R
égulièrement paraissent, ici ou là, dans des revues ou dans des livres de sévères critiques du management. Les attaques proviennent de diffé- rents angles. Pour certains auteurs, la gestion ne serait qu’un instrument d’exploitation, au service du capita- lisme et des lois sauvages du marché. Pour d’autres, le management n’obéirait à aucun critère scientifique com- munément admis pour les sciences économiques et les sciences de l’ingénieur. Restent enfin ceux qui ne voient dans la gestion qu’un ensemble de recettes, faisant appel le plus souvent au bon sens, qui par hasard peuvent faire fonctionner le mieux possible des organisations. Ces mises en cause ne sont pas exclusives et peuvent même se cumuler. Bien que souvent répétitives, elles ne sont pas pour autant inintéressantes.On peut trouver une sorte de catalogue de l’anti-mana- gement dans le numéro de l’été 2007 de l’excellente revue Commentaire1. Il s’agit de la version française d’un article intitulé « Le mythe du management » par un consultant américain Matthew Stewart « qui est allé de la philosophie au management et qui en est revenu ». Le texte prend appui sur la démarche du père fondateur du management scientifique, Taylor, qui en 1899 s’est efforcé de répondre à la question « Combien de tonnes de
Chronique de l’ anti-
management
1. M. Stewart, Commentaire, vol. 30, n° 118, 2007 p. 337.
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-rfg.revuesonline.com
gueuses de fonte un travailleur peut-il char- ger dans un wagonnet en une journée ? ».
Taylor montre que la masse transportée est fonction du montant du salaire.
Pour Matthew Stewart « c’est ainsi que naquit l’idée que le management était une science, masse de connaissances assem- blées et nourries par des experts selon des normes neutres, objectives et universelles.
Ainsi naissent les gestionnaires et la divi- sion hiérarchique du travail, car selon Taylor « la science de la manipulation de la gueuse est si vaste qu’il est impossible pour un homme fait pour ce type de travail d’en comprendre les principes ou même de tra- vailler selon ces principes sans l’aide d’un homme mieux éduqué que lui. »
L’auteur n’a pas de mal à démontrer que les calculs de Taylor sont approximatifs et font prendre en compte des « ajustements » sus- pects et que les résultats escomptés dans les entreprises adeptes du taylorisme n’étaient pas au rendez-vous. Il ajoute « le cœur du taylorisme, comme celui de la plupart des théories du management qui lui succéde-
ront, consiste en collection d’incantations sur l’avantage d’être bon dans ce que vous faites ».
Stewart dans une seconde partie de son article se livre à la rédaction d’une véritable anthologie grinçante des modes du manage- ment « entreprise de l’information »,
« organisation en créativité permanente », organisation organique, « organisation hori- zontale » j’en passe et des meilleures. Ce qui frappe dans cette énumération c’est la répétition périodique de ces recettes alors qu’elles se proclament des nouveautés inégalées.
Il ne faudrait pas conclure que l’auteur est complètement critique à l’égard de toute réflexion sur le fonctionnement des organi- sations. Il indique en effet « qu’à son meilleur, la théorie du management est par- tie intégrante de la promesse démocratique de l’Amérique. Elle vise à remplacer le des- potisme des anciens patrons par le règne de la science. Elle promet le pouvoir écono- mique à ceux qui ont le talent et l’énergie de s’en saisir ». Une bouffée d’optimisme.
8 Revue française de gestion – N° 176/2007
7 Éditorial – Jean-Marie Doublet 11 Ont contribué à ce numéro
15 Pratiques de gestion des ressources humaines et performance commerciale. Le cas des centres d’appels
Brigitte Charles-Pauvers, Caroline Urbain, Erwan Le Quentrec 35 Les déterminants de la création de valeur pour l’acquéreur
Taher Hamza
53 Modernisation des organisations et contrôle des comportements.
Quels liens et quels enjeux ? Lionel Honoré
63 La spécificité de la recherche francophone en systèmes d’information Sylvie Desq, Bernard Fallery, Robert Reix, Florence Rodhain
Dossier – Les stratégies de coopétition Sous la direction de Frédéric Le Roy, Saïd Yami
83 Les stratégies de coopétition Frédéric Le Roy, Saïd Yami
87 La dynamique des stratégies de coopétition
Giovanni Battista Dagnino, Frédéric Le Roy et Saïd Yami 99 Le rôle du client dans les stratégies de coopétition
Colette Depeyre, Hervé Dumez
111 Le management de la coopétition. Le cas du secteur des ERP Estelle Pellegrin-Boucher et Hervé Fenneteau
135 Les stratégies d’innovation des grandes firmes face à la coopétition Philippe Baumard
147 Coopétition et intelligence économique David Salvetat et Frédéric Le Roy
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-rfg.revuesonline.com
163 Coopétition et alliances en R&D Fabien Blanchot et François Fort
183 Coopétition et management des compétences Frédéric Prévot
203 Point de vue– Changer les mots à défaut de soigner les maux ? Critique du développement durable
Florence Rodhain
211 Summary
10 Revue française de gestion – N° 176/2007
Philippe BAUMARDest professeur des Universités, agrégé des Facultés à l’univer- sité Paul Cézanne. De 2004 à 2007, il a été professeur visitant à la Haas School of Business, université de Californie, Berke- ley, où il a travaillé sur les modèles écono- miques disruptifs et les logiques d’innova- tion dites de rupture dans les industries des médias, de la télécommunication et techno- logies émergentes.
Fabien BLANCHOT est enseignant chercheur au CREPA, université Paris Dauphine. Il est spécialiste des probléma- tiques d’alliance, que ce soit au plan des stratégies qu’en matière de pilotage. Il pra- tique une « ingénierie des rapprochements d’entreprise ».
Brigitte CHARLES-PAUVERS, maître de conférences en sciences de Gestion à l’Institut d’économie et de management de Nantes - IAE (Institut d’administration des entreprises), directrice du Centre de management international Franco-Chi- nois. Docteure en sciences de Gestion, elle est chercheure au sein du laboratoire CRGNA ; ses travaux portent actuelle- ment sur les problématiques de création et développement d’activité, de comporte- ment organisationnel (implication organi- sationnelle), en lien avec la gestion des ressources humaines (compétences, per- formance au travail, management d’équipe, etc.) dans une perspective fran- çaise et interculturelle (Asie, Europe, États-Unis)
Giovanni Battista DAGNINO est professeur associé à l’université de Catane.
Colette DEPEYRE est ancienne élève de l’ENS-Cachan et agrégée en économie-ges- tion. Elle est actuellement en thèse à l’univer- sité Paris X-Nanterre dans le cadre du PREG de l’École polytechnique-CNRS sur les stra- tégies d’intégration de systèmes dans les industries de défense. En 2006, elle a été visi- ting studentau MIT et a publié dans Sociétal un article sur la théorie des ressources.
Sylvie DESQ est maître de conférences en sciences de Gestion à l’université Mont- pellier II, où elle est membre du groupe de recherche en Systèmes d’information du CREGOR. À l’École polytechnique univer- sitaire elle enseigne aujourd’hui la ges- tion au moyen de jeux d’entreprise et la théorie des organisations, après avoir enseigné à l’université de Sherbrooke (Canada). Ses travaux de recherche ont tou- jours porté sur l’implantation des systèmes d’information et le changement organisa- tionnel (Revue SIM, vol. 7, n° 3, 2002).
Hervé DUMEZ est ancien élève de l’ENS-Ulm et directeur de recherche au CNRS. Il mène ses recherches au PREG de l’École polytechnique-CNRS et a été visiting professor au MIT. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles notamment en collabora- tion avec Alain Jeunemaître. En 2006, il a dirigé un dossier spécial en méthodologie dans la European Management Review.
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-rfg.revuesonline.com
Bernard FALLERY est professeur de sciences de Gestion à l’université Montpellier II, où il dirige le département de recherche en gestion et le centre de recherche CREGOR. Il enseigne au dépar- tement Informatique et gestion à l’école Polytech’Montpellier. Ses recherches ont toujours porté sur l’appropriation des TIC, que ce soit dans le travail des dirigeants et aujourd’hui dans la formation ouverte (Revue SIM, vol. 10, n° 1, 2005) ou la ges- tion de connaissances (Management et Avenir, n° 12, juillet 2007)
Hervé FENNETEAU est professeur en sciences de gestion à l’université Paul Valéry-Montpellier III. Ses recherches por- tent sur le marketing relationnel et diffé- rentes dimensions de la relation client- fournisseur dans l’industrie. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages, dont Enquête : entretien et questionnaire (2eÉdition chez Dunod, 2007).
François FORTest chercheur à l’ERFI – université Montpellier 1, ainsi qu’à l’IMRI université Paris-Dauphine et au CGS École des mines de Paris. Il travaille sur les pro- blématiques de la GRH des chercheurs, dans le public et le privé. Il a été le mana- ger du projet européen Dyrep, qui sert de support à l’article présenté dans le présent numéro.
Taher HAMZA est docteur en sciences de Gestion de l’université de Grenoble II, enseignant-chercheur à l’université de Sousse-ISG de Sousse (Tunisie), membre de l’unité de recherche URFQ et ancien professeur permanent à l’École supérieure
de commerce de Clermont-Ferrand. Il a publié dans différentes revues académiques et professionnelles et ses travaux de recherche portent essentiellement sur les différents leviers de la création de valeur en entreprise
Lionel HONORÉest professeur des uni- versités en sciences de Gestion à l’Institut d’études politiques de Rennes. Ses travaux portent sur les mécanismes de régulation et d’implication dans les situations de travail avec un intérêt particulier pour les ques- tions liées à la déviance et au contrôle des comportements. Il travaille depuis deux ans sur les équipes d’officiers de marine mar- chande à bord des navires câbliers de France Télécom Marine. Il étudie sur ce ter- rain l’impact de la mise en place de nou- velles pratiques et de nouveaux outils de management sur le fonctionnement des équipes et sur les modalités de l’implication des officiers.
Erwan LE QUENTRECest titulaire d’un doctorat de sciences Économiques de l’uni- versité de Bourgogne. Il travaille depuis 2001 dans le groupe France Télécom où il a occupé différentes fonctions. Son activité est principalement orientée vers le pilotage d’études et l’analyse de données. Il a égale- ment participé à différentes expérimenta- tions et à la mise en œuvre du CRM analy- tique d’Orange. Il travaille actuellement au Technocentre – Orange Labs au sein du marketing stratégique de France Télécom.
Frédéric LE ROYest professeur à l’uni- versité Montpellier I (ISEM) et à l’ESC Montpellier. Directeur de l’ERFI, il a publié de nombreux articles scientifiques 12 Revue française de gestion – N° 176/2007
et plusieurs ouvrages, dont Stratégie mili- taire et management stratégique des entre- prises, chez Economica, en 1999, La concurrence, chez Vuibert, en 2002, et Stratégies Collectives, chez EMS, en 2007, avec Saïd Yami.
Estelle PELLEGRIN-BOUCHER est maître de conférences à l’université de Montpellier I (ISEM). Ses recherches, réa- lisées au sein de l’ERFI, portent principale- ment sur l’étude des comportements des firmes en situation de coopétition et sur leurs implications d’un point de vue straté- gique et organisationnel. Sur ces thèmes, elle est auteur et coauteur de plusieurs articles publiés dans des revues françaises et internationales.
Frédéric PRÉVOT, docteur en sciences de Gestion, est professeur associé en straté- gie à Euromed Marseille École de manage- ment. Ses recherches portent sur les rela- tions interorganisationnelles, le transfert de connaissances et le management des com- pétences.
Robert REIX, décédé le 22 février 2006, était Professeur émérite de l’université Montpellier II. Ses travaux ont participé à la fondation de la discipline des systèmes d’information en France. Sa notoriété s’est aussi construite par de multiples fonctions au sein de l’association AIM, de la revue SIM, du réseau des IAE, de l’équipe de recherche GREGO, de la FNEGE, du jury d’agrégation… On peut trouver ses travaux, dont certains inédits, sur une page spéciale du site de l’IAE Montpellier : http://www.iae.univmontp2.fr/site/index.
php?page=robert_reix
Florence RODHAIN est maître de conférences en sciences de Gestion à l’uni- versité Montpellier II. Elle enseigne la ges- tion et la communication à l’École poly- technique universitaire, après avoir enseigné à Florida State University (USA) et à Victoria University of Wellington (Nouvelle-Zélande). Elle a publié une qua- rantaine d’articles dans des revues et actes de conférences scientifiques à comité de lecture portant sur les thèmes de la modéli- sation et de l’aide à la décision, de l’éthique, de l’écologie et du développe- ment durable. [email protected] montp2.fr
David SALVETAT est doctorant en sciences de Gestion à l’université Montpel- lier I (ERFI) et assistant pédagogique à l’ESC Toulouse. Ses travaux portent sur l’intelligence économique dans les entre- prises européennes de hautes technologies Caroline URBAIN, maître de confé- rences en sciences de Gestion à l’Institut d’économie et de management de Nantes – IAE, responsable du master professionnel
« administration des entreprises ». Docteure en sciences de Gestion, elle est chercheure au sein du laboratoire CRGNA ; ses travaux portent actuellement sur les problématiques de création et développement d’activité, sur le prix, la gratuité et la valeur et sur les rela- tions entre management des ressources humaines et performances marketing et commerciales.
Saïd YAMI est maître de conférences à l’université de Montpellier I (ISEM).
Membre de l’ERFI, ses recherches portent sur les relations de concurrence et s’articu-
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-rfg.revuesonline.com
lent autour de trois thémes principaux : la rivalité et les concepts de groupes straté- giques et de stratégie de rupture ; la coopé- ration et en particulier les partenariats dans le secteur de la recherche publique et semi-publique ; la relation duale concur-
rence/coopération ou « coopétition » et le concept de stratégies collectives. Il a publié en 2007, Stratégies Collectives : rivaliser et coopérer avec ses concurrents, avec Frédéric Le Roy.
14 Revue française de gestion – N° 176/2007