I.6 Alg`ebre commutative 3
1 Modules sur un anneau commutatif . . . 4
1.1 Le langage des modules . . . 4
1.2 Applications lin´eaires . . . 10
1.3 Rudiments de fonctorialit´e . . . 19
2 Conditions de finitude . . . 25
2.1 Modules de pr´esentation finie . . . 25
2.2 Modules sur les anneaux noetheriens . . . 32
3 Modules sur les anneaux principaux . . . 36
3.1 Modules libres de rang fini sur un anneau principal . . . 36
3.2 Modules de type fini sur un anneau principal . . . 43
3.3 Applications `a la r´eduction des endomorphismes . . . 51
Alg`ebre commutative
Un peu d’histoire
Les principales sources de l’alg`ebre commutative sont, dans l’ordre chronologique : la th´eorie alg´ebrique des nombres, la th´eorie des invariants et la g´eom´etrie alg´ebrique.
Au XIX`eme si`ecle, Kummer, puis Dedekind, ont g´en´eralis´e la th´eorie classique de la divi- sibilit´e (qui remontait pour l’essentiel `a Euclide) sous la forme de th´eorie des id´eaux des anneaux d’entiers alg´ebriques.
Au tournant du XX`eme si`ecle, Hilbert a formalis´e la th´eorie des invariants (dont l’essentiel des r´esultats jusque l`a reposait sur les calculs compliqu´es de l’´ecole anglaise), en particulier les probl`emes de finitude, `a l’aide de la th´eorie desid´eaux des anneaux de polynˆomes.
Les mˆemes structures ont ´et´e retrouv´ees par les g´eom`etres alg´ebristes du premier quart de XX`eme si`ecle (Emil Artin, Emmy Noether et leur ´ecole) et ont donn´e naissance `a la th´eorie desanneaux noetheriens. Le lecteur notera que tous les math´ematiciens cit´es (mis `a part Euclide) sont allemands.
Comme les groupes, les anneaux se sont r´epandus dans toutes les math´ematiques, y compris en analyse, avec les anneaux de fonctions. Il y a en effet un lien profond entre les espaces de la g´eom´etrie diff´erentielle ou analytique et les anneaux : de mˆeme qu’en g´eom´etrie affine ou euclidienne les espaces vectoriels de formes lin´eaires, qui g´en´eralisent les coordonn´ees, servent `a rep´erer les points, de mˆeme les anneaux de fonctions servent `a rep´erer et distinguer les points d’espaces plus g´en´eraux. Les anneaux de fonctions num´eriques continues ont ´et´e axiomatis´es par Gelfand sous le nom d’anneaux norm´es. Un anneau muni d’une telle struc- ture peut ˆetre consid´er´e comme anneau des fonctions continues sur un espace topologique d´efinia posteriori. Grothendieck a g´en´eralis´e ce point de vue en montrant quetout anneau commutatif peut ˆetre vu comme l’anneau des fonctions «r´eguli`eres» sur un espace ana- logue `a une«vari´et´e alg´ebrique». Enfin, Connes, inspir´e par la m´ecanique quantique (o`u les fonctions sont remplac´ees par des op´erateurs dont le produit n’est pas commutatif) a montr´e que l’on pouvait faire de la g´eom´etrie avec tout anneau, mˆeme non commutatif.
Selon un usage maintenant bien ´etabli, ce chapitre 1 devrait donc former un tout avec les deux suivants (g´eom´etrie alg´ebrique et arithm´etique), ces derniers ´etant conc¸us comme des applications de techniques g´en´erales expos´ees ici (en ce qui concerne l’arithm´etique, on rel´eguerait donc ailleurs lath´eorie analytique des nombres). En fait, nous aborderons lar- gement la g´eom´etrie alg´ebrique et l’arithm´etique `a travers des outils vari´es et des m´ethodes ad hoc, laissant leur expos´e syst´ematique `a un cours de maitrise.
En principe, l’alg`ebre commutative est la th´eorie des anneaux commutatifs et de leurs id´eaux. Sous cette forme, nous l’avons d´ej`a rencontr´ee dans le module «Compl´ements d’alg`ebre»du cours de L2. En fait, une ´evolution marquante essentiellement due `a l’´ecole alg´ebrique allemande a ´et´e lalin´earisationdes m´ethodes. De mˆeme que l’´etude des corps (et des groupes) fait largement appel aux espaces vectoriels, de mˆeme l’´etude des id´eaux se plonge dans celle desmodules. Le chapitre commence donc par l’expos´e du langage des modules, qui g´en´eralise l’alg`ebre lin´eaire de L1. Nous abordons ensuite lesrudiments de la riche th´eorie des anneaux et des modules noetheriens. (Nous appliquerons cette th´eorie dans le module I.7.) Pour conclure, nous d´eveloppons le cas des anneaux principaux : la th´eorie est alors compl`ete (on sait d´ecrire avec pr´ecision tous les modules de type fini) et, dans le cas euclidien, effective (on dispose de bons algorithmes). Elle offre de plus des ap- plications ´etonnantes aux groupes ab´eliens, dont nous aurons l’usage dans le module I.8, et
`a la r´eduction des endomorphismes, que nous avons rencontr´ee en L2.
1 M
ODULES SUR UN ANNEAU COMMUTATIF 1.1 Le langage des modulesOn fixe une fois pour toutes un anneau commutatif A, avec les notations usuelles pour les op´erations et les ´el´ements neutres.
D ´efinition 1.On dit qu’un groupe ab´elien (E,+) est muni d’une structure de module sur l’anneau commutatifA, ou encore deA-modulesi l’on a une loi de composition (ou multiplication) externe (a, x)7→a.xde A×E dansE v´erifiant les axiomes suivants :
∀a, b∈A , ∀x∈E , (a+b).x = a.x+b.x, (1)
∀a∈A , ∀x, y∈E , a.(x+y) = a.x+a.y, (2)
∀a, b∈A , ∀x∈E , a.(b.x) = (ab).x, (3)
∀x∈E , 1.x = x. (4)
Le point de la notation a.xest en g´en´eral omis dans l’´ecriture :a.x=ax.
1Nous ´eviterons d’appeler«module»un chapitre qui traite essentiellement desmodules sur un anneau commutatif!
Pour tout a ∈ A, l’application λa : x 7→ a.xde E dans lui-mˆeme est un endomorphisme de groupe. De plus, l’applicationa7→λa est un morphisme de l’anneau commutatif Adans l’anneau End(E,+) des endomorphismes du groupe E. (Ce dernier anneau n’est en g´en´eral pas commuta- tif ; sa multiplication est la composition des endomorphismes.) R´eciproquement, tout morphismeϕ de l’anneau A dans l’anneauEnd(E,+) des endomorphismes d’un groupe ab´elien E permet de munir ce dernier d’une structure de A-module : il suffit de posera.x:=ϕ(a)(x).
Comme dans le cas des espaces vectoriels, on a quelques cons´equences imm´ediates : la commutativit´e de l’addition peut ˆetre d´eduite des autres axiomes en calculant de deux mani`eres (1 + 1)(x+y); si l’on note (temporairement) 0E l’´el´ement neutre deE, on a :
∀a∈ A , a.0E = 0E et ∀x ∈ E , 0.x = 0E ; de mˆeme, (−1).x =−x. Sauf exception, nous ´ecrirons simplement 0 pour0E.
Exemples.
1. Si A est un corps, on retrouve la notion d’espace vectoriel.
2. Si A=Z, reprenant les notations introduites pour les groupes ab´eliens (2x=x+x, etc), on voit que m.x =mx (si m ∈ N) ou −m0x (si m =−m0, m0 ∈N). Ainsi, tout groupe ab´elien peut ˆetre consid´er´e d’une mani`ere unique comme un Z-module.
La th´eorie des groupes ab´eliens est donc un cas particulier de la th´eorie des modules.
3. Le groupeAnest muni d’une structure deA-module par la loi :a.(a1, . . . , an); = (aa1, . . . , aan). Pourn= 0, par convention, on obtient lemodule trivial{0} que l’on note parfois0.
4. De mˆeme, en posanta.(ai) := (aai), on fait des groupesAI etA(I) desA-modules.
5. Soient V1(x, y) et V2(x, y) deux champs de vecteurs continus sur un ouvert Ω de R2. L’application (x, y) 7→ V1(x, y) +V2(x, y) est un champ de vecteurs continu sur Ω. De mˆeme, si V(x, y) est un champ de vecteurs continu sur Ω et si f est une fonction continue deΩdans R, l’application(x, y)7→f(x, y)V(x, y)est un champ de vecteurs continu sur Ω. On d´efinit ainsi un module sur l’anneau C(Ω,R).
6. Soit f : A → B un morphisme d’anneaux. En posant a.b := f(a)b, on fait de B un A-module. Il n’est d’ailleurs pas n´ecessaire de supposer B commutatif. Si l’on suppose de plus que Imf est central dans B, autrement dit, que pour a ∈ A et x ∈ B, on a f(a)x = xf(a), alors il y a compatibilit´e entre les multiplications externe et interne dans B :∀a ∈A , ∀x, y ∈ B , (a.x)y =x(a.y) =a.(xy). On dit alors queB est une A-alg`ebre, ce qui g´en´eralise la terminologie du cours de L2.
Pour toute famille (xi) ∈ EI d’´el´ements du A-module E, on appelle combinaison lin´eaire des xi toute expression de la forme P
i∈I
aixi, o`u (ai) ∈ A(I) est une famille `a support finid’´el´ements de A (autrement dit, presque tous les ai sont nuls). Les r`egles de calcul sur les combinaisons lin´eaires sont essentiellement les mˆemes que celles donn´ees dans le cours de L1 dans le cadre des espaces vectoriels. La principale diff´erence concerne les familles libres et li´ees, nous y reviendrons plus loin.
1.1.1 Sous-modules
D ´efinition 2.Unsous-module(ousous-A-module) duA-moduleE est un sous-groupe additifE0 qui est de plus stable pour la loi externe :
∀a∈A , ∀x∈E0 , ax∈E0.
Le sous-groupe E0 est alors automatiquement muni d’une structure de A-module par la restriction des deux lois de E. Bien entendu, {0} est un sous-module de E (appel´e sous-module trivial) et E est lui-mˆeme un sous-module.
Exemples.
1. Dans le cas d’un corps, un sous module est un sous–espace vectoriel.
2. Dans le cas de l’anneau Z, un sous-module est un sous-groupe.
3. On d´efinit des sous-modules de An en consid´erant les ensembles de solutions de syst`emes d’´equations lin´eaires :a1x1+· · ·+anxn= 0,b1x1+· · ·+bnxn= 0, etc.
(Tout sous-module ne s’obtient pas ainsi, voir l’exercice I.6.4 de la page 60.)
4. Le module AI admet le sous-moduleA(I) ainsi que lesous-module diagonalform´e des familles (ai) telles que ∀i, j , ai=aj.
5. Soitd∈A. AlorsdE:={dx|x∈E}est un sous-module deE. Cette construction peut se g´en´eraliser : siAest un id´eal deA, on poseAE:={P
aixi| ∀i , ai ∈A, xi ∈E}. C’est un sous-module de E. (On retrouve dE en prenantA:=dA.)
Exercice 1.
Quels sont les sous-modules du A-moduleA? Solution. Ce sont les id´eaux deA.
Pour toute famille (xi) ∈ EI, l’ensemble des combinaisons lin´eaires P
aixi est un sous-module de E, appel´esous-module engendr´e par lesxi :
X
i∈I
Axi:=
( X
i∈I
aixi
(ai)∈A(I) )
.
Par exemple, le sous-module engendr´e par x ∈ E est Ax := {ax | a ∈ A}, le sous- module engendr´e par x, y ∈ E est Ax+Ay := {ax+by | a, b ∈ A}, etc. Pour toute famille (Ej)j∈J de sous-modules de E, l’intersection T
j∈J
Ej est un sous-module de E.
L’intersection de tous les sous-modules contenant lesxi (donc ´egalement le plus petit sous- module contenant les xi) n’est autre que le sous-module P
i∈I
Axi engendr´e par les xi. On dit que (xi)∈EI est unefamille g´en´eratrice(ou unsyst`eme g´en´erateur) de E siE est engendr´e par lesxi. Il revient au mˆeme de dire que tout ´el´ement de E est combinaison lin´eaire des xi :
∀x∈E , ∃(ai)i∈I ∈A(I) : x=X
i∈I
aixi.
On dit queEest un modulede type finis’il admet un syst`eme g´en´erateur fini :E =Ax1+· · ·+Axn.
Sommes de sous-modules.
Si les Ej sont des sous-modules deE, le sous-module engendr´e par S
j∈J
Ej est lasomme desEj, qui se calcule comme suit :
X
j∈J
Ej =
X
j∈J
xj
∀j∈J , xj ∈Ej
,
o`u l’on se restreint ´evidemment aux familles (xj)j∈J `a support fini. On dit que la somme des sous-modulesEj estdirectesi l’on a l’implication :
X
j∈J
xj = 0 =⇒ ∀j , xj = 0.
On dit ´egalement que lesEj sont en somme directe. Dans ce cas, on ´ecrit : X
j∈J
Ej =M
j∈J
Ej.
Cela revient `a dire que toute ´el´ement de P
j∈J
Ej s’exprime de mani`ereuniquesous la forme P
j∈J
xj. Le crit`ere suivant, d´emontr´e en L2 pour les sous–espaces vectoriels s’adapte sans probl`eme : pour que les sous-modules E1, . . . , En soient en somme directe, il faut, et il suffit, que Ei∩(E1+· · ·+Ei−1) ={0} pour 1 6i6 n. (Bien entendu, l’ordre choisi pour les indices est arbitraire.) Dans le cas particulier o`u E = E1 ⊕E2, on dit que les sous-modules E1 et E2 sont suppl´ementairesl’un de l’autre. On dit alors que E1 et E2
sontfacteurs directsde E.
Matrices et combinaisons lin´eaires.
Soit X := (x1, . . . , xn) une famille finie d’´el´ements de E. On d´efinit une famille finie Y := (y1, . . . , yp) de combinaisons lin´eaires des xi par les formules : yj =
n
P
i=1
ai,jxi (16j6p). Ces formules peuvent ˆetre abr´eg´ees en :
Y =XM,
o`u M := (ai,j)16i6n
16j6p est une matrice de Mn,p(A). Cette ´ecriture suit les r`egles du calcul matriciel (`a cela pr`es que l’on devrait alors ´ecrire yj =
n
P
i=1
xiai,j, contrairement `a l’usage d’´ecrire les scalaires `a gauche).
Exercice 2.
Exprimer matriciellement le sous-module F engendr´e par la famille X := (x1, . . . , xn). Solution. C’est l’ensemble des combinaisons lin´eaires desxi :
F ={a1x1+· · ·+anxn|(a1, . . . , an)∈An}={XM |M ∈Mn,1(A)}=XAn,
`a condition d’identifier, comme il est d’usage, An avec Mn,1(A) (´ecriture en vecteurs co- lonnes).
Ce calcul est coh´erent. Par exemple, si l’on introduit une famille Z := (z1, . . . , zq) par les formules :zj =
p
P
j=1
bj,kyj (16k6q), on peut ´ecrireZ =YN, o`uN := (bj,k)16j6p 16k6q
∈Mp,q(A),
et l’on v´erifie sans peine queZ =XP, o`uP :=M N ∈Mn,q(A).
Proposition 1. Soit X := (x1, . . . , xn) une famille finie d’´el´ements de E. Soit Y := (y1, . . . , yn) la famille d´efinie par les formules : yj =
n
P
i=1
ai,jxi (16j6n), o`u M := (ai,j)16i6n
16j6p
∈Mn(A). Le sous-module F engendr´e par les xi et le sous-module Gengendr´e par les yj v´erifient les relations :
(detM)F ⊂G⊂F.
D´emonstration. La relationG⊂F est ´evidente. Pour l’autre relation, on ´ecritY =XM, que l’on multiplie `a droite par N :=tM˜ (transpos´ee de la comatrice). Or, la d´emonstration donn´ee dans le cours de L1 que MtM˜ = tM M˜ = (detM)In est valable sur un anneau commutatif arbitraire. On en d´eduit que (detM)X =YN, et la conclusion s’ensuit.
1.1.2 Annulateurs, torsion
Voici la premi`ere diff´erence importante entre modules et espaces vectoriels : l’implica- tion a.x= 0⇒a= 0 ou x = 0E estfausseen g´en´eral. Prenons par exemple A:=Z et E :=Z/6Z (deuxi`eme exemple ci-dessus). Alors, dans Z/6Z, on a l’´egalit´e : 2.3 = 0, bien que26= 0 et 36= 0. (Ici, on a pris a:= 2et x:= 3.)
On appelleannulateur d’un ´el´ement x ∈ E l’id´eal AnnA(x) := {a∈ A | ax = 0E},
´egalement not´e Ann(x). (Le lecteur consciencieux v´erifiera que c’est bien un id´eal). On ap- pelleannulateur du moduleE l’id´eal AnnA(E) := T
x∈E
AnnA(x) ={a∈A| ∀x∈E , ax= 0E},
´egalement not´e Ann(E). Le module E est ditfid`elesi AnnA(E) ={0}.
Si E est un module sur l’anneau B := A/A, on peut le voir comme un A-module en posant a.x:= ax (o`u a d´esigne la classe de a∈ A dans A/A). Il est clair que ce A-module (que l’on d´enote encore abusivementE) est tel que A⊂AnnA(E). R´eciproquement, siE est un A-module tel queA⊂AnnA(E), on en fait un module surA/Aen posant :a.x:=ax; le lecteur v´erifiera que le membre de droite de cette ´egalit´e ne d´epend pas du repr´esentant particuliera∈Ade a∈B. La condition A⊂AnnA(E)peut ´egalement s’´ecrireAE ={0}. Par exemple, les modules surZ/nZ sont exactement les groupes ab´eliensG tels quenG={0}. Ainsi, nousidentifieronsles modules sur A/A auxA-modules tels que AE ={0}. Nous constaterons que toutes les constructions qui suivent (sous-modules, applications lin´eaires ...) sont les mˆemes pour les deux objets. En particulier, toutA-moduleE est canoniquement un A/AnnA(E)-module fid`ele.
On dit que x∈E estde torsionsi AnnA(x)6={0}. L’ensemble des ´el´ements de torsion de E est not´e TorA(E), ou Tor(E). Pour touta∈A, nous noterons :
E(a) :={x∈E |ax= 0}. (5) C’est bien entendu un sous-module deE, et TorA(E) = S
a6=0
E(a). Le module E est ditde torsion(resp.sans torsion) si TorA(E) =E (resp. si TorA(E) ={0}).
Si A est int`egre, TorA(E) est un sous-module de E, lesous-module de torsion). En effet, soient x, y ∈ TorA(E), donc ax = by = 0 avec a, b 6= 0. Alors ab(x+y) = 0 et ab 6= 0 (c’est ici qu’intervient l’hypoth`ese d’int´egrit´e de A). En fait, on a toujours : E(a) +E(b) ⊂E(ab). La stabilit´e par multiplication externe est lais´ee au lecteur (elle ne requiert pas l’int´egrit´e).
Exercice 3.
Qu’en est-il siE :=A:=Z/6Z?
Solution. Pour tout anneau A, TorA(A) est l’ensemble des diviseurs de 0 dans A. Par exemple, pour A := Z/6Z, c’est {0,2,3,4} : ce n’est pas un sous-groupe (ni un sous- module, ni un id´eal).
Exercice 4.
Calculer les annulateurs des ´el´ements du Z-module E := Q/Z. Qu’en d´eduire pour AnnZ(E), pour TorZ(E)?
Solution. Soitx:=r ∈Q/Z, o`ur:= a
b ∈Q(fraction irr´eductible). Alorsnx= 0⇔b|na, et AnnA(x) =bZ. Tous les ´el´ements sont donc de torsion et TorZ(E) =E; mais ils n’ont pas d’annulateur commun et AnnZ(E) est trivial.
Remarque. Si E est de torsion et de type fini et si A est int`egre, alors AnnA(E) n’est pas trivial. En effet, on ´ecrit E=Ax1+· · ·+Axn et il existe a1, . . . , an non nuls tels que aixi = 0 (1 6 i 6 n). On a alors a1· · ·an ∈ AnnA(E). L’exercice pr´ec´edent montre donc queQ/Zn’est pas unZ-module de type fini. (Voir ´egalement l’ exercice I.6.6 de la page 60.)
1.2 Applications lin´eaires
D ´efinition 3. Une application lin´eaire (ou encore A-lin´eaire) du A-module E dans le A-module F est un morphisme f du groupe additif (E,+) dans le groupe additif (F,+) tel que de plus :
∀a∈A , ∀x∈E , f(ax) =af(x).
On dit aussi quef est unmorphisme deA-modules. L’ensemble des morphismes du A- moduleE dans leA-moduleF est not´e HomA(E, F). Les ´el´ements de HomA(E, E), ensemble que l’on note EndA(E), sont appel´esendomorphismesdu A-moduleE.
Il revient au mˆeme d’exiger quef pr´eserve les combinaisons lin´eaires f(ax+by) =af(x)+bf(y). Plus g´en´eralement, on a alors :f(P
aixi) =P
aif(xi). Exemples.
1. SiAest un corps, on retrouve la notion d’application lin´eaire entre espaces vectoriels.
2. Si A = Z, les applications lin´eaires sont simplement les morphismes de groupes (ab´eliens par hypoth`ese).
3. Pour tout module E, l’identit´e IdE est un morphisme. Le compos´e des morphismes f : E → F et g : F → G est un morphisme g◦f : E → G. Si f : E → F est un morphisme bijectif, son inverse f−1 est un morphisme : on dit que c’est un isomorphisme(unautomorphismesiE =F).
4. L’application constante x7→0 est un morphisme, appel´emorphisme trivial. SiE ou F est le module trivial {0}, c’est le seul morphisme deE dansF.
5. Pour tout module E, les applications de la forme x 7→ ax, o`u a ∈A est fix´e, sont des endomorphismes de E.
6. Supposons que l’on ait une somme directe : E =E1⊕ · · · ⊕En. Comme dans le cas des espaces vectoriels, on lui associe des projectionspi, qui sont des endomorphismes idempotents deE tels que Impi =Ei, pipj = 0si i6=j et p1+· · ·+pn= IdE. R´eciproquement, si des endomorphismes idempotents v´erifient ces deux derni`eres
´equations, les Ei:= Impi ont pour somme directe E.
Proposition 2. Soit f : E → F un morphisme de A-modules. Soient E0 ⊂ E et F0 ⊂ F des sous-modules. Alors f(E0) est un sous-module de F et f−1(F0) est un sous-module de E. En particulier, l’image Imf est un sous-module de F et le noyau Kerf est un sous-module de E.
D´emonstration. C’est la mˆeme que dans le cas des espaces vectoriels.
Il est imm´ediat que HomA(E, F) est un sous-groupe du groupe de tous les morphismes de (E,+)dans(F,+). Si l’on d´efinitaf comme l’application lin´eairex7→af(x), on fait de HomA(E, F)unA-module. L’application(f, g)7→g◦f de HomA(E, F)×HomA(F, G) dans HomA(E, G) est A-bilin´eaire (c’est-`a-dire lin´eaire s´epar´ement en chaque argument) et v´erifie les propri´et´es habituelles (associativit´e, neutralit´e deIdE etIdF, etc). En particu- lier, EndA(E)est un anneau (en g´en´eral non commutatif). Le groupe de ses unit´es (´el´ements inversibles) est le groupe AutA(E) desautomorphismesdu A-module E (isomorphismes de E dans lui-mˆeme). Comme les homoth´etiesλa:x7→ax sont centrales dans EndA(E) (c’est la d´efinition mˆeme de la lin´earit´e), le morphisme a 7→ λa fait de EndA(E) une A-alg`ebre (ce terme a ´et´e d´efini page 5).
Matrices et applications lin´eaires.
Les applications lin´eaires de A dans F sont les applications de la forme a 7→ ax, o`u x ∈F est fix´e. Plus g´en´eralement, les applications lin´eaires de An dans F sont les appli- cations de la forme f(a1, . . . , an) =a1y1+· · ·+anyn, o`u y1, . . . , yn∈F. En fait, yi est l’image deei:= (0, . . . ,1, . . . ,0) = (δi,j)16j6n∈An.
Pour d´ecrire les applications lin´eaires de An dans Ap, il est d’usage d’´ecrire les ´el´ements
sous forme de colonnes,i.e.d’identifierAn `a Mn,1(A) etAp `aMp,1(A). Les applications lin´eaires ont alors la forme X 7→ M X, o`u M ∈ Mp,n(A). L’essentiel du calcul matriciel de cours de L1 s’applique tel quel. Par exemple, les modules HomA(An, F) et Fn sont isomorphes. De mˆeme, les modules HomA(An, Ap) et Mp,n(A) sont isomorphes, et les modules EndA(An) etMn(A) sont isomorphes.
Le cas des isomorphismes et des automorphismes m´erite un peu d’attention. SoientM ∈Mp,n(A) etN ∈Mn,p(A)deux matrices telles que M N =Ip etN M =In. SoitM un id´eal maxi-
mal arbitraire de A. Si l’on notek:=A/M le corps r´esiduel, en appliquant le morphisme A → k, on obtient des ´egalit´es M N = Ip et N M = In entre matrices sur le corps k.
On sait alors que l’on a n´ecessairement n=p.
Soit maintenantM ∈Mn(A)une matricecarr´eeadmettant un inverse `a droite :M N =In. La multiplicativit´e du d´eterminant (valable sur tout anneau) entraine que detM ∈ A∗, groupe des unit´es (´el´ements inversibles) de A. R´eciproquement, si detM ∈ A∗, alors (detM)−1tM˜ est l’inverse `a droite et `a gauche de M, et c’est donc son unique inverse.
Applications lin´eaires et familles
A toute famille` x:= (xi)i∈I∈EI, on associe un morphisme :
ϕx :A(I) →E, (ai)i∈I 7→P
i∈I
aixi. (6)
On obtient ainsi un isomorphismex 7→ϕx de EI sur HomA A(I), E
. Les propri´et´es du morphismeϕx traduisent des propri´et´es de la famille (xi)i∈I. On ´etend ainsi la terminolo- gie des espaces vectoriels.
Par exemple, pour que le morphisme ϕx soit surjectif, il faut, et il suffit, que(xi)i∈I soit une famille g´en´eratrice. On d´efinit alors le module des relationsentre les g´en´erateurs xi comme le noyau deϕx :
R:= Kerϕx={(ai)i∈I ∈A(I)|X
i∈I
aixi = 0}. (7)
Pour que le morphisme ϕx soit injectif, il faut, et il suffit, qu’il n’existe aucune relation lin´eaire non triviale entre lesxi :
∀(ai)i∈I ∈A(I) : X
i∈I
aixi = 0 =⇒ ∀i∈I , ai= 0.
On dit alors que la famille(xi)i∈I estlibre, ou que les xi sontlin´eairement ind´ependants.
Une famille (xi)i∈I qui n’est pas libre est diteli´ee, et les xi sont ditsli´esoulin´eairement d´ependants. Voici quelques exemples de difficult´es dans l’usage de ces notions pour les modules (en contraste avec les espaces vectoriels).
Exercice 5.
A quelle condition la famille` (x) est-elle li´ee ? Solution. Six est de torsion (mˆeme non nul).
Attention.Si les xi sont li´es, on ne peut en d´eduire que l’un est combinaison lin´eaire des autres. Par exemple, deux ´el´ements du A-module A sont toujours li´es : s’ils sont tous deux nuls, c’est ´evident, sinon on a la relation a.b+ (−b).a = 0; mais l’un n’est pas toujours multiple de l’autre.
Une famille libre maximale n’est pas n´ecessairement g´en´eratrice. Par exemple, la famille (x) du A-module A est libre maximale si, et seulement si, x ne divise pas 0, mais elle n’est g´en´eratrice que si x est inversible.
Une famille g´en´eratrice minimale n’est pas n´ecessairement libre. Par exemple, la famille (2,3)du Z-module Zest g´en´eratrice minimale (aucune de ses sous-familles strictes n’est g´en´eratrice) mais elle n’est pas libre.
On peut traduire en termes matriciels les notions de famille g´en´eratrice, de famille libre, dans le cas de familles finies. On utilise pour cela les notations introduites page 8.
Dire que X := (x1, . . . , xn) est g´en´eratrice, c’est dire que tout x ∈ E s’´ecrit XU, avec U ∈ Mn,1(A). Modulo l’identification de An avec Mn,1(A) (´ecriture en colonnes), on peut donc ´ecrire symboliquement : E=XAn.
Dire que X := (x1, . . . , xn) est libre, c’est dire que, pour tout M ∈ Mn,1(A), on a : XM = 0⇒ M = 0. Cela reste d’ailleurs vrai pour des matrices M ∈Mn,p(A), puisque les composants de XM sont alors les XU, o`u U est une colonne de M. Par exemple, XM =X est ´equivalent `a M =In.
Exercice 6.
Montrer que siX := (x1, . . . , xn) et Y := (y1, . . . , yp) sont libres et engendrent le mˆeme module, alors n=p.
Solution. D’apr`es ce qui pr´ec`ede, il y a des matrices M ∈ Mn,p(A) et N ∈ Mp,n(A) telles que Y =XM etX =YN. On a alorsM N =In etN M =Ip. Mais on a vu page 12 que ce n’est possible que si n=p.
1.2.1 Produits, sommes directes
Soit (Ei)i∈I une famille de A-modules. On sait munir le produit cart´esien Q
i∈I
Ei d’une structure de groupe. En posant :
a.(xi)i∈I := (a.xi)i∈I,
on en fait un A-module, appel´emodule produit. Chaque projection pj : (xi)i∈I 7→ xj est un morphisme surjectif de Q
i∈I
Ei sur le facteur Ej. On d´efinit de mˆeme une injection deEj dans le module produit en envoyantx sur l’´el´ement (xi)i∈I dont la composante d’indice j vautx et les autres sont nulles. Cette injection permet d’identifier Ej `a un sous-module de
Q
i∈I
Ei, ce que nous ferons donc. La somme des sous-modulesEj ⊂ Q
i∈I
Ei est form´ee des
´el´ements (xi)i∈I dont presque toutes les composantes (c’est-`a-dire toutes sauf un nombre fini) sont nulles. Ce sous-module est appel´esomme directe ext´erieuredesEi et not´e `
i∈I
Ei. Par exemple, si∀i∈I , Ei=A, alors Q
i∈I
Ei =AI et `
i∈I
Ei =A(I). Naturellement, si I est fini, `
i∈I
Ei= Q
i∈I
Ei.
Si lesEi sont des sous-modules d’un moduleE, on peut d´efinir un morphisme(xi)i∈I 7→P
i∈I
xi
de `
i∈I
Ei dans E. L’image de ce morphisme est la somme P
i∈I
Ei ⊂E. Pour que les sous- modules Ei soient en somme directe, il faut, et il suffit, que le morphisme ci-dessus soit injectif. Dans ce cas, on a un isomorphisme : `
i∈I
Ei ' L
i∈I
Ei. Pour cette raison, il est fr´equent de ne pas distinguer les deux notions et de noter indiff´eremment L
i∈I
Ei la somme directe ext´erieure des modules Ei (laquelle est toujours d´efinie) et la somme directe des sous-modules Ei ⊂E (c’est-`a-dire leur somme, sous r´eserve que ces sous-modules soient bien en somme directe). Plus g´en´eralement, si l’on a des morphismesfi :Ei →F, on peut d´efinir un morphismeP
fi :`
Ei →F par x7→ P
fi(x). En g´en´eral, ce morphisme de s’´etend pas `aQ
Ei.
Attention. En premi`ere approximation, il revient au mˆeme d’´ecrire E ' E1 ×E2 ou E = E1 ⊕E2. La seconde relation implique ´evidemment la premi`ere, mais elle est plus pr´ecise : elle signifie que l’on a fait un choix particulier de deux sous-modules suppl´ementaires l’un de l’autre E1, E2 ⊂ E. Nous verrons par exemple `a la section 3.2 qu’un mˆeme groupe admet les deux d´ecompositions : G ' Z/2Z×Z/6Z (facteurs in- variants) et G = G2 ⊕G3, avec G2 ' Z/2Z×Z/2Z et G3 ' Z/3Z (d´ecomposition primaire), mais la deuxi`eme relation concerne des sous-groupes bien identifi´es de G, alors que la premi`ere ne donne que des informations sur la structure (i.e.`a isomorphisme pr`es).
1.2.2 Quotients
Proposition et d ´efinition 3.Soit E0 ⊂E un sous-module. Il existe alors sur le groupe quotient E/E0 une unique structure de A-module telle que la projection canonique p : E → E/E0 soit A-lin´eaire. On dit alors que le module E/E0 est le (module) quotientde E par E0.
D´emonstration. La d´emonstration est en tous points similaire `a celle donn´ee pour les es- paces vectoriels. On pose bien entendu :
a.x:=a.x.
Sur un corps, on retrouve la notion d’espace vectoriel quotient, sur Z celle de groupe (ab´elien) quotient. SiAest un id´eal, le module quotient A/Aest le mˆeme que celui obtenu en consid´erant A/A comme une A-alg`ebre (page 5) ou comme un A-module annul´e par A (page 9). Si E =E1⊕E2, la restriction `a E2 de la projection E → E/E1 est un iso- morphisme. Si un sous-modules de E admet des suppl´ementaires, ceux-ci sont donc tous isomorphes entre eux.
La propri´et´e caract´eristique du quotient est la suivante : pour qu’un morphismef :E →F se factorise en f ◦p :E → E/E0 → F, il faut, et il suffit, que f(E0) = {0} ⊂ F. On dit que f passe au quotienten f : E/E0 → F. Plus g´en´eralement, si F0 ⊂ F est un sous-module tel quef(E0)⊂F0, alors f passe au quotient en f :E/E0 →F/F0.
Th ´eor `eme 4 (Premier th ´eor `eme d’isomorphisme pour les modules). Soit f : E → F un morphisme. L’isomorphisme de groupes E/Kerf ' Imf est alors un isomorphisme deA-modules.
D´emonstration. La d´emonstration est en tous points similaire `a celle donn´ee pour les es- paces vectoriels.
Corollaire 5 (Deuxi `eme th ´eor `eme d’isomorphisme pour les modules). Soient E00⊂E0 ⊂E des sous-modules. AlorsE0/E00 s’identifie `a un sous-module de E/E00 et le quotient est :
E/E00 E0/E00 ' E
E0·
Notons que l’on a ainsi une correspondance bijective entre les sous-modules E0 de E contenantE00 et les sous-modules E0/E00 de E/E00.
Corollaire 6 (Troisi `eme th ´eor `eme d’isomorphisme pour les modules). Soient E1, E2 ⊂E deux sous-modules de E. On a un isomorphisme naturel :
E1/(E1∩E2)'(E1+E2)/E2.
D´emonstration. A titre d’illustration de la m´ethode, qui est tout `a fait g´en´erale, prouvons` ce th´eor`eme. Le morphisme compos´eE1 →E1+E2 →(E1+E2)/E2 est surjectif, parce que (avec des notations ´evidentes)(e1+e2) (mod E2)est l’image dee1∈E1. Son noyau est E1∩E2. le th´eor`eme 4 de la page pr´ec´edente s’applique donc.
Exemples.
1. Si (xi) est une famille g´en´eratrice de E, le morphisme surjectif ϕx de la page 12 admet pour noyau le module des relations R, d’o`u un isomorphisme A(I)/R' E. Par cet isomorphisme, les applications lin´eairesE →F s’identifient aux applications lin´eaires de A(I) dans F qui passent au quotient par R, c’est-`a-dire qui s’annulent surR.
2. Un module de type fini est isomorphe `a un module de la forme An/R.
3. Un module monog`ene, c’est-`a-dire engendr´e par un seul ´el´ement x, est l’image de A par l’application lin´eaire a 7→ ax, dont le noyau est AnnA(x). On a donc un isomorphisme E ' A/AnnA(x). Les modules monog`enes sont donc exactement les modules qui sont, `a isomorphisme pr`es, de la forme A/A. Un tel module est de torsion si, et seulement si,A6={0}. Un module de torsion monog`ene est ditcyclique.
Exercice 7.
On dit qu’un module estsimples’il est non trivial et n’admet pour sous-modules que lui- mˆeme et{0}. `A quoi ressemble un tel module ?
Solution. Il est n´ecessairement monog`ene, donc de la forme A/A Ses sous-modules sont en bijection avec les id´eaux deA contenantA : ce dernier id´eal doit donc ˆetre maximal.
1.2.3 Modules sur K[X]
Nous allons illustrer le vocabulaire des modules sur un exemple important, celui de l’an- neau A :=K[X] des polynˆomes sur un corpsK. L’´etude sera consid´erablement enrichie
`a la section 3.3 en tenant compte de la principalit´e deA.
Soit E un K[X]-module. C’est, en particulier, un K-espace vectoriel, que l’on no- tera V pour distinguer les deux structures. (Dans la terminologie du paragraphe 1.3.2, on dira que V a ´et´e obtenu parrestriction de l’anneau des scalaires de A `a K, et l’on notera V = E[K].) Les ´el´ements de V et de E sont donc les mˆemes. L’application x 7→ X.x est K-lin´eaire, c’est donc un endomorphisme ϕ ∈ LK(V). De plus, pour tout polynˆome P ∈ K[X], et tout x ∈ V (ou x ∈ E, cela revient au mˆeme), on a P(ϕ)(x) = P(X).x = P.x : au membre droit, c’est la loi externe du K[X]-module qui intervient ; elle est donc enti`erement d´etermin´ee par ϕ.
R´eciproquement, soient V un K-espace vectoriel etϕ∈ LK(V)un endomorphisme de V. On peutposer:
∀P ∈K[X], ∀x∈V , P.x:=P(ϕ)(x). (8) Le lecteur consciencieux v´erifiera soigneusement que l’on d´efinit ainsi un K[X]-module, que nous noteronsVϕ. Nous allons d´etailler le« dictionnaire»entre la th´eorie des espaces vectoriels munis d’un endomorphisme ϕet la th´eorie des K[X]-modules.
Un sous-module de Vϕ est un sous–espace vectoriel qui est stable par multiplication par X (il est clair que cela entraine la stabilit´e par multiplication par tout P ∈ K[X]). C’est donc un sous–espace vectoriel stable parϕ.
Si ϕ ∈ LK(V) et ψ ∈ LK(W), un morphisme de K[X]-modules de Vϕ dans Wψ est une application lin´eaire f : V → W telle que de plus f(X.x) = X.f(x) (il est clair que cela entraine que f(P.x) = P.f(x) pour tout P ∈ K[X]). Or, par d´efinition, f(X.x) =f ϕ(x)
etX.f(x) =ψ f(x)
. UnK[X]-morphisme est donc une application lin´eaire quientrelace ϕet ψ :
f◦ϕ=ψ◦f. (9)
En particulier, un endomorphisme du K[X]-module Vϕ est un endomorphisme du K- espace vectorielV qui commute avec ϕ. On en tire la cons´equence suivante :
Proposition et d ´efinition 7.Soientϕ∈ LK(V) etψ∈ LK(W). Pour que lesK[X]- modules Vϕ et Wψ soient isomorphes, il faut, et il suffit, qu’il existe un isomorphisme f :V →W tel que ψ=f◦ϕ◦f−1. On dit alors queϕ etψ sontsemblables.
Lorsque V =W, on retrouve, bien entendu, la d´efinition usuelle.
Exercice 8.
Traduire cette notion matriciellement.
Solution. Soient B (resp. C) une base du K-espace vectoriel V (resp. W) et M (resp.
N) la matrice de ϕ (resp. ψ) dans cette base. Soit P la matrice de f relativement aux bases B et C. La condition ψ = f ◦ϕ◦f−1 ´equivaut alors `a l’´egalit´e : N = P M P−1 (formules de changement de base). Ainsi, ϕet ψ sont semblables si, et seulement si, leurs matrices dans des bases arbitraires le sont.
Th ´eor `eme 8.Soit ϕ∈ LK(V). Le K-espace vectoriel V est de dimension finie si, et seulement si, le K[X]-moduleVϕ est de torsion de type fini.
D´emonstration. Supposons que V est de dimension finie. Alors toute base de V est a fortioriun syst`eme g´en´erateur de Vϕ, qui est donc de type fini. (Argument : tout ´el´ement est combinaison lin´eaire des ´el´ements de la base avec des coefficients dans K donc dans K[X]). Par ailleurs, il existe un polynˆome annulateur P de ϕ. (Rappelons la raison : l’ap- plication lin´eaire P 7→ P(ϕ) de K[X] dans LK(V) ne peut ˆetre injective `a cause des dimensions.) On a donc : ∀x∈V , P.x=P(ϕ)(x) = 0,i.e. P ∈AnnK[X](Vϕ).
Supposons r´eciproquement queVϕest de torsion de type fini. Soientx1, . . . , xndes g´en´erateurs et P1, . . . , Pn non nuls tels que P1.x1 =· · · = Pn.xn = 0. Alors le morphisme surjectif K[X]n→Vϕ passe au quotient en un morphisme surjectif :
K[X]/<P1>× · · · ×K[X]/<Pn>→Vϕ.
Ce morphisme de K[X]-modules est en mˆeme temps une application lin´eaire surjective de K-espaces vectoriels, dont la source est un espace vectoriel de dimension finie P
degPi et dont le but est leK-espace vectoriel V, qui est donc de dimension finie.
Comme application, voici une preuve ´el´ementaire du th´eor`eme de Cayley-Hamilton. Soit ϕ∈ LK(V), o`uV est de dimension finie. SoitM = (ai,j)∈Mn(K)la matrice de ϕdans
la baseB:= (e1, . . . , en)duK-espace vectorielV. On noteM0 :=M−XIn= (a0i,j)∈Mn(K[X]).
Des ´egalit´es :
X.ej =ϕ(ej) =
n
X
i=1
ai,jei,
on tire les ´egalit´es Pn i=1
a0i,jei = 0dansVϕ, ce que l’on peut ´ecrire :BM0 = (0, . . . ,0)∈Vϕn.
D’apr`es la proposition 1 de la page 8, on en d´eduit que(detM0)Vϕ = 0. NotantχM := detM0 ∈K[X]
le polynˆome caract´eristique de M et ϕ, cela signifie queχM(ϕ) est l’endomorphisme nul de V. Les formules de Cramer constituent l’unique ingr´edient non trivial de cette preuve.
Modules cycliques. Sur un anneau quelconque A, les modules cycliques sont (`a iso- morphisme pr`es) les modules de la forme A/A, o`u A est un id´eal propre non nul. Sur
A:=K[X], ce sont donc les modules de la formeK[X]/<P >, o`uP :=Xn+a1Xn−1+· · ·an∈K[X]
avec n>1.
Notons x:=X (modP) et munissons leK-espace vectorielV :=K[X]/<P > de la base des ei := xi (0 6i6n−1). On a donc X.ei =xi+1 =ei+1 pour0 6i6n−2 et X.en−1 =xn =−a1xn−1− · · · −an =−ane0− · · · −a1en−1. L’endomorphisme ϕ qui d´efinit le moduleVϕ :=K[X]/<P > est donc cyclique (les ϕi(e0) pouri∈[[0, n−1]]
forment une base) et la matrice deϕdans la base(e0, . . . , en−1)est la matrice compagnon :
CP :=
0 0 . . . 0 −an 1 0 . . . 0 −an−1
... ... . .. ... ... 0 0 . . . 0 −a1 0 0 . . . 1 −a0
L’annulateur de Vϕ est l’id´eal <P >, et P est donc le polynˆome minimal de CP (exer- cice I.6.19 de la page 61). Comme deux modules isomorphes ont mˆeme annulateur, on voit queCP etCQ sont semblables si, et seulement si, P =Q.
1.3 Rudiments de fonctorialit´e 1.3.1 Suites exactes
Le langage des suites exactes est extrˆemement commode pour parler de sous-modules et de modules quotients.
D ´efinition 4.On dit que le diagramme de morphismes de A-modules : E0
f1
−→E1 f2
−→ · · ·f−→n−1 En−1 fn
−→En (10)
est une suite exacte si elle est «exacte en chaque Ei » (1 6 i 6 n − 1), i.e.
Imfi = Kerfi+1. Autrement dit,fi+1◦fi = 0 etfi+1(x) = 0⇒x∈Imfi.
Dans ce qui suit, nous noterons abusivement0le module trivial{0}. La suite0→E0 →f E est exacte si, et seulement si,Kerf = 0, c’est-`a-dire si, et seulement si, f est injective. De mˆeme, la suite E →g E00 → 0 est exacte si, et seulement si, Img =E00, c’est-`a-dire si, et seulement si, g est surjective.
Soit E1 ⊂E, et notonsE2 :=E/E1. On a alors une suite exacte :
0→E1 ,→E−→E2 →0. (11)
On appellesuite exacte courteune suite exacte de la forme :
0→E0 −→f E −→g E00→0. (12) On n’a pas besoin de pr´eciser les morphismes extrˆemes, car ils sont n´ecessairement triviaux.
L’exactitude enE0 dit quef est injectif. On peut donc identifierE0 `a son imageImf ⊂E. L’exactitude enE00 dit queg est surjectif. On peut donc identifierE00 `a E/Kerg. Comme Kerg = Imf, on obtient finalement un isomorphisme de E/E0 sur E00. La suite exacte (12) s’identifie donc `a la suite exacte (11).
On peut exprimer plus rigoureusement ces identifications comme suit. NotonsE1:= Imf = Kerg et E2 := E/E1. Notons u l’isomorphisme de E0 sur E1 (corestriction de f) et v l’isomor- phisme deE00surE2 (inverse de l’isomorphisme deE/Kerg surImg d´eduit du th´eor`eme 4 de la page 15). On a alors unisomorphisme de suites exactes, c’est-`a-dire un diagramme commutatif dans lequel les fl`eches verticales sont des isomorphismes :
0 −−−−→ E0 −−−−→f E −−−−→g E00 −−−−→ 0
y
yu
yIdE
yv
y 0 −−−−→ E1
−−−−→i E −−−−→p E2 −−−−→ 0
En un certain sens, toute suite exacte (10) est fabriqu´ee `a partir de suites exactes courtes.
posons en effetFi := Imfi= Kerfi+1 (pour 16i6n−1). On a alors des suites exactes courtes :
0→Fi,→Ei f−→i+1 Fi+1 →0
C’est encore vrai pour i := 0 si l’on pose F0 := Kerf1. R´eciproquement, si l’on a des suites exactes0→Fi →Ei →Fi+1 →0, les morphismes compos´esEi →Fi+1 →Ei+1
s’assemblent en une suite exacte (10).
Exemple. Si (xi)i∈I est une famille g´en´eratrice de E, de module des relations R (d´efini page 12), on a une suite exacte courte : 0 → R ,→ A(I) → E → 0. Soit (rj)j∈J une famille g´en´eratrice deR. Le morphisme surjectifA(J)→Rse traduit par une suite exacte : A(J) →R →0. En composantA(J)→R→A(I), on obtient finalement une suite exacte : A(J)−→A(I) −→E→0. (13) Cette suite s’appelle unepr´esentation deE. On dit aussi que l’on a d´ecritEparg´en´erateurs et relations.
Suites exactes scind´ees. Reprenant l’exemple 6 de la page 11, on voit que le sous-module E0 ⊂ E est facteur direct de E si, et seulement si, il est l’image d’un projecteur (i.e.
d’un endomorphisme idempotent) : un endomorphisme p de E d’image E0 et tel que pE0 = IdE0. Plus g´en´eralement, un morphisme injectif f : E0 → E identifie E0 `a un facteur direct E1 de E si, et seulement si, il admet uner´etraction, c’est-`a-dire un mor- phisme r:E →E0 tel que r◦f = IdE0. Dualement, un morphisme surjectif g:E →E00 se restreint en un isomorphisme d’un facteur direct E2 de E sur E00 si, et seulement si, il admet unesection, c’est-`a-dire un morphisme s:E00→E tel queg◦s= IdE00.
Nous dirons qu’une suite exacte courte (12) estscind´eesi l’une des propri´et´es ´equivalentes suivantes est v´erifi´ee : (i) Imf est facteur direct de E ; (ii) le morphisme f admet une r´etraction ; (iii) Le morphisme g admet une section. Il revient au mˆeme de dire que la suite (12) est isomorphe `a une suite exacte de la forme :
0→E1−→E1⊕E2 −→E2 →0. (14)
Exercice 9.
Etudier le cas de :´ 0→Z−→×n Z−→Z/nZ→0, o`un∈N∗.
Solution. Comme le morphisme x 7→ nx est injectif d’image nZ, qui est le noyau du morphisme surjectif Z→ Z/nZ, il s’agit d’une suite exacte courte. Elle n’est pas scind´ee car Zne contient aucun sous-groupe isomorphe `a Z/nZ.
1.3.2 Changement de l’anneau des scalaires
Une op´eration importante de l’alg`ebre commutative est lechangement d’anneau de base.
Restriction de l’anneau des scalaires. Si A⊂B est un sous-anneau, alors toutA-module peut ˆetre vu comme unA-module par simple restriction de la loi externe. Plus g´en´eralement, soit f :A → B un morphisme d’anneaux commutatifs. Pour tout B-moduleE, on peut d´efinir une loi externe A×E → E en posant a.x := f(a).x (cette derni`ere expression
´etant d´ej`a d´efinie). On fait ainsi de E un A module. Pour distinguer les deux structures sur E, on note parfois E[A] le A-module obtenu parrestriction de l’anneau des scalaires.
Ainsi, B lui-mˆeme peut ˆetre vu comme A-module (page 5). Le cas o`u B := A/A a ´et´e d´ecrit page 9. L’exemple de K→K[X]a ´et´e vu au paragraphe 1.2.3.
L’op´eration la plus importante est l’extension de l’anneau des scalaires. Pour tout mor- phisme d’anneaux commutatifs f : A → B, elle permet d’associer `a tout A-module E un B-module, not´e B⊗AE ou E(B). Nous ne d´ecrirons cette op´eration que dans des cas simples.
Attention.L’extension et la restriction des scalaires ne sont pas r´eciproques l’une de l’autre (exercice I.6.23 de la page 61).
Extension des scalaires deA `aA/A. SoitAun id´eal deAet notonsB :=A/A. Pour tout A-moduleE, leA-moduleE/AE est annul´e parA, donc on peut le consid´erer comme un B-module (page 9) : ceB-module est normalement not´eE(B). Notons le temporairement E.
Pour toute application lin´eaire f :E → F, il est clair que f(AE) ⊂AF. On a donc, par passage au quotient, un morphisme de B-modules : f :E → F. Les propri´et´es suivantes se v´erifient ais´ement : IdE = IdE ; et g◦f =g◦f. On dit que l’extension des scalaires de A `a A/A est un foncteur covariant. Cela implique logiquement que, si E 'F, alors E 'F.
Exercice 10.
D´emontrer que, siAn'Ap, alorsn=p.
Solution. On ´etend les scalaires deA `aK :=A/M, o`uMest un id´eal maximal de A. On en d´eduit queKn'Kp, et l’on applique la th´eorie de la dimension des espaces vectoriels.
(Voir ´egalement les exercices I.6.24 de la page 61 et I.6.25 de la page 62.)
Extension des scalaires de A `a S−1A. Soit S une partie multiplicative de A et soit B :=S−1A. Pour tout A-moduleE, on peut d´efinir une relation d’´equivalence surE×S en posant :
(x, s)∼(x0, s0)⇐⇒ ∃t∈S : t(sx0−s0x) = 0.
L’ensemble quotient est not´eS−1E et la classe de(x, s)dans S−1E est not´eex/s. Exac- tement comme dans lors de la construction de l’anneau des fractionsS−1A, on munitS−1E d’une structure de groupe en posant :(x/s) + (y/t) := (tx+sy)/(st). On en fait de plus un S−1A-module en posant :(a/s).(x/t) := (ax)/(st). C’est le module E(B) dans le cas o`u B :=S−1A. Notons le temporairement E˜.
Pour toute application lin´eaire f :E → F, l’application x/s 7→ f(x)/s est bien d´efinie, et c’est un morphisme de S−1E dans S−1F. Notons le temporairement f˜. On a les pro- pri´et´es : IdgE = IdE˜ ; etg]◦f = ˜g◦f˜. On dit que l’extension des scalaires de A `a S−1A est un foncteur covariant. Cela implique logiquement que, si E'F, alorsE˜ 'F˜.
Exercice 11.
A quelle condition a-t-on` S−1E= 0?
Solution. La condition n´ecessaire et suffisante est que l’annulateur de toutx∈Erencontre S.
La construction pr´ec´edente est particuli`erement utile lorsque A est un anneau int`egre et queS:=A\{0}. Dans ce cas,K :=S−1Aest le corps des fractions deAet leA-module E donne lieu `a un K-espace vectoriel E(K).
Proposition et d ´efinition 9.Le cardinal d’une famille libre maximale de E est ´egal `a la dimension du K-espace vectoriel E(K). On l’appellerangdu A-module Eet on le note rgE. Par convention, s’il existe des familles libres infinies, le rang est∞.
D´emonstration. On ´etablit d’abord que la famille (x1, . . . , xn)de E est libre si, et seule- ment si, la famille(x1/1, . . . , xn/1)de E(K) l’est (facile et laiss´e au lecteur). On remarque ensuite que toute famille libre finie de E(K) est, `a un facteur 1/spr`es, de cette forme.
Corollaire 10. Si E0 ⊂ E, alors rgE0 6 rgE. L’´egalit´e a lieu si, et seulement si, rg(E/E0) = 0, c’est-`a-dire si E/E0 est de torsion.
D´emonstration. On v´erifie sans peine que dans ce cas, E(K)0 → E(K) est injective, d’o`u l’in´egalit´e. La condition n´ecessaire et suffisante d’´egalit´e repose sur les consid´erations qui suivent.
La propri´et´e essentielle du foncteur d’extension des scalaires de A `a S−1A est qu’il est exact(exercice I.6.26 de la page 62). Autrement dit, dans notre cas, si0→E0→E →E00→0 est une suite exacte courte de A-modules, on obtient par extension des scalaires une suite exacte : 0→ E(K)0 → E(K) → E(K)00 → 0. On en d´eduit querg(E) = rg(E0) + rg(E00), ce qui renforce le corollaire pr´ec´edent.
On peut voir E(K) comme un A-module (restriction des scalaires !) et l’application x 7→ x/1 de E dans E(K) est A-lin´eaire. Son noyau est form´e des x tels que tx = 0 pour un t6= 0, d’o`u l’´egalit´e :
TorA(E) = Ker(E →E(K)).
D’apr`es l’exercice 11 de la page ci-contre, E est de torsion si, et seulement si, E(K) = 0.
Ainsi, la suite exacte courte 0 → TorA(E) → E → E/TorA(E) → 0 devient-elle, apr`es extension des scalaires, la suite exacte : 0 → 0 →E(K) → E/TorA(E)
(K)→ 0, autre- ment dit, l’isomorphisme E(K)' E/TorA(E)
(K).
1.3.3 Modules d’homomorphismes
Fixons le module sourceE. Pour tout morphisme u:F1 →F2, l’applicationf 7→u◦f est un morphisme de HomA(E, F1)dans HomA(E, F2). Notons temporairement HomA(E, u) ce morphisme. On a les r`egles suivantes : si u est l’identit´e de F, alors HomA(E, u) est l’identit´e de HomA(E, F); si l’on se donne u : F1 → F2 et v : F2 → F3, alors HomA(E, v◦u) =HomA(E, v)◦HomA(E, u). Ces propri´et´es se r´esument en disant que HomA(E,−) est unfoncteurqui transforme modules en modules et applications lin´eaires en applications lin´eaires. On en d´eduit facilement (par pure logique) que, siu est un isomor- phisme, alors HomA(E, u) est un isomorphisme. On voit ´egalement que, si u est injectif, alors HomA(E, u) est injectif (i.e. u◦f ⇒f = 0). Mais il est faux que la surjectivit´e soit pr´eserv´ee (exercice I.6.9 de la page 60).
Fixons maintenant le module cible F. Pour tout morphisme u : E1 → E2, l’applica- tion f 7→ f ◦u est un morphisme de HomA(E2, F) dans HomA(E1, F). Notons tem- porairement HomA(u, F) ce morphisme. On a les r`egles suivantes : si u est l’identit´e de E, alors HomA(u, F) est l’identit´e de HomA(E, F); si l’on se donne u : E1 → E2 et v :E2 →E3, alors HomA(v◦u, F) =HomA(u, F)◦HomA(v, F). Ces propri´et´es se r´esument en disant que HomA(−, F)est unfoncteur contravariantqui transforme modules en modules et applications lin´eaires en applications lin´eaires. Si u est un isomorphisme, alors HomA(u, F) est un isomorphisme. On voit ´egalement que, si u est surjectif, alors HomA(E, u) est injectif (i.e. f ◦u = 0 ⇒ f = 0). Mais il est faux que l’injectivit´e soit transform´ee en surjectivit´e (exercice I.6.9 de la page 60).
Morphismes et relations lin´eaires. Soit (xi)i∈I une famille g´en´eratrice de E. Dans ce cas, un morphisme f : E → F est uniquement d´etermin´e par les f(xi) ∈ F : si l’on connait les images yi := f(xi), on peut calculer, pour tout x := P
i∈I
aixi son image f(x) := P
i∈I
aiyi. Noter cependant que, les yi ´etant donn´es, l’existenced’un morphisme f tel que ∀i∈I , f(xi) =yi n’est pas garantie ; seule l’unicit´e est garantie. Cela peut se traduire en disant que le morphisme suivant est injectif :
(HomA(E, F)→FI, f 7→ f(xi)
,
Quelle condition doit-on imposer aux yi pour qu’il existe un tel morphisme f ? Soit R le module des relations entre les xi (d´efini page 12). Il est clair que pour toute relation P
i∈I
aixi = 0 entre les xi, c’est-`a-dire pour tout (ai)i∈I ∈ R, il estn´ecessaireque l’on ait