1 ! , 1
"
\ "-,.
.
j t "_=. Ji'~""-~-LE THEME OU COUP'~""-~-LE
CHEZ FRANCaISE MALLET-JORIS
by
.
\~
Yvonne' BENYAY,R
A thesis sùbmitted ta
Facu1 ty of Graduate Studi es and ,Research in partial fulfilment of the requirements
)
for the-degree of Ha.ster of Arts 1©
r~arch 1981 ,."
.•
\1
",
'" " ,.
•
• ••
Je tiens
a
remercier le Professeur G. Pascal-Smith, ,
,
pour ses conseils et son encouragement dans
~ '~laboratibn de ce ~ravail. ~ \
.
r
/
f, f/
, , " f~.
, '/ \, '!h " ,
,
" fo, " 01 ~, , '" ,•
.
\.
..J' 1 1 ,..
'L~_ THHtE- DU' CPUPLE CHEZ, FRANcor·SE r'lA~LET -JORIS'
, .~ o '
" ,
o ,
.-Dé 'son premier roman, Le Rempart des bégu';nes, P4blté en 1951,
<' , ' (,
jusqu'à Dickie-Roi paru en 1~80, Franço,"se r~al1et-~ori5 se révèle une
..
' \. romanci\è~~ préoccupée. de dérrire une quêW de la. vérité.
'{ . \ ,"
.
.. Pour cela, elle 'donne une grande importance aux relations des
"
'--.
.'
personnag"s entre eux. A ce titre~ le thème du côuple semble résumer\
.
dans (>loeuvre toùs les problèmes de relation .
.
,Nous avon~ d'abord' aQalysé l'es personnages m~sculins et fémi-nins sép\rémeJlt puis dans les nombreux ,couples qu'ils forme'lt .
....,
Les
ré~uTtat's'
dénotr.e.,etud~~sont
de deux {)rdres: d'abord\
.
""l'échec répété des coup]es semble l~é à une,vision p~ssimiste de la nar-ratrice née'de l'impossibi·lité
ae
réconcilier l'idéal.et le réel.En-• 6> {I b ' l
•
suite., qtJoiq~'ayant projeté fortement l 'imag'e d'une romanc;ière
a,ntj.con-\
~. " - \ .' .
\ formiste, amie des marginalités. François~ Mal·let-Joris enferme
finale-, ~", ~ . ~
: ment' ,ses personna.ges dans
'1'~
caréa'n tradi'tionnel> des rôles attribuésa ,
la feirrne eta
i'homme dans la société,., tlo·.l'
,1
,
.
• ' ... 1 " J • 1 , , ,
.
L( THHtÈ' DU COUPLE CHEZ FRANC01SE r·1ALLET~JORI
s; \
From her first povel, Le Rempart des Mguines, publ ished in
,
1951. untill Dickie-Roi written in 1980, Françoïse r~allet-Joris asserted herself as a novelis"t preoccupied to describe a 'quèst of the
.
truth.Because,of Hat, she gilles a great deal ~o reliltions ~tween
• characters. Therefore the'theme of the coup1è sU/T'marizes in the·work all probfems of relation.
.
.
.
.--::---.
.
We studied first mascul ine and feminine characters separately
.
. .
then in the several couplés they make. The result of our study arè of two kinds: first the repeated fail of the couple appears to be re1ated
.
to a pessimistic vision of the narrator, caused by
the.
impossibil ity 1 1.
\'
'- 1 \ ~ b 11
1-'of reconciling ideal and reality; then, though having strongly projected
.
,.'
.
'!;he image of a no,nconformisl ~nd marginal novelist, Françoisè ~lallet Joris, fin?lly ~nf;n,es her char~cters. in the traditional role giveh to men and women in the society.'
. .
,\
.
'.1 "i" \,( ~ \1 ~ c
.
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I~".
CI • --,1 l' ~ '1 --7 ',,> , 1 "-" '[Iii~
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•
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.
TABLE D~S r·1ATI ERES
/j
'c,
•
..
, "
-1 NTRODUCTION
Fra'nçoise MaJlet-Joris., la
~e
et l'écrivain., ... ' ... ('CHAPITRE l /
La quête du moi chez les personnagés m~scul ins ... ' .. ~ ... 17
CH~PIJRE II
L'indifférence et' 1 a passivité"' chez .les personnages
féminins ...•..
.
.
, ... :42 ' CHAPITRE III .-Le couple impossible ...•...•... 67 ,~ ... ' '" '\ 'è< D • ~ \ CONCLUS.ION .••.•••••.••••.•.••••••••••.•••••••••.•••.••••••••.•.•• ' •••.. 94i!
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1 • - , .IBLIOGRAP.HIE. _.' •.••••••• ~ ••••.• : •••.•.••••.•.•••••.••.••••..••••..• l 02 , '\
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1 ;' 1.'.
.
\ l NTRü DuenON
Françoise ~1allet-Jor;s: la femme et l'écr:ivain
---~---
-, [.
..
-
.
Dans cette i ntroduct i on, nou s ferons conna j.s,sance avec l a femme
1 \
et 1 'Icri.ali qu!est Françoise Mallet-Joris. Pour nous
yaider, nous
,interr~gerons
.
sa biographie et~ous
essaieron's.,:le comprendre le rôleim-\
portant que joue l'éCriture dans sa vie. Enfin une vue d'ensemble de son
oeuvre' nous 'permettra de mieux la situer dans la vie littéraire.
Françoise Eugénie Lilar est née le 6 'juillet 1930
a
Anvers. Son père. A~bert Lilar. avocat et professeur, de droit maritime a aussi étéministre de la justice. 1 Sa mère, Suzanne Verbist. membre de l'Académie
\
.. 10,
1
Royale de Belgique a publié. sous
le
nom\
de Suzanne L il ar, de nombreuxouvrages.
\
1Jusqul~ 1 Ilg~ de quatre ans, Françoise parle surtout le flaman~
\
....
avec sa bonne Maria. A six ans, elle entre dans une école privée, le
~
, .\
'• "cours Marie-José;' oil elle apprend
a
l1.re. Elle découvre la littérature~ traver.s les contes d'Andersen qui lui'l'laisseront un souvenir spécial. A onze ans elle lit Balzac sans saisir, Ibien'entendu, to'ut le sens de
" - l '
cette ·oeuvre. Analysant plus tard la passi~n avec ,laquelle elle avait 'Ciévoré ces romans, elle a' expl iqué que ce qui la fascinait chez cet
écri-1_
.
vain, c'éta,it la multitude de personnages qui lui avaient permis d'entrer
dans le ~onde des adultès. A treize ans, elle-doit interrompre ses études pour cause de maladie; elle passe alors presque tout son temps
a
1 ire.Le premier roman qui marque son imagination, c1est Guerre et Paix
"
\ 1
.
\2 -, j
de Tol stoL Elle dit avoir .. été sédùite surtou'.f par les grands espaces
qui a pparà; ssp.nt comme 1 es prtnc; paux d~èors de cette oeuvre. Par a ill eurs, ses auteurs préf~r~s sont successivement Colette, Bernanos,
• L ) '
...
. Ju1 i~n Green. Cependant certains écrits l'ont rebLl'tée et elle a confi~,
par exemple, que Jean-Jacques Rousseau lui déplalsait par la complaisance
. '
,
de ses épanchements. On observera d'ailleurs que, dans son oeuvre, les
personnages mascu1 ins qui s'abandonnent 3 de profondes interrogations
,
~~métaphysiques se contraignent par ailleurs
a
une gr;ande discipl ineémo-~
o tive.
Ce sont des poêmes qui semblent avoir déclenchE!! chez elle
l'acti-vité créatrice. La 1 ecture de Ril ke, en particu1 ier " a poussée
a
écri re des poèmesa
l'âge de quatorze ans.A partir de 1947,
a
dix-sept ans, elle commence une nouvelle vie. Elle part pour les Etats-Unis afin"de p~rfectionner son anglais et y reste un an. DanS l es années qui suivent, el1 e va successivement en 'Grêce, enTunisie, en Suêdè et en Finlande.
Les voyages ne sont pa~ cependant ses seules activités. Elle suit
des cours de 1 ittérature comparée
a
la Sorbonne et étudie é,galement la 1 it-' térature anglaise. En,1952, elle entre comme leëtrice aux éditionsÎ1
Julliard et Grasset et bientôt assure une chronique de télévision 'dans
"'-- "Panorama Chr~t;en". Elle est nommée au jur,:y F~mina et un an plus tard
élue
a
l'unanimitéa
l'Académie Go'ncourt, parrainée par Lucien Oescaves,
et Pierre McOrlan. C'est d'ailleurs lors d'une tournée avec l'Académie.
: \
3
-Goncourt qu'elle visite le Canada,"'
De parents qtholiques. Françoise t4allet-Joris a cependant H~""
élevée sans éducation religieuse. ,Elle considêre comme un privi1~ge
, '
d'avoir pu grandir dans une certaine liberté d'esprit. Néanmoins, il
j
l'~ge de vingt-cinq ans, elle décide, après une prise de consciooce. d'embrasser la foi catholique. Cette conversion volontaire marque sa vie
car ene est l'aboutissement de nomby,euses années d'incertitudes morales.
\
. \
La religion viento désormais combler u'~ vide q'u'elle a longtemps ressenti.
\
~\
-La foi donne; en effet pour elle un se' s plus plein
a
la vie. Elle con- . fie ~u~ sa convers,ion au christianisme \ i a apporté un enrichissement considérabl e,,
Je niai plus l'impression. quan je m'occupe d'une-c ho se qu i ne concerne pa s mon trava
n ,
de perdre mon. temps ou de me disperser, Au contr ire, je retrouve • une fraternité que j'ignorais avant. J 'avai s tro'p ,terlClance
a
me repl ier sur moi -même. Ca m'a ouverta
beaucoup de choses, même celles qui n'ont rien il voir avec la rel igion. 1 .Bientôt elle s'imp~ique dans une ,action politique. 'En 1965 elle participe activement a la campagne présidentielle en faveur de Franç9is
Mitterand. En 1954, ell~ avait déja milité au P.S.A. aux côtés de Pierre ...
Mend~s France.
En 1947. elle épouse Robert Madou, professeur de lettres fixé aux Etats-Unis. Ce mariage précoce ne lui apporte pas,le bonheur et elle y ~
.
met fin un peu plus tard. En 1952, elle se remarie avec Alain Joxe, his-torien,
a
Paris. Aprês l'avoir quitté, elle ~ouse en 1958 Jacque~lfe~u,(
,-pein.tre qui devient son troisième m'ari. f)e ses mariages successi{s,
elle'a eu quatre enfants: deux fils, Daniel et Vincent et deux f~les,
"
Albert et Pauline.
Dans son roman autobiographique Lettre à moi-même, ~rançoise
'.
---Mailet-Joris nous parle de ses exp~riences conjugales. Elle r~duit la
o ,
premiêre
a
une simple aventure quand elle dit:'A qui.nze ans, un amant pris par cynisme, par
be-,50 in naturel du ,corps et du coeur. 2
On devi ne' que ce" ~remi er mari age a proba,bl ement correspondu
a
uno d~sir de se lib~rer de l'autorité pa,rentale. Elle a confi~ le besoin
qu'elTe avait alor-s de s'affrencQir des conventions bourgeoises et de
mener une vie 1 ibre et insouciante avec l'homme aimé. r·1ais 1
'enracine-ment dans le mariage ne tarde pas
a
lui pes'er et bientôt le désir de partir, de voyager la repreQd. Elle quitte son mari laissant toutder-ri ère e 11 e et rentre en Euro pe .
J /
Elle raconte alors une liaison qu'elle a eue 'et comment elle est
.. ----..., '"
partie un jour pour l'Espagne,
a
pied, ,sac au do{, en compagnie d'unje~ne
homme qu'el le trouvait ;'três beau" 3.Cett~~venture
ne dure pasr ,
et de retour a'~Paris, Françoise Mallet-Joris constate qu'eHe et son
com-.
pagnon avaient "triché mais sans préméditation" 4. Réfléchissant.
a
c;ette expérience elle croit deviner que c'est la peur de 1 'habitude Jpi lia\
\
poussée
a
~mettre fin. Dans Lettrea
moi-même, elle confie: "Nousde-r'
\
5
-..
sur cet "amour d'une saison" 6
en~
l'évoque ainsi:Il
n'y avait rien d'autre entre nous que cette,br~ve tendresse poisseuse de printemps, l'éclatement
dès bourgeons, le soul agèm~Dt de -" ai r souda in bal ayé, purifié. Nous étions jeune~bres pour l a premi~re
fojs. 7 'i~'
...
Avec le temps, elle semble reconnaftre les bienf~its de ses deux expérience$ amoureuses et se demande encore plusieurs"nnées plus tard commenf\-l se fait qu'elles lui
aie~t 91i.SS~-
"entrel;~S
doigts" 8 Pour-tant ces liaisons successives semblent lui avoir apporté la découverte progressive d!un meilleur équilibre entre sa vie amoureuse etson~acti-vité d'écrivain. Car son, troisième mariage dure' et elle dit que c'est parce qu'il est heureux qu'elle n~prouye pas le besoin de nous en par-1er:
Je n'en ai eu que trois, et je vous rassure tout de suite, le troisième ayant été heureux, je n'en parlerai pas. 9
"-La narratrice confie qu'il lui était diffi~i1e à l'époque de pour-suivre en m~me temps une aventure amoureuse et ~n aventure d'écrivain.
"
En eff~t. quand elle. écrivait, elle se donnait tout entière à son projet
~. et ne se sentait guère disponible pour a,u'tre chose.
..
Le rôle de l'écriture cDez Françoise Mallet-Joris
, "
•
,
"-Quand on a ,fini d'écrire, a-t-on fini d'exister? 10
La J'omancière a commencé d'écrire dès son plus jeune âge. Pour .
\
/
f'
,
,
6
-elle, cela a été un besoin pressant
a
assouvir. C'est ainsi qu'elle est amenée à con,sidérer l :act1ivité,d'écrivain commel une occupa,tio~ naturélle correspondant parfaitement à son désir. Voyons ce qu'elle en dit dans 01
Lettre
a moi-même:
Espérons pourtant être plus écrivain que ménagère: Je disais: "Je,fais cela comme je ferais des sou-liers"" C'était beaucoup d'orgueil. Je pe~se encore: "J'ai chosi de faire cela, comme j'aurais choisi de faire des souliers". Je pense aussi: "Si n'Hant bonne qu'~ faire des souliers, j'avais chois~ d'en~ faire, je serai toujours moi-même. Je me voudrais bien". J'ai choisi dT faire des romans. J'ai choisi de faire mes romans. 1
c • " "
.
", ... ;.; ... , '"; Quand elle écrit, Françoise r,1allet-Joris s'appli,que d'ab,ord a~\
traduire sa vision des choses. Ses idées naissent de 1 "atmosphêre qui
(J'
v
l'en.virpnne. Elle dit qu'elle n'attend pas l'inspiration mais écrit
la-borieusem~nt jusqu'a ce que les mots se mettent vraiment à vivre. En ce
qui concerne les sujets de ses romans, nous savons q~'elle tient à rester :très près 'de la vie quotidienne et des pr~occupations qu'elle inspire.
J~ \
~ ~,
Hle emprunte sa matfere
a
l a réal ité vécue et observée. Lespersonna-, ~. , ,
ges qui animent ~es récits'~e doivent d'être
a
l'image de leur'mi1'eu na~"
"
turel, humains et surtout entourés de problème~ concrets. Franço i se
=>
Mall et-Jori 5 nous expl i que le' choix de -ses personnag~s: . , '
'$
Pourqu.oi all er chercher des per'sonnages. si peu
sympathique's? .. C~ qui est peu sympathique au lecteur, c'est,'qu'on aille un peu au fond des choses ... Ce qui est monstrueux, c'pt de dire que le vrai problème 0
n'est pas Ta.~. Noire forêt symbQ,lique où l'pn n'aime pas s'engager~
On
préféref'i'a la creuse apparence .. le 12 PERSONNAGE )éger comme un beignet e~,facile a digérer.,
\
."
r
"
,.
7
-Ainsi entre sa source d'inspiration qui est la réalité la plus quotidienne et le choix de ses personnages qui sont des êtres complexes et difficiles
a cerner,
il y a une contradiction. Elle l'explique en disant que sa pensée oscille entre deux mouvements qu'elle nomme cons-ciemment l'absurde et l'arbitraire"-. Ce sont d'apr~s elle les deux visa-ges de la vie, complémentaires et essentiels qu'on ne peut pas changer mais qu'il faut assumer pleinement. Elle croit que c'est la vie mêmei
qui naH du rapport de ces, deux éléments. Elle affïnne q~'~n toutes choses il est important d'exprimer la réalité dans sa totalité-. L'écr'i-ture s'avêre alors pour elle le moyen et' le véhicule par excellence. Elle confie
a
ce sujet dans Lettre à moi-même:N'est-ce pas dans le ~oman seù1 que ce dou~ plan de la vérïté -- la vérité de mes personnages et la lutte qu'"ils~ilJênent pour et contre elle, ma vérjté
a
moi et ma '1utte pour et contre elle, et è'e -rapport entre leur véri1;é' et la-mienne -- peut seréaliser, s'incarner sans peine? 13
~ ,
~~ 1
.. Françoi se Ma11et-Jori s écrit un r,oinan tous l es deux ans. Très rapidement l'écriture., semble avoir joué pour elle 'un rôle révélateur.
~
En effet, c'esta
travers elle que la ronianciêre dit avoir passé de l ',a-dolescencea l 'âge
adu1t~. C'est en observant son éntourage et enpre-.
' ., nant des notes qu' ell e apprend a comprendre ceux qUl l'entourent et le monde dans lequel elle vit.
E1l e .,s.'jnterroge aass; -sur l'engagement de, , 'écriva in: 4 "Quand _ ·on a fini' d'écrire, a-t-on /ini d'ex·ister?" 14 Cette réflexion fait
allu--.). '"" ~ ..
-sion à l'expérience qu'elle a faite lors de son voyage en Tunisie où elle
\.
8
-a co~ôyé l'injustice"et l'inégalité sociales. Elle réalise alors pour la
premiêre fois qu'elle n'a jamais pensé ~ cette réalité auparavant. Et elle confie
a ce sujet: "J'acceptais pour moi-même la loi de la
'-nature" 15. E11 e se rend compte qu'avant cette pri se de
consc.i'en~e.
ell e pratiquait pe'u l'intellectualisation des choses et précise: "Je respi-rais d'accord avec le monde" 16. "Art, politique, sentiment, je n'étais17
pas disposée ~,entrer dans ces conc~pts, ces qualifications" Jusque la, le regard qu'elle posait sur la réalité était celui d'un écrivain
a
,
la recherche d'un sujet. Elle prenaft des notes de tout ce qu'elle, voyait mais en fonction d'un sujet de roman .. Tous les éléments de la vie
rep'ré-sentai~nt plus ou moins un matériau de roman. Il semble que le voyage en
Tunisie ait provoqué en'.ellè des réflexions décisives, l'obligeant a dé-finir ce'rtaines de ses opinions, ~ prendre parti comme elle 1 ',explique
,
elle-même: "En décidant de réfléchir, je sortais d'un cercle magique", Ce cercle magique, cpèst la volonté d'ignorance, c'est la charité d~ croire, espérer et supporter tout. Elle réal ise qu'il lui faut Voir les choses telles qu'elles sont et ne pas essayer de les" sublimer, Elle dé-,
",,-nonce aussi par ailleurs une tendance três répandue? classer toutes cho-ses en catégories~
Nous voulons des images, des personnages et des couleurs violentes. Ou alors qU'on·nous'rembourse. 18
Et elle dit avoir essayé d'échapper
a
ce penchant. Selon Franç01se Mallet-Joris, le public désire vdvre dans une imagerie esthético-populaire. L'auteur refuse cette aliénation et cherche leCI
\
,
(
, ,
9
-courage de la rejeter, par le bials de. l 'écriture. ~lle dit choisir un
• f3
sujet en se basant sur des critères bien différents. Les livres pour
-
.
elle .sont le chemin, la- recherche de la vérit~. Elle s,'engage dans
"é-!J
criture d'Jn rôman comme on s'engag~rait dans la construction d'un édi-fice. Images, sensations, fai'ts rencontrés dans la journée sont- amassés
b •
comme des briques en vue qe bâtir quelque chose de'personnel et de sensé:
Après avoir été
a
ma place, absurde et ,nécessaire, dans un monde absurde et innocent je voulais retrou-ver l'ordre des cha ses, une P~ ~ce dél imi tée dans un monde qui aurait eu un sens.Pour Franç9is~ Mallet-Joris écrire signifie représenter des êtres humain$ a~x prises a:ec un monde 2urcha:gé de problèmes divers. Un roman
1
est donc l'image d'une interaction vivante de 1 'homme avec son univers. Ainsi, tous ses écrits se veul~nt des romans de caractë!re aussi bien que des romans de moeurs, car elle nous rapporte sa vision du monde collectif et de son monde individuel. Quand Françoise Mal~t-Jor;s_ écrit, elle veut communiquer d'une façon aU,thentique et complHe.
"
L'oeuvre
L'auteur écrit son premier roman Le rempart des bégu; nes à l'âge de dix-sept ans et le publie à vingt sous le pseudonyme de Françoise
.
• Mallet. 'L'héro'ne d,u récit, Hélêne Noris a quinze ans, et elle vit dans -t
-l'''...Â''
-
,,,'
/ ".
-une grande ville de provincè auprê.s de son père veu·f. Ignorante et très ,innocente; la jeune fille est séduite pa,r la ma'ltresse de sem père, Tamara,
" l'
. 10 . -,~. 1 _1' '_0:; , 1 rf'fqui exerce sur elle un charme un peu pervers. Le sujet' du, roman et la jeu-,
,
l1e.sse de l'auteur suscitent une vive réaction. Selon certall')S critiques.;' ,.f 20 , » .'(~
la jeune romanci~re nous :'mè.ne aux portes de
r'
Enfer" avec" un llvrer ' ~" ~ fi
,J
de début 00 on demande plus de réserve et moins d'expérience. Cependant,
\pour l'écrivain, Le Rempart des béguin'es signifié bien autre chose qulun
-roman 3 scandale. Elle confie aiDsi son expérience:
Le plaisir de gagner l'argent, je le découvris
apr~s mon premier roman. Je l'appréciai énormément.
Il athevait de me libérer. J'existais enf'in déta-chée de toute amarre. J'existais socialement si 1 Ion veut. Jlall~is s~ule au restaurant, un jour-nal à la main" avec un extrême sentiment d'importance.
~a vie se construi&ait, pensais-je. 21
La' Chambre rouge. son deuxième roma.(l est la suite et la., fin du ,j
1
premi er. Publ i é cinq ans pl us tard, nous y retrouvons 1 es mêmes perso~-.
r
nages que ce~x du Rempart des béguines. Hélène qui a maintenant. dix-huit ans"1vit avec Tamara, devenue la femme de son père., 'Clest la suite
de~
1 léducation sentimentale de la jeune HélêneAqui se lie avec un jeune<>
homme, Jean Delfau.
.
Un an après, ces deux ~oeuvre'~
'e
jeunesse~, paratt Cordélia, un recueil de nouvelles auquel on accorde une plus graRde valeur littéraireet qui révêGle un don d'invention romanes'que qu Ion ne supposait pas 3
1
llautevr.
A
partir d~ ce moment •. la carri~re d'écrivain de Françoise ~allet-~oris est assurée et les t~ois tomans qui suivent en témoignent par.
,
_ les·éloges et le succès qu'ils suscitent. 'En effet, 1 eu~ contenu fa it
Ir
oublier celle que certains ava1ient vue comme la libertine effrontée du
'.
,
/
//
\ \ 0 ' 1 _.,,1
t> 11
,
-Rempart des béguines pour la ,consacrer 'au rang de romancière.
Les ~lensonges,
.
rdman publié en 1956., peint le tableau d'un monde,'r
bâti sur l:argel'!t. L'intégrité et la pureté morales de sop héro'ne .1 Al be'rte. contrastent
ay~t/1e
viq.1ent despotisme de son père, le robuste Klaes de Baarnheim qui a fait fortune dans la bière. L'avarice quica-.
'Par
'a~
11 eurs~
ractérise ce dernier fait penser au père Goriot de Balzac.1 a comparaison avec ce grand cl assi que peut se répéter au sujet du roman
~ • -i ,
L'Empire céleste publié'en 1958~ En effet la diversité et l'analyse touf-fue des nombreux personnages rappellent la richess~ d'un roman balzacien. DI autre part, tous 1 es habitués du café nommé Ill' empire cél estell
trans-mettent le message de l'auteur 11 savoir, le- désir d'instituer une sincé-rité absol ue entre 1 es êtres. ,
Les Personnages. récit historique racontant l'amour, platonique entre un roi de France et Lou i se de l a Fayette para , ft ' en 1961. Le sujet
..
du roman montre comment des politiciens, se servent de la foi d'une jeune fille pour la faire entrer au couvent et ainsi la séparer de son amoureux.
Dans le roman Les Signes et les prodiges ~ublié en 1966, Françoise ,Mallet-Joris nous plonge dans un univers d'angoisse 00 le héros Nicolas et
1
j •
1 es autrr.'S( personnages 'qui 1 e cotoient traversent' des cr; ses d'identité et
affron~en" des problèmes de conscience. De leurs expériences et de leur évolutio , nous retenons un message spirituel touffu et ambigu.
L'oeuvre qui suit deux ans plus tard s'intitule Les Trois ~ges
de la nuit et ne s'inscrit pas dans la lign~ générale des autres romans.
\
12 . l '
Il s'agit de trois récits de sorcellerie que '1 ',auteur a tirés d'une docu-, mentation considérable et lue par intérêt pour ce sujet.
Avec Le Jeu du souterrain paru'en 1973, la romanci~re revient ~
.
ses thèmes habituels. Elle y reprend en effet cette quête du moi dans laquelle s'impliquent tous le~ personnages e~ vue de la découverte de leur propre vérité. Au sujet de Le Jeu du souterrain, Didier Decoin compare Françoise Mallet-Joris
a:
Une taupe géante, foreuse de éoeurs, et qui contrai-rement aux taupes de nos jardins, serait douée, elle, d'une vue sans défaillance ... car il y a ç~ et la, quelque chose cQmme de la divination d'~me. 22
En 1976, l'auteur 1lublie.Allegra, roman-qui se présente comme la ~"- \..
chronique d'une famille d'origine corse ét farouchement matriarcale. , " Cependant l'étrange aventure de son héro1ne Allegra, situe le récit
a
la pointe du combat féministe. Ceci a permisa
certains critiques d'y,
voir un retour de l'auteur au thême émancipateur èt amoraliste de ses débuts.
En janvier 1980, vient de paraftre son dernier roman intitulé Dickie-Raoi. Françoise Mallet-Joris y exploite de nouveau les thèmes q,ui lui sont chers. En effet, le manque d'amour, l'absence d~ sincérité
-<
entre l es êtres, l',~incompati bil ité dans les coupl es sont l es réa lités présentées dans ~n décor et une ambiance très actuels. L'auteur nous
'.
fait pénétrer dans le monde excentrique d'une idole de la chanson, de
'"' ,
.
la troupe de'\fansqqui, la suit et parall~lement dans celui d'une, secte
..
\\
\
\ ,1 , 1
"-13
rè1igieuse. Ce sonLtous des gens ~ la recherche du bonheur et'll
écri-..
, 1 ,vain ilontre dans le dénouement du roman l'inutilité ~e cette entreprise .•
-é: 1:1 "
Car Dickie-Roi se termine sur la-mort de 1 "idole, l'égarement des "fans'"
~t la dissolution de la secte. Les critiques ont accueilli tr~s favora-blement ce roman comme en fait preuve ce juge~ent dans Le Monde:
..
"---. Dickie-Roi ... assure Françoi s'e Ma 11 et-Jori s envoi e un coup de projecteur l!làgistra1 sur les besoins d'~me'
de n.otre temps: rêves de beauté, communion, ch,aleur humaine, remèdes aux désespoirs et aux angois~es, en-thousiasme,s, libération ... 23
1
..
'Pour terminer ce tour d' horizon de l'oeuvre de Françoise Mallet-.Joris, mentionnons ses trois romans autobiographiques.
.
Il s'agit de Lettre
a moi-même publié
en 1963 où l'auteur fait son autoportrait en passant de la confidence ~ la satire .. Sept ans plus tard soit en 19!O, elle publie La r·1aison de papier,
r chronique domestiqlJe, pittoresque et amusante dans laq~elle l'écrivain
met toute sa fami 11 e sur scène.
J'aurais voulu jouer de l'aocordéon, écrit en 1.975, appara'ft comme une réflexion sur l'acte d'écrire et les efforts qu'il exige' de " écr i va ; n. '
"\
Ecrits ~ plusieurs années d'intervalle, ces trois récits nous permettent 'de connaître Françoise Mallet-Joris la femme, l'écrivain, la
f '
philosoj'}he, la m~re de fam,il1e. Elle s'ouvre au le~teur avec la spoy-" tanéité et la franchise qui lui sont propres, elle y e~plique les "\
, {
'>:
..
...
14
~" ~~.6I
raisons de sa conversion au catholicisme en 1954. Elle confesse les motifs
,qui ont
pr~voquéles échecs de
s~sdeux premiers mariages. Ces trois
auto-biographies nous font connaître ses angoisses d'écri'Vain mai3 nous renden't
cOll1pte aussi d.e ses inquiétudes de mêr.e de quatre enfants. Ce sont
finale-ment tro1s livres de
co~fidence,$personnelles, trois journaux intimes
pas-si'onnants.
Considérant le sujet du couple comme une unité thématique" nous pla-
.
,cerQns celle-ci au centre de notre analyse. Toutefois, avant d'examiner les
personnages tels que les romans nous les
présent~ntdans leur vie
~deux.
\ ".
,
nous les observerons d'abord dans leur individualités.
Dans le premier chapitre, nous nous prbposons
~'ob~erverles
princi-, ' pa 1 es carac'téri s ti ques des personnages mascul i ns . Nous dégagerons 1 eurs
tr~its
de
caract~re,leurs buts leurs
lutt~s,leur démarche existentielle.
'.'t
.cette analyse les montrera, dans leur vie individuelle,
in'dépenda~entde
leur rôle dans le couple.
Ensuite, dans le sécon chapitre, nous procéderons
~uen étude
iden-tique pour les
PE;-~"sonnages féminins en relevant tous les éléments"qui les
identifient, eux
au~sien dehors de ,leur rôle dans le couple.
4
Dans le
trbisi~mechapitr.e, nous reprendrons l'analyse des héros et
des héro'nes de
1lo~uvreen isolant
leur~rô1espécifique dans le couple.
Nous chercherons
àvoir' si leur idéal, par exemple, trouve ou non
~se réa- "
liser dans cette relation. Nous nous interrogerons aussi sur les formes
que prennent leurs cortflits individuels dans leur vie
~ de~x:les résultats de ce chapitre que portera la conclusion de notre travail .
·
2-3-
4- "'-5-
6-
7-
B- 9-10-
·11- 12- 13-14-
1S-16-
1'7- 18-19-(
, , 15 " NOTESMonique Detry, UEntretien avec Mattieu Ga'ey~ dans Le miroir, le voyage èt la fête, Paris, Bernard Grasset, 1976, p. 39. '
Franç'oise Mallet-Joris. Lettre
a
moi-même, PaTis, Ed. J'ai lu, '1971, p'. 81. -.,-, " Ibid., p. 89. Ibid. , p. 90. Ibid. Ibid. , p. 94. Ibid. Ibid. , p. 98. Ibid., p. 94.
W!h,
p. 133. ~, p. 116.ill9..:. '
p. 193. Ibid. , p. 202. ~, p. 133. ---... , . / ~ ... w . . ~, p. 138. Ibid. ,-
p. 140. l bi d . , p. 152. .] "'- ---Ibid., ~.
271.Gérard Bawer, "Le rempart des béguines, femmes. damnées'~ ,dans Le Journa 1 d' Al ger, 2~ aoGt 1951 .
..
"
16
-"--.
20- Françoise Mallet-Joris, Lettre
a
moi-même, Paris;Ed.
J'ai lu,1971, p. 86.
21- Didier Ducoin, "La r~gle du jeu" dans Les nouvelles littéraires.
févri'er .1973. '
22- Jacquel ine' Piatier, "L'ambiguité profonde de Françoise
Mallet-Joris" dans Le Monde, 18 février 1980. \
Ir
.
..
1
,"
/
CHAPITRE l
La quête du moi chez les personnsges masculins
----
(..
•
/ ... 'J , ~ \)
Pour mie'ux observer l es formes que pr~sente le thème du couple
"
.
\1
dans l'oeuvre de Françoise Mallet-Joris, ~ous nous proposons d'analyser
d'abord séparément les in'dividus qlli l'e composent. Ce cnapitre est
con-)
sàèré
a
l'étude des personnages masculins en/tant qù'êtres vivant des~xpé-"
riences personnelles, et indépendamment de leur r?le dans le couple .
. Dans les romans de F.rançoise ~lal1et-Joris, l'homme:-père est
pra-~
,/J
~iquement in~istant ce qui s'explique par le nombre peu élevé de couples ~
avec enfants: Lesl rôles tenus par les personnages mascul ins sont ceux
d'amant ou d'époux. Il arrive d'ailleur~ souve!nt que'le~même homme~cu-. mule ces deux statutshomme~cu-., Ai!)si Stéphane est le mari de Louise et4l1'amant
de ~l.artine dans 'L'emp.ire céleste; dans Allegra, Jean-Philippe épouse Allegra et bient6~devient aussi l'amant de sa belle-soeur Paule. ,.,.
)
Voyons ce qui caractérise plus particulièrement les personnages
mascu1 ins de l'oeuvre. Nous pouvons affinner que ces derniers sont
im-,pliqués dans une démarche personnelle très caractéristique.' En effet,
11 peu prês tous sont fascinés par la quête. de leur moi. be monde dans
\
lequel ils évoluent ne prend consistance qu'a partir de -leùrs ;nterro-,
gations et de leurs luttes. Ils vivent dans une perpétuelle ambition_
de lucidité qui les amê~e
a
chercher, semble-t-il,a
découvrir leur identité. Ce projet les ob1 ige constammenta
faire un choix entre ce qu'ils sont et ce qu'ils voudraient être. Conscients de leur médiocrité,•
17 -1 •....
, , \ .' ,.-"
, " "
",
18
par exemple, ils tentent de la' d~passer-. ,Cette' recherche de coh~rence et d' équil i bre engendre en eux une révolte qui s'exerce souveht' contre la société et Rarfois aùssi contre eux-mêmes. La soif d'un bonheur individuel les pousse
,
a vouloir dépasser leurs limites p'OUI\ sortir de
l'univers c1.os dans lequel ils vivent. Ce sont généra1ement des hommes1
-anxieu~ et angoissés qui ne prennent rien pour, acquis. Au contraire,
il s cherchent
a approfondir tous 1 es événements qu'il s vivent et toutes
les personnes qu'ils rencontrent, ,Pour découvr·ir les formes diverses.
,que prend cet~e tendance commune, nous aAalyserons·'les personnages mas-cul ins dans chacune des oeuvres 'Où il s apparaissent:
Dans Les signes' et les prodiges, Nicolas.niustre b,ieJt. cette
t 1 i
catégorie d'êtres en quête de vérité. Quand il .est'présenté ~our la
1
premi~re foïs, dans le roman, c'oest CGlllme Un angoissé qu'obs e le désit'c
#
d'approfo~dir toutes choses. Il rejette le monde déchiré d
il se sent vivre'et refuse l'incohérence qui le régit, n ipéalisrue a
, \
ét"é "déçu et il dénonce ,"un monde où l~s victimes
reaux. Un monde, où l'on se cachai-t derrièri une soutane plutcrt q,ue de regarder en 'face " incoMrence des ch,oses"
" Nous n 'assi stons pas aux pre!)1ières démarches de sa pri se de"
, \
.
consci~hte, mais nous voyons Nic?-las lutter pour trouver une solutio"n
à son dêsespoir tout en protégeant son idéalisme humilié, POUT cela. il tente de prendre la vie différemment et croit trouver dans.le' m~ns"onge et la duperioe la solution qu'il cherche. Il veu.t eS,sayer d'ignorer la
, ,
' )
, 1 ~ >4 ... ,
.
, , >, .' - 19 1réalité pour pouvoir oublier l'inco'hérence qui l'ènvironne. et qui le
fait souffrir. Il aspir;e
a
un dépaysement total qui lui permettrait dese la'isser vivre et de ne plus s'interroger, En somme il dêsire se
.
- transformer, oub1 ier leS' exigences de son idéal, essayer dé pactiser
avec le monde. Il résyme ainsi'son projet:
Pourquoi ne pas se laisser aller a l ' illusion?
l ' " pourquoi ne pas feindre? Se jeter
a
corps perdudans le menson,ge de· la vie? Peut-être finirais-je
par attacher une importance énorme à de~ succês,
a
des amitiés, à des satisfactions modestes'...
Peut-être les signes'd~sparaTtront-ils, peu
a
peu enlisésdans la confortable boue quotidienne. 2
! •
Lorsque Nfcolas quitte son -travail de journaliste', son employeur ne le comprend pas. Il voit en lui un "demi-raté
~ncapable,
de] vivre3 1
comme tout le monde" . Or Nicolas désire changer de vie et fuir le
réel. Et une histoire d'amour lui en off:'e l'occasion. Il rencontre,
en effet, une journaliste, Marcelle, qui doit faire une tournée dans le
,
sud de l a France pour 1 e 'compte d' une revue.,
c _ _ - - - -. . . - , /
Sans hésiter,>~il laisse
/
,
tou~ derri~re lui et décide de l'accompagner. Ce voyage'ne l'aide pas
~ 'se libérer de son-angoisse. Au contraire, l'échec de sa 1iais'on
accélère le processus suicidaire dans lequel il est pris. En effet, C'
seule'la mort semble s'avérer une solution pour cet homme qui, aprês maintes tentatives, -n'arrive pas 3 combattre son malaise. Nicolas a su
.
définir sa crise existentielle mais n'a pas été en mesure de la d,épasser.
Cette angoissante quête du moi est également vécue par Yves-Marie, un deuxiè'me personnage figurant aussi dans Les signes et les prodiges.
20
-,
En effet" Yves-Marie est conscient de n'arriver à rejoindre personne dans
son ~ntourage. Sa femme Gisèle le quitte, son ami Nicolas part en
- 4-.\ "
voyage. ,Il vient voir régul iêrement son vieux père cancéreux mais r.ien
de tout cela ne parvient ~ l'émouvoir. L'auteur nous explique son état
Paralysé intérieurement, comme il était paralysé devant la méfiance et la méchanceté du vieux. Comme il l'avait été dans sa discussion avec Nico. Il avait beau se démontrer
a
lui-même la puissance victorieuse de l'amour, de l'harmonie, de la lumiêre, il n'arrivait nia
con~aincre les autres ni à se con-vaincre. 4f
/
Sap père le qual Hie de benêt et ne peut com~rendre son
atti-tude; entre eux s 'établ it un dialogue de sourds. Le vieil homme bHme
son fils "de ne pas voir ce qui lui crêve ,les yeux" 5. A ce
reproch~,
Yves-Marie répl'ique: "Est-ce' que cela ne vaut pas mieux que d'avoir6
les yeux crevés" . Ainsi il refu.se ce qu' il j~ge un état ct',inconscien':' 1
ce et de mensonge. Dans sa soif d'authenticité, il se demande si sa
, \
vie a plus de sens parce qu'il travallle pour une agence de publicité
ou parce' qu'il participe
.
.
a
des réunions politiques. Finalement, il constate que son mode de vie n'ést ni pl'us valorisant ni iplus noble que,
celui de la concierge qui accepte des pourboires ou de sa soeur qu~ se
'"
fait entretenir par ses amants. En fait, il souffre de voir 1 'indiffé~
rence dominer les relations entre les êtres alors qu'il'voudrait lui
- substituer l'amour. Sans recourir au suicide comme le fait Nicolas,
- 21
apporte aucune fierté.
Elevé, par des parents pour qui l'ordre. la religion~ le "qu'en dira':t-onll
tiennent également 1 ieu de modêle de vie, 'Stéphane a grandi dans une ambiance de sévérité et d'interdits qui l'a accablé. Ce héros du roman L'~mpire céleste se croit victime d'une inféfiorité innée. Au
"
cours de la guerre, il contracte une .maladie pulmonaire qui l'aTfai bl it physi'ql,lement et 'contribue
a
nourrir son sentiment de faiblesse face al) ( monde. Ainsi démuni, il subit les événements avec résignation sans pour autant en être dupe; Sa 'femme Louise prend un amant et il ne parvient~as
a
l~i en vouloir car il recon~aTt avoir été incapable d'entretenir " avec elle' des rapports vivants. ~1artine, une vois.ine de 1 1 immeuble '--J' ,
tombe amoureuse de lui et il trouve en elle une camarade
a qui se con-'
fier. C'est avec nonchalance qu'il participe à des réunions littéraires, • qui ont lieu dans le restaurant nommé 111 'empire céle~te" quj donne son titre au rama'n .. Stéphane prend conscience de la 'médiocrité de sa vie mais, faute de courage et de confiance en lui, ne va pas jusqu'à se.dé-clarer en conflit ouvert avec la SOCiété~mme le fait. par exemple. Nicolas dans Les signes et les prodiges. Au lieu de lutter et de cher-.
,..
cher
a,
s'affirmer, il découvre un expédient: écrire son journal intime. Cette ~ctivité devient pour lui une évasion, un voyage hors du temps, en somme une so-rte de -remèdea
son ,mal de vivre. Désormais le J]assé.tf
-·l'avenir c!eviennent des entités qu'il peut nommer:
Stéphane écrit, Il écrit comme il parle, avec fidélité, avec plaisir; son écriture est aisée. son style est courant. il n'y a pas de ratures. L.es mots
\
1>
,
"-, 1
J '
22
-coulent 'de source, les récriminat\ons i"'empl;-fient, deviennent nobles plaintes, l'aigreur quo-j:idienne se change en amertume,. les petits griefs ~ grands reproches: Ce journal est grave, le mot
~ésignation, le mot Mort y reviennent souvent. 7
,
Bientôt'il se sépare de sa femme et essaie oe comprendre les
.
ann~es médiocre~ passée~
a
se d~tourner de son malaise, de sa réalité~de son ,corps malade. Il sent,qu'il lui faut désormais changer
d'atti-tude, s'assumer; mais il n'a pas le tem~s d'y parvenir, Rejeté par sa
famille et son amie Martine, il doit affronter la per'spect'i,ve d,lune mort
prochaine. Dépass~ par un monde qui ne le comprend pas et avec lequel
o
il ne peut communiquer, résigné, tel appa\aît Stéphane, totalement seul
\
dans le ,sanatorium' 00 il finit sa triste existence. Voici le portrait
final ~i nous est fait de lui:- JO
Tous contre lui, ses parents, l'oeil unique, Dieu lui-même et Louise et ~1artine. Tout s'est ,défait entre ses mains. Toujours cette
fàndamen-ta'l e injustice, qu l,en va in, avec des' mots et des 8 phrases, il a tenté de compenser. Il est va i ncu .
> ,
Finalement nous gardons de Sté~han:(" image d'un '\Qmme qui ne' parvient ni ~ définir'clairement son angoisse ni A lui trouver une
so-l
lution. A l'encontre de Yves-Marie, il 'trouve un alibi dans la maladie.
~
Il 'croit fU"ir sa crise existentielle en se réfugiant dans le sanatorium.
Dans ce même rpman, appara1t également' un second héros qui tra-'
verse une cr'ise de conscience. Peintre renommé, Henry n'est pas' pour
23
-il n'en continue pas moins de se mettre en question. Et cette atti'tude est ressentie par lui comme ayant une valeur intellectuelle~~
A cinquante ans, la vie avait joué ~ Henry Stas1 un'drôle'de tour: il était devenu comment dire: intelligent. C'était du moins ainsi qu'il qualifiait
S'a~"maladie~' 9., 1
Quoi qu'ayant obtenu l a riche~se et l e succ~~ profess ionnel ,
,
Henry n'a pas l'impression d'être comblél Au contraire, il sent un vide ~
se creuser progressivement en lui, Il nomme cette insatisfaction "la crise", Ell~ s'empare de lui chaque fois qu'';l observe ceux qui
l'en-.
tourent, car il lui semble toujours redécouvrir leur médiotrité. Sa
~olonté de lucidité le conduit finalement au néant. Il met lui-même
fin ~ ces "cris'es" en se trouvant un rôle nouveau ~. jouer. D'abord il
a fui ce malaise grandissant dan~ des aventures futiles comm~ sa rela~ \
tion avec la jeune et frivole Sylvia. Mais nous le voyons bientôt se consacrer entièrement
a
la protection de sa mattresse Louise.dernière qui vient de
' )
tection chez son nouvel amant: Mais Henry veut alibi, uni
raison~de
vivre. Il pense donc, par.
est une femm~'d~pendante, nécessitant l'aide et la présen com-pagnon. Ain~i, Henry cesse de chercher un véritable remède à son mal .
.
Il se leurre en croyant avoir trouvé une sol u,tion car vivre ayec Loui se
~ ne signifie pas qu'il va trouver son équilibre intérieur. Sa relation avec elle ~st un simple pr~texte pou~ donner un nouveau cours
a
son-\
. ' ex i stence.
, ~ '~.r ;1 f 1-,
t
" '•
- 24 - • ,/Klaes Van 8aarnheim est un
~éros
de ., 'oeuvre quef.on compare ( souvent au père Goriot de Balzac. En effet, dans le roman Les mensonges, Françoise ~~allet-Jo.ris a su cr~er un personnagea
qui'sa richesse donne
'"'--un pouvoir éc'rasant sur les pauvres et les dém'"'--unis qu'il exploite· par
.
pure passion. Caissiers, secr~taires, comptables,. domestiques et pa-rents, tous sont transform'és en bouffons par le commerçant. Ses em-ployés, ses serviteurs et sa parenté compose~t" l'un ivers de l'important brasseur. t-lais un membre de sa famille, échappe pourtant â son contrô-le; il s'agit de son neveu Philippe'. Ce dernier, en,effet, est le seul
"
~ voir la complexité des "bonnes actions" de son oncle. Qua~d celui-ci, qui s',entoure volontiers d'employés affligés de difformités, ,transforme sa maison efl un véritable asile pour les défavorisés, les boiteux ou 1es\épileptiques, ~hilippe sait voir 1e~ obscur~s motivations de cette
,
.
apparente générosité. ,. Il interprète à sa' juste va 1 eur 1 es actes ,de
~-3
lui qui veut imposer une lmage de bienfa,iteur. Non sans fiel, il
dénon-ce, l't'intention profond~, qu.t motive le choix de son oncle:
.
Un infirme est un être tellement plus vulnérable,
10
plus facile à attendrir,a déguster, qu'un autre l'1omme!
Coll a borateur de Kl aes Van Baarnheim, Phil i ppe acqui ert dans 1 e
/~
monde du commerce une corinaissance des !tres. Sa remarquable finesse de
,
perception qu'il sait util i ser avec beaucoup de discrétion lûi vaut d'être très vite sans i11,usions; A quarante ans, il est blasé. Les
dé-b~uches provinciales, les tromperies d'intérêts, les ruses d'hommes
d'affaires et leurs strata.gème'f'n'ont plus de secrets pour lui. 'Sa
" \
. '
• 25
-clairvoyance exceptionnelle le place au-dessus des convoitises dont il pourrait tirer avantage en tant que conseiller du, grand patron. Par
, , , " .
'ailleurs, li l'approche de la mort de ce dernier, Philippe apparaH comme ~,-, 3,;, .. '-...
exerçan't un ascendant particulier sur tous les membres de 'sa famille.
,
parce qu'il est indifférent
a la question de l'héritage. Sa soéur et
son fr~re attendent la mort du vieux commerçant pour se partager sa
"
fortuJ)e. Philippe comprend leurs sentiment~ mai"S-n'arriv'e pas li les partager. D'autre pa rt. il ne va it pas sa propre i nd ifférence comme un avantage, bien au contraire:
.
, 0 '
Au fond, c'est une façon comme une autre d'a imer ,la vie. Si seulement, je po'uvais arriver
a aimer
vraiment l'argent, je, m'ennuierais moins. 11
Ainsi par diff~rentes voies, Philippe est amené li ne pas
parta-ger"'la même conception de la vie que ceux qui l'entourent. Se~ prébc-1 )
p
prend, par exemple, un grand plaisira
cupations sont ailleu~~..
"
analyser les vlsages.
a
percer le~ êtres, ! comprendre leurs pens~es
"-intimes. Il passe beaucoup de temps
a observer son entourage et
a,
se faire une opinion sur ceux qu'il cc5toye. La seule personne 'qu'il admire, \ ' 1
cle~t sa ma1'tresse Clara, agée de cinquante ans .. Pour celle-ci, la vle
se limite
a des séances chez la masseuse,
a des régimes
a
suivre,a
des achats de cosmHiques, le tout visanta
feindre, sans grand espoir, une jeunesse qu'elle a perdue. Philippe admire Clara parce qu'el\le a la même lucidité que lui. Elle n'ignore pas en effet. que ses efforts pour parattre jeune et belle seront bientôt vains. Mais elle a la forc'e'\
\
\
o
1 ,
- 26 - ,
de combattre et de s'accrocher ~ la vie en attendant le jour de
la'd~-faite qu'elle accepte à'avance. Philippe comprend Clara et admire la parade provisoire dans laquelle elle figur'-en toute conscience:
C'~tait ce courage qu'il aimait en elle, et cette
façon de porter sal~laie en ple.in jouy-, de l'établir àux yeux de tous.
Il lui arrive de comparer Clara au vieux K1aes qui réduit
~ga1e-ment sa vie
a de nombreuses transactions commerciales et qui s'ento,ure
toujours d'une' foule de parasites. Phil ipp~, comprend que comme Clara, Klaes cherche ainsia donner un sens
a la vie. Il les regarde
f~ire,
. avec un amusement mêlé parfois d.'un peu de commisération. Mais il ne
, ,
s'identifie jamais
a eux car lui ne jùue pas
à ces jeux-la. Ce qui l'aidea
être différent d'eux, croit-il, c'est le fait d'êtr.e pauvre. Il considère en effet cet état comme une bén~diction. Dans sa vision des choses, ni l'amour ni T'argent ne dùrent. Par contre, la lutte, quotidie~ne po~ vi e offre des réa'l ités ind i scutabl es' et fidêl es
·,.qui protêgent des ,accablantes interrogat.ions métaphysiques. C'est ainsi qu'il ~tfirme:
\
Dès qu'on n'a plus faim, arrivent les prétextes,' les menson?es, et la métaphysique, Dieu, l'opium d~s
'ri ches.. . 3
Contrairement aux autres personhages masculins que nous avons analysés jousqu'ici. Phil ippe se c·roit protégé ,des vices de son entoura-ge et juentoura-ge q~i n'a pas
a travestir sa vie.
C'est pourq.uoi, il refuse'"
1
- 27
, ,(10
..
11 exempl e. Dans cette sorte d'ascétisme, Philippe trouve un équilibre :>
sinon le bonheur que sa lucidité impitoyable lui refuse. Il demeure
.
.
celui qui comprend parfaitement son entourage tout 'en étant différent ,
"-de lui et qui accepte sa marg'nalitG.
Trois âges de la vie sont troi-s histolres de sorce 11 e'ri e que
leur' forme semble d'abord devoir éloigner des romans de l 1 oeuvre.
Ce-F
-pendant efil les analys,ant. ngus constatons que l a na rratri ce y présente
des personnages également préoccupés de trouver leur vérité. LI auteur
"--se "--sert par exemple de 1 a sorcellerie pour poursuivre son proc~s de la
-vérité. Dans le récit intitulé "Jeanne ou la révolte", l'héro1nè est présentée comme une curi euse sorcH!re, pl us troubl ante par" son apt itude
à la divination que 'par ses actes de sorcellerie. En fait, ~lle passe
en justice pour avoir fait l lamour dans une église avec un inconnu. t1ais ce qlii la rend encore plus marginale clest sa révolte contre toutss l es formes de l 1 ordre. La sorcell eri e appara tt chez ell e comme un
pou-voir qui lui permet d'actualiser sa révolte.
Jeanne lq sorciêre ne
p~ut êtr~
èomtrise par les' autresvilla-geois puisqu'ils ne pénêtrent pas dans son monde. Cependant, le juge
Cl aude dl Offay parvient ~ la comprendre car c lest un homme profond,
ré-)
fl échi et ouvert. Le jugement qu 1 il doit rendre au sujet de Jeanne
provoque en lui une rem; se en questipn de toutes ses opinio'ns
personnel-les et professionnelpersonnel-les . . Dans son intérêt qui se développe pour la
"-. '
, f
...---~-~---.
,Q
. 28
-sorc,i~re, il distingue-yn élément qu ' i1 Jva'lo,ise, un besoin de se dé-finir, de se retrouver lui-même. Avant sa rencontre avec Jeanne, il
cherchait sa 'vérité dans des Soirées pas'sées 3. lire la Bible.
L!occul-tisme sous toutes ses fonnes le fascine énormément car il essaye
tou-jours de comprendre- et de dépasser les limites de 1 1 homme. Il est
,troublé par la persQ,nna1it~ ambigu/:! de Jeanne; mais elle exerce aussi sur lui' une s~duction. Poar mettre fin â s~s hésitations, il décide d'émettre, un verdict rapide: c'est une sorcière, il faut·1a brûler
sans p~us tarder. l'l sait que les braves paysans du 'vil1age se rendor-mir'Ont en paix. Cependant il se souvient des paroles de la $orcière
a
l'endro'it des villageois: "Les avez-vou~ regardés? Des morts. Des~
morts-vfvants" 14. Et il ne peut fa i~ autrement que de partager son
opinion sur eux. Pourtant ,"1e 'juge .d'O-ffay, 1 désireux de satisfaire son
li . 0 '
entouràge livrera' Jeanne aux b~urreaux.
-Nous cons,tatons encore une foi s que Cl est toujours 1 a mass'e
ignorante qui 1 1 emporte sur l'é1 ite 'lucide, 'mais sans pouvoir,
repré-sentée par l'.indi,v,idu. Et ,cet/impuis~ance 3. slassu.mer,
a
s'il!1posér revient comme un leitmotiv conclure tous les destjns masculins'desécrits de Franç~ise Mallet-Joris.
,
Clest encore la quête de la vérité que nous'retrouvons dans
Le,jeu du souterrain. Elle prend la une forme concrète puisque tous
, 1 es personnage!s su ivent avec intérêt la recherche dl un trésor' qu 1
entre-prend Pierre Sorel, dans un vieux château. Cette nouvelle est diffusée
, j
\,
o '
~
-
,29
par ,!.ln journaliste, Gerry, photographe d'un magazine de mode. Ce
dey.-
---.
Dier s'intéresse
a
cette course au tré's,or parce qu'elle symbolise,pour lui la recherche d'un mystère que l'homme essaie', sans ,succès, deper-cer mais qui toujours le dépasse. Il admire Pierre Sorel parce que,
~ii~il, son entreprise lui rlPpelle des rêves de son enfance. L'atti-tude de Gerry passe pour candide et na~ve aux yeux de son collègue. 'Robert,
a
qui il lit l'articfe'''''qu·il veut publier sur le sujet. On lui reproche d'employer des lieux cOlTl11unsOet d'utiliser en par,ticulierl'expression "rêves d'enfants)' •. A ces c.emarques, notre personnage
ré-pond avec un naturel déconcertant e,n affirmant qu'e 1 es tournures de
~,
phrases qui ont la faveur de tous sont ,celles que préffte l'écri-Ikin.
1
,
Cet lncideht met en évidence la marginalité de Gerry, qui par
ses réactions naturelles et simpl'es, par sa foi' en l'enfance en
parti-cul ier, par so,n idéa) isme en général et
a
l'occasion son indépendance,
, d'esprit, s'éloigne de sO,n entou~ag~ .. Cela fe conduit ~ être
considé-ré
par--
les autres commé un anor.mal, une sorte dÎinfinne. Voici commenti1 est présenté dans 1 e roman:,
Tout le monde consulte son horoscope, beaucoup de gens 1 isent "Sélecti.on", des femmes ,remarquables écrivent au 'Courrier d\-! coeur, des savants doivent lire des romans-feuilletons"et-des musiciens trouver leur inspiration sur les ondes de Radio-LuxembolIl1[ --, du moins c'est possible --. Mais Gerr.y est le 'seu'l
a. parler de ces choses la s,ans ~vergogne. Une sorte ' 'd'infirme. Quelque chose lui manque. o'Une pudeur
so-ciàle. 15 ,
Gerry ne s'inqujète guère des opinions que les gens ont de lui.
, , " ri l'. ! ) 30 -•
Au tra va
il,
quand il sugg~re une mi se en page, une idée de reportage,• 1
c'est par amusement et ingéniosité candide. C'est ce trait de carac-têre qui fait de lui un incompris, un être différent des autres. Il aime se dévouer sans ambition personnelle. Par ailleurs il croit à
...
l'amour et il est montré comme profondément ému quand sa fiancée Carole'
répond affirmativement ~ sa demande en mariage. A l'encontre des au-tres personnages mascul ins en quête de vérité'j Gerry n'est en fa it ni
un toumenté ni un angàissé. Il est lucide et con~cientode la diffé ... rence qui le'':.''''sépare des autres personnes . . Il semble qu' il soit arrivé
a
une ma1'trise de soi et ~ un équili.bre par le chemin l'e plus paisible et le plus facile. Il demeure un être authentique et naturel, toujour~près de la réalité qu'il saisit en sachant percer les apparenc:es.
Parmi les nouvelles comprises dans le recueil Cordélia. celle intitulée Le souterrairn rappelle un peu le sujet du roman Le jeu du ~ souterrain. Ce dernier apparaH comme l'élaboration de la
courte nouvelle. Les·personnalités de Richardet de-Gerry se ressem-blent. En effet, dans Le souterrain, Richard fait figure du faible qui o perd sop.temps dans la recherche d'un souterrain d'un vieux château .... , inhabité. Mais, au cours d'un week-end passé avec des amis dans un
chalet, il parvient
a
se revaloriser aux yeux de Fanny qui n'a voulu leg.
suiVre dans son souterrain que par curiosité. El le arrive â comprendre bien vite que Richard ne parle pas beaucoup mais qu~ c'est un homme
a
l'esprit créateur. RiChard transforme ra recherche en une activité~
Il n'hésite pas
a tout essayer pour découvrir
31
-00 m~ne le souterrain. Se sentant sous-estimé par tout le monde, il
voit dans cett5,eenture un prétexte pour se réhabiliter face il son ~~ tourage. Ainsi i rrive
a
dépasser son sentiment d'insuffisance gri~ce, - 1
à ses fouil1es q . deviennent pour lui. un défi et l'occasion de mie~x se connaHre.
Cette quête d'un bonheur i ntéri eur, d'une auto-ctiti que
plus d'ampleur-et d'importance dans(le milieu plein d'effervescence
mon-o - •
1
daine 00 s'agitent les personnages de Dickie-Roi. Dans ce romal1i, la 1
- - 1
narratrice fait évoluer les destins de nombreux" héros et"les décrit pa-'
- ' =-
7
rallêlement. Ils ont tous des personnal ités três vivantes parlee que l'auteur les a analysés en profondeur. Par
ailleur~-,
ce son' des per-sonnages qui se rejoignent dans un modé- de vie commun et un continuelle remi se en question.~oger Jannequin est m~decin de-la vedette
Roi pour pouvoir payer ses dettes. En, _effet, quand il Hait étudiant
en médecine, son frère ainé Paul a quitté l'écol e et a èommencé, à gagner R ger a toujours eu d,es sa vie sous l es yeux admiratifs ~e ses parents.
doutes quant aux moyens util isés par Paul pour dans ses affaires,
"'.
car ce derni er changeait souvent de métü;r mai il tient, par puritanis-me,
a
rembourser erltiê'rement l'argent que son frère a payé pour se's étu-des de médecine. C'est l'unique raison qui mo.tive sa présence auprès -.
du chanteur et de sa tro~pe qu'il ne cesse d'observer avec ~ne grande lucidité. Ainsi pendant une conversation entre Dickie-Roi et son im-présario Alex, Roger les ~garde et pense avec colêre:..
1. ::::.; 1 \ J' _ / , • J
.
,/
o \\
.
," "Apprentis sorciers: Ils" lui avaient assez
re-"
battu les oreilles de l'univers de la !'scèné", de la "magie du spectable", de leur supériorité de bateleurs. Ils se croyaient invulnérables. du moins à ce qui détruit le commun des mortels. Ils avalaient des drogues comme des caramel$ mous,. hallucinaient les foules avec des rengaines pour demeurés, faisaient leur choix dans un , troupeau de filles hystériques, et d'un geste susci-. t-aientsusci-. voitures, piscines, hôtel de 1uxesusci-. et cette f~r-"
~€ur ~ébétée sur des centain~s de visages abrutis .
. Ainsi plon~é dans tq,ut ce qu'il refuse, la familiarité., la'vul-garité, , ',argent fa~i1em~nt 9agné (car Dickie-Roi n'a' pas réellement bés,oin d'u,~,,~édecinu). Rager ne peut s:empêcher de poser sur ce milieu
. '
magi que du spectacl e un regard··sévè~., Etant Il a personne qui côtoie 1 e plus près Dickie-Roi, Wobserve 'cè dernier et n'est pas dupe de l'ima-ge que la star projette sur ses nombreux admirateurs et admiratrice~.
En outre'il désire provoquer une prise de conscience chez l~ chanteur
o , '
et pendant qu'on le maquille; qu'on l'habille, le médecin Se dit
a
lui-même: "Ca lui ferait du bien qu'on le secoue un peu". Et quànd il n'en~
veut pas
a Dîckie-Roi, Roger JannequinJe plaint et pense:
\ ~
Pauvre vedette, que chacun bichonnait comme un
animal, et c.hacun revenaiquait sa part, comme un ca- , pital réparti entre des actionnaires... Pauvre roi
®.nt 1e p~aisir·essentiel est d'avoir droit de rester 17
seUl
dans sa .chambre et d' Y man.ger une gl ace . , r~i kado .'
"
G'est ainsi que Roger juge Dickie qui est pour ses fans un Dieu,
'"
, lun guéris'seur de maladie, qui' apporte un message de paix et de bOFlheur.
,
Le médecin qui le vÇ)it de prês sait.que l'~mage du beau jeune homme qui
o incarne l'amour et la joie de vivre n'est qu'un masque. Il est indigné
par l' irrationnal ité qui domine chez les être insoucia'nts qui l'entourent.
)
..
.'