~~Stl §
J
K devrois peut-être,mon
cher Collègue,mi
dispenser derépondre à votre très gracieuse dia- tribe
que
vousappelez réponseaux
objections contreV
Etablissement de laRégie
intéressée.Il est assez évident pourquiconque Talue
, que
cette réponse est tout ce qu’il
y
a sur cet objet,de-plus trivial, de moins conséquent , et qu’elle lie répond à rien. Plusieurs de
mes
amis m’outaussi conseillélesilence;mais le silence estl’arme
du
mépris, et vous n’êtespas de ces adversaires qu’on méprise. D’ailleurs ,comme
ce n’est pas sansdes motifs particuliers, sans des intentionsSUR sa Réponse aux
objections contreRétablissement de la Régie
intéressés desPostes
etMessageries
*LETTRE
DE DEFRANGE t
A B I O N,
Secrètes,que vous l’avez faitdistribueraux deux Conseils, il est
bon
de faire apprécier tous vosmoyens
politiques, et de dévoiler cette tactique vertueuse, ces petits détours innocens auxquels vous çt.vos semblables avez recoursavec tantde succès.Dites-moi
,je vous prie,
mon
cherBion, quia pum’attirercedébordement de fiel etd’injures
dont vous avez sali chaque phrase de cette platte rapsodie?tantce-ne animis cœlestibus irœ ! Se- roit-ce pour n’avoir pas cru aveuglément à la sublimité devos talens,àl’incorruptibilité de vos vertus , h l'infaillibilité d@ vos opinions? Il est vrai qu’ilfaut être,
comme
vous le dites très-agréablement,
un
Chinoisy
un
Grec ouun Juif
pour en douter;mais est-ceun
crimequi mériteles épithètesles plus odieuses?C’est une foliede
ma
part, je le suppose
,
quand
vous vous êtesprononcé , avec
une
constanceaussi impertur- bable , le défenseur désintéressédu
système des Régies, l’apologistenon
suspect des Régisseurs, de ne m’être pas rangé de voire parti. Soit. J’aieu
latémérité d’attaquer la Régie, de donner la préférence à laFerme
, etmême
de suspecter l’aptitude et le désintéressement des Régisseurs;je sens
que
ce coup adû
vous piquer jusqu’au vif; blesser à-la-fbisl’amour propre d’un grandhomme
et la sensibilité d’unami
délicat!...
mais en cela
, je vousrépondrai
comme
Molière.Vousavezvos raisonspourle vouloir ainsi.
Fourpenser autrement j’enpuis avoiraussi.
D’ailleurs, véridique Bion,n’y a-1 -il pas dans
( 3 )
toutce tripotage
un
peudevotre faute?îa charité n-e vous fai soit -ellepasun
devoir de traiter avecun
peu plus deménagement
l’opinion libre efifranche d’un de vos collègues , et n’auriez-vous pas
dû
nousépargner, à vous, le malin plaisirdune
censure amère, et àmoi
l’embarras d’une mauvaiseréplique.Ma foi
n’est ni -plus aveugle ni plus confianteque
la vôtre;je nesuis nichar- latan ni trompeur; je ne veux pas être trompé;je cherche de
bonne
foi le vrai , le bon; j’airne
qu’on éclaire
mon
opinion etnon
qu’on la com-mande. N
aviez-vous pas des raisons plausibles a fournir en faveur de votre système? Si vous€n
av*ezj pourquoi les garder pour vous , et refuser opiniâtrementdenous les
communiquer?
si vous
n
en aviez pas; pourquoi vouloir nous
faire croire que vous en aviez ? Il n’y a dans cq procédé ni bonne foi ni franchise.
Si
comme
vous le dites, lescommissions
desfinances , des transports et messageriesont
opinépour
laRégie
intéressée, cl''après des calculs àportée detoutle
monde
,je vous
demanderai pourquoi ces_ calculs si simples ne sont pas connus du Conseil?
Comment
peut-ony
croire ,quand
quelque temps avant , vous-même
, aunom
desmêmes
commissions, avez proposé la Régie simple?carun
rapporteur doit«tre conséquent. 1
C)u ces calculsétoientsous les
yeux
desCom-
missions, lorsde votrepremier rapport,ouils ne leur avoienî pas encore étéremis.
Dans
les deux hypothèses, voicicomme
touthomme
impartial doit raisonner, etcomme on
auroit raisonnédu
tempsmême
dAnstote. Sx ces calculs étoientA
a(
4
)connus des
Commissions
, pourquoi ne les ont-elles pas pris pour bases
du
premier projet ? Ils’en suit tout au moins ,
ou
que ces calculs ne sont pas à portée de tout lemonde, ou
que les Commissionsse décident autrementque
tout le inonde. Si ces calculs n’avoient pas encore ete remis,il est évident qu’en donnant leur avis,lesCommissions
étoientainsique vousdans1erreur,qu’elles prononçoient sans connoissances suffi- santes, ce qui ne feroit pas beaucoup d’honneur à leurslumièreset àleurdélicatesse,et justifieroit assez laconduite de tous ceux qui se sont oppo-
sés à l’admission de ce premier projet.
Jepoursuis ceraisonnement.
De
cequelesCom-
missions ont
commis une
première erreur , neserait-ilpas permis, au moins, desoupçonnerla possibilitéd’une seconde?
Ne
seroit-ilpas possibleque
denouveaux
calculs détruisissent les pre- miers,et que ceux-là fissent adopterlaFerme, comme
ceux-ci ont fait rejetter laRégieactuelle;etsicela estpossible
,
pensez-vous, avec despro- messesséduisantes, rassurerceux qui neserendent qu’à l’évidence
, qui veulent des produits et
non
des paroles, et qui désirentsincèrement la pros- périté de nos finances.
Comment
après cela voulez-vous qu’on vous croiequand
vous assu?:ez, d’après 1assuranceque
vous en ont donnée les Régisseur;*» eux-mêmes,
que le produit de la poste aux lettress’élèvera pour cette année à 14 millions.
Je
conçois facilement ,
moi
, que la garantie desFvégîsseurs soit pour vous une autorité très-res- pectable
; mais enfin ils sont partie intéressée dans votre système
ou
plutôt le leur , et cela( 5 )
suffit pour laisser dans l’esprit défiant de cer- taines personnes incrédules des préventions, des soupçons , des craintes qu’il n’amoit tenu qu’à vous de. dissiper, en employant, pour les con- vaincre, les
mêmes moyens
qui ont opéré votre conviction. Ily
en amême
qui poussent la prévention jusqu’à soutenirque
c’est à l’écolô des Régisseurs que vous avez pris des leçons en régie, et quece n’estque
le désir bie'n louable de vous perfectionner sous de tels maîtres qui vous a fait prendre avec tant de chaleur leur défense.Si cela est,on
ne peutvous enblâmer;la reconnaissance est
une
vertu, etl’intérêt C|ue\rous leur témoignez est trop naturel pour
q« on
puisse jamais vous enfaire
un
crime.Je vous observerai cependant que votre gra- titudeenvers vosmaîtres,nedevoir pas vous
em-
pêcher d’être conséquent et encore moins d’êîre juste envers vos collègues.Que
l’on déraisonneparfois pour tropabonder dans sonsens
, passe
,
un
excès de zèle peut produire la confusion des idées, et l’intention fournit l’excuse; mais cher- cher àtromper, mentir, calomnierpourobliger ses amis, avouez avecmoi
que c’est outrer les devoirs de l’amitié quine commande
pas l’ou- bli de toutes les bienséances, et pour
un
soldat de la décenceet de l’antique lojiiuté, c’est vous en montrer le déserteur.Que
dansmon
discoursoù
toutest lié ,parmi
vingt motifs aussi concluans les uns quelesau- tres contre la Régie, vous choisissiez douze
ou
quinze lignes détachées de ce qui les précèdeetles suit, pour servir de texte à vos sarcasmes déplacés et à vos injures grossières ; que sans
m
avoir luou
sans m’avoir entendu vous uré- tendiezm
avoir réfuté, c’estun
tour d’adresse quin
échappé à personneet dont les sois seuls peuventêtredupes.
Quand
vous m’accusezd’avoirsyncope
Montesquieuou
de ne l’avoir luque
par extrait, je pourrais vous dire
que
je citeMontesquieu
comme
vous analysezmon
opinion et que1 application que vous prétendez fairedu
passage cité tout au longavec les points et vir- gules, prouve
au
moinsque
si vous avez lu ce grandhomme,
vous partagez avec tant d’autres lemalheur
de ne l’avoir pas entendu.'i
C
; a
,
r
’ °,e f
luo' s’agif-il dans le
morceau
extraitde
Montesquieu?Des
Traitans tels qu’ils exis-tent
sous le régimemonarchique
, decessang- sues publiques dont tout le talent était d’imagi- ner, de multiplier les taxes et les impôts
,qui
avec de 1argent acquéraient le droit infâme et
monstrueux de
pomper
etrepomper
sans cesse par des operations fiscales, les produits de l’A- gucuifure, de IIndustrie,du Commerce
et des Ails, les sueurs de l’indigence et le sancr de la misère, qui avoientla forcearmée
à leursordres pourtorturerles contribuables, pourexécuterau gre de leur imagination infernale les exactions et les vexations les plus arbitraires et les plus révoltantes, qui se faisoient vendre au plus vi!
prix
, par
un gouvernement
foibleetdissipateur, les lois , lesmœurs
et fhonneurdune
nation.IXtes-moi
, j© vous prie,
mon
cher Bionqueis rapports de ressemblance vous trouvez entre ces vampires dévoués à l’indignation et a 1infamie de tous les siècles , et les Fermiers
que iou
proposoit pour fadmimslration dss(
7
)Postes et Messageries? Croiriez-vous parliazard que sept années de révolution et la Constitution de l’an 3 , n’ont rien changé à notre système politique , et semblable à certains visionnaires que je ne caractérise pas, vous obstineriez-vous à voir dans le Directoire Exéeutif l’ancienne
Cour
de Versailles, etun
autre Calonne dansle Ministre des Finances? Pardonnez-moi cette supposition
; mais
on
serait porté à le croire ,quand
vous sembiêz redouter la vénalitédu
CorpsLégislatif, et que vousaffectezde craindre que l’or etl’argent des Fermiers neleurdonnent bientôtde l’empirejusque sur les Législateurs.Qu’ai-je donc entendu, et qu’auriez -vous
dû
entendre , vous
même
, par lesnouveaux
Fer- miers qui n’ont decommun
avec les vôtresqu®
le
nom?
Ecoutez, brave Bion,etrassurez-vous.« Les ( i ) Fermiers intéressés seront des
»
hommes
quimoyennant un
prix de bail dé-» terminé , et mis à la disposition
du Couver
-
» nement, deviendront Régisseurs, pour lui, de
» tout l’excédentde recette
...
» Bien différens des Fermiers-généraux, les
» Fermiers intéressés seront sous la dépendance
»
du Gouvernement,
et leGouvernement
étoit» sousladépendan*edespremiers. Lespremiers,
»
moyennant un
prixdonné, administraientetper-» cevoientles droits deleur
Ferme
de la manière» la plus absolue et la plus souveraine
; les se-
»condsseront surveillésdans leur gestionpar les
(ï) Opinion de Garnier (de Saintes) sur les Postes et Messageries
, séançe duzVentôse, an
Y,
page i®et suivantes»
A 4
c 8 )
» agentsdu
Gouvernement
etcomptables à toute» réquisition. Les premiers, plus ils faisoient
« d’avances au fisc , plus ils accumuîoient de
» millionsdansleurs eaisses; cetteavances’échan-
» geoit pour
un
surhaussement de droit. Les se-» couds n’aurontà compter que
du
prixconvenu
»
comme
bail,etdu
montantdes produitscomme
>5 Régie; il n’y a plus de volonté arbitraire qui
»
accumule
l’impôt et aggrave sestaxes . . .» L’objet à exploiter sera tarifé
; le tarif est
» une loi; sa fixité est invariable et entièrement
» indépendante
du
percepteur. Il portera sur la» chose et
non
sur les personnes;il ne peutdoua»
y
avoir ni exaction ni vexation ».Ces Fermiers intéressés ne sont donc pas ,
comme
vous le voyez, des monstres si terribles, et il n’y a guêres qu’un Don-Quichotte politique qui puisse les redouter.Mais
il falloit bien dirs quelque chose, et puis prouver aux Régisseurs qu’on ne néglige rien pour le triomphe de leur cause, et puis la petite restriction iésqitique, qu’importe que la ressemblance existeou
non,pourvu
qu’on parvienne à faire confondre lesuns
avec les autres : an dolus,an
virtus}çuis in hoste requirat ? et puis mais je re- viens àmes
moutons. 'Ignorez-vous
,
mon
cherBion , que quelque respectable que soit FaïUorité de Montesquieu,elle n’est pas une règle universelle et infaillible
en législation. Les qnaties législatures qui se sont succédées depuis le
commencement
de larévolution, en adoptant beaucoup de sesprin- cipes , en ont rejeté beaucoup d’autres.
Vous-
même
? sans vouseu
douter peut-être ave£( 9 )
souvent v&té contresonopinion. Plusieurs écrï^
vains célèbres,tels que J. J. Rousseau, Mabli, Helvétius, Gavotti, Servant,etc. n’ont pas tou- jours été de l’avis de ce grand
homme
, etcest sur-tout pour le législateur qu’est faite cett®maxime
d’Horace,Nullius addietus jurare in verba magistri.
On
peutdoncpenserautrement que Montesquieuetn’avoir pas tort.
Vous me
reprochez ensuite,comme
un® per-fidie. d’avoir tronqué Montesquieu, pour l’ap- proprier à
mon
système.Je
suis obligé de vous direque
vous m’avez encoreune
fois mal*compris.
En
effet , de quoi s agit-il dans 1en- droit de la citation?De
prouverque
l’interetpersonnel est bien plus fort, bien plus agissant dans le Fermier que dans le Régisseur, et cite à l’appui de
mon
assertionune
phrase deMontesquieu,qui,quoiquepartisan deLaRégie*
est pourtant forcé de rendre
hommage
à cett®Vérité, puisqu’ilconvient quel'intérêt des Fer- miers leur suggère
un
art et desmoyens pour
prévenir les fraudesque
le zèlemême
de$Régisseurs n9auroit su imaginer.
Convenez
donc que j’ai cité Montesquieu dansson propre sens, et de 3a manière dont il devoit l’être.Vous me
reprochez encore den’avoir présenté dansmon
opinion aucunesomme
fixe pourl’Etat, etde proposerlarénovation
du
bail passe parGalonnéen 1786.C’est sur-toutici que votre mauvaise foi éclate. Il ne falloitpas vousdonnerla peine de
me
transcrire pour vous convaincre d’imposture.Ce
trait est tout au plus digne 4®( ro ) D. Basils
, et vous
me
permettrez de trouver®
,
™
S-
ql
f
Y.ous travestissiezmon
discours 6lnV
°le!,réfe*te de débiter des
-Z’*'
,
*fve*
memi quand
vousavezavan- ce que, dans laFerme
intéressée, je ne propo- soj pas
un
million fixe pour le Trésor Natio- nal, puisque dans le passagemême
que vous•nIrtr
llai,
:J
e"'6e U'1
r™
d* à fixerP
_
ouver
nemènt
,leversementd’avance tous il *,
I
*,1D01S’ de la moitié de ce
Prix> et
que
L
I‘î^!
s
•
ie partage entre le
Gouvernement
ermiersque
dans lessommes
qui excé- deroient ce prix de rigueur queiqu’d soit, qu’il
«e
nous appartient pasde fixer
,
que
lePou-
tV
u
Executif a seulle droit d’arrêter.
Vous
avez égalementmenti
quand
vous vez prétendu que jedemande»
la rénovationdu
bail passé par Galonné.Quiconque me
liraavec dautres
jeux
que les vôtres, verra que ce«
<stqu un
exempleque
j’admets pour expli- quermon
système, et que je nedemande
pasp
usqu
on 1adopteque
tout autre semblableAvoue?
très -loyalBien,
quequand on
1 aussi
mal
que vous,on
s’expose en se char- geant dune réponse, et qu’avec de pareils
moyens
on nuit souvent plus à sa cause qu’onne
la sert.Jusques-là vous n’aviez
montré que
de laprévention
, de la mauvaise foi
, quelques in- conséquences
, et
un peu
de méchanceté; voici maintenant des noirceurs
, des atrocités.Iln’y a
(I) Voyez
mon
Opinion du 16 Pluviôse,pave jo, ligne22 et suivantes.
qn’unpas
du mal
au pire.Quand
on s’est dévouéaussigénéreusement poursesamis,ilfautlesobli- gerper
f
aset 11ejas,
sacrifier poureux honneur, vérité , réputation ; injurier , calomnier à dire d’expert aussi ne vous en êtes vous fait faute, Cependantc’est
une
sottise de votre part, passez-moi l’expression; quevous criez, palanz et super tecta ,que
les Régisseurs sont deshommes
intègres, probes, inîelligens par excel- lence;on
vous le passe, parce que chacunn’eu croit quece qu’il veut»
Que
vous affirmiez qu’il n’existe pas^sujourd’hui en Franceun
seul ca-pitaliste
honnête-homme
, c’est exprimer indi- rectement levœu
qu’il 11es’en trouve pas pour remplacer les Régisseurs ; on vous le passe en- core,parce que de pareils traits ne blessentper- sonne 5 dès que Ton connoît lamain
qui les lance; mais insinuerque
les partisans de laFerme,
parce qu’ils ne sont pas de votre opi- nion, sont vendus aux Fermiers proposés, c’estune
calomnie aussi bête qu’atroce; car ne vous en déplaise ,mon
cher Bion, la rétorsion est naturelle; si les Fermiers ont ptiyé, quelles preuves pourrez-vous,donner
que
lesRégisseurs n’ont pas payé; et si le zèle , la chaleurque chacun
de part et d’autre a montrés dans cette affaire , doivent être mesurés sur son intérêt pécunier , vous devez avoir gàgnébeaucoup
depuis deux ans que vous défendez avec tant de courage lesPxégisseurs et la Régie.Avouez
votre mal-adresse; n’eût-il pas été plus prudent de vous taire?
On
sait qu’un avocat doit vivre de son Etude ; et n’aviez-vous pas à craindre le... muiato nomme
3detefabula
narratur*C
«
)Maïs
ce n’éloîtpas assez pour vous de vendre aux Fermiers les partisans de laFerme,
il étoîtencore dignede vousd’en fairedesconspirateurs.
Courage, incorruptible Bion; après cecoup de maître, rien ne doit plus étonner de votre part.
Vous
êlesun homme
incroyable, merveilleux!Il ne vous
manque
plus pourconsommer
votre gloire que de dresser leur acte d’accusation, etde les faire traduire devant la Haute
Cour Na-
tionale.
Je
ne doute point, d’après tout ceque
vous avez fait, que vous ne parveniez à les faire
condamner, comme
contre-révolutionnai- res, anarchistes, Baboirvistes, ect.Babeuf
n’aime pas les Régisseurs, donc tousceux qui n’aiment pas les Régisseurs, sont Babouvistes,Babeuf
accuse «esRégisseurs dedilapidation.Les partisans de la
Ferme
leur font lemême
reproche.
Donc
les partisans de laFerme
sont des contre-révolutionnaires.Avec
cette logiqueet votre pénétration, yous ne serez pas embarrassé de prouver ces deux conséquences.La
connexité, la complicité sont évidentes, et d’ailleurs dès que vous l’aurez diton
vous croira.Il est vrai cependant qu’avec cette manière de raisonner,
on
prouveroitaussifacilementque
le Soleil est la
Lune
et laLune
le Soleil. Car9diroit-on:
Le
Soleil éclaire,La Lune
éclaire,Donc
etc.Ilseroit encore possible avecune légère addi- tion3 de rendre ainsi votre proposition.
( iS )
Babeuf
accuselesRégisseurs dedilapidation.Les partisans de
laLerme
leur font leliieinereproche.
La
France presque entière s éleve contrel’infidélité et l’inexactitude de leur
Adinims-
tration.
Donc,
etc.. ; . . . . , ,
La
conséquence deviendroit bien plus gene- rale, les conspirateurs seroient bien plusnom-
breux: ; mais le
nombre
doit-il vous effrayer9quand
ils’agitdu
maintien de laRégie etdein-
térêt des Régisseurs. Quel
dommage,
inapprécia- bleBion , que Robéspierre nait pasconnu
touteia fécondité de vos
moyens
et leparti qu’il pour- voit tirer de vos talens en conspiration!Maintenant, si vous voulez de
bonne
foimettre à part tout esprit de parti, vousconviendrezque
ces Fermierscontre lesquelsvous avez tant^ crie ne diffèrentpastant de vosrégisseurs,et qu’avec
moins
d’entêtement et de préventions, il eut été peut-être possible de nousentendre.Que
vomois-ie en effet?assurer au trésor public
une somme
fixeet
une
portion éventuelle dans les bénéfices qui pourroient excéder cettesomme
; tous lesmoyens
pouratteindrece résultatm
étoieiitégaux,et si j’avois cru pouvoir
y
parvenir avec le sys-tème
des Régies , vous m’auriezvu un
de vos plus opiniâtres partisans , mais je voulois aussique
cettesomme
fût indépendante detous lesm-
convénienset de tous les risques d’une adminis- tration plusou moinsdispendieuse.Sans changer
les mots,changez
un
peu les choses. Parexem-
ple , portez à 12 millions le produit net appro- xirné des Postes et Messageries; exigez de vos
_
, .Ch)
tgisseurs quils comptent touours six mots
clavance de ia moitié de
cette
somme
auGou-
vernement; quels prennent à leur chargetoutes les avancesettous les fraisd’adininislrahon
,sauf
a les prelever a la fin de l’année sur l’excédent fies 12 premiersmillions versés dansleur caisse• accordez-leur
, dansle surplus ,
un
intérêt quel- conque;qu
ils fournissentun
cautionnement nui garantisse la solidité deleur gestion,je suisclac- cord avec vous et jeme
rangedu
parti de laRégie.
Mais
tant qu’on ne m’offrira pour garan-tie et
un
service aussi important, et dela quotitéciesproduits a verserdansla caissenationale,
qua
j. Pr
,
lte> lezele et l’intelligencedecertainsin- dividusexploitantpour l’Etat,sans surveillance, sans responsabilité pécuniaire, pouvant disposer des capitaux delàNation, avec la facilité dedi-
minuer
les recettes, d’augmenter les dépenses , de supposer des pertes
,
on
neme
persuaderaja-mais
qu un
pareilsystèmesoit le plusavantageux pour nos finances; je craindrai toujourscequi
est arrivé jusqu’à aujourd’hui
, ce qui arrivera dans tous les temps, queles Régisseurs plus in- téressés a faire valoir et à conserver leurs places
qua
les bien remplir, n’employent les fonds de ia nation a intriguer, à se faire denombreuses créaturesades partisans chauds, des protecteurs pmssans près des premières Autorités, ou des
personnages en crédit
, pour perpétuer leur ges- tion et leur brigandage
; je
me
rappellerai tou- jours ce passage de Rousseau dans ses considé- rations sur la Pologne, quequand en ne
veutque
gagner ,on gagne beaucoup
plusà
être fripp on
qu-honnête homme
,que ceux
qui( r5 ) '
.
manient
Vargent apprennentbientôt
à
Je détourner; et je ne se rois pas surpris
,
quand
au bout d’une année, avecun
pareilsystème,la recette balancée avec la dépense ne donneroif:pas
un
restant net de4
millions.Je
craindrai toujours que ces fonds dontou
peut sous mille prétextes et par millemoyens
difierens
, se dispenser de rendre compte
n
aillent avant peu alimenter l’agiolage désas- treux de la bourse, le trafic inl'ame°desUsu-
riers
, des Juifs
, des Prêteurs sur gage, dés Banquiers de Pharaon
, de Biribi, etc? de cette
nuée d’escrocs et de sang-sues qui établissent leurs calculs barbares , et leurs spéculations atroces sur chaque goûte
du
sangdu
peupleAdieu
,mon
cher Bion, j’ai besoin de res- pirer.
Vous
voilà maintenant instruit demes
véritables sentimens.
Vous
trouverez peut-être que jai traité bien légèrementun
objetde cette importance; mais, autrement il eût fallu se fâcher , dire des injures, se livrer à des
mou- vemens
d’indignationou
de pitié, et en vérité
le sujet11’en valoit pas la peine.
Salut et Fraternité,
DEFB.ANCE, Membre du
Conseildes
Cinq
Cens.Paris3 le 24 Ventôse
3 an 5.
A PARIS,del’ImprimeriedeFANTELII^, ruedelaGrande- Trnanderie,n°.27.