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L'Action universitaire – vol. 12, no 7, mars 1946

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D PAUL M. CRU : LA BELLE FRANCE ÉTERHELLE D n JACQUES MATHIEU : LmÉRATVRE DISSOLVAKTE • D DEAN C. R. YOUNG : THE EDVCATIOK OF EHGIHEERS D

n JEAN-PIERRE HOULE: INTERVIEWS D JEAN HOUPERT : LES COURS DE VACANCES DE LA

• FACULTÉ DES LETTRES D n REX DESMARCHAIS : CLIMAT DE CULTURE D

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Association Générale des Diplômés de l'Université de Montréal

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COMITÉ E X É C U T I F : M. Jules Labarre, président ;

M. J.'A. Lalonde, ler vice-président ; M. Gérard Pariscau, ic vice-président ; M. E. Maesicotte, secrétaire :

M. Henri Gaudefroy, trésorier ;

M. René Guénette, président du Comité de Publication ;

Dr L.-C. Simard, président sortant de charge ; Dr Stéphen Langevin, ancien président. CONSEIL GÉNÉRAL :

Le Comité Exécutif et les délégués suivants : Agronomie : M. Gustave Toupin et Roméo Martin ;

Chirurgie dentaire : Dr Adolphe L'Archevê-que et Dr Gérard Plamondon ;

Droit : Me Dominique Pelletier et Me Mau-rice Trudeau C.R. ;

H.E.C. : M. Jean Noiin et Lt. Col. Urgcl Mitchell ;

Lettres : M. Jean Houpert et M. Guy Frégault ;

Médecine : Dr J.'A. Vidal et Dr Roma Amyot ;

Médecine vétérinaire : Dr G.-T. Labelle et Dr J.'A. Viau ;

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Pharmacie : M. Rodolphe Dagenais et M. Léopold Bergeron ;

Philosophie : M. l'abbé J.-Bernard Gingias et M. Gérard Barbeau ;

Polytechnique : M. Roland Bureau et M. Marc Boyer ;

Sciences : M. Roger Lamontagne et M. Abel Gauthier ;

Sciences sociales : M. Paul Galt Michnud et M. François DesMarais ;

Théologie : M. l'abbé Irénée Lussier et M. l'abbé H.-G. Palardy ;

Le président de l'Asociation générale des étudiants ;

Trésorier honoraire: l'honorable Henri Groulx; Vérificateur honoraire : M. Jean Valiquctte (H.E.C.)

Administrateur : M. Jean-Pierre Hoxile. rice Trudeau, C.R.

Aviseurs légaux : Me Roger Bronard, C R., Me Damicn Jasmin, C.R.

-VOH-COMITÉ DE PUBLICATION :

M. René Guénette, président ; MM. Roger Bcaulieu ; Rex Desmarchais, Raymond Des-Rosiers, Roger Duhamel, Alfred Labelle, Léon Lortie, Jean Nolin, Fernand Seguin, M. l'abbé J.'Bernard Gingras.

COMITÉ DES RECHERCHES :

Dr Louis-Charles Simard, président ; Mgr Olivier MaurauU, MM. Roger Brais, Jean Bruchési, Louis Casaubon, Gérard Pari2,eau, Dr Georges Préfontaine, MM. Paul Riou, Jacques Rousseau, Iules Labarre, secrétaire.

COMITÉ DU FONDS DES ANCIENS : M. A.-S. McNichols, président, Sénateur Elle Beauregard, Juge Séverin Létourneau, Docteurs Stéphen Langevin, Louis-Charles Simard. Ernest Charron, MM. J.-Edouard Labelle. Osvvald May-rand, Alphonse Raymond, M. J.'A.-M. Charbon-neau, Me Émery Beaulieu. M. Etienne Crevier, secrétaire ; Gérard Parizeau. trésorier.

-t-O-t-L'Action Universitaire est l'organe de PAssocication générale des Diplômés

de l'Université de Montréal.

Les articles publiés dans l'Action Universitaire n'engagent que la responsabilité de leurs signataires.

Rédacteur en chef : JEAN-PIERRE HOULE

Rédaction et administration : 2900, boulevard du Mont-Royal, Tél. AT, 9451 Service de la publicité : Raymond DesRosiers.

Impression et expédition : Imprimerie Pierre Des Marais, Montréal, P.Q. Abonnement : $1.00 au Canada et à l'étranger. L'Action Universitaire paraît chaque

mois, sauf juillet et aoijt.

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La belle France étemelle Paul M. Cru 2

Littérature dissolvante Jacques Mathteu 9

The Education of Engineers Dean C. R. Totmg 12

Robert Charbonneau, de l'Académie canadienne-française et

Jean-Paul Vinay Jean-Pierre Houle 14

Les Cours de vacances de la Faculté des Lettres Jean Houpert 22

Climat de culture Rex Desmarchais 25

Échos et Nouvelles 29

Volume XII - IVa 7

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LA BELLE FRANCE ETERNELLE

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Instrucleur i!e Iranças au Hunier r o ' e i e , N.-'i. Diplômé de l'Éco'e des Beaux-Arls de l.^on

Depuis la lin de la guerre, les jour-n a u x américaijour-ns rapportejour-nt parfois des faits aussi surprenants qu'attris-tants sur les relations des troupes amé-ricaines et de la population française. Au Havre, à Rouen, à Marseille, il y a eu des rixes, des b a g a r r e s avec des morts et blessés, et l'explication qu'on donne avec une espèce d'excuse à ces faits divers navrants c'est q u e des sol-dats désoeuvrés avec de l'argent dans la poche ne peuvent guère se distraire sans aller un peu a u café. Q u a n d après la dure épreuve d'une longue et d a n g e r e u s e c a m p a g n e , on peut enfin se reposer et se distraire dans une g r a n d e ville française, il faut bien en profiter. La France n'est-elle pas célè-bre pour sa gaîté, son insouciance, sa légèreté, pour la bonne vie qu'on y mène ?

On se représente assez bien le jeune américain après les triomphes de la délivrance, essayant d'explorer Paris pour y découvrir les plaisirs rares et raffinés dont il avait entendu telle-ment parler, et ne trouvant partout q u e des gens en deuil, affaiblis par la m a u v a i s e nouriture, énervés par toutes les misères et les humiliations de q u a -tre a n n é e s d e terreur, effrayés par les prix ruineux de toutes les choses les plus nécessaires à l'existence et

dé-moralisés par le scandale de l'impu-dent marché noir. Parmi ces gens qui ont tant souffert, il y a malheureuse-ment toujours des égarés, n ' a y a n t plus de scrupule et qui offrent a u jeune soldat américain de le conduire a u x endroits où l'on s'amuse, et de l'aider à se débarrasser le plus vite possible de ses b e a u x dollars.

Le résultat de cette q u ê t e du plaisir dans un temps si peu favorable, fut pour le p a u v r e garçon un très cruel désappointement. Dans le moment d'amertume intense qui suit la perte de belles illusions et de b e a u c o u p d'argent, il ne sut q u e répéter à qui voulait l'entendre : "I want to go home ! . . . I a m sick of this Parée ! . . . The French are a pack of robbers !"

Voyez les numéros de certains ma-gazines illustrés de ces derniers mois, et vous comprendrez les lamentables amusements qui s'offraient à ce jeune garçon trop confiant et trop assoiffé de plaisirs inconnus. En voyant les photo-graphies d'un réalisme choquant de ces revues, montrant ce p a u v r e jeune soldat perdu d a n s une g r a n d e ville étrangère, qui ne serait comme lui, dégoiité, é c œ u r é des mêmes étranges découvertes et désireux comme lui de vite retrouver la b o n n e et saine atmos-phère de notre "home" ?

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-Mais d e s gens cyniques diront qu'il n'y a rien de n o u v e a u à cela, l'être h u m a i n étant le m ê m e partout et tou-jours. Après un temps de d a n g e r il cherche le plaisir a v e c avidité et com-m e il doit s'y attendre, il ne trouve jamais q u e d'omères désillusions. Le soldat victorieux, acclamé, a i m é com-m e un libérateur est forcécom-ment étourdi p a r les acclamations et il est naturel-lement porté à prolonger la fête. Le besoin de se détendre est si impérieux qu'il ne distingue p a s l a valeur fine ou vulgaire d'un a m u s e m e n t . Il ne com-p r e n d com-p a s l'imcom-possibilité de goûter un vrai repos, u n e joie parfaite a u milieu d'un p e u p l e encore tout endolori par u n e effroyable et trop longue souf-france.

Cette pénible expérience des soldats américains en France est un sujet di-g n e d'être médité. Observons, tout d ' a b o r d q u e sans doute un très petit n o m b r e seulement a été déçu. Les heureux,- comme toujours, n'ont p a s d'histoire, et q u e l q u e s m a l h e u r e u x criant très fort suffisent à faire croire q u e le m o n d e est bouleversé.

Pourtant il est bien triste q u a n d m ê m e de penser q u e tant d e b r a v e s jeunes gens, d e ceux qui avaient été nos véritables s a u v e u r s sont revenus d e F r a n c e a v e c d e si m a u v a i s sou-venirs. Leurs reproches il est vrai, sont bien u n p e u puérils, mais montrent un m a l e n t e n d u infiniment regrettable. Ils mêlent d e s critiques g é n é r a l e s a v e c d e s r a n c u n e s personnelles pour des m a u v a i s tours qu'on leur a joués et ils racontent comment à telle ou telle oc-casion on les a volés, pillés, trompés, comment les Français s'habillent mal, comme leur vin est détestable et leur cuisine a b o m i n a b l e . Reproches péni-bles à e n t e n d r e q u a n d on pense a u m a n q u e d e nourriture et d e vêtements de la population française, mais re-proches p a r d o n n a b l e s à de jeunes

sol-dats a y a n t traversé le p a y s à la course en poursuivant l'ennemi, y revenant a p r è s avoir vu une Allemagne moins ruinée, mieux nourrie et nullement d é -primée. Par un d e ces curieux h a s a r d s de la guerre, ces jeunes américains trop g é n é r e u x envers le plus traître des ennemis, n'avaient p a s eu le temps de connaître son caractère et de se rendre compte de l'ignoble hor-reur de ses camps de concentration et de mort.

Pour expliquer cette manière trop partiale, trop rapide et trop superfi-cielle de juger les choses, on peut se d e m a n d e r si l'éducation de cette jeu-nesse n'avait pas été faussée en ce qui concerne la France.

Dans les écoles et collèges en Amé-rique on enseigne bien la l a n g u e fran-çaise, mais les élèves, en g r a n d e majorité, ne l'étudient q u e très r a p i d e -ment, donnant toute leur attention a u x sujets qu'on leur dit être de première importance, les mathématiques, les sciences, les affaires. En Amérique, les éducateurs ont trop d é d a i g n é et m ê m e souvent combattu l'enseignement des l a n g u e s étrangères. La guerre ne sem-ble p a s avoir fait c h a n g e r les idées d e ces p é d a g o g u e s a u x vues étroites. Car aujourd'hui encore d a n s un monde qui cherche à s'unir, à se comprendre, ces chefs de l'éducation, véritables souve-rains d a n s le domaine d e l'instruction, ne pensent q u ' à former des financiers et des commerçants, sans voir q u e le défaut d'un m a n q u e de culture artis-tique et littéraire, l'ignorance trop com-plète des civilisations étrangères, n e peut produire q u e des générations d e xénophobes égoïstes qui se mépren-dront d a n g e r e u s e m e n t sur leur rôle d a n s le monde. Car ils ne pourront r e g a r d e r les a u t r e s peuples q u ' a v e c le dédain des gens prospères se croyant supérieurs p a r c e qu'ils ont le confort matériel.

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Ces jeunes gens qui reviennent de France, dont quelques-uns ont certai-nement déjà un peu cette mentalité, ont passé à côté de merveilleuses cho-ses sans les avoir vues. Ils ont peut-être cherché "la belle France" dont ils avaient entendu parler, mais ils ne l'ont pas trouvée. Car leur idée de "la belle France" était fausse au commen-cement. Ils se la représentaient sans doute comme un pays de cocagne où l'on s'amuse toujours, où l'on boit du Champagne à tous les repas, où il y a partout des cabarets, des bals Ta-barins, des Moulins Rouges, où l'on fait la noce sept jours par semaine.

On dit d'ailleurs trop facilement "la belle France" en sous-entendant un peu tout ce qu'on veut. On ne sait guère en général ce q u e cela veut dire ; paysages, villes, climats, ou moeurs faciles, vie joyeuse à prix très bas, dîners de princes et Folie Ber-gère tous les soirs ?

C'est peut-être à cause d'un malen-tendu sur ce point que b e a u c o u p de touristes autrefois comme les jeunes soldats aujourd'hui revenaient assez désenchantés en Amérique, gardant une sotte et enfantine rancune à la France de ne p a s leur avoir donné tout ce qu'ils attendaient d'elle.

Ils étaient lassés de leur séjour à Paris, fatigués d'être promenés en plein mois d'août, à travers des mu-sées, des cathédrales, des palais. Ils ne voulaient plus entendre parler des longs circuits a r r a n g é s d'avance, sans surprise ni imprévu, un jour à Nice, quelques heures à Evian, à la Bour-boule. Partout les mêmes hôtels et de longues et fatigcmtes heures en auto-car. Ils voulaient vite rentrer chez eux. "I want to go home" disaient-ils aussi. Ils avaient d e m a n d é expressément et on leur avait fait visiter spécialement des endroits curieux, des cabarets aux drôles de noms, le Chat Noir, le Rat

mort, l'Âne Rouge, le Panier à salade. On les avait menés d a n s des caveaux, dans des prisons de reine, dans des ateliers de cubistes et d a n s des repai-res d'apaches. Mais tout cela sentait l'artificiel, le faux et l'article "mélo-d r a m e " pour touristes. Déçus, ils se disaient qu'on s'était moqué d'eux a v e c ces farces. Au bout du compte ils ne sentaient q u ' u n e a c c a b l a n t e fa-tigue et tout dansait d a n s leur tête, ce qu'ils avaient vu au Louvre, comme a u cabaret des Quatr'z'Arts.

Les voyages sont toujours fatigants et les belles choses peuvent étourdir q u a n d on les voit trop hâtivement. Et puis il y a cette mystérieuse nostalgie, étrange ennui qui poursuit le voya-geur p e u entraîné aux explorations lointaines. Plus q u e tout peut-être, cette nostalgie du foyer qu'on a quitté est la cause de ces coups de folie su-bite où le touriste épuisé, anéanti, se réveille en sursaut pour s'étourdir et d e m a n d e à g r a n d s cris du Champagne, de la musique et tout le reste.

Du chemin de fer, d e la g r a n d e route où passent les autocars on ne g a r d e qu'une impression pénible d e foules pressées, de bruit, de soleil torride et de poussière. Pour bien jouir d'un voyage il laut des loisirs, il faut aller lentement, il faut avoir lu q u e l q u e chose sur le p a y s qu'on parcourt, il faut avoir depuis longtemps fait la con-naissance des monuments a u moins par des gravures et des p a y s a g e s , par les tableaux des maîtres ; il faut con-naître les moeurs et les coutumes p a r des romans régionalistes et avoir a p -pris par toute la littérature q u e l q u e chose du caractère des habitants. Il faut en somme s'être p r é p a r é d ' a v a n c e à entrer en communion a v e c les gens et les choses qu'on v a rencontrer.

L'étranger qui a un peu de culture et le sens de l'observation est toujours frappé et e n c h a n t é p a r la b e a u t é de

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la France, p a r ses plaines bien culti-vées, ses forêts bien entretenues, ses m o n t a g n e s a u x aspects les plus variés, ses côtes rocheuses ou sablonneuses, ses vieux villages pittoresques, inspi-rations d e s artistes et lieux d'étude pour l'historien ou le linguiste qui s'in-téresse a u x dialectes. Ce v o y a g e u r u n p e u instruit, a d m i r e les villes pleines d'animation, les b o u l e v a r d s plantés d'arbres, les jardins publics pleins d e fleurs, de fontaines et d e statues, les b e a u x cafés clairs et accueillants a v e c leurs chaises et leurs tables s'étendant le long des larges trottoirs. Il admire plus q u e tout les églises et les cathé-drales, j o y a u x inimitables l é g u é s p a r les siècles passés, les c h â t e a u x pleins d'histoires et d e légendes, les palais royaux, où dorment tant de souvenirs.

Mais est-ce q u e d'autres p a y s n'ont p a s de semblables merveilles ? Alors, le v o y a g e u r enthousiaste répond q u e c'est son doux climat qui fait le prin-cipal attrait d e la France, et en com-p a r a i s o n il citera le climat trocom-p com- plu-vieux d e l'Angleterre, trop sec d e l'Es-p a g n e , trol'Es-p c h a u d d e l'Italie, trol'Es-p froid des p a y s Scandinaves.

Pourtant les touristes fatigués, com-m e les soldats désoeuvrés, n e voient p a s tout cela ; mais ils r e m a r q u e n t fort bien le m a r c h é noir, le retard des trains, le téléphone qui ne m a r c h e pas, le m a u v a i s t a b a c et les allumettes qui n e s'allument q u ' u n e sur vingt pour vous suffoquer et vous brûler les doigts. Ceux qui avaient visité la France a v a n t la g u e r r e doivent remar-q u e r aujourd'hui un a b a i s s e m e n t de la santé g é n é r a l e a u physique comme a u moral. Ils ont pitié des vieillards, des femmes et des enfants qui ont faim, mais ils ne comprennent p a s q u e l'ad-ministration soit impuissante à empê-cher les vols et les pillages de colis d e nourriture envoyés d'Amérique, comme à surveiller le commerce des vêtements, pour en empêcher

l'expor-tation, dont le prétexte est q u e les articles de Paris sont plus q u e jamais d e m a n d é s à l'étranger. Evidemment ils sont trop portés à croire q u e tout le mal vient des Français eux-mêmes, et ils ne vont p a s se renseigner pour voir si des tricheries d e p a q u e t s se font aussi en cours d e route et m ê m e a u départ, du p a y s m ê m e d'où on les fait envoyer.

Il est triste d e voir cet état d e chose, a g g r a v é p a r des malentendus où le tort n'est p a s tout d'un seul côté. Car si les journaux américains reprodui-sent sans commentaires les opinions trop hâtives et p a r h a l e s de jeunes gens déçus d e ne p a s avoir trouvé la France à la hauteur de s a réputation de légèreté et Paris d e sa renommée de foire à plaisirs, il faut r e m a r q u e r q u e de leur côté les journaux français, même ceux qui paraissent en Améri-q u e ne font p a s une c a m p a g n e assez vigoureuse pour faire cesser le hon-teux marché noir, d'un côté et d e l'autre de l'Atlantique, pour dénoncer, sans distinction de nationalité ceux qui empêchent les précieux colis, portant d e b o n n e s et nourrissantes choses a u x petits enfants de France, d'arriver complets à destination. Dans tous ces vilains " c h a p a r d a g e s " de la nourritu-re des pauvnourritu-res, il ne faut p a s parler de nationalité. L'Amérique et le C a n a -d a sont les p a y s les plus g é n é r e u x -du monde et leur manière de donner est aussi magnifique, aussi touchante q u e ce qu'ils donnent. La France est un pays aussi noble et aussi libéral, com-me on l'a vu p e n d a n t l'occupation, où c h a q u e habitcmt secourait son voisin, cachait le persécuté, aidait la résistance. Mais il y a toujours de m a u -vaises graines d a n s le meilleur fro-ment, et les profiteurs sans scrupule ni pitié, ces m a u v a i s e s graines du m o n d e se trouvent d a n s tous les p a y s .

En parlant de ces pénibles choses ne leur donne-t-on p a s trop

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tance ? Est-ce qu'on ne les agrandit p a s démesurément, avec des commen-taires qui les exagèrent ? — Non ! car ce sont des innocents qui en suppor-tent les conséquences. Non ! car il est toujours bon de comprendre la cause d'un préjugé et de chercher ce qui porte tort à un peuple malheureux. Et c'est déjà soulager la misère de la France que de redresser son prestige en rappelant à tous, aux étrangers comme aux Français eux-mêmes, ce qu'elle est vraiment et d e dire très haut qu'elle mérite aujourd'hui autant qu'autrefois les b e a u x titres, q u e le monde entier lui a toujours donnés, de "belle" et d e "douce France".

Les vilaines habitudes, les démorali-sations, les mesquines fraudes, les b a s tripotages qui résultent de la guerre et de ses conséquences, famine, ruine, in-quiétude, énervement, fatigue, tous les abaissements moraux, les petites tores momentanées, trop visibles pour l'é-tranger mal renseigné, passeront com-me l'ombre et comcom-me le vent sans laisser la moindre trace.

C'est à cause de la faim et du froid q u e Paris aujourd'hui n'a plus le char-me d'autrefois. Mais le caractère na-tional se fortifie dans l'épreuve et de-main son courage et sa grandeur frap-peront tout le monde.

Le b e a u climat de la France reste le même, son sol est aussi riche, ses villes et villages, malgré leurs ruines, ont encore de fiers monuments et le Français, malgré ses misères, reste aussi ce qu'il a toujours été, vaillant, honnête, travailleur, inventif et géné-reux, a v e c en plus toutes ses ancien-nes vertus de patience et de persévé-r a n c e pepersévé-rfectionnées a u plus haut point p a r une des plus longues et des plus pénibles épreuves q u ' u n peuple ait jamais connues.

Le v o y a g e u r cultivé n'a jamais parlé d e Paris comme d'une gronde foire à

plaisirs et de la France comme d'un pays fatigant, coûteux et décevant à explorer. Mais pour bien la connaître il fout une certaine initiation. Il faut une autre culture q u e celle des clubs et des cafés-concerts pour aller à sa découverte et trouver les endroits où il faut se placer pour bien la juger, les lieux de douceur et de rêve où l'on a p p r e n d à l'aimer. Il faut une initia-tion pour goûter le charme infiniment mélancolique du parc de Versailles à l'automne, pour jouir de ses jardins, de ses jets d'eau, de ses escaliers de marbre rose, de ses g r a n d e s allées désertes remplies de tant de souvenirs. Pour le touriste a u x goûts d'artiste le Mont-Saint-Michel, n'est p a s trop loin des boulevards. Il ne trouve p a s q u e cette merveille n'est q u ' u n e ancienne prison, d'où l'on n e voit q u e l'immen-sité des sables mouvants, de la mer agitée p a r le flux et le reflux des marées. Il n e se d e m a n d e p a s pour-quoi il faut aller visiter Chambord, Chenonceaux, en faisant des arrêts ici et là, d e longs détours p a r Blois, Loches, Azay-le-Rideau et Chaumont-sur-Loire. Il ne v o u d r a p a s être, tou-jours et partout, a c c o m p a g n é d'une b a n d e de ses compatriotes incapables d'aller seuls à la découverte des belles choses et qui docilement suivent leur guide toujours pressé en écoutant ses descriptions mélodramatiques d'un air ahuri. Il ira à O r a n g e , à Aix-en-Pro-vence, à Saint-Rémy, à Nîmes pour le simple plaisir d e voir de vieilles pierres cassées, craquelées, bosselées, des co-lonnes brisées, des t o m b e a u x a u x ins-criptions effacées. Il fera s a visite aux arènes les jours où il n'y a point de fête et point d e foule afin de mieux voir d a n s la solitude et le silence les traces sanglantes des martyrs

chré-tiens et non p a s celles des récentes courses de taureaux. Il n ' a u r a p a s peur d'aller par-delà les déserts de la C a m a r g u e pour faire un pèlerinage à

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cette ville de l é g e n d e , à cette é t r a n g e et mystique cité d'Aigues-Morte qui semble dormir a u x bords de ses mornes é t a n g s illimités. Là il ne d e m a n -d e r a p a s ce q u ' o n joue a u cinéma, ni où se trouve le music-hall ; mais il ira rêver sur les remparts, en contemplant la splendeur d'un soleil couchant, cherchant d a n s le m i r a g e du riche cré-puscule les nefs ornées des fleurs de lys d'or du bon roi Saint-Louis et les roses trémières a v e c les n é n u p h a r s blancs du jardin d e Bérénice. Il ne s'endormira p a s d a n s l'autocar, en tra-versant la région désolée des Causses, car il v o u d r a y découvrir les monstres et les fantômes pétrifiés qui restent de-bout parmi les murs d e blocs cyclo-p é e n s amoncelés cyclo-p a r les siècles avec l'aide du mistral, des a v a l a n c h e s , des pluies déluviennes et du Tarn capri-cieux polissant la pierre a v e c ses ver-tes e a u x tranquilles, ou les d é c o u p a n t a v e c ses flots furieux et s a u v a g e s , fl traversera à pied le Vercors p a r les sentiers des m a q u i s a r d s et p a s s e r a p a r des tunnels humides et des ponts branlants, pour aller vers les h a u t e s m o n t a g n e s d e l a Chartreuse et de Valneige chercher le refuge des anciens moines et la c a v e r n e de Jocelyn. H montera vers les h a u t e s Alpes en pensant a u x extases d e J. I. Rousseau devant les spectacles d e la n a t u r e et il a p p r e n d r a ce q u e c'est q u ' u n p a y s a g e r o m a n t i q u e en s'arrê-tant à un sommet pour contempler a u loin le lac d'Annecy, en écoutant le chant des c a s c a d e s et le sourd mugis-sement des sapins noirs montant à l'assaut des glaciers.

Tout le c h a r m e d e la belle France alors lui a p p a r a î t r a , qu'il se laisse con-duire d a n s le p a y s d'Oloron p a r Taine, d a n s le p a y s Basque par Loti, à Car-cassonne par Vioflet le Duc, à Avignon p a r Roumanille et Daudet, à Toulouse à Albi par Jean Paul Laurent, d a n s le Berry p a r G e o r g e Sand, en Lorraine

par Barrés, d a n s l'île de France p a r Corot et Daubigny. Les peintres, les poètes, les architectes, les s a v a n t s sont de meilleurs cicérones q u e les guides p a y é s par les a g e n c e s de v o y a g e s .

Je me souviens du fol élan d'enthou-siasme d'un jeune ami américain, a v e c qui je voyageais, c h a q u e fois q u e nous arrivions à un endroit qui lui r a p p e -lait un livre lu, un poème déclamé, un t a b l e a u admiré. Une fois c'était un village n o r m a n d qu'il reconnaissait d'après q u e l q u e description de Guy d e Maupassant, une autre fois c'était Péguy qui le faisait bondir debout d a n s notre automobfle ouverte en apercevant a u loin les tours d e la cathédrale de Chartres, ou Paul Fort qui le faisait escalader une hauteur pour contempler le confluent de la Seine et d e l'Yonne à Montereau. Une autre fois en Provence, il cria tout à c o u p : "Arrêtez!... regardez!... voyez ces avoines inondées d e soleil, ces ro-chers violets et ces g r a n d s cyprès noirs !... c'est le t a b l e a u de Van G o g h qui était a u Musée d'art m o d e r n e à New-York. Plus loin ce fut C é z a n n e qui lui fit dire : "La Méditerranée !... la voilà, la vraie... et non p a s comme un simple chromo !

Ceux qui n'ont p a s reconnu "la belle et douce France" à leur premier voya-ge, y reviendront un jour, car q u e l q u e chose sûrement les a u r a touchés et cela les attirera mystérieusement d e loin, comme la Grâce qui finit p a r pé-nétrer le c œ u r le plus rebelle pour le gonfler d e remords et de repentirs en l'inondant de lumière.

Q u e l q u e chose les a u r a touchés !... et ils se souviendront, non p a s peut-être d'un p a y s a g e de Cézanne, d'une cathédrale du XlIIe siècle, d'un châ-teau de Pierrefonds, car tout le m o n d e n'a p a s l'œil artiste, ni le goût d'un historien ; mais ils se souviendront d'une petite commune, où ils auront entendu parler d'actes de charité et

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d e dévouements accomplis spontané-ment et restés oubliés. Cette petite commune ils le savent est typique de toutes les communes de France. Un humble viUage, perché au flanc d'une coUine, a v e c un maire p a y s a n qui trompa mille fois la Gestapo avec de faux papiers donnés à certains d e ses administrés obligés de s'enfuir vers le maquis de la Savoie ou des Céven-nes..., le curé complotait avec le pas-teur pour faire échapper un pauvre vieillard juif et sa femme et pour les cacher dans un couvent... le médecin déclarait aux autorités q u ' u n tel ou un tel de ses malades, soupçonné de gaullisme était à l'agonie et ne pou-vait p a s être emmené à la préfecture pour être interrogé.... l'instituteur, grâ-ce à ses élèves savait tout grâ-ce qui se passait dans le pays et risquait c h a q u e jour l'arrestation, la torture et les camps d e concentration en portant des papiers dangereux et en passant à tel et tel l'avis donné secrètement par les gendarmes qu'As avaient l'or-dre de l'arrêter... une p a u v r e servante envoyait des "colis de nourriture" à sa maîtresse anglophile dont la propriété avait été saisie et le revenu bloqué simplement pour le bon plaisir de Vi-chy.... un fermier chargé d e famille logeait et nourrissait des réfugiés du nord..., un petit propriétaire, a u risque d'être pendu a u premier arbre, faisait parvenir a u x maquisards, cachés dans

la montagne, ce qu'A avait collection-né chez c h a q u e habitant de la com-mune, des pommes de terre, du lard, des fromages, de la volaille, des œufs... une vieille épicière l'aidait a v e c sa carriole traînée p a r un â n e pour porter où il fallait ces précieuses choses... et tous et tous faisaient quel-q u e chose sans hésiter, sans trembler devant des risques inouis...

"No ! the French a r e not a pack of robbers" —, vous r é p o n d r a le petit G. I. qui est arrivé a v e c son bataillon à ce petit village, juste à temps pour empêcher q u e les Allemands en fuite ne l'incendient, car c'est lui, qui par-lant un peu le français, se mit en com-munication a v e c les quelques vieux, les enfants et les femmes pour savoir où étaient les sentiers, et placer ses canons à la pointe d'un certain pla-teau commandant la plaine, la g r a n d e route et la ligne du chemin d e fer. Et ce petit G. I. surpris de la science mi-litaire de ces femmes et d e ces enfants en guenilles reste convaincu q u e ces gens de la résistance valait les meil-leures troupes allemandes ; et c'est lui qui par admiration et reconnaissance, leur envoie aujourd'ui des colis de viande, du beurre et du chocolat, et qui leur écrit en terminant ses lettres par cette signature "Votre ami d é v o u é Charlie... ami de la "belle France éter-nelle".

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rARTIF,S AU M I L U O N B i c a r b o n a t e de S o u d e C h l o r e d e C h a u x B i c a r b o n a t e d e M a g n é s i e B i c a r b o n a t e d e C h a u x B i c a r b o n a t e d e S t r o n t i u m F e r r u g i n e u x S i l i c a t e s B i c a r b o n a t e d e P o t a s s e P h o s p h a t e d e S o u d e S u l p h a l e d e S o u d e Vichy C é l e s t i n 291.6 30.6 18.7 26.4 0.3 0.3 3.4 18.0 5.1 16.6 M o n i c l a i r R i c h e l i e u 1511.90 849.0 113.63 41.47 2.41 4.00 22.30 1.42 1.28 411.0 2547.41

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LITTÉRATURE DISSOLVANTE

S-

acques a t ni eu

B e a u c o u p de choses sont c h a n g é e s a u C a n a d a français. Il y a plusieurs a n n é e s , les querelles philosophiques ou littéraires de la France nous arri-vaient un p e u vieillies. Il n'en est plus de m ê m e maintenant. La p r e u v e qu'il y a q u e l q u e chose de changer, c'est q u e des écrivains d e chez-nous, on les croirait plus français q u e les Français eux-mêmes, aimeraient voir notre litté-rature à la r e m o r q u e d e la littélitté-rature française, m ê m e celle de l a Résistance, comme s'il pouvait exister u n e littéra-ture "résistantiahste". Une httéralittéra-ture est b o n n e ou m a u v a i s e . Si elle est bonne, on p o u r r a lui donner tous les qualificatifs q u e Ton v o u d r a , cela n'y c h a n g e r a rien. Ceci prouve q u e les temps ont évolué. Nous suivons d'assez près les courants n o u v e a u x de la pen-sée française. Nous s a v o n s q u e la der-nière pièce de Jean Giraudoux, "La folle d e Chaillot" vient d'être jouée à Paris a u Théâtre de l'Athénée, par Louis louvet et s a troupe, q u e François Mauriac écrit u n e nouvelle pièce, q u e les g r a n d s prix littéraires ont été

attri-b u é s à des o u v r a g e s "résistcmtialis-tes", ce qui n'est p a s u n e g a r a n t i e de survie. La querelle d e "l'existentialis-m e " ou du "sartris"l'existentialis-me" n e nous laisse m ê m e p a s indifférents.

S a n s avoir lu ses o u v r a g e s , bien p e u les ont lus, il suffit d e parcourir les pé-riodiques français, pour savoir toutes

les critiques q u e soulèvent les livres de Sartre.

Ayant eu l'occasion de lire q u e l q u e s unes d e ses œ u v r e s , je voudrais sur-tout parler de son roman. Les chemins

de la liberté, qui me semble être u n e

parfaite illustration de s a philosophie, dite "existentialiste". Ce livre a déjà fait couler b e a u c o u p d'encre en France. Les critiques, en général, se sont montrés très sévères, et non sans raison.

L'ouvrage comprendra trois volu-mes. Deux sont p a r u s à date : L'âge de

raison et Le sursis. Le p e r s o n n a g e

principal de L'âge de raison est Ma-thieu Delarue, professeur d e philoso-phie, comme M. Sartre. Tout le long du volume, Mathieu cherchera quel-q u e s billets de mille francs, pour quel-q u e Marcelle, s a maîtresse, puisse se foire avorter. Son frère et son ami Daniel lui refusent l'argent. Delarue croit peut-être q u e le sentiment maternel n'existe p a s chez s a maîtresse. Ce en quoi il se trompe. Mathieu a y a n t trouvé l'argent, qu'il a d'ailleurs volé, à une c h a n t e u s e d e cabaret, se voit très mal reçu p a r Marcelle qui lui jette l'argent a u visage. Elle mariera Daniel, l'ami d e Mathieu. O n croira peut-être à la moralité et a u x b e a u x sentiments d e Daniel. Celui-ci est u n inverti qui se marie p a r masochisme.

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Il y a d'autres personnages dans ce premier volume qui sont aussi pourris les uns que les autres. Deux russes, Bons et Ivitch, amis de Mathieu, pour qui la morale est chose inexistante. Ils passent leurs nuits à danser et à se saouler. Le personnage le plus sympa-thique est Brunet. Pour lui la vie a un sens, il milite en faveur du com-munisme.

Dans le tome II, Le Sursis, l'action se passe en 1938, durant les jours qui ont précédé Munich. On sent venir la guerre, on voit des pacifistes côtoyer des gens prêts à sacrifier leur vie pour la patrie. lean-Paul Sartre use ici d'un procédé qui n'est pas neuf, mais très ingénieux tout de même. Ce procédé "simultanéiste" a déjà été employé par le romancier John Dos Passes entre autres. Sartre veut nous faire prendre "une conscience globale de l'Europe" selon l'expression de Gabriel Marcel. Une multitude de personnages, dissé-minés un peu partout s'agitent devant nos yeux : Hitler et Chamberlain es-saient d e régler le sort de l'Europe, Mathieu Delarue est en vacances à Juan-les-Pins, un ouvrier parisien se p r é p a r e à rejoindre son régiment, etc.

J'ai écrit plus haut q u e Le Sursis est moins dangereux que l'Age de Raison. Dans le tome II, quelques personnages ont a u moins un but. On sait q u e la guerre est inévitable ; un souffle de patriotisme anime les consciences.

Je ne crois p a s qu'on ait écrit livres aussi répugnants que Les chemins de

la liberté. Barbey d'Aurevilly disait de

Zola, qu'il entrait pour y ajouter, d a n s les écuries d'Augias. Q u e dire alors de M. Jean-Paul Sartre ? "Toute

l'hu-manité est réduite a u centre du corps", écrivait Robert Kemp d a n s Les

Nou-velles Littéraires, du 10 octobre 1945.

M, Jean-Paul Sartre croit-il faire oeuvre d'art ? L'auteur semble o b s é d é par la physiologie la plus r é p u g n a n t e . Les personnages parlent un l a n g a g e obs-cène, ils commettent les actions les plus basses. Nous sommes portés à croire q u e les "existentialistes" se sont entendus pour nous donner la " n a u s é e " pour employer une expres-sion d e M. Sartre. Simone de Beau-voir, une autre existentialiste, a écrit un roman Le sang des autres, où il est question d'avortement. Dans Huit-Clos, Sartre nous présente un déserteur, u n e lesbienne, une infanticide.

André Gide a écrit q u e "l'on ne fait pas de belle littérature a v e c de b e a u x sentiments". Admettons q u e Gide a raison. Nous ne sommes p a s partisans de la bondieuserie ; d'autre part, nous sommes p e r s u a d é s q u e cette littéra-ture déprimante et fangeuse n'apporte rien de bien réconfortant à notre p a u -vre humanité. Citons encore u n e fois Robert K e m p : "A l'heure où l'huma-nité, et ce fragment surtout d'humanité qu'est la jeunesse française, aurait b e -soin d'illusions, il leur enlève le se-cours du "mensonge vital" ; sa vérité risque de les tuer. Le "mal de la jeu-nesse" q u e les philosophes de 1920 ont développé, et parfois créé en Alle-magne, a p r è s la défaite, l'oeuvre sar-trienne m e n a c e de le fixer chez-nous". C'est là, à mon sens, q u e réside tout le problème. La France qui a connu la défaite et l'occupation, n ' a certes p a s besoin de poison, mais bien d e remè-des tonifiants. Nous ne désespérons

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p a s d e l a France, n o u s savons d e quoi elle est c a p a b l e , toute son histoire est là pour le prouver. Mais cette

philo-sophie du désespoir, n e la guérira cer-tainement p a s des m a u x dont elle souffre.

Nous reconnaissons à Jean-Paul Sartre u n immense talent. Une pièce comme Huit-Clos., est sûrement un g r a n d m o r c e a u littéraire. Les Chemins

de la Liberté est aussi un o u v r a g e d e

g r a n d e valeur. Mais si l'art a ses droits, on ne peut ignorer ceux de la morale. M. Jean-Paul Sartre ne s'en préoccupe p a s b e a u c o u p . La plupart de ses oeuvres, pour ne p a s dire toutes, sont dissolvantes. Nous ne

pouvons faire q u ' u n s o u h a i t ; q u e la jeunesse française ne subisse p a s l'in-fluence de cet écrivain d a n g e r e u x .

—4.0+-jCa campagne de recrutem-ent se continue.

f}oul?âez paô le remplir L fornaule

denue entre leô pactes 16 et 17

coni

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THE EDUCATION OF ENGINEERS

Summary of an address by Dean C. R. Toung, Faculty of Applied Science and Engmeering, University of Toronto, on "The Education of Engineers", given before the Association des Diplômés de l'Ecole

Polytechnique, Montréal, February g, 1946.

1. Rise of Collegiate Training for Engineers

In English - speaking countries there w a s early distrust of young engineers trained in collèges a n d they h a d to make their w a y against the strong préjudice of men trained under the pupilage or appren-ticeship system. Hence, schools of engineering of university grade were late in arriving in Great Britain.

France proceeded differently. The seed of the first engineering school v^ras planted v^rhen Louis XV, in

1747, appointed Perronet to become chief engineer of bridges a n d high-ways, a n d c h a r g e a him to instruct the designers "in the sciences a n d practices needful to fulfilling with competency the différent occupa-tions relating to the said bridges a n d highways". Out of this came, in 1775, the celebrated government — sponsored Ecole des Ponts et Chaussées.

The urgent n e e d of the United States to train large numbers of young engineers to push forward its great v/estward expansion early

(I) A cause de l'importance de la con-férence donnée ou banquet annuel de l'As-sociation des Diplômés de Polytechnique, nous croyons devoir reproduire ce texte.

in the nineteenth century, the scar-city of experienced engineers who could train them a s apprentices, a n d the slowness of this system, brought about the establishment of the first engineering collège in North Ame-rica, Rensselaer Polytechnic Insti-tute, at Troy, N.Y., in 1824. In taking this step, French leadership in en-gineering éducation at the collège level w a s recognized a n d foUowed. Unfortunately, the rapid multiplica-tion of engineering collèges in the United States h a s b e e n to some extent at the expense of the high-ly essential intermediate schools known a s technical institutes.

Founded in 1873, l'Ecole Polytech-nique de Montréal, took an early a n d very significant part in the training of engineers in C a n a d a . The fundamental character of its work a n d the a v o i d a n c e of intensive specicilization h â v e b e e n a com-m e n d a b l e source of strength.

Objectives of Modem Engineering Education

The primary essential of engineer-ing éducation, a n d the characteris-tic that distinguishes it from the pursuit of the libéral arts, is that it provides the basis for technical or professional compotency. If a n en-gineering collège fails to achieve

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this, it h a s not s u c c e e d e d in its mission. It must e n a b l e the y o u n g m a n to b e c o m e familiar with the sciences b a s i c to engineering ; must give him some i d e a of practice in a p p l i e d or professional subjects ; must d e v e l o p in him some rudimen-tary skills in such work a s draught-ing, testdraught-ing, expérimentation, a n d computation; must bring a concep-tion of engineering a s a n art a n d b e g i n to lay a foundation for engi-neering judgment.

At the s a m e time, the engineering school must inculcate in the y o u n g m a n strict a n d uncompromising ideals of professional integrity. There should b e established a réco-gnition of the confidential relation-ship b e t w e e n the engineer a n d his client or employer, of the principle of courtesy a n d fair play b e t w e e n colleagues a n d rivais, a n d of the duty of providing honest a n d cons-cientious service ot the public.

The m o d e m professional school is laying increasing emphasis on the n e e d for p r e p a r i n g y o u n g engineers for the responsibilities that must rest on every e d u c a t e d a n d effective ci-tizen in a démocratie society. It is no longer considered sufficient to turn out of the universities a n d col-lèges, y o u n g men who a r e socially illiterate a n d exclusively concerned with the practice of techniques in which they h â v e a l r e a d y developed some competency. In themselves thèse a r e good, but a world of n a r r o w a n d intensive technicians a n d technologists, uninterested in a n y t h i n g but their specialties, would b e a sorry p l a c e in which to live.

3. Présent Trends in Engineering Edu-cation

Certain clearly defined trends a r e a p p e a r i n g in engineering éducation. Training is b e i n g directed to the n e e d s of three major groups :

1) Those who foUow engineering p r o g r a m m e s of the usual or traditional t y p e extending over four or five years;

2) Those preparing for careers in the opération a n d m a n a g e -ment of industry; a n d

3) Those seeking to fit themselves for u n u s u a l scientific a n d créa-tive accomplishments.

The great majority of engineering u n d e r g r a d u a t e s will continue to b e found in G r o u p (1). Increasing num-bers will b e comprised in G r o u p (2), a s the emphasis shifts in C a n a d a from capital construction a n d de-velopment to production. From G r o u p (3), a l w a y s a n d necessarily smcdl in numbers, will corne the more basically original a n d créative scientist-engineers, such a s those who so vastly contributed to the victory in the Second World War. Thèse u n u s u a l men will seek a much more rigorous training than that within the désire or the c a p a city of 95 per cent of u n d e r g r a d u a -tes. It will ordinarily extend into several p o s t - g r a d u a t e years.

4. Liberolization of Engineering Cour-ses

Professional schools of engineer-ing a r e in increasengineer-ing n u m b e r s libe-ralizing their courses to the end that the y o u n g m a n while in the univer-sity or collège m a y acquire some familiarity with the humanistic a n d social fields. He is e n c o u r a g e a to develop a sympathetic interest in social questions a n d at least a sus-taining, if not a créative, interest in cultural activities. It is the h o p e that by stimulation a n d g u i d a n c e h e will on graduation b e a b l e to take his place comfortably a n d effectively alongside g r a d u â t e s of libéral arts collèges in a n y situations that a r e the common concern of ail solid citizens.

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rioô Jrnt

eri/ieu/â

ROBERT CHARBONNEAU

île l'AcaiiéiniE Canadienne-française

y4ean-l-^lerre ..-Moule

Il fut un temps, p a s très éloigné, pendant lequel la publication d'un li-vre canadien, oeuli-vre d'imagination, n'éveillait la curiosité q u e de quelques amis de l'auteur, de deux ou trois cri-tiques et puis le silence enveloppait le poète, le romancier, la poussière et les rats épuisaient le reste de l'édition. On a trop souvent analysé les causes de notre retard à venir a u roman, à la poésie de qualité pour q u e nous les reprenions ici. Culte de Ta peu près, importance trop g r a n d e accordée à la politique, cette m a n g e u s e d'hom-mes et de talents, colonialisme intel-lectuel, a b s e n c e d'un public critique, mauvais goiit de la foule entretenu par la pauvreté et une éducation anémiée. Cinq a n n é e s de guerre — il faut bien s'en réjouir — ont plus fait pour nous rendre à nous-mêmes et nous révéler nos possibilités q u e toutes les exhor-tations de courageux mentors.

Mais la guerre seule ne suffit p a s à expliquer cette naissance d'une véri-table littérature c a n a d i e n n e d'expres-sion française dont nous sommes les témoins émus et enthousiastes. Il faut compter a v e c les précurseurs qui n'ont p a s tous échoué pxir m a n q u e d'ins-piration ; il faut compter avec ce pu-blic composé de jeunes, qui se

prépa-rait, il y a cinq ou dix ans, le plus souvent contre ses maîtres, parfois grâce à eux, à recevoir les oeuvres

autonomes, élaborées a v e c a m o u r et

révélatrices d'une riche personnalité. Il faut compter a v e c ces écrivains qui apprenaient patiemment leur métier, se mettaient en disponibilité, attendaient l'état de grâce. Public et écrivains al-laient à u n rendez-vous inévitable. La rencontre a eu Heu ; les promesses se sont c h a n g é e s en oeuvres.

L'une d e ces oeuvres a atteint du premier coup à la maturité, trouvé son expression propre, cette allure li-bre et franche (qui assure la survie) : l'oeuvre de Robert Choarbonneau.

Poète, essayiste, romancier, journa-liste un temps, éditeur, C h a r b o n n e a u est l'un des rares C a n a d i e n s français qui ait choisi délibérément le métier des lettres, qui s'y soit maintenu et dont la vie trouve son unité d a n s la littérature. C h a r b o n n e a u a écarté les tentations, rejeté tout ce qui pouvait nuire à son art, tout ce qui peut inter-rompre l'oeuvre. "Se perfectionner en dehors des contraintes i n h u m a i n e s " p . 63. On conviendra, s a n s q u e nous ayons besoin d'insister d a v a n t a g e , q u e ce n'est p a s là entreprise facile. Il y faut plus q u e du c o u r a g e ; d e la

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probité intellectuelle, la vertu d'espé-r a n c e qui est joie et entêtement.

Un commerce, assez fréquent en ces derniers mois, a v e c l'homme et son oeuvre, n o u s porte à croire q u e les traits dominants de l'auteur sont un accord complet d e la vie quotidienne et d e l'idéal, de l'intelligence et de la sensibilité, (celle-là l'emportant parfois sur celle-ci, comme d a n s "Fontile") u n e c o n n a i s s a n c e lucide, précise d e ses moyens, u n e g r a n d e puissance de sympathie; u n état p e r m a n e n t d e ré-ceptivité, u n besoin d e percer la sur-face des êtres, d e trouver ou d e créer

un ordre. N'a-t-il p a s écrit d a n s

"Con-n a i s s a "Con-n c e du p e r s o "Con-n "Con-n a g e " : " . . . . le roman seul permet d e saisir la vie et de la suivre s a n s l'immobiliser . . . .11 (le roman) se présente comme la ré-ponse a u x interrogations qui surgis-sent en nous sur l'homme . . . D'où la nécessité d e créer des êtres vivants, qui soient d e s hommes q u e nous puis-sions connaître d a n s leur conscience, comme Dieu les connaît." (pp. 14 et

17).

Pas d'art sans métier, s a n s techni-q u e . S a n s doute celle-ci ne suffit p a s à créer u n e oeuvre : elle est le seul

moyen des fabricants d e romans, mais

elle est aussi l'outil des romanciers qui ne peuvent et d'ailleurs n e cherchent p a s à s'en passer. Balzac a raté bien des p a g e s , voir des livres, pour trouver sa technique; Proust et G i r a u d o u x en possédaient une, parfaite.

Robert C h a r b o n n e a u n'écrit p a s p a r dilettantisme, ce qui n e veut p a s dire qu'il est un romancier " e n g a g é " . Ecrit-il p a r c e qu'Ecrit-il se sent porteur d'un mes-s a g e ? Noumes-s penmes-sonmes-s q u e cette formule est assez niaise et ne signifie p a s g r a n d ' c h o s e . C h a r b o n n e a u est roman-cier p a r c e qu'il a trouvé d a n s le ro-m a n son ro-m o d e d'expression, coro-mro-me Molière l'a trouvé d a n s la comédie, Michelet d a n s l'histoire et Bergson

d a n s la philosophie. Mieux, Charbon-n e a u est romaCharbon-ncier p a r c e q u e le ro-m a n lui perro-met de r é p o n d r e à cette question inéludable : qu'est-ce q u e l'homme ? "Le roman tire son intérêt du mystère d e l'homme." Le catholi-cisme il faut le dire, car c'est d'une importance capitale, le catholicisme pensé, a é r é , vivant d e l'auteur, lui est une inspiration constante.

Et cette dernière observation est pour nous l'occasion d e d é g a g e r l'in-fluence de Mauriac sur C h a r b o n n e a u . Q u e l'on nous entende bien : la rela-tion n'est p a s tant celle de disciple à maître ; elle est d'un autre ordre, d'une autre qualité, b e a u c o u p plus com-plexe. Rien ne serait plus ridicule et ne saurait si p e u dire q u e de parler de "Mauriac c a n a d i e n " . Ces rappro-chements d'auteurs ne peuvent servir q u e des conférenciers habiles et les parallèles Eschyle-Corneille, Sophocle-Racine, n'amusent q u e les m a u v a i s professeurs de rhétorique. Charbon-n e a u traite le romaCharbon-n à sa maCharbon-nière qu'il a pu d é g a g e r a u contact d e tel ou tel maître, (de Dostoïevski encore plus q u e d e Mauriac) mais qui est bien à lui. "Ils posséderont la terre", "Fonti-le" le prouvent s u r a b o n d a m m e n t . Les romans de C h a r b o n n e a u sont ce q u e nous appelons des oeuvres autonomes. L'oeuvre est tout entière occupée p a r l'homme q u e C h a r b o n n e a u tente de voir d e l'intérieur, par l'homme à la recherche d e cet "acte pour lequel nous sommes faits et sur lequel pivote notre destinée".

On devine donc la technique d e C h a r b o n n e a u ; les descriptions occu-pent peu d e place, la localisation est tout à fait secondaire. Avant tout, a u premier plan, le personnage c'est-à-dire l'homme. Mais comme le roman-cier ne peut se permettre les fantaisies des économistes qui créent un "homo économicus", il lui faut situer le

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sonnage, lui fournir des cadres. Alors ce sera Fontile, petite ville de province, a u nom charmant, qui a p p a r -tient sans doute à notre pays, mais qui peut être d'ailleurs. Ce qui nous a p p r e n d qu'elle est de chez-nous, ce sont les personnages eux-mêmes, quel-ques-unes de leurs réflexions sur les collèges par exemple. En passant et puisque nous y sommes, disons que C h a r b o n n e a u "rend" parfaitement l'atmosphère de nos boîtes à éduca-tion, en quelques lignes. Est-ce là un simple truc de métier ? Nous ne croyons pas ; plutôt cette tendance, cette volonté chez C h a r b o n n e a u d-^ percer la surface des êtres et pour cela de ne s'attacher q u ' à eux-mêmes, et de ne tenir compte des cadres qu'en autant qu'ils aident à cette entreprise.

Il y a dans cette manière, un éceuil, sinon un d a n g e r certain. Non pour l'auteur sons doute qui, lui, connaît le problème qui l'obsède, mais pour le lecteur qui ne se sentira pas tou-jours à l'aise d a n s cette atmosphère trop purifiée, sous cette lumière trop crue ; il dira peut-être ce lecteur : cela m a n q u e de chair, d'odeurs. Voyez comme Mauriac a utilisé les landes, le climat Bordelais. Une femme que nous estimons b e a u c o u p et qui est prête à aborder l'oeuvre de Charbonneau, nous a confessé cette réaction. Mais on n e saurait faire de cela un grief sé-rieux. Il arrive q u e l'auteur s'abandon-ne : la mort de Jérôme ou le premier soir d'Edward, a u séminaire, pour n e citer q u e deux p a g e s d'une très belle venue.

Ce qui importe pour C h a r b o n n e a u c'est de "rendre" la densité des êtres et il y parvient en peignant ses per-sonnages principaux p a r touches suc-cessives et toujours à l'occasion d'un acte, et ses personnages secondaires en les burinant d'un trait dur et précis. Ce qui importe pour nous et qui fait

la g r a n d e u r de C h a r b o n n e a u , est de croire q u e l'enjeu du roman, c'est no-tre â m e .

Un autre trait se d é g a g e de l'être et de son oeuvre. C h a r b o n n e a u est un romancier précis (nous ne trouvons p a s d'autre mot qui convienne) de l'a-dolescence ; nous entendons de l'ado-lescence vraie, de celle q u e nous avons connue pour l'avoir traversée et non p a s de cette adolescence "littérai-re" q u e Ton dissèque d a n s les écoles pour adultes ou q u e des psychologues patentés, longs et tristes créent de tou-tes pièces. Je ne connais rien d e plus profond sur l'adolescence q u e ceci : "Ce q u e nous traversons à cet â g e , est inimaginable après." (Ils posséderont la terre, p. 48). Nous ne prétendons p a s q u e C h a r b o n n e a u ait voulu être le romancier d e l'adolescence, mais il se trouve q u e sans l'avoir cherché sans doute, il y est parvenu.

C h a r b o n n e a u rejoint la g r a n d e tra-dition française — nous ne saurions en avoir une autre — la tradition hu-maniste, en accordant a u personnage la première place. Il lui accorde à sa manière : le p e r s o n n a g e ne nous est pas présenté a u moment d ' u n e crise dont nous suivons le développement j u s q u ' à son point mort, mais à la re-cherche — qui peut comporter des cri-ses — de cet "acte pour lequel nous sommes faits et sur lequel pivote notre destinée."

Au moment d e terminer cette é t u d e combien imparfaite et incomplète, nous découvrons n'avoir rien dit sur le style de C h a r b o n n e a u ni sur C h a r b o n n e a u poète. Nous confessons notre incom-pétence encore q u e nous connaissions par coeur des poèmes d e Charbonn e a u (et Charbonnous Charbonn e pouvoCharbonns eCharbonn dire a u -tant q u e d e Chénier, d e Verlaine ou d'Aragon) et q u e nous n e sommes p a s

insensible à sa p h r a s e élégamment so-bre et d'une frappe toute française.

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Je, oonssigiin, d e m a n d e a dcvonir membre de l'AoSU'.'IATl^JN

GENERALE DES PIPLOMES DE L'UNIVERSITE DE MONTREAL

SfUdUirc COTISATION $.inn 104s 46 OONTRIBUTlOr VOLONTAIRE l'ofal $ Nom Enr-iilté : ... Adresse : Téléplione Promotion ; Titres : Dee-Drf.ltirnis : Publications : Associcrtions : I J E T A ' J H L H L:T fu-rrr-'MRîii:!^ A V I ' C C H E O U L A 1' A. G. D. U. M.

2300. boulevard du Mon! Royal,

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"Pour bien connaître el aimer l'his-toire de son pays, il faut d'abord connaître l'histoire de sa lamille."

MOTRE OEUVRE : Dre:,:,0] e x p r e s -s é m e n t p o u r vou.-s rhi:;loire d e vo-lie l a m i l l e d e p u i s le d é p a r i d e vos a n c ê l r e s d e P'rance, ju.squ'a nn:, lours, D a l e s , n o m s , oi iiioiiic:., je lout n v e c soin cl re:;pccl d e l a v é r i l e h i s t o r i q u e

llo,-, foivlif ions Ire? i ns-onnsibile.-, sont Icurni'^.'; sur Heiiiniido s a n s ohlicja-liori d<= v o l i e yjar\ LE BUREAU DE RECHERCHES HISTORIQUES 477, St F r a n ç o i s X a v i e r . (PL. SGO'I) M o n t r é a l 1,

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THEOLOGIE — DROIT - - MEDECINE — PHILOSOPHIE — LETTRES — SCIENCES -- CHIRURGIE DENTAIRE - PHARMACIE - - SCIENCES SOCIA-LES, ECONOMIOUES ET POLITIOUES - - GÉNIE CIVIL - ^ OPTOMETRIE -^-AGRONOMIE ~- MEDECINE VÉTÉRINAIRE - - COMMERCE - - ENSEI-GNEMENT MODERNE ~- PEDAGOGIE - - MUSIQUE - - DESSIN -^- ART MENAGER ^^- TOURISME - - ELOCUTION - - ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DES GARDES MALADES - HYGIENE SOCIALE APPLIQUÉE,

l'tnti ((MIS icusoj^ncinculs, s ûiircsscr ati

îiELHETATIAT liEl^ERAL

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— T^os lecteurs connaissent vos romans,

et votre essai sur la technique du roman. Ce n'est donc pas pour vous présenter à eux que je viens vous interroger, mais pour vous poser quelques questions qui fassent mieux connaître l'homme. Puis-je vous de mander pourquoi vous avez choisi le métier de romancier.

— J'ai toujours a i m é les romans. Enfant, je lisais les Albums des Belles I m a g e s q u ' o n m e donnait à Noël. En d e u x semaines, j ' e n avais épuisé la matière et comme je n'avais p a s d'au-tres livres, e n mêlant les éléments, en plaçant des p e r s o n n a g e s q u e j'admi-rais dons des situations imaginaires, je prolongeais mon plaisir. Mais ce n'est p a s d ' a b o r d vers le roman q u e m a n a t u r e me portait.

— Les dates qui suivent les Petits

Poè-mes retrouvés nous indiquent que vous avez commencé par la poésie.

— En effet, encore en culottes cour-tes, a y a n t découvert u n e anthologie, je fus frappé p a r la m a g i e v e r b a l e de Victor Hugo. Et, s a n s rien savoir d e la prosodie, j ' e n déduisis les règles en comprenant les poèmes d e Ronsard, d e Chénier, d e Vigny a v e c ceux d e mon poète d e prédilection : p r e s q u e aussitôt des poèmes prirent formes. Je connus à ce moment ce q u e je croyais être les joies d e la création.

— Et vous avez continué. . .

— J'écrivis à cette é p o q u e environ 40,000 vers.

— Mais comment avez-vous trouvé le

temps ?

— Je p a s s a i s mes soirées et mes après-midi d e c o n g é à écrire. Le jour où j ' e u s réussi mon premier poème, je sus q u e je n e pourrais plus cesser d'écrire. Je dévorais les livres, j'étais passionné d ' a p p r e n d r e , mais dès q u e j ' e u s moi-même réussi un p o è m e bien à moi, je commençai à être exigeant.

— Quelles furent les influences

littérai-res de cette époque, en dehors de Hugo ?

— Il y eut Flaubert dont je lus les

Trois contes. Cette lecture me p l o n g e a

d a n s le désespoir. Je découvrais la prpse et me sentais là une perfection qu'il me faudrait des a n n é e s pour ac-quérir.

— Le croyez-vous encore ?

— Créer en prose me paraît plus difficile q u e d e réussir un poème. La poésie trouve s a perfection d a n s s a nature même, qui est simplicité, unité. Dans le r o m a n ou a u théâtre, la per-fection est p r e s q u e impossible. La création des p e r s o n n a g e s n'est p a s un problème d e style ; interviennent toutes sortes d'éléments impurs qui concour-rent à former u n tout qui n'est u n q u e par la vision q u ' e n a le lecteur.

— Je crois que vous abordez ce

problè-me dans Connaissance et dans Aspects du

roman dont la Houvelle Relève a déjà

pubhé quelques pages. Comment un per-sonnage s'impose-t-il â vous 1

— Je serais e m b a r r a s s é d e répondre à quel moment sont nés mes romans. Ce q u e je puis dire c'est q u e tous les jours je pense à mon roman en cours ou à commencer : je prends des notes, j'imagine des gestes, des situations, des attitudes. Je n'ai à ce moment q u ' u n e idée v a g u e de l'oeuvre à faire. Peu à p e u se d é g a g e n t u n ou d e u x p e r s o n n a g e s ; d a n s Ils posséderont la terre, c'étaient André et J é r ô m e ; d a n s Fontile, un seul, Julien. Dès ce moment, j'organise mesi notes, j'élimine, je fu-sionne. Les p e r s o n n a g e s d ' a b o r d sur deux dimensions prennent d e l'épais-seur, se d é g a g e n t d e leur b r u m e . Sans les a b a n d o n n e r , je les laisse d a n s ce demi-vague pour m'occuper du milieu, d e la famille, évitant d e trop préciser pour ne p a s les fausser. J'entre d a n s le détail du milieu moral et spirituel où ils évolueront le moment venu.

Q u e l q u e s scènes sont écrites ou les comparses jouent un rôle, mais q u a n d le héros sera là b e a u c o u p d e choses

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seront remplacées ou escamotées, es-tompées ou grossies, comme une mai-son dès qu'on l'habite prend le ton, la forme de son occupant, porte témoi-g n a témoi-g e de sa vie, de ses témoi-goûts, de ses habitudes ou comme un vêtement prend les plis du corps.

Tel personnage apparaîtra-t-il ? Une scène l'annonce, un chapitre s'annonce où je trouve l'occasion de le faire en-tendre. Puis tout est sacrifié à l'unité d'ensemble. Un roman est fait de b e a u c o u p de scènes et de p a g e s sa-crifiées.

•— Et le héros 1

— Le héros est celui qui se fait avec le livre, le dernier à prendre un visage complet dans toutes les versions qui précèdent la version écrite. Il ne prend son véritable visage que q u a n d l'au-teur a tout l'ensemble devant les yeux.

Q u a n d je commence à rédiger, je m'appuie sur mes notes tout en restant disponible et accueillant à toutes les suggestions de développement ou d'action. Dans la création, les annota-tions psychologiques constituent des répères. L'idée q u e nous avons de l'être fictif est si terne et imprécise que pour la rendre visible, il faut la sou-mettre à des créations, à des épreu-ves ; il y a des tâtonnements, des retours en arrière.

— Mats l'auteur ne puise-t-xl pas dans

ses expériences ?

— Oui, certainement. Si ses person-n a g e s éprouveperson-nt des seperson-ntimeperson-nts qui lui furent inconnus, si les situations où ils se débattent sont fictives, p a r cer-tains points ils sont a n a l o g u e s à d'au-tres sentiments qu'il a éprouvés, à des situations qu'il connaît.

—- Mais je croyais que le romancier

avait un plan bien précis.

— Le plan précis est un leurre. Les romans policiers ont les plans les plus précis. Aucun être vivant ne peut en sortir ou alors il fausse le plan. Le romancier voit une action, un d r a m e comme un tout puis il perd de vue le plan. Les personnages sont assez vi-vants mais ils n'ont p a s encore l'im-pulsion qui rend l'action inévitable. Ils ont été éprouvés selon la ligne du plan. Q u a n d ils sont poussés du point où ils déclanchent l'action, alors il n'y a plus de plan qui tienne. Le plan ne se retrouvera q u e le roman terminé.

— Je vois que vous avez réfléchi à votre

métier et que vous songez à faire participer les autres de votre travail.

— Certainement et m a g r a n d e ambi-tion serait de devenir professeur d a n s une faculté de lettres où on me per-mettrait de traiter du roman.

— Je vous remercie de cet interview que

vous avez accordez à l'Action Universitaire et je souhaite de tout coeur que votre voeu se réalise.

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