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Le tourisme durable : de l’apparition du concept à sa pratique à l’heure du Covid.

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Vol(1), No (1) 2021

Journal of Integrated Studies In Economics, Law, Technical Sciences & Communication

Le tourisme durable : de l’apparition du concept à sa pratique à l’heure du Covid.

Mahmoudi Zouhair, F.S.J.E.S. de Tétouan Mail [email protected]

Résumé

Le tourisme durable est d’une brulante actualité. Jadis, le tourisme était surtout l’apanage des plus nantis et des intellectuels, exception faite du tourisme religieux. Avec l’apparition du congé payé et des moyens de transport plus rapides, la sécurisation des voies, l’évolution technologique, la réduction du temps de travail… le tourisme de masse apparut après la seconde guerre mondiale. Durant la seconde partie du 20ème siècle, les pays émergents ont cru voir dans le secteur du tourisme un raccourci au moindre prix pour atteindre le niveau de développement socio-économique escompté. Or, leur appréhension des mécanismes et rouages économiques était particulièrement réductrice. L’optimisme affiché ne considérait pas la réalité de l’extrême vulnérabilité du secteur du tourisme sur les plans écologique, socio- économique… la massification du tourisme avec ses effets induits (surconsommation, exploitation abusive des ressources…) allait fragiliser irréversiblement certaines destinations touristiques. La panacée demeurait inéluctablement le tourisme durable. Le tourisme durable peut être résumé à la prise en compte des objectifs du développement durable dans toute action ou réflexion concernant le secteur. La pandémie du Covid va redonner les lettres de noblesse au concept de tourisme durable.

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Le tourisme représente le troisième secteur le plus important de l’économie mondialei. Durant la décennie 2010, le tourisme international a connu une évolution plus significative que l’économie mondiale (générant plus de 1500 milliards de dollars U.S. en 2019). Il emploie 10% de la population active mondiale (dont 100 millions d’emplois directs).

En 2019, le nombre de touristes internationaux s’élevait à 1,5 milliard ce qui représente une évolution de 4% par rapport à 2018. Le tourisme intérieur a représenté en 2019 quelques 8.8 milliards d’arrivées.

Durant la dernière décennie, le tourisme international a contribué annuellement en moyenne à raison de 10 à 12 % du P.I.B. mondialii ; le tiers du commerce mondial des services lui est imputable (du moins avant le Covid19). En 2011, la barre symbolique des mille milliards de dollars US. de recettes du tourisme international a été franchie et en 2012, le nombre de touristes internationaux a dépassé le milliard. La première zone touristique réceptrice au monde est le pourtour méditerranéen qui absorbe plus de 30% du tourisme récepteur international. En 2020, cette zone aurait accusé, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, un chiffre de 500 millions d’arrivées internationales n’eut été le Covid.

L’Organisation Mondiale du Tourisme considère comme touriste une personne qui se déplace en dehors de son périmètre habituel pour une durée minimale comprise entre 24 heures et 12 mois pour des motifs autres que d’y exercer une profession. Une exception est à retenir : pour tout déplacement pour moins de 24 heures mais générant une nuitée, le voyageur est considéré comme touriste ; en l’absence de nuitée, on parlera d’excursionniste. Le tourisme implique une nébuleuse d’activités relevant de plusieurs secteurs et branches d’activités économiques (finances, hôtellerie, restauration, artisanat, transport…).

Durant les trente glorieuses, les pays émergents ont cru voir dans le tourisme international un raccourci vers le développement susceptible de leur procurer les devises nécessaires pour atteindre leurs objectifs de développement économique. Déjà dans les années 60, l’Organisation Mondiale du Tourisme prédisait pour l’année 2020, un nombre de touristes internationaux de l’ordre de 1,6 milliards et des recettes mirobolantes avoisinant les 2000 milliards de dollars U.S. ce qui était de nature à ne pas laisser insensible les autorités financières des pays émergents.

Plusieurs pays émergents non dotés de ressources ou gisements particuliers crurent y voir une opportunité préférant tout miser sur le tourisme récepteur plutôt que de développer le secteur primaire et secondaire. Les raisons qui justifiaient ce choix étaient inhérentes au fait que le tourisme était transversaliii et que le développement de l’activité devrait se répercuter positivement et toucher plusieurs branches d’activités et secteurs (banques, assurances,

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télécommunications, transport, hébergement, restauration, artisanat, agriculture…). Très vite, l’optimisme initial céda la place à l’inquiétude au vu de l’impact négatif que le tourisme généra dans certaines destinations touristiquesiv. Une planification trop centrée sur le seul volet économique n’est pas viable à long terme et peut s’avérer catastrophique sur les plans socio-économique, écologique, financier (vu l’inélasticité des investissements, la baisse des recettes…), économique (le taux de chômage, le taux d’inflation…), etc. Cet article se fixe comme objectif de mettre en exergue le cheminement du concept de tourisme durable et les raisons justifiant son application ; la problématique étant comment appréhender et intégrer les concepts du développement durable dans le secteur du tourisme.

A analyser de plus près les données inhérentes aux flux de personnes (arrivées et départs) et aux recettes du tourisme international, on peut avancer que la répartition est très inégale entre les pays. La plupart des activités touristiques sont opérées dans les pays du Nord et s’inscrivent dans un contexte régional ou continental (plus des deux tiers des arrivées touristiques européennes sont du ressort de touristes européens). Plus de la moitié du marché touristique international concerne les dix premiers pays au classement. Pour ce qui relève des recettes du tourisme international, les mêmes constatations peuvent être relevées ; si ces recettes dépassent les revenus des exportations pétrolières, elles se répartissent essentiellement entre les pays développés. Les principaux pays émetteurs sont également les principaux pays récepteurs. Dans la même optique, l’essentiel des acteurs du secteur du tourisme (chaines hôtelières, transporteurs, tours opérateurs…) se concentrent dans les pays développés. .

Parmi les constatations négatives relevées à partir des années 70 dans certains pays émergents ayant encouragé le tourisme de masse, il convient de notes :

- une croissance appauvrissante ;

- une pression inflationniste sur les produits alimentaires, les transports, le foncier et l’immobilier (aggravés par des actions spéculatives)… ;

- une désindustrialisation massive ;

- une aggravation des inégalités sociales accentuant le déséquilibre social (ghettoïsation de la population locale, sa mise à l’écart par manque de professionnalisation et de formation…) ;

- un détournement des autochtones de leurs activités traditionnelles (l’agriculture pour le cas de la république Dominicaine, pêche…) ;

- une ghettoïsation des espaces (inaccessibilité de certaines zones jadis réservées aux loisirs comme les plages…induisant un sentiment de rejet chez la population locale) ;

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- un sentiment d’insécurité : les mouvements de foules et les flux massifs non contrôlés induisent une gêne et un sentiment d’insécurité permanent chez la population locale, etc.

En définitive, des investissements n’intégrant pas la durabilité dans la planification n’encourageaient point la viabilité et la rentabilité du secteur sur le long termev. Dans les pays du Sud, les modèles de développement post-guerre ont mis en avant les objectifs économiques reléguant à un second rang les objectifs socio-culturels et environnementaux.

De cette divergence inhérente aux objectifs – qui aura raison de la conférence de Stockholm en 1972- émergèrent deux grands courants : celui de la durabilité faible et celui de la durabilité forte.

En 1980, la déclaration de Manille mit à l’honneur le droit au tourisme. De nos jours, ne pas pouvoir jouir empiriquement de ce droit peut être assimilable à un indicateur de pauvreté. Le tourisme a été, jusqu’aux années 80, appréhendé avec une grille de lecture à connotation essentiellement économique (générateur de devises, d’emplois…). La durabilité faisait plus figure de rhétorique linguistique que de préoccupation scientifique.

Les premières recommandations visant à intégrer les dimensions socio-culturelles et environnementales aux objectifs économiques telles que nous l’appréhendons aujourd’hui remontent aux années 80 ; l’Union Internationale pour la conservation de la Nature (U.I.C.N.) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (P.N.U.E.) seront les pionniers en la matière. Toutefois tous leurs efforts ne furent pas médiatisés alors que le rapport de la commission Burtland en 1987 va connaitre un franc succès médiatique. Notons toutefois, que ce rapport relevait plus d’une déclaration d’intention que de la proposition d’actions empiriques concrètes.

La durabilité était appréhendée selon deux concepts particulièrement subjectifs : le besoin et la limite ; ces deux termes sont façonnés selon nombre de facteurs économiques, socio- culturels… de plus, les standards, les actions à envisager, les systèmes de mesures, les priorités à accorder… diffèrent selon les pays (rappelons à cet égard que les Etats-Unis n’ont pas encore ratifié le protocole de Kyoto) et les contextes (comment mesurer objectivement l’impact réel d’une déforestation sur un écosystème ?).

Notons que l’être humain a besoin de l’environnement alors que ce dernier peut se passer de l’humanité. Le tourisme durable suppose de définir préalablement des objectifs et des stratégies appropriés. Si tourisme durable vise à susciter l’attractivité et la compétitivité des destinations touristiques selon les trois axes préconisés par le développement durable, ces trois axes sont en interaction permanente vu la transversalité du tourisme : l’analphabétisme issu du sous-développement conditionne les revenus et l’emploi ; ces derniers peuvent expliquer le recours à l’exploitation abusive des ressources aggravant la précarité des destinations touristiques…

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En somme, le tourisme durable exige une planification qui intègre :

- d’une part, les trois dimensions du développement durable (économique, socio- culturelle et environnementale) ;

- d’autre part, la solidarité intergénérationnelle visant à assurer et à considérer le bien être des générations futures ; ce qui exige une extrapolation dans le futur et des études de prospective.

La conférence du tourisme de Vancouver en 1990 a mis en exergue les raisons qui sous- tendaient le succès de certaines destinations engagées dans le tourisme durable : la sensibilisation et la formation qualifiée, l’équité en termes de partage des richesses issues du tourisme, la prise en considération des types de ressources engagées dans les destinations touristiques (non renouvelables…) et du rythme de croissance eu égard au potentiel local d’absorption, etc. En somme, la population locale et les ressources commençaient à se situer au centre d’intérêt des décideurs.

On ne peut appréhender le tourisme durable sans citer deux conférences internationales qui soulevèrent l’urgence d’intégrer le développement durable dans toute planification touristique : il s’agit en l’occurrence de la conférence internationale de Rio en 1992 (avec l’adoption de l’Agenda 21) et celle de Johannesburg en 2002vi. Le document synthétisant les recommandations de la conférence de Rio (l’Agenda 21) n’a pas manqué de rappeler que le tourisme, vu sa transversalité, est à considérer comme un secteur pouvant contribuer significativement au développement de la durabilité.

Le tourisme durable a été assimilé à un tourisme qui englobe et considère l’ensemble des volets de la durabilité assurant une pérennité des ressources eu égard aux quatre axes : économiques, socioculturel, environnemental et éthique.

En 1992, la conférence de Rio a préconisé le recours à une politique de développement durable soutenue par les autorités publiques selon une optique sectorielle (dont le tourisme).

La croissance économique ne doit en aucun cas s’accompagner d’une dégradation socio- culturelle ou environnementale… Ainsi, a-t-on crée une commission du développement durable des Nations-Unies (C.N.U.D.D.) chargée du suivi empirique des recommandations de la conférence de Rio. Désormais, le tourisme durable ne visait plus uniquement les retombées économiques seulement mais aussi socio-culturelle, écologiques et éthiques.

Ce n’est qu’à partir de la conférence de Rio en 1992 que la dimension sociale commence à être considérée dans son ensemble ; la Commission du Développement Durable de l’O.N.U vit le jour et fut chargée de la mise en pratique de l’Agenda 21. Le principal obstacle était d’ordre financier : pour financer les objectifs assignés, il fut décidé que les pays développés consacreraient 0,7% de leur P.I.B. en aides gouvernementalesvii. Près de 40 ans après, cet objectif est loin d’être atteint.

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Les premiers principes de base inhérents au développement d’une stratégie de tourisme durable à l’échelle mondiale virent le jour lors de la première conférence mondiale du tourisme durable de Lanzarote en 1995. Les pouvoirs publics ont été assignés d’un rôle primordial en matière de planification d’autant plus que la dimension éthique (justice, équité, gouvernance…) a été greffée au schéma d’ensemble (ce qui nourrira la réflexion qui mènera au code mondial d’éthique du tourisme proposé par l’Organisation Mondiale du Tourisme en 1999). La conférence de Lanzarote mettra en exergue deux concepts clés de la durabilité en matière de tourisme : le bien commun et la capacité de charge.

- Pour ce qui relève du bien commun, il demeure subjectif à circonscrire. D’une part seul le politique de par ses moyens (financiers, juridiques, informationnels, logistiques, coercitifs…) est habilité à intervenir dans ce sens ; toutefois, les pays ne sont pas à égalité eu égard à ces volets. D’autre part, le seul consensus politique n’est aucunement garant du bienfondé d’une décision ou action.

En plus du problème de la définition du bien commun, se pose ipso facto le problème de l’imputation de la responsabilité. Le bien commun ne doit pas être confondu avec celui de l’intérêt général (qui n’est que le cumul des intérêts individuels). Comment dès lors concevoir le fait que les gouvernements doivent prendre des décisions sur le long terme (parfois opposées aux intérêts généraux à court terme) concernant le bien commun alors que la longévité de ces gouvernements s’inscrit à court terme. Se greffe au schéma d’ensemble, le fait qu’il n’y a pas d’autorité supranationale pour juger, sanctionner ou attribuer des responsabilités.

- Pour ce qui relève de la capacité de charge, la conférence de Lanzarote a mis en avant le concept de limite mesurable au-delà de laquelle l’exploitation de la destination touristique a des retombées négatives sur l’environnement. Ce concept de « carrying capacity » était au début utilisé pour les espèces animales (ce qui facilite la gestion des parcs naturels, des zoos…). Son application à l’espèce humaine reste particulièrement délicate à définir : pour un effectif très réduit, le mode de consommation excessif de l’être humain peut s’avérer fatal pour l’environnement. Ce concept de capacité de charge va inspirer plus tard nombre d’indicateurs (l’empreinte écologique…).

Lors de la conférence de Lanzarote, l’Organisation Mondiale du Tourisme scellera définitivement les définitions et ne manquera pas de stipuler que « les principes de développement et les méthodes de gestion du tourisme durable sont applicables à toutes les formes de tourisme et tous les types de destination, y compris le tourisme de masse et les divers segments spécialisés. Les principes du développement durable concernent les aspects environnementaux, économiques et socioculturels du développement du tourisme et le but

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est de trouver le juste équilibre entre ces trois dimensions pour garantir sa viabilité à long terme ; il en découle que le tourisme durable doit :

- faire un usage optimal des ressources environnementales qui constituent un élément clé du développement du tourisme, en préservant les processus écologiques essentiels et en contribuant à la conservation des ressources naturelles et de la biodiversité ;

- respecter l’authenticité socioculturelle des communautés d’accueil, conserver leur patrimoine culturel bâti et vivant, ainsi que leurs valeurs traditionnelles, et contribuer à la tolérance et à la compréhension interculturelles ;

- garantir des activités économiques viables à long terme en apportant à tous les acteurs des retombées socio-économiques équitablement réparties, notamment des possibilités d’emploi et de revenus stables, des services sociaux aux communautés d’accueil, et en contribuant à la lutte contre la pauvreté »viii.

En 2002, s’est tenue une conférence onusienne au Mexique (Monterrey) consacrée à la problématique du financement du développement durable ; le bilan de cette conférence n’a pas été concluant tellement les solutions proposées ne rimaient pas avec les exigences réelles. Toujours en 2002, la conférence de Johannesburg intègrera pleinement la dimension culturelle (langues, ethnies, traditions…) de la durabilité dans son approche. La dimension environnementale ne sera pas considérée dans son ensemble mais traitée de façon sporadique (le réchauffement planétaire, la désertification…).

Plus tard, deux axes majeurs seront traités lors de la conférence de Rio en 2012 : l’économie verte et le cadre institutionnel du développement durable. Le tourisme durable s’assignait comme objectifs la viabilité, l’attractivité et la compétitivité des destinations. Ce n’est qu’en 2002, lors du sommet de la terre de Johannesburg que la proposition d’envisager le tourisme sous les trois dimensions de la durabilité (économique, sociale et environnementale) sera proposé officiellement dans le détail.

L’Organisation Mondiale du Tourisme, sur la base des recommandations de l’Agenda 21, va avoir recours à l’expertise des professionnels du secteur pour concocter un guide à l’usage des décideurs. Ce document intitulé « vers un tourisme durable : guide aux décideurs » verra le jour en 2006 et commencera à être appliqué en 2007. Le document insiste bien sur le fait qu’il n’existe pas de modèle panacée applicable à toutes les destinations touristiques ; l’optique « clé en main » est à bannir et chaque pays est invité à cogiter sur la meilleure façon d’appliquer les recommandations de ce guide du tourisme durable selon le contexte spécifique à chaque cas de figure. De plus, l’Organisation Mondiale du Tourisme n’avait pas

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manqué de rappeler que la durabilité appliquée au secteur du tourisme n’est point statique mais dynamique ; il s’agit d’un processus continu exigeant un suivi permanent et une adaptation perpétuelle. Deux éléments sont à considérer eu égard au tourisme durable : la gestion rationnelle des ressources et l’équité quant à leur exploitation et à la répartition des avantages qui en résultant.

Le tourisme durable tel qu’appréhendé dans le guide de l’O.M.T. est « un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ». Parmi les principaux enjeux du tourisme durable, il convient de citer : la gestion de la croissance, l’adaptation aux changements climatiques et la contribution à l’amélioration de l’air, la réduction de la pauvreté, la préservation du patrimoine environnemental et la sécurité.

L’Organisation Mondiale du Tourisme préconise de mettre en avant douze objectifs fondamentaux intégrant les trois dimensions du développement durable ; il s’agit en l’occurrence de la viabilité économique, la prospérité au niveau local, le nombre et la qualité des emplois, l’équité sociale, la satisfaction générée chez les visiteurs, le contrôle local, le bien être des communautés, la richesse culturelle, l’’intégrité physique, la diversité biologique, l’utilisation rationnelle des ressources et la pureté de l’environnement.

Si l’Organisation Mondiale du Tourisme recommande vivement l’implication des gouvernements dans toute planification et exécution d’actions relevant du tourisme durable, cela est dû à toute une nébuleuse de raisons :

- le secteur est très éclaté et ses ramifications sont très transversales ;

- il compte une majorité de micro et de très petites entreprises dont les actions isolées ne mèneraient nulle part. une stratégie de coordination s’impose de fait ;

- la gestion de la quasi-majorité des ressources (naturelles, culturelles…) est du ressort des gouvernements ;

- les gouvernements disposent de l’ensemble des moyens (logistiques, financiers, coercitifs, légaux…) nécessaires pour mener à bien les actions relevant de la durabilité dans le secteur du tourisme…

Il revient donc aux gouvernements d’œuvrer dans le sens de l’encouragement du tourisme durable via la mise en application de politiques adéquates en conformité avec les recommandations internationales.

Le tourisme a été l’un des secteurs les plus touchés par la pandémie du Covid19. La fermeture des frontières, la réduction des heures d’ouverture, l’interdiction des déplacements… eurent raison des compagnies aériennes, des hôtels… pour le seul premier semestre 2020, les

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arrivées de touristes internationaux ont connu un recul de près de 60%. Les pertes relevées dépassent de 3 fois celles de la crise financière des subprime de 2007. Plusieurs gouvernements ont été pris de court tant ils escomptaient ces recettes financières pour assurer leur budget (investissements, remboursement des dettes, financement des services publics…). Sur le continent africain, le tourisme représentait en 2019 plus de 10% du total des exportations. Si le tourisme contribue à hauteur de 3% dans le P.I.B. des pays du G20 en représentant en moyenne 6% des exportations, le cas de figure a atteint un seuil alarmant pour des pays dont le tourisme représente l’essentiel des recettes d’exportations pour certains pays insulaires entre autres (30% pour les pays insulaires ; 90% pour le cas des Palaos). De 2000 à 2019, l’évolution annuelle moyenne du tourisme international dans les pays les moins avancés était de 9,7% alors qu’elle n’était que de 4,8% dans le monde. Ces pays démunis de ressources ou gisements avaient misé sur le tourisme pour financer leur développement. La pandémie leur a fait prendre conscience de la vulnérabilité en vue d’affronter les crises mondiales. Cette crise va amplifier les problèmes d’emplois, de pauvreté, d’inégalités… autant dans les zones rurales qu’urbaine.

Les stratégies de développement durable que certains pays avaient initié risquent d’être gelées. Tout ce qui a été entrepris dans le sens de la conservation du patrimoine naturel, du tourisme responsable… était basé sur les recettes escomptées du tourisme en vue de financer ces programmes. Selon une étude menée par l’Organisation Mondiale du Tourismeix en 2015 et portant sur 14 pays africains, le tourisme drainerait 142 millions de dollars U.S. de droits d’entrée dans les zones protégées ; Les recettes issues du tourisme permettaient de financer la gestion de ces zones et l’aménagement des espaces avoisinants tout en contribuant au bien-être des populations. En l’absence de recettes, la survie de ces populations risque de les pousser à surexploiter ces zones.

Le patrimoine culturel a aussi été affecté par le brusque arrêt des déplacements et la fermeture des lieux publics. Les musées, les centres culturels, les commerces d’artisanat, les lieux de production artistique… ont connu une sévère régression de leurs recettes.

Les plans d’actions intégrant la durabilité dans le secteur du tourisme doivent s’assigner comme objectifs :

- La gestion de la crise et l’amortissement de ses conséquences : piloter la crise plutôt que de la subir : la protection des moyens de subsistance, des emplois, des revenus - Le renforcement de la résilience : l’encouragement du tourisme national et régional,

la diversification (tourisme industriel…).

- L’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication - La promotion de la durabilité : les énergies renouvelables, les constructions

intelligentes, l’économie circulaire…

Les I.D.E. liés au secteur du tourisme vont connaitre aussi une réduction substantielle pouvant atteindre 20%x . Puisque 58% des 1,5 milliards touristes internationaux en 2019 se sont

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déplacés en avion, le transport aérien a été le premier à pâtir de la crise. Il emploie directement à lui seul quelques 37 millions de personnes. Le transport aérien contribue à raison de près de 900 milliards de dollars U.S. dans le P.I.B. mondial. A l’issue des fermetures de frontières, 90% de la flotte mondiale a été mise à l’arrêt durant le second trimestre 2020.

Malgré la ré-ouverture des frontières, rien ne garantit que le transport aérien retrouvera sa cadence habituelle ; beaucoup de facteurs vont imprégner ce mouvement de retour : la confiance des usagers, les conditions matérielles à l’issue des pertes d’emplois… Le transport maritime a également connu une sensible régression (croisières…). En 2018, la « Cruise Lines International Association » estimait le nombre de croisiéristes à 28,5 millions de passagers générant quelques 150 milliards de dollars de recettes et employant directement plus d’un million de personnes. Hormis le transport, les entreprises évoluant dans l’hébergement et la restauration ont été des plus sinistrés par la pandémie. En définitive, le secteur du tourisme doit être repensé de fond en comble en intégrant tous les composants du développement durable.

En conclusion, le tourisme durable ne constitue pas un type de tourisme à part ; quelle que soit la forme de tourisme adoptée (balnéaire, culturellexi, sportivexii…), elle doit intégrer les différentes dimensions de la durabilité. De même, toutes les destinations réceptrices devraient ne serait-ce qu’à titre préventif, intégrer la durabilité dans leur planification touristique et ne pas attendre à ce que les premières retombées négatives se manifestent. Le cas de la pandémie du Covid 19 aura contribué à cette prise de conscience ;

Intégrer la durabilité dans toute planification peut engendrer une nébuleuse de bienfaits à tous les acteurs de la destination touristique en faisant bénéficier au territoire d’une image et d’une notoriété hors pair. Somme toute, le tourisme n’est point du ressort d’actions isolées mais relève d’une planification dument pilotée par les pouvoirs publics et mobilisant toutes les forces et les ressources intervenant dans le secteur ; de plus, les fruits d’un tel labeur ne peuvent être appréhendés que sur le long terme.

Références webographiques

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ii Site officiel de l’Organisation Mondiale du Tourisme, https://www.e- unwto.org/doi/pdf/10.18111/9789284421978

iii Roman Fabian, 2008, Turismo y sostenibilidad : Una relación compleja, Buenos Aires , Ediciones de la UNLa, p.47.

iv Doiron Sebastien, Weissenberger Sebastian, 2014, Sustainable dive tourism: social and environmental impacts, Tourism Management Perspectives, 10, pp. 19-26.

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v Aziz Hmioui, Erick Leroux, 2019, La place du tourisme durable dans la stratégie de développement touristique du Maroc à l’horizon 2020, Maghreb - Machrek, 2019/1, N° 239, pp. 9-20

vi Crouch Geoffrey, Brent Ritchie., 2006, Destination competitiveness, International handbook on the economics of tourism, Northampton, Edward Elgar, pp.419-433

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viii Site web official de l’O.M.T.: http://sdt.unwto.org/fr/content/definition , consulté le 11 février 2021.

ix Site officiel des Nations-Unies,

https://www.un.org/sites/un2.un.org/files/policy_brief_covid-

19_and_transforming_tourism_french.pdf , consulté le 18 février 2021.

x C.N.U.C.E.D., World Investment Report (Rapport sur l’investissement dans le monde), 2020,

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Références

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