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Laurane Guyomard Séminaire Aspects du 22013333 classicisme hollywoodien Exercice 2 : La notion de « hard work » dans

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Laurane Guyomard Séminaire Aspects du

22013333 classicisme hollywoodien

Exercice 2 :

La notion de « hard work » dans 42nd Street (1933) de Lloyd Bacon

42nd Street (1933) de Lloyd Bacon, en dépeignant l’histoire d’un metteur en scène sur le déclin trouvant la force de monter une dernière comédie musicale, illustre parfaitement l’importance du « hard work ». En effet, cette notion inhérente à la comédie musicale hollywoodienne classique, qui consiste à valoriser le travail dur et pénible aux yeux du spectateur, est figurée ici principalement à travers le parcours de deux personnages du film, celle de Julian Marsh, l’intransigeant metteur en scène, et celle de la jeune débutante, Peggy Sawyer, qui après des semaines de travail, devient la vedette du show.

Alors qu’il joue sa carrière avec le spectacle qui est en train de se monter, Julian Marsh, le metteur en scène, se montre particulièrement sévère avec ses danseurs ; étant l’instigateur de ce projet, c’est lui qui donne à ses équipes le rythme de travail à suivre, et celui-ci s’avère particulièrement soutenu, voire inhumain. Cet appel à travailler toujours plus est présent dès le début du film, lorsque Marsh rencontre les danseurs qui viennent d’être sélectionnés. Grave, il leur annonce que dès le lendemain, et pendant cinq semaines jusqu’au soir de la représentation, ils devront répéter sans cesse ; tous leurs jours et toutes leurs nuits devront être consacrées à la répétition du spectacle, jusqu’à ce que leurs pieds ne puissent plus les porter. « Vous savez que ça va être difficile. Ça va être les cinq semaines les plus difficiles que vous ayez jamais vécues » déclare t-il d’emblée aux danseurs. Le programme réservé aux artistes est effrayant, mais cela est présenté comme un mal nécessaire, par lequel il faut passer, afin de mieux savourer la victoire finale – la réussite du spectacle. Durant les nombreuses séquences de répétition, les jeunes artistes se font constamment disputés par le metteur en scène, qui, excédé par ce qu’il considère être de la médiocrité, n’hésite pas à interrompre les numéros pour leur demander de recommencer. Même lorsque Dorothy, la vedette du show, montre une parfaite maîtrise de son art pendant les entraînements, Marsh n’exprime toujours pas de satisfaction, se contentant de ne rien dire au lieu de s’énerver. Face aux signes de fatigue évidents des artistes, plusieurs personnages lui suggèrent d’octroyer des pauses à son équipe, mais Marsh ne les écoute pas, refusant catégoriquement un arrêt des répétitions avant que le spectacle ne soit parfaitement au point ; en brusquant son équipe pour la forcer à ce qu’elle donne le meilleur d’elle- même, Marsh apparaît comme tyrannique, se montrant aussi exigeant avec ses girls qu’il ne l’est avec lui-même. Même si aux yeux des spectateurs, les chorégraphies semblent bien exécutées, ce n’est jamais assez pour le metteur en scène.

De son côté, la jeune débutante, Peggy, ne rejoint pas la troupe par son talent ou son acharnement, mais par un heureux hasard. Elle s’entraîne tranquillement auprès de danseurs plus expérimentés, mais se fait rappeler à l’ordre par le chorégraphe, qui attend plus de travail et d’implication de la part des danseuses. Une séquence de répétition en particulier est montrée comme s’inscrivant dans un temps long ; en effet, on peut voir les danseurs sur scène depuis les coulisses, puis un plan sur une horloge, raccordé par un fondu enchaîné. Cette horloge, ensuite en surimpression sur des plans montrant les pieds puis sur les corps fatigués des danseurs, symbolise les longues heures que chacun passe à travailler durement à la réussite du spectacle. Malgré ces longues heures et la

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fatigue qui s’accumule, le chorégraphe décide d’augmenter le tempo, ce qui conduit la jeune Peggy, exténuée, à faire un malaise. Cet événement conduit à ce que les danseurs et le chorégraphe arrêtent de danser pour apporter de l’aide à la jeune femme, mais Marsh la fait immédiatement évacuer, demandant à tout le monde de continuer à répéter, comme si de rien n’était. Alors qu’elle reprend ses esprits, Peggy, encore fébrile, semble avoir intégré les valeurs de travail de Marsh, car elle cherche immédiatement à se lever pour aller rejoindre la répétition. Elle travaille de plus en plus dur, jusqu’à ce qu’elle doive remplacer Dorothy, la vedette du show, qui s’est blessée à quelques heures de la représentation. Malgré son inexpérience, son dur labeur est récompensé par le succès du spectacle, et par un succès amoureux. Le parcours de Peggy met ainsi en évidence le mythe du rêve américain ; elle peut être perçue comme un modèle pour le spectateur car elle montre qu’il est possible de se hisser aux plus hautes positions du show business en raison du « hard work » qu’elle a mené. Même si le personnage relève aussi du mythe de la « perle rare », car elle est choisie de façon assez miraculeuse pour devenir une star et que cette carrière nécessite des prédispositions extraordinaires, Peggy véhicule le fait que le succès soit à la portée de tous, par le fruit d’un travail acharné, auquel le spectateur peut s’identifier. En faisant l’apologie du travail et du mérite, le film encourage donc les spectateurs en la possibilité de voir leurs rêves s’accomplir s’ils travaillent durement pour y parvenir, tout en conservant un aspect magique et merveilleux, car la jeune femme apparaît comme magiquement destinée à être l’élue à cette place de nouvelle vedette. Ce succès atteint du jour au lendemain par la jeune femme encourage le spectateur à avoir foi en son destin et à sa capacité à s’en sortir, alors que le film est sorti à l’époque de la Grande Dépression.

Ce contexte est par ailleurs important à prendre en compte pour la mise en scène du « hard work » dans le film. Par exemple, lors d’une répétition, un même plan montrant des jambes de danseuses en pleine répétition apparaît plusieurs fois à l’écran en surimpression, si bien qu'avec le mouvement incessant des personnages, on a du mal à distinguer précisément l’image, donnant presque un sentiment d’abstraction. Cette suite de plans, ainsi qu’un autre, vu des coulisses, qui montre les femmes en rang les unes à côté des autres effectuer des mouvements de jambes de façon parfaitement synchronisée, peut faire penser aux mouvements des tiller girls, que le théoricien Siegfried Kracauer assimilait aux mouvements géométriques des machines industrielles dans L’Ornement de la masse, qui participaient à effacer l’individualité des danseuses au profit du collectif, dans une perspective de valorisation de l’idéologie capitaliste. D’autres auteurs ont contribué à lire 42nd Street comme une façon d’encourager le capitalisme auprès du public, car les personnages doivent travailler dur pour donner corps à un produit rentable financièrement. Par exemple, dans son article « Entertainment and Utopia », Richard Dyer identifie les numéros musicaux du film comme l’aboutissement rêvé recherché par tous les spectateurs à l’issue de leur dur travail, et Mark Roth, dans « Some Warners Musicals and the Spirit of the New Deal » théorise un lien entre le film et le New Deal du président Roosevelt, en privilégiant la figure du metteur en scène, représentation d’un leader charismatique autour duquel se rassemble la société.

Dans 42nd Street, le monde du spectacle est donc perçu en grande partie sous l’angle du travail acharné et du sacrifice de tout épanouissement personnel au profit de la préparation du spectacle. Il faut laisser de côté tout problème personnel car le spectacle doit continuer. Le film encourage, par le

« hard work », à s’oublier individuellement au profit du collectif, car le succès de la troupe et du spectacle doit passer avant tout succès personnel. Cependant, 42nd Street parvient à euphoriser les spectateurs, car les artistes qui auront su s’effacer derrière la cause collective en faisant preuve de résilience et de persévérance pourront être récompensés par le succès du spectacle, comme le montre la trajectoire du personnage de Peggy. La jeune femme cristallise tous les espoirs de la population de

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l’époque, celle de voir son dur labeur justement gratifié, voire d’atteindre le plus haut niveau de reconnaissance sociale, s’il s’en donne les moyens. Les spectateurs peuvent donc s’identifier facilement au travail de longue haleine des personnages, et sont alors récompensés par le ballet final de 42nd Street, particulièrement entraînant et euphorisant grâce aux chorégraphies de Busby Burkeley, d’autant plus efficaces qu’ils connaissent désormais le prix de ce fabuleux numéro. Le film agit donc comme un moyen pour le spectateur de garder espoir et de le réconforter pendant la période difficile qu’est la Grande Dépression.

Références :

- BEURÉ Fanny, That's Entertainment!: Musique, danse et représentations dans la comédie musicale hollywoodienne classique, Presses de l'université Paris-Sorbonne, collection « Monde anglophones:

Americana », 2019.

- DYER Richard, « Entertainment and utopia », Only entertainment, London, New York, Routledge, 1992.

- KRACAUER Siegfried, L’ornement de la masse. Essai sur la modernité weimarienne, Paris, La Découverte, collection « Théorie critique », 2008.

- ROTH Matt, « Some Warners Musicals and the Spirit of the New Deal », The Velvet Light Trap, n°17, 1977.

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