VI. VALEUR PROTIDIQUE
DE CERTAINS ALIMENTS AFRICAINS
ÉTUDE DE LA VALEUR PROTIDIQUE DE TROIS ESPECES
DE HARICOTS AFRICAINS :
NIÉBÉ, VOANDZOU ET DOLIQUE
J. ADRIAN
Centre de Recherches sur la Nutrition, C. N. R. S., Bellevue (Seine-et-Oise).
Le manque de
protéines qui
sévit dans toutel’Afrique
demeure un soucimajeur
des
responsables
de cesrégions.
Si la situation peut être aisément améliorée dans les centres urbains ou industria-
lisés,
il n’en est pas de même des contréesrurales, qui
bénéficienttoujours plus
diffici-lement des
progrès économiques.
Dans ce cas, le kwashiorkor devra être combattuprincipalement
par une amélioration desproductions agricoles,
soit par introduction de nouvellescultures,
soit pardéveloppement
des cultures actuelles lesplus
intéressantesaux
dépens
desplus
médiocres.A l’heure
actuelle,
de nombreux travaux rapportent lacomposition biochimique
des aliments de base de la ration africaine.
Cependant
ces résultats demeurent insuffisants pour déterminer avec exactitude la valeur alimentaire réelle desprotéines.
On connaîtun
grand
nombred’exemples (soya, arachide,
blancd’oeuf, etc...)
pourlesquels
la valeurprotidique
est fortement influencée par les traitementsindustriels,
notamment dans lecas des
légumineuses.
C’est ce
qui
nous a incité à étudier la valeurprotidique
de troislégumineuses
afri-caines couramment consommées dans toute la zone
subtropicale.
Ils’agit
des échantillons suivants :- un voandzou
(Tloandzeia subterranea) ;
- un
dolique (Dolichos lablab) ;
- un niébé
(Vigna unguiculata) ;
/qui proviennent
tous duSénégal.
A titre de référence nous avons utilisé un haricot blanceuropéen (Phaseolus vulgaris)
récolté dans larégion parisienne.
Nous avons déterminé la valeur
protidique
de cesgraines, après cuisson,
à l’aided’un certain nombre de
techniques
in vitro ou in vivo.RÉSULTATS
a)
Détermination de la valeurprotidique
moyenne des haricots.Les résultats obtenus
figurent
dans le tableau 1.L’équilibre
en aminoacides de cesprotéines
est caractérisé par un très fort déficiten méthionine dont la teneur varie de
1,50 %
dans le niébé à0,65 %
chez ledolique.
Dans tous les cas cet acide aminé constitue le facteur-limitant de l’efficacité
protidique.
Par
ailleurs,
cesprotides
renferment des taux élevés delysine,
allant de6,75 % (niébé)
à
plus
de8,0 % (haricot blanc).
En
conséquence,
cesprotides pourront parfaitement supplémenter
lesproduits
céréaliers
qui
constituent la base de l’alimentation africaine. Mais leur valeurprotidique,
conditionnée par le déficit en
méthionine,
est assez variable selon lesespèces,
la classechimique
du niébé étant de 43 et celle dudolique
de 19.Ces différences se retrouvent dans les
expériences
sur animaux. Eneffet,
si on fournità des rats une ration
équilibrée
mais contenant comme seule source d’azote desprotides
de haricots au taux uniforme de 9
%
et que l’on mesure la croissance des animaux onconstate des écarts considérables entre les
gains
depoids
des différents lots. D’une part, troisgraines
assurent une certaine croissance del’animal,
le niébé se classant entête,
suivi du voandzou et du haricotblanc;
d’autre part ledolique
sedistingue
nettementdes autres haricots par le fait
qu’il
ne peut assurer ni lacroissance,
ni même le besoin d’entretien du rat.En se
plaçant
donc sur leplan
de laqualité protidique
ledolique
serait à abandonnerau
profit
degraines
comme le niébéqui
se révèlentbeaucoup plus
intéressantes.Si,
parailleurs,
on établit un bilan azoté avec cesanimaux,
la rétention azotée nefournit pas des résultats
superposables
à ceux obtenus avecl’expérience
de croissance.C’est -à-dire que la valeur alimentaire
globale
de ces haricots nedépend
pas exclusivement de leur valeurprotidique.
Ce
phénomène
est mis en évidence si l’onexprime
les valeurs de croissance et de rétention azotée en pourcentage du résultat leplus
élevé :Valeur alimentaire globale Rétention azotée
Niébé ... 100 74
Voandzou ... 73 100
Haricot blanc ... 52 71
Dolique
...- 49
La
digestibilité protidique
a été mesurée in vitro et in vivo. Ladigestibilité
in vivon’est en rapport ni avec la
qualité protidique
de lalégumineuse,
ni avec le taux d’indi-gestible glucidique
de lagraine. Cependant,
on peut admettre que chez l’animal ladigestibilité
azotée des quatrelégumineuses
est à peuprès
semblable : le C.U.D.étant de 76 dans le meilleur cas
(dolique)
et de 65 dans le cas leplus
défavorable(voand- zou).
Par
ailleurs,
le taux d’azotedigestible
mesurée in vitro est très différent du résultat obtenu chezl’animal,
et pour ledolique
et le voandzou il est bien inférieur au C.U.D.azoté.
D’après
les essaiseffectués,
ces deuxgraines
ne renferment pas de facteur anti-digestif
thermolabile et la structure de l’amidon n’intervient pas dans ladigestibilité protidique
in vitro. Par contre, la médiocredigestibilité
du voandzoupourrait
être rat-tachée à son faible
pouvoir
degonflement
au cours dutrempage
des haricots.En
définitive,
bien que tous les tests choisis pour mesurer la valeurprotidique
deslégumineuses
ne fournissent pas un classementidentique
desharicots,
en se basantsur la valeur alimentaire
globale
et le coefficient de rétentionazotée,
il estpermis
deconclure que le niébé et le voandzou sont
égaux
ousupérieurs
au haricot blanceuropéen
tandis que le
dolique
lui est très nettement inférieur et devrait être abandonné auprofit
de
légumineuses plus
intéressantes sur leplan
nutritionnel.b) Influence
des traitementsthermiques
sur la valeur alimentaire etprotidique
des haricots.Nous avons mesuré le comportement des haricots au cours des traitements ther-
miques
en les soumettant à une cuisson à l’eaupendant
une heure et demie ou en les auto-clavant 20 ou 40 minutes à 120°. Les résultats
principaux figurent
dans le tableau 2 où l’on accorde la valeur 100 aux données fournies par la cuisson laplus
modérée et oùl’on
exprime
en pourcentage de ces valeurs les résultats obtenus par la cuisson laplus
forte.
En ce
qui
concerne la valeur alimentaireglobale,
mesurée par la croissance de l’ani-mal,
ondistingue
deslégumineuses
très sensibles auchauffage,
tels le haricot blanc et leniébé,
tandis que la valeur de voandzou n’est pasparticulièrement
affectée par un excès dechauffage.
Si,
d’un autrecôté,
on observe lesrépercussions
du traitementthermique
surl’inges-
tion d’azote et le bilan azoté il
apparaît
que lesprotéines
dudolique
sont lesplus
ther-mosensibles tandis que celles du haricot blanc par
exemple,
le sont relativement peu.Dit en d’autres termes, l’évolution de la valeur alimentaire
globale
du haricot n’est pasobligatoirement
fonction des transformations de sa valeurprotidique.
C’est ainsique la diminution de la valeur
protidique
du haricot blanc n’estresponsable
que pour1 /3
de l’effrondrement de sa valeur alimentaire
globale.
On constate même une
opposition
entre les deuxévolutions,
comme, parexemple,
dans le cas du voandzou pour
lequel
un excès dechauffage
valorise sesprotéines
et tendà diminuer sa valeur
globale.
Cependant,
pour d’autresharicots,
ledolique
et leniébé,
les modifications de la valeur alimentaire sontimputables
essentiellement à une chute de la valeurprotidique
du haricot.
En ce
qui
concerne la nutritionafricaine,
on peutsouligner
que leslégumineuses sénégalaises
sont moins sensibles aux traitementsthermiques
que le haricot blanc euro-peén,
elles sont à la fois moins valorisées ou moinsendommagées
par des variations de cuisson.En
conclusion,
il estpermis
de classer le niébé et le vandzou commesupérieurs
au haricot blanc
européen.
Ces deuxgraines présentent
donc sur leplan
nutritionnelun intérêt certain dans la lutte