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32 | La Lettre du Psychiatre • Vol. XII - n° 1 - janvier-février 2016

// Scientifi c Reports

// British Journal of Psychiatry // Biological Psychiatry: Cognitive Neuroscience and Neuroimaging // European Psychiatry

ACTUALITÉS SCIENCES

Coordonné par E. Bacon

(Inserm U1114 et clinique psychiatrique, Strasbourg)

E. Bacon déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

À la recherche du bonheur : l’IRM permettrait-elle

de localiser le substrat neuronal du bonheur ?

Kyoto et Shiga (Japon)

Qu’est-ce que le bonheur ? Et comment l’at- teindre ? Sur amazon.com, on peut, paraît-il, trouver 93 290 livres consacrés au bonheur .. . Le bonheur semble être la compétence la plus importante de la vie, un avantage, un but...

La poursuite du bonheur est un droit inalié- nable accordé à tous les êtres humains, mais elle génère également des milliards de dollars . Les recherches en psychologie ont montré que la sensation subjective de bonheur peut être mesurée de manière fi able, et qu’elle comporte des composantes émotionnelles et cognitives.

Désormais, la recherche du bonheur serait terminée ! Du moins celle de l’identifi cation de la zone cérébrale où le bonheur siègerait.

Des chercheurs japonais ont réalisé des études d’IRM structurale auprès d’une cinquantaine de volontaires. Des mesures statiques du volume de matière grise dans le cerveau ont été réalisées dans 4 régions d’intérêt : le gyrus cingulaire antérieur, le gyrus cingulaire postérieur gauche, le précuneus droit et l’amygdale gauche. Les participants ont renseigné des questionnaires destinés à évaluer la sensation subjective de bonheur, ainsi que ses composantes émotion- nelles (positives ou négatives ) et cognitives

(évaluation des buts existentiels poursuivis).

Les chercheurs ont vérifi é l’anxiété de trait et d’état des participants. Ils ont ainsi pu observer qu’il y avait une corrélation positive entre le score de bonheur subjectif et le volume de matière grise dans le précuneus droit (fi gure).

Ils ont observé, en outre, une corrélation entre le volume de cette zone cérébrale et les scores mesurant l’intensité des émotions et les buts existentiels.

Devons-nous admettre qu’une si petite région du cerveau puisse être entièrement responsable de la génération et du maintien du bonheur , cet état si complexe et hautement souhai- table ? Bien sûr que non ! D’une part, l’étude a produit des corrélations entre le bonheur et le volume du précuneus, c’est-à-dire qu’elle a montré la coexistence de 2 phénomènes, mais elle n’a pas démontré de relation de cause à effet entre eux. Par ailleurs, les sujets expéri- mentaux n’étaient pas activement impliqués dans quelque tâche que ce soit. Toutefois, ces observations suggèrent que le précuneus pourrait jouer un rôle dans l’intégration des composantes cognitives et émotionnelles du bonheur, et sont susceptibles de fournir une mesure objective complémentaire permettant de mieux comprendre le sentiment de bonheur et les mécanismes de traitement de l’informa- tion qui le composent.

> Sato W, Kochiyama T, Uono S et al. The structural neural substrate of subjective happiness. Sci Rep 2015;5:16891 .

1 3 5 7

0,35 0,40 0,45 0,50 0,55 0,60

Volume de matière grise ajusté

Échelle de bonheur subjectif

Figure. Niveau de bonheur subjectif en fonction du volume de la matière grise du précuneus.

0032_PSY 32 24/02/2016 12:02:38

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La Lettre du Psychiatre • Vol. XII - n° 1 - janvier-février 2016 | 33 Évolution avec le temps

des patients schizophrènes traités et non traités.

Une étude dans la Chine rurale

Chengdu, Hong Kong et Pékin (Chine)

D’après les études internationales menées jusqu’à ce jour, l’évolution sur la vie entière de la schizo phrénie serait plus favorable dans les pays de niveaux de vie faible et moyen que dans ceux dont le niveau de vie est élevé. Cependant, de telles conclusions sont peut-être prématurées, car pratiquement aucune étude ne s’est inté- ressée aux patients n’ayant jamais été traités.

Les rares études existantes sont des études transversales, ou menées sur une période très courte. Une meilleure connaissance de l’évolu- tion psychopatho logique des patients non traités devrait permettre d’identifi er l’état “naturel” de la pathologie et de mieux en comprendre les processus sous-jacents. Toutefois, pour cibler cette population, il est nécessaire d’aller la chercher dans les pays non occidentaux (dans lesquels les patients ont pratiquement tous reçu un traitement à un moment ou à un autre de leur existence), de niveau de vie modeste, et en particulier dans les zones rurales. La Chine rurale a donc paru aux auteurs de cette étude une zone géographique tout indiquée Des chercheurs chinois ont ainsi pu localiser et étudier sur une durée de 14 ans (de 1994 à 2008) 510 patients, issus d’une importante cohorte de près de 124 000 personnes âgées de 15 ans et plus, originaires de 6 bidonvilles du comté de Xinjin.

Xinjin est une zone rurale typique du sud-ouest de la Chine, qui possède un hôpital psychiatrique d’environ 100 lits. Aucune Sécurité sociale n’était susceptible de couvrir les frais des traitements médicamenteux des patients. D’où le fait que, parmi les patients identifi és, un bon nombre n’avaient reçu aucun traitement médicamen- teux : la proportion de patients non traités était de 31 % en 1994, et avait légèrement diminué par la suite pour atteindre 25 % en 2004, et 20 % en 2008. En 2008, 328 patients étaient encore vivants (soit 67 %), 5 % s’étaient suicidés, 2 % étaient décédés de mort accidentelle, et 17 %, d’autres causes. Huit pour cent d’entre eux étaient sans abri. Soixante-sept des survi- vants (20 %) ne prenaient toujours aucun trai- tement en 2008. Parmi les 261 patients traités,

29 (11 %) avaient pris un antipsychotique de seconde génération. En 2008, les patients jamais traités étaient signifi cativement plus âgés que les patients traités, ils avaient moins de famille ; plus souvent que les autres patients, ils étaient sans abri et non mariés, vivaient seuls, étaient peu soutenus par leur famille, et n’étaient pris en charge par aucune structure de soins. Les taux de rémission, partielle et complète, étaient de 57 % pour les patients traités, et de seulement 30 % pour ceux qui ne l’avaient jamais été. Un état mental défavorable et une absence de prise en charge ou de traitement au début du suivi constituaient les facteurs les plus prédictifs d’un non-traitement . En 2008, dans cette zone rurale pauvre, de nombreux patients ne recevaient donc encore aucun traitement pour leur schizophrénie.

En outre, leur suivi sur 14 ans confirme que l’évolution de l’état des patients non traités est moins bonne que celle de ceux qui ont pu bénéfi cier d’un traitement. Ces observations sont sans doute généralisables aux autres régions rurales pauvres du globe. Les auteurs concluent de leurs résultats que la présence d’une structure de soins, l’existence d’une assurance maladie et le soutien de la famille jouent un rôle crucial, tant pour un diagnostic précoce qu’à l’égard de la prescription d’un traitement et de la réinsertion sociale des patients.

> Ran MS, Weng X, Chan CL et al. Diff erent outcomes of never-treated and treated patients with schizophrenia:

14-year follow-up study in rural China. Br J Psychiatry 2015;

207:495-500.

Les personnes sujettes aux accès de rage présentent des anomalies morphométriques

Chicago (États-Unis)

Le très réputé Biological Psychiatry vient de créer une nouvelle déclinaison : Biological Psychiatry:

Cognitive Neuroscience and Neuroimaging. Dans le numéro inaugural, des chercheurs de Chicago se sont intéressés au trouble explosif intermittent (intermittent explosive disorder) . Dans le DSM-5, ce trouble est décrit comme un comportement agressif récurrent, problématique et impulsif.

Jusqu’à ce jour, beaucoup considéraient l’agressivité impulsive comme une simple manifestation de “mauvaises manières”, qui aurait seulement nécessité un ajustement de l’attitude.

Toutefois, ce trouble semble présenter une forme familiale et avoir des origines génétiques.

Il est par ailleurs associé à une diminution de la fonction sérotoninergique et répond au traitement par les inhibiteurs de recapture de la sérotonine. En outre, des études d’imagerie suggèrent que l’agressivité impulsive, qui est une des composantes clés du trouble explosif intermittent, serait régulée par des structures cérébrales frontolimbiques. Les auteurs de cette étude ont cherché à vérifi er par l’imagerie leur hypothèse selon laquelle le volume de matière grise dans les structures cérébrales fronto- limbiques serait plus faible chez les patients souffrant de cette pathologie que chez les sujets sains, voire que chez des patients souffrant d’autres troubles psychiatriques. Ils ont donc réalisé des IRM à haute résolution des cerveaux de 168 personnes : 53 sujets sains, 58 patients psychiatriques “contrôles” et 57 sujets présentant un trouble explosif intermittent. Ils ont observé l’existence d’une corrélation directe entre un vécu de comportement agressif et l’amplitude de la réduction de matière grise dans plusieurs zones cérébrales, à savoir le cortex orbitofrontal, le cortex préfrontal ventral médian, le cortex cingulaire antérieur, l’amygdale, l’insula et l’uncus. Cette réduction de matière grise semble donc constituer une caractéristique neuronale des individus présentant un trouble explosif intermittent. Les perturbations du comportement de ces sujets dans le traitement des informations socio-émotionnelles pourraient donc être sous- tendues par des anomalies anatomiques. Ces résultats sont en accord avec les observations antérieures, mais l’étude présente est la première à s’être focalisée sur l’agressivité impulsive et le trouble explosif intermittent tels que défi nis dans le DSM-5. Les raisons de ces diminutions de volume de matière grise sont à ce jour inconnues.

Toutefois, le fait que ce type de comportement se révèle tôt dans la vie des individus suggère la possibilité d’une origine génétique, ou d’une interaction gène-environnement, qui affecterait le développement du cerveau.

Des recherches complémentaires seront bien entendu nécessaires pour tenter de répondre à cette question.

> Coccaro EF, Fitzgerald DA, Lee R, McCloskey M, Phan KL.

Frontolimbic morphometric abnormalities in intermittent explosive disorder and aggression. Biol Psychiatry Cogn Neurosci Neuroimaging 2016;1:32-8.

0033_PSY 33 24/02/2016 12:02:40

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34 | La Lettre du Psychiatre • Vol. XII - n° 1 - janvier-février 2016

ACTUALITÉS SCIENCES

Impact d’une campagne auprès des médias sur la stigmatisation des patients psychiatriques.

Une étude en Catalogne

Barcelone, Llobregat (Espagne), Sydney (Australie) et Londres (Grande-Bretagne)

La stigmatisation par le grand public des personnes souffrant de pathologies mentales constitue un phénomène culturel et social qui peut avoir des conséquences dramatiques sur la qualité de vie de ces patients. De nombreuses études ont montré que la stigmatisation par autrui a un impact sur l’autostigmatisation, les chances d’obtenir un emploi, les comportements de recherche de soutien et le taux de suicide chez les patients atteints de pathologie psychiatrique . Pour lutter contre cette situation, un certain nombre de pays ont mis en œuvre des campagnes contre la stigmatisation, qui ont mis l’accent sur la promotion du contact social, la lutte contre les inégalités et les interventions éducatives.

Ces campagnes ont le plus souvent été menées à travers les médias (journaux, affi ches, radios, télévisions, réseaux sociaux, etc.), ce qui devait permettre d’atteindre un public important pour un coût relativement modéré. Malgré leur multiplication, force est de constater que l’efficacité de ces campagnes pour améliorer l’image publique des pathologies mentales reste limitée. En outre, la plupart des études publiées proviennent de pays anglophones , où l’effi cacité des campagnes a souvent été mesurée auprès d’étudiants . Constatant qu’on ne disposait que de peu d’informations concernant des pays d’autres cultures, des chercheurs ont mis en

place en Catalogne une intervention auprès des mass médias , nommée OBERTAIMENT ; ses résultats ont été interprétés en collaboration avec des chercheurs londoniens et australiens . La Catalogne compte 7,6 millions d’habitants, et la campagne, destinée au grand public, s’est déroulée sur 2 mois (septembre et octobre 2012).

Elle ciblait principalement les individus âgés de 15 à 45 ans, considérés comme faisant partie de la tranche d’âge la plus susceptible d’être exposée et réceptive à une telle campagne.

Son objectif principal était de faire connaître les problèmes engendrés par la stigmatisation et la discrimination auxquelles sont confrontés les patients, et d’informer sur la manière dont ils en sont socialement affectés. Environ 1 an après la campagne (de juillet à octobre 2013), 1 019 personnes ont été interrogées sur ses effets.

L’évaluation a été faite de 2 manières, par l’institut catalan d’évaluation des politiques publiques. Tout d’abord, un rappel “spontané” a été obtenu en demandant aux participants s’ils se souvenaient d’une campagne en rapport avec la santé mentale et de son message. Ensuite, on amorçait une

“reconnaissance” de la campagne en en montrant aux participants des images et en leur demandant s’ils les reconnaissaient ou non. Lorsque les personnes disaient se souvenir de la campagne, on leur demandait si elles pouvaient se rappeler certains de ses messages lors de questions ouvertes. L’attitude de tous les participants vis-à-vis des pathologies mentales était évaluée par une version courte du questionnaire CAMI (Community Attitudes Towards Mental Illness) . Les intentions de changement de comportement lors de contacts futurs avec des patients psychiatriques étaient également abordées

dans un questionnaire. Les résultats révèlent que 11 % des sujets interrogés se souvenaient spontanément de la campagne et qu’un peu plus de 20 % déclaraient se la rappeler après la présentation des indices constitués d’images.

Sept pour cent des interrogés se rappelaient certains des messages de la campagne, et près de 5 % se souvenaient qu’elle évoquait les préjudices, les stéréotypes, les discriminations dont souffrent les malades atteints de troubles psychiatriques. La télévision semblait avoir été le moyen de diffusion des informations le plus effi cace, étant donné que 13,4 % des sujets rapportaient avoir vu l’information sur ce média. Venait ensuite Internet, qu’évoquaient 2,4 % des sujets interrogés. L’attitude des personnes interrogées vis-à-vis des patients psychiatriques était généralement positive.

Toutefois, les personnes qui s’étaient souvenues spontanément de la campagne déclaraient avoir l’intention de modifi er leur comportement lors de contacts futurs avec des patients plus souvent que les autres personnes interrogées.

Cette campagne a donc eu un effet modeste, mais positif, sur les attitudes effectives et les prévisions de comportement de la population catalane à l’égard des patients souffrant d’une maladie mentale. L’effet sur la stigmatisation était toutefois limité à des attitudes qui relèvent de la bienveillance. Un éventail plus large de messages antistigmatisations pourrait peut-être avoir un impact plus important sur les attitudes et comportements.

> Rubio-Valera M, Fernández A, Evans-Lacko S et al.

Impact of the mass media OBERTAMENT campaign on the levels of stigma among the population of Catalonia, Spain.

Eur Psychiatry 2016;31:44-51.

0034_PSY 34 24/02/2016 12:02:41

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