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Francois Colson, Yves Léon, Alain Blogowski
To cite this version:
Francois Colson, Yves Léon, Alain Blogowski. Les agriculteurs en difficulté en Espagne. [Rapport de recherche] INRA. 1992, 37 p. �hal-01937069�
Département d'Economie et de Sociologie Rurales Laboratoire de Nantes et Station de Rennes
Direction des Affaires Financières et Economiques Bureau de !'Evaluation
et de la Prospective
LES AGRICULTEURS EN DIFFICULTE
EN ESPAGNE
Alain BLOGOWSKI (D.A.F.E. / B.E.P.) Francois COLSON (I.N.R.A. / E.S.R. -NANTES)
Yves LEON (I.N .R.A. / E.S.R. - RENNES)
Le présent document constitue le rapport d'une étude financée par le Ministère de !'Agriculture et de la Forêt sur le chapitre budgétaire 51.12. (code 90.H4.02.02. Son contenu n'engage que la responsabilité de ses auteurs.
Le Ministère de l'agriculture et de la Forêt, souhaitant situer dans son contexte européen la question des difficultés financières rencontrées par les agriculteurs français, a confié à l'Institut National de la Recherche Agronomique une étude exploratoire visant à une analyse comparée du problème dans divers pays de la C.E.E. Une première convention exécutée en 1989 - 1990 a permis de faire le point sur la situation dans quatre pays du Nord de l'Europe: Danemark, Irlande, Pays-Bas, Royaume-Uni. L'extension de l'étude à d'autres pays européens : Allemagne fédérale et Esr.agne, et l'exploitation des données économiques et fmancières du Réseau d Information Comptable Européen fait l'objet de la présente convention (1).
L'étude est placée sous la responsabilité d'Yves LEON, Directeur de Recherche à l'Institut National de la Recherche Agronomique ; elle a été menée par une équipe comprenant également François COLSON (Laboratoire de Recherches et d'Etudes Economiques de l'I.N.R.A. à Nantes) et Alain BLOGOWSKI (Bureau de l'Evaluation et de la Prospective du Ministère de !'Agriculture et de la Forêt). L'équipe s'est assuré le concours de M. Claus SCHWARZMANN (Institut für Lândliche Strukturf orschung, Francfort) et de Mme Véronique VISSAC (Ingénieur-élève de l'E.N.G.R.E.F.)
(}) Voir BLOGOWSKI A, COLSON F., LEON Y. Les exploitations en difficulté dans la C.E.E. : Danemark, Irlande,
INTRODUCTION
LA PLACE DE L'AGRICULTURE DANS L'ECONOMIE LA DIMENSION DES EXPLOITATIONS
LES RESULTATS ECONOMIQUES
CAPITAL, ENDETTEMENT ET COUT DU CREDIT LES DIFFICULTES FINANCIERES
LES SOCIETES D'AVAL CONCLUSIONS
BIBLIOGRAPHIE ANNEXES
LISTE DES PERSONNES RENCONTREES LISTE DES SIGLES UTILISES
POUR EN SAVOIR PLUS
page 1 2 2
3
7 16 19 21 23 2427
33
35L'apparition, puis le développement des risques de défaillance auxquels sont confrontés les agriculteurs français ont conduit le Ministère de l'Agriculture et de la Forêt, en collaboration avec l'i. N .R.A., à engager une série d'études afin d'analyser plus précisément l'ampleur et la nature de ce phénomène . Parallèlement aux travaux menés à l'échelon national [ BLOGOWSKI et Al. - 1989 et 1990 ] , une comparaison des politiques suivies dans divers pays européens en faveur des agriculteurs en difficulté, du nombre d'exploitations concernées et des modalités de la prise en compte du problème a été entreprise dès 1989 [ BLOGOWSKI, COLSON, LEON, 1990 ].
Lors du premier travail aucun pays du sud de l'Europe n'avait fait l'objet d'une investigation détaillée. Outre les délais relativement courts impartis
à l'étude, ce choix reposait sur le fait que " ... d'une manière générale, les exploitations agricoles des pays du sud de l'Europe semblent plus concernées par des handicaps structurels que par des difficultés financières liées au processus de développement". Toutefois, nous précisions que cette analyse sommaire devait être tempérée par le fait qu'il existe une forte hétérogénéité au sein de ces agricultures et que les moyennes masquent certainement des situations très diverses.
Afin de mieux appréhender la situation financière de ces agriculteurs du sud de l'Europe, nous avons donc, au cours de l'année 1991, conduit une étude plus approfondie sur la péninsule ibérique. •
Le rapport préliminaire à ce travail a été rédigé par Véronique VISSAC-CHARLES, étudiante à l'E.N.G.R.E.F. Il a été réalisé à partir de données statistiques et d'entretiens conduits avec les acteurs sociaux et économiques qui travaillent sur le sujet.
La synthèse, présentée ci-après, ne prétend nullement à
l'exhaustivité. Elle permet toutefois de donner les résultats d'une première analyse générale, analyse pouvant - si nécessaire - être approfondie ultérieurement.
LA PLACE DEL' AGRICULTURE DANS L'ECONOMIE.
Comme dans tous les pays d'Europe occidentale la place occupée par l'agriculture espagnole dans l'économie s'est considérablement réduite au cours des dernières décennies. Alors qu'en 1960 le secteur agricole représentait plus de 4 emplois sur 10, cette proportion n'était plus que 30% en 1970 et de 20% en 1980. Toutefois, à l'heure actuelle, l'agriculture représente encore 14,4% de l'emploi civil total et participe pour 5,2% au Produit Intérieur Brut espagnol. Les exportations afro-alimentaires, en progression régulière, constituent plus du sixième du tota des exportations.
En dépit de son déclin, l'agriculture continue donc de jouer un rôle fondamental dans l'économie espagnole, tant pour sa participation à la création de richesses, que pour sa capacité à maintenir des emplois alors que près de 20% de la population souffre du chômage.
TABLEAU 1 : LA PLACE DEL' AGRICULTURE DANS L'ECONOMIE
Emploi agricole (en % du total)
Part de l'agriculture dans le P.I.B.(%) Production agricole (M.i.O. Ecus)
Solde du commerce extérieur agro-alimentaire (M.i.O. Ecus) Exportations agro-alimentaires en% du total (*) en 1984 {**) en 1987 1985 16,9 5,7(*} 19 380(*)
-13,5~ : CommiulOII du Communaurù Ewopùl,nu.
La •lluatlon tu l'a,riall,-dau la Comm...u.
Rappotl 1986 •t ,appotl 1989,
LA DIMENSION DES EXPLOITATIONS.
1988 14,4 5,2(**) 21 066(**) - 549 16,2
L'écart entre la contribution de l'agriculture à la richesse nationale (5,2%) et l'importance de la main-d'oeuvre employée (14,4%), résulte de la persistance d'un très grand nombre de petites unités peu productives. Sur les 1 800 000 exploitations agricoles recensées en 1985, selon les critères d'Eurostat, plus d'un million d'entre elles disposaient d'une S.A. U. inférieure à 5 hectares. Globalement, elles n'occupaient que 8% de la superficie cultivée. Inversement, 6% des exploitations exploitaient plus de 50 hectares et concentraient 55% de la
Une approche en termes de dimension économique (U.D.E.) accentue ce caractère dual de l'agriculture espagnole.
TABLEAU l : LADIMENSIONECONOMIQUEDESEXPLOITATIONS
DIMENSION (U.D.E). * Nb. D'EXPLOITATIONS
"
Moinsde 2 1207 000 67,4% 2à4 211000 11,8% 4à8 181 000 10,8% 8 à 16 181 000 6,9% 16à40 60000 3,3% Plus de 40 9000 0,5%TOTAL 1 792 000 exploitations 100%
~ : RICA -Ruvllaù 1986/1987
Ainsi pour deux tiers des exploitations la marge "potentielle" dont elles disposent est inférieure à 2 200 Ecus, soit 15 000 francs français, par an. Cette limite, de 2 U. D. E. , étant fréquemment considérée dans la péninsule ibérique comme le seuil au-dessous duquel une exploitation agricole est économiquement "non viable", il ne subsiste donc que 600 000 unités "potentiellement viables" ou réputées "professionnelles". En conséquence, seules ces dernières constituent l'univers observé par les économistes et les statisticiens à travers le Réseau d'information Comptable Agricole. En dépit de cette restriction du champ d'observation, on constate que 2/3 de ces exploitations dites "économiquement viables" sont d'une dimension économique inférieure à 8 U.D.E. (c'est à dire susceptibles de dégager plus de 60 000 francs français de marge brute).
LES RESULTATS ECONOMIQUES.
En raison de la faible dimension économique des exploitations "professionnelles" espagnoles la valeur ajoutée nette dégagée par travailleur est une des plus faibles de la C.E.E. Par rapport à la moyenne européenne (hors Portugal), l'Espagne se trouvait (en 1987) à l'indice 70 (contre 55 pour la Grèce, mais 76 pour l'Irlande et 80 pour l'Italie).
(•) 1 U.D.E. (Unité de Dimension Economique) correspond à 1 100 Ecus de M.B.S. (Marque Brute Standard). 1 Ecu équivaut à 7 francs français.
BELGIQUE DANEMARK ALLEMAGNE GRECE ESPAGNE FRANCE IRLANDE ITALIE LUXEMBOURG PAYS-BAS ROYAUME-UNI TABLEAU 3: VALEURAJ0UTEENETTEPARPAYS (EUR. 11 = Indice 100) VANE/UTA VANE/UTA (1) (2) 229 204 205 204 103 116 63 55 87 70 124 117 60 76 75 80 137 143 247 242 147 152 EUROPE 11 100 100
(1) Indice de la valeur ajoutée nette au prix du marché (Ecus) par unité de travail année.Source: Eurostat, comptes économiques agricoles, moyenne 1983 - 1987.
(2) Indice de la valeur ajoutée nette d'exploitation par unité de travail année (Y ANE/UT A en Ecus) dans les exploitations professionnelles. Source: RICA, 1986/87.
L'évolution constatée au cours des dernières années laisse toutefois apparaître une amélioration continue et très rapide des performances de l'agriculture espagnole, contrairement aux résultats enregistrés par les agriculteurs italiens, par exemple.
GRAPHIQUE 1
VALEUR A.JOUTEE (1) PAR PERSONNE OCCUPEE (2) DE LA BRANCHE "AGRICULTURE" "1980" (3) = 100 1'0 uo uo Belgique/België 120 120 100 100 100 Danmark 80 80 78 80 82 8-< 86 88 78 80 82 8-< 86 88 80 82 8-< 86 88 1'0 140 : : r · " " _ e . - ···~ Ellâda Espaiia 120 1 no
'"'FC7
10011~~
80 1J
1 80 . 1a ao a2 8• 86 88 18 80 Z2 8• 86 as 78 80 82..
86 sa 1'0 1<0 1~ ltalia 120 100 100 lreland Luxembourg 80 20 80 78 !,) 82 8> ê6 ad 78 80 " 8• 86 88 7S 80 82 8A 86 28 140 1~0 140 United Kingdom 120 1W 100 100 100 Nederland 80 80 80 78 80 82 8-l 86 88 78 80 E2 8-< 86 88 78 80 82 8-< 86 saSource: Eurostat - Indice de revenu sectoriel. EU R 12 sans le Portugal.
( 1) Au coût des facteurs en termes réels (déflatés par l'indice implicite du PIB). ( 2) Mesurée en unités de travail.
( 3 ) « 1980 » = moyenne 1979, 1980, 1981.
L'analyse détaillée des résultats techniq11es et économiques des
exploitations qui constituent l'échantillon du R.I.C.A. (Cf. Tableau 4), permet d'isoler les différents éléments qui concourent à l'obtention de ce revenu par travailleur relativement modeste.
En premier lieu, on remarque que, si la dimension physique des exploitations espagnoles est comparable à celle de leurs homologues d'autres pays(30 ha en Espagne; 33 au Danemark; 35 en Irlande ; 39 en France; ... ), la production y est nettement plus faible : 650 Ecus/ha contre 800 en Irlande, 1 500 en France et 2 500 au Danemark) [ BLOGOWSKI, COLSON, LEON - 1991 ].
Cette faible productivité du sol est, en moyenne, indépendante de la dimension économique. Ainsi, le produit brut par hectare s'élève à 680 Ecus pour les exploitations les plus petites (2 à 4 U.D.E.); 760 pour les moyennes (8 à 16 U.D.E.) et 700 pour les plus grandes (plus de 100 U.D.E.).
TABLEAU 4 : RESULTATS ECONOMIQUES SELON LA DIMENSION DES EXPLOITATIONS
u. o.(. ENSEMBLE 2 a 4 4 a 8 B a 16 16 a 40 40 a 100 100 et+
Nombre d'exploitations 585 160 210 BOO 180 790 124 270 59 810 B 660 830 (soit en l ) 100, 0 36,0 30,9 21. 2 10, 2 è l, 5 0,2 S.A. U. Chal 30. 1 11.7 21. 0 33, 1 77,9 268.9 341. 6 U. T.A. l.29 0,80 1.20 l. 48 2,29 4, 59 6.48 U.T.A.F. 0.87 o. 65 0,86 1.11 l. 21 o. 85 0,64 u. o.(. 9,4 3,0 6,3 12,2 25. 5 63,3 188, 9 Production totale 19 700 7 910 13 950 25 190 52 330 101 970 237 600 Capi tol 78 300 47 070 64 340 94 230 160 370 319 720 247 BOO Endettement 1 080 360 570 l 100 3 050 9 540 57 880 Revenu
.
6 750 3 070 5 180 9 250 17 370 18 530 20 440 Production / ha 650 680 660 760 670 380 700 Capital / Production 4, 0 6, 0 4,6 3,7 3,1 3, l 1.0 Revenu / Copi to 1 Cl) 8. 6 6.5 8,1 9,8 10,8 5,8 8,2 Endettement / Capital ( l ) l. 4 0.8 o. 9 1.2 1.9 3,0 23.4• Revenu de !'Exploitant et de sa Famille (R.E.F.).
Sowu: R. l.C.A. -Rbulrau uonomlquu du uplolta1/onzavicolu N" S -1986/87.
La faiblesse des charges ne suffit pas à compenser l'insuffisance de production et le revenu de l'exploitant et de sa famille s'établit, en moyenne, à 6 750 Ecus (soit environ 50 000 F.F.).
Au delà de cette moyenne, il importe de noter que pour 40% des exploitants "professionnels" ce revenu est inférieur à 4 000 Ecus par travailleur familial et que pour la moitié d'entre eux il est même négatif [ RICA - Résultats
Parmi les 1 800 000 exploitants recensés sur le territoire espagnol, moins de 20% d'entre eux disposent donc d'un revenu agricole par travailleur supérieur à 4 000 Ecus, soit 28 000 francs.
CAPITAL, ENDETTEMENT ET COUT DU CREDIT.
Nettement moins productifs que les agriculteurs d'Europe du Nord, les exploitants espagnols mobilisent également un capital beaucoup plus faible. Ce dernier est deux fois moindre que celui dont disposent les agriculteurs français et irlandais et près de 6 fois moins élevé qu'au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas. Il reste néanmoins nécessaire de mobiliser 4 francs de capital pour dégager un franc de chiffre d'affaires en Espagne, contre 3 en France, au Danemark et aux Pays-Bas, 3,8 au Royaume-Uni et 6 en Irlande.
Cette forte intensité capitalistique s'explique essentiellement par la très faible productivité du sol constatée précédemment. Elle s'est trouvé accentuée, au cours des dernières années, par la progression nettement plus rapide du capital que de la production finale. En cinq ans (de 1983 à 1988) la valeur totale du capital agricole à augmenté de 70% ( en monnaie courante) pour l'ensemble des exploitations espagnoles, contre seulement 50% pour la production finale.
TABLEAU S : LE CAPITAL AGRICOLE (en milliards de pesetas courantes)(*) de 1983 à 1988
ANNEE CAPITAL TOTAL INDICE
1983 17 703 100 1984 19276 108,9 1985 21678 122,5 1986 24062 135,9 1987 29962 169,2 1988 30 169 170,4 Sovru: B.C.A. • Mhnoria 1988 (•) 100 pesetas = 5, 5 francs.
L'ampleur de cette variation s'explique, en grande partie, par l'importance du capital foncier dans l'actif total et par l'augmentation continue du prix des terres agricoles. En effet, au cours de la période étudiée, la
croissance du capital d'exploitation ne contribue que pour 20% à la hausse de
l'actif total.
En Espagne, les terres qui représentent 75% du bilan des exploitations agricoles, continuent de voir leur valeur augmenter tout au long de
la décennie, contrairement à la situation rencontrée dans la majorité des autres
pays occidentaux.
TABLEAU 6: VALEURDESTERRES-COMPARAISONENTREETATS-MEMBRESDE LA C.E.E.
PRIX DES TERRES (ECUS/HA) PRODUCTION FINALE P.A.F. (ECUS/HA) PRIX 1987/1980 DESTERRES 1980 1987 ("') ('li) Espagne 2 510 4116 +64 777 19 Allemagne 15 167 14 611 -4 9160 54 Belgique 10 620 8954 - 16 3 829 43 Danemark 5300 6484 +22 2215 34 France 3291 2 794 - 15 1 345 48 Pays-Bas 12 709 16070 +26 6863 43 Royaume-Uru 4850 4270 - 12 905 21 Souru: NAREDO J.M. (1990)
TABLEAU 7 : EVOLUTION DU PRIX DE LA TERRE (Indice 100 en 1983) ANNEE INDICE 1983 100 1984 109,2 1985 121,5 1986 136,2 1987 154,3 1988 173,0 1989 184,0 VALEUR MOYENNE EN 1989 (PESETAS) 626000 (FRANCS) 35000 Souru: U.P.A. (1990).
A l'heure actuelle, l'Espagne est donc, avec le Royaume-Uni, le pays où le rapport entre le prix des terres agricoles et la valeur de la production dégagée est le plus élevé.
Cette situation s'explique : d'une part, par l'importance des achats
réalisés par des étrangers à des fins touristico-résidentielles (essentiellement dans
les zones littorales ou dans des exploitations de grande dimension) ; et d'autre part, par le fait que la majeure partie des capitaux espagnols qui se dirigent vers
l'agriculture, cherchent plus à s'assurer des plus-values dérivées de la
revalorisation de la terre que des revenus issus de son exploitation. Le marché de
la terre en Espagne n'est donc pas celui d'un facteur de production [Vissac
-1991).
Le capital d'exploitation, en dépit de sa modeste contribution au patrimoine total des agriculteurs, progresse également très sensiblement au cours des deux dernières décennies. Les investissements qui n'absorbaient que
10% de la valeur ajoutée au début des années 70 et 20% à la fin, en représentent
TABLEAU 8 : PRODUCTION, REVENU, INVESTISSEMENTS ET PRELEVEMENTS PRIVES
(MILLIARDS DE PESETAS COURANTES)
ANNEE PltODUCTION VANE ltEVENU FBCF Pit.ELEVEMENTS .!!!Q:
FINAU: PIUVES VANE(")
1964 233 230,8 142 8 100,0 3,S 1970 346 237,9 181 22 215,0 9,2 1975 723 493,1 397 103 316,0 211,9 1980 1504 933,7 741 186 STI,1 19,9 1981 1583 903,3 699 203 721,4 22,S 1982 1876 1062,8 840 TI0 n4,9 25,4 1983 2141 1202,5 956 290 650,2 24,1 1984 2518 1420,3 1179 347 940,1 24,4 1985 2684 1484,7 1207 478 1351,2 32,2 1986 T142 1490,S 1193 374 1361,9 25,1 1987 2952 1658,9 1395 409 1481,6 24,7 1988 3174 1856,3 1571 435 1671,7 23,4
St1Ut'U: Ban,:o ~ Crul/10 Apkola -Manorla 1988.
Cet effort d'équipement soutenu conjugué à une progression constante des prélèvements privés effectués par les agriculteurs et leurs familles, crée un besoin de financement en hausse sensible depuis quelques années.
L'examen des résultats rassemblés dans le tableau ci-dessus révèle qu'au cours de la dernière décennie, les prélèvements croissent nettement plus rapidement que le revenu issu de l'activité agricole. Depuis 1985, on enregistre même un solde (revenu moins prélèvements), fortement négatif. La capacité d'autofinancement est donc négative de :
0 144 milliards de pesetas en 1985, 0 167 milliards de pesetas en 1986, 0 87 milliards de pesetas en 1987 et 0 100 milliards de pesetas en 1988.
Ce déficit de trésorerie, accentué par des dépenses d'investissements également en forte hausse, conduit donc les exploitants à
accroître leur endettement tant auprès de leurs proches que des organismes financiers. Cette première source de financement, bien que fréquemment relevée par les économistes qui étudient l'agriculture des pays méditerranéens, reste le plus souvent impossible à estimer. Dans le cadre de cette étude, ayant nous-mêmes été confrontés à cet obstacle, les résultats présentés ci-après ne portent donc que sur l'encours" officiel".
Il y a vingt ans, l'endettement du secteur agricole s'élevait à 147 milliards de pesetas, soit environ 60% de la valeur ajoutée nette totale et les intérêts payés (9 milliards de pesetas) absorbaient moins de 4% de la V.A.N.E. Dix ans plus tard, le ratio Encours/V.A.N.E. reste inchangé (61 %) mais le poids des charges financières a été multiplié par deux. A l'heure actuelle, l'endettement total du secteur représente près de 80% de la valeur ajoutée et les frais fmanciers plus de 10% de la V.A.N .E.
Schématiquement, deux périodes se succèdent : 0
Entre 1970 et 1980 l'endettement agricole croît parallèlement à la valeur ajoutée nette ; la valeur de chacun de ces deux postes est multipliée par 4 en dix ans.
L'augmentation de la pression fmancière résulte donc du doublement des taux du crédit (de 6% en début de période à plus de 12% en fm).
0
Entre 1980 et 1988 le taux apparent de l'encours ne progresse pratiquement plus (de 12 à 13% environ), mais les financements extérieurs augmentent beaucoup plus rapidement que la valeur ajoutée (respectivement +146% et +98%).
ANNEi!. 1966 1970 1975 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989
TABLEAU 9 : EVOLUTION DE L'ENDETTEMENT DU SECTEUR AGRICOLE
[EN MILLIARDS DE PESETAS COURANTES]
INTERETS TAUX APPARENT INTERETS
ENCOUltS PAYES DU CREDIT("-) VANI!.
V.A.N.I!..("-) 75,0 3,5 4,7 219,1 1,6 146,6 9,1 6,2 237,9 3,8 296,1 22, 1 7,5 493,1 4,5 571,1 69,9 12,2 933,7 7,5 679,6 88,0 12,9 903,3 9,7 819,0 100,9 12,3 1062, 1 9,5 931,4 118,2 12,7 1202,3 9,8 967,2 128,9 13,3 1420,3 9, 1 1056,4 138,7 13,1 1484,7 9,3 1156,0 146,2 12,6 1490,5 9,8 1287,8 168,8 13, 1 1658,9 10,2 1402,6 186,6 13,3 1856,3 10, 1 1551, 1
Sourcu : AmMJrlo de uladbtka a,riulD • MAPA 1990
ASAJA : Documento 90.
B-,, ti,, Crodiro Aplulo • Mcmorla 1988
l!.NCOUltS --<"-> V.A.N.E. 0,34 0,62 0,60 0,61 0,15 0,77 0,77 0,68 0,71 0,78 0,78 0,76
Depuis le début des années 80, la Valeur Ajoutée Nette progresse au même rythme que les frais fmanciers et le montant des dettes s'accroît parallèlement à la valeur du capital total (Cf. tableau 10). En conséquence, le taux d'endettement reste constant, aux environs de 5%, et la pression fmancière stabilisée entre 9% et 10%.
Globalement, la situation financière de l'agriculture espagnole reste donc satisfaisante, bien que des risques de rupture existent (fin de la spéculation sur le prix des terres agricoles, chute des revenus en liaison avec celle des prix garantis, ... ).
TABLEAU 10: CAPITALETFINANCEMENTDUSECTEURAGRICOLE (Milliards de pesetas courantes)
ANNEE 1983 1984 1985 1986 1987 1988
CAPITAL TOTAL ENCOURS ENCOURS/ CAPITAL
17 703 931 19 276 967 21678 1056 24062 1156 29962 1288 30169 1403
Sowus: Baneotû CrulltoA~ola-Mmiorla 1988
Am,arlotû utadWkaa,rlcola 1987 - MAPA 1990 ASAJA : Docununto 90. (%) 5,3 5,0 4,9 4,8 4,3 4,7
L'analyse des résultats du R.I.C.A. (pour l'exercice 1986/1987)
confirme, pour toutes les catégories étudiées, le très faible degré d'endettement de l'agriculture espagnole. Les exploitations qui dégagent les meilleurs revenus (plus de 27 000 Ecus par travailleur familial), ou celles qui disposent des surfaces les plus importantes, n'apparaissent pas plus endettées que la moyenne.
En termes d'orientation technico-économique, on constate que l'élevage hors-sol et la production de viande bovine nécessitent un recours plus
important aux capitaux extérieurs. Toutefois, le nombre d'exploitations
concernées est faible et leur taux d'endettement reste très modeste,
PAYS*
TAUX
D'ENDE'JTEMENT
PAYS
TAUX
TABLEAU 11 : L'ENDETTEMENT DES EXPLOITATIONS
"PROFESSIONNELLES" EUROPEENNES en 1986 / 1987
[Dettes totales/ Capital Total(%)]
ESPAGNE ITALIE GRECE PORTUGAL
1,4 1,5 4,5 3,9
BEL DAN DEU FRA LUX NED UKI
D'ENDETTEMENT 25,9 44,3 23,0 29,2 17,0 33,4 13,5
Souru: R.I. C.A.
IRLANDE
5,9
TABLEAU 12 : L'ENDETTEMENTDESAGRICULTEURSESPAGNOLS
REVENU PAR 1ère 2èQ. 3èQ. 4èQ. SèQ.
TRAVAILLEUR QUANTILE TAUX ENDETTEMENT 1,4 1,0 1,2 1,4 1,6 S.A.U. (HA) <5 5 • 10 10-20 20- 30 30- 50 > 50 TAUX 1,1 1, 1 0,7 1,0 1,1 1, 7 ENDETTEMENT Sowu: R. I. C.A.
• Le champ d'observation du R.l. C.A. Européen varie selon les pays. Ainsi, la dimension économique minimale des exploitations "professionnelles•, appréhéndée en terme de marge brute standard, s'étage de 1 UDE (soit 7 700 francs) au
Portugal à 16 au Pays-Bas. Elle est de :Z UDE en Grèce, Espagne, Italie et Irlande, 4 au Danemark, 8 en France, au Royaume-Uni et en Allemagne.
TABLEAU 12 (suite)
U.D.E. 2à4 4à8 8- 16 16-40 40- 100 > 100
TAUX
ENDETTEMENT 0,8 0,9 1,2 1,9 3,0 23,4
O.T.E.X. CEREALES HORTICULTURE VIANDE HORS.SOL OVINS
BOVINE CAPRINS
TAUX
ENDET- 1,8 3,S S,l 8,0 1,4
MENT
Sovru: R. I. C.A.
La modicité des capitaux empruntés, en valeur relative comme en valeur absolue, est également observable chez les jeunes agriculteurs. Le taux d'endettement de ces derniers est pratiquement identique à celui de leurs ainés : 1,6% pour les exploitants âgés de moins de 30 ans; 2,6% pour la classe 31-40 ans et 1,6% pour ceux dont l'âge est compris entre 40 et 50 ans.
Ce phénomène s'explique par la faiblesse des investissements réalisés et par l'importance des aides directes en capital. Ainsi, au cours de la période mai 1989 - avril 1990 3 768 jeunes agriculteurs ont pu bénéficier d'une aide à l'installation d'un montant moyen de l, l million de pesetas ( 62 000 F. F.).
La valeur des investissements subventionnés s'élevant, en moyenne, à 2,6 millions de pesetas, les aides en capital représentent donc près de la moitié du montant des investissements réalisés. Pour moins d'un tiers de ces jeunes, un prêt d'intallation à taux bonifié est venu en complément des aides directes.
Les plans d'amélioration réalisés par les jeunes agriculteurs au cours de la même période, présentent des caractéristiques identiques : investissements relativement modestes (230 000 F. F. par exploitation) ; aides en capital importantes (120 000 F.F. en moyenne) et faible nombre de prêts bonifiés réalisés en complément des aides directes (moins de 20% des dossiers).
TABLEAU 13: AIDESAL'INSTALLATIONET ALAMODERNISATION DES JEUNES AGRICULTEURS
(Mai 1989 -Avril 1990)
AIDESA L'INSTALLATION PLAN D'AMEUOllATION
DES JEUNES AGIUCULTEUllS DES JEUNES AGIUCULTEUllS
NOMBRE 3 768 594S
INVESTISSEMENT MOYEN
PAR EXPLOITATION (F .F .) 14S 000 230000
NOMBRE DE PRETS
OCTROYES 11S7 1083
MONTANT MOYEN DES
PRETS OCTROYES (F .F .) 160000 285000
SUBVENTION MOYENNE
PAR EXPLOITATION (f .F .) 62000 120000
Souru: M.A.P.A. (1990) "Prog-rammaparalaJUH111ud".
Le recours aux financements extérieurs reste donc exceptionnel, y compris pour les catégories les plus dynamiques et les plus modernisées. Plusieurs explications sont fréquemment avancées pour rendre compte de ce comportement :
0 Les difficultés d'accès au crédit.
Ainsi les professionnels espagnols déplorent-ils que les·prêts bonifiés soit difficiles ("trop d'exigences bureaucratiques") et longs (intervalle de 9 mois entre la demande et l'octroi) à obtenir. Par ailleurs, le
problème des garanties réclamées aux agriculteurs semble souvent
insurmontable. Les organismes prêteurs exigent en effet, fréquemment, que celles-ci couvrent entre 6 et 10 fois le montant du prêt octroyé [Vissac - 1991]. 0
Les connotations sociales négatives. De nombreux travaux réalisés sur
l'endettement agricole dans divers pays de l'Europe du Sud mentionnent une "aversion" pour le crédit dans les sociétés agraires traditionnelles [Cavailhés
-1991] [ Vissac - -1991]. Dans ces pays l'emprunt est le recours du pauvre, pas celui
de l'entrepreneur.
0 Le coût du crédit et l'effet de levier.
Si le taux de rentabilité des investissements
est supérieur au coût du crédit, l'endettement permet à l'agriculteur d'accroître
ses revenus et donc de s'enrichir. Dans le cas contraire, l'effet est négatif et
l'endettement peut être à l'origine de difficultés financières aigües. En moyenne,
les agriculteurs espagnols obtiennent une rentabilité des capitaux investis nettement plus élevée que leurs homologues du Nord de l'Europe mais celle-ci reste toutefois, inférieure au coût du crédit. Pour les jeunes agriculteurs qui bénéficient d'une bonification de 5 points pendant 15 ans, les deux indicateurs
(taux de rentabilité et coût du crédit) sont pratiquement égaux. Toutefois,
compte tenu des fortes incertitudes. qui pèsent sur l'avenir de la P .A. C. le
recours à l'endettement reste pour ces derniers un facteur de risque non
LES
DIFFICULTES FINANCIERES.
L'ensemble des données statistiques précédemment rassemblées,
conduit à un diagnostic globalement positif sur la situation financière de
l'agriculture espagnole. Celui-ci est renforcé par l'appréciation faite par les
professionnels espagnols eux-mêmes qui estiment que les principales difficultés rencontrées par les exploitants sont liées aux prix, aux marchés, aux structures,
mais pas au surendettement [Vissac - 1991).
espagnole.
Il n'y aurait donc pas de difficultés financières dans l'agriculture Un examen détaillé des statistiques publiées annuellement par la
Banco de Credito Agricola (B.C.A.), amène cependant à s'interroger sur cette
affirmation.
En effet, on remarque que, parmi l'ensemble des résultats relatifs à
l'activité de cette banque, figurent quelques tableaux portant sur les "DEUDORES" et les "MOROSOS", c'est à dire les incidents de paiement et les règlements judiciaires.
Le nombre de prêts, ou d'agriculteurs, concernés par ces deux situations n'est pas connu. Les seuls résultats publiés portent sur le montant du
capital et des intérêts non remboursés à la date d'exigibilité (Cf. tableau 14).
Fin 1985, les sommes dues (intérêts + capital) s'élevaient à 8704
millions de pesetas (5608 pour les retards "simples" et 3096 pour les règlements
judiciaires), ce qui est donc loin d'être négligeable.
TABLEAU 14 : INCIDENTS DE PAIEMENT A LA BANCO DE CREDITO AGRICOLA
(Millions de pesetas courantes)
INCIDENTS DE REGLEMENTS N+l/N
PAIEMENT JUDICIAIRES TOTAL (") TOTAL DU/ ENCOURS
1985 5608 3096 8704 - 3,7 1986 6 159 4200 10 358 + 19 3,9 1987 8937 5 983 14920 +44 5,3 1988 9 951 7672 17 623 + 18 6, 1 1989 14 176 8997 23173 + 31 7,8 (•) (") Enimali"" StnuU: B.C.A. Mtmorla 198$ à 1989
Fin 1989, les impayés s'élèvent à plus de 23 milliards de pesetas, soit un quasi triplement en 4 ans.
Cette somme représentait 3, 7% de l'encours agricole de la B.C.A. fin 1985; 5,3% fin 1987 et - environ - 8% à l'heure actuelle.
A titre de comparaison, rappelons qu'en France les exploitants en incident de paiement auprès du Crédit Agricole (40 000 environ), sont redevables de 5 milliards de francs auprès de cet organisme, soit 3% de l'encours.
Le montant des annuités impayées représenterait donc une part de l'encours deux fois plus importante en Espagne qu'en France(*).
En l'absence de données sur les impayés auprès de l'ensemble des organismes financiers espagnols (voir ci-après), il s'avère impossible d'estimer le montant total des annuités non remboursées par les agriculteurs. La comparaison effectuée ci-dessous, porte sur deux banques dont l'importance dans le financement des agricultures nationales est sans commune mesure. En effet, si l'on peut estimer que le crédit agricole fournit près de 90% de l'endettement bancaire sollicité par les agriculteurs français [Crédit Agricole -1990], la Banco de Crédita Agricola ne détient que 20 à 25% de l'encours agricole des exploitants de la péninsule ibérique (Cf. Tableau A en annexe).
Outre une évolution très rapide du montant des impayés, on assiste à un accroissement très sensible du nombre de dossiers soumis à règlement judiciaire.
Enfin, les données du tableau 15 permettent de constater que la moitié des sommes dues l'est depuis plus d'un an, ce qui - d'après les travaux réalisés sur l'agriculture française - correspondrait à des situations fmancières très dégradées.
TABLEAU 15 : STRUCTURE DES INCIDENTS DE PAIEMENT ALA D.C.A. EN 1988 DUREE MONTANT % MOINS D'UN MOIS 3 136 17,8 1 A3 MOIS 2063 11,7 3A6MOIS 1379 7,8 6MOISA1 AN 2283 13,0 1A2ANS 5 503 31,2 PLUSDE2ANS 3 259 18,5 TOTAL 17 623 100 Souru: B. C.A. Memoria 1988.
L'absence de données sur le nombre de prêts en retard et sur les caractéristiques structurelles et économiques des exploitations concernées, ne permet pas de se prononcer sur la nature des difficultés rencontrées. S'agit-il,
comme le plus souvent en Europe du Nord, de difficultés financières liées à un
endettement "excessif' ou. au contraire, comme cela est fréquemment avancé, à
des problèmes de bas revenus. liés à des structures trop modestes et peu
modernisées ?
Il est fort probable que les deux situations co-existent dans des proportions inégales, les bas revenus l'emportant sur les déséquilibres fmanciers.
Les autres organismes fmanciers ne disposent pas de résultats aussi précis sur les incidents de paiement. Des entretiens réalisés avec les principaux responsables du secteur privé permettent, toutefois, d'affirmer que ce
phénomène est loin d'y être négligeable.
Pour les Caisses d'Epargne. Les agriculteurs sont considérés comme meilleurs payeurs que le reste des entreprises. Les incidents de paiement représenteraient 3,5% de l'encours agricole, contre 3,92% en moyenne (toutes entreprises confondues). Ils varieraient de 2,5% en Catalogne, Murcie et région
de Valence à 4,5% en Andalousie et 6,5% aux Baléares et Canaries.
L'Institut Catalan de Crédit Agricole évalue les impayés à 6% du
nombre des prêts octroyés et à 3,5% du montant de l'encours prêté [Vissac
-1991].
Il n'a pas été possible d'obtenir des informations chiffrées auprès des autres organismes.
En conclusion, il s'avère donc que les problèmes liés à l'existence de
prêts non remboursés à leur date d'échéance, se posent à tous les organismes
financiers dans des proportions non négligeables. Toutefois, ce phénomène ne
faisant pas l'objet d'un réel débat de politique agricole, le nombre et les
LES SOCIETES D'A V AL.
L'importance des garanties exigées par les organismes prêteurs avant d'octroyer les financements sollicités par les agriculteurs (entre 6 et 10 fois le montant du prêt) s'est traduite par une multiplication des sociétés d'aval, généralement de type mutualiste et/ou public.
Ainsi, pour l'A.S.I.C.A., qui était la plus importante de ces sociétés d'aval, le capital initial a été fourni par les Caisses Rurales et les chambres d'agriculture fondatrices. L'Administration y était représentée par le Ministère de l' Agriculture.
En juillet 1983, le secteur public en prend le contrôle par une augmentation de capital souscrite par le B.C.A., le F.O.R.P.P.A. et l'I.C.O.
(*). En avril 1985, une nouvelle augmentation de capital intervient pour assainir les comptes, notamment les retards de paiement et les impayés.
Fin 1988, l'A.S.I.C.A. est dissoute et remplacée par une autre société d'aval : la S.A.E.C.A., où la B.C.A. intervient pour 108 millions de pesetas.
Le principal avantage de l'A.S.I.C.A. était le faible coût de ses avals. Le bénéficiaire payait 1 % du montant garanti et laissait en caution 6% de ce montant. Le montant usuel des avals bancaires était, à la même époque, égal ou supérieur à 4% par an [Rodriguez - 1987].
Fin 1985, le nombre total de prêts garantis, s'élevait à moins de 13 000 et le montant avalisé à 24,6 milliards de pesetas, soit environ 100 000 Francs Français par dossier. En fait, plus de 80% des avals étaient d'un montant inférieur à cette somme. Pour près d'un dossier sur deux, le montant de la garantie ne dépassait pas 1 million de pesetas, soit 55 000 F.F.
En dépit de l'absence de données plus récentes, il semble possible d'affin;ier que très peu d'agriculteurs entreprennent de moderniser rapidement et de façon importante leur exploitation en ayant recours aux financements extérieurs. Le recours aux sociétés d'aval est donc essentiellement utilisé pour des projet modestes, sans lequel les banques n'accorderaient pas les financements nécessaires.
CONCLUSIONS.
Au terme de cette analyse, il apparaît que l'agriculture espagnole peut, schématiquement, être décomposée en trois grandes catégories :
*
La première, de loin la plus importante, regroupe les exploitations dont le potentiel économique ne permet pas de dégager un revenu agricole répondant aux besoins de consommation des familles qui y vivent et y travaillent. Il s'agit de "micro-exploitations" (moins de 2 UDE), ou d'unités de dimension économique modeste. Environ 80% des agriculteurs espagnols figurent dans ce premier groupe.*
La seconde est constituée d'unités dont le potentiel économique risque de devenir insuffisant dans les prochaines années et qui doivent, pour assurer leur pérennité, s'agrandir et se moderniser. La proportion d'exploitations concernées par cette adaptation aux nouvelles contraintes économiques peut être estimée à10 ou 15% de l'ensemble.
*
Enfin la troisième correspond à des entreprises bien structurées qui obtiennent des revenus élevés. Peu nombreuses, elles sont géographiquement concentrées (bordure méditerranéenne) et spécialisées dans des productions très intensives (hors-sol, maraîchage, fruits, ... ).L'importance très inégale de ces trois groupes explique que, pour les pouvoirs publics espagnols comme pour les organisations professionnelles, les préoccupations liées aux prix, à l'organisation des marchés et à la politique des structures, dominent le débat. Le problème des difficultés financières n'est considéré que comme une des conséquence des handicaps structurels.
Pour les principaux partenaires du secteur, les "agriculteurs en difficulté" seraient uniquement des exploitants qui pratiquent un endettement "de survie" pour pallier le manque de revenu disponible et qui, placés devant l'incapacité de faire face à leurs engagements, accumuleraient les incidents de paiement avant de faire l'objet d'un règlement judiciaire.
Par contre, ce phénomène ne concernerait que marginalement des agriculteurs jeunes, modernisés, dirigeant des exploitations de grande dimension et dont l'origine des déséquilibres financiers serait à rechercher dans le poids excessif des charges financières.
Cette situation peut, en partie, s'expliquer par l'adhésion tardive de l'Espagne à la C.E.E.
En effet, durant près de quinze ans (de 1970 à 1984 environ), la politique des prix et des structures conduite par la C.E.E. a encouragé les agriculteurs des Etats-membres à moderniser et à agrandir leur appareil de production en s'appuyant sur l'effet de levier positif de l'endettement.
Depuis 1983 - 1984 le contexte s'est radicalement modifié. L'encouragement à produire s'est transformé en un contingentement de l'offre accompagné d'une baisse sensible des prix garantis.
Pour les agriculteurs du Nord de l'Europe, ce retournement s'est traduit par une multiplication des situations financières dégradées, essentiellement au sein des catégories d'agriculteurs les plus endettés.
A l'inverse, pour les exploitants espagnols peu modernisés et peu endettés, ce nouveau contexte rend désormais difficile et hasardeux la transformation structurelle nécessaire à l'augmentation de la productivité.
Seul un effort financier très important de l'Etat pour abaisser le coût du crédit et résoudre le problème des garanties permettrait de limiter les risques encourus par les agriculteurs et de rentabiliser les investissements.
Toutefois, même si ces conditions se trouvaient rapidement réunies, seule une faible partie des agriculteurs espagnols serait en mesure d'en bénéficier. En effet, le mouvement de modernisation rapide et massive de larges franges des agricultures nationales, encouragée par la Politique Agricole Commune, fait désormais partie d'un passé probablement révolu.
En conséquence, il n'apparaît pas exclu que l'agriculture se concentre progressivement dans des zones très limitées ou les conditions agro-climatiques permettront d'assurer une bonne compétitivité aux productions réalisées, le reste du territoire se vidant progressivement de ses activités agricoles.
Les mesures actuellement envisagées dans le cadre de la réforme de la P .A. C. permettront-elles d'éviter ce phénomène?
1 BIBLIOGRAPHIE 1
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COMMISSION DES COMMUNAUTES EUROPEENNES - "La situation de l'agriculture dans la Communauté" Rapport 1986 Bruxelles Luxembourg-1987.
*
COMMISSION DES COMMUNAUTES EUROPEENNES - "La situation de l'agriculture dans la Communauté" - Rapport 1989 - Bruxelles - Luxembourg -1990.*
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NAREDO J.M. - "Precio y renta de la tierra - Catastro" -Abril 1990 - pages 38 - 41.*
R. I. C.A. - Commission des Communautés Européennes - Réseau d'Inf ormation Comptable Agricole - "Résultats économiques des exploitations agricoles" - N° 5 - 1986 / 1987 - Bruxelles - Luxembourg - 1990.*
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VISSAC V. - "Financement de l'agriculture et agriculteurs en difficulté en Espagne" - E.N .G.R.E.F. - Décembre 1990.TABLEAU A : EVOLUTION DE L'ENDETTEMENT PAR ENTITE FINANCIERE.
TABLEAU B : EVOLUTION DES INTERETS PAYES.
ANNEES
l
1 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988TABLEAU A : EVOLUTION DE L'ENDETTEMENT
DU SECTEUR AGRICOLE PAR ENTITE FINANCIERE
ENCOUJtS TOTAL DONT ENTITES OffiCŒLLES DONT ENTITES PllJVEES
VALEUR INDICE VALEUK INDICE VALEUK INDICE
819,0 100 197,5 100 621,5 100 931,4 113,7 211,1 106,9 720,3 115,9 967.2 118,1 226,7 114,8 740,5 119,1 1056,4 129,0 236,0 119,5 820,4 132,0 1156,0 141,1 263,4 133,4 892,6 143,6 1278,0 156,0 281,1 142,3 996,9 160,4 1402,6 171,3 288,6 146,0 1114,0 179.2
Sovru: A.S.A.J.A. • Docwnouo 90
TABLEAU B EVOLUTION DESINTERETS PAYES
ENTITES OfflCŒLLES TOTAL 24 96 22,696 23,496 22,3 .. 22,896 22,096 20,696
TOTAL DONTENTITESOfflCIELLES DONTENTITESPIUVEES
VALEUK INDICE VALEUK INDICES VALEUK INDICE
100,9 100 18.2 100 82,7 100 118.2 117,1 20,0 109,9 98.2 118,7 128,9 127,7 22,6 124.2 106,3 128,5 138,7 137,5 25,1 138,2 113,6 137,3 146,2 144,9 27,0 148,3 119,2 144,1 168,& 167.2 29,4 160.2 139,3 168,4 186,6 184,9 30,6 168,3 156,0 188,S
TABLEAU C: EVOLUTIONDESTAUXD'INTERETS
(Taux apparents du crédit)
ANNEE ENTITES OFFICIELLES ENTITES PltJVEES DIFFERENCE DE TAUX TAUX MOYEN
1982 9,2 13,3 4,1 12,3 19&3 9,5 13,6 4,1 12,7 1984 9,9 14,3 4,4 13,3 1985 10,6 13,8 3,2 13,1 1986 10,2 13,3 3,1 12,6 1987 10,5 14,0 3,5 13,2 1988 10,6 14,0 3,4 13,3
LISTE DES PERSONNES RENCONTREES
REGION DE VALENCE
UNIVERSIDAD POLITECNICA DE VALENCIA
Camino de Vera, 14, VALENCIA
Deoartarnento de Econornia Sociolo<J
i
a y Po
li
t
i
ca Açraria
MA LLORENZO AVELJ_A REUS MA ELADIO ARNALTE ALEGRE
MR L VICENTE BARCELO VILA
Departarnento de estad
i
sticas y de in
v
est
i
çaciooes ooerat
i
ona!es
MME CONCEPTlON MAROTO ALVAREZ
GENERALJTAT VALENCIANA
CONSELLERIA D'AGRICULTURA I PESCA
Serv
i
cio de Esiudios
Calle Pinter Pinazo, 13, 46010 VALENCIA
MR VICENTE AHUIR i CARDELLS
tnst
i
tuto del coooerativisrno aorado
Calle Amadeo de Savoya, 2; VALENCIA
Seryjcjo de Entitades de Credito
Calle Palau, 14; VALENCIA MA ANTONIO TAMARITINSTIJUTO DE PROMOCION Y DE FOMENTO DEL COOPERATIVISMO
36 calle Baron de Carcer, VALENCIAMA CARLOS GARCIA
FEDERACION DE COOPERATIVAS AGRARIAS
29 plaza del ayuntamiento, VALENCIA
. MAS JOACHIM ANO et ANDRES FERRAN DO
FEDERACJON DE COOPERATIVAS DE CREDITO
Guilen de Castro, S; VALENCIA
MA JOACHIM PITARCH
INSTJTUTO NACJONAL DE INVESTlGACIONES AGRARIAS Moncada, VALENCIA
MA PEDRO CABALLERO VILLAR
CAJA RURAL DE VALENCIA
Plaza San Vicente, 3; VALENCIA
CAJA RURAL DE CASTELLON
Calle Media, 3; CASTELLON
MR CONRADO BALAGUER ESCRIG
'.
--~
BANCO DE CREDITO AGRICOLA Gran Via, 9, 28013 MADRID
MR MOISES RODRIGUEZ RODRIGUEZ Director General de Produccion
MA JOSE MANUEL NAREDO
Subdirector de Estudios
MA CLAUDIO GANDARIAS BEASCOECHA
E . T. S. INGENJEROS AGRONOMOS
Ciudad universitaria, MADRID
MA CARLOS TIO SARALEGUI
ASAJA
(Asociacion Agraria Jovenes Agricultores) Agustin de Bethencourt, 17, MADRID MA MANUEL CARLON
MA PEDRO MENCHERO
UPA
(Union de pequenos agricuttores)
Avenida de America, 25; MADRID
MA FERNANDO MORALEDA
CONFEDERACION ESPANOLA CAJAS DE AHORRO
Caballero de Gracia, 28/30; MADRID
MINISTERIO DE AGRICULTURA FESCA Y ALIMENTACION
Paseo lnfanta Isabel, 1 ; 28014 MADRID
SECRETAR!A GENERAL TECN!CA
Subdjreccjon General de AnaHsis Sectorial
MR PORFIRIO SANCHEZ RODRIGUEZSubdjreccjon General de Estudjos Agrarios, Pesgueros y AHmentarios
MR CRISTOBAL GOMEZ BENITOSubdireccion General
de
Aelaciones Agrarias lnternacionales
MME MATILDE MONTES
SEA <Seryjcio de Extension Aocaàa}
Corazon de Maria, 8; MADRID MR JOSE LUIS SANCHOIBYDA <lnstituto de Reforma y Desarollo Agrario}
Paseo de la Castellana, 112; MADRID
MR ANDRES MONTERO
AMBASSADE
DE
FRANCE
MR JEAN MARIE AURAND Attaché Agricole
Paseo de la Castellana, 86; MADRID MRFAUCHER
VSN Service Agricole MA MEDAR
Services
financiers
FIRA DE LLEJDA
Camps Elisis, Aptat de Correus 106; 25080 LLEIDA
MR ENRIC SEGARRA i T. RIVEROu\
. Director General
GENERALITAT DE CATALUNYA
Departament d'Agricu!tura, Aamaderia
i
Pesca
Secretaria Genera!
Passeig de Gracia, 105; 08008 BARCELONA MR ALBERT MASSOT MR SALVADOR PUIG MERCAT FLORAL VILLASAR DE MAR MA ANTON! LIMONA MA CARLOS PUJOL
(Agriculteurs producteurs de plantes en pots)
UNION DE PAGESOS DE CATALUNYA (COAG}
Via Laietana, 51, BARCELONA MA JOAN MASDEMONT
INSTITUT DE CREDIT AGRARI Pau Claris, 51 ; BARCELONA
MMESCARMINA MOR et DIVINA ALSINET MR JORDI GONZALES
ASAJA : Asociacion Agraria de Jovene Agricultores BCA : Banco de Credito Agricola
CA : Comunidad Autonoma
COAG : Coordinadora de Organizaciones de Agricultores y Ganadero
ICA : Institut Catala del Credit Agrari.
ICAV : lnstituto del Coperativismo Agrario Valenciano
INIA : lnstituto Nacional de lnvestigacion Agraria
IVIA : lnstituto Valenciano de lnvestigaciones Agrarias IRYDA : lnstituto Nacional de Reforma y Desarollo Agrario
MAPA : Ministerio Agricultura Pesca y Alimentacion
PAF : Production Agricole Finale PB : Produit Brut
SAT : Sociedad Agraria de Transformacion SEA : Servicio de Extension Agraria
U PA : Union de Pequenos Agricultores UPV : Universidad Politecnica de Valencia VAN : Valeur Ajoutée Nette
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