaquelle
de nombreuses méthodesd’approche
ont étéproposées.
Leproblème
est résoluble surgrande
machineélectronique,
à condition de ne pas chercher la meilleure solutionpossible,
maisune solution
qui
donne à la fonction à minimiser une valeur assez voisine de son minimum.La recherche
opérationnelle
a surtout étédéveloppée
àl’étranger,
mais il en existedepuis
peu un
enseignement
à1’"Institut
deStatistique
de l’Université deParis", qui
sert en mêmetemps d’option
pour le"Doctorat
de 3èmeCycle d’Analyse Numérique". Quelques spécialistes
ont obtenuen France
d’importants
résultats nouveaux.Un
type
de rechercheopérationnelle qui
sedéveloppe rapidement
est le"travail
entemps réel".
Ils’agit,
parexemple,
d’une centraleélectrique
où des décisionspeuvent
devoir êtreprises
à
chaque
instant en fonction des indications d’un certain nombred’appareils
de mesure : mise enroute ou arrêt de certaines
unités,
calculs de rendementspendant
unepériode donnée,
et décisions propres à améliorer cesrendements ;
recherche des causes de certaines pannes, et décisions per- mettant desupprimer
ces pannes : une calculatriceélectronique
exécute en permanence ce pro- gramme ; une machine de secoursprête
à fonctionner est nécessaire et sera utilisée lors de l’entre- tien de lapremière.
Ici encore, le calcul desprobabilités jouera
souvent pour établir le programme d’action de la calculatrice.IV - La troisième section du
Colloque
est intitulée"Géométrie
etPhysique mathématique".
Ils’agit essentiellement,
du moinsje
le suppose,n’ayant
pas en main les résumés desexposés
decette
section,
de tout un ensemble de recherchesqui
tirent leurorigine
de l’étude desprincipes
de la
mécanique.
C’est la théorie de la relativitéqui
a établi un lienprofond
entre lagéométrie ,
au sens
général qui
a été donné au mot parRiemann,
et lesphénomènes physiques,
le but pour- suivipouvant,
en un certain sens, s’énoncer ainsi : considérer tous lesphénomènes physiques
commedes
propriétés géométriques
del’espace.
Alors que la
gravitation
est entrée aisément dans cecadre,
il n’en a pas été de même des autresphénomènes électromagnétiques, quantiques,
nucléaires. De très nombreux travaux sontpoursuivis depuis 1920,
peuaprès
lespremiers
mémoires d’Einstein sur la relativitégénérale.
Après
uneaccalmie,
ces théoriesreprennent
un essoraujourd’hui.
Mais ilparaît indispen-
sable de
pouvoir
les soumettre àl’épreuve
del’expérience.
Leséquations auxquelles
elles donnent lieu sont engénéral
trèscompliquées,
et ce n’est que dans des cas extrêmementparticuliers qu’il
a été
possible jusqu’ici
d’en tirer des conclusions. Pourpouvoir
pousserplus
loin cette confronta-tion,
il sera nécessaire de résoudre de trèsimportants systèmes d’équations
aux dérivées par- tielles.Or,
nous y reviendronsplus loin,
seules les machines lesplus puissantes actuelles, ayant
une
capacité
de mémoirerapide
d’au moins 4 millions d’élémentsbinaires,
eteffectuant,
parexemple,
un nombre demultiplications "en flottant"
par seconde de l’ordre de 300000,
semblentpermettre d’attaquer
desopérations
àquatre
variables. Lestechniques futures, qui permettront vraisemblablement,
d’iciquelques années,
demultiplier
ces vitesses et cescapacités
par un facteur de l’ordre de50,
donneraient despossibilités
d’un ordre degrandeur
nettementsupérieur :
parexemple quatre
variables dans d’assez nombreux cas, etcinq
variables dans des casparticuliers .
V - Une autre section du
Colloque
estl’"analyse numérique".
On entend par là lapartie
del’analyse mathématique susceptible
d’être utilisée dans le calculnumérique.
On
peut
considérer que, dans leursdébuts,
lesmathématiques
ont été créées en vue du calculnumérique.
Dans leursdéveloppements successifs,
elles s’en sont souvent deplus
enplus écartées ;
mais la raisonprincipale
de ces écarts a été que cesthéories,
si on avait voulu lesappliquer ,
auraient donné lieu à des calculs irréalisables à la main. Avec les machines
électroniques,
la si-tuation s’est
renversée ; chaque jour
de nouvelles branches del’analyse mathématique
donnent accèsau calcul
numérique.
Lesdéveloppements auxquels
elles avaient donné lieujusque
là sontrepris ,
étoffés en vue du calculnumérique,
si bien que la théorie initiale n’enapparalt plus
que comme lesquelette.
Citons les diverses démonstrations de théorèmes d’existence
d’équations
différentielles et auxdérivées
partielles,
ycompris
les méthodes deminimum ;
ces démonstrations sont presque toutes devenuesaujourd’hui
les schémas despuissantes
méthodes de calculnumérique.
D’autre
part
des théoriesanciennes,
telles quel’approximation
deTchebycheff, passent
aupremier
rang de l’actualité. Il en est de même des fractionscontinues, qui
constituent une excel- lente méthode decalcul,
comme nous le verrons dans l’un desexposés
duColloque.
Les notions
qui paraissaient
lesplus éloignées
desapplications jouent également
leur rôle . Parexemple,
il serait aussi absurdeaujourd’hui,
pour le mathématicienqui prépare
desproblèmes
en vue de les confier à une
machine,
de vouloir éviterl’intégrale
deLebesgue qu’il
n’était absurde hier de vouloir éviter le nombreirrationnel ;
les deux choses sont du mêmeordre,
comme on s’en convaincra aisément en y réfléchissantquelque
peu.La
topologie joue également
un rôle essentiel dans les différentes sortesd’approximation
d’unefonction,
sortes entrelesquelles
il faut choisir selon les besoins et les nécessitésauxquelles
ré-pond
le calcul à effectuer. Danschaque
cas, c’est unetopologie
bien déterminéequ’il
convient de choisir dansl’espace
fonctionnelenvisagé.
En dehors des
développements qui
se rattachent àl’analyse classique,
le calculnumérique
est sur le
point
de donner naissance à des théories nouvellesd’analyse.
C’est tout unaspect
del’analyse mathématique qui
est ainsiappelé
maintenant à sedévelopper,
et surlequel
nous ne sa- vons encore à peuprès
rien. Citons unexemple simple :
la notion de"racines égales"
d’uneéqua-
tion
algébrique,
ou mêmetranscendante,
doit êtreremplacée
laplupart
dutemps
enanalyse
nu-mérique
par une notion nouvelle : celle de racines indiscernablesquand
les coefficients del’équa-
tion varient dans des domaines fixés.VI - Nous parvenons à la dernière section du
Colloque : "le
traitementautomatique
de l’infor- mation et lesmachines".
Mettons d’abord àpart
les"machines analogiquesty
dont il convient derappeler
brièvement leprincipe :
unphénomène physique
estrégi
par lesystème d’équations qu’on
se propose de
résoudre ;
lesdonnées,
lesparamètres
et les résultatscorrespondant
à des gran- deursphysiques qui
sont inscrites ouqui
sont lues sur descadrans,
ou encorequi
sont utiliséesdirectement;
cepeuvent être,
parexemple,
des tensions ou des intensités de courant, continus ou alternatifs.Les autres machines à traiter l’information sont
appelées "digitales"
ou"numériques". Rap- pelons qu’elles
n’effectuent enprincipe
que lesopérations logiques "ET"
et"OU",
ainsi que la"né-
gation", portant
sur un ou sur deuxsymboles
binaires ou"bits", auxquels
onpeut
attribuer par convention les valeurs"zéro"
et"un" (figure 1):
Figure
1Toute autre
opération
effectuée sur ces machines se ramène à ces troisopérations
élémen-taires ;
onpeut
mêmesupprimer
l’une des deuxopérations "ET"
et"OU",
en la ramenant aux deuxautres ;
il en estainsi,
enparticulier,
desopérations arithmétiques qui,
selon lesmachines, peuvent
s’effectuer en décimal ou enbinaire,
ou encore autrement.Essayons
de donner une idée de lapuissance
actuelle de cesmachines,
ainsi que del’augmen-
tationprogressive
de cettepuissance. Prenons,
parexemple,
la résolution d’unsystème
différentiel courant, tel que celui duproblème
des trois corps, enmécanique classique, problème
dont la dif- ficulté était célèbre avant l’avènement desmachines ;
c’est unsystème
d’ordre 18.Supposons qu’il s’agisse
d’effectuer cent pasd’intégration,
selon une méthodeclassique,
parexemple "Runge-Kutta"
ou
"Adams".
Une calculatrice du
type
I B M704,
conçue il y a environsept
ans, mettrait par exem-ple
10 secondes.Une calculatrice I B M
7090,
conçue à peuprès
trois ansplus tard,
mettrait environsept
fois moins de
temps,
soit une durée de l’ordre de1,4
seconde.Une calculatrice du
type
I B M7094,
conçuerécemment, pourrait
mettre0, 4 seconde,
et une machine derapidité extrême,
telle quel’"ATLAS"
de l’Université deManchester,
construite par la maison"Ferranti",
mettraitpeut-être 1/10
de seconde. Il nes’agit
là que d’ordres degrandeur ,
et les
représentants
des constructeurs iciprésents, pourraient
certainementindiquer
des nombresplus précis.
Supposons qu’il s’agisse
d’uneéquation
aux dérivéespartielles
à deux variablesindépendantes ;
pour un
problème
moyen, lestemps
nécessaires sur lesquatre
machines que nous venons de citerpourraient s’étager
entre 15 minutes et 13 secondes. S’ils’agissait
d’uneéquation
aux dérivéespartielles
à troisvariables,
avec des conditions aux limites un peucompliquées,
lestemps
pour- raient aller de 14 heures sur la machine I B M704,
à conditionqu’elle
soit munie d’une mémoire à 32 000 mots de chacun 40symboles
binairesenviron,
à 5 minutes sur la machine"ATLAS".
Si enfin il
s’agissait
d’uneéquation
aux dérivéespartielles
àquatre
variablesindépendantes ,
les machines I B M
704,
I B M 7090 et I B M 7094 seraientimpuissantes
à larésoudre,
à moins que les conditions aux limites ne soientparticulièrement simples.
Il faudrait une machineayant
une mémoire
rapide beaucoup plus
vaste,telle,
parexemple,
que la machine"ATLAS"
ou les trèsgrands
ensemblesI B M ;
leproblème pourrait alors, par exemple,
être résolu enun temps
de l’ordre d’une heure.Il se
présente,
bienentendu,
desproblèmes
àtrois, quatre
variables etplus qui
sonttrop
vastes pourpouvoir
être traités sur les machines actuellementexistantes ;
lesdéveloppements
dansle sens des
applications
de laphysique mathématique
restent souvent dans ce cas, comme nous yavons fait allusion il y a
quelques
instants. Il estnécessaire,
pour cesproblèmes,
d’attendrel’avènement de machines utilisant des
techniques
toutesdifférentes,
telles que lasupraconductivité ,
ou, dans un avenir