R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
P IERRE R ICHARD A GENOR
La mesure directe des anticipations inflationnistes
Revue de statistique appliquée, tome 32, n
o2 (1984), p. 31-43
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_1984__32_2_31_0>
© Société française de statistique, 1984, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Revue de statistique appliquée » (http://www.
sfds.asso.fr/publicat/rsa.htm) implique l’accord avec les conditions générales d’uti- lisation (http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou im- pression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou im- pression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
31
LA MESURE DIRECTE DES ANTICIPATIONS INFLATIONNISTES
Pierre Richard AGENOR Chargé d’enseignement aux facultés des Sciences Economiques
et de Sociologie de l’Université de Bordeaux Research Associate Department of Economics
University of Liverpool L69 3BX
Royaume-Uni
INTRODUCTION
De nombreux travaux menés en
Grande-Bretagne
et aux Etats-Unis au coursde ces dernières années ont abouti à l’élaboration d’une méthode de mesure directe des
anticipations
àpartir
d’informationsqualitatives
contenues dans lessondages d’opinion.
Lesprincipes
de cette méthode sont tout d’abordexposés puis appliqués
aux résultats des
enquêtes
mensuelles de l’INSEE sur lesanticipations
d’inflation desentrepreneurs,
au cours de lapériode
décembre 1973-décembre 1981. Il est montré que lesprévisions
inflationnistes sont, enpremier lieu,
instables et nonoptimales
et, en secondlieu,
influencéesprincipalement
par l’évolutionpassée
des
prix
effectifs.1. LA METHODE
( 1 )
Considérons une
population
formée de Nindividus ; chaque
individu "i"est
supposé
former sa propre distribution deprobabilité subjective
de la valeurfuture d’une variable
quelconque,
le niveau desprix
parexemple,
noté p. Soitp*it+1/t
cetteprévision,
formée en t pour lapériode
t +1 ;
c’ezt une variable aléa-toire dont la loi de
probabilité
diffère engénéral
d’unagent
à l’autre ou depériode
à
période.
Troishypothèses permettent
alors de caractériser la méthode "conven- tionnelle" de mesure directe desprévisions :
- une modification à la hausse
(resp.
a labaisse)
du niveau desprix
futurspar
rapport
a son niveau actuel estsupposée perceptible
par l’individu iqu’à
condi-tion
qu’elle
soitsupérieure (resp. inférieure)
à un coefficientbit ;
la zoned’imper- ceptibilité
des variations de la valeur future desprix
parrapport
à la valeur ac-tuelle est donc de
(- Sit,
+bit).
Cette zone estsupposée indépendante
desagents
(bit = 03B4t, Vi)
etproportionnelle
au niveau desprix (5 t
=vpt) ;
(1) Les Principales références dans ce domaine sont les études de KNOBL (1974), CARLSON et PARKIN (1975), et de MENIL et BHALLA (1975). Voir également CARLSON (1977), VISCO (1979), FISHE et LAHIRI (1981), PRAET (1981), BATCHELOR (1981),
PESARAN et GULAMANI (1982).
Revue de Statistique Appliquée, 1984, vol. XXXII, n° 2
- soit
pit1/t l’espérance mathématique
de la variable aléatoirep*it+1/t;
c’est le niveau moyen des
prix anticipé
parl’agent
i à lapériode
t. La valeur future desprix anticipée
par lapopulation totale, pi+ 1 /t’
est parhypothèse égale
à lamoyenne
arithmétique
desprévisions
formées au niveau individuel(la
mêmeimpor-
tance est ainsi accordée à la
prévision
élaborée parchaque agent) :
La valeur moyenne des
prix anticipée
parl’agent
i est alorssupposée égale
à lavaleur moyenne
prévue
par l’ensemble de lapopulation
-
enfin,
la loi deprobabilité
de laprévision p*it+1/t
dans lapopulation
totaleest
supposée normale,
etidentique
pour tous lesagents ;
cette loi est donc carac- térisée par deuxparamètres :
Si
p*it+1/t
suit une loi normale dans lapopulation totale,
elle suivra aussiune loi normale dans tout échantillon de taille n
prélevé
aléatoirement. Les para- mètres(1)
et(2)
sont ainsi estimés parLa meilleure estimation de la moyenne de la
population
est en effet lamoyenne de
l’échantillon ;
un tel estimateur est sansbiais, convergent
et efficace.L’estimateur
s2
estégalement
sans biais etconvergent.
Les résultats dusondage
effectué en t
permettent
d’estimer laprobabilité
pourqu’un agent
aitprévu
unécart entre la valeur
anticipée
desprix
futurs et leur valeur actuelleSoit
fat (resp. fbt) représentant
laproportion
des personnesinterrogées pensant
que lesprix
futurs vontaugmenter (resp. baisser)
parrapport
à leur valeur actuelle etfst
laproportion
des personnesinterrogées pensant
que lesprix
futurs vont rester stables(fat
+fbt
+fst
= 1 si l’onnéglige
les personnes sansopinion).
En raisonnant sur des variables centrées
réduites,
leséquations (3)
et(4)
peuvent
s’écrireEtant donné que, par
hypothèse, p*it+1/t
suit une loinormale,
la variableT =
(p*it+1/t - mt)/st
suit une loi normale centrée réduite.Or,
les valeurs defat
et
fbt permettent
d’obtenir par lecture de la table de la fonctionintégrale
de laloi de
Laplace -
Gauss at etbt
tels quePar identification des
équations (5)
et(7)
ainsi que(6)
et(8)
on obtientSoit deux
équations
que l’onpeut
résoudre pour mt et stLe coefficient
St
étantsupposé proprotionnel
au niveau actuel desprix
Le taux d’inflation moyen
anticipé p*t+1/t
est dans ce caségal
àavec
dt
=(at
+bt)/(at - bt).
La valeur donnée à v est alorssupposée
telle que sur lapériode d’analyse
la valeur moyenne du taux d’inflationanticipé
estégale
au tauxd’inflation moyen observé
(hypothèse
d’absence debiais) :
soit
avec
pt+1 (Pt+ 1 - pt)/pt.
Par lasuite,
et pour des raisons decommodité,
noussupposerons que la
prevision
du niveau desprix
est formée en t -1 pour lapériode
t.II. LES ANTICIPATIONS INFLATIONNISTES DES ENTREPRENEURS FRAN-
CAIS,
1973-1981.La méthode
précédente
a étéappliquée
à uneanalyse
desenquêtes
men-suelles effectuées par l’INSEE
depuis
1963 sur lesprévisions
d’inflation des entre- preneurs(2 ).
Laquestion posée
est"Quelle
tendance vousparaît
actuellement laplus probable
pour l’évolutionau cours des trois ou
quatre prochains
mois du niveaugénéral
desprix
desproduits
industriels ?"Elle
appelle
uneréponse qualitative, puisque,
pour yrépondre,
le chefd’entreprise interrogé
doit entourer une flèche orientée vers le haut si saréponse
est
"hausse",
une flèche horizontale si saréponse
est "stabilité" et une flèche orientée vers le bas si saréponse
est "baisse".L’analyse porte
sur lapériode
allantde décembre 1973 à décembre 1981
(soit
89observations, puisqu’il n’y
a pasd’enquêtes
au moisd’août),
le choix de lapériode
étant fonction des séries men-suelles de taux de salaires
disponibles.
Le seuil
d’imperceptibilité,
calculé sousl’hypothèse
d’absence de biais surl’ensemble de la
période (équation 13)
estégal
à 0.36. Ceparamètre signifie
que lesagents n’anticipent
aucune variation desprix
tant que le taux d’inflation men-suel effectif est
compris
entre ± 0.36 %.Le tableau I
permet
d’étudier d’unepart
l’évolution sur l’ensemble de lapériode
et parsous-périodes
des valeurs moyennes et de la variabilité des tauxd’inflation effectifs et
anticipés,
et d’autrepart
l’évolution de l’erreur deprévision (e = p - p*).
Lafigure
1représente
l’évolution des taux d’inflation effectifs etanticipés,
tandis que les variations nonprévues
desprix
sontreprésentés
dans lafigure
2.TABLEAU 1
m : moyenne : a :
écart-type ;
v : coefficient de variation(2) G. DENIS (1979) ainsi que J.M. ROUSSEAU et J.P. SARDIN (1982) ont
également
analysé les résultats de ces enquêtes.Figure 1
Figure 2
L’examen des résultats conduit aux conclusions suivantes
(3) :
- dans le contexte inflationniste
qui prévaut depuis
le début des annéessoixante
dix,
lesanticipations
deprix
se fonttoujours
à lahausse ;
elles ont cepen- dant un caractère instablequi semble,
au moins enpartie,
lié à l’évolution effec- tive du tauxd’inflation ;
- le taux d’inflation effectif est
beaucoup plus
variable que le tauxmesuré ;
- les taux d’inflation effectif et
anticipé
ont en moyenneaugmenté
entre(3) La série de taux d’inflation
anticipés
est reproduite dans l’Annexe III (tableau A.III.a) de notre thèse.la
première
et la secondesous-période ;
leur variabilité acependant diminué ;
- le taux d’inflation moyen observé sur l’ensemble de la
période
est à peuprès
correctementprévu ;
ce résultat est directement lié auxhypothèses
faites pour le calcul du seuild’imperceptibilité.
Au cours de lapremière sous-période cependant,
le taux d’inflation effectif est sur-évalué tandis qu.au cours de la secondesous-période
la hausse effective desprix
industriels estsous-évaluée ;
- l’erreur moyenne de
prévision
est, parconséquent, négative
au cours dela
première sous-période
etpositive
au cours de la seconde. Sur l’ensemble de lapériode,
elle reste néanmoinsnégative ;
- la diminution de la
variabilité,
entre les deuxsous-périodes,
des tauxd’inflation effectif et
anticipé
a pourconséquence
une baisse de la variabilité de l’erreur deprévision
d’à peuprès
20 %.Le mode de formation des
anticipations
d’inflation(4)
a étéégalement
testéà
partir
de la série mesurée.’0 Le modèle
extrapolatif
a été testé enutilisant,
pourspécifier
la structuredes
retards,
la méthoded’ALMON(5).
Le tableau IIindique
les résultats obtenus pour unpolynôme
dedegré
trois et pour des délais allant de un àcinq
mois. Enretenant la
spécification
des retards conduisant à la somme des carrés des résidus laplus
faible - ou, cequi
revient aumême,
aur2
leplus
élevé - ilapparaît
que l’effet décalé desprix
sur lesprévisions
est de trois mois. La "mémoire" des en-trepreneurs
semble donc relativement courte.TABLEAU II Retards
(4) Une
présentation
des différents processus de formation des anticipations peut être trouvée par exemple dans l’ouvrage de D. LACOUE-LABARTHE (1980, pp. 127-161).(5) Pour un
exposé
de la méthode d’ALMON, voir par exemple MADDALA (1977, pp. 355-359).Les résidus d’estimation sont
cependant
fortement auto-corrélés aupremier
ordre. Pour déterminer dans
quelle
mesure l’auto-corrélation observée traduit l’oubli de variablesexplicatives pertinentes,
le modèleextrapolatif
a étéré-estimé,
en
prenant
encompte plusieurs
variablessupplémentaires,
notamment l’effet descoûts
salariaux, approximé
par le taux de croissance de l’indice du coût de la main- d’oeuvre dans les industriesmécaniques
etélectriques.
Aucune liaisonsignificative
n’a pu être établie entre ces différentes variables et le taux d’inflation
anticipé
par lesentrepreneurs,
cequi
tend àindiquer
l’existence d’un facteursubjectif (non- économique) important
dans la formation desprévisions
en très courtepériode.
’0
L’optimalité
desprévisions
a été testée selon troisprocédures
différentes.Sous la forme
forte,
le testd’optimalité
consiste à estimer les coefficients de l’é-quation (cf. THEIL,1966)
et à tester
l’hypothèse
nulleSi cette
hypothèse
nepeut
êtrerejetée,
lesanticipations
sont sans biais. En re-tranchant
p*t/t-1
dechaque
membre del’équation (14),
on obtientavec
L’hypothèse
nulle(15)
s’écrit dans ce cas :et
peut
être testée à l’aide de lastatistique
F de Fisher-Snédécor. Les résultats de l’estimation del’équation (16)
obtenus sur l’ensemble de lapériode
sont les sui-vants :
r2 représentant
le carré du coefficient decorrélation,
SCR la somme des carrés desrésidus,
F lastatistique
de Fisher-Snédécorpermettant
de testerl’hypothèse d’éga-
lité à zéro de l’ensemble des coefficients estimés des variables
explicatives et p (1)
l’estimation du coefficient d’auto-corrélation au
premier
ordre desrésidus ;
les chiffres situés en dessous des coefficients estimésreprésentent
les t de Student.Aux seuils d’erreur
habituels, l’hypothèse
nulle(17)
estrejetée.
Sous la forme
faible,
le testd’optimalité
desprévisions
inflationnistespeut
être effectué de deux manières. Dans le
premier
cas, il consiste à estimer les para- mètres del’équation (cf. PESANDO, 1976; MULLINEAUX, 1978;
ABEL etMISHKIN,1981,
pp.2-6).
c’est-à-dire à regresser l’erreur de
prévision
desprix
industriels sur les valeurspassées
du taux d’inflation. Si les
anticipations
sont faites àpartir
de l’utilisationoptimale
de l’information
disponible
sur les valeurspassées
desprix,
les coefficients estimésne doivent pas être
significativement
différents de zéro.Sur l’ensemble de la
période,
les résultats obtenus sont les suivants :L’erreur de
prévision
estsignificativement
liée au niveau atteint au cours du moisprécédent
par le taux de croissance effectif desprix
industriels.Dans le second cas, le test
d’optimalité
au sens faible consiste à estimer lesparamètres
del’équation (cf.
parexemple PRAET, 1981)
et à tester
l’hypothèse
nulle d’absence de corrélation sérielle des erreurs depré-
vision
(ai
=0,Vi ).
Les résultats obtenus sur l’ensemble de lapériode
sont lessuivants :
L’erreur de
prévision
desprix
desproduits
industriels décalé d’unepériode
affectesignificativement
la valeur courante de cette variable(6).
Pour
terminer,
il faut noter quel’imprécision
de laquestion posée
aux en-trepreneurs
entraînequelques
difficultésd’interprétation
de l’horizontemporel
desprévisions
mesurées :portent-elles
de manière exacte sur le taux de croissance desprix
à unmois,
deuxmois,
trois mois ouquatre
mois oupeuvent-elles
être com-prises
commeindiquent simplement
une valeur moyenneanticipée
du taux d’in-flation à très court terme, c’est-à-dire du taux
supposé prévaloir
aussi bien au coursdu mois suivant que dans trois ou
quatre
mois ? C’est la secondeinterprétation qui
a été retenue dans cette étude
(en
considérant un tauxanticipé
à unmois).
La pre- mièreinterprétation - plus
discutable - a été retenue notamment par PRAET(1981);
il seproduit
dans ce cas unphénomène
de recouvrement(overlapping).
Supposons
parexemple
que le taux de croissance desprix prévu
en tporte
sur lapériode
t + k.(6) Il faut remarquer que quelle que soit la forme du test
d’optimalité
retenue, on ne peut rien dire quant à l’ensemble informationnel utilisé par les agents ;l’hypothèse
d’anticipa-tions rationnelles (MUTH, 1961) ne peut pas, par
conséquent,
être véritablement testée:Soit
pi+ kIt
ce taux ; on a, pour un horizon de trois moisL’accroissement de l’information
disponible
entre lespériodes
t et t + 3étant en
général
fortement corrélé avec l’accroissement de l’informationdisponible
entre les
périodes
t + 1 et t +4,
il en résulte laplupart
dutemps
une forte liaisontemporelle
entre lesprix anticipés.
La solutiongénéralement
retenue dans ce casconsiste à éliminer les
prévisions
mesurées au cours du trimestre - et donc à neretenir que
quatre
observations par année. Laconséquence
en est uneperte
consi- dérabled’information,
cequi
estsusceptible
à son tour de conduire à uneexpli-
cation erronée des faits. Dans la mesure où les fluctuations d’un mois à l’autre des
anticipations
ne sont pasprises
encompte,
eneffet,
lesanticipations
du niveaugénéral
desprix
par lesentrepreneurs peuvent apparaître plus
"rationnelles"qu’elles
ne le sont en realité. DENIS(1979)
parexemple,
dans une étude en don-nées
trimestrielles,
montre que lesprévisions
des chefsd’entreprise
ont un contenuinformationnel assez
large ;
elles sont influencées par les variables courantesrepré-
sentant l’activité
économique
interne(taux
dechômage, productivité
dutravail, ...)
et par l’environnement international. Les résultats de cette étude semblent au
contraire
indiquer qu’à
très court terme, lesanticipations
inflationnistes des entre- preneurs sont influencéesprincipalement
par l’évolution récente desprix
et par des facteurssubjectifs.
CONCLUSION
La
grande
difficulté liée à la méthode de mesure directe desanticipations qui
a été
présentée
réside dans le choix del’hypothèse
de normalité desprévisions.
Celle-ci
peut
êtrejustifiée
par le recours au Théorème Centrallimite,
selonlequel
une somme de n variables aléatoires de même loi de
probabilité
tend vers une loide Gauss
lorsque
naugmente
indéfiniment. Elle revient à supposer que laprévision
formée par un individu i
quelconque
est le résultat du traitement d’une multituded’informations, d’importance équivalente,
dont les influences sont additives.Elle
implique
deplus
que la distribution de laprévision
estsymétrique.
Destravaux menés sur les
anticipations
deprix
aux Etats-Unis(7)
ontcependant permis
de montrer que la loi deprobabilité
desprévisions
estgénéralement asymétrique.
Par
exemple,
si la loi de distribution réelle estaplatie
àgauche, l’hypothèse
de nor-malité conduit à sous-estimer le taux moyen d’inflation
anticipé. Inversement, lorsque
la distribution réelle estaplatie
àdroite, l’hypothèse
de normalité conduit à sur-estimer le taux moyen d’inflationanticipé.
Il existeplusieurs
méthodes pourprendre
encompte l’hypothèse d’asymétrie.
Laplus générale
consiste à recourir à(7) Cf. CARLSON (1975,1977).
la
catégorie
des loisstables,
dont la loi normale n’estqu’un
casparticulier (8).
Mais dans ce cas un nouveau
problème apparaît, qui
n’a malheureusement pasencore reçu de solution satisfaisante : celui des critères de sélection d’une distri- bution
particulière
desprévisions
à l’intérieur de cette classe.REFERENCES
A.B. ABEL & F.S. MISHKIN
(1981). 2014 An Integrated
Viewof
Testsof Rationality,
Market
Efficiency
and the Short-runNeutrality of Monetary Policy,
NationalBureau of Economic
Research, Working Paper n°
726(août), multigraphié.
P.R. AGENOR
(1982). -
Le Traitement desAnticipations
enEconométrie, Thèse,
Université de Paris I
(Panthéon-Sorbonne),
97 pp.multigraphiée.
R.A. BATCHELOR
(1981). - Aggregate Expectations
under the StableLaws,
Journalof Econometrics,
vol.XVI, n°
2(juin),
199-210.R.A. BACHELOR
(1982). - Expectations, Output
and Inflation: theEuropean Evidence, European
EconomicReview,
vol.XVII, n°
1(janv.),
1-26.J.A. CARLSON
(1975). -
Are PriceExpectations Normally
Distributed? Journalof
the American StatisticalAssociation,
vol.LXX, n°
352(déc.),
749-754.J.A. CARLSON
(1977). -
AStudy
of PriceForecasts,
Annalsof Economic
and SocialMeasurement,
vol.VI, n°
1(automne),
27-56.J.A. CARLSON & M. PARKIN
(1975). 2014
InflationExpectations, Economia,
vol.XLII, n°
166(mai),
123-138.G. DENIS
(1979). - Anticipations
de Prix etInflation, Thèse,
Université deBordeaux, multigraphiée.
R.P.H. FISHE & K. LAHIRI
(1981). -
On the Estimation ofInflationary Expec-
tations from
Qualitative Responses,
Journalof Econometrics,
vol.XVI, n°
1(mai),
89-102.A. KNOBL
(1974). -
PriceExpectations
and Actual Price Behaviour inGermany,
I.M.F.
Staff Papers,
vol.XXI, n°
1(mars),
83-100.D. LACOUE-LABARTHE
(1980). 2014 Analyse Monétaire, Dunod,
Paris.G.S. MADDALA
(1977). - Econometrics,
Mc GrawHill,
New York.G. de MENIL & S.S. BHALLA
(1975). -
Direct Measurement ofPopular
PriceExpectations,
American EconomicReview,
vol.LXV, n°
1(mars),
169-180.D.J. MULLINEAUX
(1978). -
OnTesting
forRationality:
Another Look at theLivingstone
PriceExpectations Data,
Journalof
PoliticalEconomy,
vol.LXXVII, n°
2(avril),
390-394.J.F. MUTH
(1961). 2014
RationalExpectations
and theTheory
of PriceMovements, Econometrica,
vol.XXIX, n°
3(juil.),
315-335.J. PESANDO
(1976). -
RationalExpectations
and DistributedLag Expectations Proxies,
Journalof
the American StatisticalAssociation,
vol.LXXI, n°
353(mars),
36-42.(8) Cf. BATCHELOR (1981) et AGENOR (1982, pp. 21-39).
M.H. PESARAN & R. GULAMANI
(1982). - Expectations
Formations and Macro- econometricModelling, Colloque
International sur lesDéveloppements
Ré-cents de la Modélisation
Macroéconomique, Paris,
13-15sept. 1982,
multi-graphié.
P. PRAET
(1981). -
AComparative Approach
to the Measurement ofExpected Inflation,
CahiersEconomiques
deBruxelles, n°
90(2e trim.),
147-171.J.M. ROUSSEAU & J.P. SARDIN
(1982). 2014
Le Taux deChômage
Naturel enFrance: Une
vérification
par la Mesure Directe des Tauxd’Inflation
Antici-pés,
Laboratoired’Analyse
de RecherchesEconomiques, Bordeaux, juin, multigraphié.
H. THEIL
(1966). 2014 Applied
EconomicForecasting, Amsterdam,
North-Holland.I. VISCO
(1979). 2014
The Measurement andAnalysis of Inflation Expectations,
inBank
of Italy
EconomicPapers, Rome, 149-232.
REMARQUES SUR L’ARTICLE DE P.R. AGENOR
par Jacky FAYOLLE
DIRECTION DES SYNTHESES ECONOMIQUES Service de la Conjoncture, INSEE
La conclusion
économique
de l’article de P.R. AGENORpeut
êtrelargement partagée :
le modèled’anticipation
desprix
par lesentreprises incorpore
une fortecomposante extrapolative
mais "la très forte auto-corrélation dupremier
ordre desrésidus d’estimation semble
indiquer
l’existence d’autres variables affectant l’évo- lution desprix anticipés".
Des études menées au Service de la
Conjoncture
de l’INSEE sur ce mêmethème,
il ressort en effet que, si lacomposante extrapolative
est bienprésente,
les autres variables
explicatives peuvent
être identifiées. En gros : lesentreprises
cherchent à atteindre un
prix
désiréqu’elles
déterminent relativement à la tendancespontanée
quereprésente l’extrapolation
et ceprix
désiréincorpore
une norme derentabilité
jugée
satisfaisante. Lesentreprises extrapolent,
mais modulent cette ex-trapolation
pour obtenir une rentabilitéjugée
suffisante(çe qui
ne se réalisera pasobligatoirement puisqu’il s’agit d’anticipations).
Néanmoins ces études manifestent des différences avec le travail de P.R.
AGENOR : elles ont été menées sur les séries
d’anticipations
du taux de variationde leurs
prix
que fournissent lesentreprises
àl’enquête
deconjoncture
trimestriellesur l’activité.
Chaque trimestre,
lesentreprises
fournissent cetteanticipation
directe-ment
quantifiée.
P.R. AGENOR travaille sur lesanticipations qualitatives
issues del’enquête mensuelle,
en n’utilisant que cellesqui
concernent le mouvement d’en- semble desprix
et non pas cellesqui
concernent le mouvement desprix pratiqués
par les
entreprises
elles-mêmes(les perspectives générales plutôt
que lesperspectives personnelles).
Les deux sources sonthomogènes : l’enquête
trimestrielle n’estqu’un élargissement
duquestionnaire
del’enquête
mensuelle et le même échantillon estinterrogé.
On a donc desanticipations qualitatives
etquantitatives.
Or,
la sérieanticipée quantifiée
que reconstruit P.R. AGENOR par son mo- dèle(cf.
p.35)
estparticulièrement
inerte etrigide
parrapport
à la réalité. Il doit être clairqu’on
nepeut
attribuer ce défaut à lapauvreté
du contenu des antici-pations d’entreprises : lorsqu’on interroge
directement celles-ci sur leursprévisions quantifiées
deprix,
les sériesqui
en sont issues sontbeaucoup plus proches
de l’in-flation observée certes avec des erreurs
d’anticipations,
mais elles n’ont rien de l’inertie de la sériequantifiée
reconstruite.Il en résulte que cette dernière
privilégie
outre mesure lapart
del’extrapo-
lation et
qu’il
serait sans doute difficiled’y
mettre en évidence uncomportement d’anticipation
trèsapprofondi.
Ce n’est pas laqualité
desanticipations
des entre-prises qui
est en cause,puisque
la connaissance directe desanticipations quantifiées
montre que les
entreprises
saventanticiper
lescycles
inflationnistesmalgré
l’exis-tence d’erreurs au demeurant
explicables.
Cequi
est en cause, c’est lacapacité
dumodèle
présenté
àquantifier
correctement lesprévisions qualitatives :
leshypo-
thèses
imposées (quoiqu’elles
soienthabituelles)
sont sans doutetrop rigides
parrapport
aucomportement
deréponse
réel desentreprises.
En ce sens
l’enseignemement
de l’article’seraitplutôt
dustyle (et
cela ne vautpas seulement pour les variables de
prix) :
soyons modesteslorsque
nous essayonsde
quantifier
les variablesd’opinion
issues desenquêtes
deconjoncture.
REPONSE
De toute
évidence,
il esttoujours préférable d’utiliser, lorsqu’elles
sont dis-ponibles,
des séries deprévisions
directementquantifiées :
toute méthode de quan- tification de résultatsqualitatifs comporte
unepart
d’arbitraire. Il est inutile de revenir ici sur les difficultésposées
par la méthode retenue ; elles sontexposées - quoique
brièvement - dans la conclusion de l’article.Il existe certes, en
France,
une séried’anticipations
directementquantifiées
sur les
prix ;
elle concerne lesprix
de ventepratiqués
par lesentreprises
inter-rogées.
L’utilisation de cette série comme mesure de laprévision
de l’ensemble desprix industriels,
comme semble le recommander M.FAYOLLE,
posecependant
une difficulté fondamentale : elle repose sur une confusion entre les mouvements des
prix relatifs,
et ceux du niveaugénéral
desprix.
Les mouvements de l’un ne re- flète pas nécessairement les mouvements des autres ; c’est même l’un despostulats
essentiels du néo-classicisme en économie que de supposer
l’indépendance
entreprix
relatifs etprix
absolus.Lorsqu’un entrepreneur répond qu’il anticipe
unehausse du
prix
de vente de sonproduit
dex %,
c’est l’évolution duprix
du bienqu’il fabrique
par rapport aux autresproduits qu’il
évalue et non l’évolution de l’ensemble desprix
industriels. En d’autres termes,l’agrégation
desréponses
nefournit pas le taux moyen de variation
anticipé
de l’ensemble desprix
industriels maisplutôt
le taux moyen de variationanticipé
par lesentrepreneurs
desprix (relatifs)
desproduits qu’ils fabriquent.
En toute
rigueur,
pourapprécier
lacapacité prédictive
desprévisions
per- sonnelles desentrepreneurs,
il serait nécessaire de mener - comme l’a récemment fait Saunders(1983)
en Australie - uneanalyse désagrégée :
comparer lespré-
visions
personnelles
deprix
desentrepreneurs
dans les industries textiles avec leprix
desproduits textiles,
etc. C est là uneimportante
voie de recherche.REFERENCE
SAUNDERS P.
(1983). 2014
ADisaggregate Study
of theRationality
of AustralianProducers’
PriceExpectations,
ManchesterSchool,
vol.LI, n°
4(déc.),
380-398.