ANNALES
DE LA FACULTÉ DES SCIENCES
Mathématiques
JEANCHANZY
Inverse du Laplacien discret dans le problème de Poisson-Dirichlet à deux dimensions sur un rectangle
Tome XV, no3 (2006), p. 485-552.
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Annales de la Facult´e des Sciences de Toulouse Vol. XV, n◦3, 2006 pp. 485–552
Inverse du Laplacien discret dans le probl` eme de Poisson-Dirichlet ` a deux dimensions
sur un rectangle
(∗)Jean Chanzy1
R´ESUM´E.— Ce travail a pour objet l’´etude d’une m´ethode de«discr´eti- sation» du Laplacien dans le probl`eme de Poisson `a deux dimensions sur un rectangle, avec des conditions aux limites de Dirichlet. Nous ap- prochons l’op´erateur Laplacien par une matrice de Toeplitz `a blocs, eux- mˆemes de Toeplitz, et nous ´etablissons une formule donnant les blocs de l’inverse de cette matrice. Nous donnons ensuite un d´eveloppement asymptotique de la trace de la matrice inverse, et du d´eterminant de la ma- trice de Toeplitz. Enfin, par un passage `a la limite dans l’inverse, de type ergodique, nous passons du discret au continu, en retrouvant l’expression connue du noyau de Green du probl`eme de Poisson, sous forme de s´erie, et en en donnant une nouvelle expression asymptotique plus int´eressante, car elle converge plus rapidement.
ABSTRACT.— This work is focused on the study of a«discretization»
method for the Laplacian operator, in the two-dimensional Poisson prob- lem on a rectangle, with Dirichlet boundary conditions. The Laplacian operator is approximated by a block Toeplitz matrix, the blocks of which are Toeplitz matrices again, and a formula of the inverse matrix blocks is given. Then an asymptotic development of the inverse matrix trace and the Toeplitz matrix determinant are obtained. Finally, the continuum ex- pression of the Laplacian operator is found by calculating the ergodic limit of the inverse matrix. A new asymptotic formula for the well known Green function for the Poisson problem that we obtain converges more rapidly than the usual one.
1.Le probl`eme de Poisson
L’op´erateur Laplacien a depuis fort longtemps une importance capitale dans de nombreux domaines, et en particulier en Analyse, pour la r´esolution d’´equations aux d´eriv´ees partielles, notamment en calculant des noyaux de
(∗) Re¸cu le 16 septembre 2004, accept´e le 18 mai 2005
(1) Universit´e de Paris-Sud, Bˆatiment 425 ; F-91405 Orsay Cedex.
t´el : 01 69 15 57 29 ; fax : 01 69 15 72 34 E-mail : [email protected]
Green, en Probabilit´es, dans l’´etude des marches al´eatoires, et en Calcul Num´erique, pour la r´esolution de divers probl`emes pos´es par la Physique, la M´et´eorologie, l’´Economie,... En effet, dans toutes les branches de la Physique, en particulier, la mod´elisation math´ematique aboutit souvent `a l’obtention d’une ´equation aux d´eriv´ees partielles o`u figure le Laplacien, avec des conditions aux limites sur des domaines vari´es. Ces conditions sont de diff´erentes sortes, dont les principales sont celles de Dirichlet, qui portent sur les solutions de l’´equation sur la fronti`ere de son domaine de validit´e, celles de Neumann, qui portent sur la d´eriv´ee des solutions dans la direction orthogonale `a la fronti`ere de ce domaine, et les conditions mixtes, qui sont une combinaison des deux pr´ec´edentes. La difficult´e est qu’en g´en´eral, les solutions de ces ´equations aux d´eriv´ees partielles d´ependent tr`es fortement de la g´eom´etrie du probl`eme, et il n’est pas toujours possible d’en obtenir une expression simple avec des fonctions usuelles. De plus, l’obtention du Noyau de Green du probl`eme pos´e est parfois aussi difficile que de cal- culer explicitement les solutions de ce probl`eme, et on en utilise parfois un d´eveloppement en s´erie.
Dans la pr´esente ´etude, nous consid´erons le probl`eme de Poisson sur un rectangle, avec des conditions aux limites du type Dirichlet et nous com- men¸cons par «discr´etiser» ce probl`eme, en repr´esentant le Laplacien par un op´erateur matriciel de Toeplitz `a blocs, les blocs ´etant eux-mˆemes des matrices de Toeplitz. Concr`etement, on se donne un rectangle d’int´erieurR et de fronti`ere∂R et on consid`ere le probl`eme suivant :
∆u=v sur R u=w sur ∂R,
o`u u est la fonction `a d´eterminer, de classeC2, v une fonction continue sur R et w une fonction continue sur∂R.
On munitR∪∂R d’un maillage (voir figure 1), de nœuds (xi;yj) avec xi=i a
m+ 1 etyj =j b
n+ 1, comme dans la figure 1. On ai∈N∩[0, m+1]
etj∈N∩[0, n+ 1]. On approche ensuite le Laplacien ∆ par son expression aux diff´erences finies avec un pash1= a
m+ 1 en abscisse eth2= b n+ 1 en ordonn´ee.
On remplace alors le rectangleR par le maillage : Rh1,h2 ={(xi;yj) : 1im; 1jn}, et :
∂Rh1,h2 =∂R∩ {(xi;yj) : 0im+ 1; 0j n+ 1}.
Figure 1. — Maillage du rectangle (R)
Nous noterons iciM = [C, A, B]m×mles matrices tridiagonales par blocs du type :
M =
A B 0 . . . 0 C A B . . . 0 ... . .. ... ... ...
0 . . . C A B 0 . . . 0 C A
,
de dimension mn × mn, chaque bloc ´etant de dimension n × n, et M˜ = [c, a, b]n×n les matrices tridiagonales
M =
a b 0 . . . 0 c a b . . . 0 ... . .. ... ... ...
0 . . . c a b 0 . . . 0 c a
,
de dimensionn×n.
Maintenant, soitUij =u(xi, yj). On a :
∆h1,h2Uij = (∆h1,h2u)(xi, yj)
= 1
h21(u(xi+1, yj) +u(xi−1, yj)−2u(xi, yj)) +1
h22(u(xi, yj+1) +u(xi, yj−1)−2u(xi, yj))
= 1
h21(Ui+1 j+Ui−1j−2Uij) + 1
h22(Ui j+1+Ui j−1−2Uij).
Posant alors λ= h1
h2 2
(λ > 0), ui =
Ui1
Ui2
... Ui n−1
Uin
, ∀i ; 1 i m
et U =
u1 u2 ... um−1
um
, on peut approcher le probl`eme initial par le probl`eme discret suivant :
∆h1,h2U =v dans Rh1,h2 U =w sur ∂Rh1,h2, On obtient donc :
h21∆h1,h2Uij =Ui+1j+Ui−1j−2Uij+λ(Ui j+1+Ui j−1−2Uij). On en d´eduit :
h21∆h1,h2ui=ui+1+ui−1+Lui+λUi0δj,1+λUi n+1δj,n,
o`uLest la matrice tridiagonaleL= [λ,−2(1 +λ), λ]n×n et δp,q le symbole de Kronecker. Posant L = [Id, L,Id]m×m, on obtient h21∆h1,h2U = LU +θ1+θ2, o`u θ1etθ2 sont des vecteurs de dimensionmnqui ne d´ependent que des valeurs dewsur les cˆot´es du rectangle R. Donc :
LU =h21v−θ1−θ2.
Posant alors V = h21v −θ1 −θ2, vij = v(xi, yj), wij = w(xi, yj) et Vij=V(xi, yj), il vientLU =V, o`uV est construit comme U avec :
Vij =h21vij−(δi1w0j+δimwm+1j)−λ(δj1wi0+δjnwi n+1), et δp,q, symbole de Kronecker.
On peut donc remplacer le probl`eme de Poisson-Dirichlet par un pro- bl`eme linaire du type ˜LU = ˜V, o`u U et ˜V sont des vecteurs de dimen- sionmn, et ˜Lune matrice de Toeplitz tridiagonale par blocs, de dimension mn×mn, chaque bloc ´etant lui-mˆeme une matrice de Toeplitz tridiagonale de dimensionn×n. On a alors :
L˜=
−1
2Id,L,˜ −1 2Id
m×m
L˜=
−1
2λ,1 +λ,−1 2λ
n×n
λ= h1
h2
2
.
A partir de cette mod´elisation, nous utilisons une formule d’inversion`
´etablie par le mˆeme auteur dans [Ch1] et [Ch2], et nous calculons donc la matrice inverse du«Laplacien discret»ainsi obtenu, nous en d´eduisons une expression asymptotique de la trace de cette matrice inverse et du d´eter- minant de la matrice «Laplacien», et enfin par un passage `a la limite «continu», de type ergodique, nous d´eduisons de l’inverse de la ma- trice du Laplacien discret deux expressions diff´erentes du noyau de Green du probl`eme de Poisson-Dirichlet pos´e ci-dessus.
Avertissement. — La bibliographie donn´ee `a la fin de cet article ne saurait ˆetre exhaustive, ´etant donn´e la profusion de publications sur le sujet trait´e, qui pr´eoccupe les math´ematiciens et les physiciens depuis de nombreuses ann´ees.
Remerciements. — Ce travail constitue un chapitre de ma th`ese, men´ee sous la direction de M. Abdellatif Seghier. Je remercie les participants du groupe de travail «Analyse, Probabilit´es et Applications» de l’Universit´e de Paris-Sud/Orsay pour leurs nombreuses remarques tant sur le contenu que sur la forme de cet article qui s’en est trouv´e grandement am´elior´e.
2.R´esultats principaux
La pr´esente ´etude est effectu´ee `a partir des r´esultats d’un pr´ec´edent article du mˆeme auteur (voir [Ch2] ou [Ch1]), dans le cadre suivant :
2.1. Cadre de l’´etude D´efinitions g´en´erales
On noteT le tore `a une dimension, identifi´e avec l’intervalle ]−π , π] et σ la mesure de Haar surT, de sorte que, si θ ∈]−π , π], dσ= dθ
2π, et ◦ı l’imaginaire pur deC. On consid`ere le caract`ere :
χ:]−π , π]−→T θ−→e◦ı θ, qui permet de d´efinir
χk:]−π , π]−→T χk :]−π , π]−→T θ−→e◦ı kθ θ−→e−◦ı kθ.
On noteMn(C) l’espace des matrices de dimensionn×n`a coefficients dans le corps des complexesC et Id la matrice identit´e deMn(C).
SiM = (mi j)1i , jn ∈C, alorsM∗= (mj i)1i , jn est la matrice adjointe deM, et
tr (M M∗) =
i=n i= 1
k=n k= 1
mi kmi k =
1i , kn
|mi k|2.
Nous d´efinissons alors surMn(C) la norme matricielle de Hilbert-Schmidt M2= [tr(M M∗)]1/2, associ´ee au produit scalaireM, M2=
tr(M M∗) 1/2
. Cette norme permet en particulier de b´en´eficier de la commutativit´e de deux matrices `a l’int´erieur de la trace, avantage d´ecisif pour obtenir des th´eor`emes d’inversion et de trace ´equivalents `a la dimension 1 (voir [M-M]).
Comme les op´erateurs de Toeplitz que nous allons manipuler op`erent sur des matrices, nous allons en fait traiter ces matrices comme des vecteurs et nous allons donc munirMn(C) des trois normes vectorielles :
∀M = (mij)1i,jn∈Mn(C),
M1 =
1i , jn
|mi j|,
M2 = [tr (M M∗)]1/2, M∞ = max
1i , jn|mi j|.
Espaces de travail
Dans ce paragraphe, nous d´efinissons le cadre de cette ´etude, et en par- ticulier les espaces dans lesquels nous nous pla¸cons dans la suite du pr´esent article.
Espaces de Lebesgue de fonctions matricielles
Il est imp´eratif, dans cette ´etude, de pouvoir induire sur les fonctions matricielles des propri´et´es ´equivalentes `a celles qu’ont leurs composantes.
C’est pourquoi nous introduisons les espaces suivants : (i) L2M(T) =
M :T−→Mn(C) :
TM22dσ <+∞
est l’espace des fonctions matricielles«de carr´e int´egrable» sur le toreT, muni du produit scalaireM, ML2
M
= 1 n
Ttr (M M∗) dσet de la norme ML2
M
= 1
n
TM22dσ 1/2
.
(ii) L∞M(T) =
M :T−→Mn(C) :ML∞ M = sup
z∈TM(z)∞<+∞
est l’espace des fonctions matricielles«essentiellement born´ees» sur le toreT. (iii) L1M(T) =
M :T−→Mn(C) :ML1
M
= 1 n
TM1 dσ <+∞
est l’espace des fonctions matricielles«int´egrables»sur le toreT.
Espaces de Hardy (i)HM2+(T) =
M ∈ L2M(T) :M(k) = 0si k <0
est l’espace de Hardy des fonctions matricielles de carr´e int´egrable et de type analytique sur le tore T, avecM(k) =
TχkM(χ) dσ(χ).
(ii)HM2−(T) =
M ∈ L2M(T) :M(k) = 0si k0
est l’espace suppl´emen- taire orthogonal deHM2+(T) dansL2M(T).
(iii) On poseHM∞(T) =HM2+(T)∩L∞M(T).
Espace des polynˆomes matriciels Soit PN = LinM
χkId :p∈N ; 0kN
l’espace des polynˆomes trigonom´etriques matriciels de degr´e inf´erieur ou ´egal `a N. Notons que
PN ⊂HM2+(T).
Projections et op´erateurs de Hankel
Nous considrons d’abord un symbole matriciel F d´ecomposable en F =GG∗,G´etant une matrice normale surT(c’est-`a-dire queGcommute avec sa matrice adjointe surT), et telle queG∈HM∞(T) etG−1 ∈HM∞(T) et nous d´efinissons ensuite la matrice complexe : ΦN =χNG−1∗Get puis les op´erateurs suivants :
π+:L2M(T)−→HM2+(T) est la projection orthogonale surHM2+(T) π−:L2M(T)−→HM2−(T) est la projection orthogonale sur HM2−(T)
HΦN :HM2+(T)−→HM2−(T) HΦ∗N :HM2−(T)−→HM2+(T) M −→π−(MΦN) M−→π+(MΦ∗N).
HΦN etHΦ∗N sont respectivement le premier et le second op´erateur de Han- kel (voir [N]). Ces op´erateurs permettent d’´echanger les espaces HM2+(T) et HM2−(T) et ont ceci de remarquable qu’ils sont r´eduits `a l’op´erateur nul si le symbole G est l’inverse d’un polynˆome matriciel (voir [Ch2]).
Ces op´erateurs permettent aussi de d´efinir des matrices de Hankel `a blocs H = (Ai,j)0i,jN, o`u les blocs Ai,j sont des coefficients de Fourier Ai,j =F(i+j+ 1) du symboleF (voir [W2]).
Op´erateur de Toeplitz tronqu´e `a blocs
D´efinition 2.1. — On d´efinit d’abord πN(1) la projection deL2M(T) sur PN, puis l’op´erateur de Toeplitz tronqu´e `a blocs, `a symbole matriciel F, par :
TN(F) :PN −→ L2M(T)−→ PN
Q−→ QF −→ π(1)N (QF)
Th´eor`eme d’inversion exacte d’un op´erateur de Toeplitz `a symbole matriciel. — Soit F un symbole matriciel d´ecomposable en F = GG∗, G ´etant une matrice normale et inversible sur T, telle que G∈HM∞(T)et G−1∈HM∞(T). Alors :
(i) ∃α∈]0,1[ ∀N ∈N HΦN+1L2Mα (ii) TN(F)est inversible et pour tout Q∈ PN, TN(F)−1(Q) =π+(QG−1∗)G−1
−π+
Id−HΦ∗N+1HΦN+1
−1
π+ π+(QG−1∗)Φ∗N+1!!
ΦN+1
G−1.
Ce th´eor`eme est d´emontr´e dans [Ch2] et [Ch1].
Dans toute la suite, nous ´ecrironsL2M,HM2+,. . . (nous omettrons le tore T dans l’expression des espaces de Lebesgue et des espaces de Hardy) `a chaque fois qu’aucune confusion ne sera possible.
2.2. Th´eor`emes principaux
Nous commen¸cons par appliquer le th´eor`eme d’inversion pr´ec´edent au calcul des blocs de la matrice inverse du Laplacien discret. Nous d´eterminons le symbole d´ecompos´eGdu Laplacien, et nous notonsW la matrice 2A2, o`u Aest le coefficient de Fourier d’ordre 1 deG(voir d´ebut du paragraphe 3.2).
Nous obtenons ainsi le th´eor`eme suivant :
Th´eor`eme 2.2. — On prend iciN=m−1et on aL˜−1= Lˇk, l!
0k,lm−1
∀k∈N : 0km−1 et∀l∈N : 0lm−1 Lˇk, l = 2
W|k−l|+1−Wk+l+3
(Id−W2)−1
− Id−W2m+2!−1
Wm−k Id−W2k+2! L˜2−Id
−1/2
Wm−l Id−W2l+2! , ou
Lˇk, l = 2W|k−l|+1
Id−W2 min(k+1,l+1)
(Id−W2)−1
− Id−W2m+2!−1
Wm−k Id−W2k+2! L˜2−Id
−1/2
Wm−l Id−W2l+2! .
Nous en d´eduisons l’expression des valeurs propres puis des ´el´ements de matrice de chacun des blocs de la matrice inverse du Laplacien discret, et nous donnons un d´eveloppement asymptotique de la trace de cette matrice inverse, ainsi que du d´eterminant de la matrice Laplacien.
Notons (γp)1pn les valeurs propres de W, et posons ˇLk, l = Lk+1, l+1, pour toutk, pour toutl tels que 0k, lm−1.
Corollaire 2.3. — Les valeurs propresσk, l(p) de chaque blocLk, lsont :
σ(p)k, l = 2
γ|k−l|+1p
"
1− γ2p!min(k,l)
1−γ2p
#
− γ2(m+1)−(k+l)+1 p
"
1− γp2!k
1−γp2
# "
1− γ2p!l
1−γp2
#
1− γp2!m+1
1−γp2
,
et les ´el´ements de chaque blocLk, lde la matrice inverseL˜−1ont la forme : (Lk, l)i, j = 2
n+ 1
p=n
p=1
σk, l(p)sin
p iπ n+ 1
sin
p jπ
n+ 1
,
pour1in,1jn,1km,1lm.
Dans la suite, nous notonsλ0= a
b 2
, de sorte queλ=λm,n=λ0
n+ 1 m+ 1
2
(voir paragraphe 4.1, apr`es la proposition 4.2).
Corollaire 2.4. — tr
L˜−1
= m(m+ 1) π√
λ0
"p=n
p=1
1 ptanh pπ√
λ0!
#
−(m+ 1)2 π2λ0
"p=n
p=1
1 p2
#
−(m+ 1)2 π2λ0
"p=n
p=1
1 p
# O
1 m+ 1
,
On peut alors d´eterminer un ´equivalent de la trace normalis´ee : 1
mn tr
L˜−1
= 1
π√ λ0
m+ 1 n
n 1
dt t tanh(tπ√
λ0)
+O
m+ 1 n+ 1
,
qu’on peut ´ecrire aussi : 1
mn tr
L˜−1
= 1
π$ λm,n
n+ 1 n
n 1
dt t tanh(tπ√
λ0)
+O
"
$1 λm,n
# ,
Corollaire 2.5. — On peut d´efinir pour le logarithme du d´eterminant du Laplacien discret le d´eveloppement asymptotique suivant `a l’ordre0: ln
det
L˜
=mnln
π2 2(m+ 1)2
+m+n−3mn+ 1 +(2m+ 1)(2n+ 1)
4 ln(λ0 n2+m2)
−
2m+ 1 4
ln(λ0+m2)−
2n+ 1 4
ln(λ0 n2+ 1) +m(m+ 1)
√λ0
arctan n√
λ0
m
−arctan
√λ0
m
+n(n+ 1)$ λ0
arctan
m n√
λ0
−arctan 1
n√ λ0
+O(1).
Enfin, par un passage `a la limite«continu», nous retrouvons le noyau de Green du probl`eme de Poisson-Dirichlet sur un rectangle, et nous en donnons une nouvelle expression sous forme de s´erie qui converge tr`es rapidement, et pour laquelle chaque terme d´ecroˆıt exponentiellement en fonction de son ordre et de l’aplatissement du rectangle. On d´esigne par [u] la partie enti`ere du r´eelu. On choisit,∀(x;y;x;y)∈[0,1]4 :
k=k(m) = [(m+ 1)x], l=l(m) = [(m+ 1)x], i=i(n) = [(n+ 1)y], j=j(n) = [(n+ 1)y]. Avec ces notations, nous avons les deux th´eor`emes suivants :
Th´eor`eme 2.6. — D´eveloppement classique du noyau de Green
n→+∞lim
m→+∞
$λm,n
2 Lk(m), l(m)
!
i(n), j(n)
= 2 π
p∈N∗
sinh pπ√
λ0min(x, x)!
sinh pπ√
λ0(1−max(x, x))! psinh(pπ√
λ0)
×sin(pπy) sin(pπy),
pour(x;y)= (x;y), uniform´ement par rapport `ak,l,i etj.
Th´eor`eme 2.7. — Nouveau d´eveloppement du Noyau de Green Posons :
ϕq(t, y, y) = sin2((π/2)(y+y)) + sinh2 (π/2)√
λ0(2q+t)! sin2((π/2)(y−y)) + sinh2 (π/2)√
λ0(2q+t)!. Alors :
n→+∞lim
m→+∞
$λm,n
2 Lk(m), l(m)
!
i(n), j(n)
= 1 4π
q∈N
ln
ϕq(|x−x|, y, y)ϕq(x+x, y,−y) ϕq+1(−|x−x|, y, y)ϕq+1(−(x+x), y,−y)
, pour(x;y)= (x;y), uniform´ement par rapport `ak,l,i etj.
Nous donnons ensuite une comparaison de la vitesse de convergence des deux s´eries d´efinissant le noyau de Green du probl`eme de Poisson-Dirichlet sur un rectangle et en concluons que la seconde s´erie est beaucoup plus int´eressante que la premi`ere, car il suffit d’en calculer quelques termes pour obtenir une pr´ecision convenable.
Nous terminons enfin par une expression du noyau de Green du th´eor`eme 2.7 `a partir d’une somme finie et d’un reste, par le corollaire suivant : Corollaire du th´eor`eme 2.7. — Fixons un nombre entier naturel S et un r´eel ε tel que ε ∈ ]0,1]. Alors le noyau de Green s’´ecrit, ∀x ∈ [0,1],
∀x∈[0,1],∀y∈[0,1],∀y∈[0,1], tels quemax{|x−x|,|y−y|ε} : G(x, y, x, y) = 1
4π
q=S
q=0
ln
ϕq(|x−x|, y, y)ϕq(x+x, y,−y) ϕq+1(−|x−x|, y, y)ϕq+1(−(x+x), y,−y)
+RS(x, y, x, y), avec :
max
|RS(x, y, x, y)|: (x, y, x, y)∈[0,1]4; max (|x−x|,|y−y|)ε
1
π
3e−π√λ0ε+e−π√λ0 1−e−2π√λ0 ln
1
1−e−2(S+1)π√λ0
.
Num´eriquement, pour √
λ0 = 2, si on ne prend que le premier terme de la s´erie (S = 0), le reste est inf´erieur `a 3,33.10−6. Pour √
λ0= 1, si on
prend les deux premiers termes de la s´erie (S = 1), le reste est inf´erieur `a 3,38.10−6. Pour √
λ0 = 1/2, si on prend les quatre premiers termes de la s´erie (S= 3), le reste est inf´erieur `a 3,72.10−6.
3.Inverse du Laplacien discret 3.1. Calcul des valeurs propres du symbole
La matrice `a blocs ˜L du paragraphe 1 peut ˆetre consid´er´ee comme un op´erateur de Toeplitz tronqu´e par blocs, de symbole matriciel
F=−1
2χId + ˜L− 1 2χId.
Notons (αp)1pn la suite finie des valeurs propres de ˜L. Nous allons voir qu’elles sont toutes distinctes, r´eelles et strictement sup´erieures `a 1.
L˜ = ˜Ln =
1 +λ −λ
2 0 · · · 0
−λ
2 1 +λ −λ
2 · · · 0 ... . .. . .. . .. ... 0 · · · −λ
2 1 +λ −λ 2 0 · · · 0 −λ
2 1 +λ
est de dimensionn×n.
Les valeurs propres de cette matrice sont de la formeαp= 1 +ζpλavec p ∈ N : 1 p n. Un calcul classique (voir [Z]) permet d’obtenir leur expression sous la forme :
∀p∈ {1; 2;· · ·;n}, αp = 1+λ
1−cos pπ
n+ 1
= 1+2λsin2
pπ 2(n+ 1)
.
On voit facilement que chaque sous-espace propre de ˜Lest de dimension 1 et ind´ependant deλ. La matrice ˜Lest alors diagonalisable en base orthonorm´ee et ˜L=P
Diag (αp)1pn
P−1.P est une matrice de changement de base, r´eelle, orthogonale et ind´ependante deλ. Calculons cette matrice de passage P :
Proposition 3.1. — La matrice de passage orthogonale permettant de diagonaliser L˜ s’´ecrit :
P =
% 2 n+ 1
sin
ipπ n+ 1
1i,pn
.
D´emonstration. — Pour ceci, nous aurons besoin du lemme suivant :
Lemme 3.2. — Pour tous entiers naturelsi etj,
p=n
p=1
sin ipπ
n+ 1
sin jpπ
n+ 1
= n+ 1 2 δi,j, o`uδi,j est le symbole de Kronecker.
D´emonstration. — La d´emonstration de ce lemme tr`es classique est laiss´ee au lecteur.
Montrons maintenant la proposition 3.1 :
On v´erifie facilement par un calcul direct que chacun des sous-espaces propres de ˜Lest l’espace de dimension 1 engendr´e par le vecteur :
Xp=
% 2 n+ 1
sin
pπ n+ 1
sin 2pπ
n+ 1
... sin
(n−1)pπ n+ 1
sin npπ
n+ 1
.
En utilisant le lemme 3.2, on obtient la matrice P =
% 2 n+ 1
sin
ipπ n+ 1
1i,pn
.
3.2. D´ecomposition du symbole matriciel du Laplacien
Dans cette section, nous calculons la d´ecomposition du symbole F du Laplacien discret et nous montrons que cette d´ecomposition v´erifie les hy- poth`eses du th´eor`eme de Helson-Lowdenslager (voir [H-L]), de fa¸con `a pou- voir utiliser le th´eor`eme d’inversion du paragraphe 2.1. Notre symbole peut s’´ecrire :
F =P
"
Diag
−1
2χ+αp− 1 2χ
1pn
# P−1. Factorisons les valeurs propres de la matriceF :
−1
2χ+αp− 1
2χ =−(χ−αp)2−(α2p−1)
2χ .
Posons
βp=αp+
&
α2p−1 γp=αp−&
α2p−1.
On a βpγp= 1 ,βp>1 et 0< γp<1. Par ailleurs
−1
2χ+αp− 1 2χ =
%βp
2 (1−γpχ)
%βp
2
1−γp
χ
. En posant alors
G=P
"
Diag
%βp
2 (1−γpχ)
1pn
# P−1,
on d´ecompose le symbole enF =GG∗ ,G´etant de la formeG=χA+B et G∗= 1
χA+B , avec A=P
"
Diag
−
%γp 2
1pn
# P−1 et
B=P
"
Diag
%βp
2
1pn
# P−1, ce qui entraˆıne les ´egalit´es suivantes :
AB=BA=−1 2Id A2+B2= ˜L.
Remarquons que AetB sont des matrices sym´etriques r´eelles qui commu- tent.
Montrons maintenant queGest dansHM∞etG−1est dansHM2+, et pour cela, calculonsGL2
M
et ''G−1''
L2M :
Proposition 3.3. — Posons W = 2A2, alors G−1 = B−1
q∈N
χqWq, qui est une s´erie convergente dansL2M. On peut ensuite calculer :
GL2
M
= 1
ntr L˜
1/2
; ''G−1''
L2M= 1
ntr L˜2−Id
−1/2 1/2
. On en d´eduit queGetG−1 sont dansHM2+. Par ailleurs,
GL∞
M A∞+B∞<+∞, etGest dansL∞M. D´emonstration. —
G−1 = (χA+B)−1
= [(Id +χAB−1)B]−1
= B−1(Id +χAB−1)−1
= B−1(Id−χW)−1. On obtient alorsIdL2
M
= 1
n
Ttr (IdId∗) dσ 1/2
= 1, et : χW2L2
M
= 1
n
Ttr
(χW)(χW)∗
dσ
= 1
n
Ttr W2! dσ,
χW2L2
M = 1
ntr W2!
= 4
n
p=n
p=1
γp
2 2
,
χW2L2
M
= 1
n
p=n
p=1
(γp)2
1maxpn(γp) 2
,
donc
0<χWL2
M max
1pn(γp)<1.
Dans ces conditions,∀S ∈N, (Id−χW)
q=S
q=0
χqWq =
q=S
q=0
χqWq−
q=S+1
q=1
χqWq
= Id−χS+1WS+1
=
"q=S
q=0
χqWq
#
(Id−χW).
D’autre part, ''χS+1WS+1''2
L2M = 1 n
Ttr
χS+1WS+1
χS+1WS+1 ∗
dσ
= 1
n
Ttr
W2(S+1)
dσ
= 1
ntr
W2(S+1)
= 1
n
p=n
p=1
(γp)2(S+1). Finalement,
''χS+1WS+1''
L2M= (
1 n
p=n
p=1
(γp)2(S+1) )1/2
. Comme∀p∈N : 1pn, 0< γp<1, pournfix´e,
S→lim+∞
''χS+1WS+1''
L2M
= 0.
On en d´eduit :
S→+∞lim ''''
'Id−(Id−χW)
q=S
q=0
χqWq '''' '
L2M
= lim
S→+∞
'''' 'Id−
"q=S
q=0
χqWq
#
(Id−χW) '''' 'L2M
= 0,
et doncG−1=B−1
q∈N
χqWq. Par ailleurs, ''''
'B−1
q=S
q=0
χqWq '''' '
2
L2M
= 2 n
q=S
q=0
tr
W2q+1
,
'''' 'B−1
q=S
q=0
χqWq '''' '
2
L2M
= 2
n
p=n
p=1
γp
q=S
q=0
γp2p
= 2
n
p=n
p=1
γp
"
1−γp2(S+1)
1−γp2
# .
Comme∀p∈N : 1pn, 0< γp <1, pournfix´e,
S→lim+∞
'''' 'B−1
q=S
q=0
χqWq '''' 'L2M
=
"
2 n
p=n
p=1
γp 1−γp2
#1/2
.
On en d´eduit que
''G−1''
L2M =
"
2 n
p=n
p=1
γp 1−γp2
#1/2
.
Or :
1−γp2= 1−
2α2p−1−2αp
&
αp2−1
, donc :
1−γp2 = 2−2α2p+ 2αp
&
α2p−1
= 2
&
α2p−1
αp−&
α2p−1
= 2γp
&
α2p−1, donc
''G−1''
L2M=
1 n
p=n
p=1
& 1 α2p−1
1/2
.
Comme∀p∈N : 1pn,αp >1, ni 1 ni−1 ne sont valeurs propres de L˜ et
∀p∈N : 1pn,
&
α2p−1= 0.
Les
&
α2p−1 sont les valeurs propres de la matrice
L˜2−Id 1/2
et cette matrice est inversible (cette matrice existe puisque ˜L est sym´etrique r´eelle et d´efinie positive). On obtient alors
''G−1''
L2M= 1
n tr
L˜2−Id
−1/21/2
<+∞. Enfin un calcul direct montre que
GL2
M = 1
n tr L˜
1/2
<+∞.
Les matrices G et G−1 sont donc dans L2M et comme elles sont de type analytique , elles sont dansHM2+. De plus, par l’in´egalit´e
GL∞
M A∞+B∞<+∞(triviale),Gest dansL∞M.
Dans ces conditions , on peut appliquer le th´eor`eme d’inversion du para- graphe 2.1.
3.3. Calcul de l’inverse du Laplacien discret
L˜´etant une matrice de Toeplitz par blocs de dimensionmn×mn, nous allons appliquer le th´eor`eme d’inversion au calcul des blocs ˇLk lde la matrice inverse ˜L−1 (0kN et 0lN avecN =m−1).
Th´eor`eme 3.4. — On prend iciN=m−1et on aL˜−1= Lˇk, l!
0k,lm−1
∀k∈N : 0km−1 et∀l∈N : 0lm−1
Lˇk, l = 2
W|k−l|+1−Wk+l+3
(Id−W2)−1
− Id−W2m+2!−1
Wm−k Id−W2k+2! L˜2−Id −1/2
Wm−l Id−W2l+2! , ou
Lˇk, l = 2W|k−l|+1
Id−W2 min(k+1,l+1)
(Id−W2)−1
− Id−W2m+2!−1
Wm−k Id−W2k+2! L˜2−Id −1/2
Wm−l Id−W2l+2! .