FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNÉE 1894-1895 N° 5.
DE
i
jniill ampi lil 1 itiihf UDIi n'ArrfiMMfiTiATinw AuliUlTllvllIiJii 1 lUli
dans ses rapports avec la
RÉFRACTION STATIQUE
THÈSE
POUR. LE DOCTORAT EN
MÉDECINE
Présentée et soutenue publiquementle16 novembre 1894
PAR
Toussaint-Adolphe SEGUIN
ÉLÈVEDUSERVICE DESANTE DELAMARINE
Né le i" Novembre 1871, à Saint-Martin de Bromes (Basses-Alpes)
MM. BADAL professeur, Président
Examinateurs delaThèse..
\
dubbëUILHagrégé^ l
juaesVILLAR agrégé ' J *
Le Candidat répondra àtoutesles questions quilui seront faites sur les diverses
parties de l'enseignement médical
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU MIDI, P. CASSIGNOL
91, EUE PORTE-DIJEAUX, 91
1894
FACULTE DE MEDECINE ET DE PHARMACIE DE CORDEAUX
M.
M. PITRES Doyen.
PROFESSEURS
MICÉ
AZAM
Professeurs honoraires
Cliniqueinterne. \
Messieurs
PICOT.
PITRES. '
„.. . \ DEMONS.
Clinique externe . j LANELONGUE.
PaLhologie interne DUPUY.
Pathologie etthérapeutique générales VERGELY.
Thérapeutique ARNOZAN.
Médecineopératoire MASSE.
Clinique d'accouchements MOUSSOUS.
Anatomiepathologique COYNE.
Analomie BOUCHARD.
Anatomie générale etHistologie VIAULT.
Physiologie JOLYET.
Hygiène LAYET.
Médecinelégale - MORACHE.
Physique BERGONIE.
Chimie BLAREZ.
Histoire naturelle GUILLAUD.
Pharmacie FIGUIER.
Matière médicale de NABIAS
Médecineexpérimentale : FERRE.
Clinique ophtalmologique BADAL.
Clinique des maladies chirurgicales des enfants PIÉCHAUD.
EXERCICE
MOUSSOUS.
DUBREUILH.
Pathologie interne etMédecine légale ( MESNARD.
AG REGES E N
SECTION DE MÉDECINE
SECTIO î DE CHIRURGIE ET ACCOUCHEMENTS
CASSAET.
AUCHÉ.
POUSSON.
Pathologie externe f'/ VlLLAR.
Accouclipmpnts ^ RIVIÈRE.
Accouchements
} GHAMBRELENT<
SECTION DES SCIENCES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES
Anatomie etPhysiologie°
j PRINCE
j IN.1 EAU.
Histoirenaturelle N.
SECTION DES SCIENCES PHYSIQUES
Physique SIGALAS.
ChimieetToxicologie DENIGES.
Pharmacie BARTHE.
COURS COMPLEMENTAIRES
Clinique int. des enf. MM. MOUSSOUS
Ciiniq desMaladiessyphilitiqueset cutanées Dl' lllîlî U1LH Cl. des mal. des fem. BOURSIER Cliniq. des maladies des voies urin. POUSSON
Mal.dularynx, des oreillesetdunez MOURE
Maladies mentales.
Pathologieexterne.
Accouchements.. . .
Chimie Zoologie
MM. REGIS.
DENUCE IUVlÈltE DENICÉS BEILLE Le Secrétaire de taFaculté :LEMAIRE.
Par délibération du 5 août 1879, la Faculté a arrêté que les opinions émises dans
les Thèses qui lui sont présentées, doivent être considérées comme propres a leur-
auteurs etqu'ellen'entend leur donner ni approbation ni improbation.
A monPrésidantde Thèse
MONSIEUR LE
DOCTEUR BADAL
PROFESSEUR DE CLINIQUE OPHTALMOLOGIQUE A LA FACULTÉ DE
MÉDECINE
DE BORDEAUX
CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
INTRODUCTION
Dans ce travail qui fait l'objet denotre thèse inaugurale nous croyons avoir démontré la fausseté d'un principe
admis
partous les ophtalmologistes : l'amplitude d'accommodation est indépendante de l'état de la réfraction statique de l'œil. Notre
opinion, qui est toutopposée, se fonde sur desrecherches de
M. Fromaget et sur des recherches personnelles.
Pour rendre notremodestetravailaussi completquepossible, malgré sa brièveté, nous avons cru bien faire de
reprendre la
définition et les formules générales del'amplitude d'accommo¬
dation : c'est l'objet du premierchapitre.
Dans le second chapitre nous avons exposé les travaux de
Donderssurlesvariationsdel'amplituded'accommodation avec
l'âge, etlafaçon dont ilavait établi le remotum et
le proximum
de ses sujets: nous avons cité largement, aimant mieux
agir
ainsi que paraphraser le texte de l'auteur.
Lechapitre III renferme l'indication desprocédés dont nous
nous sommes servis pour la•détermination de la réfraction
statique et de la réfraction dynamique.
Lapartieoriginalede cetravail est contenuedans
le chapitre
IV ; on y trouve les résultats qui nous ont
été communiqués et
'— 8 -
ceux tirés de nos recherches personnelles touchant les varia¬
tionsdel'amplituded'accommodationavec laréfraction statique%
de l'œil et la profession.
Avant d'entrerenmatière nous avonsle devoir, bien agréable
pour nous, d'adresser nos plus sincères remerciements à
Monsieur le docteur Fromaget, chef de clinique ophtalmolo¬
gique à la Faculté de Médecine : non content de nous com¬
muniquer lerésultat de ses travaux, il s'est encore mis à notre disposition avec autant de gracieuseté que de dévouement
pourdes recherches souvent bien ingrates.
Que Monsieur le professeur Badal reçoive l'hommage de
notre vivegratitude pour le bienveillant intérêt qu'il n'a cessé
de nous témoigner pendant et après notre stage dans son service, etpourl'honneur qu'ilnous fait deprésider notre thèse.
DE
L'AMPLITUDE D'ACCOMMODATION
DANS SES RAPPORTS AVEC LA
RÉFRACTION STATIQUE
CHAPITRE PREMIER
Réfraction statique. —
Punctum remotum
L'œil se compose : 1°
d'un dioptre
;2° d'un écran, la rétine,
le premier étant
destiné à former les images que doit rece¬
voir le second.
A l'état statique, le
dioptre oculaire, comme une lentille
convexe à laquelle on peut
l'assimiler, possède une réfrin¬
gence
invariable; lorsque cette réfringence est telle que des
rayons venus
de l'infini vont faire une image nette sur la
rétine,-on dit que
l'œil est emmétrope. Inversement, des
rayons
émis
parla rétine d'un œil emmétrope, deviennent à
s.
2
leur sortie de l'œil, parallèles entre eux. L'œil emmétrope
est donc celui qui est adapté à l'infini, celui qui, à l'état de
repos, ne peut voir qu'un point situé à l'infini.
Si, comme cela a lieu pour le cas précédent, le foyer prin¬
cipal postérieur du système dioptrique de l'œil ne coïncide
pas avec la rétine, l'œil est amétrope et deux cas peuvent
se présenter :
1° Le foyer principal postérieur est en avant de la rétine,
et le seul point qui puisse faire son image nette sur cette membrane doit être situé, en vertu de la loi des foyers conju¬
gués, entre l'infini et le foyer principal antérieur : l'œil est myope;
2° Le foyer principal postérieur est situé en avant de la rétine; l'image devant se trouver entre la lentille et le foyer principal, l'objet, toujours en vertu de la loi des foyers con¬
jugués, doit être situé au-delà de l'infini ; en d'autres termes,
pour que des rayons puissent converger surlarétine d'un tel œil, il faut qu'ils arriventsur la cornée doués déjà d'un cer¬
tain degré de convergence, c'est-à-dire qu'ils paraissent pro¬
venir d'un point virtuel situé en arrière du foyer principal postérieur et qui est le foyer conjugué de la rétine : l'œilest
hypermétrope.
(Nous ne parlerons pas ici, pour ne pas compliquer nos définitions, de l'œil astigmate, qui ne présente en somme rien de nouveau au point de,1a réfraction.)
Ce point unique, pour lequel tout œil statique se trouve
adapté, point situé à l'infini, en deçà ou au delà de l'infini,
suivant que l'œil est emmétrope, myope ou hypermétrope, s'appelle le Punctum remotmn ou plus simplement le Remo-
tum.
- 11 —
Accommodation. — Punctum Proximum
Si l'œil humain ne possédait que la réfraction statique, un objet ne pourrait donc être vu avec netteté que
s'il occupait
le Remotum. Une expérience de tous les instants nous
apprend qu'heureusementil n'en estpas ainsi; nous pouvons
voir un même objet situé à des distances variables de
l'œil;
c'est donc qu'il nous est permis à notre gré de faire
varier la
réfringence du dioptre oculaire.
Cette faculté porte le nom de réfraction dynamique ou d'accommodation, parce qu'elle permet à l'œil de s'adapter,
de s'accommoder pour la vision distincte à diverses distances.
Le pouvoir réfringent minimum étant celui de l'œil
statique,
ilvasans dire que l'accommodation ne permetque d'augmen-
, ter cette réfringence statique, jamais de ladiminuer; il n'y a
pas d'accommodation négative comme on
l'a
crupendant
longtemps.
Supposons maintenant un objet se
déplaçant
entrele,
Remotum et l'œil et vu nettement grâce à l'accommodation :
à un certain moment l'effort accommodatif devient maxi¬
mum et le point occupé alors par l'objet
s'appelle le
Punc¬tumproximum; en deçà de ce Proximum,
il n'est plus de
vision distincte, puisque l'œil ne peut plus accroître sa réfraction.
La totalité de l'accommodation qu'un œil puisse mettre
en jeu, l'amplitude d'accommodation, est
donc
représentéepar la différence entre la réfraction
de l'œil
àl'état de
reposet laréfraction pendant l'effort maximum d'accommodation.
La réfraction statique de l'œil dont le Remotumse trouveà
une distanceR est endioptries ;
- 12 —
La réfraction du même œil à l'état du maximum d'accom¬
modation, P étant la distance de l'œil au Proximum, est—;
L'amplitude d'accommodation que nous appellerons ~
sera donc :
Cette amplitude d'accommodation peut être considérée
comme une lentille convexe de même valeur, —■A i qui vien-
drait se placer devant le cristallin de l'œil statique pour
augmenter d'autant sa réfringence; de telle sorte que des
rayons venus duRemotumse comportentcommes'ilsvenaient
du Proximum sans autrechangement dans l'œil que l'adjonc¬
tion de cettelentille convexede
y
dioptries.
Il est doncnaturel, puisque une lentille placée au devant
de l'œil, théoriquement au devant du cristallin, a le même effet que l'accommodation, d'exprimer la valeur de celle-ci
soit par l'inverse de sa distance focale, soit en dioptries, la
distance focale étant mesurée en mètres.
Connaissant la formule générale qui donne la valeur de l'amplitude d'accommodation, il convient de l'appliqueraux diverses variétés de réfraction.
Amplitude d'accommodation de l'emmétrope
Dans la formule ~A =
4-
P—Jr-
Knous avons R = co
U' . 1 1 1 1 ~ 1
A P 00 P p
c'est-à-dire que chez l'emmétrope l'amplitude d'accommo-
— 13 —
dation a la même valeur que la lentille que représente l'œil adapté à son Proximum; et, en effet, une lentille
de
ydioptrms ajoutée à l'œil statique, permet seule à des
rayons venus de l'infini de se comportercomme s'ils
venaient
du Proximum.
Ainsi un emmétrope qui voit à dix centimètres, a une amplitude d'accommodation de
yppyr^lO D
etinversément
un emmétropequi a une amplitude d'accommodation
de
5 D,voit à ~ = 0m,20 cent.
o
Amplitude d'accommodation de l'emmétrope
Dans l'hypermétropie, le Remotum se trouvant
au-delà de
l'infini, est négatif, et l'on a :
Eneffet, l'hypermétrope ayant une
réfraction
tropfaible
même pour voir à l'infini, a déjà
dû accommoder,
pour serendre emmétrope, d'un nombre de dioptries
précisément
égal à celui qui mesure son vice
de réfraction, c'est-à-dire
~m De plus, il doit encore
accommoder de
pourvoir
à son Proximum; donc son amplitude d'accommodation est bienmesurée par une lentille de y
-f- dioptries.
Il faut remarquer que, malgré
l'accommodation, il
peut sefaire que l'hypermétrope ne
voie
à aucunedistance; cela
arrive lorsque le degré du vice
de réfraction
estplus élevé
que l'amplitude
d'accommodation. Toute l'accommodation
estalors employée à diminuer
d'autant l'hypermétropie. Par
exemple, un hypermétrope
de 4 D qui
a unamplitude d'ac-
commodation de 3 D est encorehypermétropede i D lorsqu'il
est adapté pour son Proximum.
Amplitude d'accommodation du myope
Pour le myope,, il n'y a qu'à appliquer la formule de Donders pour avoir la valeur de l'accommodation:
1 1 1
X _ P R
Si un myope a son Remotum à0m,50, son amplitude d'accom¬
modation est de : - =8-2 = 6 D.
0,J2o 0,50
CHAPITRE II
Recherches de Donders, au sujet de l'influence
de l'âge sur l'amplitude d'accommodation.
« La réfraction de l'oeil, ditDonders (1), et surtout l'ampli¬
tude d'accommodation éprouvent avec l'âge des modifica¬
tions. C'est d'abord l'affaiblissement du pouvoir d'accom¬
modation qui se produit bien avant même que
les conditions
de réfraction de l'oeil à l'état de repos aient subi aucune modification : car le punctum remotum continue à rester
encore pendant longtemps à la môme
distance, lorsque déjà
le punctum proximum de la vision
distincte s'éloigne chaque
jour de plus en plus, ce
qui
entraîne unediminution dans
l'amplitude d'accommodation
C'est
unchangement qui
atteint tous les yeux sans distinction, aussi
bien les
myopes(l'œil étant d'ailleurs supposé en
bonne santé)
queles hyper¬
métropes et les emmétropes. »
Nous ne savonspas si c'est cette dernière phrase
qui
a étémal interprêtée et qui a fait écrire
dans
tousles traités
classiques d'ophtalmologie, cetteaffirmation quelquefois
(1) Weckeu. — Traitethéorique et pratique desmaladies des yeux. Paris,
1868, t. Il, p. 576.
- 16 —
même soulignée : « Le pouvoir accommodatif est en général indépendant des anomalies, quel que soit leur degré » (1).
Nulle part nous n'avons trouvé que Donders ait dit une pareille chose; peut-être l'illustre professeur d'Utrecht a-t-il
fait des recherches sur la valeur du pouvoir accommodatif
dans les divers cas d'amétropie; quoiqu'il en soit, il n'en parle pas. Pa" contre il dit expressément s'être servi d'em¬
métropes pour construire la courbe d'amplitude d'accommo¬
dation. « La courbe de P., pour l'œil emmétrope, dit-il,
a été déduite d'un grand nombre d'observations. Dans la
figure 121,chaque observationestindiquée par un point, et la position de cespoints montre en même temps que les dévia¬
tions d'un parcours moyen de la courbe ne sont pas bien grandes. Etencore faut-il attribuer ces déviations, en partie
du moins, àdeserreurs d'observation : d'autres peuvent être également augmentées par une légère hypermétropie. J'ai choisi, pour préparer ce tableau en majeure partie, desyeux
emmétropes; toutes fois des yeux alfectés d'un faible degré
de myopie (M.= 1/40 ou moins) n'ont point été exclus. Ces derniers mêmes méritent d'être choisis de préférence, car seuls ils nous montrent avec certitude, sans paralysie artifi¬
cielle de l'accommodation, que le punctum proximum n'est point influencé par une hypermétropie latente; et il est
permis d'admettre que pour ces faibles degrés de myopie
~ est identique avec, ce qu'elle est chez un œil emmé¬
trope )> (2).
Il est donc bien évident qu'il n'est pas juste de dire que :
(1) Imbrrt.—Les anomalies cle la vision.Pari-,1889,p 175.
(2) Weckeu.— Loco citato, p. 580.
- 17 —
<c Le diagramme de Donders s'applique à tous les états de
réfraction » (1):
Voyons maintenant les procédés dont a
fait
usageDonders
pour la détermination du punctum remotum et
du
punctum proximum, et le résultat de sesrecherches
surles variations
de ~ avec l'âge des sujets. Ici encore nous 11e voyons rien
de mieux que de citer
ce La détermination de R a lieu avec des lignes visuelles
presque parallèles,
c'est-à-dire
enfixant
avecles deux
yeuxun objet distant d'au moins cinq mètres.
Noussavons, en effet, que lorsque les lignes de vision
convergent, l'accommodation est sollicitée à agir et qu'en
conséquence le vrai punctum remotum,
dans le relâchement
total de 1 accommodation, ne peut se déterminer avec des lignes visuelles convergentes. Au lieu
d'un objet,
nous pou¬vons employer des groupes de lignes noires
verticales,
chacune de deuxmillimètres et demi d'épaisseur etdistantes
l'une de l'autre de dix millimètres, et examiner si â une distance de cinq mètres 011 la distingue très nettement â
l'œil nu, ou si lanetteté de l'objet peut être augmentée par des verres. Si les verres ne produisent pas d'amélioration,
R est distant de cinq mètres, ce qu'on peut ici
regarder
commeéquivalentâ une distance
infinie. Lorsqu'il
y amyopie,
des verresnégatifs (concaves), sont nécessaires pour obtenir
une netteté parfaite; dans ce cas, nous déterminons quel est
le verre le plusfaible avec lequel on obtient une
vision abso¬
lument nette.
Dans cette détermination, la distance du punctum remotum
(1) DeWecker et Landolt. — Traité complet d'ophtalmologie. Paris, 1887,
t. III, p. 168.
S.
est trouvée. Au lieu de lignes noires ci-clessus mentionnées,
nouspouvons dans la détermination, employer des lettres ou
des nombres définis; en les faisant nommer, nous pouvons
nous assurer d'une manière plus objective avec quels verres,
on les voit distinctement (1).
ce La détermination du punctum proximum s'effectue au moyen d'un optomètre à fils. 11 consiste en un petit châssis
de la grandeur représentée sur la figure (fig. 30), sur lequel
sontétendusquelques fils noirs et verticaux et muni d'une,
mesure B que l'on peut dérouler; la graduation commence au châssis et la bobine est appliquée à la tempe sur la mémo
ligne que la face antérieure de la cornée. En éloignant de
l'œil le châssis, la bobine se déroule jusqu'à ce que les fils,
verticaux se distinguent parfaitement. Il est possible de
déterminer avec une exactitude suffisante, s'ilssont vus exac¬
tement; car par une légère déviation les bords perdent la
netteté de leur contour et des doublescontours apparaissent.
La plupart des personnes examinées s'en aperçoivent très, facilement. On peut comme moyen de contrôle faire lire des
caractères d'impression à des distances où ils doivent être-
distingués par un œil doué d'une bonneacuité et exactement accommodé (2).
En procédant ainsi pour la détermination du remotum et celle du proximum, Donders a trouvé que l'amplitude d'ac¬
commodation chez l'emmétrope subissait une diminution gra¬
duelle depuis l'âge de dix ans où elle est de quatorze D jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans où elle devient 0. Le
(1) Weckeu :Loco citato, page 481.
(2) Weckeu : Loco citato, page 482.
tableau suivant donne la valeur de de cinq en cinq ans.
Amplitude d'accommodation.
10 14
15 12
20 10
25 8,5
30 7
35 5,5
10 4,5
45 3,5
50 2,5
55 1,75
00 1
05 0,75
70 0,25
75 0
Nous ne voudrions point critiquer trop le procédé dont
s'est servi Donders pourdéterminer le Remotum et celui qu'il
a employé pour trouver le Proximum; car il est évident que nous-méme, dans les recherches que nous avons entrepri¬
ses avec le concours de M. Fromaget, ne sommes pas à l'abri
detoute cause d'erreur, fatalement inhérente àdes recherches de ce genre. Pourtant nous ferons remarquer que la façon
dont Donders a déterminé le Remotum est défectueuse en ce sensqu'elle ne permet pas de déceler ces myopies factices
(|ite nous avons trouvées si fréquentes parmi les gens qui
travaillent de près, tels les étudiants. C'est ainsi qu'un de
nos camarades qui se croyait myope, de 2 D à2,50 D, ne fut
paspeusurpris d'être déclaré
légèrement hypermétrope. Nous
même, avec la méthode employée par Donders aurions pu
nous considérer comme atteint d'une myopie de 1 D, alors
quel'atropinisation nous a démontré être
parfaitement
emmé¬trope. Ces pseudo-myopies dont nousparlons sont en
quelque
sorte physiologiques chez beaucoup de personnes
travaillant
de près ; le spasme du muscle ciliaire, à moins
qu'il soit
trèsaccentué, auquel cas il peut devenir douloureux, passe ina¬
perçu et le sujet, avec la meilleurebonne
foi,
estconvaincu
qu'il est myope. Cette cause d'erreur estdonc suffisante
pourque la méthode de Donders doive être
condamnée,
surtout quand on opère ciiez des étudiants, comme nousl'avons fait
en grande partie.
Le procédé dit clinique employé parDonders pour
la déter¬
mination du Proximum est théoriquement le meilleur des procédés; en effet, quand on voit l'objet-type s'avancer
de
l'œil on est d'autant plus sollicité à accommoder que l'on
converge davantage. Mais, par contre, est-il toujours bien
facile au sujet de préciser la distance à laquelle les
fils de
l'optomôtre commencent à lui apparaître avecdes doubles
contours ? Ayant expérimenté nous-même un
pareil instru¬
ment nous avons vu qu'à une certaine distance de l'oeil les
contoursdesfils nous paraissaienttour à tour nets et indis¬
tincts; cela tient à ce que l'accommodation au-delà d'une
certaine limite proche du Proximum devient en quelque sorte
intermittente ; qu'y a-t-il d'étonnant, alors, qu'une personne
peu expérimentée donne des renseignements
inexacts ?
Du reste, la personne examinée fût-elle toujours
intelli¬
gente au point qu'on dût tenir compte de ses
indications,
l'erreur qu'il est possible de commettre dans la
mensuration
dePpeut fausser les résultats d'une quantité non
négligeable,
d'autant moins négligeable que P est plus petit. Une autre
— 21 —
cause d'erreur assez faible, mais constante, que commettait
Donders était de mesurer P à partir de la cornée au lieu du
centre optique de l'œil.
De cesconsidérations il résulte qu'il convient
d'abandonner
leprocédé de Donderstantdans
la détermination du Remotum
que dans celle
du Proximum,
etde les remplacer
parles
méthodes plusexactes que nous
allons
exposer.CHAPITRE III
Détermination du Remotum.
«
priori une seule méthode est réellement à l'abri de toute
cause d'erreur dans l'appréciation de la réfraction statique de
l'oeil; c'est celle qui se fait précéder de l'atropinisation; et
alors peu importeque l'on emploie tel procédé plutôt que tel
autre : le plus court est le meilleur et dans ce cas, ce n'est
pas à la skiascopie que nous donnerions la préférence. Mais
si l'atropinisation estcommode pour l'expérimentateur à qui
elle assure toute garantie, elle est peu pratique pour le sujet qu'elle gêne au moins pendant huit jours; l'inconvénient
del'atropinisationest d'autant plusfâcheuxque lesrecherches qui peuvent être entreprises sur l'accommodation, telles les
nôtres, ne sont guère faites quesur des personnesbénévoles,
bien portantes, non hospitalisées, et ayant besoin qu'on ne brouille pas leur vue. De toute nécessité il nous a donc fallu
recourirà d'autres moyens.
Nous avons déjà dit la raison qui nous avait fait abandon¬
ner la méthode des verres d'essai ou méthode de Donders;
— 24 —
la cause d'erreur qui l'entache subsiste avec la-plupart des
autres méthodes, notamment celle des optomètres.
Ce qui offre le plus de garantie en dehors de l'atropini-
sation estla skiascopieou méthode de Cuignet; cette méthode exigeant l'emploi de la chambre noire le sujet est sollicité à
relâcher son accommodation beaucoup plus qu'il ne lefait en
plein jour, en face d'une échelle de Snellen; rares sont les
personnes qui accommodent dans la chambre noire. Nous
n'avons pas besoin d'exposer la méthode de Cuignet que chacun connaîtet qui a l'avantage de ne pas exiger un usage
approfondi de l'ophtalmoscope.
Si exacte pourtant que soit cette méthode nous ne nous
sommes presque jamaiscontenté de renseignements qu'elle
nous a donnés.
M. Fromaget, qui a bien voulu se charger de la détermi¬
nation de la réfraction statique chez la plupart de nos sujets
a toujours contrôlé par l'examen à l'image droite, dans les
cas douteux, les résultats déjà fournis par la skiascopie; ce contrôle s'est surtout exercé lorsqu'il s'est agi de personnes
jeunes chez lesquelles il y avait plus particulièrement à craindre ces augmentations artificielles de réfraction dues au spasme tonique du muscle ciliaire. Pour les personnes de quarante ans et au-dessus il nous est arrivé parfois de nous contenter de mesurerle Remotum soit avec les verres de la boîte d'essai, soit avec l'optomètre du Professeur Badal, la préférence étantaccordée à cette dernière façon de procéder; parceque si les deux moyens ne diffèrent pas beaucoup au
fond, dans celui de l'optomètre ainsi que nous aurons l'oc¬
casion de le dire, on tientcompte de la grandeur des images
rétiniennes fournies par les objets-types, des lettres dans le
cas présent.
Détermination du Proximum
Mais c'est surtout pour la détermination du Proximum
qu'a
été employé l'optomètre de M. Badal; les
inconvénients
que peut offrir cet instrument lorsqu'on le fait servir àla déter¬
mination de la réfraction statique, inconvénients qui tien¬
nent à un défaut de relâchement de l'accommodation de la part du sujet, disparaissent dans la
recherche de la réfrac¬
tion dynamique où l'on deman le
précisément
ausujet
de développer son maximum
d'accommodation.
Deplus,
une disposition a loptée, dès le début par M.
Badal,
et qui, négligée dans la suite par le constructeur,avait fait
accuser l'instrument d'une défectuosité qu'il n'a jamais eue, permet de tenir pour toutes les
valeurs de
— uncompte
exact de l'acuité visuelle.
« Supposons, dit M. Bordier, que l'on
n'ait
pasenlevé
l'œilleton de l'optomètre, il y a
coïncidence
entrele foyer de
la lentille et le foyer antérieur de
l'œil, mais
cettecoïnci¬
dence n'existe que dans le cas où
l'œil n'accommode
pas : Si, en effet, l'accommodation se produit, l'œil augmentantde puissance dioptrique, son foyer
antérieur
serapproche de
la cornée. Dans ces conditions, un ototype donné dont la
vision nette correspond à une certaine
acuité
nefournira
plus sur la rétine uneimage constante; cette
image
seraplus
grande et l'on trouvera pour
la valeur du proximum
unnombretrop élevé : la mesure sera erronée.
» Supposons maintenant que
l'on ait
eusoin d'enlever
l'œilleton, lefoyer de la lentille de
l'optomètre coïncide alors
avec le centre optique de l'œil.
s.
» Ici, comme le centre optique ne se déplace pendant l'ac¬
commodation que d'une quantité très petite, la coïncidence
entre le foyer de la lentille et le centre optique persistera, et.
par suite l'image rétinienne fournie par un caractère de la plaque photographique conservera, malgré l'accommoda¬
tion, une grande constance.
)> On fera ainsi une mesure de proximum et par suite de
l'accommodation qui ne sera plus entachée de l'erreur pré¬
cédemment signalée.
» D'où la règle pratique : lorsqu'on veut déterminer l'am¬
plitude d'accommodation d'un œil à l'aide de l'optomètre, il
faut avoir soin de faire coïncider le foyer de la lentille avec
le point nodal de l'œil, et pour cela retirer l'œilleton placé à l'extrémité de l'optomètre (1). »
» Nous voilà donc en possession d'un excellent moyen de déterminer le Proximum, et ce moyen nous l'avons em¬
ployé à l'exclusion de tout autre. Notre préférence s'expli¬
que : nous avons déjà fait la critique du procédé dit clinique
dont s'était seivi Douders, et nous n'avons pas à y revenir.
Quant au procédé qui consiste à faire passer une série de
verres concaves devant l'œil placé à cinq mètres d'une
échelle optométrique et que certains auteurs appellent « Mé¬
thode de Donders », nous ne saurions en dire trop de mal;
le savant physiologiste d'Utrecht eût pris garde de s'en servir
pour déterminer le Proximum, et il suffirait de songer à ses célèbres travaux sur les rapports de l'accommodation et de
la convergence pour ne point commettre une telle hérésie.
(1) Archivesd'Ophtalmologie,septembre 1894.
CHAPITRE IV
I
I
En procédant, comme il vient d'être dit, M. Fromaget a pu
déterminer l'amplitude d'accommodation chez 408 lycéens.
Voici le résultat de ses recherches, qui ont déjà fait l'objet
d'une communication à la Société d'ophtalmologie de Bor¬
deaux :
Les408 élèves observés se répartissent en :
Hypermétropes 156
Emmétropes 179
Myopes 73
Les hypermétropies, dont étaient atteints les sujets, varient
de 1 D à 1,25 D; les myopies varient de 1 D à 4 D. Tous les astigmates et tous ceux dont 1 acuité visuelle, pour une raisonou pour une autre était mauvaise, ont été éliminés ;
c'est, du reste, une règle que nous avons toujours soigneuse¬
ment observée et notre conduite se passe de commentaires.
Lâge varie de sept àvingt et un ans. Jusqu'à dix ans on
— 28 —
n'a guère trouvé que des hypermétropes; ces résultats
vien¬
nent confirmerceux précédemment trouvés par M. Fromaget
en examinant les élèves de plusieurs écoles communales, et
aussi les résultats des nombreux examens de la réfraction
faits dans les écoles de beaucoup de pays : ils semblent
démontrer qu'à cet âge, l'hypermétropie est l'état normal de
l'œilqui, plus tard, sera myope ou emmétrope.
Toute cette partie de la courbe, de sept à dix ans, est donc
nouvelle, puisqueDonders n'avait commencé qu'à dix ans.
L'amplitude d'accommodation à sept ans est de 14,40 D;
elle va en décroissant très lentementjusqu'à dix ans où elle
n'est plus que de 13,80 D.
A. dix ans commence la courbe de l'emmétropie. Les
73 myopes sont tous de quatorze à vingt et un ans. Avant
treize ans o.i en trouve assez peu; à partir de cetâge leur
n ombre augmente à mesure qu'on s'élève dans lesclasses.
Pi. A \ < :H E 1
7ans 8 9 10 M 12 -13 M 15 16 17 18 19 20 21
•|—|—j--f—h Hypermétropie.
Emmélropie.
Myopie.
— 29 -
En jetant un coup
d'oeil
surles courbes tracées,
enprenant
la moyenne cle toutes
les amplitudes, il est facile de voir
que les trois états
différents de l'œil ont trois courbes bien
distinctes :
Lacourbe de l'hypermétropie légèrement convexe en
haut
de sept à dix ans ne tarde pas à
devenir
concave enhaut,
pour arriver à vingt ans et
demi
à10,36 D.
Lacourbe de l'emmétropie est inférieure; à
dix
anselle
se confond avec celle des hypermétropes ;mais
à mesure quel'état de réfraction nettement distinct se confirme, à mesure que l'élève travaille davantage,
la
1distance qui les sépare
augmente et àvingt ans et
demi —chez l'emmétrope n'est
plus que de 9,5 D ;
environ
1 Dde moins
quecelle de l'hyper¬
métrope.
Pour les myopes, la différence est encore plus
sensible
:la
courbe est de 2 D environ inférieure à celle des hypermé¬
tropes et de 1,20 D à celle
des
emmétropes.Nous ferons observer que les myopes examinés ne por¬
taient pas de verres, ou du moins ceux
qui
enportaient
étaient l'exception; et encore la prédominance, au
lycée, des
heures de travail sur les heures de liberté, les seules où l'on
eût fait usage des verres, permet-elle de ne
tenir
aucun compte du port de verres. Nous verronsplus loin l'impor¬
tance d'une remarquede cette nature.
On voit donc que depuis quatorze ans les trois
courbes
cheminent parallèles, décroissant dans les mômes propor¬
tions. Les différences sont considérables, malgré le faible degré des amétropies sur
lesquelles
on a opéré.Voici les chiffres exacts qui résultentdes moyennes et qui
ont servi à la construction des courbes :