• Aucun résultat trouvé

Photobiologie cutanée.

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Photobiologie cutanée."

Copied!
6
0
0

Texte intégral

(1)

PH OT OT Y P E S

L’interrogatoire et l’examen du tégument permettent d’apprécier un certain nombre de caractères témoins de la photosensibilité ou de la photoprotection (Tableau I). La carnation (blanche, claire ou mate) et la notion de coup de soleil lors des premières expositions (tou-jours, parfois, jamais) permet d’évaluer la pho-tosensibilité d’un individu. La pigmentation constitutionnelle (à prédominance eumélanique, phaeomélanique ou mixte) et la notion de coup de soleil, après un bronzage acquis, permettent d’évaluer la photoprotection acquise par l’indi-vidu.

La corrélation démontrée entre la photosensi-bilité et la pigmentation constitutionnelle et acquise permet de calculer un score correspon-dant au phototype (Tableau II). Sa valeur permet de classer les individus selon leur photosensibi-lité ou photoprotection naturelle. Le phototype est également utilisé en photothérapie et en PUVAthérapie pour déterminer la dose initiale et de la progression de l’irradiation.

PH OT O-I M M U N O L O G I E

Deux constatations biologiques fondamentales indiquent l’impact des UV sur le système

immu-nitaire : l’immunosuppression spécifique photo-induite de la réaction d’hypersensibilité retardée et la tolérance des cancers photo-induits.

A) SYSTÈME NEURO-IMMUNO-CUTANÉ

Le revêtement cutané dans son ensemble est soumis à de nombreuses sollicitations par des irradiations électromagnétiques. Le maintien de son intégrité anatomique et fonctionnelle bénéfi-cie de mécanismes précis et complexes. Le sys-tème neuro-immuno-cutané y joue un rôle important tout en étant lui-même soumis à l’in-fluence des rayonnements ultraviolets (UV). On peut distinguer, sur les plans microanatomique et fonctionnel, le système neuro-sensoriel et le sys-tème neuro-endocrinien. La peau est en effet un des organes les plus richement innervés. Les axones présents dans la peau prolongent des cel-lules nerveuses de la moelle épinière et de gan-glions ortho- ou para-sympathiques adjacents. La structure neurale cutanée est arborescente, for-mée de troncs desquels sont issues des branches de plus en plus fines, depuis la profondeur de l’hypoderme jusqu’aux couches les plus superfi-cielles de l’épiderme sans cependant pénétrer dans la couche cornée. Cette structure est relati-vement spécifique puisque diverses lignées cellu-laires cutanées sont innervées distinctement, en particulier celles impliquées dans le système immunitaire.

Tous les cliniciens ont constaté que certaines dermatoses inflammatoires sont influencées par le stress. Celui-ci a pour langage les

neuromé-(1) Consultant Expert Clinique, (2) Chargé de Cours a d j o i n t , C h e f d e L a b o r a t o i r e , ( 3 ) C h a r g é d e C o u r s , C h e f d e S e r v i c e , C H U d u S a r t Ti l m a n , S e r v i c e d e Dermatopathologie

RÉSUMÉ : L’intégration des diverses réactions cellulaires avec la lumière ultraviolette est modulée par les phototypes. Elle est à l’origine des phénomènes photo-immunologiques et de la photo-cancérogenèse.

MOTS-CLÉS: Photocarcinogenèse - immunologie - Photo-type

CUTANEOUS PHOTOBIOLOGY

SUMMARY : The integration of the various cell reactions with ultraviolet light is modulated by the phototypes. It is respon-sible for photo-immunological processes and for photocancero-genesis.

KEYWORDS: Photocarcinogenesis - immunology - Photo-type

T. H

ERMANNS

-L

Ê

(1), C. P

IÉRARD

-F

RANCHIMONT

(2), G.E. P

IÉRARD

(3)

TABLEAUI : PARAMÈTRES DU PHOTOTYPE

Carnation Blanche, claire, mate, noire Couleur des cheveux Roux, blond vénitien, blond,

châtain, noir

Ephélides Disséminées, localisées, absentes

Coup de soleil

avant bronzage Oui, non Coup de soleil

après bronzage Oui, non

Intensité du bronzage Nul, clair, moyen, foncé

TABLEAUII : PHOTOTYPES

I (albinos) Brûle toujours et ne bronze jamais II Brûle toujours et bronze légèrement III Brûle modérément et bronze

progressivement

IV Brûle très peu et bronze toujours bien V Brûle rarement et bronze intensément VI Ne brûle jamais et bronze très

(2)

diateurs et pour véhicule l’innervation de la peau. Cet axe fonctionnel forme le système neuro-immuno-cutané (1, 2).

Les neuromédiateurs sont des supports chi-miques du transfert de l’information entre les cellules nerveuses ou entre une cellule nerveuse et une cellule différente, voire même entre des cellules non neuronales. Près de 200 neuromé-diateurs sont actuellement connus. Ce sont en général des neuropeptides, constitués par l’en-chaînement d’environ 5 à 40 acides aminés. D’autres sont des cholines, des acides aminés ou leurs dérivés, et des amines. Le neuromédiateur le plus simple est le monoxyte d’azote (NO).

Près d’une vingtaine de ces neuromédiateurs ont été identifiés dans la peau. Ils sont synthéti-sés principalement par les neurones en une sécrétion antidromique, ainsi que par les cellules de Merkel et les mastocytes. Les cellules endo-théliales, les kératinocytes, les cellules de Langerhans, les mélanocytes et diverses cellules inflammatoires telles que les polynucléaires, les lymphocytes, les monocytes-macrophages sont des acteurs de cette synthèse, mais à un degré d’implication moindre.

La quantité de neuromédiateurs présents dans la peau est fonction de l’individu, de la localisa-tion cutanée et des pathologies. De plus, les concentrations varient selon la nature du neuro-peptide, la substance P et le “calcitonin gene rela-ted protein” (CGRP) étant les plus abondants. En moyenne, les concentrations cutanées varient de 0,1 à 5,5 pmol/g de tissu. La plupart de ces molé-cules sont retrouvées au niveau des fibres C amyélinisées et des fibres A myélinisées.

Nombreuses sont les cellules de la peau qui possèdent des récepteurs pour les neuromédia-teurs. La liaison de ceux-ci sur leurs récepteurs propres, souvent couplés à la protéine G, active de nombreuses fonctions cellulaires et tissulaires.

Les UV déséquilibrent le système neuro-immuno-cutané et participent ainsi largement à la photo-immunosuppression (3-5). La résul-tante de la dérégulation neuro-immuno-cutanée est cependant complexe à évaluer puisque les neuromédiateurs libérés modulent aussi la syn-thèse des mélanines par les mélanocytes et la prolifération des kératinocytes. Les cellules de Merkel sont des cellules neuro-endocrines épi-dermiques synthétisant des neuromédiateurs. Après un coup de soleil, 50% des cellules de Merkel quittent la couche basale et migrent en position suprabasale, comme si elles subissaient une apoptose. Les cellules de Langerhans sont les principales cellules concernées par la

photo-immunosuppression, en grande partie du fait des neuromédiateurs.

Nerve growth factor

Le “nerve growth factor” (NGF) est une molé-cule neurotrophique qui contrôle également la production et la libération de neuropeptides par les fibres nerveuses et, probablement, par les kératinocytes. Synthétisé par les neurones, le NGF peut l’être également par d’autres cellules, en particulier les kératinocytes et les cellules de Langerhans. Les cellules de l’épiderme possèdent aussi les récepteurs (NGF-R) à la neurotrophine, en particulier le TRK de haute affinité. Le NGF est donc un facteur autocrine de croissance plus puissant que l’EGF pour les kératinocytes. De plus, en activant le récepteur TRK, le NGF pro-tège les kératinocytes de l’apoptose en activant Bcl-2.

Les UVB diminuent l’expression du NGF ainsi que celle de ses récepteurs de haute affinité à la surface des kératinocytes. En revanche, ils induisent celle des récepteurs de basse affinité. Le NGF protège les kératinocytes et les mélano-cytes de l’apoptose induite par les UV.

Acétylcholine

L’acétylcholine est sécrétée par les neurones du système parasympathique, et elle peut aussi être produite par les kératinocytes grâce à la choline-acétyltransférase. L’acétylcholine sécré-tée ne représente que 1% de l’acétylcholine synthétisée, le reste étant détruit par l’acétylcho-linestérase. Les kératinocytes expriment plu-sieurs récepteurs de type nicotinique ou muscarinique pour l’acétylcholine. Les récep-teurs nicotiniques sont de sous-types α3, α5, α6, α7, ß1, ß2 et ß4. Les récepteurs muscariniques sont de sous-types m1, m3, m4 et m5, alors que le sous-type α9 est à la fois nicotinique et mus-carinique. Ces récepteurs sont intra- et extracel-lulaires, localisés près des desmosomes. Les différents sous-types se rencontrent distincte-ment dans les couches de l’épiderme en fonction de la différenciation des kératinocytes. L’acétyl-choline permet un influx de sodium et la sortie de potassium de la cellule. Ce neuromédiateur augmente l’adhérence cellulaire et agit sur la mobilité des kératinocytes. Il stimule leur diffé-renciation en utilisant le calcium comme second messager.

Catécholamines

Les catécholamines, représentées par la nora-drénaline (ou norépinéphrine) et l’anora-drénaline (ou épinéphrine), sont les principaux neuromé-diateurs du système orthosympathique. Elles

(3)

sont synthétisées et dégradées par les kératino-cytes grâce à des enzymes similaires à celles des neurones incluant la catéchol-O-méthyl-transfé-rase (COMT), la mono-amine-oxydase (MAO), la tyrosine-hydroxylase et la phényléthanola-mine-N-méthyl-transférase (PNMT). Elles sont abondamment sécrétées en cas de stress aigu.

Les kératinocytes expriment fortement des récepteurs ß2-adrénergiques, mais les UVB inhibent leur expression. Il en résulte une altéra-tion de l’influx de calcium dans le kératinocyte, une diminution de la croissance cellulaire et une différenciation accélérée. La synthèse de caté-cholamines par les kératinocytes est également affectée. Les vaisseaux, les mélanocytes et les adipocytes possèdent également divers types d’adrénorécepteurs.

Substance P

La substance P est un neuropeptide, libéré de concert avec le CGRP, et dont les propriétés immunomodulatrices sont similaires. La sub-stance P est vasodilatatrice et inhibe la présenta-tion antigénique. La sécréprésenta-tion de la substance P par les kératinocytes n’a pas été démontrée. En revanche, la présence de récepteurs NK1 et NK2 pour ce neuromédiateur a été mise en évidence à la surface des kératinocytes et des cellules de Langerhans. Leur expression semble être assez variable et est essentiellement localisée à la couche granuleuse, toutes les couches de l’épi-derme pouvant toutefois l’exprimer. Les facteurs modulant cette expression ne sont pas connus. Le calcium est le second messager. La substance P peut activer les kératinocytes, comme en témoigne une augmentation de la production d’IL-1α, IL-1ß, IL-1RA, IL-8 et TNF-α ainsi que l’expression d’ICAM-1.

Les UVB augmentent l’expression de ces récepteurs. Il est très probable que la substance P soit libérée par les fibres nerveuses cutanées après irradiation par les UV en même temps que le CGRP, et qu’elle médie aussi l’immunosup-pression liée aux UV. La substance P participe à la réparation tissulaire en réponse aux UV. La libération d’histamine par les mastocytes, induite par la substance P, est diminuée par les UVA, probablement par diminution du taux de calcium intracellulaire.

Calcitonin gene-related peptide

Le CGRP stimule la prolifération des mélano-cytes, la formation de dendrites, la mélanogenèse et augmente le nombre de mélanosomes. Le CGRP conjugue ses effets à ceux de facteurs mélanotrophiques produits par les kératinocytes stimulés eux aussi par ce neuromédiateur.

Celui-ci est également un vasodilatateur puissant et il module les fonctions des cellules de Langerhans. La concentration cutanée en CGRP augmente 2 heures après l’exposition aux UV, jusqu’à atteindre un maximum 6 à 12 heures plus tard. Le CGRP est impliqué dans l’immunosuppression induite par les UV et est libéré après la stimula-tion des fibres nerveuses cutanées par les UV. Il inhibe la présentation antigénique par les cellules de Langerhans en induisant la libération d’IL-10 et en diminuant l’expression de B7-2/CD86 ainsi que la production d’IL-12 et l’IL-ß. Le CGRP sti-mule aussi la production de TNF-α par les mas-tocytes, ce qui induit la migration des cellules de Langerhans hors de l’épiderme.

ACTH et MSH

La pro-opiomélanocortine (POMC) est un peptide hypophysaire précurseur de plusieurs neuropeptides qui sont l’ACTH (adreno-cortico-tropic hormone), la mélanocortine (α-MSH, melanocyte-stimulating hormone), la ß-endor-phine et la LPH (lipotrophic hormone). Un iso-forme ou un variant de la POMC est synthétisé par les kératinocytes, les mélanocytes, les cel-lules de Langerhans, les fibroblastes et les fibres nerveuses cutanées (6-9). Cette synthèse est net-tement accrue par les UV (10,11). L’α-MSH et l’ACTH sont des régulateurs très importants de la mélanogenèse. Ces peptides agissent en se liant aux MC1-R, dont l’expression est aussi régulée par les UV. Les mécanismes précis de l’action des peptides dérivés de la POMC sur la mélanogenèse sont complexes. L’α-MSH induit la prolifération mélanocytaire et la synthèse de mélanine. Les effets de l’α-MSH et de l’ACTH sur la mélanogenèse sont essentiellement médiés par le MC1-R couplé à la protéine G et à l’adé-nylate-cyclase. Le polymorphisme de ce récep-teur est important. L’α-MSH peut aussi fonctionner comme un substrat pour la tyrosi-nase ou stimuler la tyrosityrosi-nase en se liant à la molécule 6BH4. L’α-MSH et son récepteur peu-vent être synthétisés par les kératinocytes lors-qu’ils sont soumis aux UVB. L’α-MSH exerce également des fonctions de neurotransmetteur et d’immunomodulateur. Les kératinocytes et les cellules immunitaires expriment le récepteur à la mélanocortine MC1-R, spécifique des peptides MSH. La peau possède également les récepteurs MC2-R et MC5-R. L’α-MSH diminue l’expres-sion de protéines de stress HSP70 par les kérati-nocytes. Elle a un effet immunomodulateur qui inhibe la production d’IL-8 et augmente la pro-duction d’IL-1RA. La propro-duction d’IL-10 par les monocytes, les macrophages, les cellules dendritiques et les kératinocytes est stimulée.

(4)

Les peptides dérivés de la POMC, principale-ment l’α–MSH, modulent l’inflammation et l’immunité. L’α–MSH a des effets globalement anti-inflammatoires et proches de ceux de l’IL-10 sur l’immunité (12). L’effet de l’α-MSH est probablement modulé par l’IL-10 (5). La ß–endorphine joue un rôle dans la balance Th1/Th2. L’ACTH est immunosuppressive directement et en stimulant la sécrétion de glu-cocorticoïdes. Les effets des peptides dérivés de la POMC sur l’inflammation et l’immunité sont puissants dans la peau partiellement après expo-sition aux UV.

Opiacés

Les kératinocytes possèdent le récepteur µ des opiacés, qui est le ligand de la ß-endorphine et de certains morphiniques médicamenteux (13). L’expression de ce récepteur est inhibée par la ß-endorphine elle-même et par la naloxone. Les enképhalines ont des effets très proches de ceux des endorphines issues de la POMC. La met-enképhaline inhibe la prolifération kératinocy-taire selon un rythme circadien en freinant globalement la synthèse d’ADN par l’intermé-diaire du récepteur z des opiacés. La met- et la leu-enképhaline inhibent la différenciation au niveau de l’expression de la cytokératine 10 et de la transglutaminase 1. La synthèse des enké-phalines dans la peau est induite par les UVA. Autres neuromédiateurs

Les kératinocytes expriment un récepteur pour le “vasoactive intestinal peptide” (VIP) dont l’ac-tivation influence la prolifération en agissant sur la tyrosine-kinase associée au récepteur de l’EGF. Ce mécanisme est impliqué dans la phase précoce de la migration cellulaire. Le GFR (growth hor-mone releasing factor) stimule la prolifération des kératinocytes par l’intermédiaire de VIP-R. Le VIP et la somatostatine sont des antagonistes de la substance P et de la CGRP.

L’endothéline 1 est libérée par les kératino-cytes exposés aux UVB. Elle induit l’expression du gène de la tyrosinase par les mélanocytes et augmente la densité mélanocytaire (14). Le neu-ropeptide Y trouve des récepteurs à la surface des kératinocytes, et il inhibe la production d’AMPc. La bombésine stimule la synthèse d’ADN par les kératinocytes. Grâce à l’enzyme de conversion de l’angiotensine, les kératino-cytes produisent de l’angiotensine II. Ils expri-ment des récepteurs pour cette molécule, avec des effets variables sur la prolifération et la dif-férenciation selon le type de récepteur et la concentration d’angiotensine II. La galanine est un neuropeptide produit par les kératinocytes,

qui en expriment aussi le récepteur Gal R1. Les kératinocytes de la couche basale possèdent aussi plusieurs types de récepteurs (NMDA, AMPA, GRIP) et de transporteurs (EAAC1) du glutamate, un acide aminé inhibant la croissance épidermique. Tant les NO synthétases innées qu’inductibles sont activées lors de l’irradiation UV de la peau (15). Les kératinocytes produi-sent alors du NO de manière dose-dépendante selon l’intensité des UVB et de la concentration en calcium. Associé au CGRP, à la substance P et à la bradykinine, ce médiateur induit une vasodilatation et la mélanogenèse.

Les kératinocytes génèrent et reçoivent de nombreux messages spécifiques en provenance de diverses cytokines, de facteurs de croissance, d’hormones et de neuromédiateurs. L’équilibre des neuromédiateurs cutanés et leurs interac-tions avec les kératinocytes sont fortement per-turbés par le rayonnement UV (4). L’innervation cutanée est augmentée dans l’épiderme exposé au Soleil. Les UVA augmentent l’expression des récepteurs de la substance P. Les UVB augmen-tent celle des récepteurs de la MSH et diminuent celle du récepteur des catécholamines sur les kératinocytes. Le neuromédiateur principal dont l’expression est augmentée en présence d’UV est l’α-MSH, y compris celle d’origine kératino-cytaire. En cas d’exposition solaire, d’autres neuromédiateurs d’origine kératinocytaire sont augmentés, tels que les enképhalines, la sub-stance P et le NO. Ces deux derniers sont d’ailleurs impliqués dans la diminution de la prolifération des kératinocytes dans la peau photo-lésée. L’acide urocanique, dans sa forme trans et surtout dans sa forme cis après exposi-tion aux UV, est un ligand des récepteurs pour le GABA (acide gamma-amino-butyrique) qui est un neuromédiateur inhibiteur. Ce mécanisme pourrait intervenir dans les effets immunosup-presseurs de la photo-isomérisation de l’acide urocanique.

B) SUPPRESSION DE LA RÉACTION D’HYPERSENSIBILITÉ RETARDÉE

L’irradiation préalable par les UVB empêche l’induction d’une sensibilisation de contact à un antigène puissant. En revanche, les UVA n’ont pas cette propriété. La photo-immunosuppres-sion est spécifique de l’antigène. Elle est locale ou systémique selon la dose d’irradiation, et reste transitoire pendant 2 à 3 mois. Cette photo-immunosuppression nécessite plusieurs étapes cellulaires aboutissant à l’installation d’une tolé-rance active. D’une part, la présentation antigé-nique se ferait par des cellules présentatrices UV-résistantes stimulant une voie suppressive

(5)

plutôt que par les cellules de Langerhans dont les capacités fonctionnelles sont altérées par les UV (16). D’autre part, la libération photo-induite de cytokines immunosuppressives par les kératinocytes est complexe impliquant l’IL-1 (inductrice à forte dose d’un état de désensibili-sation), contra 1 (activité bloquante de l’IL-1) et surtout IL-10, qui pourrait avoir un rôle central dans la photo-immunosuppression. L’ac-tivation des Th-1 serait limitée par une faible sti-mulation par des cellules de Langerhans, ainsi que par la sécrétion d’IL-10 par les kératino-cytes et les Th-2. Les Th-2 se comporteraient comme des T-suppresseurs (Ts) de premier ordre, induisant des Ts effecteurs de deuxième ordre responsables d’une photo-immunosup-pression spécifique de l’antigène.

La nature du photorécepteur de la photo-immunosuppression est incertaine. Il pourrait s’agir de l’acide cis-urocanique, produit de photo-isomérisation de la forme basale trans qui a une action identique sur l’hypersensibilité retardée à celles du TNF-α ou des UVB, ou bien de l’ADN comme semble le montrer l’abolition complète de la suppression de l’hypersensibilité retardée au Candida albicans par l’application sur la zone irradiée de liposomes encapsulant une endonucléase réparant les dimères de thy-mine. Enfin, les espèces réactives d’oxygène pourraient intervenir par la libération de cyto-kines immunosuppressives.

C) TOLÉRANCE DE CANCERS PHOTO-INDUITS

La tolérance des cancers photo-induits a été démontrée chez la souris. La greffe de tumeurs induites par des expositions UVB à des animaux receveurs normaux syngéniques se solde par un rejet. A l’inverse, la greffe réussit chez un ani-mal syngénique préalablement traité par une exposition aux UVB de 270 à 315 nm à dose non cancérigène. Cette tolérance est transmissible par des cellules lymphoïdes. Elle est durable, systémique et spécifique de la tumeur. Chez l’Homme, des arguments convaincants lient éga-lement certaines déficiences du système immu-nitaire et les carcinomes. En effet, la fréquence des carcinomes est nettement accrue chez les sujets immunodéprimés tels que les greffés rénaux, les hémopathes ou les sidéens. Il existe aussi une corrélation directe entre la gravité du xeroderma pigmentosum et la diminution des réactions d’hypersensibilité de contact.

D) PHOTOCANCÉROGENÈSE

Le rôle des photons en cancérologie cutanée ne fait aucun doute. Le spectre de l’érythème et de la cancérogenèse sont en grande partie

super-posables dans le spectre des UVB. Les UVA sont en revanche peu érythématogènes, mais leur “rendement tumoral” est 10 fois plus important que leur rendement érythémal. Le rapport effi-cacité-dose UVA-UVB n’est donc plus de 1000 pour la carcinogenèse, mais de 100. Or, lors d’une exposition à la plage, on reçoit 100 fois plus d’UVA que d’UVB. Ainsi le rôle des UVA doit être très sérieusement pris en compte en terme de photocarcinogenèse.

Les mécanismes de la photocarcinogenèse sont complexes et intriqués. Au premier plan, on reconnaît des altérations photo-induites de l’ADN, en particulier la formation de dimères de pyrimidine responsables de mutations. L’appari-tion de ces altéraL’appari-tions de l’ADN est essentielle-ment due aux UVB, mais les UVA interviennent également de façon non négligeable. Il a par ailleurs été démontré que les lampes à incandes-cence pouvaient également produire ces dimères. Les proto-oncogènes sont des gènes normale-ment présents dans les cellules. Ils jouent un rôle central dans la régulation de la prolifération et de la différenciation dans le sens d’un message pro-mitotique. Les cancers peuvent résulter d’anomalies à leur niveau. En particulier, c-ras, c-fos et/ou c-erb sont fréquemment mutés dans les carcinomes cutanés.

Les anti-oncogènes sont des gènes inhibant normalement la prolifération cellulaire. Parmi eux, le gène p53 et son produit, la protéine p53, jouent un rôle régulateur majeur. Les UV à faible dose stimulent la production de la protéine p53, ce qui bloque la phase de multiplication cellulaire permettant la réparation de l’ADN altéré par la présence de dimères de pyrimidine. Si les lésions du génome sont trop importantes, la mort cellulaire survient par apoptose. Elle est reconnue en histologie par la présence de cel-lules photo-dyskératosiques. Lorsqu’une muta-tion photo-induite survient au niveau d’un anti-oncogène p53 (17), la protéine p53 mutée qui en résulte est non fonctionnelle. Le premier pas de la cancérogenèse est alors franchi. La kératose actinique en est un exemple (18). On y retrouve souvent un gène p53+ normal, dit sau-vage, et un gène muté p53-. Si une seconde mutation survient, une cellule p53 +/- peut deve-nir p53 -/-. La lésion initiale évolue alors vers un cancer cutané avec l’appui de l’amplification des proto-oncogènes.

Un autre mécanisme de la photocarcinogenèse implique l’ornithine décarboxylase (ODC). C’est une enzyme participant à la biosynthèse des poly-amines putrescine, spermine et spermidine. L’ac-tivité de l’ODC est augmentée lors de la

(6)

prolifération cellulaire ou tissulaire. Elle est éga-lement accrue après une irradiation par les UVB de manière dose-dépendante alors qu’elle n’est pas modifiée après une irradiation UVA. Elle est détectable 2 h après l’irradiation, devient maxi-male après 28 h et diminue 48 h après l’irradia-tion.

L’ODC agit au moment de la promotion et au cours de la progression néoplasique. Son activité peut être freinée par l’application d’anti-inflam-matoires stéroïdiens ou non stéroïdiens, ainsi que par des inhibiteurs de la synthèse des protéines et de l’ARN. L’apparition des tumeurs induites par UVB pourrait être combattue par application d’indométhacine ou d’acétonide de triamcinolone qui inhibent l’induction d’activité de l’ODC.

La photocarcinogenèse dépend aussi de la peroxydation lipidique induisant la génération d’aldéhydes mutagènes altérant les récepteurs membranaires, et libérant divers médiateurs per-turbant la biologie cellulaire. Ce mécanisme est partiellement lié à l’irradiation UV des méla-nines provoquant l’apparition d’ions super-oxydes et d’ERO dont l’action carcinogène est une évidence (19). Cette production est très importante avec les phaeomélanines, alors qu’elle est minime avec les eumélanines. Ceci expliquerait la plus forte susceptibilité des sujets roux à développer des carcinomes cutanés.

L’intervention du système immunitaire dans la photocarcinogenèse peut être suspectée chez l’Homme par la plus grande fréquence reconnue des carcinomes cutanés après immunodépres-sion thérapeutique. L’acide urocanique serait le chromophore responsable d’une succession de réactions photochimiques dont l’aboutissement serait une suppression de l’hypersensibilité retardée favorisant la tolérance tumorale. L’α-oxyde de cholestérol produit par l’irradia-tion lumineuse du cholestérol est un carcinogène connu, mais à des doses supérieures à celles induites par l’irradiation solaire.

RÉ F É R E N C E S

1. Piérard-Franchimont C, Faska N, Nikkels AF, Piérard GE.— Perpectives de dialogue entre des neuromédia-teurs et les kératinocytes. Dermatol Actual, 2002, 65, 6-10.

2. Fraiture AL, Piérard-Franchimont C, Piérard GE.— L’axe sensoriel cutané et le système neuro-immuno-cutané. Rev Med Liège, 1998, 53, 676-679. 3. Beissert S, Schwarz T.— Mechanisms involved in

ultra-violet light-induced immunosuppression. J Invest

Der-matol Symp Proc, 1999, 4, 61-64.

4. Misery L.— The neuro-immuno-cutaneous system and ultraviolet radiation. Photoderm Photoimmunol

Photo-med, 2000, 16, 78-81.

5. Seiffert K, Granstein RD.— Neuropeptides and neu-roendocrine hormones in ultraviolet radiation-induced immunosuppression. Methods, 2002, 28, 97-103. 6. Schauer E, Trautinger F, Kock A, et al.—

Pro-opiomela-nocortin-derived peptides are synthesized and released by human keratinocytes. J Clin Invest, 1994, 93, 2258-2262.

7. Wintzen M, Gilchrest BA.— Pro-opiomelanocortin, its derived peptides, and the skin. J Invest Dermatol, 1996,

106, 3-10.

8. Peters EM, Tobin DJ, Seidah NG, et al.— Pro-opiome-lanocortin-related peptides, prohormone convertases 1 and 2 and the regulatory peptide 7B2 are pesent in mela-nosomes of human melanocytes. J Invest Dermatol, 2000, 114, 430-437.

9. Schiller M, Raghunath M, Kubitschek U, et al.— Human dermal fibroblasts express prohormone convertases 1 and 2 and produce pro-opiomelanocortin-derived pep-tides. J Invest Dermatol, 2001, 117, 227-235.

10. Brzoska T, Scholzen T, Becher E, et al.— Effect of UV

light on the production of pro-opiomelanocortin-derived peptides and melanocortins receptors in the skin. In :

Altmeyer P, Hoffman K, Stücker M (eds). Skin cancer and UV radiation. Berlin, Springer-Verlag, 1997, pp 227-237.

11. Chakraborty AK, Funasaka Y, Slominski A, et al.— Pro-duction and release of pro-opiomelanocortin (POMC) derived peptides by human melanocytes and keratino-cytes in culture. Regulation by ultraviolet B. Biochim

Biophys Acta, 1996, 1313, 130-138.

12. Enk CD, Sredni D, Blauvelt A, et al.— Induction of IL-10 gene expression in human keratinocytes by UVB exposure in vivo and in vitro. J Immunol, 1995, 154, 4851-4856.

13. Wintzen M, de Winter S, Out-Linting JJ, et al.— Pre-sence of immunoreactive ß-endorphin in human skin.

Exp Dermatol, 2001, 10, 305-311.

14. Imokawa G, Miyagishi M, Yada Y.— Endothelin-1 as a new melanogen-coordinated expression of its gene and the tyrosinase gene in UVB-exposed human epidermis.

J Invest Dermatol, 1995, 105, 32-37.

15. Seo SJ, Choi HJ, Chung HJ, et al.— Time course of expression of mRNA of inducible nitric oxide synthetase and generation of nitric oxide by ultraviolet B in kerati-nocytes cell lines. Br J Dermatol, 2002, 147, 655-662. 16. Seité S, Zucchi H, Moyal I, et al.— Alterations in human

epidermal Langerhans cells by ultraviolet radiation : quantitative and morphological study. Br J Dermatol, 2003, 148, 291-299.

17. Giglia-Mari G, Sarasin A.— TP53 mutations in human skin cancers. Human Mutat, 2003, 21, 217-228. 18. Cockerell CJ.— Pathology and pathobiology of the

acti-nic (solar) keratosis. Br J Dermatol, 2003, 149, S34-S36.

19. Sander CS, Hamm F, Elsner P, et al.— Oxidation stress in malignant melanoma and non melanoma skin cancer.

Br J Dermatol, 2003, 148, 913-922.

L e s d e m a n d e s d e t i r é s à p a r t s o n t à a d r e s s e r a u P r o f . G . E . P i é r a r d , S e r v i c e d e D e r m a t o p a t h o l o g i e , CHU du Sart Tilman, 4000 Liège.

Références

Documents relatifs

Dans le premier chapitre on donne quelque notions de base d’algèbre, ensuite on pré- sente les notions fondamentales de la théorie des codes linéaires (la matrice génératrice,

L’utilisation de la Langerine comme marqueur des cellules de Lan- gerhans chez l’homme pourrait de plus être utilisée pour le diagnostic des histiocytoses X, qui sont des mala-

ran dans l 'exocytose n'est pas une protéine G associée à la membrane plasmique mais pourrait être une des protéines G trimériques que nous avons identifiées au

Des chercheurs lyonnais ont cultivé des progéniteurs hématopoïétiques humains en présence de GM-CSF et de TNFa [5]. Après douze jours de culture, ils ont observé la

Milieu hypertonique C’est un milieu où la concentration externe de la cellule (milieu où elle ‘‘baigne’’) en soluté est supérieure à sa concentration interne en

En conclusion, l’utilisation de conditions expérimentales optimales pour l’isolement de lignées de cellules ES de primates, nous permet d’obtenir des cellules ʺES-likeʺ

between puberty and the iFC of the central-executive network (central-executive network), as a function of sex Speci fically, pubertal development (x axis) is positively associated

The bridge of guitars, or ukulele in this case, is known to have a large influence on the frequency response, in particular because of its mass which is in the same range than the