Banque Agro-véto C 0521
Mathématiques
Durée : 3 heures
Rappel : l'usage de la calculatrice est autorisé pour cette épreuve.
Chaque candidat est responsable de la vérication de son sujet d'épreuve : pagi- nation et impression de chaque page. Ce contrôle doit être fait en début d'épreuve.
En cas de doute, il doit alerter au plus tôt le surveillant qui vériera et, éventuel- lement, remplacera le sujet.
Ce sujet est constitué de deux problèmes totalement indépendants et comporte 8 pages numérotées de 1 à 8.
Si, au cours de l'épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être une erreur d'énoncé, il le signale sur sa copie et poursuit sa composition en expliquant les raisons des initiatives qu'il a été amené à prendre.
Premier problème : pseudo-solution d'un système linéaire
Ce problème propose d'étudier des solutions approchées de systèmes linéaires.
Les parties sont, dans une large mesure, indépendantes.
Partie A : position du problème et notations
1. Question préliminaire : (a) Montrer que le système :
x + 2y = 0 2x − y = 1 3x + y = 3 2
d'inconnue(x, y)∈R2ne possède pas de solution.
(b) Déterminer le triplet (a, b, c) ∈ R3 pour lequel le couple 1
2,−1 6
est solution du système :
x + 2y = a 2x − y = b 3x + y = c
d'inconnue (x, y)∈R2.
Cet exemple illustre le fait qu'un système sans solution peut tout de même posséder des solutions proches du résultat voulu. C'est cette notion qui sera précisée et étudiée dans ce problème.
Rappels et notations
Dans tout le problème, n désigne un entier naturel non nul. Tout système linéaire de la forme :
u1x + v1y = b1 u2x + v2y = b2 ... ... ... = ...
unx + vny = bn
d'inconnue (x, y) ∈ R2 où u1, . . . , un, v1, . . . , vn ∈ R peut se ré-écrire matriciellement sous la forme : AX =B, avec :
X = x
y
∈ M2,1(R), B =
b1 b2 ...
bn
∈ Mn,1(R) et A =
u1 v1 u2 v2 ... ...
un vn
∈ Mn,2(R).
• Transposition :
Pour tout A∈ Mn,p(R), on note tA∈ Mp,n(R) la matrice transposée de A. Par ailleurs, on rappelle que l'application transposition est linéaire.
De plus, pour tous A∈ Mn,p(R) et B ∈ Mp,q(R):
t(AB) = tBtA.
• Produit scalaire :
Pour tout n ∈N, l'espace vectoriel Rn est muni de son produit scalaire canonique, déni pour tous X=
x1
...
xn
, Y =
y1
...
yn
∈ Mn,1(R) par : < X|Y >=tXY =
n
X
k=1
xiyi.
• Norme :
Pour tout X ∈Rn, on pose : kXk=p
< X|X >, norme du vecteur X. En particulier, le nombre : kX−Yk est la distance entreX et Y. Dénition (Pseudo-solution d'un système linéaire).
Soient A∈ Mn,2(R) etB ∈ Mn,1(R). On dit que
α β
∈ M2,1(R) est une pseudo-solution du système linéaire : AX =B d'inconnue X ∈ M2,1(R)si pour tout
x y
∈ M2,1(R) :
A x
y
−B
≥
A α
β
−B .
En d'autres termes, α
β
est une pseudo-solution du système si α
β
minimise la distance entreB et l'image deA.
Partie B : Étude d'un exemple en dimension 2
Dans cette partie, n= 2 et on pose A= 1 3
1 3
. On s'intéresse au système : (E) :
x + 3y = 2 x + 3y = −1 d'inconnue (x, y)∈R2.
2. Justier que le système (E)n'admet pas de solution.
Dans le plan muni d'un repère orthonormé (O;~i,~j), on considère le point B(2;−1) et on note D la droite vectorielle dirigée par le vecteur ~u
1 1
. 3. Sur un dessin, tracer la droiteD et placer le point B. On note H(xH;yH)le projeté orthogonal de B sur D.
4. (a) Placer le point H sur le dessin.
(b) Donner une équation cartésienne de D.
(c) Déterminer les coordonnées (xH, yH) du point H. On pourra remarquer que : H ∈ D et −−→
HB ⊥~u. (d) Résoudre le système :
x + 3y = xH
x + 3y = yH d'inconnue (x, y)∈R2. 5. (a) Soit (x, y)∈R2. Calculer le produit matriciel A
x y
. En déduire que le point de coordonnéesA
x y
appartient à D. (b) Donner le théorème qui permet d'armer que pour tout (x, y)∈R2 :
A x
y
− 2
−1
≥HB,
oùHB désigne la distance entre H etB et expliquer cette inégalité.
6. En déduire la pseudo-solution du système .
Partie C : étude du cas général
Soient A ∈ Mn,2(R) et B ∈ Mn,1(R). On note (S) le système : AX = B d'inconnue X ∈ M2,1(R). Le but de cette partie est de montrer le théorème suivant :
Théorème : Si : rg(A) = 2, alors :
(i) Le système (S)possède une unique pseudo-solution.
(ii) H ∈ M2,1(R) est une pseudo-solution de (S) si seulement si : tAAH =tAB. Dans cette partie, on suppose : rg(A) = 2.
7. (a) Énoncer le théorème du rang.
(b) En déduire kerA.
(c) Montrer que pour tout X ∈ M2,1(R) : tAAX = 0 =⇒ X = 0. On pourra remarquer que : tAAX = 0 =⇒ tXtAAX
| {z }
=kAXk2
= 0. (d) En déduire que tAA est inversible.
(e) Montrer que le système : tAAX = tAB d'inconnue X ∈ M2,1(R) possède une unique solution.
On note xH
yH
la solution du système : tAAX =tAB d'inconnue X ∈ M2,1(R). 8. (a) Montrer que pour tousX, Y ∈ Mn,1(R):
kX−Yk2 =kXk2+kYk2−2< X|Y > (F).
Indication : on pourra développer < X−Y|X−Y > par bilinéarité.
(b) Montrer que pour tout (x, y)∈R2 :
A xH
yH
−B
A
x−xH y−yH
= 0.
(c) En déduire que pour tout (x, y)∈R2 :
A x
y
−B
2
=
A xH
yH
−B
2
+
A x
y
−A xH
yH
2
.
Indication : on pourra écrire : A
x y
−B =A xH
yH
−B+A x
y
−A xH
yH
et utiliser (F).
(d) En déduire que (xH, yH)est l'unique pseudo-solution du système (S).
Partie D : méthode de régression des moindres carrés
Supposons qu'on dispose de données expérimentales (x1, y1),(x2, y2), . . . ,(xn, yn), pour les- quelles les xi ne sont pas tous égaux entre eux. Ces données sont supposées suivre un modèle, qui prédit que pour touti∈J1;nK: yi =mxi+p pour des valeurs demetpxées à l'avance.
Le but de cette partie est de chercher une estimation des paramètres m et p. Pour tout i∈J1, nK, on note Mi le point de coordonnées(xi, yi).
9. Montrer que, par un choix judicieux de A ∈ Mn,2 et B ∈ Mn,1, exprimés en fonction de (xi)i∈{1,...,n} et (yi)i∈{1,...,n}, ce problème se ramène à la résolution du système (R) : AX =B d'inconnue X =
m p
∈ M2,1(R).
10. À quelle condition sur les points (Mi)i∈{1,...,n} le système (R) admet-il une solution ? La condition n'étant pas satisfaite en général, on note ( ˆm,p)ˆ la pseudo-solution du système (R), et on pose :
¯ x= 1
n
n
X
i=1
xi, y¯= 1 n
n
X
i=1
yi, γ = 1 n
n
X
i=1
x2i et δ= 1 n
p
X
i=1
xiyi.
11. (a) Montrer que la pseudo-solution ( ˆm,p)ˆ du système vérie : mγˆ + p¯ˆx = δ
ˆ
mx¯ + pˆ = y¯
On pourra commencer par calculer tAA, puis utiliser le point (ii) du théorème dé- montré à la partie C.
(b) On admet que γ 6= ¯x2.
Déterminer une expression demˆ et pˆen fonction de x¯, y¯, γ etδ.
Dénition : On appelle droite de régression par la méthode des moindres carrés la droite d'équation : y= ˆmx+ ˆp.
Partie E : application en biologie
Dans une boîte de Pétri, on met en culture des bactéries.
Pour tout t≥0, on note N(t) le nombre de bactéries par millilitre à l'instant t.
Des mesures du nombres Ni = N(ti) de bactéries sont eectuées à divers instants ti. On obtient le tableau suivant ou ln(Ni)désigne le logarithme népérien de Ni.
Valeur de i 1 2 3 4 5 6 7
ti en heures 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3
yi = ln(Ni) 9,15 9,30 9,38 9,50 9,65 9,72 9,85
12. Déterminer, à l'aide de la question 11b et en expliquant votre démarche, la droite de régression par la méthode des moindres carrés du nuage de points (ti, yi)i∈{1,2,...,7}. Le nombre N(t) vérie l'équation diérentielle (E) : N0(t) = λN(t), pour un certain paramètre λ∈R (inconnu). NotonsN0 le nombre de bactéries par millilitre au temps t= 0.
13. (a) Résoudre l'équation(E), et exprimer N(t) en fonction det,λ et N0.
(b) En déduire, à l'aide de la question 12, une approximation des paramètres λ et N .
Second problème : contrôle qualité
Les parties A et B sont totalement indépendantes.
Les résultats de la partie B pourront être admis pour traiter la partie C.
Partie A : la loi géométrique tronquée
Soient N ∈N∗ un entier naturel non nul et p∈]0,1[.
1. Préliminaires : On notef la fonction x7→1 +x+x2+· · ·+xN−1 =
N−1
X
k=0
xk surR.
(a) Montrer par récurrence que pour tous N ∈N∗ etx∈]0,1[:
N−1
X
k=0
xk = 1−xN 1−x . (b) Justier que f est dérivable sur ]0,1[.
(c) En déduire pour tout x∈]0,1[ une expression sous la forme d'un quotient de :
N−1
X
k=0
kxk−1 = 1 + 2x+ 3x2+· · ·+ (N −1)xN−2.
Un fabricant met sur le marché des composants électroniques. Chaque jour, un composant peut tomber en panne avec probabilitép, et a une durée de fonctionnement maximale deN jours (obsolescence programmée : au (N + 1)ième jour, le composant est nécessairement en panne).
On note V la variable aléatoire donnant la durée de fonctionnement d'un composant.
2. Loi de V :
(a) Montrer que pour tout k ∈J1, N−1K : P[V =k] = (1−p)k−1p. (b) Justier que : P[V =N] = (1−p)N−1.
(c) Vérier que :
N
X
k=1
P[V =k] = 1.
(d) Montrer que pour tout r∈J1, NK : P[V ≥r] = (1−p)r−1.
On note alors : V ∼ G(N, p), et on dit que V suit une loi géométrique tronquée de paramètres N et p.
(e) Montrer nalement que : E[V] = 1
p 1−(1−p)N . 3. Application :
(a) Le fabricant assure une durée de vie maximale de N = 100 jours avec une durée de vie moyenne de 10 jours. Déterminer à la calculatrice une valeur approchée dep arrondie au dixième. Vous expliquerez brièvement votre démarche.
(b) Un organisme de contrôle indépendant décide de faire une étude de ces composants, et vérie, au dixième jour, le fonctionnement de 1000 d'entre eux : 44% sont encore en état de marche. Ce résultat est-il surprenant ? Vous justierez votre réponse.
Partie B : des résultats intermédiaires
Les trois questions de cette partie sont indépendantes.
4. Inégalité de Markov : Soit X une variable aléatoire réelle prenant un nombre ni de valeurs :
0< x1 < x2 <· · ·< xn.
On suppose que l'une au moins des valeurs est supérieure ou égale à 1 et on pose : m= min{k ∈J1, nK| xk≥1},
de sorte que :
0< x1 < x2 <· · ·< xm−1 <1≤xm <· · ·< xn. (a) Exprimer P[X ≥1] etE[X] en fonction de P[X =xk]
k∈J1,nK. (b) En déduire l'inégalité de Markov : P[X ≥1]≤E[X].
5. Fonction génératrice : Soientn ∈N∗, q ∈]0,1[et t ≥0. On considèreSn une variable aléatoire binomiale de paramètresn etq, et on pose : Yn =etSn.
(a) Justier que pour tout k ∈J0, nK : P[Yn=etk] = n
k
qk(1−q)n−k . (b) Montrer que : E[Yn] =
n
X
k=0
etk n
k
qk(1−q)n−k. (c) En déduire nalement que : E[Yn] = (1−q+qet)n. 6. Soientε∈]0,1[et q∈]0,1−ε[.
On note g :t7→t(q+ε)−ln(1−q+qet)dénie sur [0,+∞[. (a) Exprimer g0(t)sur [0,+∞[.
(b) Résoudre algébriquement l'inéquation : g0(t)≥0 d'inconnue t∈[0,+∞[. On note α la solution de l'équation g0(t) = 0 et on admet que
g(α) = (q+ε) lnq+ε
q + (1−q−ε) ln1−q−ε 1−q . (c) Dresser le tableau de variation de g (les limites ne sont pas demandées).
On pourra exprimer des valeurs en fonction de α et g(α). (d) En déduire que g(α)>0et que pour tout t≥0 :
g(t)≤(q+ε) lnq+ε
q + (1−q−ε) ln1−q−ε
1−q . (1)
Partie C : estimation des grandes déviations
Revenons au problème du contrôle qualité.
On pose : n= 1000 et pour tout i∈J1, nK on appelleVi la variable aléatoire correspon- dant à la durée de vie dui-ème composant. (Vi)i∈J1,nK est donc une suite de variables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées de loi G(100; 0,1).
Pour tout i∈J1, nK, on pose : Zi =
0 si Vi <10
1 si V ≥10 et Sn =
n
XZi.
7. (a) Déterminer la loi deZi pour tout i∈J1, nK.
(b) En déduire que Sn suit une loi binomiale de paramètres n et q, pour un certain q∈]0,1[ qu'on précisera.
8. En appliquant l'inégalité de Markov (question 4b) à une variable aléatoire judicieusement choisie, montrer que pour tous t >0 etε >0 :
P Sn
n ≥q+ε
≤E
et(Sn−n(q+ε)) .
9. En utilisant la question 5c, justier que pour toust >0 etε >0 : E
et(Sn−nq−nε)
= exp −ng(t) . oùg est la fonction dénie en 6.
10. En déduire nalement qu'il existe un réel h >0, qu'on déterminera, pour lequel : P
Sn
n ≥q+ε
≤e−nh. On pourra utiliser la question 6d.
11. Commentez les résultats de l'étude.