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Fouilles archéologiques à Rances (canton de Vaud, Suisse) 1974-1981 : Campaniforme et âge du Bronze
DAVID-ELBIALI, Mireille (Ed.), GALLAY, Alain (Ed.), BESSE, Marie (Ed.)
Abstract
En raison de la construction d'un abri militaire et de l'exploitation de gravières, des fouilles d'urgence ont été menées sur la commune vaudoise de Rances entre 1974 et 1981 et elles ont touché les lieux-dits Sur la Cheneau, la Vy des Buissons et Champ Vully, qui s'étendent en bordure d'un replat morainique dominant la plaine de l'Orbe. Proche des anciens marais de Rances et des premiers contreforts du Jura, encadré par deux ruz et protégé au sud par la rupture de pente de la vallée du Mujon, il s'agit d'un territoire occupant une position avantageuse et disposant de ressources naturelles diversifiées. Les deux premières zones ont livré des vestiges sporadiques de différentes périodes, notamment une fosse rituelle de La Tène ancienne et un foyer du Néolithique moyen 1. La zone de Champ Vully a été subdivisée en quatre chantiers. Sur la butte morainique de Champ Vully Nord, une nécropole du Haut Moyen Âge (VIe – VIIe siècle) a livré 104 inhumations en fosse avec des vestiges de bois. Plusieurs étaient associées à des objets en métal et en verre. De part et d'autre de la saignée de l'ancienne [...]
DAVID-ELBIALI, Mireille (Ed.), GALLAY, Alain (Ed.), BESSE, Marie (Ed.). Fouilles
archéologiques à Rances (canton de Vaud, Suisse) 1974-1981 : Campaniforme et âge du Bronze . Lausanne : Cahier d'archéologie romande, 2019, 330 pages
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http://archive-ouverte.unige.ch/unige:134515
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Fo uil le s ar ch éo lo gi qu es à R an ce s V D
CAR 175
CAHIERS D’ARCHÉOLOGIE ROMANDE 175
LAUSANNE 2019
Avec les contributions de : Martine Piguet
Jehanne Affolter Maxence Bailly Patricia Chiquet Fabien Convertini Jocelyne Desideri Luc Jaccottey
Geneviève Perréard Lopreno Jacqueline Studer
Jean-Louis Voruz
Préface : Denis Weidmann
Mireille David-Elbiali, Alain Gallay, Marie Besse
Fouilles archéologiques à Rances
(canton de Vaud, Suisse) 1974 -1981
Campaniforme et âge du Bronze
En raison de la construction d’un abri militaire et de l’exploitation de gravières, des fouilles d’urgence ont été menées sur la commune vaudoise de Rances entre 1974 et 1981 et elles ont touché les lieux-dits Sur la Cheneau, la Vy-des-Buissons et Champ Vully, qui s’étendent en bordure d’un replat morainique dominant la plaine de l’Orbe.
Proche des anciens marais de Rances et des premiers contreforts du Jura, encadré par deux ruz et protégé au sud par la rupture de pente de la vallée du Mujon, il s’agit d’un territoire occupant une position avantageuse et disposant de ressources naturelles diversifiées.
Les deux premières zones ont livré des vestiges sporadiques de différentes périodes, notamment une fosse rituelle de La Tène ancienne et un foyer du Néolithique moyen 1.
La zone de Champ Vully a été subdivisée en quatre chantiers. Sur la butte morainique de Champ Vully Nord, une nécropole du Haut Moyen Âge (VIe - VIIe siècle) a livré 104 inhumations en fosse avec des vestiges de bois. Plusieurs étaient associées à des objets en métal et en verre. De part et d’autre de la saignée de l’ancienne gravière, à Champ Vully Ouest et Champ Vully Sud, un hameau du début du Bronze moyen (BzB récent – BzC, env. 1500-1350 av. J.-C.) s’étendait entre le talus escarpé de la vallée du Mujon au sud et la butte morainique au nord ; un fossé planté d’une palissade marquait la limite à l’est. Un vaste réseau de fosses et de nombreux trous de poteau appartenaient à plusieurs bâtiments de plan rectangulaire d’environ 5 m de largeur, implantés parallèlement à la rupture de pente. La céramique, abondante bien que très fragmentée, est caractéristique du début du Bronze moyen sur le Plateau de Suisse occidentale. Une occupation du Bronze ancien (BzA2a récent, env. 1900-1700 av. J.-C.) est attestée par une fosse et un peu de céramique. Un habitat du Campaniforme, séparé en deux phases couvrant la période 2450-2150 av. J.-C., comprend plusieurs bâtiments marqués par des alignements de pierres, des groupes de galets et des trous de poteau. Le mobilier est constitué par de la céramique décorée (décor AOO et maritime) et non décorée (jarres et gobelets), des objets en silex et en roche verte, quelques outils de mouture et des restes osseux. Enfin quelques vestiges remontent à trois phases du Néolithique moyen, entre 3500-2900, 4300-3800 et 4750-4350 av. J.-C.
Campaniforme et âge du Bronze
Fouilles archéologiques à Rances
(canton de Vaud, Suisse) 1974-1981
Code de citation préconisé
David-Elbiali M., Gallay A., Besse M., et al., 2019. Fouilles archéologiques à Rances (canton de Vaud, Suisse) 1974-1981. Campaniforme et âge du Bronze. Lausanne : Cahiers d’archéologie romande, 175.
Etudes et publications financées par:
› Etat de Vaud, Département des finances et des relations extérieures, Direction générale des immeubles et du patrimoine, Archéologie cantonale
› Fonds des publications du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire
Les commandes d’ouvrages peuvent être adressées à : Cahiers d’archéologie romande
Palais de Rumine Pl. de la Riponne 6 CH-1005 Lausanne Commandes en ligne :
www.mcah.ch/publications/cahiers-darcheologie-romande/
courriel : [email protected]
La série des Cahiers d’archéologie romande (CAR) a été créée en 1974 par Colin Martin, en complément à la Bibliothèque historique vaudoise (BHV). La direction de cette série indépendante de monographies d’archéologie a été reprise en 1993 par Gilbert Kaenel, Daniel Paunier et Denis Weidmann. Lionel Pernet a rejoint le comité d’édition en 2015.
Un comité de lecture ad hoc est constitué pour chaque projet. La gestion de la collection des CAR est assurée par le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire à Lausanne.
Mise en page, prépresse Anne-Lise Montandon Impression
Imprimerie Saint-Paul, Fribourg
Tous les droits de traduction, reproduction et adaptation réservés pour tout pays © 2019 ISBN 978-2-88028-175-5
ISSN 1021-1713
Mireille David-Elbiali Alain Gallay
Marie Besse
Avec les contributions de : Martine Piguet
Jehanne Affolter Maxence Bailly Patricia Chiquet Fabien Convertini Jocelyne Desideri Luc Jaccottey
Geneviève Perréard Lopreno Jacqueline Studer
Jean-Louis Voruz
Préface : Denis Weidmann
LAUSANNE 2019 CAHIERS D’ARCHÉOLOGIE ROMANDE 175
Campaniforme et âge du Bronze
Fouilles archéologiques à Rances
(canton de Vaud, Suisse) 1974-1981
Préface / Denis Weidmann
Avant-propos et remerciements / Mireille David-Elbiali
Liste des abréviations utilisées dans les textes, les tableaux et les figures 1. Rances ou le défi méthodologique / Alain Gallay
2. Le contexte environnemental et historique / Mireille David-Elbiali 3. Sur la Cheneau (SlC) : une enceinte protohistorique ? / Mireille David-Elbiali
4. La Vy-des-Buissons (VdB) : occupations du Néolithique Moyen et de La Tène / Mireille David-Elbiali 5. La parcelle de Champ Vully (CV) : présentation / Mireille David-Elbiali
6. Champ Vully Nord (CVN) : la nécropole du Haut Moyen Âge / Mireille David-Elbiali et Geneviève Perréard Lopreno
7. La fouille de surface à Champ Vully Ouest (CVO) / Mireille David-Elbiali
8. La coupe Z10 de 1974 et le sondage de 1975 à Champ Vully Sud (CVS) / Mireille David-Elbiali 9. Les sondages de 1977 et 1978 à Champ Vully / Mireille David-Elbiali
10. La fouille extensive de 1979 et 1980 à Champ Vully Sud (CVS) / Mireille David-Elbiali
11. La fouille de 1980 et 1981 à Champ Vully Est (CVE) : les niveaux supérieurs / Mireille David-Elbiali 12. Présentation générale du mobilier et des dates absolues / Mireille David-Elbiali
13. L’horizon de l’âge du Bronze : analyse de la céramique / Mireille David-Elbiali 14. Le hameau de Champ Vully au Bronze moyen / Mireille David-Elbiali
15. La fin du Bronze ancien et le début du Bronze moyen au nord-ouest des Alpes / Mireille David-Elbiali 16. L’horizon du Néolithique final à Rances / Mireille David-Elbiali
17. Le Campaniforme de Champ Vully Est / Marie Besse, Martine Piguet, Jehanne Affolter, Maxence Bailly, Patricia Chiquet, Fabien Convertini, Jocelyne Desideri
18. Les horizons du Néolithique moyen / Martine Piguet
19. Les outils de mouture et l’enclume de Champ Vully / Luc Jaccottey 20. La faune des niveaux du Bronze moyen / Jacqueline Studer Bibliographie
Résumé Planches 1- 48
7 9 10 11 31 39 45 55 61
69 85 103 117 133 143 149 185 193 207 209
251 253 255 261 277 281
Sommaire
7 Plus de 40 ans après la fin des interventions dans le terrain, et après les publications qui en ont résulté, un
nouveau regard est porté sur l’ensemble des matériaux et documents produits lors d’une série de campa- gnes de fouilles, conduites dans un ensemble de sites archéologiques de la commune de Rances, au pied du Jura vaudois.
Les efforts consentis pour cette révision générale de données déjà anciennes sont-ils justifiés par les syn- thèses obtenues ? Et pourquoi ces études n’ont-elles pas été développées dès la fin des travaux de terrain, comme cela devrait être la règle aujourd’hui ?
Il est d’abord nécessaire de rappeler le contexte bien particulier dans lequel les fouilles de Rances ont pris place, dans l’« histoire » de l’archéologie vaudoise. En 1973, quand le soussigné fait les premières observations de niveaux et vestiges préhistoriques dans les gravières de Rances, la section en charge de la préservation du patrimoine archéologique vaudois vient d’être créée, pratiquement ex nihilo. Elle doit initier simultanément toutes les tâches qui lui sont assignées, prospection, inventaire de sites, surveillances, organisation des fouilles, financement… Nous engageons donc une première intervention urgente dès 1974, confiée à Jean-Louis Voruz, dont les observations et évaluations vont s’étendre à l’ensemble des sites de ce secteur, théâtre de l’exploitation sporadique et non réglementée de graviers.
À la faveur des procédures de régularisation des gravières, à laquelle les autorités et les exploitants de Rances étaient alors soumis, nous avons prescrit l’obligation de fouilles préalables dans les périmètres d’intérêt archéologique. Les gisements détectés ne présentaient en effet pas une importance justifiant leur classement, ce qui aurait sans doute amené l’État à les exproprier. Les sites de Rances sont ainsi devenus l’objet des premières fouilles effectivement préventives réalisées dans le canton de Vaud.
La section de l’archéologie cantonale n’étant pas à même de procéder elle-même à ces travaux, nous avons été heureux de convenir avec Alain Gallay, Professeur et Directeur du Département d’anthropologie de l’Université de Genève, d’un mandat-autorisation pour le programme nécessaire, réalisé sous forme d’une série estivale de fouilles-école, réparties au gré des étapes prévues d’exploitation de gravier.
Le Département était motivé à s’engager sur un programme pluriannuel, financé par le canton de Vaud et subventionné par l’Office fédéral de la Culture (dès 1976).
Les enjeux scientifiques liés à ce genre de site convenaient également à Alain Gallay, qui était bien conscient de l’importance des surfaces de terrain à explorer, avec des moyens limités, et de surcroit dans des contextes archéologiques d’une lecture particulièrement difficile.
Ces conditions contrastaient avec celles des fouilles entreprises alors sur le tracé des routes nationales, notamment dans les sites littoraux bernois et neuchâtelois, où des moyens pratiquement illimités pou- vaient être engagés. Ce qui conduisait à une exploitation intégrale des surfaces concernées, et une récolte maximale des données et matériaux, sans aucune stratégie de recherche visant une compréhension progressive du gisement.
Non loin de Rances, à Baulmes – Abri de la Cure, dans un site pourtant protégé des atteintes, nous mettions fin dans le même temps à un autre projet de fouilles, initié dans un but de pure recherche, mais qui s’était avéré inexploitable pour les chercheurs qui en avaient sous-estimé la difficulté.
Pour Alain Gallay, il était hors de question d’aboutir aux situations évoquées ci-dessus, et il soumit d’emblée le programme proposé pour Rances à une méthodologie rigoureuse, excluant tout maximalisme. Il revient dans cet ouvrage sur ces questions, dans un chapitre où il rappelle année après année l’évolution des objectifs, des résultats et des options mises en œuvre. Sans s’épargner un regard critique, et de reconnaître que des « erreurs tactiques » ont compromis certains résultats.
Le Département avait également des motivations d’ordre scientifique pour s’engager à Rances. Les inves- tigations préliminaires y avaient mis en évidence des niveaux et structures d’habitation de l’âge du Bronze moyen, si bien que le programme à réaliser s’annonçait comme la première recherche significative dans ce domaine, dans cette partie du Plateau suisse. L’apparition de niveaux campaniformes au fil des campagnes est venue confirmer l’intérêt du site.
Nous avons accompagné et soutenu l’ensemble des travaux effectués à Rances, approuvant les objectifs et options proposés, ainsi que leur mise en œuvre (avec d’autant plus d’intérêt que nous avions compté au nombre des auditeurs des cours de Jean-Claude Gardin à Genève, voir infra…).
Préface
8
* La liste, à peu près exhaustive, des personnes ayant participé aux fouilles de Rances a été reconstituée à l’aide des rapports administratifs :
Serge Aeschlimann, Silvio Amstad, Dominique Baudais, Gaëlle Baudais, Pascale Baudais, Olivier Belzer, José Bernal, Michèle Blumenthal, Chantal Boisset-Bernasconi, Patricia Bonvin-Borer, Stephan Bratschi, Maura Brighenti, Gérard Brühlimann, Christine Brunier, Marie-France Cachelin, Riccardo Carazzetti †, Daniel Conforti, Pierre Corboud, Pascale Corfu, Pierre Crotti, Philippe Curdy, Mireille David, A. Davidson, Corinne de Haller, Jean-Pierre Dewarrat, Nelly-C. Drusi, Sabine Drusi, Claire-Françoise Dubochet, Cynthia Dunning, Bernard Duplaa, Nagui Elbiali, Jean-Gabriel Elia, Kolja Farjon, Antoinette Floquet, Alain Gallay, Jean-Blaise Gardiol, Michel Girard, Christian Golay, I. Constantin, André Gruffat, Micheline Guaita, Monique Hofstetter, Roland Jeanneret †, André Kaenel, Max Klausener, Brigitte Koenig, Anna Kowalewska, Anne-Pascale Krauer, Marie-Noëlle Lahouze, André Lauzon, Evelyne Leemans, Nathalie Ligier, Evelyne Lutz-Pattay, Chantal Martin, Catherine Masserey, Silvio Matteuci, Olivier May, Patrick Moinat, Alain Monnier, Manuel Mottet, Bernard Moulin, Kurt Murray, Marie-Claude Nierlé, Francienne Offer, Zafar Paiman, Françoise Pernet, Marie-Rose Perrin, Laurence Picard, Gervaise Pignat, Nicole Plumettaz, Nicole Pousaz, Christiane Pugin, Claude Rapin, Guy Rat, Yves Reymond, Alain Rieker, Liliane Rudaz, Anne-Marie Schneider, Cyril Schoeni, Sarah Schupbach, Marie-José Selva, Daniel Sierro †, C. Sorin, Jacqueline Studer, Alberto Susini, Jean Terrier, Nigel Thew, Anne Vallon, Christian Viret, Jean-Louis Voruz, Thierry Weidmann, Eliane Wermus, Gilbert Widmer, Robert Williams, Ariane Winiger.
Rances 1977. L’équipe de fouille.
9 Selon le mandat convenu, la phase d’étude des résultats restait du ressort du bénéficiaire de l’autorisation
de fouille, qui s’était engagé à la mener dans les activités de recherche et d’enseignement du Département.
Les rapports annuels et les publications préliminaires donnant les résultats acquis à Rances ont été produits dans ce cadre.
Mais, regrettablement, ces travaux ne donnèrent lieu à moyen terme à aucune synthèse ou publication d’ensemble. Alain Gallay s’en explique, notamment par la résistance opiniâtre que les terrains de Rances ont opposée aux efforts (physiques comme intellectuels !) des chercheurs.
Je pense qu’il faut aujourd’hui saluer leur mérite d’avoir été les premiers à affronter de tels sites d’habitat
« terrestre », livrant essentiellement des vestiges peu évidents. Au surplus, ces structures et le matériel les accompagnant ne trouvaient alors de comparaison dans aucun site fouillé dans nos régions.
Quelques décennies plus tard, le catalogue des éléments comparables s’est considérablement étoffé, les datations se sont précisées et les ensembles de Rances peuvent enfin trouver leur vraie place.
Mireille David Elbiali, spécialiste de l’âge du Bronze, ancienne étudiante-fouilleuse de Rances et Docteure de l’Université de Genève, a eu à cœur, depuis de nombreuses années, de rouvrir le dossier des fouilles 1974- 1981 conservé au Département, et d’en pousser l’étude de la manière la plus complète. Il en résulte une riche monographie qui traite tous les secteurs et horizons archéologiques du plateau au nord du village de Rances. La révision méthodique de tous les documents disponibles, par la réinterprétation des structures identifiées, conduit à une nouvelle lecture du plan des constructions.
Les chapitres et planches consacrés à la présentation du mobilier donnent pour la première fois la vision complète du corpus céramique de l’âge du Bronze de Rances, mis en référence avec ceux des sites con- temporains.
L’ensemble campaniforme, structures et matériel, est l’objet d’une étude particulière, sous la direction de la Professeure Marie Besse, successeure d’Alain Gallay, qui réunit les contributions de plusieurs spécialistes.
Là également, la présentation complète des données de Rances est à saluer, les publications préliminaires n’ayant donné qu’une vision très sélective des découvertes.
Comme initiateur du programme de Rances, il y a plus de quatre décennies, il m’est particulièrement agréable de féliciter les auteurs pour l’aboutissement de leur projet.
Si les fouilles de 1974 à 1981 ont été financées par l’État de Vaud, avec les contributions de l’Office fédéral de la Culture, l’étude, la préparation documentaire et l’édition de la présente publication ont reçu le soutien de la Section de l’archéologie cantonale vaudoise, du Fonds des publications du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire, à Lausanne, sans oublier les prestations constantes du Département d’anthropologie de l’Université de Genève (devenu Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie, Département F.-A. Forel des sciences de l’environnement et de l’eau), qui a eu la responsabilité durable d’abriter le dossier et le matériel de Rances.
Enfin, cet ouvrage qui rappelle tout ce qui a pu être extrait des terrains de Rances ne saurait omettre la citation des artisans* de cette entreprise, à savoir tous les participants des campagnes de fouilles, qu’ils ou elles y aient œuvré à la truelle, à la pioche, au crayon ou par leurs réflexions.
Denis Weidmann, Archéologue cantonal vaudois de 1976 à 2009
NP 279
I Résumé
Les sites archéologiques de la commune de Rances (canton de Vaud, Suisse) ont été détectés en 1973 par l’archéologue Denis Weidmann (fig. 1-2).
Menacés de destruction par la construction d’un abri militaire à Sur la Cheneau et l’exploitation de gravières à la Vy-des-Buissons et à Champ Vully, ils ont été fouillés entre 1974 et 1981, d’abord sous la direction de Jean-Louis Voruz, archéologue indépendant, puis sous celle du Prof. Alain Gallay du Département d’anthropologie de l’Université de Genève.
Au pied de la chaîne jurassienne, ces sites occu- paient la bordure d’un replat morainique qui domine la large plaine de l’Orbe et étaient distants de moins de 10 km à vol d’oiseau des rives du lac de Neuchâtel (fig. 4-5). Encadrés par deux ruz et protégés au sud par la rupture de pente de la vallée du Mujon, ils étaient également proches des anciens marais de Rances et des premiers contreforts du Jura. Ce territoire à la position stratégique favorable et disposant de ressources naturelles diversifiées a été fréquenté dès le Néo- lithique.
Les zones de Sur la Cheneau et de la Vy-des-Buissons (fig. 16) ont livré des vestiges de différentes périodes, mais en raison des importantes destruc- tions contemporaines et de conditions de fouille difficiles, il n’a pas été possible de reconstituer de manière satisfaisante la nature et l’extension de ces occupations. En surface, des éléments rési- duels dataient de la période gallo-romaine au présent, des tombes et au moins une fosse liée à des rituels d’offrandes (fig. 30) remontaient à La Tène ancienne (pl. 1,C), de la céramique des âges des Métaux et du Néolithique final, ainsi qu’un foyer du Néolithique moyen y ont également été découverts.
C’est le lieu-dit Champ Vully qui a livré le plus d’informations (fig. 35). Quatre chantiers ont touché ces terres agricoles transformées partiellement en gravière (fig. 36).
Sur la butte morainique de Champ Vully Nord (fig. 39), une nécropole du Haut Moyen Âge (VIe-VIIe siècle), connue et exploitée par des amateurs locaux dès le XIXe siècle, a encore livré les restes d’un empier- rement (fig. 40,B-C) et 104 sépultures à inhumation (fig. 42), dont plusieurs étaient associées à des objets en métal et en verre – plaques-boucles damasqui- nées, scramasaxes, couteaux, perles, etc. – (fig. 43).
Il s’agissait de tombes en fosse comportant très souvent une structure interne en bois – coffres partiels ou complets – maintenus ou non par des pierres de calage (fig. 41). Les défunts ont été allongés sur le dos avec la tête au nord-ouest et quelques sépultures ont été réutilisées. Les deux sexes, avec une légère surreprésentation mascu- line, et toutes les classes d’âge étaient attestés, à l’exception des petits enfants entre 0 et 1 an.
D’après Geneviève Perréard Lopreno, cet échan- tillon de population montre toutefois un biais par rapport à la mortalité théorique attendue dans une population naturelle.
C’est dans les zones de Champ Vully Sud (CVS et Champ Vully Est (CVE), à l’est de la saignée de l’ancienne gravière, que les niveaux protohisto- riques ont d’abord été identifiés grâce à la coupe Z10 et qu’ont été ouvertes les plus larges surfaces de fouille. La coupe Z10 (fig. 64, 68) a révélé d’em- blée toute la séquence sédimentaire présente, soit un horizon labouré avec des éléments tardifs remaniés (c. 1), un niveau d’habitat du Bronze moyen avec au-dessus quelques vestiges sporadiques plus récents (c. 2-3), des vestiges du Bronze ancien et un horizon campaniforme (c. 4), quelques vestiges du Néolithique moyen (c. 5) et des niveaux stériles, allu- vions fluvio-glaciaires (c. 6) et moraine (c. 7) (fig. 65).
La longue tranchée réalisée en 1975 (fig. 66), qui s’est étendue du centre de l’habitat du Bronze moyen jusqu’à la rupture de pente au sud, et la série de sondages qui ont suivi en 1977 et 1978 sur l’ensemble de la parcelle (fig. 92) révélèrent que les occupations néolithiques et de l’âge du Bronze s’étaient implantées dans une cuvette remplie de sédiments limoneux, qui se relèvent et s’amincissent progressivement jusqu’au talus qui limite naturellement le site. Une partie du comble- ment sédimentaire pourrait être d’origine anthro- pique, liée aux occupations et à la destruction des habitats. Ces sondages ont également permis de délimiter l’extension des occupations humaines anciennes. La campagne de fouille extensive de CVS en 1979-80 a touché essentiellement l’habitat du Bronze moyen, alors que celle réalisée à CVE en 1980-81 s’est concentrée sur les vestiges du Néolithique. Avant cela, la zone de Champ Vully Ouest (CVO) (fig. 44-45), située à l’ouest de la saignée de l’ancienne gravière, avait été fouillée en 1977 par J.-L. Voruz, qui y avait mis au jour des
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vestiges de l’habitat du Bronze moyen et des structures du Campaniforme, décentrées à l’ouest.
Les occupations humaines sur le site de CV ont connu plusieurs ruptures, d’abord entre le Néo- lithique moyen et le Néolithique final, puis entre cette dernière période et le Bronze ancien et entre le Bronze ancien et le Bronze moyen et enfin entre la Protohistoire et le Haut Moyen Age.
La nécropole mérovingienne a été décrite ci- dessus. Des vestiges gallo-romains et plus récents, sporadiques et remaniés, ont été découverts dans les niveaux supérieurs. Ils attestaient d’une fréquen- tation de la zone Champ Vully, qui avait proba- blement déjà une fonction agricole à ces époques.
L’habitat du début Bronze moyen (BzB récent et BzC, soit environ entre un peu avant 1500 et 1350 av. J.-C.) était installé de part et d’autre de l’ancienne exploitation de la gravière à CVS et CVO (fig. 185). Il se caractérise dans la partie de CVS par un réseau de fosses à l’intérieur duquel s’ins- crivent les autres structures, essentiellement des trous de poteau (fig. 124, 183). Des présomptions d’alignements permettent de proposer les plans hypothétiques d’une demi-douzaine de bâtiments parallèles à la rupture de pente, de module proche, avec une largeur de 4 à 5 m et une longueur pou- vant atteindre au maximum 10 à 12 m (fig. 184).
À CVO, les alignements de trous et autres calages de poteau permettent de restituer le plan possible d’un bâtiment léger de 5 à 5,50 m de large sur 9 m de long (fig. 52, 63). Deux foyers, un four et une meule complètent les éléments architecturaux en lien avec cette construction. Le hameau s’étendait sur plus de 80 m de longueur entre CVO et CVS et était limité au sud par le talus escarpé dominant la vallée du Mujon (fig. 118), au nord-ouest par un cordon morainique et au nord et à l’est par un fossé planté d’une palissade (fig. 100, 109). La limite occidentale reste floue et correspond à quelques trous de poteau, amas de pierres et rejets de combustion découverts à CVO, dont l’organisation ne peut plus être interprétée. Les maisons étaient construites sur poteaux et, à CVS, peut-être sur des radiers de bois légèrement surélevés dont la destruction pourrait avoir été à l’origine d’au moins une partie de l’épaisse couche caillouteuse qui recouvrait les structures (fig. 115, 181). Des nodules d’argile cuite se rapportent vraisemblablement à des foyers aménagés. Bien que très fragmentée, la céramique est assez abondante pour un site terrestre (fig. 144-145) et elle permet de bien caractériser le début du Bronze moyen sur le Plateau de Suisse occidentale, avec notamment la rareté des décors, mais aussi la présence des schémas ornementaux caractéristiques de cette période que sont la recherche du contraste, d’une
part, et de la symétrie, d’autre part (fig. 174). Le métal et les autres vestiges sont par contre très rares. Ceci indique que les habitants du hameau ont emmené tout ce qui était encore utilisable et n’ont pas abandonné leurs maisons dans une grande précipitation. Ces objets témoignent tous d’activités liées à un habitat. Une pointe de faucille (pl. 7/28-224) évoque l’agriculture ; des meules et des molettes (pl. 47,2-5), la préparation des céréales ; des fragments de sole perforée (pl. 23,5-6), la cuisson ; une fusaïole (pl. 23,4) et un peson de métier à tisser (pl. 23,7), la fabrication des textiles ; une aiguille à chas et la pointe d’une seconde, la couture ; un lissoir (pl. 37,1), la fabrication de la céramique ; l’extrémité d’un poinçon (pl. 19,355), la pointe émoussée d’une alêne (pl. 7/22-51), un manche d’outil en bois en cerf (fig. 283), une pierre à aiguiser (pl. 23,3) et une pierre à cupules (pl. 37,3), des activités artisanales ; deux pointes de flèche en silex (pl. 23,1-2) et une en bronze (fig. 147), la chasse ou la guerre. La métallurgie est représentée par l’embout cassé d’une tuyère (pl. 19,353), une scorie, un marteau en pierre verte (pl. 37,2) et une enclume (pl. 47,1). En raison de l’acidité du terrain, les restes de faune sont très mal préservés. Ils sont constitués d’animaux domestiques – porcs, bœufs, caprinés et chiens – et sauvages – cerf et renard roux – et parmi les éléments remarquables, il faut mentionner une patte de chien avec traces d’écorchage, qui a pu appartenir à une fourrure.
Enfin trois fosses avec des dépôts de céramiques entières, intactes ou brisées, et dans deux cas de la faune et des traces de feu témoignent pro- bablement d’activités rituelles au sein de l’habitat (fig. 47-48, 54-55 et pl. 29,St199-1979).
L’occupation du Bronze ancien (BzA2a récent, soit environ entre 1900/1850 et 1750/1700 av. J.-C.) se limitait à un peu de céramique et à un trou de poteau à CVS (fig. 175). Une présence Bronze ancien à CVE est présumée, mais n’a pas pu être démontrée.
Les niveaux campaniformes étaient présents partout sous l’occupation de l’âge du Bronze à CVS (fig. 74-75) et ils débordaient au sud-ouest – fosses et trous de poteau avec un peu de céramique, de la faune et une lame de faucille en silex à CVO (fig. 44,B) – et à l’est – zone de CVE – où ils ont été fouillés sur une surface de 160 m2 (fig. 134, 191).
À part à CVE, où il s’agit d’un habitat, la nature exacte de l’occupation reste mal définie. Deux horizons subdivisés chacun en deux – couches 4a1, 4a2, 4b1 et 4b2 – ont pu être identifiés stratigraphi- quement, mais le mobilier récolté est chrono- logiquement homogène. Les structures architec- turales comprennent des alignements de pierres, des groupes de galets et des trous de poteau alors
281 Résumé
que les structures domestiques se limitent à deux fosses. Malgré une stratigraphie complexe et une mauvaise lisibilité du terrain, deux phases de cons- truction sont proposées. La plus récente (c. 4a, fig. 257) comprend deux maisons quadrangulaires et un bâtiment de forme carré alors que la plus ancienne (c. 4b, fig. 262) suggère la présence de trois bâtiments. Les aménagements architecturaux montrent essentiellement des habitations cons- truites sur des poutres posées à même le sol.
Le mobilier est constitué par de la céramique décorée et non décorée, des objets en silex et en roche verte, quelques outils de mouture et des restes osseux. Une étude pétrographique a été réa- lisée sur la céramique (fig. 219). Elle a montré que plusieurs gisements d’argile, probablement locaux, avaient été utilisés pour la façonner, qu’il y avait huit groupes différents caractérisés par leur compo- sition minéralogique et qu’il pouvait y avoir un lien entre le type de composition et des réci- pients portant un décor particulier (fig. 237). La céramique décorée appartient à des gobelets à décor AOO et maritime effectué presque en tota- lité au peigne (pl. 38-40). La céramique commune est composée essentiellement de jarres et de gobelets, ces dernières portent parfois un cordon lisse sous le bord et peuvent être ornées d’im- pressions à l’ongle (pl. 41-43). Le corpus de l’in- dustrie lithique taillée est réduit ; il compte peu d’outils et aucun nucléus. Les armatures de flèche, grattoirs, pièces esquillées et outils à enlèvements marginaux forment la plus grande partie de l’outil- lage (fig. 252, pl. 44-45). L’origine de la matière siliceuse est essentiellement régionale avec une prédominance du silex de la région de Bellegarde – Seyssel, mais on trouve aussi quelques pièces de provenance plus lointaine (fig. 238-241). La faune est exclusivement domestique avec du bœuf, du porc, un capriné et du chien. Alors que le mobilier céramique et lithique, qui montre une forte homo- généité, suggère plutôt une occupation de courte durée, l’hypothèse d’au moins deux phases de cons- truction de bâtiments impliquerait une séquence plutôt longue. Les datations C14, peu précises, ne permettent pas de distinguer deux phases, elles couvrent l’ensemble de la séquence campaniforme entre 2450 et 2150 av. J.-C. (fig. 268-269).
Des vestiges peu abondants du Néolithique moyen ont également été mis au jour. À la VDB, un large foyer en cuvette a été daté par le C14 (4750-4350 calBC) du Néolithique moyen 1 (fig. 24, 27) ; il a livré un peu de céramique sans caractère typologique.
À CVS, des vestiges étaient présents dans la couche 5 et une petite fosse – St127 – est apparue au même niveau que les trous de poteau du Bronze moyen pas très loin de l’affleurement des
alluvions fluvio-glaciaires (fig. 275). Elle contenait les restes d’une bouteille en céramique qui témoigne d’influences chasséennes et qui peut être datée entre environ 4300 et 3800 av. J.-C. À CVE, un petit ensemble de structures creuses a également livré quelques éléments céramiques du Néolithique moyen (fig. 276 ; pl. 46,B). Une des fosses a été datée par le C14 entre 3500 et 2930 av. J.-C. (fig. 148 et 149).
Le site de Rances a été un des premiers habitats fouillés du Campaniforme et du Bronze moyen du Plateau suisse, ce qui lui confère une place impor- tante dans l’histoire des recherches en Suisse sur ces périodes longtemps mal connues. Dans le chapitre 1 Alain Gallay rappelle et commente a posteriori les options de fouille prises à Rances à la fin des années 70, alors que le chapitre 15 replace la fouille de Rances dans le contexte des recherches sur le Bronze ancien et moyen au nord- ouest des Alpes.