A NNALES DE L ’I. H. P.
W. H EITLER
La théorie quantique des forces de valence
Annales de l’I. H. P., tome 4, n
o2 (1933), p. 237-272
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La théorie quantique des forces de valence
PAR
W. HEITLER
1
’
Introduction
Le
sujet
de nos conférences sera la théorie de la liaisonchimique homéopolaire.Ce problème
était insoluble enphysique classique,
pour deux raisons.D’,abord,
on nepouvait
pas trouver desforces capables d’engendrer
l’attraction de deux atomes neutres,tels
que deux atomesd’hydrogène
parexemple.
Nous ne connaissons enphysique classique
que les forces de
gravitation
et les forcesélectriques
etmagnétiques.
Les
premières,
ainsi que les forcesmagnétiques
sontbeaucoup trop petites
pourexpliquer
les attractions que nous révèle la chimie.Considérons donc les forces
électriques s’exerçant
entre deux atomes.Si ces derniers sont neutres, chacun étant
composé
de différentescharges,
parexemple
d’un noyaupositif
et d’électronschargés néga- tivement,
onpeut développer l’énergie potentielle
mutuelle des deux atomes en série de la forme suivante :(I) 03A6(R) = ( 1 2) R3 +
....1/énergie
de COULOMB estnulle,
parce que les deux atomes sontneutres ; i
est le momentdipolaire
del’atome, qui
s’écrit .où ei
représentent
les différentescharges
de l’atome et ri leurs distances vectorielles au centre.Le
premier
membre de cette série est encore trèspetit, égal
àzéro en
première approximation.
Eneffet,
si l’on suppose enpremière approximation
que le mouvement desélectrons
dupremier
atomen’est pas
changé
par laprésence
du deuxième atome, 0.1est
un vecteurqui peut prendre
toutes les directions del’espace
avec uneégale
pro- babilité. Oncomprend
alors que la valeur moyenne de( 1 2)
soitnulle.
C’est donc seulement lechangement
du mouvement des élec-trons du
premier
atome causé par laprésence
dudeuxième, qui
rend03A6 différent de zéro. On
appelle
cephénomène
lapolarisation.
Lestermes suivants de la série sont encore
plus petits.
Seule lapolarisa-
tion
produit
une certaine interaction entre les deux atomes. Desca culs de ce genre ont été effectués par DEBYE.
Il trouva,
que les deux atomes s’attirent l’un l’autre par suite de lapolarisation,
maisque cette attraction est encore
trop petite,
inférieure àl’énergie
dedissociation de la molécule
H2,
parexemple.
Ce
n’est là, qu’une première
difficulté. Les forces de la chimie s’oiit caractériséespar
la notion devalence.
Considérons de nouveau deux atomesd’hydrogène.
Nous savons, que les forceschimiques produisent une attraction ;
mais nous savonsaussi, qu’un
troisième atomed’hydrogène
ne seraplus
attiré par l’ensemble des deux. autres. L’atomed’hydrogène possède
une valenceégale à
un : il nepeut
attirerqu’un
seulatome
d’hydrogène,
tout autre atome étant au contrairerepoussé.
Si l’on admettait pour un
instant,
que l’attraction des deux atomes était due à lapolarisation,
ou à une autre forceclassique
du mêmegenre,
il seraitimpossible
decomprendre pourquoi
un troisième atomene serait pas
également
attiré. Les forces de laphysique. classique
sont soumises à la loi de l’addition des vecteurs, c’est-à-dire
qu’une
forcequi agit
entre unpremier
et un second atome doitégalement agir
entre le second et un troisième.. Aucune force de la
physique classique
ne
possède
cettepropriété
desaturation, qui
est sicaractéristique
detoute la chimie.
C’est seulement la théorie des
quanta qui permet
de résoudre ce pro- blème. Nous allons voir comment lamécanique quantique
nous fournitles forces désirées.
Quelles
sont donc les différences entre lamécanique
quantique
d’unepart
et lamécanique
etl’électrodynamique classique
d’autre
part ?
Elles ne consistent pas dans le fait que les forces entreparticules
élémentaires sontchangées.
Entreparticules élémentaires,
c’est-à-dire entre les électrons et les noyaux,
agissent
en théorie quan-tique
les mêmes forcesqu’en
théorieclassique,
c’est-à-dire les forces de COULOMB. Mais c’est lacinématique
desparticules, qui
est essen-tiellement modifiée.
Un électron ne décrit
plus
- comme enmécanique classique
-une
trajectoire
définie dansl’espace ;
son mouvement est décrit parune certaine fonction d’onde B}- déterminée par
l’équation
bien connue de SCHRÖDINGER039403A8n + 803C02m h2 (En - V)03A8n=o,
qui
conduit engénéral
aux étatsquantiques
discrets En. Cette fonction’1"n nous donne seulement la
probabilité
deprésence
de l’électron aupoint
x, y, z. Elle estl’expression
dufait,
que l’électronpossède
unecertaine nature
ondulatoire,
abstraction faite de sa nature departicule.
1/équation
de SCHRoDINGER détermine cetteprobabilité, lorsque
l’élec-tron se meut sous l’influence d’une
force,
dérivant d’unpotentiel V,
dontl’expression
est la mêmequ’en
théorieclassique.
Mais cette différence n’est pas la seule entre la
cinématique classique
°et la
cinématique quantique. D’après
lacinématique nouvelle,
unélectron lié à un atome semble
posséder
un certain moment dequantité
de mouvement.
(2)
s= I h 2203C0
indépendamment
du moment dû à la rotation de l’électron autour du noyau. Nousappelons
ce moment lespin.
Lespin
a lapropriété
sui-vante : il est
impossible
d’attribuer en mêmetemps
des valeurs définies à ses troiscomposantes
sz, sy, sz, ; ; on nepeut
le faire quepour l’une
d’entre
elles,
sx parexemple,
tandis que pour les deux autres on nepeut
donner que desprobabilités
relatives aux différentes valeurspossibles.
Ces dernières sont sont seulement au nombre dedeux,
àsavoir
+ ) ou - §.
Nous pouvonsdésigner
unétat,
où l’électronun état,
où l’électron a la valeur sz = -~,
par une flèchedirigée
versle
bas ~.
Enfin,
nous trouvons entre lesmécaniques quantique
etclassique
des différences fondamentales si nous considérons le cas de
plusieurs
électrons.Mème si nous
négligeons
les forces d’interaction entreélectrons,
c’est-à-dire si nousnégligeons
lepotentiel
de COULOMBe - oû,
rikreprésente
la distance entre deuxélectrons i
etk,
il subsisteratoujours
une très
grande in f luence
d’un électron donné sur les autres. Considé-rons le cas de deux
électrons.
Si l’on
néglige
l’interaction de COULOMB ,chaque
électron setrouve en un certain état
qui
est un de ceux, danslequel
un élec-tron
pourrait
se trouver, si l’autre n’existait pas. Les deux électrons setrouvent donc deux états
avec les
énergies
Ea et Eb. Pour décrirecomplètement
l’état dusystème,
il est nécessaire de se donner aussi l’état de
spin
dechaque électron,
.
c’est-à-dire,
la direction de sacomposante
sz. Un état dusystème
estdonc
complètement déterminé,
si nous connaissonsVa ,
03A8b2014
~2014 2014~2014
et les deux directions de
spin correspondantes.
Naturellement,
il estpossible,
que les deux électrons se trouvent dans le mè’11’!e état: a = b. Maisalors,
une loi fondamentale de la cinéma-tique quantique exige
que : : Si les deux électrons se trouvent dans’ le même état a =b,
il est nécessaire que leurs directions duspin
soientopposées.
Le seul étatqui puisse
se rencontrer dans la nature estreprésenté
par lesymbole t t.
Cette loi est connue sous le nom deprincipe
d’exclusion de Pauli.
"
.
Jusqu’ici
nous avonsnégligé
les forces d’interaction entre lesdeux
électrons. Si nousintroduisons
maintenant cesfsrces,
nous nepourrons plus parler qu’avec
une certaineapproximation
de l’état dechaque
électron. Mais si l’on étend à ce cas leprincipe
de PAULI, il estlégitime
d’admettrel’apparition d’influences
trèsgrandes
entre lesspins
de deuxélectrons,
mêmequand
ces derniers se trouvent dansdeux états différents. Une
conséquence
duprincipe d’exclusion, généralisé
au cas de l’interaction des deux électrons estqu’il
existeun
cou~lage
très fort entre les deuxspins, qui
sont forcés de seplacer
soit tous les deux dans la même direction ou soit dans deux directions
opposées.
T T
ou,~ t.
A ce fort
couplage correspond
ungrand changement
del’énergie
du
système.
Nous pouvons définirl’énergie
de l’interaction en formant la différence-
s -- ~ ~-
(y,
+-Eh)
où E
représente l’énergie
exacte dusystème,
Ea + Ebreprésentent l’énergie
que lesystème
aurait sans interaction entre lesélectrons.
Cette
énergie
d’interaction n’aura pas la même valeur suivantque les spins
serontparallèles
ouantiparallèles.
Au lieu d’une seule
énergie
Ea + Eh sans interaction des deux élec-trons,
on obtient maintenant deuxénergies
différentesE. +
~~ .
." ~T
pour les deux
configurations
desspins :
Ea +Eh +
~~ etEa +
~a. Sile
couplage
entre les deuxspins
n’existait pas,l’énergie
de l’interaction £ seraitsimplement
-’d’après
la théorie desperturbations
-=- la moyenne dupotentiel
deCOULOMB e2 r12.
Ils’y ajoute
maintenantl’énergie
decouplage
entre les deuxspins,
que nousappelons
A. Un calcul détaillé nous donne alors~ == C -~ A ~
°., = C - A.
Cette
énergfe
ducouplage
A est du même ordre degrandeur,
que C. C et Adépendent naturellement
de la structure duchamp
danslequel
semeuvent les deux
électrons,
c’est-à-dire de la structure de l’atome.Le fait que nous venons
d’exposer
est lepoint
dedépart
de la théoriede la liaison
homopolaire. J’essaierai
tout d’abordd’esquisser
lescalculs
détaillés,
et d’une manière intuitive.Je développerai ensuite
lathéorie exacte dans les
chapitres
suivants.Considérons le cas le
plus simple
de deux atomes, ayant chacun un électron. Soit R la distance entre les deux noyaux.L’énergie
dusystème
sans interaction des électrons sera la somme de
l’énergie
dupremier
atome et du second atome, et
l’énergie
d’interaction s’écrira : g = C ±- A. Ces deuxquantités
C et Adépendent
de la structuredu
système,
c’est-à-dire dans notre cas de la distance R des noyaux.Si,
parexemple,
cette distance estin finie,
C et A doivent être nulsparce que il ne subsiste alors aucune interaction entre les deux atomes.
On
peut
alorsinterpréter é(R)
commel’énergie potentielle
de l’inter- action des deux atomes. Laforce, qui agit
entre eux sera -~~~R~ ~
Nous avons vu que
l’expression
de l’interaction des deux atomesen
mécanique quantique
est :(3) ~
= C -±-’ AOn a calculé ces deux
quantités
en fonction de R pourquelques
atomes
simples
et!’ on a trouvé que lecouplage
entre lesspins, A, qui
estmême
plus grand que C,
est du même ordre degrandeur
quel’énergie
dedissociation de la molécule. Il s’ensuit que c’est seulement pour -une seule
configuration
desspins,
que l’interaction des deux atomes est telle que les deux atomes s’attirent. Si parexemple
lesigne
de A estnégatif (et
le calcul montre
qu’il
en est vraimentainsi), l’énergie
d’interaction estnégative lorsque
les deuxspins
sontantiparallèles ~~.
L’énergie
diminue alors en mêmetemps
que la distance àpartir
deR = oc,
c’est-à-dire,
que les deux atomes s’attirent. Aucontraire,
si les deux
spins
sontparallèles,
les deux atomes serepoussent.
Si l’on trace les courbes de
C, A,
en fonction de R, on obtientpour c(R)
= C + A les deux courbes de lafigure
1. ,On voit que pour l’une de ces
courbes, ~
passe par un minimum : les deux atomespeuvent
former unemolécule ;
si l’on calcule les constantes de cettemolécule,
parexemple
la distanced’équilibre
etl’énergie
dedissociation,
on obtient des valeurs voisines des valeursexpérimentales
La courbe
pointillée correspond
àl’expérience.
’
Si nous considérons maintenant l’interaction de deux atomes ayant
plusieurs
électrons. nous n’avonsqu’à généraliser
les résultats obtenusplus
haut.Soient
donc deux atomes A et B àplusieurs électrons.
S upposons que lepremier
se trouve dans un étatdans lequel
na électronsseulement
aient leurs
spins parallèles,
c’est-à-dire un état danslequel
le momentde
spin
total soit sa= ’~" .
...Le second atome B aura un
spin sb = nb 2. Supposons
d’autrepart
sa
plus grand
que sb. Dans ce cas, si les deux atomes commencent àréagir
l’un sur l’autre, les deuxspins sa
et sbs’accouplent.
Le modèlede l’addition des vecteurs,
qui
est uneconséquence générale
de lamécanique quantique,
nousapprend
comment cecouplage
a lieu. IlFIG. 1.
est
possible
que le vecteur sa prenne la même direction que Sb, de sorte que lespin
résultant dusystème
soit s = sa + sb. Mais lespin
sôpeut également prendre
toutes les directionspermises,
telles que lespin
résultant spossède
des valeursinférieures, différant
d’un nombreentier
de sa + sb, et celajusqu’à
ce que sô ait une directionopposée
à
sa.Les
valeurspossibles
de s sont alors .(4)
S == Sa + S’J, Sa + si, - l iOn
peut exprimer
cefait
d’une autre manière : la valeur laplus grande
de s est sa tous lesélectrons,
les na électrons de a et lesde
b,
ont leurspin dirigé dans
la mêmedirection.
Si donc lespin
que deux
électrons,
l’un de l’atome a et l’autre de l’atome b ontopposé
leurs
spins, fi,
de sortequ’ils
ne contribuentplus
en rien auspin
résul-tant. En
général,
onpetit
définir unnombre ~
depaires
d’électrons à’spins antiparallèles,
tel que lespin
résultant soit.
~.
fi peut prendre
les valeurs .p
== 0, i.... ~.Dorénavant,
c’esttoujours
dunombre ~
que nousparlerons, ~ repré-
sentant le nombre de
paires
d’électrons.Dans chacun de ces différents cas nous aurons une
énergie
différentepour l’interaction de deux atomes. Le
cou~lage
entre lesspins
desatomes sera différent pour les différentes valeurs de
~.
La théorie con- duit à un résultatgénéral :
_(5)
2p = C(na - p)(nh
-A,
où C et A sont deux fonctions
qui dépendent
seulement de la distance R et de la structure des atomes. Dans laplupart
des cas leurdépen-
dance de R est la même que dans le cas de deux atomes
ayant
un seul élection chacun. Enparticulier,
lesigne
de A estnégatif.
On voitalors que la liaison entre les deux atomes est maximum
si pest
aussi
grand quepossible. L’énergie
d’interaction est dans ce cas Ep= C + n,,A ;
;si p décroît,
laliaison
devientplus lâche,
etenfin, si p
= o nous avons. e = C -
napbA,
c’est-à-dire les deux atomes se
repoussent.
_ Le résultat de cettethéorie
estparfaitement d’accord
avec les idéesque G.
lN.
LEWIs adéveloppées
sur la liaisonchimique. LEWIS,
en discutant le matériel
empirique
de lachimie,
eutl’idée,
quechaque
liaisonhomopolaire chimique
estproduite
par unepaire d’électrons,
un électron dechaque
atome. Nous voyonsmaintenant,
que les
paires
de LEWIS ne sont autre chose que lespaires
d’électronsà . spins opposés
de lamécanique .quantique.
Notrenombre ~
depaires
d’électrons est donc le nombre des traits de valencequi joignent
les deux atomes, na est
égal
au nombre des traitslibres, qui..
viennent de
l’atome a le
nombre na d’électrons àspins parallèles
estla valence de l’atome a.
Si l’un des deux atomes
possède
unspin sa
= o, tous ses électronsont saturé leurs
spins.
Une liaisonchimique
avec un tel atome n’estpas
possible.
La théorie conduit au résultat suivant :~=C-n6.~
L’énergie
decouplage
desspins indique
unerépulsion,
en accordavec les faits connus.
’
L’idée
de la valence a trouvé sesapplications
lesplus fécondes
dansle cas de
plusieurs
atomes, surtout en chimieorganique.
Il nousfaut
donc étendre notre théorie à ce cas..
Considérons une
série
d’atomes a,b,
c... de valencesrespectives
na, nb, nc... Le
problème
de la liaison de ces atomessera
résolu si nousparvenons à calculer
l’énergie
d’interaction de cesatomes; , qui
seramaintenant une fonction de toutes les distances Rab
(des
atomes .a etb),
,Rac... etc. Si nous connaissons cette
fonction,
nous connaîtronsles configurations d’équilibre possibles
dusystème
considéré et noussaurons
quels
sont les atomesqui peuvent
former une molécule. :, D’après
les résultats que nous avonsobtènu
dans la théorie dedeux
atomes, nous pouvonsprévoir
à peuprès
le fait suivant : deux atomes A et B s’attireront s’il estpossible
de former unepaire
d’électrons avecspins anti-parallèles
entre eux.Nous
développerons
la théorie pour ce cas dans leschapitres suivants, ,
et nous verrons
qu’elle
est engénéral
d’accord avec cetteidée
fonda-mentale. Mais d’autre
part,
les circonstancesénergétiques
sont trèscompliquées
et nous verrons que la théoriepermet d’interpréter
beau-coup de
points
dedétail,
parexemple
lesphénomènes d’activation, qui
nepeuvent
pas êtrecompris
avec lasimple
idée des traits de valenceou des
paires
d’électrons.246
~
II
’
.
Les invariants de spin et les états purs de valence
1. Pour
expliquer
lesphénomènes
de la liaisonhomopolaire,
il estnécessaire de calculer
l’énergie
d’interaction deplusieurs
atomes. Nousallons
développer
maintenant la théoriegénérale
de cette interaction.Supposons
que nous ayons une série d’atomesA,
B,C,
etc. et que chacun d’eux se trouve dans un certain étatquantique,
parexemple
dans l’état
f ondamental,
défini par sa fonction d’onde..Soit Va la fonc- tion d’onde de l’atomeA,
etc.lorsqu’on
calcule l’interaction des atomes, il n’est paspermis
engénéral
deprendre chaque
atome dansun seul état
défini
Nous savons, que, dans leproblème
del’interaction, tous
les étatsquantiques
dechaque atome
interviennent.Cependant,
si
l’énergie
d’interaction estpetite
parrapport
des différences d’éner-gie
des diversétats,
c’est-à-dire parrapport
àl’énergie
d’excitation dechaque
atome, ilsuffira,
pour calculerl’interaction,
de ne consi- dérer que l’état fondamental dechaque
atome. Dans cettehypothèse,
il ne faut
néanmoins
pasperdre
de vue les autres états voisins de l’étatconsidéré,
s’il y en a. Parexemple,
dans la théorie des valences diri-gées
de SI,ATER et PAULING la considération deplusieurs états .
estessentielle.
Soit donc 4~a la fonction d’onde de l’atome A.
Pour
simplifier
leproblème
autant quepossible,
nous ne considérons que les électrons de A dont lesspins
ne sontpas saturés ;
eneffet,
nous avons vu que les électrons
qui
ont saturé mutuellement leursspins
à l’intérieur d’un atome, nepeuvent
contribuer à aucune liaisonav ec un autre atome. Dans ce cas on
peut toujours
écrire cette fonc-tion comme le
produit
d’une fonction d’onde uaqui
nedépend
que descoordonnées
des électrons de A et d’une fonction despin ?a
(6) 03A8a
= ua03C6a.La fonction ne
dépend
donc que des électronsayant
leursspins
parallèles.
Les électrons descouches’
internes nejouent qu’un
rôle né-gligeable
pour toutel’énergie
d’interaction. Deplus,
nous supposerons que l’état de l’atome ua n’est pasdégénéré,
c’est-à-direqu’il s’agit
d’unétat S
(abstraction
faite de ladégénérescence
despin).
Soit na le nombre des électrons
ayant
leursspins parallèles
dansl’atome A, ua sera alors une fonction des coordonnées de ces na élec-
trons, 03C6a
une fonction des na variables despin.
Lespin
résultant de Aa pour valeur sa
== 2014* ; il
enrésulte,
comme nous allons ledémontrer,
que est une fonction
symétrique
des na variables despin.
En
effet,
lescomposants
de sa dans une direction déterminée(axe
des
z) peuvent prendre
les valeurs(6)
all = Sn~ ~~i, ’ " ..--- Suc’est-à-dire l’état de
spin sa
esttoujours dégénéré
et telqu’il y
a2Sa + 1 différentes fonctions de
spin qui correspondent
aux diffé-rentes
composantes
fja.Si nous
désignons
par!x(i)
ou par~~(1)
la fonction despin
dupremier
électron suivant que ce
spin
estdirigé
vers le haut ou vers lebas,
c’est- à-dire suivant que lacomposante c(1)
==+ 2
ou -I ,
iln’y
auraqu’une
seule fonction
qui,
pour les naélectrons,
donnera unecomposante 7a
= Saà savoir
(7)
03C6na =... r(na).
Elle est
symétrique.
Faisons tourner maintenant les axes de coor-données : se transforme en une autre
f onction fra,
avec une autrecomposante
03C3a. Mais lasymétrie
de la fonction nepeut pas
êtrechangée.
Il en
résulte,
que toutes les autresfonctions
restentsymétriques.
Alors
il est facile d’écrire toutes les fonctions despin :
ce sont lesfonctions
symétriques,
construites à l’aide de ’7.et j
(8)
yra = Syfll ... - - ya + I) ... °03B2(na)
où ra
représente
le nombre des électrons dont la fonction despin
estp,
c’est-à-dire dont la
composante
despin
est- I .
Lesigne
« sym »signifie,
que l’on doit rendresymétrique
la fonction(8),
enéchangeant
les
arguments
et formant des combinaisons linéaires. La compo- sante va duspin
résultant est alors248
parce que Ça est
égal
à la somme descomposantes
dechaque
élec-tron. ,
Notre fonction de
spin 03C6ra est
donctoujours symétrique.
Nous savonsque la fonction entière de l’atome ’1"a doit être
antisymétrique,
à causedu
principe
de PAULI.L/antisymétrie
de la f onction d’onde est une autre manièreplus générale
de formuler leprincipe d’exclusion,
dont nousavons
parlé
dans lepremier chapitre.
Si 03C8a estantisymétrique,
et~Ya
symétrique,
la fonction doit êtreantisymétrique.
La fonctionde SCHRÖDINGER d’un atome, pour
lequel
tous les électrons considérésont des
spins parallèles,
est doncantisymétrique
en ces électrons.. 2.- Pour calculer
l’énergie
d’interaction desatomes,
il faut d’abord former toutes les fonctions propresqui
décrivent lesystème
sans interaction. Si l’on a unsystème composé
d’un certain nombrede parties
sans interactionmutuelle,
les fonctions d’onde dusystème
entier sont le
produit
des fonctions d’onde desparties.
Nousobtenons
donc pour le
système entier
(10) 03A8 = ua03C6raub03C6rb ...
Cette
fonction
estdéj
àantisymétrique
pour les électrons de l’atomeA,
pour ceux de l’atome
B,
etc. Mais pour satisfaire auprincipede PAUm,
il faut
qu’elle
soitantisymétrique
pour tous les électrons. Onpeùt
yarriver en
formant,
parexemple,
toutes les fonctionsqui
résulte de lapremière
paréchange
des électrons de différents atomes de A et B.Nous allons
représenter
par P unepermutation qui échange
des élec-trons d’atomes
différents ;
leur nombre est .’
’
- + n,l, +
. .. ~ ~
!I . _-, .
° -On obtient alors une fonction
antisymétrique
en tous lesélectrons,
en faisant
agir
tous les P sur la fonction(io),
et encombinant
d’unemanière
adéquate
les différentes fonctions’ ainsi obtenues.Soit ~P un nombre
égal à +
1 ou - I suivant que P est une permu- tationpaire
ouimpaire.
Ilsuffit,
pour obtenir une fonctionantisymé-
trique;
d’écrire , .(II) , ~ -
" ... ’~~ ... , ’P
où c
représente
un facteur de normalisation.. Nous avons formé ainsi des fonctions d’onde
antisymétriques qui
décrivent le
système
sans interaction. Evidemment il y en aplusieurs
de ce genre, parce
qu’on peut prendre
pourchaque
atome diffé-rentes fonctions de
spin,
parexemple
pour l’atome A les fonctions (D 03C6ra, 03C6na, etc. ; c’est-à-dire que lenombre rq
des électrons de Aqui
sontdirigés
vers le baspeut prendre
les différentes valeurs o..., ra..., na. Il y a donc au total(na
+1) (nb
+1)...
fonctions d’ondeantisymétriques
distinctes..Le
système
sans interaction est doncdégénéré
et ledegré
dedégéné-
rescence est
égal
~nQ
+z ) (n~
+z )
... .D’après
lesrègles
de la théorie despertùrbations
d’unsystème dégé-
néré il faudrait former la matrice de la fonction d’interaction
(1~)
... ~... ~
... °où H
représente
la fonction d’interaction entre les atomes, c’est-à-dire l’interaction coulombienne entre toutes lescharges
de l’atome A et toutes lescharges
des autres atomes, etc. Une fois cette matrice connue, il faut chefcher ses valeurs propres en résolvantl’équation
(13)
~ H,~,,’ - ~ ~ = o.
A
chaque
racine de(13) correspond
une fonction d’ondequi est
unecombinaison linéaire des
différentes f onctions
d’onde03A8rarb.
Les différentes racines de cette
équation représentent
lesénergies
d’interaction. Il est
possible
desimplifier beaucoup
ceproblème.
Si nos atomes
A,
B... avec leursspins
forment unsystème
commun,les différents états obtenus pour le
système
total sedistingueront
par la valeur del’énergie
d’interaction et celle duspin résultant
s. Achaque
racine de(13) correspond
une valeur s duspin
résultant.En
particulier,
dans le cas de deux atomes iln’y
aqu’une
seuleracine
pour
chaque
valeurpossible
de s. Mais dans le cas deplusieurs atomes,
à
chaque
valeur de scorrespondent,
engénéral, plusieurs énergies
d’interaction et, par
suite, plusieurs
fonctions d’onde.Nous allons maintenant former des fonctions d’onde
correspondant
aux- différentes valeurs de s avant de calculer les racines 8. Cela est
250
au cours de rotations. Si nous avons formé deux fonctions correspon- dant à deux valeurs différentes s et
s’,
de s, tous les éléments de la matriceHs,s’ = 03A8*s03A8s’
sontnuls,
parce que deux fonctions avecdifférents
spins
résultants ne formentjamais
de combinaison. Il suffit donc de former une matrice où n’entrent que les différentes fonctions d’ondepossédant le
mêmespin
résultant s: lien résultequ’en
formantles combinaisons
linéaires,
qucorrespondent
à une certaine valeur définie de s, nousabaissons
ledegré
dedégénérescence.
Avant d’arriver à former ces
combinaisons,
il fautparler
dequelques
faits
mathématiques
relatifs auxpropriétés
des fonctions despin
pendant
lesrotations
dusystème
decoordonnées.
3. -
Considérons
dansl’espace
deux vecteursorthogonaux
demême
longueur
x, y, z etX, Y, Z,
tels que~ + V + ~ = X’ + Y~ -h Z~ - i
+ ~Y + o..
Si
nous
faisons tourner lesystème
decoordonnées,
les deuxvecteurs
subissent une transformation linéaire.
, >
’~ ~=lin(X...).
’Formons maintenant un nouveau vecteur
complexe
decomposantes
’
03B6 = z + iZ.
Ce nouveau vecteur est tel que :
~ + -~ -~ = 0.
Si l’on pose
.
~ Ai =
B/f-~- 1.q,
= ~(~5~
~~
= ’i~~’’’ /2014~20142014.2014
..~ ...
il sera très aisé de démontrer que ces deux
quantités Ai, A~
sont lesdeux
composants
d’un vecteurcomplexe
à deuxdimensions,
et su-bissent une
transformation linéaire, quand
on fait tourner lesystème
de coordonnées dans
l’espace.
Formons en effet
v,, __ ~ - .~‘ ~ ., ~ ~
et, en.
désignant
par des accents lesgrandeurs
transformées par rota- tion descoordonnées,
.
~,’.~’.~
_ ~’ =Lin(1,
.r,,:i
,=
Lin(A12, A.-’ ,
zA,A2)
..D’autre
part
on a : ..A i’
A22, A1A2)
A2’ = lin’
A1A2)
Or
. A1’A2’ ==
B/lin ’
lin’ -= Lin.Si donc la racine d’un
produit
de deux fonctions linéaires est elle- même une fonctionlinéaire,
il fautqu’il
soitpossible
d’extraire aussi la racine de lin(AI2,...) c’est-à-dire, que
A/ =
lin(A,, A2)
= a11A1 + a12A2et
(16)
A2’ -=lin’(A., A2)
= a21A1 + a22A2.Il est rès
simple
de démontrermaintenant,
que cette transformation estorthogonale
dans le senscomplexe (unitaire),
c’est-à-dire que l’on a(17)
, , a11a12* + a21a22* = oet que son déterminant est
égal
à un,( 18)
a11a22 - a12a21 - 1..En résumé :
Ai, A2; forment
un vecteurcomplexe
A à deux dimen- sions. Achaque
rotation dansl’espace correspond
une transformation unitaire à deux dimensions. Onpeut exprimer
les coefficients de la transformaion an, ai2... enfonction
desangles
d’Euler q, y,~~,
de larotation dans
l’espace,
ouplus
exactement :’ ’
a11..., etc., sont des fonctions
ambiguës
desangles ’f (ambiguës,
On
appelle
cette transformation unereprésentation
à deux dimensionsde la rotation à trois dimensions.
4. - Si nous considérons de nouveau nos deux fonctions de
spin a
et
j5,
nous savons, que ces deux fonctions subissent une transformation linéaireorthogonale
au senscomplexe
et de déterminantégal
à l,lorsqu’on
fait tourner lesystème
des coordonnées dansl’espace.
Etc’est
justement
la transformation(16)
du vecteurA, qui
est aussi latransformation de a,
~,
parce que onpeut
démontrerqu’il
n’existequ’une
seule transformation à deux dimensions de cetyrpe.
Nousavons donc la
correspondance
~
j~r A~ou le
signe
~ veut dire : « se transforme comme ».Considérons maintenant les fonctions de
spin
de nos atomes. Nousavons vu que ces fonctions de
spin
sont toutessymétriques ;
elles ont, parexemple,
la forme(8)
pour un atome à na électrons.Par
conséquent,
si pourchaque
électron 03B1et 03B2
se transformentcomme
AI
etA2
nos fonctions despin symétriques
se transformerontsimplement
comme lesproduits
( ?. ~ A~ n
(19)
~~ , n°
- a03C6na A2na
Lorsque AI
etA2
subissent une transformation linéaire etunitaire,
les
produits symétriques
Atna, ...,
A1na-raA2ra,
... , A2nasubissent
également
une transformationlinéaire, qui dépend
desangles
de rotation dansl’espace.
Mais pour la rendreorthogonale,
ilfaut introduire certains facteurs de normalisation dans
chaque
membre.Il faut donc
que
lesquantités (19)
soient lescomposantes
d’un vecteurde
longueur
1 dans un espace de n + Idimensions,
c’est-à-dire queEt
puisque
nous savons que ...°
,
’
;
~A,~)A,~==i
(17)
et(18)
nousapprennent qu’il
faut poser Cr =v(~)
.. Nous
pouvons
alorsremplacer
nos fonctions despin,
dans lamesure
où nous considérons leurs
propriétés
relatives auxrotations, par
lesgrandeurs
’(20)
Les nà + i fonctions de
spin qui correspondent
à la valeur duspin sa
subissent une
transformation qui
estcaractéristique de la
valeur sa.Si s == o il
n’y
aqu’une
seule fonction despin, qui
ne se transforme pas du tout : elle est invariante.’
.
’
.
Retournons maintenant à notre
problème
de l’interaction deplu-
sieurs atomes. Nous avons
représenté
chacune des fonctions propres des atomesA, B,
comme leproduit
d’une fonction ~a, ~&... des coor-données des électrons de
chaque
atome, et d’une fonction desSpins 03C6ra, 03C6rb.
Si nous
représentons
la fonction despin
d’un atome par un vecteurAi, A~,
il faut introduire un tel vecteur pourchaque atome ;
nous ledésignerons
parexemple
parB~, Bg
pour l’atome B.B~
etB~
se trans-forment exactement
Ai
etAs.
Les fonctions despin
et l’atome A serontalors
représentées
par03C6ra = ( nara) A1na-ra A2ra
et celles de l’atome B par .
(21)
La fonction se transforme comme le
produit
c’est-à-dire : .
(22)
..A1na - raA2raB1nb - rbBrb
....Si nous cherchons maintenant les fonctions
d’onde, qui correspondent
à une certaine valeur s, il suffira de chercher des combinaisons linéaires des fonctions
qui
se transforment suivant la transformation à254
Le cas le
plus important
est celui où .s = o, parce quenous
devonsnous attendre à obtenir une
liaison
entre lesatomes, quand
lesspins
desdifférents atomes se saturent au
maximum.
Il ne resteplus
alors aucunevalence libre dans le
système
total.Nous ne
parlerons
pour le moment que du cas s = o. On passed’ailleurs,
par unegénéralisation
trèssimple,
aux autres cas s > o.Quand s
= o, la fonction d’onde nechange
pas au cours du’ne rota- tion. Une fonction d’onde avec unspin
s = o est un invariant de rota-tion. ’
Pour obtenir les fonctions d’onde pour
lesquelles
s = o, il suffitde
former
toutes les combinaisons linéaires des fonctionslfrarb qui
sont invariantes. C’est un
problème
trèssimple.
La fonction03A8rarb..
, setransforme
d’après (22).
.. ,Quelles
sont donc les invariants de rotation ? Si nous considérons les deux vecteurscomplexes A,
B, nous obtenons immédiatement uninvariant,
en formant le déterminant.’
(23) [AB]
= A.B2 -- A2Bt.Cette
expression
estinvariante,
parce que le déterminant de la matrice de la transformation estégal
à l’unitéa11 a21 a22
a12
= I.Cependant,
cette fonction[AB]
n’est pas encore une combinaison linéaire des fonctions ,Pour
cela,
lescomposantes
de A devraientapparaître partout
à lapuissance
na, parcequ’il
en est ainsi dans toutes les fonctions 03A8rarb.Mais formons des
produits
de la forme(24) [AB]pab.[AC]pac [BC]pbc .
..où
pab
+pac
+Pad
+ ... = na.Ces