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Au-delà des frontières

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Academic year: 2022

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n peut être allergique à bien des éléments, mais pas à l’iode.

L’allergie à l’iode n’existe pas. Les réactions aux produits de contraste iodés, aux médicaments ou aux aliments n’ont rien à voir avec l’iode. Elles sont provoquées par d’autres éléments. Cette no- tion est aussi valable pour les antiseptiques. Alors que leurs effets secon- daires cutanés, tels que la dermatite allergique de contact, sont bien connus, les réactions allergiques IgE médiées aux antiseptiques sont ex- trêmement rares et seuls quelques dizaines de cas sont rapportés dans la

littérature médicale. Ces réactions sont provoquées par la chlorhexidine, plus rarement encore par le polyhexanide ou le polyvinylpyrrolidone (povidone iodée), com me décrites dans l’article de Sandra Paiano et coll. En revanche, les réactions anaphylactiques IgE médiées aux venins d’hyménoptères sont bien plus courantes et peuvent être responsables de trois à cinq dé- cès par année en Suisse. L’article de Denis Comte et coll. décrit les nou- veaux tests diag nostiques basés sur les allergènes recombinants qui per- mettent de distinguer plus spécifiquement l’insecte (abeille ou guêpe ?) responsable d’une réaction. Cette distinction est importante pour choisir l’immunothérapie (IT) qui a le potentiel de «guérir» cette allergie.

Il y a exactement cent ans, Noon et Freeman ont publié les premiers comptes-rendus concernant l’effet positif d’une injection SC de préparations aqueuses à base d’extraits naturels de graminées chez les patients souf- frant de rhume des foins. Depuis, ce traitement est utilisé avec beaucoup de succès lors d’allergies aux venins d’hyménoptères, ainsi que pour dif- férentes allergies respiratoires, avec de bons résultats. L’article de Julien Gaillard et coll. décrit les plus récents développements dans ce domaine.

Outre la standardisation des extraits utilisés, exigée par les instances d’au- torisations, on utilise de plus en plus les allergènes recombinants, les pep- tides et les extraits conjugués. Des applications alternatives (sublinguales) se sont imposées ou sont étudiées (intralymphatiques) dans le cadre d‘étu- des cliniques. Etonnamment, malgré des décennies de recherches et de nombreuses amorces de solutions théoriques, la question du mécanisme immunologique reste toujours sans réponse. Même si le domaine des dé- couvertes potentielles est encore vaste, la recherche médicale et pharma- ceutique nous fournit des résultats aux conséquences concrètes pour notre activité clinique. Comme décrit dans un autre article de François Spertini et coll., la découverte de nombreux allergènes et de leur production recom- binante a amélioré autant la compréhension que le diag nostic ou le traite- ment des allergies respiratoires et alimentaires. Il reste cependant à clarifier de quelle façon ces agents peuvent être utilisés à un coût acceptable.

Lors de la dernière «Journée romande d’immunologie clinique» qui s’est tenue en novembre 2010 aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), l’accent a été mis sur la neuroimmunologie. Patrice Lalive d’Epinay (Service de neurologie, HUG) a parlé des auto-anticorps en neurologie et de leurs implications cliniques, Neil J. Scolding (Institute of Clinical Neurosciences, Frenchay Hospital, Bristol, Royaume-Uni) des vascularites du système

Au-delà des frontières

«… L’allergie à l’iode n’existe pas …»

éditorial

Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 20 avril 2011 835

Editorial

J. D. Seebach F. Spertini

François Spertini

Médecin-chef

Service d’immunologie et allergie CHUV, Lausanne

Jörg Seebach

Médecin-chef

Service d’immunologie et allergologie HUG, Genève

Articles publiés

sous la direction des professeurs

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nerveux central et Michel Chofflon (Service de neurologie, HUG) des trai- tements novateurs en neuroimmunologie. Patrice Lalive d’Epinay apporte sa contribution à cette parution avec son article sur l’arrivée de nouveaux biomarqueurs, d’une importance essentielle, qui sont en général des auto- anticorps et peuvent être la cause directe du syndrome clinique ou un épiphénomène du processus pathogénique. Ce congrès a rencontré un vif succès et a souligné la nécessité d’une collaboration étroite avec nos col- lègues neurologues lors de la prise en charge et du suivi des patients souffrant de maladies neuroimmunologiques complexes.

Durant ces derniers mois, nous avons pu, par exemple, traiter conjoin- tement une patiente souffrant d’une maladie découverte il y a quelques années seulement. Il s’agit d’une patiente de 22 ans en bonne santé habi- tuelle, qui a présenté en novembre 2010 des vertiges rotatoires et a été retrouvée à terre, confuse, par la police, qui l’a amenée à l’hôpital. Dès son arrivée, la patiente a présenté des crises épi- leptiques tonico-cloniques généralisées. La ponction lombaire réalisée à son entrée a montré 134 lymphocytes/ml. La patiente a été hospitalisée pour une suspicion de méningo- encéphalite. Au vu d’une évolution rapidement défavorable avec des crises partielles complexes suivies d’un état de mal épileptique, elle a été trans- férée aux soins intensifs. Le bilan infectieux a montré que toutes les séro- logies et analyses du liquide céphalo-rachidien (LCR) étaient négatives, le bilan immunologique par contre a montré des anticorps anti-NMDA ré- cepteur dans le sang et le LCR. Le bilan paranéoplasique effectué n’a pas découvert de tératome ovarien, que l’on retrouve dans 50% des cas. Un traitement avec des corticostéroïdes à hautes doses suivi de plasmaphé- rèses et de plusieurs cures d’immunoglobulines IV ainsi que l’instauration d’un traitement immunosuppresseur par Cellcept, puis Mabthéra, ont permis de stabiliser l’état critique. Actuellement, la patiente s’améliore lentement en neuro-réhabilitation.

Dalmau et coll. ont récemment décrit cette encéphalite à auto-anti- corps anti-NMDA/R ; 90% sont des jeunes femmes (âge médian 23 ans) qui se présentent typiquement avec des symptômes psychiatriques aigus, vues dans les trois quarts des cas en première intention par des psychiatres.

Les autres symptômes incluent typiquement des crises d’épilepsie, des mouvements anormaux, une dysautonomie ainsi qu’une hypoventilation centrale pouvant évoluer vers des troubles sévères de la vigilance, voire un coma.

Pour le diagnostic et la prise en charge correcte de ce genre de mala- die rare, des connaissances en neurologie et en immunologie sont néces- saires. En se basant sur les descriptions de cas cliniques et sur les con- naissances récentes de la recherche, de telles maladies et leurs causes peuvent être décrites et leur traitement peut être amélioré. En raison de leur rareté, l’exploration et le traitement de ces maladies immunologiques ne peuvent s’effectuer dans le cadre d’études cliniques contrôlées mais dépendent de l’échange d’expériences des différents centres universitaires.

Seules les études multicentriques et les cohortes internationales per- mettent de répondre concrètement aux questions concernant le traitement, par exemple la prévention primaire et secondaire des maladies auto- immunes qui présentent un risque cardiovasculaire jusqu’à dix fois plus élevé, comme décrit dans l’article de Marie-Astrid Peeters et coll. Pour améliorer la qualité de vie et le pronostic de nos patients, nous sommes dépendants d’une collaboration transfrontalière. Il s’agit alors de franchir les frontières médicales, entre les disciplines et entre les pays.

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«… Nous sommes dépen- dants d’une collaboration transfrontalière …»

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