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LETTRES ET BILLETS DE MYTHOLOGIE

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Academic year: 2022

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LETTRES ET BILLETS DE MYTHOLOGIE

de Bernard Fricker

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Dans l'immensité, dans l'éternité des bibliothèques ...

Dans son livre Les dieux souverains des Indo-Européens, Paris, Gallimard, 1977, Georges Dumézil écrit:

"L'étude est partie en toute circonstance de la considération des faits les plus extérieurs: groupement de divinités, symétries, hiérarchies, fréquences relatives, affinités, antagonismes; l'étude interne de chaque type divin n'est venue qu'ensuite. On comprend aisément la nécéssité de cette procédure: dans un polythéisme, un dieu, fût-il le plus important, ne se définit en général clairement que dans ses rapports avec un certain nombre d'autres dieux, par sa place dans un ensemble ordonné, par son rôle dans un ou plusieurs mécanismes dont il n'est qu'une pièce. Si l'on ne reconnaît pas d'abord, dans leurs grandes lignes ou dans leur resort, cet ensemble et ce ménanisme, quitte à en retoucher plus tard l'épure, on risque de ne pouvoir repérer ni le contour ni le centre de la zone d'activité du personnage (. .. ).

(. .. ) comme dans toutes les sciences d'observation, la quête du plan et l'attention au détail avancent de pair, l'une contrôlant l'autre dans un perpétuel va-et-vient; mais la toute première vue de la matière doit être prise d'assez haut pour que la province théologique que l'on considère apparaisse d'emblée avec les plus gros traits de son organisation.

Note finale, pp. 207,208.

(. .. ) l'étymologie d'un nom divin fournit rarement un bon point de départ. Tout dieu de quelque importance échappe à la servitude de son nom. Il arrive qu'un même nom désigne, sur deux parties du domaine indo-européen, des divinités qui ont tellement divergé qu'elles n'appar- tiennent plus au même ensemble.

La comparaison ne révèle rien sur les évènements de la préhistoire, migrations, stations, contacts, empires éphémères ou prolongés, triom- phes et catastrophes avec toutes leurs conséquences ethniques et sociales. Après comme avant, nous sommes incapables de reconstituer, d'entrevoir les chroniques qui, en mille, deux mille ou trois mille ans, ont produit, à partir d'un prototype commun ou de prototype voisin, les tableaux théologiques ou les corpus mythologiques attestés dans les premiers documents.

pp. 208,209.

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Quant à ce qui demeure la Terre Promise de toute étude idéologique, en particulier toute "mythologie comparée", à savoir la découverte des lois dans le fonctionnement de l'esprit humain, nous laissons à d'autres l'espoir qu'elle soit à la portée, sinon dans le creux de nos mains (. .. ). Il y faudra sur d'autres domaines que l'indo-européen, dans toutes les

"familles" culturelles aux membres géographiquement éloignés, des comparaisons génétiques du même genre que les nôtres permettant elles aussi de jalonner des évolutions divergentes, en gerbe, à partir de prototypes communs; il y faudra aussi des comparaisons typologiques sans nombre, révélant des sortes d'ornières d'évolution ( ... ). Est-ce à dire que limitées et provisoires, hic et nunc, nos résultats n'ont pas d'intérêt pour les amoureux des idées ? Certes non, mais à ce stade l'intérêt en est plus esthétique que scientifique et ce qu'ils proposent à l'émerveillement du lecteur est avant tout la libre, l'infinie fécondité de l'esprit humain.".

p.209.

Ces textes sont importants; j'ajoute qu'ils m'enchantent. Ils nous mettent en garde contre une précipitation qui va toujours à l'encontre de la recherche et de sa rigueur, nous invitant à la patience, à ne pas brûler les étapes, à faire preuve de modestie. Toute étude de mythologie - de mythologie comparée - est science d'observation, ce qui n'empêche pas qu'il puisse y entrer une part de rêve, au contraire.

Dumézil indique la méthode: quête du plan et attention au détail, se contrôlant dans un perpétuel va-et-vient; prendre la matière d'assez haut, ce qui est le fait d'un regard clairvoyant, considérer d'abord les plus gros traits de la province théologique objet de l'étude, comme lorsqu'on contemple un paysage à distance, sur une hauteur.

Je pense ici à Pascal:

"Une ville, une campagne, de loin c'est une ville et une campagne, mais à mesure qu'on s'approche, ce sont des maisons, des arbres, des tuiles ... des jambes de fourmis, à l'infini. Tout cela s'enveloppe sous le nom de campagne." (Pensées, édition Lafuma, Delmas, 1967,942)

Ce qui s'enveloppe donc sous le nom de mythologie comparée est à l'image de la ville ou de la campagne de Pascal. A mesure qu'on approche ce sont "détails", à l'infini. "Détails" dont aucun n'est négligeable, dont chacun révèle "la libre, l'infinie fécondité de l'esprit humain" .

... "Evolutions divergentes, en gerbe ... ornières d'évolution" ; la "réalité"

mythologique est portée par un courant évolutif, mais avec des retours à la "source" ; un courant "éclaté", si l'on peut dire, ou divergent, à méandres. Le comparera-t-on aussi au fleuve Alphée? Cette réalité est un champ, immensément étendu, où les sillons, tracés par des générations sans nombre, s'ils partent d'un certain point de l'étendue et du temps, pour autant ne sont pas parallèles; plus profonds ici, moins là, s'entre- croisant parfois, ou s'effaçant.

La "confession" de Dumézil me touche qui parlant de son œuvre, du stade où est parvenue sa recherche, nous dit qu'il s'agit moins de science·

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que d'esthétique. Il y a chez lui un profond moraliste. Son œuvre d'ailleurs ne nous place-t-elle pas d'abord, exclusivement, dans le domaine des représentations, non pas dans celui des faits? Ce qui autorise, et combien, de parler d'esthétique.

Le polythéisme manifeste éminemment "la libre, l'infinie fécondité de l'esprit humain". Polythéisme en tant que relations, corrélations, échanges vivants de figures (et de structures) sur une ou plusieurs données de temps. Relations entre les dieux d'un panthéon ou de panthéons apparentés, chaque figure ne prenant sens que par rapport à d'autres. Chacune à sa place, pourrait-on dire, mais comme un acteur qui se situe sur la scène en fonction de ses partenaires dont il attend la ou les répliques, les divers enchaînements du drame et le tomber du rideau, sans d'ailleurs qu'il soit mis ici un point final. Comparera-t-on un corps de dieux aux différentes pièces d'un échiquier ou, plutôt, à l'échiquier lui- même, à ses cases qui ne prennent sens que par rapport à la règle du jeu, règle qui suppose, qui ordonne la permutation incessante des pions?

Cosmogonie

=

le premier coup de dé ; eschatologie

=

le dernier. Entre, tous les hasards; cependant soumis à une règle (Herrera définissait le hasard comme la loi voyageant incognito). Règle, mais libre, infinie, féconde comme l'esprit humain qui enfante les dieux, le jeu de dés, d'échecs ou de cartes qu'il n'aura cesse de jeter, de déplacer ou d'abattre, et qui lui joueront maints tours: évolution en gerbe, en fusées de feu d'artifice!

Une loi est, qui souvent voyage incognito (*) ... La recherche a pour fin de la découvrir, sous son anonymat ou sous ses masques. Dumézil nous prévient : nous en sommes loin; sur le métier remettons sans cesse notre ouvrage; le comparatisme est une toile de Pénélope. Des ensembles ordonnés existent, mais pris parfois dans d'inextricables réseaux: il faut en débrouiller l'écheveau; ce travail achevé c'est de ces ensembles, pour ainsi dire toilettés, qu'il faut partir, seule condition d'un progrès source inépuisable d'un émerveillement qui justifie une vie.

Dumézil nous rappelle opportunément que nous sommes "incapables de reconstituer, d'entrevoir les chroniques qui, en mille, deux mille ou trois mille ans, ont produit, à partir d'un prototype commun ou de prototypes voisins, les tableaux théologiques et les corpus mythologiques attestés dans les premiers documents.".

Et pour un temps plus court? Je pense à la guerre de Troie et à Homère. A situer le début de la première guerre de Troie en 1218, la naissance d'Homère, à écouter Hésiode, en 850, trois cent soixante-huit ans les séparent, mettons quatre siècles (ce que j'écris là est, j'en conviens, spéculation gratuite). C'est peu par rapport à l'échelle des temps où se place Dumézil. Pourtant, en dépit de toutes les hypothèses qu'on puisse formuler à cet égard, reconstituerons-nous jamais la "prime matière" du poète de l'Iliade, l'origine des dieux et des héros qui s'y affron- tent?

* Je pourrais tout aussi bien dire des lois.

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On a cru retrouver à Mycènes les "restes" d'Agamemnon, ou de quelque roi à peu près contemporain. Il a fallu remonter bien plus haut quant à la date approximative des tombes. Au temps de l'arrivée des premiers indo- européens en Grèce ou à celui de l'ethnie qui les y a précédés? Pures suppositions. Entrevoir les "premières chroniques", en découvrir les sources lontaines n'est peut-être pas à notre portée. Par bonheur nous disposons des tableaux théologiques et des corpus mythologiques qui, très probablement, en sont issus. Grâce à la mythologie comparée, méthode ou discipline entre toutes féconde, Georges Dumézil, dans tous ses travaux, n'aura cessé de les éclairer, et pour notre émerveillement, pour que nous puissions rêver sur et de notre passé, si lointain qu'il puisse être, si inaccessible qu'il nous paraisse.

Je ne peux mieux conclure cette lettre qu'en citant encore Dumézil qui dans Mythe et épopée II, (Gallimard, Paris, 1977), écrit à la page 228 :

"Dans les maturations qui tirent de la nébuleuse des disciplines nou- velles, il est normal qu'alternent ainsi les poussées et les rétractations, et ce n'est pas être exagérément optimiste que de penser que rien n'est jamais perdu des propositions d'avenir: elles attendent seulement, dans l'immensité, dans l'éternité des bibliothèques, la flânerie ou l'inquiétude d'un esprit libre.".

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Dieux vaincus

Les Tuatha Dê Danann, cédant à une nouvelle vague d'envahisseurs de l'Irlande, émigrent dans les side, les tumuli de la vallée de la Boyne, y rejoignant le peuple des morts et ne demeurant plus qu'à l'état de génies, de fées mâles et femelles, ombres parmi les ombres.

Sort commun, pensera-t-on, de tous, hommes et dieux, qui ont régné pendant un temps puis ont été contraints de céder la place à de nouveaux arrivants Sort heureux dans le cas des Tuatha Dê Danann, car être fée quelqu'en soit le sexe, est d'une certaine manière survivre, sur un plan peut-être inférieur, quoique ce plan pour un génie, pour une fée, soit celui du merveilleux, ce qui pour un peuple, pour ses dieux, est bien le contraire de déchoir.

Ces figures de dieux anciens, d'Irlande et d'ailleurs, de dieux vaincus, on nous a appris, depuis quelques décennies, à les reconnaître parfois dans nos songes, dans nos rêves, dans les profondeurs de notre inconscient; ce sont, eux aussi, des strates, et qui constituent en partie notre psyché. Sont-elles pour autant, ces figures, limitées à leur résurgence dans les profondeurs du moi, et pour notre personnalité, des sources de merveilleux?

Mieux vaut sans doute se reporter aux textes, aux contes qui nous entretiennent des fées, et feuilleter un corpus de mythes.

C'est pourquoi les dieux ne sont jamais définitivement vaincus;

malgré qu'interrogés, ils restent muets quant à leur éventuel retour. Ce dont on se consolera en étudiant leurs annales, priant les Asvin de nous accorder la jeunesse de cœur nécéssaire à la compréhension de leurs antiques paroles, faits et gestes ...

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La main désséchée

Dans sa magistrale étude: Culte, mythe et cosmologie dans l'Iran ancien (presses Universitaires de France, Paris 1963), Marijan Molé, à la page 299, à propos de la naissance de Zoroastre, nous dit que le père du Prophète, Purusasp, le lendemain de la naissance de son fils, rapporte "à un Kara nommé Durasrap, le plus renommé des sorciers du pays", les miracles qui ont accompagnés cette naissance:

" Arrivé sur les lieux, le Harap voit l'enfant au milieu du xvarrah et se met en colère. Il prend la tête du Prophète, la serre de ses mains et veut l'écraser. Ses mains se détournent en arrière et se dessèchent."

Dans la Nativité ou Adoration des Bergers de Robert Campin, le Maître de Flémalle, tableau conservé au Musée des Beaux-Arts de Dijon, à droite au premier plan, se tiennent les deux Sages-Femmes: Zélobie et Salomé.

Cette dernière qui se présente de face, tend l'avant-bras droit, raidi, la main desséchée: elle n'a pas voulu croire à la naissance divine du Sauveur.

Touchant le linge de Jésus, elle retrouvera l'usage de sa main: premier miracle du Fils de Dieu et de Marie ...

Je n'établis certes pas de filiation directe. La comparaison n'en reste pas moins troublante. Je pose la question: peut-on relever dans d'autres traditions religieuses, mythes, ou au niveau des folklores, d'autres exemples de mains desséchées? Qu'on m'entende bien: je n'ai en vue que la sorte de malédiction qui s'abat sur une main qui, soit attente à la vie d'un Prophète ou d'un Sauveur dès sa naissance, soit sur la main de qui doute de son origine divine.

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Rêverie d'un collégien

Je pense à des lectures, à des cours; c'était en décembre ...

J'oubliais. Distrait par un pâle rayon de soleil je rêvais j'imaginais, je songeais aux rudes cavaliers quittant le plateau de l'Iran ou bien les steppes de l'Asie Centrale, ou les plaines du Dniester et du Dnieper ; je sursaute: ces grands cours d'eau du sud de la Russie ne tireraient-ils pas leur nom de l'ancien persan dânu, qui veut dire "fleuve" ? Pas de doute:

sont venus de là-bas, d'outre-Farsistan, nos ancêtres aryens, iraniens, Mèdes, Perses idolâtres du feu, navrés, envahis soudain de nostalgie, poussés aux reins, taraudés, aiguillonnés par le désir irrépressible du lointain, eux qui, cependant et plus tard, inventèrent -à moins qu'ils n'eussent fait emprunt à l'Egypte !-, la voûte en berceau, la coupole, ce bonnet de coton du Ciel venant coiffer la Terre, un symbole, l'arrêt signifié à celle-ci qui, à l'abri de la verrerie céleste, n'a plus qu'à fixer seulement le regard sur les étoiles fixes, qu'à contempler, hallucinée, là-haut, même si l'ardente réverbération des rayons du soleil divin ou des soleils archangéliques l'éblouissent, l'aveuglent, lui corrodent les paupières et lui consument l'âme, elle gît là-dessous, implorante, liée, rendue à merci, bramante d'amour; alors, alors une fois de plus nostalgique, piaffante, piaffante de l'impatience des milliers de sabots frappant, grattant, éradiquant le sol des hauts plateaux avant que de fondre comme la tornade sur les bas pays, ardente de ce sang si rouge et tellement fiévreux qui continue de gonfler nos veines, alors et dans son rêve et dans sa conquête, la Terre, les petits hommes qu'elle sécrète et nourrit se redressent d'orgueil, se disent, ils pensent, proclament, déclament à toutes cordes vocales et parcequ'ils sont tristes, tristes d'être là à ronger leur frein et à tenter de calmer leur frénésie dans un sur-place que rien, pourtant, ne les contraint à observer, ils découvrent enfin que c'est leur âme même que la nostalgie sans fond, sans limites, sans mesure, que c'est elle, cette tristesse mortelle qui fait se mouvoir les astres pâles et qui commande à la physique céleste qui en est l'ultime, le seul secret à moins, à moins qu'il ne s'agisse, qui sait, de mieux encore, de plus noble, eût dit ici un Maître Eckhart, de, pour tendre l'Univers à le rompre, de son "double", le double de l'âme, son "principe" et directeur, agent, de l'Ange, de la suprême Beauté, d'une Force, l'Ange, les Anges, les Archanges, les Hiérarchies inventées aussi, non, reconnues, admises, écoutées, perçues sans doute par les Perses, ces cavaliers qui, à tant se catapulter dans l'espace, s'accrochèrent un jour au filin descendu du Ciel, s'empétrèrent dans l'échelle de corde et, beaux acrobates, aérobates,

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réglant pour le réussir chaque soir à l'applaudissement délirant du public le numéro réellement jamais vu, inconscients, en entreprirent l'escalade, se balançant au gré des vents du vide, tentant le double, le triple, le quadruple saut périlleux dans l'empyrée, saluant au passage les êtres surnaturels de rencontre, les "Saint Immortels", les Amesha-Spenta, Vohu Manah, "la Bonne Pensée", Asa-Vahista, "l'Ordre très Bon", Xsa ra Vairya, "la Puissance Souhaitable", Spenta Armaiti, "l'Efficace Pensée Pieuse", Hauratat, "l'Intégrité, la Santé", Ameretat, "la Non-Mort, la Vie", et la suite, les génies supérieurs et les génies secondaires, ces figurations, des rôles dont l'Hébreu, en captivité chez le Roi des Rois mais qui y vaque à l'aise à ses affaires, esclave seulement de l'Eternel, décalquera les traits ou mimera le geste pour se créer une angéologie qu'il transmettra en héritage aux chrétiens, saluant d'un petit geste amical, d'un bond de félin équivoque se portant au-devant des troublantes hypostases, notant sur leurs tablettes et les péripéties de la course et les étapes de leur voyage sans oublier de consigner avec dilection le nom du beau seigneur qui, un sourire aux lèvres, se tient sur le seuil de chaque château céleste pour les y accueillir et leur faire l'honneur du domaine; et l'étonnant périple continue de dérouler ses affres, ses fastes; les plus agiles des pélerins, les mieux instinctivement doués pour le tour d'acrobatie, et les plus légers aussi, car ils ont su se délester de tout, se maintiennent, grisés, dans le gréement, se hissent encore; d'une main ils parviennent à s'aggriper à ce qu'ils imaginent être le dernier hauban, ici, parvenus ou presque sur l'arête faîtière, comment en effet ne purent-ils pas se convaincre en se penchant et pris soudain de vertige, que c'était seul leur cœur du désir d'amour épris qui, battant la chamade, avait, à chacune de ses pulsations désordonnées, suscité tout au long du parcours de telles surprenantes images d'insoutenable, d'à peine révélable et peut-être d'encore moins "convenable" Beauté, images desquelles quand ils seront remis brutalement en selle, ces cavaliers-funambules parleront en empruntant les termes de leurs incohérents discours à l'arsenal périmé de la vérification par la logique, bien des docteurs réunis déjà en Congrès les.

adjurant de mettre fin aux bruits inquiétants qui commençaient tout de même à circuler sur le peu de réalité des figures de ce monde, et, surtout, de la représentation misérable qui en est quotidiennement donnée sur le plateau Terre.

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