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Rencontre avec Françoise Petrovitch, Lauréate du prix Guerlain

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Academic year: 2022

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Rencontre avec Françoise Petrovitch, Lauréate du prix Guerlain

par Marlène Pegliasco

Puisant sa source dans l'histoire de l'art, les personnages de Françoise Petrovitch vacillent entre passé et présent, entre figures ancestrales et miroirs contemporains. Thèmes classiques ou poses inspirées des grands maîtres, les sujets représentés témoignent d'un bel équilibre entre la ligne et la couleur.

Artiste pluridisciplinaire, elle explore les médiums comme autant de possibilités de développer son univers métaphorique, introspection fluide amenant à une gestualité tout en apesanteur.

Représentée par la galerie Semiose, Françoise Petrovitch a participé à de nombreuses expositions en France et à l'international.

Présente dans plusieurs collections privées, cette artiste sensible et délicate nous a accordé une interview quelques jours avant l'obtention du Prix Guerlain.

Marlène Pegliasco : Françoise Petrovitch, pourriez-vous nous parler de votre parcours ?

Françoise Petrovitch : J'ai suivi des cours en arts appliqués mais dessiner est ce que j’ai fait le plus dans ma vie.

Instinctivement, j'ai toujours senti que c'était ça que je voulais faire. J’ai commencé par le dessin et la gravure et puis la peinture est arrivée un peu simultanément. Puis, pendant 10 ans, je n’ai plus peint et j’ai fait de la sculpture et du dessin.

Mais tout part du dessin

M. P. : Peintre, sculptrice, vidéaste: quelle est la place du dessin dans votre création ?

F. P. : J’ai l’habitude de dire que le dessin est le moteur, tout démarre avec un dessin. La vidéo commence avec un dessin, la sculpture, c'est le territoire d'un dessin, un dessin monumental. C'est le dessin qui donne la ligne, le cadre qui pose les couleurs. Il est un tout.

M. P. : Qu’est ce qui vous inspire dans votre création ?

F. P. : Je traite de personnes, d'êtres sans pouvoir, comme affaiblis. Des femmes, de jeunes personnes ou des animaux qui sont vus comme des proies. On est dans une représentation d’êtres tout en fragilité et en résistance. De ces êtres se dégage une forme d’abandon, de solitude. Ils sont assez seuls. Ils peuvent parfois dialoguer avec d'autres mais cela

demeure très intériorisé. Un bel exemple avec le dessin du tournesol qui pleure. Cette fleur tournée vers le soleil est repliée sur elle-même, comme si elle s'excluait du monde ou si on l'en avait exclue.

M. P. : Avez-vous une prédilection pour les grands formats ?

F. P. : J'aime beaucoup les grands formats. Je travaille également des formats plus petits mais je prends plus de plaisir à travailler les grands formats. Tout d'abord, j'ai un atelier qui me le permet. Je travaille au sol, un exercice complexe car c'est assez chorégraphique et je n'ai pas de recul donc aucune correction n'est possible. C’est un travail qui se fait dans le moment, dans l'action. Il y a également un acte physique de la création, un engagement à la fois corporel et cérébral. Mais une fois la création finie, j'arrive à m'en détacher.

M. P. : Comment expliquez votre travail et votre pratique ?

F. P. : Mes sujets sont figuratifs et les poses sont assez hiératiques, classiques. Je mélange des portraits du XVIe siècle à d'autres contemporains. L’homme et ses sentiments ne changent pas. Avec les siècles, certains ressentis, certaines

émotions sont les mêmes. Les attitudes de mes personnes ont quelque chose d'arrêté. Je ne les situe pas dans un contexte, avec un décor et des détails qui feraient de mes œuvres un art du bavardage. Il n'y a ni discours social ni politique. Cette décontextualisation permet un rapport frontal entre le spectateur et l'œuvre. Le reste ne compte pas. Je laisse à peine entrevoir un détail qui permet de se rendre compte que le sujet est contemporain afin que cela fasse écho aux gens de manière intime.

D'un point de vue technique, l'encre est ce que j'affectionne le plus ainsi que les techniques d'eau comme l'aquarelle. Cela permet des pleins et des déliés, parfois ça m'échappe, j'en perds le contrôle.

M. P. : Comment en tant qu’artiste vous avez vécu le confinement, la pandémie et les expositions sans foule ni spectateur ?

F. P. : À la sortie du confinement, j'avais réalisé une série « les Aveuglés ». C'était une manière de formaliser ce monde qu'on n'arrivait pas à voir. On ne sait pas si on découvre un monde avec de nouvelles possibilités ou est-ce qu’on veut se cacher la face ? Ensuite, j'ai beaucoup travaillé pour préparer l'exposition de la Villa Savoy, un projet préparé depuis trois ans mais qui a dû s'arrêter. C'est très frustrant toute cette création, cette projection d’où rien n'en sort. C'est difficile, les artistes plasticiens ont besoin de cette visibilité. On en parle pour les arts vivants avec les chorégraphes et les gens du spectacle mais on a tendance à oublier que nous, les artistes, avons besoin du regard des autres, des visiteurs. On a besoin de leurs regards sur nos œuvres, de leurs réactions, de leurs émotions. La création ne nous appartient pas. Elle nous échappe pour être possédée par d'autres.

M. P. : Quel sont vos projets ?

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F. P. : Je travaille sur une série nommée « Cinémascope ». Ce sont des portraits en format cinéma, très horizontal, des gros plans, des portraits purs afin de créer un face à face avec le spectateur. Je prépare également une exposition en Suisse pour cet été au Château de Gruyère et à la Galerie C à Neuchâtel pour octobre 2021 et également une exposition collective au Musée de Vevey.

M. P. : Qu'elle fut votre réaction à l'annonce de votre nomination pour le Prix Guerlain?

F. P. : Je suis très contente, ravie, car c'est un grand prix. Je le suis de manière attentive depuis ses débuts, je regarde les nominés et les lauréats. Le prix Guerlain est un prix de confirmation, qui vient honorer un artiste en pleine carrière. Son ouverture à l'international et la pertinence des sélectionnés lui donne une place singulière dans le monde du dessin. Je me sens honorée de cette nomination.

29 mar. 2021

#Guerlain #Dessin

copyright: Saint Sébastien (Zurbarán), 2019 lavis d’encre sur papier, 80 x 120 cm. Courtesy Semiose, Paris. ©A. Mole.

copyright: Étendu, 2018 lavis d’encre sur papier, 160 x 240 cm. Courtesy Semiose, Paris. ©A. Mole.

copyright: All rights reserved

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copyright: Fumeur, 2019 lavis d’encre sur papier, 160 x 120 cm. Courtesy Semiose, Paris. ©A. Mole

copyright: Fumeur, 2019 lavis d’encre sur papier, 160 x

120 cm. Courtesy Semiose, Paris. ©A. Mole

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copyright: Herbier, Sans titre, 1994 collage et crayon de couleur sur papier, 21 x 21,4 cm. Courtesy Semiose, Paris. ©A. Mole

copyright: Françoise Pétrovitch dans son atelier ©Hervé Plumet (Courtesy Sémiose, Paris)

copyright: Adolescent, Ballet du Nord, Roubaix, 2019

Photo : Frederic Iovino Courtesy Semiose, Paris

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