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FAUT-IL INSTAURER UN EXAMEN D'ENTRÉE A L'UNIVERSITÉ?

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(1)

I N S T I T U T U N I V E R S I T A I R E

D ' I N F O R M A T I O N S O C I A L E E T É C O N O M I Q U E C e n t r e belge pour l'étude de l'opinion publique et des marchés

" I N S O C „

P r e m i è r e a n n é e n" 5 N o v e m b r e - D é c e m b r e 1946

FAUT-IL INSTAURER UN EXAMEN D'ENTRÉE

A L'UNIVERSITÉ ?

ENQUÊTE FAITE PARMI LES PROFESSEURS D'UNIVERSITÉ

Résultats présentés par

G. JACQUEMYNS

Professeur à l'Université de Bruxelles, Directeur-administrateur de l'Institut Universitaire

d'information sociale et économique.

B R U X E L L E S PAKC LÉOPOLD

liversitas Bruxellensis 1946

(2)

I

O R G A N I S A T I O N DE L'ENOUÊTE

Depuis longtemps on discute parmi les professeurs d'université le problème de l'examen d'entrée à l'Université.

Des avis isolés ont été émis. Des groupes s'en sont occupés. Mais de tout cela il est bien difficile de dégager la solution qui a les préfé- rences de la majorité des professeurs d'université.

Le n o m b r e croissant d'étudiants qui en ces dernières années se font inscrire aux cours a donné à la question un renouveau d'intérêt et même un certain caractère d'acuité.

L'Institut Universitaire d'Information sociale et économique a cru pouvoir appliquer sa méthode de sondages par interviews et question- naires écrits à l'étude de la question.

Il n'a pas été possible d'observer toutes les règles d'un sondage représentatif parce que

1° le sondage opère sur un trop petit n o m b r e de cas ;

2° il est impossible d'observer (et surtout d'obtenir) une stricte représentation des divers groupes ;

3° Il y a une réponse collective (Faculté des Sciences de l'Université Libre de Bruxelles) ;

4° un groupe important n'est pas touché p a r l e sondage (Professeurs de l'Université Catholique de Louvain) ;

5° l'investigation n'a pas été faite au sein des Professeurs de la Faculté des Sciences appliquées parce q u e pour cette Faculté l'examen est obligatoire. Néanmoins 18 professeurs de la Faculté des Sciences appliquées de l'Université de Liège o n t pris part à la consultation.

C e p e n d a n t une règle essentielle a été observée : le hasard du choix au sein de chaque catégorie. E n c o r e q u e ce hasard aurait dû jouer selon certaines règles qu'il n'a pas été possible d'appliquer.

Les pourcentages que j'ai cru pouvoir présenter n'ont donc qu'une valeur d'indication. Ils font sans doute connaître avec une netteté suffisante des tendances.

Quelques nombres, notamment ceux se r a p p o r t a n t aux Facultés, sont trop petits pour qu'on puisse attacher quelque signification aux pourcentages. P a r souci de montrer une « certaine » situation, je donne les chiffres.

(3)

Plus intéressants que les chiffres sont les arguments développés par les interviewés. O n verra combien les avis sont nuancés.

Je ne tranche aucune question. Comme c'est souvent le cas dans les enquêtes par sondage, je me borne à présenter les résultats.

Je remercie mes Collègues qui ont bien voulu répondre aux questions qui leur ont été posées.

Monseigneur H . V a n W a e y e n b e r g h , Recteur Magnifique de l ' U - niversité catholique de Louvain, justifie comme suit l'abstention des professeurs de son Université.

« Si le problème de l'examen d'entrée est intéressant, je crois qu'il a déjà fait l'objet de tant d'enquêtes qu'il n'y aurait qu à enregistrer les données antérieures. Peut-être celles-ci ne sont-elles pas assez solidement établies. C'est possible.

« Les M e m b r e s du Conseil Rectoral, doyens de Faculté et prési- dents des Écoles et Instituts ont été d'accord pour estimer ne pou- voir se rallier à la proposition d'enquête.

Ils estiment :

1° qu'à l'Université la discrimination sévère doit se faire à la première é p r e u v e ;

2° que les professeurs de l'enseignement moyen peuvent mériter toute confiance mais doivent être collectivement rendus responsables des certificats d'aptitude qu'ils délivrent et doivent donc exercer une sévérité suffisante dans l'octroi du certificat de passage et de sortie ; 3° qu'une forme vraiment adéquate et décisive d'examen d'entrée ou de maturité sera très difficile à établir ».

Les questions suivantes ont été posées à 242 professeurs d'Université :

I. Etes-vous adversaire de toute forme d'examen d'entrée à l'Université ?

II. Etes-vous partisan de sélectionner ceux qui ont accès aux études universitaires ?

a) par un examen de maturité, sans autres épreuves ?

b) par un examen de maturité -f- examen facile sur quelques b r a n - ches spéciales à la faculté à laquelle se destine le candidat ?

c) par un examen de maturité -|- examen difficile sur quelques branches spéciales à la faculté à laquelle se destine le candidat ?

d) par un examen facile sur quelques branches spéciales à la faculté à laquelle se destine le candidat, sans examen de maturité ?

(4)

e) par un examen difficile sur quelques branches spéciales à la faculté à laquelle se destine le candidat, sans examen de maturité ?

III. Faut-il combiner l'examen d'entrée avec un numerus clausus, de sorte que seraient acceptés ceux qui ont obtenu le plus de points à l'examen d'entrée, mais seulement à concurrence d'un nombre fixé par les pouvoirs publics, en fonction des besoins présumés dans chaque carrière ?

(5)

- 10 -

IL

ETENDUE DE L'ENQUÊTE

a) N o m b r e d ' i n t e r v i e w é s .

I n t e r v i e w é s 2 4 2

b) R é p a r t i t i o n p a r U n i v e r s i t é . U n i v e r s i t é d e B r u x e l l e s (1) 9 7

U n i v e r s i t é d e G a n d 7 6 U n i v e r s i t é d e L i è g e 6 9

c) R é p a r t i t i o n p a r F a c u l t é s .

Universités Phil. et

Lettres Droit Sciences Méde-

cine Se. appl. Se. soc.

et pol.

Ec. de péda- gogie

B r u x e l l e s 2 3 2 5 11(1) 2 6 11 1

G a n d 13 3 0 2 7 6

L i è g e 2 3 12 3 13 18

T o t a l 5 9 3 7 4 4 6 6 18 17 1

(1) Monsieur Paul BRIEM. Président de la Faculté des Sciences, écrit dans sa note ; " Si peu de réponses furent envoyées, c'est que la grande majorité des professeurs et chargés d ; cours m'ont demandé d'exprimer en leur nom les propositioas qu'ils préconisent et qui correspondent à la 'brmule d'examen appliquée par la Faculté des Sciences par ce qu'elle a appelé " Examen d'aptitude à l'encrée en Faculté des Sciences ... Cette formule est à peu près le point b du groupe II des questions d i formulaire; „ par un examen de maturité, plus un exam^îa facile sur quelques branches spéciales à la faculté à laquelle se destine le candidit „.

Gep<;ndant quelques collègues ont répondu personnellement.

(6)

- 11 -

III.

RÉSULTATS STATISTIQUES DE L'ENQUÊTE

À) Répartition entre partisans et adversaires de l'examen d'entrée.

/ . Pour l'ensemble des Univertés.

% p a r r a p p o r t aux 242 participants

Catégories N o m b r e

"/o

Adversaires de toute forme

d'examen d'entrée à l'Université 48 19,9 Partisans de sélectionner ceux qui ont

accès aux études universitaires par un

examen d'entrée (1) 186 • 76,8

Partisans d'autres formes de sélection 8 3,3

T o t a l 242 100.0

2. Au sein de chaque Université.

Vo par r a p p o r t aux participants de chaque Université.

Catégories Buxelles G a n d Liège

Catégories

N

"/o

N

7o

N ()' /O

Adversaires 15 15.5 21 27.6 12 17,4

Partisans 74(1) 76,3 55 72.4 57 82,6

Divers 6 8.2 0 0 0 0

T o t a l 97 100,0 76 100,0 69 100.0 (1) Voir note page 10.

(7)

- 12 -

3. Ail sein des Facultés.

1° - T o t a l d e s F a c u l t é s d e s t r o i s u n i v e r s i t é s

Catégories P L N

et ettres

o / o

r N

)roit

o / o

Sci(

N

>nces

o / o

Me N

decine

o / o

Se. appl.

N 1 o / o

Se. soc pol.

N 1 o / o

Adversaires Partisans Divers

Total 9 46 4

15,3 78

6,7 12 24 1

32.4 64.9 2.7

8 35(1)

I 44

18,2 79.5 2,3

10 55 1

15,2 83,3 1,5

1 17 0

5.6 94,4 0

7 9 1

41,1 52,9 6,0 Adversaires

Partisans Divers

Total 29 100 |37 100 8 35(1)

I

44 100 66 100 18 100 17 100

2° - P a r U n i v e r s i t é .

Phil. et Se. soc.

Catégories Lettres Droit Sciences Médecine Se. appl. pol.

Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre BRUXELLES

A d v e r s a i r e s 3 5 1 3 2

P a r t i s a n s 6 19 9( 1 )

1

2 2 8

D i v e r s H 1

9( 1 )

1 1 1

T o t a l 2 3 2 5 11 2 6 11

G A N D

A d v e r s a i r e s 3 7 6 5

P a r t i s a n s 10 2 3 21 1

D i v e r s 0 0 0 0

T o t a l 13 3 0 2 7 6

LIÈGE

A d v e r s a i r e s 3 7 0 1 1

P a r t i s a n s 2 0 5 3 12 17

D i v e r s 0 0 0 0 0

T o t a l 2 3 12 3 13 18

(1) Voir note page 10.

(8)

- 13 -

B) M o d e d ' e x a m e n q u i a l a p r é f é r e n c e d e s p a r t i s a n s d e l ' e x a m e n d ' e n t r é e .

/ . P o u r l'ensemble des Universités.

Vo p a r r a p p o r t a u x 186 p a r t i s a n s d e l ' e x a m e n d ' e n t r é e .

Mode d'examen Nombre o / o

a) Examen de maturité, sans autres épreuves. 5 8 3 1 , 2 b) Examen de maturité -|- examen facile sur quelques branches

spéciales à la faculté à laquelle se destine le candidat. 69(1) 37,1 cj Examen de maturité -j- examen difficile sur quelques

branches spéciales à la faculté à laquelle se destine

le candidat. 3 3 17.7

d) Examen facile sur quelques branches spéciales à la faculté

à laquelle se destine le candidat, sans examen de maturité 9 4 , 8 e) Examen difficile sur quelques branches spéciales à la

faculté à laquelle se destine le candidat, sans examen de

maturité. 17 9 , 2

Total 186 100

2. Au sein de chaque Université.

% p a r r a p p o r t a u x p a r t i s a n s d e l ' e x a m e n d a n s c h a q u e U n i v e r s i t é .

Mode d'examen Bruxelles Gand Liège

Nombre o / o Nombre o / o Nombre o / o

27 3 6 , 5 14 2 5 , 4 17 2 9 , 8

31(1) 4 1 , 9 15 2 7 , 3 2 3 4 0 , 4

10 1 3 , 5 8 14,6 15 2 6 , 4

4 5 , 4 4 7 , 3 1 1,7

2 2 , 7 14 2 5 , 4 1 1,7

7 4 1 0 0 5 5 1 0 0 5 7 100

a) Maturité

b) Maturité -|- ex. facile c) Maturité -j- ex. difficile d) Examen facile e) Examen difficile

Total

(1) Voir note page 10.

(9)

- 14 - 3. Au sein des Facultés.

1° - T o t a l des F a c u l t é s des trois U n i v e r s i t é s .

Mode d'examen

Phil. et

Lettres Droit Sciences Méde-

cine Se. app. Se. soc.

pol.

Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre

a) Maturité 14 !3 3 24 1 3

b) Maturité -)- ex. facile 22 4 9(1} 22 9 3

c) Maturité ex. difficile 7 5 5 7 6 3

d) Examen facile 2 2 3 2 0 0

e) Examen diifiicile 1 0 15 n A U

Total 46 24 35 55 17 9

2° - P a r U n i v e r s i t é Mode d'examen

Phil. et

Lettres Droit Sciences Méde-

cine Se. appl. Se. soc.

pol.

Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre .Nombre Bf iUXELL ES

a) Maturité 3 12 1 8 3

bj Maturité -|- ex. facile 8 4 5(1) 11 3

c) Maturité + ex. difficile 2 2 1 3 2

d) Examen facile 2 1 l 0

e) bxamen dimcile 1 0 1 U

Total 16 19 9

GANE 22 )

8

a) Maturité 3 1 10 0

b) Maturité -|- ex. facile 6 3 6 0

c) Maturité-|- ex. difficile 1 3 3 1

d) Examen facile 0 2 2 0

e) Examen difficile 0 14 A

U

Total 10 23

LIÈGI

ZI 1 1

a) Maturité 8 1 1 6 1

b) Maturité -{- ex. facile 8 0 1 5 9

c) Maturité -f- ex. difficile 4 3 1 1 6

d) Examen facile 0 1 0 0 0

e) Examen difficile 0 0 0 0 1

Total 20 5 3 12 17

(1) Voir note page 10.

(10)

- 15 -

C) Répartition entre partisans et adversaires de combiner l'examen d'entrée a v e c un numerus clausus.

1. Pour l'ensemble des Universités.

Catégories N o m b r e

7o

Examen d'entrée sans numerus clausus 153 82,3 Examen d'entrée avec numerus clausus 33 17,7

T o t a l 186 100

2. Au sein de chaque Université.

Brux elles Gand Liège

Nombre S ' Nombre Nombre E x a m e n d'entrée sans

numerus clausus 56 75,7 45 81,2 52 91,2 Examen d'entrée avec

numerus clausus 18 24,3 10 18,2 5 8,8 T o t a l 74 100 55 100 57 100

(11)

- 16 —

3. A u sein des Facultés.

1° - T o t a l des F a c u l t é s des trois U n i v e r s i t é s .

Catégories

Phi!, et

Lettres Droit Sciences Méde-

cine Se. appl. Se. soe.

pol.

Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre

Sans numerus clausus 44 21 33 31 17 7

A v e c numerus clausus 2 3 2 24 0 2

T o t a l 46 24 35 55 17 9

2° - Pa r U n i v e r s i t é .

Catégories

Phil. et

Lettres Droit Sciences Méde-

cine Se. appl. Se. soe.

pol.

Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre BRUXELLES

Sans numerus clausus 16 16 9 8 7

A v e c numerus clausus 0 3 0 14 1

T o t a l 16 19 9 G A N D

22 8

Sans numerus clausus 8 21 16 0

A v e c numerus clausus 2 2 5 1

T o t a l 10 23

LIÈGE

21 1

Sans numerus clausus 20 5 3 7 17

A v e c numerus clausus 0 0 0 5 0

T o t a l 20 5 3 12 17

(12)

- 17 -

I V

ARGUMENTS

DÉVELOPPÉS PAR LES INTERVIEWÉS

A — A r g u m e n t s des a d v e r s a i r e s de toute forme d'examen d'entrée à l'Université.

a) Université Libre de Bruxelles.

1° ' F a c u l t é de Philosophie et Lettres.

1. U n e sélection faite à l'entrée de l'Université et sérieusement faite ne laissera que des éléments d'un assez bon niveau. Le jury de première candidature perdra donc son caractère de jury de sélection pour prendre celui de jury de passage. J'entends par là qu'il aura un préjugé favorable à l'étudiant, qu'il s'attendra à le voir réussir : ce qui est une attitude d'indulgence. O r , la sélection actuellement opérée par les jurys de première année est assise sur des bases beau- coup plus solides que ne le p o u r r o n t être celles d'aucun examen d'entrée, qui devra toujours tenir compte de la préparation peut-être insuffisante de l'étudiant par l'établissement dont il sort.

Le niveau des études universitaires sera donc, au total, abaissé.

2. U n e université a pour mission notamment de mettre l'étudiant en contact avec la science qui se fait, de 1 initier aux méthodes de recherche.

O r , un examen d'entrée transformera à la longue les Facultés en Ecoles. U n e Ecole est chargée de former des spécialistes, et leur enseigne les résultats positifs acquis qui sont nécessaires à leur pro- fession. C e qui caractérise donc proprement l'enseignement universi- taire, ou tout au moins ce qui constitue une de ses fonctions

essentielles, risque de se perdre.

13ARZ1N Marcel.

En raison des difficultés quasi insurmontables que présente l'orga- nisation d'un examen d'entrée décelant avec certitude les aptitudes des récipiendaires, j'estime que le régime actuel des sélections à la fin de la première année reste le meilleur.

(13)

^ 18 -

je crois cependant qu'il y aurait lieu de renforcer la sélection à la sortie de l'enseignement moyen.

BONENFANT P.

A mon sens, la véritable sélection ne peut se faire qu'à l'examen final de la première année d'études universitaires. Il y a sans doute là un inconvénient pour les cours de première année (surtout pour les cours pratiques) qui se donnent devant des étudiants de valeur et de préparation diverses, mais cette solution me paraît cependant la moins mauvaise.

LEROY Maurice.

2° - F a c u l t é d e D r o i t .

Il faut craindre que les examens de maturité et les examens faciles ou difficiles suc des branches spéciales, — de même que l'examen d'entrée avec numerus clausus — ne produisent pas la sélection désirable. Ils auraient tous les défauts des examens du Jury Central, à cause de l'imprécision du « terrain d'examen » et de l'absence totale de contact préalable entre professeurs et récipiendaires.

La seule sélection sérieuse ne devrait-elle pas résulter d'un examen de sortie des études moyennes, accompagné de notes d'appréciation selon un cadre imposé ?

SOHR Frédéric.

Je suis en principe adversaire dé l'examen d'entrée à l'Université.

Quelle que soit la manière dont il sera organisé, il risque en effet de provoquer l'élimination de sujets particulièrement doués pour certaines disciplines.

L'enseignement universitaire devant être donné dans un esprit différent de l'enseignement moyen, il me paraît que, logiquement,- ce sont les résultats des épreuves organisées à l'issue de la première année de l'enseignement nouveau qui seuls devraient servir de base à la sélection universitaire.

Si des nécessités pratiques rendaient cependant inévitable l'orga- nisation d'une épreuve éliminatoire au début des études universi- taires, il semble que la formule la moins dangereuse serait celle de l'examen de maturité bien compris.

Pareil examen devrait tendre essentiellement à faire apparaître l'aptitude du candidat à assimiler l'enseignement nouveau.

Il ne devrait donc pas être conçu comme un examen tendant à la vérification de connaissances attestées par le diplôme délivré à l'issue des études moyennes, ni même comme une épreuve tendant à vérifier

(14)

— 19 -

l'existence d'une culture générale dont l'enseignement universitaire fera, dès ses débuts, comprendre la nécessité.

Spécialement pour les études de droit, il est clair qu'un examen facile ou difficile sur certaines des matières au programme de l'ensei- gnement moyen, ne peut constituer un critère sérieux d'aptitude, pareil examen pouvant être réussi par des candidats doués d'une bonne mémoire alors que des récipiendaires mieux doués au point de vue du raisonnement et par conséquent des études juridiques pour- raient parfaitement y échouer.

SIMONT, Henri.

La question se pose différemment, je crois, pour les facultés à laboratoires.

DEKKERS, R.

3° - F a c u l t é d e s sciences.

V o s questions sont intéressantes, mais unilatérales, car elles sont toutes fonction du « climat » de l'enseignement moyen.

Je partage l'avis de W a x w e i l e r ; on peut éventuellement modifier l'enseignement universitaire sans réformer d'abord l'enseignement moyen.

L'enseignement moyen est ce qu'il est. V o u s me direz que l'univer- sitaire peut présenter au professeur d'enseignement moyen des sugges- tions de réforme. Peut-être. M a i s je suis sceptique à ce sujet.

Je vous rappelle la formule de W a x w e i l e r ; il s'agit d'un crible conçu de la façon suivante : tous les candidats à l'enseignement uni- versitaire sont soumis, non pas à des interrogations écrites ou orales, mais à un stage d'observation au cours duquel on met à l'épreuve les aptitudes personnelles de ces candidats. Ils ne sont admis définitive- ment à entreprendre des études universitaires qu'après une période transitoire où des exercices, manipulations, discussions, exposés, récits, rédactions, etc. . se succèdent p o u r établir le coefficient personnel de chacun.

Objection principale : cela exige de la part du corps enseignant un travail personnel considérable.

Autres objections : c'est l'admission à retardement ; le temps de stage d'observation n'est pas productif ; difficultés d'organisation des épreuves de ce stage, e t c . .

P. S. - Référence ; W a x w e i l e r ; L'Université de demain - Confé- rence à l'exposition internationale de Bruxelles - 1910.

LURQUIN, Constant.

(15)

- 20 -

4" - F a c u l t é de médecine.

Je suis adversaire de tout examen d'entrée à l'Université dont les méthodes d'enseignement ne peuvent être comparées à celles des établissements d'enseignement moyen. J'estime qu'il appartient aux établissements d'enseignement moyen de donner aux élèves qui les fréquentent, et au moment de leur sortie, les connaissances et la matu- rité nécessaires pour aborder avec fruit les études supérieures. Si un examen de maturité doit être créé, il doit l'être à l'Athénée ou au Collège, en fin d'études et non à l'Université. Il existe, en effet, une discipline, des méthodes et un esprit tout différents entre les profes- seurs d'Athénée et ceux de l'Université. Faire interroger des élèves sortant de l'enseignement moyen par des professeurs d'Université, c'est exposer à des échecs des candidats de valeur qui ne sont pas ac- coutumés aux méthodes et aux interrogatoires des Universités.

L'université aura l'occasion de faire les barrages nécessaires dès les premières épreuves, s'il s'avère que des sujets brillants aux études moyennes sont inaptes à des études supérieures.

Des étudiants « forts en thèmes » peuvent être de très piètres étudiants universitaires et des élèves d'Athénée moyens peuvent se révéler, sous des influences diverses, à l'Université parce qu'ils se livrent désormais aux études pour lesquelles ils ont le goût ou les aptitudes nécessaires.

J'estime que l'Université doit laisser aux élèves la faculté de courir leur chance quitte à se montrer très sévère dès les premières épreuves.

LANGELEZ, A.

5° - F a c u l t é d e s s c i e n c e s sociales, politiques et é c o n o m i q u e s . L'examen est une cause de souffrances et un expédient pour déce- ler une aptitude, bien plutôt que le moyen souverain de la découvrir, à défaut d'autres moyens, il s'avère cependant indispensable.

Il faut éviter la multiplication des examens et le double emploi, le dernier examen dévalue ceux qui le précèdent ; les premiers exami- nateurs s'en remettent à la sagesse des derniers examinateurs, etc.

L'examen final d ' A t h é n é e doit attester souverainement et définiti- vement, et cette attestation doit avoir une utilité certaine.

Il doit constituer un droit acquis qui ne peut être remis en question ni directement, ni indirectement.

Son autorité est toutefois limitée, il vaut souverainement pour la scolarité passée, il ne constitue qu'un brevet provisoire d'aptitude

(16)

- 21 -

pour l'enseignement supérieur, foi lui est due, cependant il ne peut y avoir d'examen d'entrée à l'Université et par l'Université.

Comme nous l'avons dit, l'examen final d'Athénée n'est qu'un brevet provisoire d'aptitude à l'enseignement supérieur, c'est l'expé- rience seule qui peut en vérifier la valeur.

C'est en forgeant que l'on devient forgeron, aussi serions-nous à la rigueur partisan de l'examen prévu sub II b) s'il intervenait non pas à l'entrée de l'Université, mais après deux mois de cours en première année.

L'examen tel qu'il est préconisé sub II b) intervient trop tôt, l'exa- men de fin d'année intervient t r o p tard.

Il faut aviser l'étudiant, le tenir en haleine, mais sans excès, car l'indépendance doit demeurer la caractéristique de la vie estudian- tine ; un risque doit être accepté.

L'examen tel qu'il est préconisé par nous serait une prime à l'assi- duité, un préventif contre le trac, une mesure inspirée par les ensei- gnements de l'orientation professionnelle et fondée sur une expérience vécue par l'étudiant ; il provoquerait une introspection dans une conscience juvénile grisée par la liberté et qui parfois s'ébroue avec excès d'insouciance.

Il y aurait un contact paternel entre deux générations.

N u l ne pourrait être écarté de l'examen de fin d'année à raison de son résultat ; mais nul ne pourrait avoir accès à l'examen final s'il a omis de se soumettre à l'épreuve.

AMY, R.

6° - E c o l e d e p é d a g o g i e .

Si chaque degré d'enseignement doit juger de la valeur de ses pro- pres élèves, si chacun doit accorder les diplômes de fin d'études de son propre enseignement, les instituteurs, les professeurs de l'enseigne- ment moyen ou de l'enseignement supérieur procéderont aux examens de sortie de leurs établissements respectifs. A chacun ses responsa- bilités.

A u contraire, si, dans le système opposé, aucun degré d'enseigne- ment ne doit juger de la valeur finale des résultats de ses propres élè- ves, pour qu'il ne soit pas juge et partie, il y a lieu de constituer des jurys à la fin des études primaires, secondaires ou supérieures, compo- sés de membres pris chaque fois en dehors de chacun de ces degrés d'enseignement.

O r , si certains professeurs d'université, usant de leur droit du plus fort, décidaient arbitrairement qu'ils sont seuls aptes à décider si un

(17)

- 22 -

jeune homme est digne d'entrer à l'université et s'il est digne d'en sortir muni d'un diplôme, les règles du jeu seraient faussées.

Si des professeurs d'université, par principe, ne voulaient plus permettre aux professeurs de l'enseignement moyen de juger de la qualité de leurs élèves, ils devraient admettre que ce principe a une valeur universelle. De ce fait ils ne devraient plus juger eux-mêmes de la qualité de leurs propres étudiants de la licence ou du doctorat. Si ce n'est pas question de principe, il ne reste qu'une explication : l'uni- versité désavouerait les licenciés et agrégés qu'elle a formés en les estimant incapables de juger de la qualité des fruits de leur enseigne- ment. Elle appliquerait aux autres un principe qu'elle n'accepterait pas p o u r elle ; je ne puis me rallier à cette manière subjective de considé- rer le problème.

C'est en établissant ce monopole qu'on rétablirait le principe d'au- torité ; seul le magister supérieur pourrait prononcer les sentences définitives, décider sans appel de la destinée intellectuelle d'un sujet.

C e serait un étoutfement organisé du génie et d e l à personnalité. Je crois que l'avenir jugerait sévèrement une pareille manière d'apprécier l'intelligence, qui n'est pas nécessairement conformiste. Ainsi se réta- blirait le mandarinat et la classe des intouchables ; seul le professeur d e Faculté serait donc capable rie déclarer qu'un rhétoricicn qu'il ne connait pas, qu'il n'a jamais vu, serait un être très doué pour les études supérieures ou un déficient incurable.

Cela me paraît, pour le moins, de la présomption, dans l'état actuel d e nos connaissances.

Je ne veux pas préjuger des résultats de l'enquête, mais je pense que la plupart des professeurs d'université seront des partisans de l'examen d'entrée à condition qu'ils soient les seuls juges.

Par contre, les professeurs de l'enseignement moyen estimeront que l'examen de fin de rhétorique est un critère suffisant. Ils ne peuvent pas se désavouer. C'est humain. O u bien ils désireront être représentés d a n s les jurys d'examen d entrée, ce que certains professeurs d'univer- sité leur refuseront. C'est encore humain. Mais, nous pouvons tout de même espérer une solution d'une valeur scientifique, c'est-à-dire objec- tive ? U n jury mixte. Des critères somatiques, intellectuels et psychi- ques, des tests d'intelligence étalonnés, des épreuves de maturité :

psychologiques et caractérologiques.

Je préfère cependant laisser aux élèves d'intelligence suffisante (qu'est-ce qu'une intelligence suffisante ? ), qui changent de degré d'enseignement, le temps de s'adapter. Il faut laisser à l'élève d'école

primaire qui quitte son instituteur pour entrer à l'athénée et à l'étu- diant qui entre à l'université, le temps de s'adapter à leur nouveau genre de travail et de vie. La sélection s'opère rapidement ... Il faut laisser à chacun l'égalité de chances au point de départ.

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Je sais que certains professeurs d'université sont excédés de faire subir des examens à des centaines d'étudiants dont beaucoup d'entre eux n'auraient jamais dtî commencer des études supérieures et que, de ce fait, leurs travaux personnels sont forcément négligés pendant de nombreuses semaines. Soit, mais tout professeur a des devoirs à rem- plir et les premiers devoirs sont ceux de sa charge.

J'ai aussi entendu défendre cette opinion qu'il faut limiter le nombre des inscriptions à l'université et appliquer le « numerus clausus ». je suis adversaire de ce système. C'est un manquement grave aux droits de l'esprit.

Autre son de cloche : un étudiant coûte très cher ; on dit qu'il faut en éliminer de force un certain nombre, parce que certains professeurs ne veulent pas qu'on dédouble leur chaire, ou parce que les adminis- trateurs estiment ne pas être en mesure de construire des laboratoires, ni d'acheter des instruments. S'il en était ainsi, nous dirions que, d'une part, on devrait passer outre à l'excès de susceptibilité des uns et que, d'autre part, l'Etat se devrait d'aider financièrement les autres.

Si des examens d'entrée à l'université sont organisés, il est désirable de les rendre obligatoires dans tous les établissements d'enseignement supérieur et de constituer des jurys mixtes. Il serait regrettable de constater que certains élèves, refusés dans un établissement, seraient admis sans examen dans un autre.

Il est hors de doute que beaucoup de familles et d'étudiants choisi- raient d emblée l'établissement où il n'y a pas d'examen d'entrée à affronter. C e n'est pas une question de plus ou moins grande intelli- gence, c'est la recherche de la solution de facilité qui primera dans de nombreux cas sur celle de la valeur philosophique ou scientifique de l'institution.

TITS, Désiré.

b) Université de Gand.

1° - F a c u l t é de P h i l o s o p h i e et Lettres.

L'expérience du « graduât » a été décevante.

I3ACIR, Frank.

Il y aurait lieu d'instaurer une rhétorique supérieure, qui as.su- rerait la sélection en combinant l'appréciation du travail de l'année avec les résultats de l'examen final. Jury mixte composé de

professeurs attachés à l'établissement et de professeurs d'université.

HENRY, Alb.

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2° - F a c u l t é d e s S c i e n c e s .

Il ne faut pas d'examen d'entrée sauf évidemment pour les Ecoles Spéciales pour ingénieurs.

DE BAETS, André.

3° - F a c u l t é de M é d e c i n e .

L'examen de maturité risque d'écarter des sujets d'élite, simplement mal préparés à ce genre d'examen où l'élément de « chance » inter- vient pour une trop grande part.

Chacun devrait avoir la possibilité de « courir sa chance ».

EEMAN, Ftrnand.

J'estime qu'un e<amen d'entrée ne permet pas de se former une idée suffisante de la valeur d'un candidat.

C e t t e remarque vaut pour tout examen d'entrée.

E n ce qui concerne l'examen sur des branches spéciales, la pers- pective de cet examen enlèvera à la dernière année d'humanités toute sa valeur au point de vue formation humaniste, dont les jeunes gens o n t le plus grand besoin.

REGNIERS. Paul.

J'estime que l'examen d'entrée à l'Université, quelle que soit sa forme, effectuerait un triage semblable à celui des examens d'études moyennes. Or, on ne voit que trop souvent que les bons élèves des humanités deviennent d'exécrables universitaires, et contrairement, que les cancres de l'enseignement secondaire se transforment en d'excellents étudiants. De bons éléments se verraient ainsi fermer les portes de l'Université.

FAUTREZ J.

1) H e t aantal studenten aan de Universiteiten is ongctwijfeld te groot ; hun verstandelijke ontwikkeling te laag.

2) E e n universitair ingangs examen is overbodig. H e t universitair onderwijs is de logische voortzetting van het middelbaar Ondervvijs. H e t middelbaar Onderwijs is voor de meeste « une symphonie inachevée ».

3) D e schifting der toekcmstige universitairen moet vroeger gebeuren.

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1. — meer orientatie van middelbaar Onderwijs weg naar technisch Onderwijs.

2. — progressieve selectie gedurende de Humaniora.

3. — voorlichting van o u d e r s en jeugd omirent beroepen en toekomstmogelijkhedcn.

VANUYTVANCK, P.

4° - H o o g c r c S c h o o l v o o r H a n d e l s - en E c o n o m i s c h e W e t e n s c h a p p e n .

Ik ben tegenstander van elke vorm van toegangsexamen, omdat de opleiding in het middelbaar onderwijs op een al te verschillende manier gebcurt, naargelang de onderwijsinstelling. Zelfs al komt o p dit laatste punt verbetering, dan nog meen ik dat er groote verschillen zullen blijven niet in het minst d o o r het naast elkaar voortbestaan van de ofBcieele en de vrije onderwijsinstellingen. Ik ben echter voorstander van het invoeren van een voorbereidend jaar aan de Universiteit, gedurende hetwelk de ingeschrevenen in een gering aantal groote groepen zouden ingedeeld worden (bv. één groep voor natuurlijke wetenschappen en geneeskunde, één groep voor wijsbe- geerte, letteren en rechtcn, enz.). N a dit voorbereidend jaar zou dan een strenge schifting gebeuren, w a a r n a de specialiseering zou kunnen a a n v a n g e n .

BEYAERT Michel.

c) Université de Liège.

1° - F a c u l t é de Philosophie et Lettres.

Je crains l'élimination de bons éléments, qui ne pourraient jamais faire la preuve de leur aptitude à faire les études universitaires,

N E V E DE MERVEGNIËS, P.

2° - F a c u l t é de droit.

L'examen d'entrée combiné avec un « numerus clausus » me paraît en tout cas devoir être écarté. O n pe 't comprendre ce système pour une institution comme l'Ecole Royale Militaire. O n comprend en effet que l'autorité publique puisse imposer un « numerus clausus » lorsqu'elle se charge en pratique du placement de ceux qui ont terminé leurs études. M a i s là où chacun conserve les risques inhérents

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à la carrière, il semble juste et utile que chacun puisse courir ses chances, s'il réunit les conditions exigées. Le succès d'une carrière implique d'ailleurs des qualités d'espèces très diverses parmi lesquel-

es la valeur intellectuelle est loin d'être nécessairement la plus importante. Enfin, l'institution d'un « numerus clausus » tend à d o n n e r aux études le sens d'une préparation trop exclusivement professionnelle.

Plutôt que d'interdire, il s'agit, je crois, de conseiller, d'aider et d'orienter.

C'est dans cet esprit que devraient être traités les problèmes que l'examen d'entrée aurait pour but de résoudre. Il y a déjà tant d'examens dans la vie des jeunes gens ! . . N o t r e époque les a multi- pliés à l'envi. Mais n'est-ce pas là, sous nombre d'aspects, une de ces fausses médications qui suppriment les manifestations d'un mal sans en atteindre les causes.

Il y a encombrement, insuffisance, échec (échec à l'Université et échec dans la vie).

C e serait étrangement simplifier le problème que de le réduire à l'impréparation intellectuelle des étudiants.

Il en est aussi beaucoup de plus ou moins bien préparés au point de vue intellectuel, qui ne sont pas faits pour les études universitaires, ni pour les carrières auxquelles ces études les destineront. P o u r quel- q u e raison que ce soit, le milieu familial, l'éducation reçue, les relations, la fortune ou toute autre, ils auraient pu réussir ailleurs une carrière beaucoup plus belle et rendre à la société des services beau- c o u p plus utiles, tandis que, même s'ils réussissent à l'Université, ils seront des médiocres ou vivoteront dans l'une des professions diri- geantes où leurs études les conduiront.

D ' a u t r e part, si nombre de jeunes gens arrivent mal préparés à l'Université, ce n'est pas leur impréparation qui les y conduit, mais la décision de leur famille (parfois même contre leur goût).

Bien ou mal préparés, les jeunes gens viennent en très grand nom- b r e à l'Université parce que les familles nourrissent maintes illusions funestes sur les études universitaires et sur les carrières libérales et parce que les jeunes gens et leur famille, trop souvent, n'ont trouvé aucun conseil pour les aider à décider et à choisir, ou du moins aucun conseil d'un poids suffisant à leur jugement pour c o n t r e b a - lancer leurs illusions.

La transformation des conditions sociales de la vie familiale (pour toutes sortes de raisons) a diffusé le désir de faire des études univer- sitaires dans des couches de plus en plus larges. Il serait curieux de recenser la population estudiantine, il y a quarante ans et aujourd'hui, selon que l'étudiant a ou n'a pas d'ascendant porteur d'un diplôme

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universitaire. P e u importe ici q u ' o n regrette cette évolution ou qu'en l'approuve avec ou sans réserves. Il faut constater le fait . . . et ses conséquences. Il faut aussi a d a p t e r les institutions à cet état de choses et créer les institutions nouvelles qu'il requiert éventuellement.

Les conditions sociales n'ont pas seulement agi sur le désir de faire des études universitaires. Elles ont créé dans la vie des familles, une insécurité peu favorable à la préparation des études ; elles ont ébranlé la formation d'habitudes de vie, nécessaires aux études.

D e plus en plus nombreux sont les jeunes gens qui entrent à l'Université, alors que — 1° ni eux, ni leurs familles n'ont une connaissance pratique exacte des carrières libérales auxquelles ils songent : de leur nature et de leur rôle, des qualités requises, du genre de vie qu'elles réclament et des conditions matérielles qu'elles procurent, des exigences morales ou déontologiques et des responsa- bilités qu'elles imposent, des débouchés qu'elles offrent, de la prépa- ration qu'elles exigent, de leurs difficultés et des moyens pratiques de réussir ; 2° ni eux, ni leurs familles n'ont une connaissance pratique exacte des études universitaires, de leur nature et de leur rôle (dans leur vie actuelle comme par r a p p o r t à leur carrière), des qualités requises, du genre de vie qu'elles réclament de l'étudiant, des métho- des de travail, de 1 orientation et de la spécialisation de leurs études à l'Université selon les conditions individuelles et familiales qui seront favorables ou défavorables à la carrière que l'étudiant pourra faire, des institutions et de l'organisation universitaires (on prend inscription à l'Université, puis on commence à en fréquenter les salles de cours, à peu près comme on prend un a b o n n e m e n t au guichet d'une piscine de natation !)

D e plus en plus nombreux sont les jeunes gens qui entrent à l'Université sans avoir acquis, p a r leur vie antérieure, les habitudes de vie et d'esprit nécessaires au travail intellectuel.

E n l'absence de toute tradition familiale, à défaut de toute orienta- tion du milieu social, et bien plutôt sous l'action des illusions et des déformations de ce mileu, sans aucune initiation (ni des parents, ni des jeunes gens) par l'Université même avant l'entrée et au moment de l'entrée à l'Université (« Q u e comptez-vous venir faire ici ? »), sans aucun encadrement social de la part de l'Université en première année, par quoi veut-on que les jeunes gens, bien ou mal préparés, soient conduits à venir en connaissance de cause faire des études universitaires, à choisir en connaissance de cause les études qu'ils feront, à organiser utilement leur vie d'étudiant (en 1'' année surtout) et à préparer adéquatement leur carrière dans leur cas particulier ? D a n s les conditions générales de milieu qui sont actuellement celles du grand nombre, il ne faut peut-être pas s'étonner que la dose d'expérience humaine, dont les jeunes gens, abandonnés à eux-

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mêmes, devraient faire preuve, fait souvent défaut, ni que les parents m a n q u e n t des éléments suffisants pour décider de l'orientation de leurs jeunes gens. Faut-il s'étonner du nombre d'avortements, quelles que soient les raisons particulières (insuffisance, paresse, dissipation, manque de méthode, etc. . .) qui puissent les expliquer ?

Cette situation me paraît poser trois ordres de problèmes ; 1° L'orientation professionnelle préuniversitaire (tant du point de v u e de la décision de faire des études universitaires que du choix des études) ;

2° La vie de l'étudiant (surtout en 1" année) ; 3° L'orientation professionnelle à l'Université.

1" - L ' o r i e n t a t i o n p r o f e s s i o n n e l l e p r é u n i v e r s i t a i r e : Il s'agit d'aider les familles et les jeunes gens à d é c i d e r . Il faut d o n c i n f o r m e r et c o n s e i l l e r .

Deux sortes d'institutions sont en mesure d'agir : les établisse- ments d'enseignement moyen et les Universités. Il semble nécessaire d'établir, à cet égard, un contact entre eux. L'action semble devoir partir de l'Université, mais au moment de la décision, c'est l'établis- sement d'enseignement moyen qui connaît son élève et qui est en contact avec lui.

La tâche de l'Université semble devoir être surtout d ' i n f o r m e r : celle de l'enseignement moyen de c o n s e i l l e r .

a) Les Universités ne peuvent-elles agir sur l'opinion p u b l i q u e ? Inviter chaque année (vers avril-mai) les d i r i g e a n t s e t p r o f e s s e u r s i n t é r e s s é s d e l ' e n s e i g n e m e n t m o y e n à venir librement entendre des avis sur la situation des diverses carrières et de l'Université, au point de vue de l'orientation à donner aux jeunes gens ? N e peuvent- elles inviter de même les p a r e n t s pour leur poser très pratiquement le problème (« Qu'allez-vous faire de votre fils ? »... « M o n fils ira-t-il à l'Université ? ») au moment où ils se le posent eux-mêmes et attirer leur attention sur les conditions requises pour « réussir » les études et les carrières envisagées (peut-être par Faculté) ?

U n Office Universitaire d'Orientation professionnelle pourrait se consacrer à l'orientation préuniversitaire et tenir à jour la documen- tation nécessaire aux carrières libérales et aux études ; non seule- ment donc des monographies sur les professions, mais des m o n o g r a - p h i e s s u r l ' é t u d i a n t d e s d i v e r s e s disciplines.

Enfin à l'époque des inscriptions, ne devrait-il pas y avoir un S e c r é t a r i a t s p é c i a l exercé par un représentant du Recteur, qui soit un ancien universitaire, capable de recevoir les jeunes gens ou

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leurs parents, de leur éviter des erreurs grossières et de leur donner des indications susceptibles de les aiguiller et d'influencer ainsi leurs décisions ? Peut-être des « panneaux » devraient-ils attirer l'at- tention, en un langage direct, de ceux qui franchissent pour la première fois le seuil de l'Université, sur la nécessité de s'informer et de consulter pour décider de s'inscrire ?

b) A l'établissement d'enseignement moyen, il revient surtout de conseiller. 11 connaît .•^es élèves ; il est le mieux à même de les juger.

O n dira peut-être qu'en délivrant un certificat à ses élèves, il les déclare aptes à entrer à l'Université. Et pourtant ?... C'est qu'en fait le certificat d'humanités n'a plus ce sens-là. Il faut l'admettre et il ne semble pas qu'on puisse lui rendre cette portée. T r o p de raisons s'y opposent. T o u t e s ne sont pas sans fondement. O n peut penser qu'en certains cas, un élève faible, arrivé au terme de ses études d'humani- tés, mériterait son certificat, mais ne devrait pas aller à l'Université.

La concurrence scolaire n'est pas toujours étrangère à la diminution du niveau des exigences. M a i s c'est aussi un fait. Et si on la faisait servir indirectement à la solution ?

C a r la solution n'est-elle pas de mettre chacun devant ses respon- sabilités ? E t si l'établissement d'enseignement moyen est le mieux à même de juger ses élèves, il faut qu'il porte sur eux un jugement dont il aura la responsabilité morale et sociale. Il faut donc qu'il ait un intérêt moral et social à juger exactement et à conseiller les jeunes gens selon ce jugement. Il faut aussi que le conseil donné (au moins après quelque temps) ait assez de poids pour décider les familles à s'y conformer.

N e peut-on instituer l'obligation pour l'établissement d'enseigne- ment moyen de déclarer ou bien qu' « il ne déconseille p a s à M...

de s'inscrire à l'Université > ou bien qu' « il déconseille à M... de s'inscrire à l'Université ? >. (On peut éventuellement préciser : de s'inscrire à telles Facultés). L'inscription à l'Université serait subor- donnée au dépôt de ce certificat délivré aux jeunes gens par l'établis- sement où ils auraient fait la classe de Première. C h a q u e année, l'administration de l'Université comparerait les certificats et les résultats d'examens et publierait, avec les garanties voulues, les nombres et pourcentages d'échecs comparés aux conseils.

Semblable solution respecte la liberté et sanctionne le conseil par une publicité utile ou préjudiciable à la réputation de tous les établis- sements. O n peut penser aussi que les familles bientôt auraient de moins en moins le désir de passer outre à un conseil qu'elles auront donné après mûre réflexion, puisque l'établissement y engagerait un peu de sa réputation.

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2° - La vie de l'étudiant, surtout en première année.

Le problème est trop vaste pour être traité ici. M a i s n'est-ce pas le « régime » de l'étudiant qui est, pour une bonne part, à l'origine des maux auxquels l'examen d'entrée serait destiné à remédier ? O n se bornera à quelques notations.

En entrant en première année, l'étudiant ignore tout du cadre social de l'organisation universitaire. La distinction des Facultés avec la répartition, entre elles, des grandes branches du savoir humain, la justification des programmes et l'organisation des études au sein des Facultés, l'existence et le rôle des institutions universi- taires de toutes sortes, restent longtemps des choses très vagues pour lui. Leur sens reste étranger à son esprit.

L'organisation sociale de l'Université, j entends sa complexion institutionnelle, a pris, de nos jours, un caractère trop purement administratif. Au regard de l'étudiant, le corps académique n'a de

« corps » que le nom. Il n'existe guère de vie proprement académi- que (une vie commune de l'institution universitaire) et comme aucune vie ne circule dans l'institution, aucune vie académique n'effleure la masse des étudiants. Académique est devenu trop souvent synonyme de « solennellement ennuyeux » ou « administrativement rébarbatif ».

D a n s ces conditions, le cadre social universitaire n'aide pas l'étudiant, surtout en 1" année, à vivre sa vie d'étudiant. Celui-ci ne se sent pas engagé dans une institution vivante (à laquelle il aspire cependant). Peut-être l'indifférence presque complète que le grand nombre, en Belgique, témoignent à l'Université après la fin de leurs études procède-t-elle de cette situation. L'université de notre époque délivre des connaissances scientifiques et des diplômes. Elle

attache peu. Elle ne touche la vie de l'étudiant que superficiellement, parce qu'elle le laisse à lui-même, devant ses difficultés.

L'étudiant met tout un temps à comprendre pratiquement qu'il ne recevra rien d'autre de l'Université (au début du moins) que des cours. Il ne se rend pas compte immédiatement qu'il est en fait isolé dans l'organisation actuelle, qu'il est seul pour conduire sa vie d'étudiant, qu'il ne sera guère assisté et guidé dans son travail, qu'il n'cjura personne (si ce n'est au dehors) avec qui il pourra parler de ses travaux et de ses études ou soumettre ses idées et ses expériences.

C o m m e il n'est guère prévenu non plus qu'il est livré à lui-même, il ne voit pas, dans la plupart des cas, les problèmes qui se posent à lui et ne cherche pas à se conduire. Il attend ce qu'on lui dira... et il écoute des leçons.

Sans doute est-il à l'âge où il doit pouvoir se conduire lui-même.

Oui, si l'on entend qu'il n'a plus à être soumis à une autorité qui déciderait éventuellement pour lui. Mais comme tous les hommes,

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*- plus que tous les hommes, puisqu'il est encore à l'âge de la formation. — il a besoin de l'appui d'un milieu social et de l'apport de ses traditions. O r il doit " inventer „ tout seul le régime de vie et de travail qui convient aux études universitaires en général et à ses études en particulier. Il faut parfois de longs mois à l étudiant de

1'^ année pour surmonter tant bien que mal cette crise d'adaptation à la vie universitaire.

A l'heure actuelle, par quels moyens de contact l'étudiant pénètre-t-il dans la vie universitaire ? P a r l'inscription à la recette académique, par la lecture de la brochure-programme et par l'assis- tance à la séance académique d'ouverture.

Peut-on dire que ces opérations suffisent à son initiation et à celle de sa famille ?

L a brochure-programme est déjà un bon outil, susceptible d'amé- lioration, semble-t-il (notamment au point de vue de la « présen- tation » de l'organisation universitaire comme au point de vue des conseils aux étudiants). M a i s il faut surtout noter qu'elle a le même défaut que les meilleures notes de cours par rapport à l'enseignement oral : elle ne « parle » pas à l'étudiant.

La séance académique d'ouverture, par contre, parle aux étudiants.

Mais, très nécessaire dans sa forme solennelle elle s'adresse au public officiel bien plus qu'aux étudiants. Elle ouvre l'année, elle ne peut pas faire l'initiation des nouveaux à la vie universitaire. Elle ne leur d o n n e pas un aperçu synthéthique des études qu'ils entreprennent ni des carrières que ces études préparent ; elle ne leur trace pas de ligne de conduite ni ne leur donne souvent de conseils précis.

N e pourrait-il y avoir une sorte d'initiation de l'étudiant à la vie qu'il va mener pendant plusieurs années ? Ces séances devraient sans doute se faire par Faculté et toucher l'aspect médical, comme l'aspect intellectuel et moral des problèmes posés. O n peut penser que les associations d'étudiants auraient à jouer un rôle dans ce domaine.

D e même une séance d'initiation au début de l'année ne

devrait-elle pas établir un contact entre l'Université et les parents ? Il semble que le milieu familial ne doit pas rester étranger aux études des jeunes gens. II ne doit donc pas être étranger à l'Université. Les parents ne sont plus là pour « surveiller » les études de leurs jeunes gens, mais bien encore pour en parler avec eux, pour les conseiller, pour leur créer un milieu favorable au succès de leur vie universitaire.

Il suffit souvent de peu de chose pour changer l'orientation de toute une vie. Ces contacts directs des jeunes gens (voire des familles) avec l'institution universitaire, au moment de leur entrée, pourraient, semble-t-il, leur faire prendre conscience de leur participation à la vie de l'Université. Ils pourraient amorcer une vie universitaire plus féconde.

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li ne faut cependant pas se dissimuler que de telles mesures ne résoudraient pas tout le problème posé par le « régime de vie et de travail » des étudiants. C'est toute la structure de l'enseignement universitaire qui est en jeu. L'institution de travaux pratiques, celle d'un personnel d'assistants dans les Facultés qui en étaient

dépourvues ont modifié sa physionomie depuis vingt ans. Mais il s'agit d ' a s s i s t e r effectivement les étudiants et ce, dès la première année. Peut-être devrait-il y avoir un assistant par huit ou dix étudiants, en contact permanent avec eux, discutant avec eux, les conseillant, suivant leurs études. L'étudiant doit avoir quelqu'un de jeune, mais d'un peu plus expérimenté que lui, avec qui parler de ses cours, de ses travaux, de ses lectures, de ses méthodes.

Il s'agit de créer une vie universitaire réelle, non pas simplement une vie « scientifique » (c'est prématuré pour l'étudiant) mais une v i e d e s é t u d e s . P o u r qu'il y ait vie, il faut qu'il y ait échanges. Beaucoup plus que de multiplier des examens, il s'agit ici de trouver les moyens d'animer une vie des études faite de contacts directs et liés à la vie tout court.

3° - L ' o r i e n t a t i o n p r o f e s s i o n n e l l e à l ' U n i v e r s i t é .

N o t o n s enfin qu'un troisième ordre de problèmes se pose : suivre les étudiants dans leurs études et les orienter dans leurs études et les orienter dans le choix et la réalisation de leur carrière ; corriger les erreurs d'aiguillage ; faire la soudure avec l'accès aux carrières libérales.

Il y a un problème d'orientation professionnelle au sein de

l'Université. E t les étudiants pourraient être guidés dans le choix des études complémentaires et de la spécialisation en cours d'études.

C o n c l u s i o n s .

L'examen d'entrée est un remède, qui n'atteint que les symptômes de maux plus profonds et fournit une solution boiteuse au lieu d'un traitement approprié.

Pour ce qui est du droit de fréquenter l'Université, chacun sera mis plus complètement devant ses responsabilités par le conseil obliga- toire que par l'examen d'entrée.

D a n s un intérêt pratique i m m é d i a t , je me rallierais, avec résigna- tion, s'il le fallait, à l'institution d'un e x a m e n d e m a t u r i t é , à condi- tion qu'il fut pratiqué par des hommes réputés moins pour leur culture scientifique particulière, leur érudition, leurs recherches et leurs publications que pour leur culture générale, leur équilibre

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intellectuel et leur jugement. E n c o r e serait-ce en craignant de voir une telle mesure de circonstance devenir définitive et en espérant que son institution ne manquerait pas les vrais problèmes et ne dispense- rait pas de les résoudre.

CLEMENS R.

M a réponse est faite sous réserve du maintien des examens d'entrée existant actuellement.

GRAULICH Léon.

L'entrée à l'Université est le m o m e n t le plus mal choisi pour réaliser un filtrage. U n e sélection faite avant ou après sera plus efficace et moins arbitraire. Il suffit pour la réaliser de se servir des moyens que nous avons à notre disposition.

D ' u n côté, l'examen de sortie d e l'enseignement moyen. Celui-ci n'est pas très efficace à l'heure actuelle tel qu'il est organisé, mais il pourrait être amélioré. Il suffirait pour cela de ne plus laisser le pouvoir de décision pour la délivrance du certificat au seul chef de l'établissement mais d'y faire participer le jury des professeurs.

Ceux-ci connaissent l'étudiant, ils ont pu l'observer au cours de l'année, ils l'ont interrogé sur des matières déterminées qu'ils ont enseignées. Ils sont donc bien placés pour apprécier la valeur du récipiendaire et pour se rendre c o m p t e de la façon dont ils a assimilé l'enseignement donné. Ils ne seraient pas tentés, comme le chef de l'établissement, soumis à des sollicitations, de « laisser passer » tout le monde, pour attirer des élèves ou pour éviter des ennuis avec les parents. O n pourrait d'ailleurs attirer leur attention sur les conséquences de leur décision. Celle-ci ne serait, au demeurant, pas irrévocable, l'étudiant pouvant toujours après échec, se faire examiner par une sorte de jury central constitué à cet effet. Il conviendrait au surplus de se montrer plus exigeant dans l'appréciation des résultats, tout au moins sur certaines branches.

HARSIN. Paul.

A l'exception de ceux qui existent.

Je suis partisan d'une organisation particulière de l'épreuve finale de rhétorique qui garantisse d a v a n t a g e la possession par le candidat d'une culture générale suffisante. C e t t e épreuve serait passée devant un jury organisé, dans chaque institution, avec participation d'exami- nateurs étrangers à celle-ci.

MOUREAU, Léon.

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- 34 - 3° * F a c u l t é d e s S c i e n c e s a p p l i q u é e s .

Je suis partisan de la suppression de l'examen d'entrée parce que son maintien nuit aux intérêts de l'Université de Liège en particulier et aux Universités belges en général.

Cet examen détourne notamment au profit d'Universités étran- gères les élèves luxembourgeois qui, jadis, fréquentaient en grand n o m b r e notre Université et d o n t beaucoup se spécialisaient chez nous en métallurgie.

C e t t e situation est particulièrement grave du fait que les bassins sidérurgiques liégeois et luxembourgeois ont des rapports constants et que plusieurs sociétés ont à la fois des usines dans les deux bassins.

D e s personnalités marquantes de l'industrie luxembourgeoise m'ont fait part de leur regret de cet état de chose et m'ont dit leur désir de voir supprimer l'obstacle qui éloigne leurs jeunes gens d'une Université leur ayant fourni par le passé de nombreux éléments d e valeur.

E n conclusion, j'estime qu'il est nécessaire dans l'intérêt des relations économiques et culturelles belgo-luxembourgeoises de supprimer l'examen d'entrée.

Au point de vue de l'enseignement, l'élimination des éléments insuffisamment doués se fera en première année tout aussi bien, si pas mieux, qu'avant l'entrée à l'Université.

THYSSEN. H.

Q u e l q u e s r é f l e x i o n s p a r t i c u l i è r e s . P a r m i les adversaires de toute forme d'examen d'entrée à

l'Université, certains professeurs demandent une plus grande sévérité, soit à la fin de la première année, soit à tous les examens.

a) Université Libre de Bruxelles.

1° - F a c u l t é d e D r o i t .

J'estime que l'épreuve éliminatoire doit être l'examen qui suit la première année d'études universitaires. Elle seule permet de vérifier si l'étudiant est apte à tirer profit d'un enseignement qui diffère pro- fondément de l'enseignement secondaire.

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Le premier examen universitaire doit être sévère. C'est rendre un mauvais service aux étudiants q u e de leur permettre de poursuivre des études exigeant à la fois une capacité de travail et une aptitude à la recherche et au jugement personnel qu'ils ne possèdent pas.

ANCIAUX, Pierre.

2° - Faculté des sciences s o c i a l e s , politiques et économiques.

P a s d'examen d'entrée pour les porteurs de certificats homologués d'études moyennes du degré supérieur — P o u r les autres sélection sévère à la fin de la première a n n é e .

LEBLANC, F.

b) Université de Gand.

\° - F a c u l t é de Philosophie e t Lettres.

Le problème essentiel serait plutôt la réorganisation de l'enseigne- ment supérieur, actuellement compliqué et désuet ; l'examen d'entrée se pose en fonction de ce problème.

DE BACKER, Fr.

2° - F a c u l t é de M é d e c i n e .

La véritable sélection devrait s'opérer en fin de 1" année et devrait être extrêmement sévère.

EEMAN, Fernande.

A mon avis c'est à la fin de la première année des études universi- taires que le candidat doit être jugé.

Je suis d'ailleurs partisan de limiter à deux le nombre de fois que le candidat pourrait se présenter à l'examen de première année.

REGNIERS, Paul.

Je suis d'avis qu'un triage sévère devrait se faire après la 1"

candidature, par un examen sur la maiière enseignée au cours de cette année de candidature, mais qui serait infiniment plus exigeant q u e les épreuves actuelles, et auquel le récipiendaire ne pourrait se représenter que deux, ou tout au plus trois fois. Après trois échecs les portes de l'Université (et également du Jury Central) lui seraient définitivement fermées.

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Si ce premier triage pouvait acquérir une renommée de sévérité terrible, je crois qu'il ferait tomber également ipso facto le nombre d'étudiants dans les 1'" candidatures. Siuie une réelle vocation inci- terait â se préparer à cette rude épreuve.

FAUTREZ. J.

Cet examen difficile devrait se faire à la fin de la l"' année d'études.

U n élève ayant échoué deux fois au même examen devrait être défi- nitivement écarté.

VAN DE VELDE, Jean.

c) Université de Liège.

1° - F a c u l t é de D r o i t .

Je suis tout à fait d'accord sur la nécessité d'empêcher les inca- pables d'encombrer les auditoires universitaires ; mais je crois que la sélection devrait être faite par des universitaires qui ont pu juger les candidats pendant un certain temps. C'est pourquoi je suis adver- saire de l'examen d'entrée à l'Université. A mon avis, ce n'est qu'à la fin de la première année qu'un barrage pourrait être établi. A la suite d'un second é t h e c du candidat, le jury, statuant à la majorité des 2/3 ou des 3/4 des voix, pourrait décider qu'il serait inadmissible à l'examen auquel il a échoué. Cette première année universitaire pourrait d'ailleurs être une rhétorique supérieure commune à tous, sauf que chacun devrait choisir un cours à option choisi parmi les matières spéciales aux études qu'il entend embrasser. Si le système actuel était maintenu, il faudrait nécessairement, en ce qui concerne la Faculté de Droit établir un second barage à la fin de la deuxième ou de la troisième année, vu que la première est étrangère aux matières juridiques. M o n expérience établit que, plus d'une fois, des étudiants médiocres en humanités et en philosophie ont fait d'excel- lentes études de droit et une carrière juridique brillante.

U n dernier mot, on m'objectera que mon système ne décharge pas les premières années. Je pense que c'est inexact ; l'application du système ne manquerait pas, au bout de peu de temps, de décider pas mal de jeunes gens à ne pas tenter l'aventure.

GOTHOT, Victor.

A mon avis, une élimination devrait pouvoir être opérée à la fin d e la première année, suivant certaines modalités. P a r exemple, après deux échecs, le jury d'examen, à la majorité des 2/3 ou des 3/4

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des voix, aurait le droit de s'opposer à la continuation des études entreprises.

GRAULICH, Léon.

L'examen clôturant la première année universitaire a plusieurs avantages. Les professeurs, s'ils ne connaissent pas aussi bien l'étudiant que leurs collègues d'enseignement moyen, ne leur sont cependant pas tout à fait étrangers. Ils les interrogent aussi sur une matière qu'ils ont eux-mêmes enseignée et peuvent juger la façon dont les étudiants en ont tiré profit. Ceux-ci, de leur côté, ont eu un an pour s'adapter à la méthode universitaire, pour en saisir l'esprit.

O n lui reproche d'être tardif. M a i s l'inconvénient ne porte que sur une année. Il ne peut compenser les avantages de cet examen. Il n'est pas assez grave pour qu'il vaille la peine de courir l'aléa de l'examen d'entrée.

Cet aléa est grand. O u bien l'examen porte sur des matières déterminées. Alors c'est le sacrifice de la rhétorique à l'étude de force des matières de l'examen. L'étudiant qui n'est pas habitué à l'étude intensive et qui n'a pas reçu de méthode pour y procéder, va probablement mal le faire, d'où un grand risque d'échec. O u bien il s'agit d'un examen de maturiré, alors la part du hasard est plus grande encore. Institution excellente en théorie, cet examen est, en pratique, une " boîte à surprise „. Les pires malentendus peuvent se produire, d'autant plus que la personnalité même du récipiendaire est tout à fait étrangère à l'interrogateur. Peut-on franchement, pour remédier à l'inconvénient de l'encombrement de la première année, faire dépendre la carrière de l'étudiant d'une telle épreuve, pleine de dangers et d'incertitudes et pour tout dire d'arbi-

traire ? Il faut ajouter qu'une grande partie des jeunes gens accomplit sa formation intellectuelle après 18 ans. La maturité arrivée, ils seront parvenus au même point que les autres. Faut-il les empêcher de courir leur chance ?

Il est mauvais de multiplier les examens. Plutôt que d'en créer un nouveau, utilisons les moyens de sélection que nous possédons.

Améliorons l'examen de sortie de l'enseignement moyen pour remé- dier à l'encombrement de la première année universitaire. L'examen qui suit celle-ci sera le véritable élément de filtrage universitaire.

HARSIN, Paul.

Je crois qu'il faudrait opérer la « sélection » lors de la première année d'études à l'Université. Les examinateurs de cette année

« d'épreuve » devraient avoir la possibilité de « faire comprendre » à ceux qu'ils jugent inaptes, de renoncer à poursuivre leurs études

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universitaires. P a r exemple, en « refusant » les récipiendaires à la 2^

ou 3' présentation aux examens.

Toutefois, la Faculté de Droit n'intervenant qu'en 3' année d'études (sauf pour la licence en Notariat) devrait pouvoir user du même procédé pour ceux qu'elle juge peu aptes à la formation juridique.

JANNE, Xavier.

Je suis partisan de l'organisation, en 1' année de chaque Faculté, d'une épreuve éliminatoire destinée à vérifier l'aptitude du candidat à poursuivre avec fruit ses études dans le cadre de l'orientation spéciale qu'il a choisie en s'inscrivant à cette Faculté. O n ne pourrait se représenter qu'une seule fois à cette éliminatoire. Le principe de la collégialité du jury devrait être maintenu autant que possible, dans l'organisation pratique de cette éliminatoire.

MOUREAU, Léon.

2° - F a c u l t é de M é d e c i n e .

L'élimination peut avoir lieu à l'examen de première année d ' U n i - versité aux conditions suivantes :

1. L'examen de première année sera sévère.

2. Les étudiants ne pourront se présenter plus de trois fois à une même épreuve (règle générale pour toutes les années d'Université).

Cet examen donne plus de garantie qu'une épreuve de maturité et a l'avantage de porter sur des matières bien déterminées qui ont été exposées aux étudiants par les interrogateurs eux-mêmes, ceux-ci étant mieux qualifiés que quiconque pour juger les connaissances et les aptitudes de leurs élèves.

STAINIER, Cari.

Certains professeurs ne tranchent pas la question.

a) Université Libre de Bruxelles.

ï° - F a c u l t é de P h i l o s o p h i e et Lettres.

Dans un bon système d'organisation politique et scolaire les examens d'accès à l'enseignement supérieur n'ont pas de signification.

Leur raison d'être actuelle tient au niveau amoindri des humani-

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