DE L’ÉVOLUTION DE QUELQUES ENZYMES SÉRIQUES
AU COURS DU GAVAGE DE L’OIE ET DE LEUR CORRÉLATION
AVEC LE POIDS DU FOIE GRAS FINALEMENT OBTENU
B. LECLERCQ J.-C. BLUM
Liliane CROIZIER Station de Recherches avicoles,
Centre de Recherche de Tours, I. N. R. A.,
37 - Nouzilly
RÉSUMÉ
Au cours de trois séries de gavage comportant chacune 30oies, on a mesuré les variations d’activité de la sérum-glutamique-oxalacétique-transaminase (SGOT), de la sérum-lacticodés-
hydrogénase (SLDH) et de la sérum-glutamique-pyruvique-transaminase (SGPT). On enregistre toujours une élévation importante de l’activité de ces enzymes sous l’effet du gavage.
Pour la SGPT l’augmentation est régulière et finalement très forte.
Pour les deux autres enzymes, elle se produit au début du gavage ; l’activité tend ensuite à se stabiliser et dans certains cas à décroître.
Il existe des corrélations positives et significatives entre l’activité de la SGOT et de la SLDH,
entre les activités de ces enzymes et le poids du foie prélevé à la fin de l’expérience. Toutefois,
le stade de gavage auquel ces corrélations atteignent leur valeur maximum varie d’une série 3 l’autre. Une corrélation très faible ou nulle relie les valeurs de la SGPT et le poids du foie gras.
INTRODUCTION
Un
grand
nombred’enzymes plasmatiques
subissent deprofondes
modifica-tions lors de certains troubles
métaboliques.
Les transaminases et lalacticodéshy- drogénase
sont de cepoint
de vue lesplus
étudiées et lesplus
utilisées en médecineclinique,
enparticulier
pour révéler les cas dedysfonctionnement hépatique, qui
au niveau de
l’organe
se manifestentparfois
par une infiltrationlipidique. Quelques
travaux ont
déjà permis
d’aborder l’étude de cesphénomènes
au cours de la stéatosede l’oie
gavée (ToulxrrUT et al., i 9 6 7 ; S ZYLI T
etal., i 9 68 ; IvoREC-SzYMT
etS ZYL IT, xg6g ; B LUM , GA UM ETO N ,
Mva etI<BC I <ERCQ, 1970).
Nous
présentons
ici les résultats deplusieurs
essais réalisésgrâce
à desprocédés automatiques d’analyse biochimique
etportant
sur ungrand
nombre d’animaux.Nous essayons au cours de cette étude de relier l’activité
enzymatique
à unstade donné avec la taille du foie lors de
l’abattage.
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Les oies sont de race Landaaae. Trois séries de 30 animaux sont gavés successivement à la Station expérimentale d’Artiguères, selon les méthodes utilisées dans cette Station. L’aliment renferme 96,5p. 100de maïs, 2,5p. 100de saindoux et i p. 100de sel. Les animaux en ingèrent quotidiennement l’équivalent de 650g sous forme sèche. Au cours des deux premiers essais, des
prises de sang sont effectuées avant et pendant le gavage : 4e, 8e et 21ejour. Lors du troisième essai, les prélèvements ont lieu le 4e, le IIe, le ’4e et le 2jejour. Les échantillons de sang sont collectés par ponction de la veine alaire. Le sérum est séparé du caillot 24 heures environ après
le prélèvement.
5
ml de chaque sérum sont conservés pour analyse à - i5oC.
Après trois semaines de gavage, les animaux sont sacrifiés et leurs foies pesés.
L’activité de la SGOT est déterminée par la méthode de MORGENSTENet al. (1966) ; celle de
la SGPT, selon la technique d’AXELSON et al. (1965). Enfin, on mesure l’activité de la SLDH
grâce à la technique de MORGENSTENet al. (1965). Toutes ces analyses sont effectuées grâce à l’auto-analyseur Technicon au rythme de 20échantillons à l’heure.
Une gamme à base de Versatol E (1) permet l’établissement d’une courbe d’étalonnage pour
chaque série d’analyse. Pour éviter toute perturbation étrangère à l’effet du gavage, les échan- tillons hémolysés ne sont pas retenus.
RÉSUl,TATS
Dans le tableau i nous
rapportons
les résultats des deuxpremières
séries degavage. I,e
poids
du foie reflètel’importance
de la stéatosehépatique (B LUM ,
Gxa>r>r( 1
) Precibio, 2, rue Lhomond, Paris (ge).
et
L ECLERCQ , r 9 68);
il est en moyenne de 600g. Il a doncquintuplé
du fait de la sura-limentation.
Après quatre jours
de gavage, l’activité de la SGOT estmultipliée
parun facteur voisin de 3
puis
tend àdécroître
le 8ejour
pours’élever
de nouveau. Uneévolution
comparable
est constatée pour laSLDH
bien quel’ampleur
des variationssoit
plus
faible que pour la SGOT.Quant
àl’activité
de laSGPT,
elle s’élèverégu-
lièrement en fonction du
temps, passant
d’une valeur presque nulle avant le gavage à une valeur voisine de 172unitésHenry
par millilitre en fin de gavage.Les résultats du troisième essai
figurent
dans le tableau 2. Les évolutions de laSLDH
et de la SGPT sont trèssemblables
à celles observéesdans
les deuxpremiers
essais. Pour la
SGOT,
on constatequelques différences ;
l’activité de cette enzyme s’élevant en fin de gavage.Nous avons calculé les valeurs des coefficients de corrélation entre
l’activité
des enzymes étudiées à divers stades et lepoids
du foie en fin de gavage. Les résultatsrelatifs aux deux
premiers
essais sont rassemblés dans le tableau 3.Pour la
SGOT,
la corrélation avec lepoids
du foie esttoujours significative.
Au début du gavage
(le
4ejour),
elle estnégative
dans lepremier essai, positive
dans le second. Par la suite la corrélation
SGOT-poids
du foie esttoujours positive
et
particulièrement
forte à la fin du gavage. Le 8ejour,
il seraitpossible
de sélec-tionner les oies
aptes
à laproduction
du foie gras, mais à cestade,
la corrélation n’est pas trèsélevée,
ellen’augmente guère lorsqu’on remplace
la valeur de la SGOT par sonaccroissement
entre o et 8jours (SGOT
8ejour
- SGOTinitial).
La
SGPT peut
êtreégalement reliée
aupoids du
foie defaçon positive
etsigni-
ficative en fin de gavage ; mais cette corrélation demeure
faible.
Parailleurs,
le c/!ryp.1&dquo; 1 .. d. d . f. hé
rapport SGOT !§GP-T
utiliséclassiquement
comme indice du mauvais fonctionnementhépa-
tique
n’est ici absolument pas lié aupoids
du foie.Enfin,
onpeut
observer une corré-lation assez étroite entre
SLDH
et SGOT aussi bien au 4equ’au
8ejour
de gavage.Les valeurs des coefficients de corrélation établies au cours du 3essai entre le
poids
du foie gras àl’abattage
et les activitésenzymatiques
aux 4e, Ire, iq.! et2
ie
jour
de gavagefigurent
dans le tableau 4.On constate que pour la SGOT et la
SLDH,
lacorrélation, positive
avec lepoids
du
foie,
estsignificative
le IIe et le 14jour.
Sa valeur laplus
élevée étant atteinte le iiejour,
aucune corrélationsignificative
nepeut
être mise en évidence avec la SGPT.DISCUSSION
La
gravité
des lésionshépatiques
s’accentue au cours du gavage(B LUM ,
GRAFFet
LEC LERCQ , ig68). Quelques
observations nous ont montré que ces lésions étaient totalement réversiblesaprès
8jours
de gavage, tandisqu’après
21jours,
elles deve- naient irréversibles.L’activité de la SGPT est nulle chez les animaux non
gavés.
Son transfert dans le sangsigne
à coup sûr une atteinte duparenchyme hépatique (OSER, 19 65).
Sonaugmentation régulière jusqu’à
la fin du gavagepourrait
rendrecompte
de lagravité
des lésions. Ces lésions ne seraient pas directement liées à l’état de stéatose
puisque
la corrélation entre le
poids
du foie et la SGPT esttoujours
faible.Étroitement
associées et suivant une évolutionparallèle,
les variations d’activité de la SGOT et de laSLDH
nepeuvent
pas êtreinterprétées
d’une manièresimple.
Pour
chaque
oie onpeut toujours distinguer
3périodes : augmentation plus
ou moinsrapide
de l’activité dans lespremiers jours, phase stationnaire,
décroissance ounouvelle
augmentation
en fin de gavage.Nos observations sont donc voisines de celles
qu’avaient
faites IVOR!C-SZYI,IT etS ZYLIT (ig6g)
à propos de la SLDH. Nous constatons, en outre, que les fluctuations d’activité et la durée des 3périodes
sontplus
ou moinsgrandes
selon les individus.Elles dépendent
donc de facteursgénétiques
etpeut-être
d’autres facteurs tels que le « stress » au cours du gavage(rôle
dugaveur).
Dèslors,
onpeut
concevoir que les moyennesenregistrées (tabl.
i et2 ) puissent
êtrequelque
peu différentes selon lestroupeaux.
En tout cas on doit remarquer que les activités de la SGOT et de la
SLDH peuvent
être élevées dès le début du gavage, alors que les lésionshépatiques
restantmodérées,
l’activitémétabolique
del’organe augmente
considérablement(I,!Cr,!RCQ
et
al., i 9 6 7 ).
Onpeut
admettre que la diffusion de ces enzymes deshépatocytes
versle sang ne résulte pas forcément d’une destruction
cellulaire,
mais révèleplutôt
unemodification de la
perméabilité
des membranes(W ELLS , 19 6 9 ).
Du fait de la défi- cience en choline durégime
de gavage, la structure des membranespeut
être altérée.Cette éventualité est à
retenir,
car l’infiltrationlipidique
estparticulièrement
mar-quée
au début du gavage dans la zone centrolobulaire(Br,uM,
GRAF etLECr,!ERCQ 19
68).
Orchez_les
mammifères la stéatose observée lors de déficience en cholinese
développe
àpartir
de la zonecentrolobulaire,
zoneparticulièrement
riche en LDH(RA
P APORT, 1963).
En corrélation avec l’état de
stéatose,
la libération de GOT et de LDH au début du gavagepourrait
être un indice de la déficience encholine,
déficience affectant laperméabilité
desmembranes,
mais n’altérant pas réellementl’intégrité
du paren-chyme hépatique.
A la fin du gavage le transfert dans le sang a unesignification plus complexe,
GOT et LDH sont des enzymes tissulairespouvant
diffuser comme la GPTaprès
nécrose des cellules.En
définitive,
aucune des 3 enzymessériques
dosées au cours du gavage nepermet d’apprécier précocement
et à coup sûr ledegré
de la stéatosehépatique.
Il faudrait que la corrélation avec le
poids
du foiedépasse
0,7 pourqu’il
soitpossible
d’effectuer un tri
parmi
les animaux. Ce résultat a été obtenu dans le cas de la SGOT le iiejour
de gavage, mais malheureusement au cours d’un seul essai(le 3 e).
Denouvelles
expériences
sont nécessaires pour déterminer les facteursphysiologiques qui peuvent
modifier les valeurs de la SGOT. La recherche desisoenzymes
et une étudecomparée
des activités dans le foie et le sérum devraientapporter
des éléments d’informationsupplémentaires.
Reçu pour publication en décembre 1970.
SUMMARY
CHANGES IN SOME SERUM ENZYMES DURING CRAMMING OF GEESE AND THEIR CORRELATION WITH THE WEIGHT
OF FAT LIVER FINALLY OBTAINED
During three series of cramming trials, each with 30 geese, changes in activity of serum glutamic oxaloacetic transaminase (SGOT) serum lactic dehydrogenase (SLDH) and serum
glutamic pyruvic transaminase (SGPT) were measured. Cramming always caused a large increase in the activity of these enzymes.
For SGPT the increase was regular and finally reached a very high value. For the other two enzymes there was an increase at the beginning of cramming, then values tended to become stable and in some cases to decrease.
There were significant positive correlations between activities of SGOT and SLDH and between the activities of these enzymes and the weight of liver removed at the end of the expe- riment. However, the stage of cramming at which these correlations were highest differed from
one series to another. Between SGPT and weight of fat liver there was no correlation or only
a very low one.
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