PRODUCTION LAITIÈRE DES BREBIS PRÉALPES DU SUD PENDANT LES PHASES D’ALLAITEMENT, DE SEVRAGE
ET DE TRAITE
G. RICORDEAU, R. DENAMUR
P. PETREQUIN
Statiou de Recherches sur
l’Élevage,
Station de Recherches dePhysiologie
animale,Centre national de Recherches
zootechniques, Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise).
SOMMAIRE
La
production
laitière des brebisl’réalpes
a été étudiée au cours desphases
successives d’allaite- ment, de sevrage et de traite( 1 6 lots
et 250lactations).
I. - La connaissance de la
production
laitière des Brebis traitesquelques jours après
la mise basa
permis
de déterminer la lactation de référence. Celle-ci se caractérise par unephase
croissante(
50
premiers
jours de lactation aumaximum)
suivie d’unephase
décroissante, l’ensemble couvrantune
période
d’environ 175jours.
Le maximum est peu élevé
( 1 , 25 litre)
et se situe en moyenne à 25jours (tableau
3). Il estd’autant
plus précoce que
son niveau estplus
élevé.Du 5oeau r5oe
jour
de lactation, le taux de décroissance hebdomadaire de laproduction
laitièreest de 7 p. ioo
(tableau 4 ).
La
production
laitière obtenue au cours de chacun des 2premiers
mois de lactation représente25p. ioo de la
production
totale obtenue en 175jours
de traite.II. - La
phase
croissante de la lactation des brebis enpériode
d’allaitement a été étudiéechaque
semaine, par pesée des agneaux avant etaprès
la tétée.Pour les brebis avec i et 2agneaux, en moyenne, le maximum se situe
respectivement
à 10 et1
6
jours
et atteint 1,7 et 2,3kg (soit
une différence de 3ç p. zoo-tableau3 ).
III. -
Quel
que soit le mode de sevrage(brutal
ouprogressif —
tableau 8), le nombred’agneaux
élevés
(tableau
9), la durée de lapériode
d’allaitement( 15 , 30
ou 45jours
-tableauio), la production
de lait obtenue à la traite,
après
lapériode
d’allaitement est(à l’exception
des 2premières
semaines)pour la même
période
de lactation, tout à faitcomparable
enquantité
etpersistance
à laproduction
des brebis soumises à la traite dès la mise bas.
IV. - La comparaison des performances enregistrées à la traite et à la tétée entre la fin d’allaitement et le début de la traite dans le cas d’un sevrage brutal, entre
périodes
successives de traite et de tétée dans le cas d’un sevrageprogressif,
montre que la traite ne permet d’obtenir que 60 à 80 p. roo du lait normalement tété par
l’agneau (tableau
II). La différence[lait
tété - laittrait]
est en corrélationpositive
élevée avec la irede ces variables et en corrélationlégèrement
néga-tive avec la seconde ; elle
dépend
du poids des agneaux, sauflorsque
ceux-ci sont suffisamment vigou-reux pour consommer tout le lait que leur mère est
capable
deproduire.
Il existe effectivement une relation
positive
entre lesquantités
de lait obtenues à la traite et celles consommées par les agneaux, mais ces dernières n’ontqu’une
valeur relative et ne peuvent êtreintégrées
sans correction dans le calcul de la lactation totale.Pour être efficace, il apparaît nettement que la sélection des brebis
exploitées pour leur produc-
tion laitière doit reposer essentiellement sur les performances obtenues à la traite.
V. -
L’adoption
du sevrageprogressif
nesupprime
pas la rétention du lait consécutive au sevragecomplet
des agneaux mais permet de commencer la traite un peuplus
tôt (le lait de la traitepartielle
étantcependant plus
pauvre en matière grasse - tableau 13) et surtout de diminuer les ris- ques de mammites notamment chez les brebis ayant allaité 2 agneaux.Immédiatement
après
la traite en cours de sevrageprogressif,
l’agneau estcapable
derécupérer
une
quantité
de lait représentant 3 ! p. ioo du volume de lait trait ; enremplaçant
la tétée del’agneau
par une traite effectuée
après injection
de 1l-Id’ocytocine,
on obtient 62 p. 100de ce même volume(tableau
I,1).La présence de l’agneau, lors des traites réalisées en cours de sevrage ne permet pas d’obtenir
une meilleure
vidange
de la mamelle (tableau 14).INTRODUCTION ET BIBLIOGRAPHIE
Dans
quelques régions d’élevage
intensif(en Allemagne
notamment avec lesbrebis
Milck!chaf)
les brebis sontséparées
de leurs agneaux dès la mise bas et sou-mises au même
régime
de traite que les vaches laitières. Aucontraire,
dans toutes lesrégions méditerranéennes, productrices
de lait debrebis,
la lactationcomprend
traditionnellement 3
périodes
successives :- la
période d’allaitement ;
- une
période
intermédiairecorrespondant
au sevrage des agneaux ;- la
période
de traite.Ces trois
phases
ont des durées et des modalités différentes suivant lapart
réservée à laproduction
du lait et à laproduction d’agneaux.
Elles ont faitl’objet
d’un certain nombre d’études dont voici l’essentiel.
i. - Période d’allaitement
La
production
laitière des brebispendant
cettepériode
a été estimée par de nombreuxchercheurs,
surplusieurs
races(exploitées
ou nonexploitées
pour leurproduction laitière)
et à l’aide detechniques
assez voisines(cf. RicoRD!!u, Bocc!xD, D
ENAMUR
, ig6o).
De l’ensemble desrésultats,
ilapparaît
que le maximum deproduc-
tion
journalière
est atteint au cours des 4premières
semaines de lactation. Le ni-veau de
production, l’âge
etl’importance
del’agnelée
influencentcependant
la courbede lactation.
Niveau de
Production
BONS M
A
( 1939
et1944 ),
WALLACE( 194 8),
BAR-.!,ICOAT,LOGA N ,
GRANT( 1949 )
et STaRx!
( 1953 )
constatent que pour des brebis de mêmeâge,
les faiblesproductrices
allaitant i agneau,
atteignent
leur maximum dès lespremiers jours post-partum,
alors que laproduction
laitière des fortesproductrices augmente
en moyennejusqu’à
la
4 e
semaine de lactation. STARKE( 1953 )
et BONSMA( 1944 )
àpartir
de croisements entre races médiocres laitières(Mérinos
et BlackheadPersian)
et racesmeilleures
laitières
(Romney,
Border Leicester ou Dorsethorn)
arrivent même à la conclusionsuivante : l’absence d’un maximum de
production journalière
est unecaractéristique
des races non améliorées.
Cependant,
HUNTER( 195 6)
n’observe pas de différence dans le staded’apparition
du maximum deproduction
en fonction du niveau deproduction (brebis
Border Leicester et WelshMountaill).
A ge :
Les résultats obtenus sont très
fragmentaires
et nepermettent
pas d’observer l’allure moyenne des lactations pour des brebis de mêmeproduction,
maisd’âges
différents. Ainsi BARNICOAT et aL.
( 1949 )
constatent que des brebisRomney
de 6 ansont une
production
laitièresupérieure
de 15 p. Ioo à celle des brebis de 2 ans. Ces2
catégories
de brebisprésentent
des courbes de lactation différentes : laproduction
laitière des brebis adultes est croissante de la Ire à la 5e
semaine,
alors que pour lesjeunes brebis,
le maximum atteint dès la Ire semaine se maintient au cours des 4se- maines suivantes.Importance
deL’agneLée :
Les bessonnières ont en moyenne une
production
laitièresupérieure
de 37 p. 100 à celle des brebis allaitant dessimples (tableau I ).
Leurproduction
maximumjour-
nalière est nettement
plus
élevée et se situe dans l’ensembleplus précocement :
BA RNI C OA
T et
al., ( 195 6),
HUNTER(1956),
DAVIES(1958),
GUYER et DYER(1954),
WAl!ACE
( 194 8).
Les contrôles effectués par ces derniers auteurs sur des brebis allaitant destriplés indiquent
un maximum trèsélevé,
mais aussi une décroissance trèsrapide
de laproduction
laitière dès la 2e semaine de lactation.Ainsi
l’agnelée
a une influence dominante sur l’allure des courbes de lactation et War,!,ACE( 194 8)
conclutlogiquement
que le maximum deproduction journalière dépend plus
del’appétit
des agneaux que del’aptitude
laitière réelle de leur mère.En outre, les agneaux des brebis adultes n’allaitant
qu’un
agneau(ou
des meil-leures
laitières)
ne consomment pas tout le laitproduit,
cequi
conduit à ,sous-estimer la
production
laitière des mères au cours de laphase
initiale d’allaitement.Suivant BARI!ICOAT et
ral.,
cette sous-estimation est, en 3 semaines de io et 40p. 100respectivement
pour les brebis de 2 et 6 ans.2
. - Période de sevrage
La
plupart
des études relatives à la détermination de laquantité
de lait consom-mé par les agneaux concernent des brebis non soumises à la traite.
Aussi,
l’influence du sevrage des agneaux sur laproduction
laitière de leurmère,
n’a-t-elle faitl’objet
que d’un nombre restreint d’observations.
Cependant,
elles s’accordent toutes pour constater que le passage de l’allaitement à la traite se traduit par une chute de pro- duction. Frrrci( 1957 )
estime parexemple
que l’utilisation dupremier
contrôlelaitier en vue de l’évaluation de la
production
laitière obtenue à l’allaitement anté- rieurement à cecontrôle,
sous-estime de 32 p. 100 laproduction
de lait réellement consommée par les agneaux. Pour GEORGIOU( 1 96 0 )
la différence observée entre les 15 derniersjours
d’allaitement et les z5premiers jours
de traite(sevrage
à 60jours)
n’est que de m p. 100pour les brebis avec i agneau, contre 22p. 100pour les besson- nières. Les résultats de cet auteur ne sont
cependant
pasparfaitement concluants,
car les bessonnières de race Chios et
Mytilènes
citées par GEORGIOU ont desperfor-
mances laitières
pendant
l’allaitement inférieures à celles des brebis avecsimples.
En ce
qui
concerne les traites effectuées enpériode d’allaitement,
CONSTAKTI-NESCU et GONDOS
( y j8)
montrent que les agneaux doiventtoujours
êtreprésents
àla traite ou téter une moitié de la
mamelle, sinon,
on ne retire que 60 à 75 p. 100 du lait et 40 à 50 p. 100 de la matière grasse dans la moitié traite. CIOI,CAet aL.(ig6o)
constatent
également
que la tétée des agneauxaprès
unepériode
de 24 heures de traitepermet
derécupérer 3 8
p. IOO de laproduction
totalejournalière.
Si on compare les
performances
laitières obtenues à la traite et à latétée,
nonplus
sur despériodes
successives delactation,
mais pour une mêmephase,
on constateaussi que la tétée est
plus
efficace que la traite. De la confrontation desproductions
laitières de 2 groupes de 10brebis
Leine,
lespremières
traites manuellementdepuis
la mise
bas,
les secondes allaitant leur agneaux, ScHEiNACKER( 1927 )
conclut quela
production
des brebis traites est inférieure de 40 p. ioo à celles des brebis allai- tantes, ces dernières ayantcependant
uneplus
courte durée de lactation.3. - Période de traite
Cette
période
commence dès la mise bas pour les brebis de Frise orientale ouaprès
lespériodes
d’allaitement et de sevrage pour les brebis desrégions
méditérra-néennes.
En ce
qui
concerne les brebisMt7sc/ M /,
nousdisposons
de nombreux résultatssur les
productions
laitières totales(SCHEIXGRABER,
1934 ;CREMER,
1935 ; EBBIN- GHAUS, 1949 ;BmTK!M!, 195 2).
Par contre, les références concernant les courbes de lactation n’existent pas à notre connaissance. Il estparadoxal
de constater que les données que nouspossédons
sur la variation de laproduction
laitière avec le stadede lactation concernent les brebis A 7,!,asi et
Tsigaï :
données obtenues dans des condi-tions
particulières, puisque
FINCI( 1957 )
retientuniquement
les lactations de brebisn’ayant
pas allaité leur agneaupendant plus
de 15jours,
alorsqu’OG NJ ANOVIC (
195
8)
se réfère à des traitesrépétées chaque quinzaine
au cours des 2 ou 3premiers
mois d’allaitement. Les résultats de ces deux auteurs sont
rapportés
dans le tableau 2.Pour les brebis
méditerranéennes,
le mode de sevrage,l’âge
des brebis et le nombred’agneaux allaités,
sontsusceptibles
d’avoir desrépercussions
sur laproduc-
tion laitière à la traite. Certains auteurs ont
essayé
de déterminer l’influence de cesdifférents
facteurs ;
- mode de sevrage : les résultats sont peu
significatifs
par suite de l’insuffisance des données(KIRSCH,
1943, 17 brebis en 3lots)
et d’un sevragetrop
tardif(P OSPELOV ,
I940
, sevrage à 150
jours).
-
importance
del’agnelée :
les travaux de MASONetD ASSAT , (zg 53 )
Ar,rxnxD!xet DAVIES
( 1959 )
fontapparaître
nettement que lesperformances supérieures
desbessonnières ne se manifestent que
pendant
lapériode d’allaitement, lorsque
la brebisélève effectivement ses 2 agneaux.
-
âge : parmi
les nombreuses études réalisées surl’augmentation
de laproduc-
tion laitière avec
l’âge,
celles de CREMER(rg 35 ),
B!TTm( 1952 ),
MASON et DASSAT(1953),
BONELLI( 1955 ),
FiNCi( 1957 ),
MEREU( 1957 ), O GNJANO VI C ( 195 8)
s’accordent à situer le maximum deproduction
par lactation au niveau de la 3elactation ;
l’accrois-sement de
production enregistré
au cours des lactations suivantesétant,
soitnégli- geable,
soit discutable par suite de l’élimination d’ungrand
nombre de brebis. Enfait,
lesperformances enregistrées
ne sont pas toutescomparables,
les unes concernantla traite sur toute la
lactation,
les autres tenantcompte
de l’estimation deproduction
laitière initiale
correspondant
à l’allaitement(estimation
basée sur le résultat dupremier
contrôle laitier ou des traites effectuéesaprès
tétée desagneaux).
Comme nous pouvons le constater à la suite de ce bref
rappel bibliographique,
la
production
laitière des brebis enpériode
d’allaitement a faitl’objet
de nombreusesinvestigations
mais lesperformances
des brebis soumises à la traite n’ont pas été étudiéessystématiquement.
Les résultats obtenus dans des conditionsparfois
très différentes et sans faire la distinction entre les
périodes d’allaitement,
de sevrage et detraite,
ne sont pas suffisammentcomparables.
Il nous a paruimportant
d’étudierla
production
laitière au cours de chacune de ces troispériodes
en vue :1
° de normaliser le contrôle des
performances
et définir lesparamètres
de pro-duction
laitière permettant augénéticien d’entreprendre
une sélectionplus
efficace.2
° de fournir au
physiologiste
des observations luipermettant
de poser correcte- ment lesproblèmes
de laphysiologie
de la traite des brebis.ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
Afin de déterminer la
production
laitière des brebisPréalpes
au cours desphases
successives
d’allaitement,
de sevrage et detraite,
ainsi que les relations existant entre cesperformances,
nous avons étudié laproduction
laitière des brebis dans les condi- tions suivantes :1
° Allaitement
depuis
laparturition;
2
° Traite dès la
parturition;
3
° Allaitement de durée constante, suivi de la
traite, après
différents modes de sevrage(sevrage
brutal ouprogressif);
4°
Allaitement de durées variables( 21 ,
30 et 45jours)
suivi de la traiteaprès
une même
technique
de sevrage.Nous ne nous étendrons pas sur les résultats relatifs au
point
i, c’est-à-dire aucontrôle de la
quantité
de lait consommé par les agneauxpendant
unelongue période
de la lactation. De tels contrôles sont difficiles à réaliser et les
performances qu’ils permettent
d’obtenir sont peureprésentatifs.
Eneffet, après quelques
semaines d’allaitement les agneauxacquièrent
leurindépendance
alimentaire et les mères sedérobent. Les
quelques
courbes de lactation obtenues dans ces conditions etrapportées
à la fin de cette étude
(graphique 7 )
se caractérisent toutes par une faiblepersistance.
On
peut
évidemmentenvisager
le maintien de la sécrétiongrâce
à d.esadoptions
successives comme cela a été fait avec succès chez la ratte
(B RUCE , I9 6 I ).
Une telletechnique
ne manque pasd.’intérêt,
maisrisque
deprésenter
de sérieuses difficultéspratiques
et de ne pas être suffisammentsimple
etrépétable
pour servir de référence.Les brebis soumises à la traite dès la mise bas ont des
productions
laitièresqui
ne sont pas
perturbées
par laprésence
des agneaux, ou lerégime
de sevrage. La lactation obtenue dans ces conditionspeut
donc être choisie comme référence.A. --MATÉRIEL ET MÉTHODE
r. - îlatériel
Les brebis laitières de race
Préalpes,
utilisées pour nosexpériences,
ont été logées dans 2bergeries
du Centre national de Recherches
zootechniques (l’une
située àJouy-en-Josas,
l’autre à la ferme deBrouessy)
et réparties en 16 lots. Ces lots dont lescaractéristiques
sont données dans les différentstableaux, se
distinguent
par les conditions de sevrage et de traite ainsi que par le nombre d’agneauxà la naissance.
Deux méthodes de sevrage ont été
appliquées :
le sevrage brutal et le sevrageprogressif.
Dansle
premier
cas, on passe de l’allaitement à la traite sans transition. Dans le second cas, les brebis allaitent leurs agneauxpendant
la nuit(de
18 h à 6 h) et sont traites une seule fois parjour (à
i8h)pendant
les 14jours
précédant le sevrage complet. Suivant les lots, le sevrage progressif a commencéaprès
r4, zr ou 42jours d’allaitementcomplet ;
il atoujours
duré 2 semaines.Presque
toutes les brebis ont été maintenues en bergeriedepuis l’agnelage jusqu’à
la fin de la lactation. Elles ont été soumises en moyenne, au mêmerégime
alimentaire, les bonnes brebis dissé- minées dans les différents lotsn’ayant
reçu aucunesuppléfnentation
en fonction de leur niveau deproduction.
Le taux de féconditié moyen observé a été de 145agneaux pour 100mères ayant mis bas.
250
lactations ont été
analysées.
II. - Méthodes d’obtention de la production laitière
( 1 )
Pendant l’allaitement :
L’estimation de la
quantité
de lait consommée par les agneaux a été obtenue par pesée desagneaux avant et
après
la tétée suivant une méthodeprécédemment
décrite : pesées toutes les 2 oug heures sur une
demi-journée (RrcoxDEau,
BoccnxD, DENAMUR, ig6o).Pendant La traite :
La traite est
pratiquée
deux fois parjour,
soit à la main, soit à la machine (lescomparaisons
effectuées en 1957et 1958 entre ces deux modes de traite n’ont révélé aucune
différence).
Dans les 2
bergeries, pendant
le sevrage progressif, commeaprès
le sevrage définitif, la traite mécanique (Machine à traire Alfa Laval à Brouessy, Gascoigne àJouy-en-Josas)
est suivie d’un égouttage machine, puis d’unégouttage
manuelappelé
« repasse ». Lesquantités
de lait récoltées lors de la traitemécanique
et de la repasse ont étéenregistrées quotidiennement.
Pendant le sevrage
progressif :
Pour mesurer la
quantité
de lait consommée par les agneaux en r2 heures on effectue 7pesées à2heures d’intervalle, la
première,
se plaçant immédiatementaprès
la fin de la « repasse manuelle ».(i) Dans l’analyse des performances, nous n’avons pas abordé l’aspect sanitaire qui a fait l’obiet d’une étude spéciale (PLŒnIET, RicoxDEnL, r96o).
III. - lléthodes
analytiques
En i9!8, !
lots
ont été suivis dupoint
de vue richesse en matière grasse (Gerber) :analyses
hebdomadaires des échantillons
pondérés
des 2traitesquotidiennes.
En 1959, les laits de
mélange
du sevrageprogressif
ont étéanalysés
en vue d’obtenir la teneur en matière grasse(gerber),
la teneur en matières azotées totales(Iijeldahl)
et le temps decoagulation (présure
2p. 100), à partir deprélèvement quotidiens.
B. - RÉSULTATS
I. - Traite dès la
fcn
de laphase
eolostvale - Lactatiotz deréférence
Cette étude concerne 126 lactations
enregistrées depuis 195 6
àpartir
de 8 lots.Sur ces
lactations,
27 seulement ont une duréesupérieure
à i5ojours.
Pour toutes ces
lactations,
la traite commence auplus
tardaprès
5 ou 6jours
d’allaitement. Le fait de ne pas avoir soustrait les agneaux de leur mère dès la nais-
sance
(ou
d’avoir maintenu constamment les brebis dans la mêmebergerie,
enprésence
d’autres brebis allaitant leurs
agneaux)
est une sourcepossible
de variation. Une étude est actuellement en cours pour élucider ceproblème,
mais il semble biend’après
lespremiers
résultatsobtenus,
que laséparation
des agneaux à la mise bas et l’isolement desmères,
ne modifientpratiquement
pasl’adaptation
des brebis à la machine à traire.1
0 Ph!tse croissante
La
production
laitière totale au cours de laphase
initiale de la lactation résulte essentiellement de 2paramètres :
- le niveau
correspondant
au maximum deproduction ;
- le stade
auquel
est atteint ce maximum.Pour atténuer les variations
journalières,
laproduction
maximumcorrespondant
à
chaque
lactation a été calculée sur 2jours
consécutifs de contrôle. Les résultats obtenus pour les 2catégories
de brebis(avec
1 et 2 agneaux à la misebas)
ont étéclassées par numéro de lactation
( 1er ,
2e, 3eetplus).
En cequi
concerne les besson-nières,
nous avonsnégligé
lesperformances
despremières traites,
pour ne retenir que le maximum intervenant normalementaprès
laphase d’adaptation
à la traite.Production maximum
journalière (Tableau
3a).
- Laproduction
maximum esten moyenne de 1,25 litre pour l’ensemble des
données ;
elleaugmente légèrement
avecl’âge
des brebis et estplus
élevée chez les bessonnières maisuniquement
pour leslactations adultes
( 1 , 55
contre 1,30litre).
Stade
auquel
est atteint le maxivvaum. - Ce stade se situe en moyenne à 2jjours ;
il
apparaît plus précocement
pour les brebis adultes et pour les bessonnières. C’est ainsi que dans lacatégorie
de brebis avec i agneau, lepourcentage
d’animauxayant
atteint leur maximum à 20jours
est de 21 en 1er, 33 en 2eet 43 en lactation adulte.Au
3 6 c jour
delactation,
cespourcentages
sontrespectivement
de74 , 8 7
et 100. Avecles
bessonnières,
ces valeurs sontlégèrement supérieures.
Pour lamajorité
desbrebis,
la
phase
croissante est doncdéjà
terminée dès le début du 2e mois delactation ;
elledépasse
rarement le 5oejour
pour la totalité des brebis.Relation entve la
production
maximum et le stadeauquel
elle intervient. - Il existe une corrélationnégative
entre ces 2variables(r = - 0 , 3 8
pour les 86 brebis avecsimples
et r =-o,39pour les 40bessonnières).
Eneffet,
pour les brebis excellenteslaitières,
le maximum est trèsprononcé
et se manifeste très tôt(entre
6 et 2ojours),
alors
qu’il n’apparaît
pas avant 40jours
pour les médiocres laitières.Après
5°jours,
toutes les courbes de lactation tendent à serapprocher (graphique z).
Ces résultats rendent difficiles la recherche d’une
expression mathématique
de la
phase
initiale de la lactation etexpliquent pourquoi
l’utilisation dupremier
contrôle laitier vers 35
jours,
en vue de l’estimation de laproduction
laitière anté-rieure,
conduit à sous-estimer lesperformances
des meilleures laitières.2
° Phase décyoissante.
Les 50
premiers jours
de lactation(période i)
couvrent, comme nous venons de levoir la totalité de la
phase
d’accroissement de la sécrétion laitière.Du 5oe au iooe
(période 2 )
et du jooe au r5oejour
de lactation(période 3 )
onpeut
admettre valablement une décroissance linéaire(graphique i). D’ailleurs,
les coefficients hebdomadaires depersistance
diminuentlégèrement
avec le stade de la lactation( 0 , 937
et 0,920pour lespériodes
2et 3respectivement,
tableau4 ).
Si l’on considère les contrôles
mensuels,
les coefficients CP 312, CP 4/3, etCP 5/4
(rapports
entre lesproductions de
2 moisconsécutifs)
sontrespectivement
de7 8,
72et y p. ioo : valeurs
comparables
à celles des brebisTsigaï (OGx J:!:!omc),
mais nette-ment inférieures à celles des Awasi
(FiNci)
tableaux i et 4. 3° Relations entre les
performances
obtenues au cours desdifférentes phases
de la lacta- tion deréférence.
En calculant la
production
laitière totale obtenue à la traite dans les 175premiers jours
delactation,
on constate(comme
pour les brebis Awasi etTsigaï)
que les brebisPréalpes
arrivent àproduire
en moyenne 25 p. 100de leurproduction
au cours dechacun des 2
premiers
mois de lactation(tableau 4 ).
En
fait,
au-delà du r5oejour
de lactation laproduction
laitière obtenue est rela- tivement très faible. Onpeut
doncnégliger
la « queue » de la lactation et calculer les relations existantes entre lesproductions respectives
des 3périodes
de 50jours (P
l
, P 2 , P 3 ),
laproduction
totale des i5ojours (P!),
laproduction
maximumjourna-
lière
(M j ),
la chute deproduction
de la 2e à la 3epériode (P 2 - 3 )
et le coefficient depersistance
hebdomadairecorrespondant
à l’ensemble despériodes
2 et 3(CP !+!).
Les résultats obtenus sont inscrits dans le tableau 5.
La
production
laitière initiale estiméed’après M!
etP l
est en liaison étroite avecla
production P 2 , 3 correspondant
à laphase classique
de traite(r
=0 ,6 4 - 0 , 72 ),
mais surtout avec Pt
(r
=0 ,8 2 - 0 , 01 ).
I,a corrélation entre les
performances enregistrées
au cours de 2périodes
consé-cutives, P l
etP 2 , P 2
etP 3
est de l’ordre de0 ,8 0 .
La
production
totale Plest conditionnéeplus
étroitement par le niveau maximummum
M j (r
=0 ,8 2 )
que par lapente
de la lactationP 2 - 3 ( y
=0 ,6 3 ).
Le calcul des corrélationspartielles
entre Pl etMi
d’unepart,
Pt etP 2 - 3
d’autrepart,
le3 e
facteur étant maintenu constant, montre que le coefficient de détermination de laproduction
totale Pt à
partir
du niveau maximum1!h
est de4 6
p. 100 alors que celui correspon- dant à larégression P 2 _ 3
estpratiquement
nul. Pour améliorer Pt, il semble doncbeaucoup plus
efficace d’améliorerM,
que de chercher à réduire la chute deproduction
laitière en cours de lactation. Cela est d’autant
plus
valable que le maximum deproduction
est unparamètre
certainementplus
héritable que lapersistance.
Le coefficient de
persistance
hebdomadaireCP 2 . 3
est en corrélationlégèrement négative
avec lesperformances
initialesP l (r
= —0 , 30
),
maisindépendant
de laproduc-
tion totale. On obtient d’ailleurs le même résultat en
remplaçant
ce coefficient par lesimple rapport
entre lesproductions
des 2e et 3epériodes (P 2:3 ) ’
Il est doncpossible
de calculer un taux de décroissance(ici, régression
hebdomadaire de 7 p.100 ) indépendant
du niveau deproduction
total et de construire des courbesthéoriques
de lactation. On sait que chez les
bovins,
les travaux de BRODY etal.,
GAINES etal,
I,!ROy( t 93 i, 1 93 6),
ont abouti à la détermination de courbes du même genre, traduisant une diminution mensuelle constante de 10 p. 100 de laproduction
de laità
4 p. ioo de matière grasse.II. - Production laitiève
Pendant
l’allaitementPour les
sept premières semaines,
nousdisposons
de8 4
lactations : 43 de brebis allaitant i agneau, 41 allaitant deux agneaux.Les contrôles hebdomadaires ne
permettent
pas d’estimer laproduction
maximum
journalière
avecbeaucoup
deprécision.
Ils donnentcependant
des résul-tats
plus
exacts que ceux déduits des courbes moyennes de lactation : le maximum observé étant inférieur de 2 à 300 g au maximumcalculé,
comme onpeut
s’en rendrecompte d’après
l’examen du tableau 3 et dugraphique
2.Production maximum
(tableau 3 b).
- Pour les brebis avec i et 2 agneaux, le maximum estrespectivement
de 1,71 et 2,3okg,
soit une différence de 34 p. 100.De la ieà la 2e
lactation,
on observe un accroissement de 10à 20p. 100 pour les deuxcatégories
debrebis,
mais aucune différence n’existe entre les 2eet les lactations adultes.Stade
auquel
intervient laproduction
maximum. — Pour les brebis avec i ou avec 2agneaux, le maximum se situerespectivement
à 10et 16jours.
Avec le numéro de
lactation,
on n’observe aucune variation sensible. Parailleurs,
il n’existe pas de corrélation entre le niveau maximum et le stadeauquel
il intervient.
Courbes moyennes d’évolution de la
production
laitière. - Il existe en fait desdifférences dans l’évolution de la
production
avec le stade de lactation. Enregroupant
les données des 2e lactations et des brebis « adultes !·
( 3 e lactations,
enmajorité),
on obtient les courbes moyennes du
graphique
2.Pour les brebis en Ire
lactation,
élevant i et 2 agneaux, leurproduction présente
une évolutionparallèle (maximum
ày -z8 jours)
mais atteint un niveau différent.Les bessonnières en 2eet 3elactation ont un maximum élevé et
précoce (i 4 e jour),
alors que pour les brebis du même
âge,
n’allaitantqu’un
seul agneau, la courbe moyenne de lactationplafonne
durq e
au 35e(2o jours
enmoyenne).
Ces évolutions de la
quantité
de laittété, qui
confirment les observations deBAR!ICOA’r et al.
(rg 4 g), peuvent s’expliquer
à la fois par lapossibilité
des agneauxjumeaux
de téter tout le lait de leurmère,
et par la meilleureaptitude
laitière de cette dernière en 2P et 3elactation.Il
importe également
desouligner
que si les bessonnièresproduisent
en moyenne, au cours des 6premières semaines,
37p. 100de lait deplus
que les brebis allaitanti seul agneau
(tableau i)
cettesupériorité
est constante etégale
à 34p. 100du ioeau4 o
e
jour
de lactation pour lesantenaises,
alorsqu’elle
décroît de 45 à 27 p. 100 aucours de la même
période,
pour les brebis en 2eet 3elactation.Pour les 6
premières semaines,
l’accroissement deproduction
laitière de la ireà la 2e lactation est
respectivement
de 22 et 18 p. 100 pour les brebis allaitant i et 2 agneaux. Ces résultats sontcomparables
à ceux de BARXicoAT et al( 1949 , 195 6),
STARKE(1953)
GEORGiou(ig5o).
Laplus grande part
de cet accroissement doit être attribuée à la brebis et non aux agneaux ;l’augmentation
dupoids
à la naissancedu ierau 2e
agnelage
étant relativementfaible (3,!
à 4,zkg
pour les agneauxPréalpes simples
-6, 2
à6, 4 kg
pour lescouples
dejumeaux).
III. - Péyiode de traite succédant à l’allaitement.
Influence
des
différents facteurs zootechniques
suv laquantité
de lait com111erct’alisée.Le passage à la traite intervient dans l’ensemble à un stade voisin du maximum de la
production
laitière. Lesperformances
obtenues au cours despremières
traites nepeuvent cependant
être rattachées à laphase
croissante de lalactation,
car elles tra- duisent essentiellementl’adaptation
de la brebis aurégime
de sevrage ou de traite.r. Mode de sevrage.
a)
Phase initiale de traite.sevvab>e bvutal.
Les
performances
laitières obtenues au cours de laphase
initiale d’allaitement sontsupérieures
à cellesenregistrées
à la traitedepuis l’agnelage,
mais cette amélio-ration
disparaît après
le sevrage. Eneffet,
au bout dequelques jours,
laproduction
des brebis ayant allaité i ou 2agneaux s’effondre au niveau de la lactation de référence.
Entre la dernière semaine d’allaitement et la Ire semaine de traite
complète,
lachute est en moyenne de
3 6 5
g pour les brebis avecsimples
et de60o
g pour les besson-nières,
soitrespectivement
27 et 34 p. 100 du lait tété( 1 ) (tableau 6).
Au cours des 2 semaines consécutives au sevrage, l’évolution de la
production
laitière
journalière
se traduit par une diminution suivie d’une remontée avant la décroissance normale : laproduction
de la 2e semaine de traite est doncapproxima-
tivement
équivalente
à celle de la iresemaine. L’existence d’unephase
croissante au cours de la 2esemaine résulteprobablement
de lasuppression
du stressprovoqué
par le sevrage et del’adaptation progressive
des brebis aurégime
de traite.(i) Comme le sevrage se situe au début de la phase de décroissance de la lactation, on doit corriger l’importance de cette chute en tenant compte d’une régression hebdomadaire du niveau de production d’environ
7p. 100. La différence corrigée entre lait tété et lait trait (au même stade) n’est plus alors que de 22et 30 p. 100
respectivement pour les brebis avec i et 2agneaux.