N° 20 1995
RECHERCHE
FORMATION
Images publiques I
des enseignants I
INSTITUT NATIONAL
Mpn
DE RECHERCHEPÉDAGOGIQUE
ilm'S¤ W
Département'Politiques,pratiques etacteurs del'éducation"N° 20 1995
RECHERCHE
FORMATION
Images publiques I
des enseignants I
INSTITUT NATIONAL
Mpn
DE RECHERCHEPÉDAGOGIQUE
ilm'S¤ W
Département'Politiques,pratiques etacteurs del'éducation"RECHERCHEETFORMATION
TROISNUMÉROSPAUAN (DONTUNNUMÉRO HORSTHÈME)
NUMEROS
A
VENIR~,,..,.
DATEUMITEDERÉCEPTIONTHEMES RETENUS DESARTICIES
N°21 - ImagesdescmsEÎqHANis énnsUsMÉdUs
-N°
22
- Letutomt
Hnmaks1996N°2ï- Hoh tIième FinjuiN 1996
VouspouvezécriredansRechercheet Formation.
Envoyez-nous vos artides.Ceux-ci devront être dactylographiés et nepourrontdépasser12pages(3
500
signesparpage).Veuillez joindreune disquette en indiquantletyped'ordinateuret letraite¬mentdetexteutilisés.
Joindreenfinun résuméde 10lignes.
Lesfaire parvenir
à
:RechercheetFormation
À
l'attentiondeRaymondBourdoncle INRP-
29,nie
d'Ukn- 75230
Paris cedex05
Pour tous complémentaires:(1)46.34.91.40C*t«M« PAO. :H.Pdlkvi - (1) 40.07.67.21 CMnw ct m«in ; A^wci *MCI" - (1)«.47.17.77
o tNH> m»
ISSN: «VM-1S24
«N : 2-7342-Mtf-l
REOpM%e*HMM«KM»N°2D - 1995
RECHERCHEETFORMATION
TROISNUMÉROSPAUAN (DONTUNNUMÉRO HORSTHÈME)
NUMEROS
A
VENIR~,,..,.
DATEUMITEDERÉCEPTIONTHEMES RETENUS DESARTICIES
N°21 - ImagesdescmsEÎqHANis énnsUsMÉdUs
-N°
22
- Letutomt
Hnmaks1996N°2ï- Hoh tIième FinjuiN 1996
VouspouvezécriredansRechercheet Formation.
Envoyez-nous vos artides.Ceux-ci devront être dactylographiés et nepourrontdépasser12pages(3
500
signesparpage).Veuillez joindreune disquette en indiquantletyped'ordinateuret letraite¬mentdetexteutilisés.
Joindreenfinun résuméde 10lignes.
Lesfaire parvenir
à
:RechercheetFormation
À
l'attentiondeRaymondBourdoncle INRP-
29,nie
d'Ukn- 75230
Paris cedex05
Pour tous complémentaires:(1)46.34.91.40C*t«M« PAO. :H.Pdlkvi - (1) 40.07.67.21 CMnw ct m«in ; A^wci *MCI" - (1)«.47.17.77
o tNH> m»
ISSN: «VM-1S24
«N : 2-7342-Mtf-l
REOpM%e*HMM«KM»N°2D - 1995
I SOMMAIRE
IMAGES PUBLIQUES DES ENSEIGNANTS
Editorial d'Evelyne
BuRGUIÈRE5
Évolution
des imagesMona
OZOUF : La BelleÉpoque des
instituteurs? T 1MaHaine Cacouault
: Images,carrières
etmodesde vie
desenseignantes.
Desannéessoixante
à la décennie quatre-vingtdîx 17
Philippe
DESSUS : Les recherchesà propos
del'enseignant.
Des
images entre prescription et description 33
Des imagesconstruites
Jean-Yves Rochex :
Transformations
institutionnellesef logiques de professionnalisation
des enseignants :approches critiques 45
Jean HOUSSAYE : Le
pédagogue n'aime
pas lesenseignante59
Michèle
MÉTOUDI :Modèles d'enseignant,
modèlesde formation.
Un
plan de formation pour
lesdire
?65
Des images
contrastées
Harry
Judge : Lesimages
desenseignants73
Débat et entretienRégine
Sirota
:L'enseignant entre
médecins etpoliciers
:une problématique sociologique
ou commune?89 Dominique
MoKlARDET : Profession, cultureprofessionnelle
et
corporatisme
: lecas
despoliciers 93
RECHERCHEH FORMAnon IM°20 - 1995
I SOMMAIRE
IMAGES PUBLIQUES DES ENSEIGNANTS
Editorial d'Evelyne
BuRGUIÈRE5
Évolution
des imagesMona
OZOUF : La BelleÉpoque des
instituteurs? T 1MaHaine Cacouault
: Images,carrières
etmodesde vie
desenseignantes.
Desannéessoixante
à la décennie quatre-vingtdîx 17
Philippe
DESSUS : Les recherchesà propos
del'enseignant.
Des
images entre prescription et description 33
Des imagesconstruites
Jean-Yves Rochex :
Transformations
institutionnellesef logiques de professionnalisation
des enseignants :approches critiques 45
Jean HOUSSAYE : Le
pédagogue n'aime
pas lesenseignante59
Michèle
MÉTOUDI :Modèles d'enseignant,
modèlesde formation.
Un
plan de formation pour
lesdire
?65
Des images
contrastées
Harry
Judge : Lesimages
desenseignants73
Débat et entretienRégine
Sirota
:L'enseignant entre
médecins etpoliciers
:une problématique sociologique
ou commune?89 Dominique
MoKlARDET : Profession, cultureprofessionnelle
et
corporatisme
: lecas
despoliciers 93
RECHERCHEH FORMAnon IM°20 - 1995
Sommaire
Claudine
HERZUCH : Prototypede l'analyse sociologique d'une
profession : le cas des médecins.Entretien avec R.
Sirota 99
Autour
des mots :«Dix
non dits ou laface cachée
du métierd'enseignant
»de Philippe
PERRENOUD 107
Lectures
« Images
publiques
des enseignants : élémentsde bibliographie
analytique
»de
Denise LEGRANDetAnnie
KovACS BOSCH 125
ActualitésI. Rencontres etcoUoques
139
« Une
affaire de
femmes? La féminisation du corpsenseignant racontée par
laphoto
de classe,1890-1990
»,une
exposition itinérante de
l'INRP réaliséepar
F.
Jacquet-Francillon, M. Cacouault, M. Kherroubi.
Notes
de lecturepar Sophie
ErnstCompte
rendu des journéesd'étude
sur « laformation initiale
des professeurs des écolesen sciences ettechnologie
»de
Joël
Lebeaume1. PnOchAÎNESRENCONTRES 1
50
-
3e Biennalede l'éducation
etdelaformation
:débats
surlésT^criërchës^eîlës ifïïîovatiôns'à
Paris du 18 au 21avril 1996.
RecherchesTTormationsrpublications-suHesapprentissages
à Lyon du 14 octobre
au4
mai 1996.
-
Les sciences, les techniques et leurspublics
àChamonix
du 1erau4 avril 1996.
-
2econgrès international d'actualité de
la recherche enéducation
et enformation de
l'AECSE à Paris du 1er au 3juillet 1996.
5. lUFM'AcTUAlhés 151
Soutien de l'INRP
aux formations diplomantes
à larecherche
en
éducation
: liste descandidats
retenuspour l'année 1995/1996
RECHERCHEetFORMATION N°20 - 1995 Sommaire
Claudine
HERZUCH : Prototypede l'analyse sociologique d'une
profession : le cas des médecins.Entretien avec R.
Sirota 99
Autour
des mots :«Dix
non dits ou laface cachée
du métierd'enseignant
»de Philippe
PERRENOUD 107
Lectures
« Images
publiques
des enseignants : élémentsde bibliographie
analytique
»de
Denise LEGRANDetAnnie
KovACS BOSCH 125
ActualitésI. Rencontres etcoUoques
139
« Une
affaire de
femmes? La féminisation du corpsenseignant racontée par
laphoto
de classe,1890-1990
»,une
exposition itinérante de
l'INRP réaliséepar
F.
Jacquet-Francillon, M. Cacouault, M. Kherroubi.
Notes
de lecturepar Sophie
ErnstCompte
rendu des journéesd'étude
sur « laformation initiale
des professeurs des écolesen sciences ettechnologie
»de
Joël
Lebeaume1. PnOchAÎNESRENCONTRES 1
50
-
3e Biennalede l'éducation
etdelaformation
:débats
surlésT^criërchës^eîlës ifïïîovatiôns'à
Paris du 18 au 21avril 1996.
RecherchesTTormationsrpublications-suHesapprentissages
à Lyon du 14 octobre
au4
mai 1996.
-
Les sciences, les techniques et leurspublics
àChamonix
du 1erau4 avril 1996.
-
2econgrès international d'actualité de
la recherche enéducation
et enformation de
l'AECSE à Paris du 1er au 3juillet 1996.
5. lUFM'AcTUAlhés 151
Soutien de l'INRP
aux formations diplomantes
à larecherche
en
éducation
: liste descandidats
retenuspour l'année 1995/1996
RECHERCHEetFORMATION N°20 - 1995
EDITORIAL
Du8 au 10 février 1995, l'InstitutNationalde Recherche Pédagogique aorganisé, surlethèmedes «Imagespubliquesdesenseignants»,uncolloquequiaréuni plus de troiscentsparticipants.
Latensionque nous avonsdonnéeàcesjournées(partirdes«Traitsetportraits du métierd'enseignant» pouraborderla «Constructiondes imagesetles imagesen construction »etarriverà l'« Invention etladiffusiond'images»)nousa permis de nous interroger en conclusion sur la « Gestion du métier et des images de ce métier». Celle-ci est-elleledomaineréservé desdécideurset desgestionnaires?Les
enseignants,dans leurpropre pratiqueetlesreprésentationsqu'ils donnent àvoirou qu'ilsconstruisentde leurmétier,ne sont-ils paségalementlesproducteursetles ges¬
tionnaires decesimages?
Cesont, eneffet, des images et non pasdescontenusdepensée,desmétaphoreset non pas desassertionsqui déterminent la plupart denosconvictions etleur donnent une puissancequi leur permetparfoisde résisterà l'épreuvedes faits : il y ades images-mémoires,cellesdenossouvenirs réelsoureconstruits,individuellesoucol¬
lectives, ilya des idées-images,des idéesqui prennentlesimagescomme supports pourconvaincre ou démontrer(cf. P. Rorty : L'Homme speculate). Certainsaspects de nos représentations sontvéhiculés dans desdiscours,d'autres enfouis dans des pratiques. Nos souvenirs d'enseignés, nos souvenirsd'enseignantsqui ont marqué nosformations construisent notre mémoireetnotrevision actuelle du mondeensei¬
gnant mêmelorsque celui-ci changeetquenousenregistrons son changementpar Fobservationdirecte ouparpersonnesou discours interposés.
Imagespubliquesencelaqu'elles sont exposéesparlesenseignantseux-mêmesou leursorganisationsprofessionnelles,exposéespar ceux auxquelsils s'adressent,par ceux quionten charge leurformationou leur gestion,exposéesencoreparledis¬
cours scientifique etles médiasqui sontcomme la chambre d'échodeces paroles multiplesetquiontaussiuneforcedeconstructionquileurestpropre.
Pages5-9 RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
EDITORIAL
Du8 au 10 février 1995, l'InstitutNationalde Recherche Pédagogique aorganisé, surlethèmedes «Imagespubliquesdesenseignants»,uncolloquequiaréuni plus de troiscentsparticipants.
Latensionque nous avonsdonnéeàcesjournées(partirdes«Traitsetportraits du métierd'enseignant» pouraborderla «Constructiondes imagesetles imagesen construction »etarriverà l'« Invention etladiffusiond'images»)nousa permis de nous interroger en conclusion sur la « Gestion du métier et des images de ce métier». Celle-ci est-elleledomaineréservé desdécideurset desgestionnaires?Les
enseignants,dans leurpropre pratiqueetlesreprésentationsqu'ils donnent àvoirou qu'ilsconstruisentde leurmétier,ne sont-ils paségalementlesproducteursetles ges¬
tionnaires decesimages?
Cesont, eneffet, des images et non pasdescontenusdepensée,desmétaphoreset non pas desassertionsqui déterminent la plupart denosconvictions etleur donnent une puissancequi leur permetparfoisde résisterà l'épreuvedes faits : il y ades images-mémoires,cellesdenossouvenirs réelsoureconstruits,individuellesoucol¬
lectives, ilya des idées-images,des idéesqui prennentlesimagescomme supports pourconvaincre ou démontrer(cf. P. Rorty : L'Homme speculate). Certainsaspects de nos représentations sontvéhiculés dans desdiscours,d'autres enfouis dans des pratiques. Nos souvenirs d'enseignés, nos souvenirsd'enseignantsqui ont marqué nosformations construisent notre mémoireetnotrevision actuelle du mondeensei¬
gnant mêmelorsque celui-ci changeetquenousenregistrons son changementpar Fobservationdirecte ouparpersonnesou discours interposés.
Imagespubliquesencelaqu'elles sont exposéesparlesenseignantseux-mêmesou leursorganisationsprofessionnelles,exposéespar ceux auxquelsils s'adressent,par ceux quionten charge leurformationou leur gestion,exposéesencoreparledis¬
cours scientifique etles médiasqui sontcomme la chambre d'échodeces paroles multiplesetquiontaussiuneforcedeconstructionquileurestpropre.
Pages5-9 RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
Editorial
L'idée de cecolloqueest née d'uneséried'interrogations et plus particulièrement d'unquestionnementsurlanaturemême del'activitéenseignante, desesinterpré¬
tationsetreprésentations.Notretravails'estappuyé surdestravauxetdeproduc¬
tionsdontlerecensementpermetd'apprécierlesvariationsselon lesépoques etl'in¬
vestissement de nombreuses entrées disciplinaires et artistiques. Les analyses historiques, philosophiques, sociologiques,pédagogiques construisent de manière additive uneconnaissancede ce métieralorsquela littératureou lesmédias dans leur ensembleintroduisent également d'autres visions non nécessairement accordées auxobservations précédentes.Cescohérences, cesdissonancesinvitaientà mettre la question endébat, commeméritaitde l'être également la crise annoncée du recru¬
tementdesenseignantsàl'aubeduXXIesiècle, puisl'affluxactueldecandidats qui a provoqué la mobilisation de spécialistes, des décideurs et des formateurs, mais cettefois-ci pourconstruire uneimage publique renouvelée, quasi publicitairedont lescontoursoscillentselonlesmomentsdepénurieoud'abondancedecandidatures.
Une problématique ne peut se réduire à cette addition de points de vue. Nous sommes partis, pour notre part, de l'idée que les changementsen cours dans le domaine de laformation modifient probablement la définition du métier,dessavoirs et desprofils de compétencesou,pourinverserlaquestion,quecesontcesmodifi¬
cationsduméfier etdel'exercice du métier quiont entraîné d'autres modèles defor¬
mation, eux-mêmesliésaux diverses conceptionsdumétierquisont endébatsur la scène publique.
Il nousa semblécapital de conduire notre prospectionvers ce qui contribue à la construction de ces représentations et de ces pratiques en nous demandant sur quelle réserve de referents onpeut décider de lavaleurd'un trait, d'uncomporte¬
ment,
d^ne pratique,^t^iÎAe^onsjrujs^rij^esjé^rents
etqui lesconstruit? Com- ment les enseignants gèrent-ils, pratiquementet symboliquement, les failles et les réussitesfonctionnellesde leur métier,lesimagesqu'ilsserenvoient à eux-mêmesou qui leursontrenvoyéesparceuxqui parlentd'eux?N'est-il pasopportun d'observerque lestermes mêmes utiliséspour désigner ceux quiontencharge statutairement detransmettre dessavoirssesontmodifiés:onest passéainsi,enquelques décennies, du maîtred'école, de l'instituteur au professeur d'école. Désormaislemotenseignantpeutdésignertouslesordresd'enseignement.
Cesglissementspeuvent paraîtredes « allant desoi »ou témoigneren réalité de transformations internes de lafonction,demodifications profondesdesperceptions passées etprésentes de l'ensemble de lasociété civile. Parlerd'un « corps ensei¬
gnant» (c'est-à-dired'unensembledéfini tout à la foisparune hiérarchie deposi¬
tions,desattributs etdesfonctionscommunes)peut-il nousautoriser àfairel'écono¬
mie d'une analyse rétrospective (qui nous permettrait de déterminer le ou les moments,leoules sensdeschangementsréelsouperçuscommetels)etd'uneana¬
lyse comparée (qui vérifierait les évolutions observables ailleurs dans d'autres contextesprofessionnelsousousd'autresclimats)?
RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995 Editorial
L'idée de cecolloqueest née d'uneséried'interrogations et plus particulièrement d'unquestionnementsurlanaturemême del'activitéenseignante, desesinterpré¬
tationsetreprésentations.Notretravails'estappuyé surdestravauxetdeproduc¬
tionsdontlerecensementpermetd'apprécierlesvariationsselon lesépoques etl'in¬
vestissement de nombreuses entrées disciplinaires et artistiques. Les analyses historiques, philosophiques, sociologiques,pédagogiques construisent de manière additive uneconnaissancede ce métieralorsquela littératureou lesmédias dans leur ensembleintroduisent également d'autres visions non nécessairement accordées auxobservations précédentes.Cescohérences, cesdissonancesinvitaientà mettre la question endébat, commeméritaitde l'être également la crise annoncée du recru¬
tementdesenseignantsàl'aubeduXXIesiècle, puisl'affluxactueldecandidats qui a provoqué la mobilisation de spécialistes, des décideurs et des formateurs, mais cettefois-ci pourconstruire uneimage publique renouvelée, quasi publicitairedont lescontoursoscillentselonlesmomentsdepénurieoud'abondancedecandidatures.
Une problématique ne peut se réduire à cette addition de points de vue. Nous sommes partis, pour notre part, de l'idée que les changementsen cours dans le domaine de laformation modifient probablement la définition du métier,dessavoirs et desprofils de compétencesou,pourinverserlaquestion,quecesontcesmodifi¬
cationsduméfier etdel'exercice du métier quiont entraîné d'autres modèles defor¬
mation, eux-mêmesliésaux diverses conceptionsdumétierquisont endébatsur la scène publique.
Il nousa semblécapital de conduire notre prospectionvers ce qui contribue à la construction de ces représentations et de ces pratiques en nous demandant sur quelle réserve de referents onpeut décider de lavaleurd'un trait, d'uncomporte¬
ment,
d^ne pratique,^t^iÎAe^onsjrujs^rij^esjé^rents
etqui lesconstruit? Com- ment les enseignants gèrent-ils, pratiquementet symboliquement, les failles et les réussitesfonctionnellesde leur métier,lesimagesqu'ilsserenvoient à eux-mêmesou qui leursontrenvoyéesparceuxqui parlentd'eux?N'est-il pasopportun d'observerque lestermes mêmes utiliséspour désigner ceux quiontencharge statutairement detransmettre dessavoirssesontmodifiés:onest passéainsi,enquelques décennies, du maîtred'école, de l'instituteur au professeur d'école. Désormaislemotenseignantpeutdésignertouslesordresd'enseignement.
Cesglissementspeuvent paraîtredes « allant desoi »ou témoigneren réalité de transformations internes de lafonction,demodifications profondesdesperceptions passées etprésentes de l'ensemble de lasociété civile. Parlerd'un « corps ensei¬
gnant» (c'est-à-dired'unensembledéfini tout à la foisparune hiérarchie deposi¬
tions,desattributs etdesfonctionscommunes)peut-il nousautoriser àfairel'écono¬
mie d'une analyse rétrospective (qui nous permettrait de déterminer le ou les moments,leoules sensdeschangementsréelsouperçuscommetels)etd'uneana¬
lyse comparée (qui vérifierait les évolutions observables ailleurs dans d'autres contextesprofessionnelsousousd'autresclimats)?
RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
Editorial
Qu'est-cequ'êtreenseignantaujourd'hui?Peut-onadhérertotalementàsonstatut sanslecritiqueren même temps,sansproduiredespropositionsqui visent, enexpo¬
santdespratiquesdiversesou accordées,à le transformer ou tout au moins à l'ana¬
lyser? Les discours sont-ils polémiques, à l'intérieur même du corps enseignant, selonlesconceptionsdumétieroula façon dontestcomprisel'inscriptiondeFécole danslacité,dansla construction des savoirs(etquelssavoirs?)?Quelleestla vertu dedestructionoudeconstructiondecesdiscours surla profession?
Leseffetsdela féminisation observée n'influencent-ils pas également l'évolutiondes images,la conception des carrières et la naturedesmodes devie? Ona pu ainsi sedemander,à traversl'expositionconstruite pourcecolloque etdont on trouvera également,danscenuméro, une présentation(S.Ernst),si«enseigner»nedevenait pasune«
Affaire
defemmes»etsicette «féminisation»n'avaitpas,elle aussi, une influence surl'imagequerenvoyaitceméfier.On ne cherchera pas, dans cenuméro de Rechercheet Formation, la relation de l'ensembledeces journées,desdébatsdesdifférentestables rondesoudesateliers qui leur étaient associés (près de cent interventions ontétéproposées). Nous avons souhaitéfocaliser l'attention surquelques points développéslorsdeces journées et qui permettent d'avancer dans l'analyse de l'évolution, de la construction et des contrastesque présententlesimagespubliquesdesenseignants.
Ce^numéroestconstruitentroisparties:
-
Évolution desimages-
Desimages construites-
Desimages contrastéesL'Évolution des imagesestici approchéeenpartantde trois contributions : « La BelleEpoquedesinstituteurs?»(M.Ozouf),«Images,carrièreset modesdeviedes enseignantes, des annéessoixanteàla décenniequate-vingt-dix»(M. Cacouault- Bitaua) et« Lesrecherchesàpropos de l'enseignant:desimages
ente
prescription etdescription »(P. Dessus).À
l'« exceptionnelle cohérence»,perceptible ou affichée au tournantdu siècle, s'oppose une vision actuellequi metl'accent à la fois surla féminisation de la professionet«surladétressedela femmeseuleousur lesconflits de rôlesvécusparl'enseignante épouseetmère»,image queM. Cacouault-Bitaud interroge àpartirdel'analyse de l'évolutiondesrapports au métieretà la carrière.P. Dessusouvre une discussion plus généralesurles imagesdel'enseignantdansla littérature desSciencesdel'éducation,imagesquirisquentd'être débattues dansles annéesà venir.
La Construction des images s'ordonne auxanalyses historiques précédentes et s'éprouve à traversles « discours etleslogiquesdeprofessionnalisation » produits pour répondreauxépreuves etauxtransformationsdumétier enseignant etdes rap¬
portsauxsavoirs(J.-Y. Rochex: Transformationsinstitutionnellesetlogiques depro¬
fessionnalisation desenseignants.).
À
l'inférieurmêmede la profession, lediscoursRECHERCHEetFORMATION N°20 - 1995 Editorial
Qu'est-cequ'êtreenseignantaujourd'hui?Peut-onadhérertotalementàsonstatut sanslecritiqueren même temps,sansproduiredespropositionsqui visent, enexpo¬
santdespratiquesdiversesou accordées,à le transformer ou tout au moins à l'ana¬
lyser? Les discours sont-ils polémiques, à l'intérieur même du corps enseignant, selonlesconceptionsdumétieroula façon dontestcomprisel'inscriptiondeFécole danslacité,dansla construction des savoirs(etquelssavoirs?)?Quelleestla vertu dedestructionoudeconstructiondecesdiscours surla profession?
Leseffetsdela féminisation observée n'influencent-ils pas également l'évolutiondes images,la conception des carrières et la naturedesmodes devie? Ona pu ainsi sedemander,à traversl'expositionconstruite pourcecolloque etdont on trouvera également,danscenuméro, une présentation(S.Ernst),si«enseigner»nedevenait pasune«
Affaire
defemmes»etsicette «féminisation»n'avaitpas,elle aussi, une influence surl'imagequerenvoyaitceméfier.On ne cherchera pas, dans cenuméro de Rechercheet Formation, la relation de l'ensembledeces journées,desdébatsdesdifférentestables rondesoudesateliers qui leur étaient associés (près de cent interventions ontétéproposées). Nous avons souhaitéfocaliser l'attention surquelques points développéslorsdeces journées et qui permettent d'avancer dans l'analyse de l'évolution, de la construction et des contrastesque présententlesimagespubliquesdesenseignants.
Ce^numéroestconstruitentroisparties:
-
Évolution desimages-
Desimages construites-
Desimages contrastéesL'Évolution des imagesestici approchéeenpartantde trois contributions : « La BelleEpoquedesinstituteurs?»(M.Ozouf),«Images,carrièreset modesdeviedes enseignantes, des annéessoixanteàla décenniequate-vingt-dix»(M. Cacouault- Bitaua) et« Lesrecherchesàpropos de l'enseignant:desimages
ente
prescription etdescription »(P. Dessus).À
l'« exceptionnelle cohérence»,perceptible ou affichée au tournantdu siècle, s'oppose une vision actuellequi metl'accent à la fois surla féminisation de la professionet«surladétressedela femmeseuleousur lesconflits de rôlesvécusparl'enseignante épouseetmère»,image queM. Cacouault-Bitaud interroge àpartirdel'analyse de l'évolutiondesrapports au métieretà la carrière.P. Dessusouvre une discussion plus généralesurles imagesdel'enseignantdansla littérature desSciencesdel'éducation,imagesquirisquentd'être débattues dansles annéesà venir.
La Construction des images s'ordonne auxanalyses historiques précédentes et s'éprouve à traversles « discours etleslogiquesdeprofessionnalisation » produits pour répondreauxépreuves etauxtransformationsdumétier enseignant etdes rap¬
portsauxsavoirs(J.-Y. Rochex: Transformationsinstitutionnellesetlogiques depro¬
fessionnalisation desenseignants.).
À
l'inférieurmêmede la profession, lediscoursRECHERCHEetFORMATION N°20 - 1995
Editorial
des «pédagogues»peutprendreallure paradoxale s'il dénoncel'immobilismedes enseignanfsouencore la«résignationdansunepratiqueleplus souventrépressive, l'acceptationd'uneimage desoipartrop médiocre»(J.Houssaye: Lepédagogue n'aimepasles enseignants.).
Ces deuxcontributions conduisent à interroger les modèlesde formation qui com¬
posent des modèles d'enseignants. On s'accordera sur l'étroite relation entre les conceptionsde la formation etcellesdel'activité enseignante. Quels savoirs ensei¬
gner,commentlesenseigner?Comment, quandetsurquoi formerlesenseignants ?
Largement médiatisée, efsouvent de manière polémique,cettequestion de la for¬
mation est ici traitée en partant d'unexemple (l'IUFM de Paris) pourobserver les incertitudes ef les pratiques développées (M. Métoudi : Modèles d'enseignant, modèles deformation. Unplan de formationpourlesdire?)enfonction d'objectifs etde réalités.
Cesévolutions,cesconstructions produisent, parrapportàd'autres professions et àd'autres climats,desImages contrastées dontnousavonstentél'approchede deux manières:envoyageantavecH.JudgedeFranceauxÉtats-UnisetenGrande-Bre¬
tagne,endébattant avecD.MonjardetetC.Herziichde lamanièredont lasociolo¬
gie renvoie uneimage de certainesprofessions qui«ontencommun, entre autres, detraiterdes"autres" et de "mettreenordre" ».
Les études transnationales (H. Judge. Les images des enseignants) apportent, en effet, desenseignementsprécieux « parlescontrastes qu'elles soulignent plus que parlescomparaisons ou lesanalogiesqu'ellesoffrent». Ellespermettentd'identifier retraite relation des imagesau contexte politique, social et culturel et de contester, cefaisant,decequenousaurionspucroireêtre desinvariants constitutifs du métier d'enseignant.Ces « Lettrespersanes»d'un nouveau typenousmontrentque c'esten France etenAngleterre que la perceptiondesenseignantss'est leplus modifiée et commentcetteévolution a entraînédesmodificationsauseinmêmedelaformation etdanslesrelationstisséesaveclesuniversités.
Comparésaux médecins ou aux policiers, c'est-à-dire à desprofessionsqui ontun rapport« éducatif» (ou répressif) avecdespublics etdes missions socialesidenti¬
fiéesàpropos desquelleslesimagesproduitessontprégnantesquant à l'exercice du métier, lesenseignants se perçoivent-ilsoupeuvent-ils être perçus commeun corps homogène, stableouappelé à « reconstruireenpermanenceles règlesdu jeu que leurs "clients" soitnepartagentplus,soit contestent »(R. Sirota)? Auseindecette partiequiporte surles« imagescontrastées»nous avonsainsiouvert à cesques¬
tions larubrique«Débat etEntretien », oùsecôtoient lacontribution deD.Monjar¬
det(Profession,cultureprofessionnelle et corporatisme:le casdespoliciers) etl'en¬
tretiendeC. HerziichparR. Sirotasurlesmédecins.Onyverra que, commepour
lesenseignantsde la«BelleÉpoque»,l'imaginairemédical aenmémoireuntemps qui serait commel'âge
d'or
delaprofession,quelesconflits d'interprétationde laRECHERCHEetFORMATION N" 20 - 1995 Editorial
des «pédagogues»peutprendreallure paradoxale s'il dénoncel'immobilismedes enseignanfsouencore la«résignationdansunepratiqueleplus souventrépressive, l'acceptationd'uneimage desoipartrop médiocre»(J.Houssaye: Lepédagogue n'aimepasles enseignants.).
Ces deuxcontributions conduisent à interroger les modèlesde formation qui com¬
posent des modèles d'enseignants. On s'accordera sur l'étroite relation entre les conceptionsde la formation etcellesdel'activité enseignante. Quels savoirs ensei¬
gner,commentlesenseigner?Comment, quandetsurquoi formerlesenseignants ?
Largement médiatisée, efsouvent de manière polémique,cettequestion de la for¬
mation est ici traitée en partant d'unexemple (l'IUFM de Paris) pourobserver les incertitudes ef les pratiques développées (M. Métoudi : Modèles d'enseignant, modèles deformation. Unplan de formationpourlesdire?)enfonction d'objectifs etde réalités.
Cesévolutions,cesconstructions produisent, parrapportàd'autres professions et àd'autres climats,desImages contrastées dontnousavonstentél'approchede deux manières:envoyageantavecH.JudgedeFranceauxÉtats-UnisetenGrande-Bre¬
tagne,endébattant avecD.MonjardetetC.Herziichde lamanièredont lasociolo¬
gie renvoie uneimage de certainesprofessions qui«ontencommun, entre autres, detraiterdes"autres" et de "mettreenordre" ».
Les études transnationales (H. Judge. Les images des enseignants) apportent, en effet, desenseignementsprécieux « parlescontrastes qu'elles soulignent plus que parlescomparaisons ou lesanalogiesqu'ellesoffrent». Ellespermettentd'identifier retraite relation des imagesau contexte politique, social et culturel et de contester, cefaisant,decequenousaurionspucroireêtre desinvariants constitutifs du métier d'enseignant.Ces « Lettrespersanes»d'un nouveau typenousmontrentque c'esten France etenAngleterre que la perceptiondesenseignantss'est leplus modifiée et commentcetteévolution a entraînédesmodificationsauseinmêmedelaformation etdanslesrelationstisséesaveclesuniversités.
Comparésaux médecins ou aux policiers, c'est-à-dire à desprofessionsqui ontun rapport« éducatif» (ou répressif) avecdespublics etdes missions socialesidenti¬
fiéesàpropos desquelleslesimagesproduitessontprégnantesquant à l'exercice du métier, lesenseignants se perçoivent-ilsoupeuvent-ils être perçus commeun corps homogène, stableouappelé à « reconstruireenpermanenceles règlesdu jeu que leurs "clients" soitnepartagentplus,soit contestent »(R. Sirota)? Auseindecette partiequiporte surles« imagescontrastées»nous avonsainsiouvert à cesques¬
tions larubrique«Débat etEntretien », oùsecôtoient lacontribution deD.Monjar¬
det(Profession,cultureprofessionnelle et corporatisme:le casdespoliciers) etl'en¬
tretiendeC. HerziichparR. Sirotasurlesmédecins.Onyverra que, commepour
lesenseignantsde la«BelleÉpoque»,l'imaginairemédical aenmémoireuntemps qui serait commel'âge
d'or
delaprofession,quelesconflits d'interprétationde laRECHERCHEetFORMATION N" 20 - 1995
Editorial
fonction que doiventremplir les policierstraversentlesdébats internesà cette pro¬
fession et «qu'onensaitautantsurcequefait(cequeva faire) lapolice, quenous ensavonssurcequefont réellementnos enfantsaprèsavoirprisconnaissancedes programmes, justement dits "officiels"».
AvecP. Perrenoud, nousconviendronsqu'«aucunecorporationnepeut êtreindiffé¬
renteàsonimagepublique,dans la mesureoùsaréputationendépend».Lepropre del'analysesociologiqueestde«tenter de formulerpubliquement cequi,habituel¬
lement, ne relève pas des imagespubliques » soitqu'elles édulcorent, soit qu'elles ignorent ce que l'on tente de cacher ou de reconnaître ouvertement : la peur, la séduction niée, le pouvoir honteux, ou encorel'ennui, la routine, la libertésans la responsabilité, etc. Ces «Dix non ditsoulafacecachéedumétierd'enseignant», oulacomédie de la maîtrise et de la rationalité,nousmontrent commententournant
«Autourdes mots »,onconstruit uneautrevisiondel'exercice du métier quiappel¬
lerait, elle aussi,d'autrescommentairesen retour.
Onauracomprisque notre proposétait bien plutôtd'ouvrirledébat que de le clore et lelecteur pourraencoreenconsultantla Bibliographieanalytique oui estincluse danscenuméro,constaterl'effortdelarecherche,sespoints forts,seslacunes,trou¬
ver des élémentspourreconstruire, desonpoint de vue,lesdifférentespropositions que nous soumettons ici.
Evelyne BURGUIÈRE INRP
RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995 Editorial
fonction que doiventremplir les policierstraversentlesdébats internesà cette pro¬
fession et «qu'onensaitautantsurcequefait(cequeva faire) lapolice, quenous ensavonssurcequefont réellementnos enfantsaprèsavoirprisconnaissancedes programmes, justement dits "officiels"».
AvecP. Perrenoud, nousconviendronsqu'«aucunecorporationnepeut êtreindiffé¬
renteàsonimagepublique,dans la mesureoùsaréputationendépend».Lepropre del'analysesociologiqueestde«tenter de formulerpubliquement cequi,habituel¬
lement, ne relève pas des imagespubliques » soitqu'elles édulcorent, soit qu'elles ignorent ce que l'on tente de cacher ou de reconnaître ouvertement : la peur, la séduction niée, le pouvoir honteux, ou encorel'ennui, la routine, la libertésans la responsabilité, etc. Ces «Dix non ditsoulafacecachéedumétierd'enseignant», oulacomédie de la maîtrise et de la rationalité,nousmontrent commententournant
«Autourdes mots »,onconstruit uneautrevisiondel'exercice du métier quiappel¬
lerait, elle aussi,d'autrescommentairesen retour.
Onauracomprisque notre proposétait bien plutôtd'ouvrirledébat que de le clore et lelecteur pourraencoreenconsultantla Bibliographieanalytique oui estincluse danscenuméro,constaterl'effortdelarecherche,sespoints forts,seslacunes,trou¬
ver des élémentspourreconstruire, desonpoint de vue,lesdifférentespropositions que nous soumettons ici.
Evelyne BURGUIÈRE INRP
RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
« LA BELLE EPOQUE DES INSTITUTEURS
?»
MonaOZOUF*
Résumé L'image que les instituteurs avaient d'eux-mêmes au tournant du siècle, et que nous pouvons atteindre àtaversl'enquêterétospective menée
par
JacquesOzouf
dans les années soixante, nous paraît(rapportée ànos critères actuels, d'une exceptionnelle cohérence.
À
cettecohérencecontibuentla normativité de la formation, leregardcontaignant
d'autrui,laconsubstantialitédelavieetdumétier.Mais plus encore, la certitude, intérioriséepar
chacun,qu'il
s'agit d'un métier accordé aux valeurs universelles, etquela classe est le lieu mêmedel'apprentissage de la liberté et de l'égalité. Laprofessiona beauêtre malpayée,malprotégée, soumiseàl'arbitaire
adminis-tatif,
aucun doutemortel-
surl'efficacité du métier, ou encoresa possiblecontributionàla reconduction du monde telqu'il
va-
nel'a
encore atteinte : en ce sens,il
est légitime deparler d'une belle époquedes instituteurs.Abstract
At
theturnof
the century, theself-imageof
primaryschoolteachers, asit
isreflectedbytherétospective surveyledbyJacquesOzoufin the60's, appears exceptionallyconsistenttouscomparedtoourpre¬sentcriteria. What contibutedtothisconsistency, werethenormative nature
of
thetaining,
theresticting functionof
otherpeople'sopi¬nions, theconsubstantiality
of
primaryschool teachers'lifeandjob.Butmainly, everyone'sinternalbelief that
it
wasajobinkeepingwith universal values andthatthe classroom was the veryplace where libertyand
equalitywere taught. Asbadly paid, badlyprotectedand subjected to anarbitary
administation asit
mayhave been, there wasnomortal doubtyet aboutmeefficiencyof
theprofessionor
even itspossiblecontibutiontotheperpetuationof
meexistingorderof
the world: in this sense one can legitimately speakof
agolden ageof
school masters.
11
* MonaOzouf,CNRS,CentrederecherchespolitiquesR.Aron(EHESS).
Pages11-15 RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
« LA BELLE EPOQUE DES INSTITUTEURS
?»
MonaOZOUF*
Résumé L'image que les instituteurs avaient d'eux-mêmes au tournant du siècle, et que nous pouvons atteindre àtaversl'enquêterétospective menée
par
JacquesOzouf
dans les années soixante, nous paraît(rapportée ànos critères actuels, d'une exceptionnelle cohérence.
À
cettecohérencecontibuentla normativité de la formation, leregardcontaignant
d'autrui,laconsubstantialitédelavieetdumétier.Mais plus encore, la certitude, intérioriséepar
chacun,qu'il
s'agit d'un métier accordé aux valeurs universelles, etquela classe est le lieu mêmedel'apprentissage de la liberté et de l'égalité. Laprofessiona beauêtre malpayée,malprotégée, soumiseàl'arbitaire
adminis-tatif,
aucun doutemortel-
surl'efficacité du métier, ou encoresa possiblecontributionàla reconduction du monde telqu'il
va-
nel'a
encore atteinte : en ce sens,il
est légitime deparler d'une belle époquedes instituteurs.Abstract
At
theturnof
the century, theself-imageof
primaryschoolteachers, asit
isreflectedbytherétospective surveyledbyJacquesOzoufin the60's, appears exceptionallyconsistenttouscomparedtoourpre¬sentcriteria. What contibutedtothisconsistency, werethenormative nature
of
thetaining,
theresticting functionof
otherpeople'sopi¬nions, theconsubstantiality
of
primaryschool teachers'lifeandjob.Butmainly, everyone'sinternalbelief that
it
wasajobinkeepingwith universal values andthatthe classroom was the veryplace where libertyand
equalitywere taught. Asbadly paid, badlyprotectedand subjected to anarbitary
administation asit
mayhave been, there wasnomortal doubtyet aboutmeefficiencyof
theprofessionor
even itspossiblecontibutiontotheperpetuationof
meexistingorderof
the world: in this sense one can legitimately speakof
agolden ageof
school masters.
11
* MonaOzouf,CNRS,CentrederecherchespolitiquesR.Aron(EHESS).
Pages11-15 RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
« LaBelleépoque des instituteurs?»
À
la discussionduproblème quinousoccupe,il peut êtreinstructif de verserle por¬traitque dessinent d'eux-mêmeslesInstituteursdespremières annéesde notresiècle:
nous pouvons le contempler à travers l'enquête qu'avait menée, dans les années 1962-1963,JacquesOzoufauprèsdesmaîtres quiavaient enseigné avant 1914.
L'enquêteavaitramené4000témoignages, pleins d'enseignements surlamanière dontces hommesetcesfemmes jugeaient leur profession etleur existence. Letitre donné à la première utilisation de cette enquête («Les Instituteurs de la Belle Époque»)suggérait que l'enquêtesesituait,ou pensaitsesituer,dans unâge
d'or
dumétier:laBelleÉpoquedesinstituteurs. Cetâged'or
était-il perçu commetelparleshommesetlesfemmesinterrogésen1960?Commentsevoyaient-ils?Comment se racontaient-ils? Aux images contemporaines, il n'est pas inutile de confronter cette image archaïque.
Ilsrépondaient àl'invitationquileur était faite deseraconter: portraitprovoquépar conséquent, et non portrait spontané. Ils l'avaient fait assez volontiers (l'enquête avaitrencontréun succèsinhabituelpouruneenquêted'opinion),maisavaientlaissé percer aussi quelques résistances. Parfoisalimentées par la modestie
-
pourquoimoi?enquoi mavie peut-elleintéresser?
-,
etparfoisparuntroublede lasubjec¬tivité
-
suis-jecapablededire levrai ?-.
On lesvoit souvent reculer devantl'évo¬cation de laparticularitéd'unparcours, manifesteruneméfiance àl'égardde lapre¬
mière personne, broncher à l'idée d'un texte centré sur la vie individuelle. Pour répondre àl'invitationde l'enquêteur, illeurfallaitdoncconjurerladifficultéàpar¬
ler de soi.Etilsl'ont faitde deux manières:tantôtencherchantàcontrôler leursub¬
jectivité, intentionqui lesjettedansunevérification scrupuleuse de leur texte(vérifi¬
cation chronologique, topographique, convocation d'autres témoins, confrontation
. des témoignag^s,-recours^uxxhiffres)-;Jan»ôt,^et_surtout,_en_s'abritant_derrière_la_
12 I perspectiveobjectivede l'enquête, qui présentaitleur témoignage comme unecontri¬
bution à unportraitenpied,voireàune statuedel'Instituteurfrançais au tournant dusiècle.Danscecas,l'évocation de leurdestinsingulier était suffisamment légitimé par l'ambition de faire saisir la généralité d'un destin collectif. Un des premiers enseignementsdeceportraitcouleursépia estdonc queleursauteurscroientferme¬
ment, quelsque soient lesaléas de leur parcours
particulier,^
la généralitéd'un métieret à la généralitédesvaleurs auecemétier véhicule.À
cettecondition, ces narrateurs pensentpouvoirs'éclipserdeleur narration.Etleur lecteurpeut conclure à lasolidité età la cohérenced'uneimage.Leurpremièrecertitudeestqueparlerdesoiefparlerde la profession, c'est toutun.
Le métier est le tout de l'existenceet non un de ses chapitres, ef le leitmotiv des réponses estla phrase : « lemétier étaittoutemavie ». Il ne s'agitpas seulement d'un discours édifiant et convenu, car le détail des réponses met en évidence la consubstantialité de la vie personnelle efde la vie professionnelle : lieu identique
Kur
les deux vies, loisirs mis au service du métier, vie privée comme vitrine de :olepublique.Touticiplaide pour l'homogénéitéd'uneexistencefaited'unemême étoffe. Unehomogénéité quiestencoreaccentuéepar l'endogamie, quandlaclasse,RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
« LaBelleépoque des instituteurs?»
À
la discussionduproblème quinousoccupe,il peut êtreinstructif de verserle por¬traitque dessinent d'eux-mêmeslesInstituteursdespremières annéesde notresiècle:
nous pouvons le contempler à travers l'enquête qu'avait menée, dans les années 1962-1963,JacquesOzoufauprèsdesmaîtres quiavaient enseigné avant 1914.
L'enquêteavaitramené4000témoignages, pleins d'enseignements surlamanière dontces hommesetcesfemmes jugeaient leur profession etleur existence. Letitre donné à la première utilisation de cette enquête («Les Instituteurs de la Belle Époque»)suggérait que l'enquêtesesituait,ou pensaitsesituer,dans unâge
d'or
dumétier:laBelleÉpoquedesinstituteurs. Cetâged'or
était-il perçu commetelparleshommesetlesfemmesinterrogésen1960?Commentsevoyaient-ils?Comment se racontaient-ils? Aux images contemporaines, il n'est pas inutile de confronter cette image archaïque.
Ilsrépondaient àl'invitationquileur était faite deseraconter: portraitprovoquépar conséquent, et non portrait spontané. Ils l'avaient fait assez volontiers (l'enquête avaitrencontréun succèsinhabituelpouruneenquêted'opinion),maisavaientlaissé percer aussi quelques résistances. Parfoisalimentées par la modestie
-
pourquoimoi?enquoi mavie peut-elleintéresser?
-,
etparfoisparuntroublede lasubjec¬tivité
-
suis-jecapablededire levrai ?-.
On lesvoit souvent reculer devantl'évo¬cation de laparticularitéd'unparcours, manifesteruneméfiance àl'égardde lapre¬
mière personne, broncher à l'idée d'un texte centré sur la vie individuelle. Pour répondre àl'invitationde l'enquêteur, illeurfallaitdoncconjurerladifficultéàpar¬
ler de soi.Etilsl'ont faitde deux manières:tantôtencherchantàcontrôler leursub¬
jectivité, intentionqui lesjettedansunevérification scrupuleuse de leur texte(vérifi¬
cation chronologique, topographique, convocation d'autres témoins, confrontation
. des témoignag^s,-recours^uxxhiffres)-;Jan»ôt,^et_surtout,_en_s'abritant_derrière_la_
12 I perspectiveobjectivede l'enquête, qui présentaitleur témoignage comme unecontri¬
bution à unportraitenpied,voireàune statuedel'Instituteurfrançais au tournant dusiècle.Danscecas,l'évocation de leurdestinsingulier était suffisamment légitimé par l'ambition de faire saisir la généralité d'un destin collectif. Un des premiers enseignementsdeceportraitcouleursépia estdonc queleursauteurscroientferme¬
ment, quelsque soient lesaléas de leur parcours
particulier,^
la généralitéd'un métieret à la généralitédesvaleurs auecemétier véhicule.À
cettecondition, ces narrateurs pensentpouvoirs'éclipserdeleur narration.Etleur lecteurpeut conclure à lasolidité età la cohérenced'uneimage.Leurpremièrecertitudeestqueparlerdesoiefparlerde la profession, c'est toutun.
Le métier est le tout de l'existenceet non un de ses chapitres, ef le leitmotiv des réponses estla phrase : « lemétier étaittoutemavie ». Il ne s'agitpas seulement d'un discours édifiant et convenu, car le détail des réponses met en évidence la consubstantialité de la vie personnelle efde la vie professionnelle : lieu identique
Kur
les deux vies, loisirs mis au service du métier, vie privée comme vitrine de :olepublique.Touticiplaide pour l'homogénéitéd'uneexistencefaited'unemême étoffe. Unehomogénéité quiestencoreaccentuéepar l'endogamie, quandlaclasse,RECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
Mono OZOUF
qui absorbe lavie personnelle, devientaussi ceque partagentlesconjointsensei¬
gnants.
Cette unité vécue dans l'exercice du métierest, parailleurs, le fruit d'unevolonté politiqueetpédagogique.Lemétier d'instituteura étéimaginé commeunprojetcol¬
lectifauxrègles rigoureuses. L'entréedans la profession estainsi l'entrée dans un monde contraignantetconforme: cequi contribue au sentimentd'unitéest lafor¬
mation trèsrigidede l'Écolenormale,qui, mêmesiellelaisse endehorsd'ellebon nombred'individus,restepourtouslemodèlederéférencequi imposel'identitédes savoirset desdevoirs. Dans la prégnance decetteimage uniforme s'efface laparti¬
cularité des cheminements etl'écartplusou moinsgrand aveclemilieud'origine.
Cette image homogène enfinétaitrenforcéeparleregard d'autrui : pas d'époque oùlaprofession d'enseignantn'aitété aussi constammentetvisiblement assimilée à l'engagementreligieux,ouà l'engagement militaireauservicedelapatrie:c'est-à- direàdeschoixoù la subjectivité nonseulements'efface,maisdoitrenoncer à elle- même. Lestéréotypedel'enrôlement collectifrenvoieà l'instituteur une image forte dece
qu'il
doitêtre. Cetteimage a sonversantpositif (on souligne alors l'émanci¬pationdumétier
par
rapport auxvaleursde l'église et du château) ;elleaaussi son versantnégatif: lestexteshostilesqui,au tournantdu siècle, décrivent dansles ins¬tituteurs une phalange arrogante, agressive et sectaire ne peuventen retour que conforterlesentimentdesolidaritéetd'unité.
L'identificationde la vie professionnelleetdelavie personnelleestdoncl'armature même deshistoiresdeviesainsi recueillies. Ilestarrivéqu'onoppose dansl'investi¬
gation sociologiqueles« histoiresde vie»aux« récitsde pratiques»,enconférant , à ceux-ci seulement lavaleur scientifique. Maiscetteopposition n'est pas recevable I 1?
dans le portrait que tracent d'eux-mêmes les instituteurs de la Belle Époque. Rien n'aurait paruplus incongru à nos maîtres quecettedichotomie. Dans leursrécits,la voixsingulièreparticularise la situation généralemais ne ladément pas,l'individu nes'oppose pas augroupe, il n'ya pasdehiatusentre lavieetletravail, la per¬
sonneet lepersonnage. Etc'estainsiqu'ils conjurent l'étroitesse del'autoportrait.
Deuxièmecertitude :cetteconjurationdel'étroitesse est plusachevéeencoresi on penseprofondément
-
etc'est la foi detous nostémoins-
quelaparticularitédu métierestdeteniren lui lesvaleursuniverselles. Laclasse estd'abord le lieude la liberté, ausensoù lemaîtredonneàchaqueenfantlachance del'autonomie:dans chacun des exercices scolaires, mêmeleplushumble,l'instituteurvoitl'instrumentde l'émancipation, cequi expliquelevibratoquiaccompagne la description des plus humblesapprentissages. Laclasseest aussi l'espacedel'égalité, dans la mesure où chaqueenfant, invitéàabandonnerson lotdesingularitéssociales, régionales,lin¬guistiques, psychologiques, dépose sur le seuil son baluchon particulier. L'enfant danslaclasse n'estplus le filsde personne, maisseulement lefilsdeses
uvres
et de ses efforts : la hiérarchie scolaire est fermement décrochée de la hiérarchieRECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995 Mono OZOUF
qui absorbe lavie personnelle, devientaussi ceque partagentlesconjointsensei¬
gnants.
Cette unité vécue dans l'exercice du métierest, parailleurs, le fruit d'unevolonté politiqueetpédagogique.Lemétier d'instituteura étéimaginé commeunprojetcol¬
lectifauxrègles rigoureuses. L'entréedans la profession estainsi l'entrée dans un monde contraignantetconforme: cequi contribue au sentimentd'unitéest lafor¬
mation trèsrigidede l'Écolenormale,qui, mêmesiellelaisse endehorsd'ellebon nombred'individus,restepourtouslemodèlederéférencequi imposel'identitédes savoirset desdevoirs. Dans la prégnance decetteimage uniforme s'efface laparti¬
cularité des cheminements etl'écartplusou moinsgrand aveclemilieud'origine.
Cette image homogène enfinétaitrenforcéeparleregard d'autrui : pas d'époque oùlaprofession d'enseignantn'aitété aussi constammentetvisiblement assimilée à l'engagementreligieux,ouà l'engagement militaireauservicedelapatrie:c'est-à- direàdeschoixoù la subjectivité nonseulements'efface,maisdoitrenoncer à elle- même. Lestéréotypedel'enrôlement collectifrenvoieà l'instituteur une image forte dece
qu'il
doitêtre. Cetteimage a sonversantpositif (on souligne alors l'émanci¬pationdumétier
par
rapport auxvaleursde l'église et du château) ;elleaaussi son versantnégatif: lestexteshostilesqui,au tournantdu siècle, décrivent dansles ins¬tituteurs une phalange arrogante, agressive et sectaire ne peuventen retour que conforterlesentimentdesolidaritéetd'unité.
L'identificationde la vie professionnelleetdelavie personnelleestdoncl'armature même deshistoiresdeviesainsi recueillies. Ilestarrivéqu'onoppose dansl'investi¬
gation sociologiqueles« histoiresde vie»aux« récitsde pratiques»,enconférant , à ceux-ci seulement lavaleur scientifique. Maiscetteopposition n'est pas recevable I 1?
dans le portrait que tracent d'eux-mêmes les instituteurs de la Belle Époque. Rien n'aurait paruplus incongru à nos maîtres quecettedichotomie. Dans leursrécits,la voixsingulièreparticularise la situation généralemais ne ladément pas,l'individu nes'oppose pas augroupe, il n'ya pasdehiatusentre lavieetletravail, la per¬
sonneet lepersonnage. Etc'estainsiqu'ils conjurent l'étroitesse del'autoportrait.
Deuxièmecertitude :cetteconjurationdel'étroitesse est plusachevéeencoresi on penseprofondément
-
etc'est la foi detous nostémoins-
quelaparticularitédu métierestdeteniren lui lesvaleursuniverselles. Laclasse estd'abord le lieude la liberté, ausensoù lemaîtredonneàchaqueenfantlachance del'autonomie:dans chacun des exercices scolaires, mêmeleplushumble,l'instituteurvoitl'instrumentde l'émancipation, cequi expliquelevibratoquiaccompagne la description des plus humblesapprentissages. Laclasseest aussi l'espacedel'égalité, dans la mesure où chaqueenfant, invitéàabandonnerson lotdesingularitéssociales, régionales,lin¬guistiques, psychologiques, dépose sur le seuil son baluchon particulier. L'enfant danslaclasse n'estplus le filsde personne, maisseulement lefilsdeses
uvres
et de ses efforts : la hiérarchie scolaire est fermement décrochée de la hiérarchieRECHERCHEetFORMATION N° 20 - 1995
« LaBelleépoque des instituteurs?»
sociale. Lavie scolaire, qui semble enfermée entre les murs étroits de la salle de classe etvouéeàdes exercices minutieuxetrépétés, ouvredoncsurl'océan de la vie:consubstantialité encore,cettefoisentre lemétier etlavienationale.Il
y
a donc, unecascaded'équivalences: parlerdesoi,c'estparlerdu métier;parlerdu métier, c'est parlerd'une nation réconciliée; parlerd'une nation réconciliée autour de la libertéetdel'égalité,c'estdéborder lepatriotismenationalvers lesvaleursuniver¬selles. Lediscoursdesinstituteurstrouveicisajustification ultime,sonexceptionnelle cohérence,etonpourraitajoutersonexceptionnellebonne conscience.
Le lecteurdecestémoignagesenretirelevifsentimentqu'au tournant de ce siècle, on sesitueàun momentprivilégiédel'histoire del'école;un âged'or,eneffet,qui marque à la fois un équilibre entre desvaleurs possiblement conflictuelles et une confiance entière dans l'acte d'enseigner. Equilibre,carcestextesneperçoivent pas le conflitentre les valeurs (et,quand ils le perçoivent, leconjurent). Ainsi entre la libertéetl'égalité: lemériteindividuel ne blessepas l'égalité,dontleclassementest l'instrument indiscuté.Ainsi entre la normecollectiveetl'émancipation individuelle:
la pédagogieautoritaire qu'ilspratiquent, ilssont sûrsqu'ellesertl'épanouissement et en toutcas ils nepensentpasqu'elle puisseluiêtrecontraire.Ainsi encore entre l'éducation et l'instruction.Ilssubordonnent vigoureusementleur actionpédagogique à l'instruction, maisils nepensent paspour autantsacrifier l'éducation. Ilfautajou¬
ter que ce momentd'équilibreest favorisépar lefaitqueles normesscolaires sont alors soutenuesparlasociététout entière.
Leurs récits manifestent d'autre part la confiance dans l'acte d'enseigner. Aucun doute,ici,sur lerapportdel'enseigné à l'enseignant:rienn'auraitparu plusextra-
-,
vagantàceshommesetàcesfemmesquel'idéequ'ily
a entre celuiqui sait et celui 14 1^qui.ne^ait^asjunjnsuppojlabjejrgpporlde
domination,carilsprêtent à celui qui saitla force et le désir dehisserl'enfantàl'indépendance.Aucun doute non plus sur laclôture del'école: ilsne laconçoiventpascommelelieud'uneséparationd'avec lavieetlemonde réel, mais commeceluid'uneprotection etd'une libération, l'es¬pace où pour un moment s'évanouissentla nécessitéet le privilège. Aucun doute enfinsurleurcapacité àmodifier la donnesociale:leprocèsselonlequelilsauraient tout bonnement perpétué les inégalités, et obtenu seulement quelques réussites exceptionnelles,destinéesàmasquerlareconduction dumonde commeilva
-
pro¬cèsdontnousconnaissonsaujourd'huilesattendussurlebout dudoigt
-
leuraurait étéparfaitementinintelligible.À
la question poséed'entrée dejeu-
celledesavoir s'ils'agissaitd'unâged'or
de la profession-,
on peut donc répondrepositivement.On pourra,biensûr,objecter que le métierétaitalors mal payé, mal protégé, voisinparfoisde la misère, menacé par l'arbitraire administratif,tous traits qui entrentaussidans leurs récits. Maisces traits n'effacent pas l'assurancequi leur estpropred'exercer la profession la plus utileà la collectivité nationale, et il s'agitdoncbien d'un momentprivilégiédansla représentation quelesmaîtresavaientd'eux-mêmes.RECHERCHEet FORMATION N°20 - 1995
« LaBelleépoque des instituteurs?»
sociale. Lavie scolaire, qui semble enfermée entre les murs étroits de la salle de classe etvouéeàdes exercices minutieuxetrépétés, ouvredoncsurl'océan de la vie:consubstantialité encore,cettefoisentre lemétier etlavienationale.Il
y
a donc, unecascaded'équivalences: parlerdesoi,c'estparlerdu métier;parlerdu métier, c'est parlerd'une nation réconciliée; parlerd'une nation réconciliée autour de la libertéetdel'égalité,c'estdéborder lepatriotismenationalvers lesvaleursuniver¬selles. Lediscoursdesinstituteurstrouveicisajustification ultime,sonexceptionnelle cohérence,etonpourraitajoutersonexceptionnellebonne conscience.
Le lecteurdecestémoignagesenretirelevifsentimentqu'au tournant de ce siècle, on sesitueàun momentprivilégiédel'histoire del'école;un âged'or,eneffet,qui marque à la fois un équilibre entre desvaleurs possiblement conflictuelles et une confiance entière dans l'acte d'enseigner. Equilibre,carcestextesneperçoivent pas le conflitentre les valeurs (et,quand ils le perçoivent, leconjurent). Ainsi entre la libertéetl'égalité: lemériteindividuel ne blessepas l'égalité,dontleclassementest l'instrument indiscuté.Ainsi entre la normecollectiveetl'émancipation individuelle:
la pédagogieautoritaire qu'ilspratiquent, ilssont sûrsqu'ellesertl'épanouissement et en toutcas ils nepensentpasqu'elle puisseluiêtrecontraire.Ainsi encore entre l'éducation et l'instruction.Ilssubordonnent vigoureusementleur actionpédagogique à l'instruction, maisils nepensent paspour autantsacrifier l'éducation. Ilfautajou¬
ter que ce momentd'équilibreest favorisépar lefaitqueles normesscolaires sont alors soutenuesparlasociététout entière.
Leurs récits manifestent d'autre part la confiance dans l'acte d'enseigner. Aucun doute,ici,sur lerapportdel'enseigné à l'enseignant:rienn'auraitparu plusextra-
-,
vagantàceshommesetàcesfemmesquel'idéequ'ily
a entre celuiqui sait et celui 14 1^qui.ne^ait^asjunjnsuppojlabjejrgpporlde
domination,carilsprêtent à celui qui saitla force et le désir dehisserl'enfantàl'indépendance.Aucun doute non plus sur laclôture del'école: ilsne laconçoiventpascommelelieud'uneséparationd'avec lavieetlemonde réel, mais commeceluid'uneprotection etd'une libération, l'es¬pace où pour un moment s'évanouissentla nécessitéet le privilège. Aucun doute enfinsurleurcapacité àmodifier la donnesociale:leprocèsselonlequelilsauraient tout bonnement perpétué les inégalités, et obtenu seulement quelques réussites exceptionnelles,destinéesàmasquerlareconduction dumonde commeilva
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pro¬cèsdontnousconnaissonsaujourd'huilesattendussurlebout dudoigt
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leuraurait étéparfaitementinintelligible.À
la question poséed'entrée dejeu-
celledesavoir s'ils'agissaitd'unâged'or
de la profession-,
on peut donc répondrepositivement.On pourra,biensûr,objecter que le métierétaitalors mal payé, mal protégé, voisinparfoisde la misère, menacé par l'arbitraire administratif,tous traits qui entrentaussidans leurs récits. Maisces traits n'effacent pas l'assurancequi leur estpropred'exercer la profession la plus utileà la collectivité nationale, et il s'agitdoncbien d'un momentprivilégiédansla représentation quelesmaîtresavaientd'eux-mêmes.RECHERCHEet FORMATION N°20 - 1995