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Un nouveau segment de l'aqueduc romain de Genève: analyse du complexe sédimentaire

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Un nouveau segment de l'aqueduc romain de Genève: analyse du complexe sédimentaire

CHAIX, Louis, et al.

Abstract

A section of the Roman aqueduct with its sedimentary filling, supplying water to Geneva between the 1st and the 3rd century was studied using sedimentological, palaeobotanical and mollusc techniques. The results show that the sedimentation started when the water-main was still active. The upper part of the sediment consists of local material brought in by the ground water. Historical evidence suggests that the aqueduct was out of service at the end of the 3rd century.

CHAIX, Louis, et al . Un nouveau segment de l'aqueduc romain de Genève: analyse du complexe sédimentaire. Compte rendu des séances de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève , 1980, vol. N.S., vol. 15, no. 1, p. 15-26

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:149627

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1 / 1

(2)

C.R. des Séances, SPHN Genève, NS Vol. 15 Fasc. 1

~

Séance du 8 mai 1980 \

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Louis UJIAIX1, Claire DUBOCHET2, Daniel PAUNIER3, Chr1sti~

REYNAUD4. -Un nouveau segment de l'aqueduc romain de Genève: analyse du complexe sédimentaire.

ABSTRACT

A section of the Roman aqueduc! with its sedimentary filling, supplying water to Geneva between the 1.st and l'be 3rd centu ry was srudied using sedimentological, palaeobotanical and mollusc techniques.

The results show that the sedimentation started when the water-main was süll active. The upper part of the sediment cons.ists of local material brought in by the grou nd water. Historical evidence suggests that the aqued uct was out or service a l the end of the 3rd century.

l. INTRODUCTION

En automne 1975, des travaux de terrassement mettaient au jour à la rue de Genève, dans la commune de Thônex, un nouveau segment de l'aqueduc romain dont le tracé avait été reconnu à plusieurs reprises depuis le siècle dernier (Blondel 1928, 1936, 1943, 1946, 1961; Sauter 1972, 1976, 1978)1. Grâce à la compré- hension des autorités communales et en collaboration étroite avec le Bureau cantonal d'archéologie, une section .d'environ 2,40 m de longueur était prélevée en automne 1976 et exposée au public dès le printemps 1979 sur la place Graveson nouvellement créée. A cette occasion, le remplissage de l'aqueduc, constitué d'une couche de sédiments épaisse de 0,50 m environ, pouvait faire l'objet d'analyses géologique, palynologique et malacologique dont les résultats constituent l'essentiel de notre article. Ce genre d'étude, entrepris pour la première fois à Genève, a déjà été réalisé à l'étranger (Specht 1964); Buckland 1976; Kôrber-Grohne, à paraître).

En guise de préambule, il nous a paru utile de rappeler brièvement l'état de nos connaissances sur l'aqueduc romain de Genève.

Parcours (Fig. 1).

Il est généralement admis que l'origine de la conduite se situe à 200-300 m au N-0 de l'église de Cranves (Haute-Savoie), au lieu-dit «Les Fontaines (ou «Le

1 Département d'Anthropo logie, Université de Genève.

2 Institut de Botanique, Université de Lausanne.

3 Département des Sciences de l'Antiquité, Universités de Genève et de Lausanne.

4 Institut de Géologie, Université de Genève.

(3)

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FIG. 1. - Parcours schématique de l'aqueduc de Genève.

- - - Tracé reconnu ---Tracé hypothétique

• Situation du segment analysé

Be1,lley» ), où des canalisations de tuiles courbes (imbrices) maçonnées, prolongées par un canal de béton, ainsi qu'un réservoir de captation ont été observés (Blondel 1928, p. 34-35 et aimable communication de P. Broise qui a examiné les lieux en 1963) 2 • L'orientation des canaux a conduit à l'hypothèse de deux tracés différents:

l'un par Cranves, Bas-Monthoux, Mallebranche, Annemasse et Moillesulaz; l'autre par Cranves, la région de Ville-la-Grand, Ambilly et Moillesulaz. Si le premier parcours n'a jamais pu être vérifié de manière indubitable, le second a livré quelques indices plus sûrs: lors de l'agrandissement de l'hôpital d'Annemasse en 1965, P. Broise observait à Ambilly une section d'une trentaine de mètres, large de 1,60 m, dont la superstructure avait malheureusement disparu (Broise 1974, p. 162-163 et aimable communication de l'auteur); les pieds-droits, larges de 0,55 m environ, étaient composés d'un massif de maçonnerie en gros galets hourdés au mortier de chaux gris; le canal, large de 0,44 m, était entièrement tapissé d'un mortier rose de tuileaux, reposant sur un radier de briques calibrées de 0,30 sur: 0,40 m; si les dimensions sont très voisines de celles qui ont été observées à Chêne-Thônex, le canal présente des différences essentielles dans son mode de construction. A

(4)

Moillesulaz, l'aqueduc devait franchir le Foron sur un pont à arches, d'une hauteur de 5 m environ, dont L. Blondel a cru reconnaître l'une des piles en pierre (Blondel 1946, p. 17-21). Entre le Foron et la Seymaz, le tracé, qui longe, au nord, la rue de Genève, est assuré (Blondel 1946, p. 22, fig. 3). A partir de la Seymaz, dont la présence a dû nécessiter elle aussi la construction d' un pont, Je parcours reste hypothétique. En se fondant sur une série de preuves négatives et sur une étude des niveaux, L. Blondel faisait passer la canalisation par la Boissière, Villereuse, Saint-Victor et la contregarde du Bastion du Pin où devait s'élever un réservoir de distribution (castellum divisorium); un ouvrage circulaire en maçonnerie, reconnu en 1859 lors de la démolition des fortifications, serait les vestiges de ce château d'eau desservant aussi bien la ville ancienne, sur la colline de Saint-Pierre, que l'agglomération nouvelle, sur le Plateau des Tranchées (Blondel 1928, p. 48; 1961, p. 6-8). Notons qu'un petit canal, retrouvé à Malagnou en 1942, de même facture mais plus petit que celui de Chêne-Thônex, pourrait bien constituer un embran- chement de l'aqueduc principal (Blondel 1943, p. 41 -44). Quant à la canalisation mise au jour en 1961 à la rue Etienne-Dumont, qui se distingue par des dimensions plus importantes et des caractéristiques techniques différentes, sa relation directe avec l'ouvrage de Chêne-Thônex demeure preoblématique (Blondel 1961).

Caractéristiques techniques (Fig. 2)

A Chêne-Thônex, les dimensions intérieures de l'aqueduc oscillent entre 0,80 et 0,85 m pour la hauteur sous voûte et 0,47 et 0,55 pour la largeur (3). Les pieds droits, épais de 0,50 m environ et dont la hauteur atteint 0, 75 men moyenne, sont constitués de moellons de calcaire et de schiste disposés en lits plus ou moins réguliers de 0,08 à 0, 10 de hauteur, liés par un mortier gris à la chaux; les joints sont soigneusement marqués au fer; des voussoirs en tuf taillé constituent la voûte surbaissée; l'extrados est recouvert d'une abondante couche de mortier qui a coulé par endroits entre les blocs et conserve sur l'intrados l'empreinte du coffrage de bois posé sur le sommet des pieds-droits. Le radier est fait de galets, de gravier et de petites dalles de pierre noyés dans une couche de mortier gris. Nulle part il n'a été observé dans le secteur de Chêne le revêtement de mortier de tuileaux reconnu à Ambilly ou à la rue Etienne-Dumont, attesté sur la plupart des aqueducs (4). En revanche, un regard, fermé par un bloc de tuf taillé en forme de coin, a été repéré dans la localité de Moillesulaz (Blondel 1928, p. 53; 1946, p. 22. fig. 3,2).

Entre Cranves (alt. 520 m) et les Tranchées (alt. 395 m), sur une distance de 11 km environ, la pente moyenne de l'aqueduc s'éléverait à 11,4 m par km; cette valeur particulièrement élevée implique presque nécessairement la présence d'une série de chutes; les mesures effectuées sur la section conservée entre le Foron et la Seymaz indiquent une pente de 0,55 m par km, proche des normes habituelles (5).

Quant au débit, calculé pour un canal rempli jusqu'à une hauteur de 0,40 met selon

(5)

FIG. 2. - Le segment d'aqueduc exposé à la place Graveson. Face ouest.

Photo J.-B. Sevette.

la pente observée à Moillesulaz, on peut l'évaluer à 6000 litres par minute (Blondel, 1928, p. 55 et vérification personnelle avec un coefficient de rugosité y de 0,1 6).

Datation

Il n'existe aucun critère sûr pour la datation des aqueducs; les modes de construction varient sensiblement d'une région à l'autre et très rares sont les ouvrages dont l'âge est connu avec certitude. Dans notre cas, deux textes épigraphiques attestant le don de réservoirs (lacuus) aux habitants du vicus de Genève par Iulius Valerius Bassus, duumvir sous le règne de Claude probablement, peuvent conduire à l'hypothèse de l'existence à cette date d'une amenée d'eau (CIL XII, 2606). Comme la canalisation mise au jour à la rue Etienne-Dumont n'est pas antérieure au règne de Trajan, seuls les segments de Chêne-Thônex pour- raient remonter au milieu du 1er siècle; leurs modes de construction ne sauraient infirmer cette conjoncture. Quant à l'abandon de l'ouvrage, seule la vraisemblance témoigne en faveur du milieu du nie siècle, à la suite des premières invasions germa- niques (6).

(6)

Comme on le voit, plusieurs questions restent ouvertes; le parcours exact de l'aqueduc, les rapports entre les segments d' Ambilly, de Chêne-Thônex et de la rue Etienne-Dumont, dont les caractéristiques varient, la différence d'altitude excessive entre l'origine et le point d'arrivée du canal, la chronologie, autant de problèmes qui attendent encore des solutions satisfaisantes; seules de nouvelles observations sur le terrain seront à même de vérifier le bien-fondé des hypothèses formulées naguère par L. Blondel.

NOTES

1. Commune de Thônex, rue de Genève; CNS 1301, Genève; coord. 504.5001116.500; ait. 420 m.

2. Coordonnées Lambert : X= 904.88; Y= 139.83; Z = 520.

3. Quelques va.leurs comparatives, hauteur, puis largeur (en mètres): Nyon: 1,35; 0,90; Augst: 1,80;

0,90; Lyon-Brévenne: 1,69; 0,89; Lyon-Gier: 1,63 ; 0,60; Sens : 1,20 ; 0,40 ; Fréjus: 1,03; 0, 70;

Cimiez : 1,20; 0,60; Conimbriga: L,03- 1,43; 0,51-0,68.

4. Blondel ( 1928, p. 5 l) dit avoirrecueilli des fragments de ciment rose d' une épaisseur de 1 à 2 cm ; il n'indique pas da ns quelles circonstances; les deux segmencs mis récemmenlau jour éraient totale me nt dépourvus de ce mortier; notons que certai ns tronçons de l'aq ueduc Div0nne-Nyon présentent cet enduit caractéristiques, d'autres pas.

5. Blondel, 1928, p. 50. Les pentes habituellement admises pour 1.es aqueducs romains sont loin d'être uniformes et peuvent varier considérablement pour un mème ouvrage; quelques exemples : Lyon-Gier : 1,35 rnlkm; Nîmes: 0,342 m/km, avec une valeur de 0, 185 m/km entre Je Pont du Gard et le crwcllum divisoriwn ; Nyon : 5 mlkm; Avenches: 9 m/km; Augst: 2 m/km; Conimbriga:

1,12 mlkrn. Il s'agit de pentes moyenne, de pure valeur indicative .

6. n faut note r que le terme de «lacus" pourrai t aussi bien désigner des citernes ou des bassins, utilisés antérieure ment à la mise en service de l'aqueduc, telsquïl en existait, par exemple sur la Plate-Forme de Fréj us. Les caractéristiq ues des joints marqués au fer, si la chronologie d' Augst peut être appliquée au segment de Chê ne, semblent appartenir à la. seconde moitié du 1•< siècle (Bender, 1975, p. 140-142) ; rue Etienne-Dumont: Sauter, G allay, 1963 ; Paunier, site n° 9.

Ila. ANALYSE DU COMPLEXE SÉDIMENTAIRE

Le complexe sédimentaire peut être subdivisé en quatre grandes unités en partant du bas:

Unité A: 0-28 cm; argile avec des passées de silt présentant des niveaux noirs plus riches en matière organique.

Unité B: 28-37 cm; argile/silt peu ou pas lité passant graduellement à du sable vers 32 cm.

Unité C: 37-42 cm; argile non litée.

Unité D: 42-47 cm ; argile bien litée présentant des niveaux d'oxydation ferri- que.

Les résultats des teneurs en matière organique et en carbonate exprimées en pourcentage du poids total du sédiment montrent une augmentation de la proportion des carbonates vers le haut du dépôt sédimentaire, à partir du niveau 20-30 cm (Tableau 1).

(7)

L'analyse du contenu en pollens, graines et mollusques de la matrice sédimen- taire permet d'éclairer les modalités de la genèse du dépôt.

TABLEAU 1

~

m organique Matière Calcimétrie

45-47 0,8 46

30-45 1,4 43

20-30 0,8 42

10-20 1,2 28

0-10 1,8 24

Teneurs en matière organique et en carbonate exprimées en °/o du poids total de sédiment.

Ilb. ETUDE PALYNOLOGIQUE

Le bassin genevois ayant été largement défriché depuis la fin du Néolithique, la forêt se maintenait sur les sols les plus impropres à l'agriculture, comme les hautes Terrasses graveleuses. Parmi les feuillus, le chêne était l'arbre prédominant, associé au hêtre, au noisetier et à l'orme. L'étage montagnard qui ceinture la cuvette lémanique portait des forêts de conifères avec le sapin, l'épicea et le pin.

L'augmentation en valeurs relatives du pin dans les diagrammes polliniques suggère que les défrichements n'ont pas épargné les versants montagnards où la destruction des biocénoses naturelles a favorisé la colonisation du pin. Deux plantes cultivées, le noyer et la vigne, sont caractéristiques de la période romaine et nous les retrouvons dans nos spectres polliniques.

Nous distinguons les 2 biozones suivantes:

1) Pinus-Picea Gramineae; 0-30 cm: les assemblages polliniques sont dominés par le pin, l'épicéa, et les graminées avec secondairement l'aune et le chêne.

L'importance des pollens non arboréens (PNA) témoigne d'un paysage végétal largement déforesté.

2) Quercus-Fagus-Alnus; 37-40 cm: les pollens des conifères décroissent alors que les feuillus Quercus, Fagus etAlnus croissent en valeurs relatives. La biozone Quercus-Fagus-Alnus contient un assemblage de pollens plus caractéristique de la végétation forestière locale dominée par les chênes.

La séquence pollinique décrite permet d'éclairer la genèse de l'envasement de l'aqueduc. L'unité sédimentaire 0-30 cm, contenant la biozone Pinus-Picea- Gramineae, correspond à l'utilisation ultime de la conduite alors qu'elle était encore reliée à sa source et transportait des pollens de pins et d'épiceas présents en altitude.

(8)

LÉGENDE

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- Argile ntêe

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Sabla Groviera / camouiit

THÔNEX - AQUEDUC ROMAIN

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Prisence du taxa sons signification statistique

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'---POLLENS ARBORÉENS +POLLENS NON ARBORÉENS = 100%---'

FIG. 3. - Diagramme pa/ynologique

,~~~~A lyo• t, 5 RVMEX 0,7 URTICA 0,7' OSMUN'DA 0,7 C. REYNAUO 1979

L' unité 30-37 cm couespond à un dépôt dans un milieu de haute énergie ne permettant pas la sédimentation des pollens ou ayant entraîné leur destruction.

L'unité 37-40 cm marque l'arrêt de l'utiHsation de l'aqueduc et son comblement par des apports latéraux dans la plaine genevoise. Enfin, le niveau 40-47 cm, stérile représente une accumulation sédimentaire due aux eaux de percolation à travers la voûte en tuf de l'aqueduc qui a vraisemblablement piégé les microfossiles.

Ile. GRAINES ET FRUITS

55 graines et fruits ont été récoltés dans les sédiments remplissant le conduit de l'aq ueduc. La détermination a été faite en partie à l'aide de l'atlas de B EIJERlNCK

(1947), mais surtout par comparaison avec des graines et fruits récents. Des indications écologiques ont été tirées de la flore de HESS, LANDOLT et HrRZEL (1972) .

Les graines et fruits appartiennent aux dix espèces suivantes:

- Polygonum aviculare (Renouée des oiseaux) Chenopodium album (Chénopode blanc)

Moehringia trinervia (Moehringie à trois nervures) Ranunculus repens (Renoncule rampante)

(9)

- Rubus fruticosus (Ronce à meurons) Tilia platyphyllos (Tilleul à grandes feuilles) - Torilis japonica

- Verbena officinalis (Verveine officinale) - Ajuga reptans (Bugle rampante)

- Sambucus nigra (Sureau noir).

La plupart de ces plantes (Polygonum aviculare, Chenopodium album, Moehringia trinervia, Ranunculus repens, Rubus fruticosus, Torilis japonica, Verbe na officinalis, Sambucus nigra) sont des mauvaises herbes ou poussent dans des endroits fortement influencés par l'Homme: décombres (débris provenant d'une démolition), alen- tours des constructions, coupes de bois, etc. Tilia platiphyllos se trouve dans les forêts de feuillus, mais peut aussi être isolé. Toutes les autres espèces poussent plutôt en milieu ouvert.

Les graines et fruits appartenaient probablement à des plantes poussant au bord de l'aqueduc, et ont dû s'introduire dans le conduit à travers les pierres disjointes de la construction abandonnée et endommagée. Certaines plantes poussaient peut-être directement sur les débris de l'aqueduc en partie démoli. L'aqueduc passait probablement à l'endroit considéré dans une zone de végétation ouverte, prairies, champs ou forêt défrichée.

III. MALACOLOGIE

D'une manière générale, on peut considérer que les mollusques trouvés dans le remplissage de l'aqueduc représentent un échantillon de la population malacolo- gique aux abords de la source. Leur accumulation dans le secteur observé est due au transport par l'eau.

Une seule exception: Caecilioides acicula. Cette espèce, en effet, est fouisseuse et peut descendre dans le sol jusqu'à 2 m de profondeur. Sa contemporanéité avec le remplissage est donc peu sûre.

Le passage des mollusques à travers les parois et la voûte de l'aqueduc étant à écarter dans le cas des complexes A+ B et C, on peut admettre que la composition des échantillons recueillis dans ces niveaux représente le biotope aux alentours de la zone d'alimentation.

Les spectres malacologiques (Tableau I, fig. 4) sont du reste très comparables à ceux obtenus pour des laisses de ruisseau, caractérisés par un nombre élevé de groupes écologiques (sept) représentant le drainage par l'eau de divers biotopes (forêts, prairies, marécages, etc.).

L'analyse des faunes de mollusques des trois ensembles permet de confirmer l'interprétation donnée par l'analyse des pollens et des macrorestes.

Ensemble A

+

B

(10)

Les espèces de milieu découvert sont bien représentées (32.30/o des individus, 17 .80/o des espèces), en bonne corrélation avec le fort pourcentage de graminées et de pollens non arboréens de la base de l'argile (cf. fig. 3). On peut supposer que les espèces du groupe 5 (milieu découvert) proviennent des prairies avoisinant la source. La présence de cette dernière, sise au pied des Voirons, dans la région de Cranves, est attestée par Bythinella pupoides, espèce strictement localisée au point d'émergence des sources. Sa présence dans la zone thônésienne atteste d'un courant d'eau assez compétent. La population malacologiques montre également un pourcentage non négligeable d'espèces forestières (10.60/o des individus et 21.40/o des espèces). Ces dernières font toutes partie d'un sous-groupe indicatif d'humidité et de chaleur. La présence de Cochlicopa lubrica et de Nesovitrea hammonis dans le groupe des espèces mésophiles atteste également d'une certaine humidité.

L'association malacologique de l'ensemble sédimentaire A+ B correspond bien à la définition palynologique de la biozone Pinus-Picea-Graminae, avec une forte proportion d'herbes ainsi que de pollens arboréens de pin et d'épicea caractéris- tiques de l'étage subalpin.

Ensemble C

L'ensemble C est caractérisé du point de vue malacologique par une nette diminution du nombre des espèces et des individus reflétant par là le comblement progressif de l' aqueduc et la fin de son utilisation. La faune est caractérisée par une légère augmentation des espèces sylvatiques, la diminution des espèces de milieu ouvert et la nette augmentation des formes hygrophiles. L'apport d'eau de la source est toujours attesté par la présence de Bythinella pupoides.

Ensemble D

L'unité supérieure, composée essentiellement d'une argile fortement oxydée, montre une faune très appauvrie témoignant d'apports essentiellement locaux; ces derniers semblent dus à la dégradation de divers segments de l'aqueduc (Blondel 1926), et à l'introduction subséquente d'espèces locales. Cette destruction partielle de l'ouvrage est confirmée par la présence de plusieurs graines provenant d'une végétation rudérale.

IV. CONCLUSIONS

L'étude pluridisciplinaire du remplissage d'un segment de l'aqueduc romain de Genève apporte d'utiles compléments à notre connaissance du milieu à cette époque dans le Bassin lémanique.

(11)

N

A+B

c

D

"""

Syl va tiques Aegopinella nitidula Aegopinella nitidula Cochlodina laminata

Aegopinella pura Aegopinella pura

Orcula dolio/um N: 37 Orcula doliolum N: 17 N : 1

Acanthinula aculeata O/o: 10.6 Acanthinula aculeata O/o : 13.5 O/o: 3.4

Ena montana Clausilia sp.

Cochlodina laminata Clausilia sp.

Semi-sylva tiques Discus rotundatus N: 1 Vitrina diaphana N : 1

O/o 0.3 O/o: 0.8

Steppiques Caecilioides acicula N: 14 Caecilioides acicula N : 2 (/)

Helicella cf. geyeri O/o: 4.0 Helicella sp. Ofo : 1.6 > trl'

Milieu découvert Vallonia pulchella Vallonia pulchella Va!lonia pulchella z ()

V allonia costata Vallonia costata Vallonia excentrica tT1

Truncatellina cylindrica N: 112 Truncatellina cylindrica N : 12 Truncatellina cylindrica N: 15 t:I

O/o: 32.3 O/o : 9.5 O/o: 51.7 c

Vertigo pygmaea Vertigo pygmaea Vertigo pygmaea OO

Pupilla muscorum Pupilla muscorum a::

Mésophiles Cochlicopa lubrica Cochlicopa lubrica ~

...

Nesovitrea hammonis Nesovetrea hammonis l.O

Punctum pygmaeum N: 51 Punctum pygmaeum N: 14 OO 0

Trichia hispida O/o: 14.7 O/o: 11.1

Clausilia parvula Limace Iles

Hygrophiles Carychium tridentatum N: 29 Carychium tridentatum N: 22 Carychium tridentatum N: 6 Succinea pfeifferi Ofo: 8.4 Columella edentula O/o : 17.5 Columella edentula O/o : 20.7

Palustres Vallonia enniensis N: 8 Vertigo antivertigo N : 1

Carychium minimum O/o : 2.3 O/o : 10.0

Aquatiques Bythinella pupoides Bythinella pupoides Bythinella pupoides N : 6

Valvata piscinalis Pisidium nitidum O/o : 20.7

Galba truncatula Pisidium subtruncatum N : 58

Pisidium nitidum N: 90 Pisidium sp. O/o ; 46.0 Pisidium subtruncatum O/o: 25.8

Pisidium sp.

(12)

A+B

c

D

~·· ~

-

~:;,·'~/"$;

- espèces forestières 0 mêsophiles

~ semî~ forestieres LJ milieu découvert

~ hygrophiles W'f<ll palust"'•

ffilE

steppiques - aquatiques

FIG. 4. - Spectres ma/acologiques

Elle permet d'une part de mettre en évidence une phase de l'histoire de cette construction de son utilisation à son abandon puis à sa dégradation, ceci en l'absence d'autres éléments proprement archéologiques.

Les diverses analyses apportent en outre des indications sur l'environnement végétal si mal connu à cette époque.

Enfin, la concordance des résultats obtenus par les diverses disciplines est un encouragement pour de futures recherches sur le milieu naturel à l'époque subatlantique.

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26 SÉANCE DU 8 MAI 1980

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Références

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