CR de la rencontre avec le Doyen de l’inspection de philosophie
Le groupe philosophie du Snes s’était fixé pour cette année deux objectifs prioritaires : -1) Poursuivre, à la suite de l’obtention du mandat de congrès du Mans sur l’introduction de la philosophie en première L, la réflexion à travers des stages interdisciplinaires sur le devenir de la série littéraire.
-2) Relancer la réflexion sur l’évaluation du travail des élèves. L’une des finalités étant de faire naître une habitude de rencontres des collègues syndiqués à partir de difficultés rencontrées au cours de l’enseignement d’une notion aussi bien que de la notation de copies.
Ces deux objectifs ont donc fait l’objet comme vous le constaterez d’une attention toute particulière de notre part lors de la rencontre avec le Doyen de l’inspection générale de philosophie.
Cette rencontre a eu lieu le jeudi 11 mai, au 3-5 boulevard Pasteur. L’entretien a duré près de deux heures et demi.
De nombreuses questions étaient à l’ordre du jour que nous avons tenté de regrouper ici pour clarifier le CR.
L’avenir de la série L :
Le groupe philosophie travaille depuis quelques années déjà à faire évoluer la réflexion sur cette série. Cette année a été l’occasion d’organiser deux stages (à Bordeaux et Rouen) sur la question de devenir de la série littéraire. Il apparaît désormais assez clairement à tous ceux qui se sont informés de la situation que la série L est en grand danger, par là même le devenir de la philosophie dans cette série.
M. Souchet avait un certain nombre d’informations à nous communiquer, étant donné le travail des diverses Inspections Générales sur ce sujet :
Les autres IG se disent « choquées » par le coefficient et l’horaire de la philosophie en terminale L. La critique à l’égard du monopole de la philosophie en terminale littéraire devient puissante nous a t-on dit, même si tous constatent sur le terrain que les élèves sont globalement plutôt satisfaits de l’enseignement de la philosophie.
L’Inspection Générale de philosophie a elle-même évolué dans ce domaine. (Il suffira pour s’en rendre compte de se reporter au CR de la précédente rencontre avec le Doyen ). L’introduction de la philosophie en Première littéraire lui semble désormais souhaitable ; mais dans le même temps il lui apparaît que l’horaire en terminale sera fort difficile à maintenir.
Dans l’optique de l’introduction de la philosophie en première L, un horaire de deux ou trois heures serait envisageable, et il faudrait, nous dit M. Souchet, une épreuve au terme de l’année de première.
La question de la nécessité d’une épreuve en fin d’année de première mérite comme celle du programme une large consultation des collègues. Nous avons discuté de quelques possibilités comme d’un programme approchant celui de la culture générale des classes économiques. Le groupe philosophie a rappelé l’écueil qu’il perçoit dans la mise en place d’un programme de textes
discipline. La complexité de la réflexion à mener pour élaborer un programme en première nécessiterait la mise en place d’un GEPS, selon M. Souchet.
Tout cela est encore hypothétique mais s’appuie sur une analyse du délitement des classes littéraires et amène à la présentation suivante de différents scénarios possibles dont la réalisation reste tributaire des éventuelles volontés politiques de réforme à venir.
- Soit une refonte de toutes les séries générales avec un seul bac général et des options lourdes de détermination.
- Soit une fusion des L et Es. (hypothèse échafaudée par M. Boissinot)
- Soit une restructuration du tronc commun de la série L sans tomber dans le saupoudrage…. Ce qui sera difficile !
La nouvelle donne de l’enseignement de la philosophie au lycée pourrait par exemple être la suivante :
3 heures en première L ; 5 h en terminale (tronc commun), et une option lourde pour la terminale littéraire toujours.
Le Groupe philosophie a insisté sur l’importance de maintenir un coefficient de haut niveau, voire de profiter le cas échéant de cette « rénovation » pour essayer d’opérer le même type de transformation positive que celle que les lettres avaient obtenue. Ce qui importe ici ce n’est pas de sauver le pré carré des collègues qui ont eu l’habitude d’avoir une L à 8h, mais bien de prendre en considération l’avenir d’une série qui a raté le train de la démocratisation, comme le rappelait Roland Hubert lors du stage de Bordeaux.
Dans le cadre de cette discussion, le groupe philosophie a aussi rappelé qu’une des causes de la désaffection de la série littéraire était la représentation qu’élèves et familles se font du caractère aléatoire de l’évaluation en philosophie. D’où l’extrême importance à accorder à l’encadrement d’un travail sur l’évaluation.
L’évaluation des copies au baccalauréat et les réunions préparatoires :
Lors de la rencontre du Groupe philosophie avec le Doyen l’an passé, celui-ci s’était engagé à faire en sorte que le travail des IPR aille dans le sens d’une plus grande harmonisation des pratiques relatives aux réunions d’examen.
Nous avons demandé au Doyen de nous préciser où en était sur le terrain le travail d’harmonisation de ces pratiques - Copies-test, présence des IPR aux réunions d’entente et d’harmonisation etc… - Il nous a été répondu que si les pratiques diffèrent encore d’une académie à l’autre, ce n’est pas tant du fait des IPR que de celui des politiques rectorales qui accordent ou non des moyens suffisants pour organiser convenablement ce travail.
Nous avons aussi rappelé notre réprobation, adressée par courrier aussi bien à l’inspection générale qu’à la Desco, face à un calendrier du bac qui nous fait encore perdre deux jours de correction. M. Souchet avait lui aussi fait la demande auprès de la DESCO d’une modification calendaire, mais rien n’a été possible… Les IPR ont alors été chargés par l’IG de tenter de négocier dans les rectorats la possibilité d’obtenir une souplesse pour la date butoir de saisie de notes sur internet. A ce stade, la réponse est bien souvent : La lolf nous interdit toute souplesse, les crédits affectés au bac ne sont pas extensibles ! On se rappellera qu’il est dans l’air du temps de tout évaluer de façon quantitative et que cela fait un moment que l’ON trouve que le bac coûte trop cher !!
Nous avons réitéré notre demande de stages consacrés à l’évaluation des copies en cours d’année.
En effet, ceci aurait la vertu de permettre de travailler dans des conditions autres que l’urgence
du baccalauréat, de faciliter la rencontre entre collègues qui ne se connaissent pas forcément et d’instiller à moyen terme une certaine habitude de réflexion en commun.
C’est dans ce cadre que nous avons fortement insisté auprès de M. Souchet pour que l’inspection générale formalise une doctrine relative à l’importance extrême de la formation continue et du minimum de jours requis par an. Il faut se rendre compte que d’une académie à l’autre le nombre de jours de formation continue va du simple au triple. C’est aussi un moyen de rappeler que le diktat de l’autonomie des EPLE ne peut pas tout gérer - notamment la formation continue – par des stages dits de terrain, ou liés aux stricts besoins de l’établissement.
Notre demande de stages a pris la forme d’une requête orientée vers les séries technologiques :
Puisque le nouveau programme de ces séries entre en vigueur en septembre, nous avons demandé s’il donnerait lieu à des réunions académiques ou départementales de présentation, comme cela a déjà commencé dans certaines académies comme Rouen. Nous avons tenu à préciser que la demande des collègues à cet égard n’était pas celle de grandes Réunions solennelles où certains s’essaient à disserter devant l’inspection générale ! Le Doyen nous a précisé que les IPR avaient le projet d’organiser de telles réunions, mais que le budget dévolu à ce travail ne serait pas équivalent à celui dont avaient bénéficié les séries générales.. Nous suivrons donc leur mise en place de près. Dans cette perspective, nous demandons à tous de bien vouloir nous indiquer succinctement (par mail si possible) quand ces réunions auront lieu et comment elles se déroulent.
Nous avons lourdement insisté sur l’importance à accorder à la mise en place de ce programme, et par là même, à la situation difficile dans laquelle certains de nos collègues enseignent : ne pas offrir aux professeurs enseignant dans les séries technologiques la possibilité analogue à celle proposée aux collègues des séries générales serait stigmatisant et sans aucun doute mal vécu.
Le maintien des horaires en S et en SMS :
Nous avons bien entendu reparlé de l’horaire en S qui, faute d’une clarification dans la circulaire de rentrée donne lieu à des disparités d’horaires, d’un lycée à l’autre, voire d’une classe à l’autre dans un même établissement.
La Desco refuse de rédiger un texte pour clarifier les choses et les collègues en sont réduits sur place à se battre pour le maintien de l’horaire c’est à dire soit deux heures à classe entière et une heure dédoublée, soit 4 heures à classe entière. Mais on leur rétorque que si l’effectif est faible (moins de 25, alors que la notion de seuil n’existe pas dans les textes !), il n’y aura que trois heures à classe entière. Désormais il n’est pas rare que les chefs d’établissement exercent un chantage entre les disciplines : si je vous donne « vos » quatre heures-prof, je suis obligé de supprimer le latin !
Enfin et toujours sur cette difficulté de faire respecter la grille horaire en S, rappelons que le plus sûr est encore d’avoir une défense syndicale claire et une équipe disciplinaire unanime.
La réforme en SMS apporte son lot de modifications horaires où l’on voit se jouer l’état de nature entre inspections ! L’inspection générale d’histoire emporte le morceau : une heure et demi de plus en terminale… Il faut donc prendre ailleurs : la philosophie perdrait cette précieuse heure qui devrait être la règle dans les classes technologiques et non l’exception de la série SMS. Nous avons fait valoir un certain nombre d’arguments afin de défendre notre horaire initial – en particulier, la fusion des enseignements de SSS et de CSAS qui pourrait conduire à un véritable travail interdisciplinaire dans cette série. Mais s’il fallait convaincre encore et ce par rapport à cette réforme, il suffirait de lire le préambule du texte et de lister les attendus en termes de compétences pour comprendre immédiatement que la philosophie est ici tout à fait
Un stage syndical sur la réforme en SMS sera organisé le 9 juin – cf. détails sur le site du SNES.
Conditions de travail : où en est-on ?
* Nous avons appris à M. Souchet la fermeture du CAPES interne de philosophie pour 2008 !
Cela s’apparente sérieusement à une disparition pure et simple de ce concours, puisque cela fait déjà 3 ans qu’il est fermé. Si l’Inspection générale est bien convaincue de l’importance de développer l’enseignement de la philosophie dans le supérieur comme en amont désormais ( en première L), cela ne conduit pas à une défense hardie de la discipline.
* TZR : Si l’on nous disait il y a quelques années, qu’il y avait pléthore de TZR en philosophie, ce qui semble encore vrai dans quelques académies parisiennes, il faut préciser que ce n’est plus du tout le cas en Province :
à Montpellier, à Bordeaux, à Marseille, les TZR sont tous employés sur des BMP le plus souvent, donc utilisés comme variable d’ajustement mais apparaissant sur des postes fixes (ce qui, faut-il le rappeler, bloque du coup l’entrée dans les académies et l’ouverture des postes aux concours).
C’est la façon que le MEN a trouvée pour faire disparaître peu à peu ce corps qui manque de souplesse. La conséquence ne s’est pas faite attendre : on recrute des vacataires tant et plus, qui ne sont pas formés pour enseigner et qui se trouvent confrontés du jour au lendemain à des classes d’examen.
La position de l’inspection générale quant à l’utilisation des TZR consiste à demander qu’ils soient occupés dans leur discipline. Mais aujourd’hui, le problème change encore de visage :
Les cas de demande de remplacement dans une discipline dite connexe (décret de 50) se multiplient….
Face à cette difficulté qui a amené certains collègues à se soumettre à l’injonction sous peine de saisie sur salaire, l’Inspection se contente de nous signaler qu’il n’y a pas mort d’homme tant qu’on ne demande pas au collègue d’enseigner majoritairement dans une autre discipline ! c’est effectivement ce dont est porteur le fameux décret de 50.
Le retard des inspections :
Nous avons fait remarquer au Doyen qu’il existe une disparité assez forte dans le traitement des disciplines du fait, entre autres, d’un retard moyen d’inspection d’un an et demi en philosophie. Par ailleurs, si certaines académies bénéficient grâce au SNES d’un réajustement mécanique des notes, cela ne peut valoir pour les agrégés qui sont gérés nationalement. Nous avions demandé aux collègues de bien vouloir nous tenir informés de ces retards s’ils étaient très sensibles. Certains d’entre vous nous ont écrit pour signaler une absence d’inspection depuis 10 ans ! Le Doyen a reconnu le caractère inadmissible de ces retards et engage les collègues qui se trouveraient encore dans cette situation à écrire à leur IPR et à doubler ce courrier d’une lettre à l’inspecteur général qui a en charge leur académie. Si vous ne connaissez pas le nom de cet IG, ou bien vous vous reportez au site des observatoires du Snes, ou bien vous écrivez au Doyen de l’inspection Générale, 3-5 boulevard Pasteur, Paris.
Le Doyen nous a aussi informés du caractère désormais moins obligatoire de l’inspection :
En effet, la note d’inspection étant annuelle, elle peut très bien varier sans que vous ayez subi une inspection ! Il y a là une évolution étonnante, qui vise sans doute à permettre à l’Inspection de se consacrer à autre chose qu’à ce type de travail. Conséquence ? Si vous estimez que votre
avancement s’enlise du fait d’un retard d’inspection, contactez votre IPR et signalez-le, avec un peu de chance votre note changera ! Mais alors qu’est donc censée évaluer cette note ?!
L’entretien ayant duré fort longtemps, nous n’avons pas abordé les remises en cause des conditions de travail comme celle de la menace qui pèse sur l’heure de première chaire. Nous demanderons un complément d’information à l’Inspection générale, si nécessaire.
Informations à consulter sur le site très prochainement : CR de la journée consacrée à l’évaluation.
CR des stages de bordeaux et de Rouen.
CR de la rencontre avec l’Appep.
NB : Une précision quant à la non rencontre avec l’Acireph s’impose. Dans le dernier bulletin de son association, S Cospérec s’interroge sur l’absence de nouvelles du Groupe philo qui l’avait pourtant sollicité pour une rencontre au même titre que l’Appep l’avait été.
La rencontre prévue avec l’Acireph n’a pas encore eu lieu et dépendra de la capacité de son président à se montrer moins exigeant que le doyen lui-même : nous n’avons pas été accompagnés d’un représentant national du SNES ni pour la rencontre avec l’Appep, ni pour la rencontre avec le Doyen !
Pour le groupe philosophie, Brigitte Bellebeau
Elisabeth Cassou-Barbier.