P. HERPIN
INRA Station de Recherche.s
porcines
Saint-Gilles 35590L’Hermitage
Bases métaboliques
et physiologiques
de l’acclimatation du porcelet au froid
Chez les homéothermes, le maintien de la température interne résulte
d’un équilibre entre la production de chaleur par l’organisme
(thermogénèse) et
sadissipation dans le milieu ambiant (thermolyse).
Présent chez la plupart des mammifères, le tissu adipeux brun
a unrôle majeur dans la thermogénèse. Le porcelet, quasiment dépourvu de
cetissu,
a
développé des mécanismes de production de chaleur originaux.
Au cours des dernières
décennies,
l’intensifi- cation de laproduction porcine
s’est manifes-tée par une
augmentation
de la taille des ate-liers,
de la densité d’animaux dans les bâti-ments et par la
généralisation
del’élevage
sursol nu. De
plus,
la réduction de l’étatd’engrais-
sement, par voies
génétique
etnutritionnelle,
aaccentué la sensibilité du porc à son environne- ment
thermique. Lorsque
latempérature
ambiante est
suboptimale,
l’activation de la fonction dethermorégulation
a des consé-quences
zootechniques
etéconomiques
défavo-rables, s’exprimant principalement
en termesde mortalité chez le
jeune (10%
desporcelets
meurent au cours des 3
premiers jours
devie)
et de réduction de l’efficacité alimentaire chez le porc en croissance.
De nombreuses études
qualitatives
ont biencaractérisé les voies de la
thermolyse
en fonc-tion des divers
paramètres
de l’environnementclimatique (Mount 1968). Parallèlement,
desapproches quantitatives
ontpermis d’analyser
les
conséquences
d’un environnement thermi- que défavorable sur le métabolismeénergétique
et les
performances
de croissance du porc. Parailleurs,
les mécanismes fondamentaux mis enjeu
dans larégulation
de lathermogénèse (substrats utilisés,
localisation et mécanismesbiochimiques
deproduction
dechaleur,
hor-mones
impliquées),
mal connusjusqu’à pré-
sent, ont récemment faitl’objet
deplusieurs études,
à la fois auxPays-Bas (Verhagen 1987),
en
Grande-Bretagne (Heath
1978, Cheah et al1985)
et en France(Herpin 1988),
améliorantainsi les connaissances sur la
biologie
du por- celetplacé
dans un environnement froid.Dans la
majorité
de ces travaux, leporcelet âgé
de 5 à 8 semaines,pesant
entre 10 et 20kg,
a été choisi comme modèle d’étude de la fonc- tion de
thermorégulation, compte
tenu de satrès
grande
sensibilité au froid et de l’absencequasi-totale
de tissuadipeux
brun dans cetteespèce.
Présent chez tous les mammifèreshibernants,
ce tissu existe pourtant chez laplu-
part des autres mammifèreshoméothermes,
étant
plus particulièrement développé
chez leRésumé
_________________________Les manifestations
métaboliques
d’uneexposition
au froid et leursconséquences
sur la croissance du
porcelet
sontprésentées
etanalysées
en termes de méca-nismes mis en
jeu
dans larégulation
de lathermogénèse.
Lesapproches
zoo-techniques, biochimiques, endocrinologiques
etbioénergétiques
sont successive- ment abordées.L’acclimatation du
porcelet
à unetempérature
basses’accompagne
d’une aug-mentation de la
dépense énergétique (production
dechaleur)
et nécessite unaccroissement de la
prise alimentaire ;
en alimentationrationnée, l’exposition
aufroid
s’accompagne
d’une réduction desperformances.
Les effets du froid sur lacomposition corporelle
varient en fonction des conditions d’alimentation.Le rôle clé des
lipides
et du tissuadipeux
blanc(captation, synthèse, stockage
etmobilisation des acides
gras), déjà suggéré
par les résultatszootechniques,
estdémontré par l’étude des enzymes de leur métabolisme
(lipoprotéine lipase, lipo- génèse, lipolyse), suggérant
uneaugmentation
du débit de renouvellement des acides gras au froid. Le rôleénergétique
desglucides
est aussiimportant.
Auplan endocrinologique,
les catécholamines et les hormonesthyroïdiennes
appa- raissent comme les effecteurs essentiels de lathermogénèse
au froid.En l’absence de
quantités
notables de tissuadipeux brun,
le muscle semble unsite
privilégié
d’utilisation etd’oxydation
des acides gras libérés par le tissu adi- peux. Ils’y développe
eneffet,
outre lefrisson,
des mécanismesspécifiques
dedissipation
de chaleur(découplage partiel
des mitochondries du muscle rhom-boïde,
stimulation de la pompe Na’ /K’-ATPase du muscleintercostal) qui
contri-buent efficacement au maintien de la
température corporelle.
nouveau-né
(enfant, lapin,
veau,agneau)
etchez certains rongeurs
(rat, souris).
Il se distin-gue du tissu
adipeux
blanc de réserve par sa couleur brune(liée
à la richesse encytochrome
de ses
adipocytes),
par laprésence
de nom- breuses mitochondries etgouttelettes lipidi-
ques, et par une innervation et une vascularisa- tion très
développées.
Il estprincipalement
localisé dans la
région interscapulaire,
lelong
des gros vaisseaux et à
proximité
des organes essentiels.L’importante quantité
de chaleurproduite
par ce tissu lors del’oxydation
desnutriments
apportés
par le sang,contribue,
parson association avec le
système circulatoire,
au réchauffement de toutl’organisme.
L’objet
de cet article est de faire lepoint
desacquisitions
récentes sur les mécanismes et larégulation
de lathermogénèse
chez leporcelet.
Après
une brèveprésentation
des études à caractèrezootechnique,
nous aborderons les aspectsbiochimiques (métabolismes lipidique
et
glucidique), endocrinologiques
etbioénergé- tiques (mécanismes
cellulaires deproduction
de
chaleur),
ensoulignant
lacomplémentarité
de ces différentes
approches.
1 / Réactions du porcelet
à l’exposition
aufroid
Comme tous les
homéothermes,
le porcplacé
en dessous d’une certaine
température
main-tient sa
température
centrale constantegrâce
àun
grand
nombre de réactionsphysiologiques
conduisant à la fois à une
augmentation
de lathermogénèse
et à une réduction de la thermo-lyse.
La réduction de lathermolyse
met enjeu
des réactionscomportementales (regroupe-
ment,
posture),
autonomes(piloérection,
vaso-constriction
périphérique)
etmorphologiques (animaux plus compacts) qui
s’associent pour diminuer les pertes de chaleur. Eneffet,
ces dif- férentes réactions contrôlent à la foisl’augmen-
tation de l’isolation
thermique
de l’animal et laréduction de sa surface
d’échange
avec lemilieu
ambiant,
deuxparamètres
essentiels de l’intensité de lathermolyse
au froid. Ainsi, àtitre
d’exemple,
les pertes de chaleur d’un por- celet de 3kg placé
à unetempérature
de 20&dquo;C,sont 40 à 50 %
plus
élevées s’il est seul que s’il est maintenu au sein de laportée (Mount 1968).
Seuls les facteurs relatifs àl’augmenta-
tion de la
thermogénèse
seront abordés ici.1.
1
/ Notion de température critique
Les relations entre
température ambiante, production
de chaleur ettempérature
corpo- relle sontprésentées
sur lafigure
1. La zone deneutralité
thermique
est l’intervalle detempéra-
ture
auquel correspond
unethermogénèse
minimale.
Lorsque
latempérature
est inférieureà la
température critique
inférieure(Tci),
l’ac-croissement des pertes est
compensé
par uneaugmentation équivalente
de laproduction
dechaleur
(Mount
1974, Noblet et Le Dividich1982).
Latempérature corporelle
est ainsimaintenue constante : c’est la
thermogénèse chimique qui
s’effectue auxdépens
des syn- thèses deprotéines
et delipides,
et, en consé-quence, des réserves
corporelles
chez l’animalen croissance.
L’optimisation
desperformances
enélevage porcin
intensif a conduit de nombreuseséquipes
à déterminer cettetempérature critique
inférieure ainsiqu’à
identifier ses facteurs de variation :l’âge,
le stadephysiologique,
lepoids,
l’isolationthermique
del’animal,
la taille du groupe, le niveau alimentaire et les facteurs de l’environnement. A titred’exemple,
la
figure
2représente schématiquement
lesinfluences
respectives
de la teneur enlipides corporels
et de laprise
alimentaire sur la tem-pérature critique
duporcelet
de la naissancejusqu’à l’âge
de 9 semaines. La Tci du nouveau-né, alors
dépourvu
delipides
de réserve, estvoisine de 34&dquo;C. Elle diminue
progressivement
avec
l’âge
pour atteindre 24&dquo;C à trois semaines.Au sevrage, la
thermogénèse
est limitée par la faiblequantité
d’alimentingérée,
tandis que la mobilisation des réserveslipidiques, précédem-
ment constituées, réduit l’isolation
thermique
tissulaire : la Tci augmente ainsi de 2 à 4’C. A
partir
d’une semaineaprès
le sevrage,l’aug-
mentation de la
thermogénèse,
associée à celle desquantités
d’alimentingérées,
entraîne une diminutionprogressive
de la Tci de 1 à 2°C par semaine(Le
Dividich1981). ).
1.z
/ Effets du froid
surle métabolisme
énergétique
De nombreux travaux ont été consacrés ces
dernières années à l’étude des aspects nutri-
tionnels, thermiques
et aux interactions entre latempérature
ambiante et la nutrition chez leporcelet
sevré, afin de définir les conditionsoptimales
de sevrage. En maintenant des porce- lets à différentestempératures,
leurs auteursont mis en évidence une
réponse classique
aufroid :
augmentations
de la consommationd’oxygène
et de laprise
alimentaire.a / Production
de chaleur
etprise
alimentaireLa stimulation de la
production
de chaleurest fonction des conditions
expérimentales choisies,
mais desaugmentations
de l’ordre de 50 % dans des conditions modérément froides(10&dquo;
C contre 25°C)
sontgénéralement
rappor- tées. Ladépense supplémentaire d’énergie
nécessaire au maintien d’une croissance identi- que au froid et à la neutralité
thermique peut
être estimée à 21
kJ
parkg
depoids
métaboli-que et par
degré
en dessous de la Tci(Le
Divi-dich et al
1980).
Les valeurs duquotient respi-
ratoire reflètent une
augmentation
de l’utilisa- tion deslipides
au froid(Noblet
et Le Dividich1982,
Herpin 1988),
confirmée par les données decomposition corporelle,
ledépôt protéique
n’étant par contre que peu ou pas affecté par la
température
ambiante(Fuller
1965, Close et al1978).
L’augmentation
de laprise
alimentaire duporcelet
sevré, nourri à volonté et élevé au froid, a étésignalée
par de nombreuseséquipes ;
elle serépartit
uniformément sur tout lenycthémère.
La consommation moyenne d’aliment passe de 90 g parkg
depoids
méta-bolique
à latempérature
de 35° C, àapproxima-
tivement 155 g par
kg
depoids métabolique
à10° C, avec des variations liées à la
composition
de la ration et à sa concentrationénergétique
etprotéique (Fuller
1965, Le Dividich et Noblet1986).
Nos travaux(Herpin
et al1987a),
enaccord avec ceux de Macari et al
(1983
a etb)
etde
Verhagen (1987),
montrent quel’augmenta-
tion de la
prise
alimentaire faitpartie intégrante
de lastratégie développée
par l’animalexposé
au froid pour subvenir à ses besoins
énergéti-
ques et, à ce titre, doit
toujours
êtreprise
encompte
dans les études dethermorégulation.
b / Croissance et
composition corporelle
L’augmentation
du métabolismeénergétique
du
porcelet exposé
au froid entraîne une dimi-nution de
l’énergie disponible
pour la crois-sance
lorsque
laprise
alimentaire est limitée par le rationnement(Fuller
etBoyne
1971,Verstegen
et al 1977,Herpin
et al1987a).
Ainsi,une réduction de 1&dquo; C de la
température
ambiante dans l’intervalle 28-18° C provoque
une diminution de la vitesse de croissance de
12
g/jour
chez desporcelets
de 20kg (Le
Divi-dich et Noblet
1982).
Par contre,lorsque
l’ali-Au
froid,
leporcelet
augmente
sa
consommation d’aliment
pour couvrir
ses besoins
énergétiques
accrus.Si
l’aliment
t estrationné,
la croissance estralentie
et l’état td’engraissement
tréduit.
ment est distribué à
volonté, l’augmentation
dela
prise
alimentaire estgénéralement
suffisantepour éviter un retard de croissance
(Macari
etal 1983a et
b, Herpin
et al 1987b).
L’influence de la
température
ambiante sur lacomposition corporelle dépend
essentielle- ment du niveau alimentaire(tableau 1).
Ainsi,en alimentation à
volonté,
les carcasses seraientplus
grasses au froid carl’augmentation
de laquantité
d’alimentingérée
excède le besoinsupplémentaire d’énergie (Verstegen
et al1985),
tandis que si le niveau alimentaire estégalisé
sur celui de témoins maintenus à lathermoneutralité,
l’étatd’engraissement
descarcasses est
réduit,
le froid entraînani une réduction de laquantité d’énergie
métabolisa- bledisponible
pour la croissance(Fuller
1965,Le Dividich et al
1987). Enfin,
pour un mêmegain
depoids journalier,
Le Dividich et al(1987)
et Lefaucheur et al(1989)
ne mettent enévidence aucun effet de la
température
ambiante sur
l’adiposité
des carcasses, alors queVerstegen
et al(1985)
estimentqu’elles peuvent
êtrelégèrement plus
grasseslorsque
les
porcelets
sont élevés au froid. L’acclimata- tion du porc au froid se manifeste aussi dans larépartition
de la masseadipeuse (davantage
detissu
adipeux sous-cutané)
et sur ledegré
d’in-saturation des
dépôts adipeux
sous-cutanés(pourcentage
d’acides gras insaturésplus élevé ;
Fuller et al 1974,Verstegen
et al 1985,Le Dividich et
al 1987).
2 / Métabolisme des nutriments
énergétiques
aufroid
De nombreux facteurs
régulent
l’utilisation des nutriments par les tissus : niveau d’activité du tissu, stimulationshormonales, disponibilité
en nutriments dans la
circulation,
fluxsanguin
arrivant aux tissus, activités et
régulations enzymatiques.
Les activitésenzymatiques
etmétaboliques
mesurées in vitropeuvent
doncêtre considérées comme
potentielles
etrepré-
sentatives des
capacités
maximales du tissu.Elles rendent compte de
l’importance
de telleou telle voie
métabolique
mais ne sont pas nécessairement des indicateursparfaits
de l’in-tensité du métabolisme in vivo.
2.
/ Lipides
Le rôle clé des
lipides
et du tissuadipeux
blanc lors de l’acclimatation au
froid, déjà
sug-géré
par les résultatszootechniques,
estconfirmé par l’étude des enzymes de leur méta- bolisme.
a /
Captation périphérique des
acides gras Lacaptation
destriglycérides sanguins
par les tissus est assurée par lalipoprotéine lipase (LPL) (Steffen
et al1978).
Cette enzymejoue
donc un rôleimportant
dans le contrôle dustockage
et del’oxydation
deslipides
par les tis-sus.
Chez des
porcelets exposés
à un froid chroni- que(12&dquo; C) pendant
3 semaines, l’activité de la LPL augmente dans les tissusadipeux
blancs(+
30 à 160%)
et dans le coeur(+
64%) (figure 3).
Lepoids
du coeur,qui
utilise essen- tiellement les acides gras pour son métabo- lismeénergétique,
est aussiplus important
chez leporcelet
élevé au froid. L’activité LPLcardiaque
totale est donc accrue de 84 % à12&dquo; C, reflétant ainsi
l’adaptation
de cet organe àl’augmentation globale
du métabolisme de l’animal. Dans le tissuadipeux blanc,
la stimu- lation de lacapacité
decaptation
destriglycé-
rides circulants peut entrer dans le cadre d’une mise en réserve transitoire de ces nutriments
énergétiques,
en vue de leurhydrolyse
futureen fonction des besoins.
b /
Synthèse de
novod’acides
grasLe NADPH,
indispensable
à lasynthèse
desacides gras, est le
plus
souvent enquantité
limitante dans la cellule. Selon Allee et al
(1971),
les enzymesproductrices
de NADPH,telles que
l’enzyme malique (EM)
et laglucose
6
phosphate deshydrogénase (G6PDH), peuvent
être considérées comme de bons indicateurs de l’intensité de la
lipogénèse
in vitro.La
lipogénèse
dans le tissuadipeux
et lefoie,
et ses facteurs de variation -
âge, régime,
heure de lajournée,
localisation duprélèvement -
ontainsi été étudiés par
plusieurs équipes,
maissans que la
température
du locald’élevage
nesoit
prise
en compte. Le statut nutritionnel de l’animal est alors apparu comme leprincipal
facteur
influençant
le taux delipogénèse.
Nos résultats mettent en
évidence,
chez lesanimaux acclimatés au
froid,
uneaugmentation
descapacités
desynthèse
d’acides gras danstous les tissus
adipeux
étudiés(figure 4),
etconfirment le rôle
prépondérant
du tissu adi-peux en tant que site
lipogénique
chez le porc,en accord avec les résultats de Mersmann et al
(1973).
Lacapacité
desynthèse
des acides gras par le foie n’estcependant
pasnulle,
et semblemême augmenter
légèrement
au froid.L’aug-
mentation des
capacités lipogéniques
du tissuadipeux blanc,
liée enpartie
à l’accroissement de la consommationd’aliment,
et donc del’ap-
port alimentaire deprécurseurs
deslipides,
tra-duit une
synthèse
accrue d’acides gras pour subvenir aux besoinsénergétiques
duporcelet.
L’augmentation
descapacités
decaptation
et desynthèse
des acides gras entraîne donc uneplus grande disponibilité
en acides gras dans les tissusadipeux
blancs duporcelet
acclimaté /au froid. En l’absence dequantités
notables de tissuadipeux
brun etcompte
tenu des faiblescapacités oxydatives
du tissuadipeux
blanc(Herpin
et al1987b),
le métabolisme des acides gras doit vraisemblablement être orienté versl’estérification, puis
vers le transfert dans les sites utilisateurs(muscle, foie...). Ceci suggère
l’existence d’unelipolyse
accrue dans le tissuadipeux
blanc.c /
Lipolyse
Les mesures in vitro de l’anabolisme et du catabolisme des
lipides
dans le tissuadipeux
de porc, et en
particulier
l’étude de la stimula- tion hormonale de lalipolyse
par les catéchola- mines, sont utiliséesdepuis
de nombreusesannées pour mieux
comprendre
le métabolisme in vivopendant
la croissance.La sensibilité du tissu
adipeux
aux catéchola-mines est à son maximum chez les
porcelets
lesplus jeunes, puis
elle tend à diminuer avecl’âge
entre 45 et 150jours (Mersmann
et al1976).
Le taux delipase hormono-sensible, qui
réalise lapremière étape
del’hydrolyse
des tri-glycérides,
suit une évolutionparallèle (Steffen
et al
1978).
Parailleurs,
Curtis etRogler (1970)
ont montré que dès
l’âge
de 2jours
leporcelet
est
capable
de mobiliser des acides gras enréponse
à uneexposition
aufroid, malgré
desréserves
lipidiques
peuimportantes.
In vitro, lescapacités lipolytiques
et notamment la sen-sibilité et l’intensité de la
réponse
du tissu adi-peux blanc à la noradrénaline sont accrues
chez les
porcelets
acclimatés au froid(Herpin 1988).
Ainsi, la noradrénaline à la concentra- tion de 10!M, multiplie
la valeur basale de lalipolyse
par 6 aufroid,
au lieu de 4 chez lestémoins. C’est à notre connaissance, le seul résultat concernant la
lipolyse
in vitro du tissuadipeux
duporcelet exposé
au froid.Cepen- dant,
certains résultats laissaientprésager
unetelle
réponse.
Ainsi, Whittemore et al(1978)
ont mis en évidence l’existence d’une mobilisa- tion
plus
aisée des réserveslipidiques pendant
la
période
post-sevrage et Le Dividich et al(1980)
une diminution de ces réserveslorsque
la
température
ambiante baisse.L’augmenta-
tion de la
lipolyse
induite par la noradrénalineest donc un maillon
important
dans le méca-nisme de l’acclimatation au froid. A cet
égard,
Horn et al
(1973) comparant
leporcelet
et lemarcassin ont montré que la
supériorité
descapacités thermorégulatrices
du marcassinpouvait
être enpartie
liée à laplus grande
acti-vité de la
lipase
hormono-sensible.Lors d’une
exposition chronique
aufroid,
onassiste donc à une stimulation
générale
des dif-férentes voies du métabolisme
lipidique suggé-
rant une
augmentation
du débit de renouvelle- ment des acides gras. Par son rôle decaptation,
desynthèse,
destockage
et de mobilisation des acides gras, le tissuadipeux
blanc occupe uneplace
centrale dans les mécanismes de l’accli- matation au froid. Saréponse
accrue aux caté- cholamines permet la fourniturerégulière
desubstrats
lipidiques
pourl’oxydation
en fonc-tion des besoins
énergétiques
duporcelet.
Ilreste à
préciser
lesprincipaux
sitesd’oxydation
de ces acides gras.
2.
2 / Glucides
a / Activités des enzymes du métabolisme
glucidique
Compte-tenu
del’importance
desglucides
dans le maintien de la
température pendant
lapériode néo-natale,
les effets d’uneexposition
au froid sur le métabolisme
glucidique
ont étéprincipalement
étudiés chez le porc nouveau-né. Ainsi, s’il semble admis que les activités des enzymes de la
glycolyse
et ducycle
des pentoses sedéveloppent rapidement
et ne limi-tent pas le catabolisme du
glucose
au cours despremiers jours
de vie, l’existence d’unegluco- néogénèse
efficace dès la naissance resteencore
sujette
à controverse(Swiatek
et al1970,
Pegorier
et al1982).
Par contre, lesquel-
ques résultats obtenus chez le
porcelet
sevréPar ses
capacités de captation,
de synthèse,
de
stockage
et
de
mobilisation desacides
gras, le tissuadipeux
blanc
joue
un rôleclé dans
l’acclimatation du
porcelet
au froid.attestent de l’activité élevée des enzymes du métabolisme intermédiaire des
glucides
à cetâge. Cependant,
à notre connaissance, aucune donnée n’existe sur l’évolution de l’activité deces enzymes chez le
porcelet exposé
au froid.b / Débit de renouvellement
du glucose
Les
quelques
études réalisées sur leporcelet
sevré
indiquent
un débit de renouvellement duglucose
variant entre 3 et 4mg.kg ’.min ’ (tableau 2),
les conditionsexpérimentales
utili-sées
permettant d’expliquer
la relative hétéro-généité
des résultats. Chez le nouveau-né,placé
dans une situation
métabolique
relativementsemblable,
cette valeur estplus
élevée(5,6 mg.kg ’.min ’).
Cette différencepourrait
être enpartie
liée à un organe gros utilisateur deglu-
cose tel que le cerveau,
puisque
sa masse rela-tive est 15 fois
plus importante
chez le nou-veau-né que chez l’adulte.
Lors d’un
séjour
de 3 semaines aufroid, l’augmentation
du débit de renouvellement duglucose (+
20%) apparaît
dès lapremière
semaine
d’exposition
à latempérature
de 12&dquo; C et se maintient au cours des deux semaines sui- vantes(Herpin
et al1987a).
Al’opposé,
lorsd’une
exposition
courte au froid(quelques
heures à 10°
C) Trayhurn
et al(1981)
ne consta-tent aucune modification de ce
paramètre.
Il semble doncqu’une exposition chronique
deplusieurs jours
au froid soit nécessaire pour induire des modifications durables du métabo- lismeglucidique
chez desporcelets
de cetâge.
Chez le porc nouveau-né à
jeun,
Duee et al(1988)
ont observé uneaugmentation
du renouvellement( + 25 °1<,)
et du taux dedispari-
tion
(clearance) (+
35&dquo;/‘!)
duglucose sanguin lorsque
lesporcelets exposés
à un froid modéré(20&dquo; C)
ne sont quelégèrement hypothermiques (température
rectale : 35&dquo;C),
leurtempérature
rectale normale étant de 39&dquo; C. Laproduction
etl’utilisation du
glucose
à des finsthermogéni-
ques sont donc accrues dans ces conditions.
Par contre,
lorsque
des nouveau-nés àjeun
sontexposés
à unetempérature
de 12&dquo; C, ils devien-nent
rapidement (10-12 heures) hypothermi-
ques
(température
rectale : 28°C)
ethypergly- cémiques,
la clearance duglucose
étant réduitede 40 %
(Duee
et al1988).
L’altération de laréponse thermogénique
duporcelet
à cettetempérature, déjà
observée par Curtis et al(1970),
est donc laconséquence,
non pas d’undéfaut de mobilisation des réserves
glucidi-
ques, mais d’une inhibition de l’utilisation
péri- phérique
duglucose,
la sécrétion d’insuline étant vraisemblablement altérée à la fois par le froid et par les catécholamines libérées par lesystème
nerveuxsympathique (Le Dividich,
communication
personnelle).
On observe donc une accélération
générale
du métabolisme
énergétique
duporcelet
aufroid,
l’ensemble des substratsénergétiques disponibles
étant mis à contribution pour aug- menter laproduction
de chaleur.3 / Régulation hormonale
de la thermogénèse
La
majorité
des travaux atteste du rôle clé des catécholamines et des hormonesthyroï-
diennes dans le
développement
et le contrôle de lathermogénèse
chez le porc. Lesquelques
études réalisées sur les
glucocorticoïdes,
l’ACTH ou encore le
glucagon
n’ont en effetjamais
clairement mis en évidence le rôle direct de ces hormones dans lathermorégulation.
3.
1 / Catécholamines
Chez le porc, les études se sont limitées à
une estimation des effets de la noradrénaline et de ses
agonistes
etantagonistes (propranolol)
sur la consommation
d’oxygène,
lesparamètres sanguins
et lalipolyse
in vitro, ou encore à unemesure des taux
plasmatiques
et urinaires decatécholamines dans différentes conditions
thermiques.
Chez le
porcelet
sevréexposé
au froid(25&dquo;
à- 5°
C) pendant quelques heures,
la concentra- tionplasmatique
de noradrénaline augmentelorsque
latempérature diminue,
tandis que la concentration d’adrénaline ne varie pas(Ingram
et al 1980, Barrand et al1981).
Cetteréponse rapide
des catécholamines stimule vraisemblablement lathermogénèse
et induitles
réajustements
cardio-vasculaires néces- saires pour minimiser lespertes
de chaleur. Par contre,après plusieurs jours d’exposition
aufroid
(1
à 3jours
à 5°C),
ces mêmes auteurs ont observé des niveaux similaires à ceux des ani-maux témoins pour les deux amines.
Enfin,
chez des nouveau-nés àjeun exposés
à unetempérature
de 20° Cpendant quelques
heures(température critique :
34&dquo;C),
Duee et al(1988)
ont mis en évidence une élévation du taux de catécholamines
plasmatiques.
Les concentrations
plasmatiques
des caté-cholamines ne donnent toutefois
qu’une
esti-mation
imprécise
de l’activité dusystème
sym-pathico-surrénalien
étant donné l’instantanéité de leur sécrétion en cas de stress et leur durée de vie limitée dans la circulation. Une meil- leure indication de lasynthèse
et de la sécré-tion des catécholamines est fournie par la
mesure des taux urinaires de ces hormones et
de leurs
principaux
métabolites. Ainsi, chez des porcsâgés
de 8 semaines etplacés pendant
3 heures à 10° C, Baldwin et al
(1969)
observentune
augmentation
de l’excrétion urinaire de catécholamines. Sur des porcsplus jeunes
et des nouveau-nés, Kaciuba-Uscilko(1972)
etStanton et Mueller
(1973)
constatent aussi uneélévation des catécholamines urinaires lors d’une
exposition
à un froid intensependant quelques
heures.Enfin,
lors d’uneexposition
de
longue
durée aufroid,
3 semaines à 12° C, l’excrétionjournalière
d’adrénaline reste faible(figure 5)
tandis que l’élimination urinaire de noradrénaline augmente,plus particulièrement
au début de la deuxième semaine d’acclimata- tion. Cette
augmentation importante
du taux de noradrénaline(3 fois) pourrait
initier la mise enplace
d’unethermogénèse chimique,
sansintervention du
frisson,
comme lesuggéraient déjà
les travaux de Le Blanc et Mount(1968),
Kaciuba-Uscilko et
Ingram (1977)
et Heath etIngram (1983).
On sait en effet que la noradré- naline intervient au niveau des terminaisonsnerveuses
sympathiques
pour déclencher lathermogénèse
sans frisson dans le tissu adi-peux brun du rat acclimaté au
froid,
en favori-sant la mobilisation et
l’oxydation
des substratsLes
catécholamines
stimulentdirectement t les enzymes
impliquées
dans la mobilisation des substrats
énergétiques.
Les hormones
thyroïdiennes agissent
sur la
biosynthèse
de ces enzymes et dans certains mécanismes consommateurs d ATP.
lipidiques.
En l’absence dequantités
notablesde tissu
adipeux
brun chez leporcelet,
le ou lessites de cette
thermogénèse
restent à définir.En
plus
de ce rôleprobable
dans ledévelop-
pement de lathermogénèse
sans frisson, lescatécholamines contrôlent la vasomotricité
périphérique
et stimulent la mobilisation des substratsénergétiques
chez leporcelet exposé
au froid. Dans le tissu
adipeux blanc,
ellesagis-
sent, via les(3-récepteurs,
pour stimuler l’adé-nylcyclase
et activer ainsi lalipase
hormono-sensible
(figure 6).
Deplus,
elles stimulent laglycogénolyse hépatique
et musculaire et aug-mentent la
gluconéogénèse à’partir
du lactateet des acides aminés chez le rat.
3.
2 / Hormones thyroïdiennes
Les relations entre le niveau des hormones
thyroïdiennes
et l’environnementthermique
ont été
plus spécialement explorées
chez leporc nouveau-né par Kaciuba-Uscilko et al
(1970),
Slebodzinski et al(1981)
et Nowak(1983).
Lathyroïde
duporcelet
est mature ethyperactive
dès la naissance : onpeut
observerun
pic
dethyroxine (T4),
sans doute condi-tionné par le stress de la
parturition,
et uneaugmentation importante
du taux dethyrotro- pine (TSH) sanguin.
Cettehyperactivité
dimi-nue par la suite et se stabilise vers
l’âge
de 8jours.
Chez leporcelet plus âgé (8 semaines),
une
augmentation
du taux de sécrétion et du métabolisme de la T4 sont observés par Evans etIngram (1977) lorsque
latempérature
est réduite de 32 à 8° C. La sécrétion des hormonesthyroïdiennes
est stimuléependant l’exposition
au froid et elles augmentent la consommation
d’oxygène
et laproduction
de chaleur. Deplus,
l’acclimatation du
porcelet
au froid se mani-feste par une
augmentation
linéaire des concentrationsplasmatiques
de T3 et de T4(figure 7) qui
caractérisel’intégration
progres- sive dusystème thyroïdien
à larégulation
de lathermogénèse.
Alors qued’après
les résultatsde Evans et
Ingram (1977), l’augmentation
desconcentrations
plasmatiques
de T4 au froidn’est maintenue
pendant plus
de 48 heures quesi les animaux sont alimentés à
volonté,
nousavons montré que cette
augmentation
était effective et durable même chez desporcelets
rationnés
exposés
au froid(Herpin
et al1987a).
S’il est
possible
que la stimulation de laglande thyroïde
au froid passe, enpartie,
parl’aug-
mentation de la
prise alimentaire,
il semblenéanmoins
qu’une
fraction nonnégligeable
decette stimulation
puisse
êtreimputable
à uneffet direct de la
température.
Le ou les mécanismes par
lesquels
les hor-mones
thyroïdiennes
exercent leurs effets calo-rigéniques
chez le porc ne sont pas connus. Un certain nombred’hypothèses
peuvent cepen- dant être formulées àl’appui
des résultatsacquis
et des mécanismesdéjà envisagés
dans d’autresespèces (Sestoft 1980).
Alors que les catécholamines stimulent directement l’activité de certaines enzymes, permettant ainsi la libé- ration des nutrimentsénergétiques
utilisables pour lathermogénèse,
les hormonesthyroï-
diennes
agissent
à la fois sur labiosynthèse
deces enzymes et au niveau de certains méca- nismes consommateurs d’ATP
(molécule repré-
sentant la forme de
stockage
del’énergie
dansl’organisme),
nécessitant ainsi untemps
de latenceplus long.
Ces réactions(pompes
ioni-ques,
cycles métaboliques)
serontévoquées
brièvement dans la dernière
partie
de cet arti- cle. Les hormonesthyroïdiennes peuvent
ainsiintervenir sur le métabolisme
lipidique.
L’acti-vité de la LPL et des enzymes de la
lipogénèse
est contrôlée par différentes hormones dont la noradrénaline et les hormones
thyroïdiennes.
Elles peuvent aussi stimuler la
lipolyse
à la foisdirectement en
régulant
lasynthèse protéique,
et indirectement en sensibilisant le tissu adi- peux à l’action des catécholamines.
Les catécholamines et les hormones
thyroï-
diennes peuvent donc être considérées comme
les effecteurs essentiels de la
thermogénèse
lorsde
l’exposition
au froid. Elles sont àl’origine
d’une
partie
desadaptations qui
interviennent dans les métabolismeslipidique
etglucidique,
affectant ainsi la croissance de l’animal. Elles
sont aussi
responsables
de l’induction ou de lapotentialisation
de certains mécanismes cellu- lairesproducteurs
de chaleur.4 / Les mécanismes de production
de chaleur
A côté des
réponses rapides caractéristiques
d’une
exposition
courte aufroid,
telles que lefrisson,
d’autres réactions sedéveloppent
lors-que
l’exposition
seprolonge,
l’animals’adap-
tant
progressivement (figure 8).
Onparle
alorsde
thermogénèse
sans frisson(TSF),
correspon- dant auplan métabolique
à l’ensemble des mécanismeschimiques producteurs
de chaleurne faisant pas intervenir la contraction muscu-
laire. Cette
thermogénèse
sans frisson derégu-
lation(TSFR) s’ajoute
alors à lathermogénèse
sans frisson
obligatoire (TSFO), appelée
encoremétabolisme de base
(Jansky 1973).
Lesprinci-
paux mécanismes de TSFR sont associés, soit à l’utilisation