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Décomposition de Dunford par la méthode de Newton

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

Décomposition de Dunford par la méthode de Newton

Leçons : 153, 155, 157 Théorème 1

Soit Ksous-corps deCet A∈ Mn(K). Il existe un unique couple (D,N)∈ Mn(K)2 tel queA=D+N, DN =N D, avec Ddiagonalisable surCet N nilpotent. De plus,Det N sont des éléments deK[A].

Lemme 2

Si U est une matrice inversible et N une matrice nilpotente commutant avec U alors UN est inversible.

Démonstration.Soit mtel que Nm=0. CommeU et N commutent,(U1N)m=0, on peut donc supposer, quitte à multiplier par U1 que U =In. Alors

‚m−1 X

k=0

Nk

Œ

(InN) = (InN)

‚m−1 X

k=0

Nk

Œ

=InNm=In.

Démonstration (du théorème).Notons χA le polynôme caractéristique de A. Il est scindé surCalgébriquement clos donc peut s’écrireχA=Q

i

(X−λi)ni. IntroduisonsP =Q

i

(X−λi).

On remarque que P= χA

χAχA0 donc P∈K[X]. De plus, il existe r=maxi(ni)tel queχA|Pr de sorte que Pr(A) =0 (Cayley-Hamilton).

Introduisons la suite suivante :

§ A0=A

An+1=AnP(An)P0(An)1 .

Soit H le prédicat défini sur N par Hn : «An est bien définie et dans K[A], P(An) = P(A)2nBnBnK[A]et P0(An)est inversible. »

• Pour montrer H0, il suffit de vérifier que P0(A) est inversible. Comme P et P0 sont premiers entre eux, on peut fixer U,V tels que U P+V P0 =1. En évaluant en A, on a V(A)P0(A) = InU(A)P(A). Comme P(A) est nilpotent, selon le lemme, P0(A) est inversible.

• Soitn∈N, supposonsHn. Il est immédiat queAn+1est bien définie et est un polynôme enA.

Remarquons que siQ∈K[X], il existe ˜Q∈K[X,Y]tel queQ(X+Y) =Q(X)+Y Q0(X)+

Y2Q˜(X,Y). Il suffit, par linéarité, de le vérifier surQ(X) =Xm. On a alors : (X +Y)m=

Xm

k=0

m k

‹

XkYm−k=Xm+mY Xm−1+Y2

‚m−2 X

k=0

m k

‹

XkYm−k−2

Œ , ce qui donne le résultat voulu.

Appliquons cela à P : P(X +Y) = P(X) +Y P0(X) +Y2˜P(X,Y), et évaluons dans la K-algèbre commutativeK[A]. On peut trouver ˜Bn ∈K[A]tel que P(An+1) = P(An)− P(An)(P0(An))−1P0(An) +P(An)2B˜n =P(A)2n+1B2nB˜n =P(A)2n+1Bn+1Bn+1 ∈K[A]par hypothèse de récurrence.

Gabriel LEPETIT 1 ENS Rennes - Université Rennes 1

(2)

Enfin, pour montrer queP0(An+1)est inversible, on peut utiliser le même argument que dans l’initialisation ; ou bien écrire un développement P0(X+Y) =P0(X) +Y Q(X,Y) de P0 et l’évaluer pour obtenir P0(An+1) = P0(An) + P(An)Cn avec Cn ∈ K[A] donc comme P(An) est nilpotent, le lemme fournit l’inversibilité de P0(An+1). Cela conclut la récurrence

Conclusion: Soit r∈Ntel que P(A)r=0. Alors sin¾n0=E(log2(r)) +1,P(An) =0 doncAn+1=An : la suite est stationnaire. Comme P est scindé à racines simples dans Cet annuleAn0, cette dernière matrice est diagonalisable surC.

De plus, An

0A=

n01

P

k=0

Ak+1Ak et Ak+1Ak =P(Ak)(P0(Ak))1 ∈K[A]est nilpotent doncAn

0Aest nilpotent comme somme de nilpotents commutant deux à deux. Ainsi D=An0 et N =AAn0 conviennent (ils commutent entre eux comme polynômes en A).

Prouvons pour finir l’unicité : soit(D0,N0) tel que A= D0+N0, D0N0 =N0D0 et N0 est nilpotent, D0est diagonalisable.

AlorsN0 commute avecAdonc avec N élément deK[A]. De plus,NN0= D0D est diagonalisable, et nilpotent comme somme de deux nilpotents commutant entre eux. Donc NN0=0 etD=D0 ce qui prouve l’unicité.

Remarque. • L’algorithme reprend le principe de la méthode de Newton. Comme dans le cas « ordinaire » , la convergence est quadratique : siPr(A) =0, il faut log2(r)étapes pour obtenir(D,N).

• Voici la démonstration du petit résultat cité dans la preuve du théorème : si x,y sont deux nilpotents d’un anneau A tels que x y = y x, prenons n tel que xn = yn = 0.

Alors par le binôme de Newton, (x + y)n = P2n

k=0 2n

k

xky2nk et si k ∈ J0, 2nK, alors k∈Jn+1, 2nKou 2n−k∈Jn+1, 2nKdonc xk=0 ou y2n−k=0.In fine,(x+y)n=0.

Références :

• Jean-Jacques RISLER et Pascal BOYER (2006). Algèbre pour la licence 3. Groupes, an- neaux, corps.Dunod, p. 62.

• Xavier GOURDON (2009). Les maths en tête : algèbre. 2e éd. Ellipses, p. 193 (unicité, avec un raccourci)

Gabriel LEPETIT 2 ENS Rennes - Université Rennes 1

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