Mourir toujours plus tard, mais encore ?

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780 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 6 avril 2011

actualité, info

Information professionnelle abrégée de Ciclopoli ® vernis à ongles

C : Vernis à ongles avec 80 mg/g de ciclopirox. I : Infections fongiques des ongles, légères à modérément importantes, provoquées par des dermatophytes et/ou d’autres champignons sensibles au ciclopirox, dans lesquelles la matrice unguéale n’est pas touchée. P/ME : Pour application topique sur les ongles des doigts, les ongles des pieds et les zones de peau voisines (périonyx, hyponychium). Appliquer une fois par jour en une couche mince. CI : Hypersensibilité au ciclopirox ou à un des autres composants du médicament. En- fants de moins de 6 ans. Préc : En cas de survenue d’une réaction d’hypersensibilité le médicament doit être arrêté. L’alcool cétylstéarylique peut provoquer des réactions cutanées locales telles que par exemple une dermite de contact irritative. Grossesse et allaitement : l’utilisation n’est pas conseillée, à moins que cela ne soit absolument indispensable. EI : Très rarement : rougeur, desquamation, brûlures et démangeaisons de la zone traitée. Prés : 3,3 ml et 6,6 ml. Liste : B, admis par les caisses-maladie. Avant la prescription, consulter le Compendium Suisse des Médicaments. Mise à jour de l’information : mai 2009.

Astellas Pharma SA, Grindelstrasse 6, 8304 Wallisellen. 1005544

Mourir toujours plus tard,   mais encore ?

Il y a peu nous découvrions dans ces co- lonnes, sous les signatures de Jean-Pierre Michel et Christophe Büla, l’existence du concept assurantiel de «Longevity risk»

(Rev Med Suisse 2010;6:2115­6). Il s’agit sous ce vocable de prendre au mieux en compte (et de prévoir) la somme des bouleverse- ments démographiques liés à l’amélioration de l’hygiène, du style et des standards de vie, aux progrès de la médecine ainsi qu’à l’absence de conflits militaires mondiaux et d’épidémies massives et meurtrières ; autant d’éléments qui sont à l’origine d’un spec- taculaire vieillissement des populations, du

moins dans les pays les plus riches.

Ce concept venait alors d’être évoqué par des représentants du «World Economic Fo- rum» et de «Swiss-Re». Il vient de l’être à Paris (au Collège des Bernardins) lors du

«Global Forum for Longevity». Il faut voir là une «approche pluridisciplinaire, trans- générationnelle et internationale pour mieux comprendre et maîtriser les conséquences de l’allongement de la durée de la vie». Cette manifestation était organisée par Axa, géant de l’assurance, qui avait notamment invité Robert B. Zoellick, président de la Banque mondiale, et Daniel Vasella, président de

Novartis. Le vieillissement, question d’ar- gent, donc ? Bien évidemment, mais pas seu- lement. «L’allongement de la durée de la vie est avant tout une formidable révolution dé- mographique et humaine. Si elle va nécessi- ter des ajustements économiques et sociaux dans la plupart des pays, la longévité ne peut pas être perçue uniquement comme un risque financier à gérer» précisaient ainsi les organisateurs lors d’une session joliment in- titulée «Plus de vie, plus de croissance !».

Autre sujet de réflexion : «A titre indivi- duel, vieillir en bonne santé est l’un des principaux enjeux posés par la longévité.

Autour de cette question cruciale : comment positiver le temps de vie gagné ?». Il s’agis- sait alors de «dresser un bilan des connais- sances acquises en matière de prévention médicale et sociale, mais aussi d’analyser les nouveaux besoins et comportements liés au recul des frontières du vieillissement».

Un heureux hasard de lecture nous fait dé- couvrir que ce sujet a indirectement été traité en juin 1877 par un certain Emile Littré (de l’Académie française). Nous faisons réfé- rence ici au «Supplément» de son «Diction- naire de la langue française», volumineux document «renfermant un grand nombre de termes d’art, de science, d’agriculture, etc.

et de néologismes de tous genres appuyés d’exemples (…)». Mais laissons la parole au grand homme :

point de vue

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«J’étais à peu près parvenu à l’impression de la moitié de ce supplément, lorsqu’une grave maladie, m’interrompant, rappela à ma mémoire le vers que Virgile met dans la bouche d’Enée qui, après quelques vains succès de résistance dans la dernière nuit de Troie, s’écrie : Heu nihil invitis fas quemquam fidere divis. N’était-ce pas en effet aller contre le gré des dieux que de commencer à soixante- seize ans un travail de quelque durée ? Mais ma théorie morale, quant à l’activité (je l’ai exprimée plusieurs fois), est qu’il faut tra- vailler et entreprendre jusqu’au bout, lais- sant au destin le soin de décider si l’on ter- minera.»

Et Emile de poursuivre : «Après le vers de Virgile se présenta à mon esprit, dans l’oisi- veté de la maladie, La Fontaine et son cente- naire disputant contre la mort qui le presse et qui lui assure qu’il n’importe à la répu- blique qu’il fasse son testament, qu’il pour- voie son neveu et ajoute une aile à sa mai- son. Je ne suis pas centenaire ; mais je suis fort vieux ; moi aussi j’objectai à la mort. Elle ne trouvait pas non plus qu’il importât beau- coup à la république que je terminasse mon supplément ; mais enfin, elle n’insista pas, la menace s’éloigna et un sursis me fut accor- dé. J’en profite sans retard pour écrire ces quelques mots de préface.»

Page 373, Emile Littré achève son supplé- ment par «vif-gage» : «Terme de droit. Gage

qui s’acquitte lui-même et dont le créancier prend le fruit en payement de sa dette».

Etant bien entendu, comme chacun sait, qu’il y a deux sortes de gages, le vif et le mort.

Puis il ajoute encore quelques «notes tardi- ves» la dernière concernant «évertuer (s’)».

Il entend que l’on ajoute à la définition de son dictionnaire : «activement, donner de l’action, de l’effort. Il [Goethe] y aurait ap- pris peut-être à s’émouvoir un peu et à éver- tuer sa nature noble et digne, Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. III, p. 205, Paris, 1870, (Entre­

tiens de Goethe et d’Eckermann). C’est un ar- chaïsme très acceptable.»

Né le 1er février 1801, Emile Littré, qui faillit être médecin, mourut le 2 juin 1881, soit précisément quatre ans après la rédac- tion de sa préface ; quatre années durant les- quelles il ne cessa de travailler. Cet agnos- tique fervent se serait converti peu avant sa mort sans pour autant recevoir le baptême.

Sa femme lui fit donner des funérailles ca- tholiques et il fut enterré au cimetière du Montparnasse à Paris. Suivant sa volonté expresse, aucun discours ne fut prononcé sur sa tombe.

Jean-Yves Nau jeanyves.nau@gmail.com

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