Évaluation de l'efficacité de l'information préventive sur les risques majeurs destinée au Grand Public : Application au DICRIM
Texte intégral
(2) Ecole doctorale Sciences de l’Environnement Thèse Présentée par. Laetitia FERRER Pour obtenir le grade de :. Docteur d’université Spécialité : Géosciences de l’Environnement. Evaluation de l’efficacité de l’information préventive sur les risques majeurs destinée au Grand Public : Application au DICRIM Soutenue publiquement le « 03/07/2018 » devant le jury composé de : Aurélie ARNAUD. Maitre de conférences Aix Marseille Université. Examinateur. Corinne CURT. Ingénieur de recherche, HDR, Irstea Aixen-Provence. Directrice. Myriam MERAD. Directrice de recherche, CNRS - INSHS. Examinateur. Patrick PIGEON. Professeur, Université de Savoie. Rapporteur. Damien SERRE. Professeur, Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse. Rapporteur. Alexandra SCHLEYERLINDENMANN. Maitre de conférences Aix Marseille Université. Examinateur. Jean-Marc TACNET. Ingénieur Ponts, Eaux et Forêts, Irstea Grenoble. Co-directeur. Karine WEISS. Professeur, Université de Nîmes. Examinateur.
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(4) Remerciements. Remerciements L’accomplissement d’un travail de recherche pluridisciplinaire tel que celui-ci ne peut se faire sans la rencontre de nombreuses personnes que je tiens à remercier à travers ces quelques lignes. Pour commencer, j’exprime une profonde reconnaissance et gratitude à ma directrice de thèse, Mme Corinne Curt. J’ai eu la grande chance de pouvoir réaliser ce projet de recherche de bout en bout depuis la construction du sujet et de sa problématique jusqu’à son point final. Cela ne m’aurait pas été rendu possible sans la confiance et le soutien dont Corinne a fait montre envers moi, son proche encadrement et sa constante disponibilité pour de riches échanges. J’exprime également ma reconnaissance à mon co-directeur M. Jean-Marc Tacnet pour ses conseils et sa force de propositions. Je souhaite par ailleurs exprimer ma gratitude à Mme Alexandra Lindenmann, encadrante, qui m’a permis d’approfondir mes connaissances dans les sciences humaines et sociales au cours d’échanges des plus enrichissants. Je remercie également Aurélie Arnaud pour avoir pris part à mon encadrement. Je remercie par ailleurs M. Laurent Peyras pour son accueil au sein de l’unité de recherche G2DR, à IRSTEA Aix en Provence, dans laquelle ce travail de recherche a été effectué ainsi que les membres de l’unité. Une attention particulière à M. Patrice Mériaux pour son aide bienveillante. Je remercie également les collègues grenoblois de l’équipe Adret pour leurs conseils avisés sur les présentations de mes travaux. Que MM. Patrick Pigeon et Damien Serre soient ici remerciés pour avoir accepté d’être les rapporteurs de cette thèse, de même que Mme Myriam Merad pour avoir accepté de juger ce travail. Mes remerciements s’adressent également à M.Oury, alors chargé de la prévention des risques au sein de la Mairie de La Ciotat, pour avoir reçu favorablement nos travaux, ainsi que notre demande d’autorisation d’interviews d’habitants de La Ciotat. De fait, que soient associés à ces remerciements les 10 personnes interviewés qui se sont volontiers prêtés au jeu des entretiens permettant l’obtention d’enrichissants échanges. J’exprime également ma reconnaissance à M Jean-François Closet, directeur général adjoint de l’entreprise G2C partenaire socioéconomique de la thèse, pour ses conseils avisés lors des comités de thèse. Concernant ces comités, merci également à M. Fréderic Liébault et MMes Céline Cholez et Damienne Provitolo pour leur participation en tant que membres extérieurs..
(5) Remerciements. Si la sphère professionnelle tient une place majeure dans le déroulé d’une thèse, il me faut admettre que la mienne ne serait parvenue à son terme sans les rencontres qu’elle m’a permis de faire sur le plan personnel. L’achèvement de ce projet me rendant généreuse je m’autorise à divulguer les ingrédients indispensables à un environnement relationnel personnel propice pour un doctorant : -. Les Stagiaires : toute bonne thèse ne peut pas être sans stagiaire. Si ce travail ne m’a pas donné l’opportunité d’en avoir un personnellement, j’ai cependant eu le plaisir de partager d’excellents souvenirs avec ceux d’autres collègues. A commencer par Emeline et Jordan à la villa, voilà plusieurs années, d’où est née une belle amitié toujours intacte, Flo Gugum et les fous rires que lui, et la complicité de prochains remerciés, m’auront engendré, Kevin le découpeur de cartes ou ma choupette Radina.. -. Les Thésards : la réussite d’une thèse c’est aussi un soutien indispensable rencontré auprès des autres thésards. Pour cela, un grand merci à Flo B.C, Djibril, Nabgha, Michel, Sylvie, Alban, Ana et Marie dont les moments d’échanges, de partages et de belles complicités m’ont été essentiels pour alléger un peu le poids que peut parfois constituer la conduite de ce projet.. -. Le noyau des débuts : ingrédient majeur, ce noyau c’est la réunion de diverses personnes au sein d’un étroit openspace, incubateur de confidences, de fous rires, de soutien, de souvenirs qui resteront pour longtemps ancrés et qui ont menés à de belles amitiés. Gigi, tu étais un peu mon modèle pour mener à bien cette thèse et j’admirais ta douceur et ton sérieux à toute épreuve. Merci pour ces beaux moments passés ensemble et qui se poursuivent encore aujourd’hui. Simon, on est arrivé ensemble à Irstea et tu étais présent à la toute fin pour l’envoi quelque peu périlleux de ce mémoire, merci pour ces belles années et ce malgré tes petites blagues potaches dont je te pardonne ! Ben, toujours le mot pour rire et pour détendre l’atmosphère, on ne peut s’empêcher de sourire au souvenir de tes pitreries dont le quotidien aurait été bien moins égaillé sans elles (« mami, esto es para ti ! »). Et Antho, allié régulier du précèdent mentionné dans l’excellente ambiance de ce quotidien, mon voisin de bureau et complice de tous les instants, un grand merci pour tous ses souvenirs sérieux et un peu moins, dont même une simple course de chaises un 24 décembre était une source de force pour la bonne avancée de ce projet.. -. Le clan des 6, 8 et plus si affinités : Et puis parfois ce sont des liens qui se tissent en peu de temps et de simples collègues émergent des instants de grande.
(6) Remerciements complicité donnant toute la force et le courage qu’il faut pour réussir. Parmi ceux-ci de sincères remerciements au petit oiseau Ayala et au petit Ju avec tellement de bon moments partagés tel que le bolas crew !, à Lucas (et la tribu de dana), à papa Greg, à Guillaume (et nos longues discussions à refaire le monde), à Thibz Faisant… Ajouté à cela je n’oublie pas les amis de toujours, repère indéfectible à chaque étape clé de la vie comme peut l’être cette thèse : Mélanie, Géraldine, Mathieu, Adeline, Fleur… Une reconnaissance et des remerciements les plus sincères pour mes parents, pour mon père et son combat de chaque jour pendant que je menais cette thèse, et que je garderai toujours ancré en moi comme un exemple de courage jusqu’au bout, et pour ma mère et sa grande force dans cette épreuve et son soutien sans faille envers moi. Et pour finir, comment ne pas remercier le Ti Ours sans qui tout ce projet n’aurait pu connaitre son beau dénouement, qui fut pour moi toute la volonté dont j’ai à des moments pu manquer, et qui fut mon phare dans cet océan parfois tumultueux de la thèse. Je ne te remercierai jamais assez pour toute l’aide, la patience et le réconfort dont tu as pu faire montre à mon égard pour ce projet, et qui perdure encore aujourd’hui et pour longtemps j’espère.. Je dédie ce mémoire à mon père,.
(7) Résumé. Résumé La sensibilisation du Grand Public aux risques majeurs est un enjeu actuel de leur prévention et se fonde notamment sur la communication d’informations préventives. En France, cette communication est une obligation réglementaire. On peut alors s’interroger sur son efficacité et sur la façon dont son contenu et sa forme sont appréhendés par la population. Dans cette thèse, des approches contribuant à l’évaluation de l’efficacité des documents de communication préventive sur les risques sont proposées avec une application au DICRIM (Document d'Information Communal sur les Risques Majeurs). Elles croisent des méthodes à l’interface entre Sciences Pour l’Ingénieur (méthode de la sûreté de fonctionnement), Sciences cognitives (modélisation de connaissances) et Sciences Humaines et Sociales (interviews et analyse de discours). Les développements portent sur : -Un modèle d’évaluation de la conformité du contenu d’un DICRIM donné en regard de la loi. -Des éléments de représentations cognitives d’élus et d’habitants vis-à-vis du DICRIM et des risques majeurs en général. -Une production d’indicateurs de performance et d’un modèle d’évaluation de la performance d’un DICRIM. Des validations des modèles ont été réalisées sur des cas réels. Les modèles proposent également des rétroactions afin d’améliorer l’efficacité du document si nécessaire, en fonction des notes obtenues à l’aide des indicateurs. Les modèles d’aide à la décision peuvent être utilisés par les municipalités ou les bureaux d’études spécialisés sur tout DICRIM existant ou en création. Leur utilisation ne nécessite pas la mise en œuvre de moyens particuliers. Par ailleurs, les modèles possèdent des composantes génériques applicables à d’autres types d’outils de communication sur les risques.. Mots clés : Efficacité, Information, Risques majeurs, Prévention, Aide à la décision.
(8) Abstract. Abstract Raising the General Public's sensitisation of major hazards is a current issue in their prevention and is based in particular on the communication of preventive information. In France, this communication is a regulatory obligation. One can then question its effectiveness and how its content and form are perceived by the population. In this thesis, approaches contributing to the evaluation of the effectiveness of preventive risk communication documents are proposed with an application to the DICRIM (“Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs” in French; “Communal Information Document on Major Risks” in English). They cross methods at the interface between Engineering Sciences (method of operational safety), Cognitive Sciences (knowledge modelling) and Human and Social Sciences (interviews and discourse analysis). The developments concern: -A model for assessing the content conformity of a given DICRIM with the law. -Elements of cognitive representations of elected representatives and inhabitants relative to the DICRIM and major hazards in general. -A production of performance indicators and a model for evaluating the performance of a DICRIM. Model validations were carried out on real cases. The models also provide feedback to improve the effectiveness of the document if necessary, based on the scores obtained using the indicators. Decision support models can be used by municipalities or specialized design offices on any existing or newly created DICRIM. Their use does not require the implementation of particular means. In addition, the models have generic components applicable to other types of risk communication tools.. Keywords: Effectiveness, Information, Major Hazards, Prevention, Decision Aid.
(9) Laboratoire de rattachement et partenaires de la thèse. Laboratoire de rattachement et partenaires de la thèse La thèse a été financée par une demi-bourse d’IRSTEA et une demi-bourse de la région PACA. Elle a été préparée au sein du laboratoire Irstea Aix en Provence et en partenariat avec le laboratoire IRSTEA Grenoble, le laboratoire CIRTA LIEU et l’UMR ESPACE. Elle a eu pour partenaire socio-économique la société G2C Environnement..
(10) Table des matières. Table des matières REMERCIEMENTS ........................................................................................................................................ 3 RESUME ...................................................................................................................................................... 6 ABSTRACT ................................................................................................................................................... 7 LABORATOIRE DE RATTACHEMENT ET PARTENAIRES DE LA THESE ............................................................. 8 TABLE DES MATIERES .................................................................................................................................. 9 GLOSSAIRE ................................................................................................................................................ 13 INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 1 PARTIE 1 – PROBLEMATIQUE POSEE PAR L’EVALUATION DE L’EFFICACITE DES DOCUMENTS D’INFORMATION PREVENTIVE SUR LES RISQUES DESTINES AU GRAND PUBLIC ............................................... 5 1). PRISES DE DECISION LORS D’EVENEMENTS MAJEURS ET REPRESENTATION DU RISQUE .............................................. 5 1.1 Les comportements au cours de la survenue d’un phénomène ......................................................... 5 1.2 Les approches de la représentation des risques ................................................................................. 7 1.3 Proposition d’un modèle d’explicitation de la Représentation des risques ........................................ 8 1.3.1 La culture du risque en faveur d’une prise de décision pertinente ............................................................. 9 1.3.2 Les biais entravant les prises de décision .................................................................................................. 12. 2). L’INFORMATION PREVENTIVE DESTINEE AU PUBLIC EN FRANCE ......................................................................... 15 2.1 L’information préventive réglementaire .......................................................................................... 15 2.1.1 Organisation générale ............................................................................................................................... 15 2.1.2 Le DICRIM : une pierre à l’édifice de la sensibilisation aux risques majeurs ............................................. 21. 2.2 L’information préventive informelle ................................................................................................. 23 2.2.1 Sites Internet sur la prévention du risque ................................................................................................. 23 2.2.2 Utilisation des NTIC ................................................................................................................................... 24 2.2.3 Voies d’intégration du public en tant qu’acteur ........................................................................................ 24. 2.3 Enseignements de l’analyse des dispositifs d’information préventive ............................................. 26 3) ANALYSES DES PROCESSUS DE COMMUNICATION DANS LE CADRE DE L’INFORMATION PREVENTIVE SUR LES RISQUES .... 27 3.1 Information et communication ........................................................................................................ 27 3.2 Les modèles techniques.................................................................................................................... 29 3.3 Les modèles linguistiques ................................................................................................................. 31 3.4 Les modèles psychosociologiques .................................................................................................... 33 3.5 Apports des processus pour la thèse et proposition d’un modèle de représentation du processus de communication ............................................................................................................................................ 35 4) DEFINITION DE LA PROBLEMATIQUE DE LA THESE ........................................................................................... 37 PARTIE 2 : DEMARCHE ET METHODES ....................................................................................................... 41 1) 2). DEMARCHE METHODOLOGIQUE GENERALE ................................................................................................... 41 MATERIEL ET METHODES .......................................................................................................................... 44 2.1 Matériel ............................................................................................................................................ 44 2.2 Analyse systémique .......................................................................................................................... 45 2.3 Enquêtes et analyse de contenu ....................................................................................................... 46 2.3.1 Eléments de représentation des habitants ............................................................................................... 46 2.3.2. Eléments de représentation des élus ....................................................................................................... 47.
(11) Table des matières 2.4 Formalisation d’indicateurs et Modèles d’évaluation et de rétroaction .......................................... 47 PARTIE 3 : « ANALYSIS OF A RISK PREVENTION DOCUMENT USING DEPENDABILITY TECHNIQUES: A FIRST STEP TOWARDS AN EFFECTIVENESS MODEL » ................................................................................................ 49 1 INTRODUCTION ...................................................................................................................................... 53 2. STATE OF THE ART ................................................................................................................................. 57 2.1 EFFECTIVENESS OF RISK PREVENTION COMMUNICATION TOOLS: CASE OF THE DICRIM............................................. 57 2.2 ANALYSIS OF CANDIDATE METHODOLOGIES ..................................................................................................... 58 3. METHODOLOGY PROPOSED TO ASSESS EFFECTIVENESS OF A RISK PREVENTIVE COMMUNICATION DOCUMENT .................................................................................................................................................... 62 4 SYSTEM FUNCTIONS: EXTERNAL FUNCTIONAL ANALYSIS ....................................................................... 65 4.1 System definition and needs satisfied by the system: the DICRIM ................................................... 65 4.2 External circles ................................................................................................................................. 65 4.3 Service function and constraints ...................................................................................................... 66 5. STRUCTURAL ANALYSIS OF A DICRIM .................................................................................................... 70 6. COMPLIANCE ANALYSIS AND APPLICATION TO A DICRIM DATABASE ................................................... 72 7. COMPONENTS FUNCTIONS: TECHNICAL FUNCTIONAL ANALYSIS .......................................................... 76 7.1 Components / Service functions ....................................................................................................... 76 7.2 Service Functions / Technical Functions ........................................................................................... 78 7.3 Constraints satisfied by the components ......................................................................................... 82 7.4 Functional analysis table .................................................................................................................. 85 8. CAUSES, EFFECTS AND DETECTION OF COMPONENTS FAILURES ........................................................... 86 9. CONCLUSION AND PERSPECTIVES ......................................................................................................... 90 REFERENCES .............................................................................................................................................. 92 PARTIE 4 : « GESTION DU RISQUE : COMMENT LES HABITANTS D’UNE COMMUNE MULTIRISQUES PERÇOIVENT-ILS LE DOCUMENT D’INFORMATION COMMUNALE SUR LES RISQUES MAJEURS ? » ................. 95 RESUME......................................................................................................................................................... 97 1) INTRODUCTION ....................................................................................................................................... 99 2) METHODOLOGIE MISE EN ŒUVRE ............................................................................................................. 103 2.1 Démarche ....................................................................................................................................... 103 2.2 Panel de personnes interviewées ................................................................................................... 104 2.3 Analyses ......................................................................................................................................... 104 2.4 Matériel .......................................................................................................................................... 105 3) ANALYSES QUANTITATIVES DU CONTENU DES DISCOURS ................................................................................ 107 3.1 Analyses globales du corpus .......................................................................................................... 108 3.2 Constitution de classes ................................................................................................................... 110 3.3 Analyses factorielles des correspondances .................................................................................... 113 4) MISE EN PERSPECTIVE DES ENTRETIENS PAR RAPPORT AUX TRAVAUX SUR LA PERCEPTION DU RISQUE ...................... 115 4.1 Les biais cognitifs issus des croyances et représentations pré-existantes ...................................... 115 4.2 Les biais cognitifs et la confiance ................................................................................................... 117 4.3 Sous-estimation et méconnaissance des risques induisant des biais ............................................. 120 4.4 L’impact des biais cognitifs sur le processus de communication préventive .................................. 122.
(12) Table des matières 5) POINT DE VUE DES INTERVIEWES SUR LE DICRIM ET SUR LA GESTION DE L’INFORMATION PREVENTIVE SUR LES RISQUES MAJEURS........................................................................................................................................................... 124 5.1 Points positifs relevés ..................................................................................................................... 124 5.2 Points négatifs relevés ................................................................................................................... 125 5.3 Points d’amélioration suggérés ...................................................................................................... 126 6) CONCLUSION........................................................................................................................................ 127 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ....................................................................................................................... 129 ANNEXES ................................................................................................................................................... 133 L’EDITORIAL DU DICRIM : UNE PORTE D’ENTREE A LA PERCEPTION DES RISQUES DES ELUS COMMUNAUX ? ........................................................................................................................................... 137 1) 2) 3). INTRODUCTION ..................................................................................................................................... 138 METHODES D’ANALYSE........................................................................................................................... 138 RESULTATS .......................................................................................................................................... 138 3.1 Analyse comparée des textes du corpus ........................................................................................ 138 3.2 Constitution de classes : classification de Reinert .......................................................................... 141 3.3 Analyses factorielles des correspondances .................................................................................... 144 3.4 Confrontation avec l’analyse conceptuelle du DICRIM et de ses composants par les méthodes de la sûreté de fonctionnement.......................................................................................................................... 147 CONCLUSION ................................................................................................................................................ 149 PARTIE 5 : « MODELES D’EVALUATION DE L’EFFICACITE DES DOCUMENTS REGLEMENTAIRES PREVENTIFS SUR LES RISQUES MAJEURS DESTINES AU GRAND PUBLIC – LE CAS DU DICRIM » ........................................ 151 ABSTRACT .................................................................................................................................................... 153 1) INTRODUCTION ..................................................................................................................................... 154 2) MATERIEL ET METHODES........................................................................................................................ 156 2.1 Matériel .......................................................................................................................................... 156 2.2 Démarche proposée ....................................................................................................................... 156 2.3 Développement d’indicateurs ........................................................................................................ 158 2.3.1 Indicateurs de conformité ....................................................................................................................... 159 2.3.2 Indicateurs de performance .................................................................................................................... 160. 3) 4). 2.4 Méthode de construction des modèles d’évaluation ..................................................................... 162 EVALUATION DE LA CONFORMITE REGLEMENTAIRE DES DICRIM .................................................................... 162 EVALUATION DE LA PERFORMANCE DES DICRIM ......................................................................................... 165 4.1 Formalisation des indicateurs système dédiés à l’ensemble du DICRIM ........................................ 165 4.2 Formalisation des indicateurs fond et forme dédiés aux composants du DICRIM ......................... 168 4.2.1 Discussion sur les indicateurs composant de forme................................................................................ 173 4.2.2 Discussion sur les indicateurs composant de fond .................................................................................. 174. 4.3 Cas particulier de la page de couverture ........................................................................................ 176 4.4 Validation des grilles d’indicateurs de performance ...................................................................... 178 4.5 Production des modèles d’évaluation ............................................................................................ 181 4.5.1 Modèle d’évaluation de la conformité du DICRIM .................................................................................. 181 4.5.2 Modèle d’évaluation de la performance du DICRIM ............................................................................... 181. CONCLUSION ................................................................................................................................................ 183 BIBLIOGRAPHIE.............................................................................................................................................. 184 PARTIE 6 – DISCUSSION .......................................................................................................................... 187 1) PROPOSITION D’EVALUATION ET D’AMELIORATION DE L’EFFICACITE DES DOCUMENTS D’INFORMATION PREVENTIVE....... 187 1.1 Apports académiques et opérationnels ......................................................................................... 187.
(13) Table des matières 1.2 Perspectives académiques ............................................................................................................. 190 1.2.1 Application de la démarche à d’autres documents de prévention.......................................................... 190 1.2.2 Proposition de révision des requis réglementaires ................................................................................. 190 1.2.3 S’inspirer des campagnes de communication massives .......................................................................... 192 1.2.4 Amélioration et validation des modèles et des rétroactions................................................................... 193. 1.3 Perspectives opérationnelles .......................................................................................................... 194 1.3.1 Validation et implémentation des modèles ............................................................................................ 194 1.3.2 Proposition d’un arbre de décision des consignes de sécurité ................................................................ 194 1.3.3 Proposition d’un DICRIM 2.0 générique .................................................................................................. 197. 2) REPRESENTATION DES RISQUES MAJEURS PAR LE GRAND PUBLIC : DESTINATAIRE DU DICRIM .................................. 198 2.1 Apports académiques..................................................................................................................... 198 2.2 Perspectives académiques ............................................................................................................. 199 2.2.1 Améliorer le traitement des biais ............................................................................................................ 199 2.2.2 Une communication ciblée vers les jeunes ............................................................................................. 200. 2.3 Perspectives opérationnelles .......................................................................................................... 200 3) REPRESENTATION DES RISQUES MAJEURS PAR LE MAIRE : EMETTEUR DU DICRIM .................................................. 201 CONCLUSION GENERALE ......................................................................................................................... 203 BIBLIOGRAPHIE ....................................................................................................................................... 204 ANNEXES ................................................................................................................................................ 217 ANNEXES 1 : Tableaux d’Analyses des Mode de Défaillances et de leurs Effets .................................. 217 ANNEXES 2 : Méthodes de traitement du logiciel IraMuTeQ ............................................................... 241 ANNEXES 3 : Tableaux de recensement des points de vue positifs, négatifs et de suggestions d’améliorations par les habitants interviewés ........................................................................................... 244.
(14) Glossaire. Glossaire Aléa : probabilité d’occurrence d’un phénomène d’une certaine intensité dans un espace donné AMDE (Analyse des Modes de Défaillances et de leurs Effets) : étude déductive et qualitative avec laquelle les effets (conséquences) des causes de défaillances des composants élémentaires sont systématiquement identifiées (Zwingelstein, 1995). Analyse fonctionnelle : démarche qui consiste à recenser, ordonner, caractériser, hiérarchiser et/ou valoriser les fonctions d’un système (AFNOR, 1996). Communication : ensemble des moyens et techniques permettant la diffusion d'un message auprès d'une certaine audience (Bougnoux, 1993) Communication de groupe : transmission d’informations à l’encontre d’une certaine catégorie de personnes (Riley et Riley, 1959) Communication de masse : un émetteur transmet des informations à plusieurs récepteurs (Laswell) Communication engageante : le récepteur est acteur de sa propre sécurité par l’engagement Communication interpersonnelle : un échange entre un émetteur et un récepteur Composant : Elément matériel ou ensemble matériel remplissant une fonction particulière dans un système ou un sous-système (Zwingelstein, 1996).. Décision : Acte par lequel quelqu’un opte pour une solution. La prise de décision dans le risque peut être considérée comme un choix entre les perspectives ou les paris (Larousse), (Kahneman et Tversky 1979). Défaillance : cessation de l’aptitude d’une entité à accomplir une fonction requise. Par extension, on considère parfois qu’il y a une défaillance lorsqu’il y a altération de l’aptitude d’une entité à accomplir une fonction requise (Villemeur, 1988). Efficacité : L'efficacité est le niveau de réalisation des activités prévues et la réalisation des résultats escomptés (AFNOR, 2005). Dans ces travaux, l’efficacité de la communication se traduit par une « bonne » appréhension de l’information par le lecteur. Elle se compose du respect de la conformité et de performance. Expert : personne disposant d’un savoir et d’un savoir-faire (Zwingelstein, 1995). Indicateur : information ou une donnée formalisée de manière à rendre son utilisation répétable et reproductible (Curt et al., 2010)..
(15) Glossaire Information : association significative de données portées sur un support selon un code prédéfini (AFNOR, 2000) Perception : stimulus, se déroule dans l’instant en utilisant des capteurs sensoriels ; c’est finalement une « connaissance » immédiate d’origine sensorielle. Il s’agit d’un acte instantané de nature physiopsychologique par lequel l'esprit se représente des objets en leur présence (Slovic 1987); (Jimenez 1997). Représentation : activité cognitive, post-perceptive. Consiste soit à évoquer des objets en leur absence, soit, lorsqu'elle s'accomplit en leur présence, à compléter la connaissance perceptive en se référant à d'autres objets non actuellement perçus (Gibson 1979) ; (A. S. Bailly 1985) Processus : ensemble d’activités corrélées ou interactives qui transforme des éléments d’entrée en éléments de sortie (AFNOR, 2000) Risque : croisement entre un Aléa et une Vulnérabilité (définition simple) Robustesse : la robustesse est la capacité, pour une méthode, de donner des résultats proches en présence de faibles changements de conditions expérimentales susceptibles de se produire dans l’utilisation de la procédure. Sûreté de Fonctionnement // sûreté de fonctionnement : science des Défaillances, incluant leur connaissance, leur évaluation, leur prévision et leur maîtrise (Villemeur, 1988). La sûreté de fonctionnement est l’aptitude d’une entité à accomplir une ou plusieurs fonctions requises, dans des conditions données. La sûreté de fonctionnement est caractérisée par différents concepts, notamment la fiabilité et la durabilité (Villemeur, 1988). Système : ensemble déterminé d’éléments discrets (ou composants) interconnectés ou en interaction (Villemeur, 1988). Vulnérabilité : fragilité des enjeux présents dans cet espace. Les enjeux face aux risques majeurs peuvent être humains, économiques ou environnementaux..
(16) Introduction. Introduction Chaque année, le monde subit des désastres induits par des événements majeurs. Récemment, en juin 2017, un feu de forêt a ravagé 30 000 hectares au centre du Portugal mobilisant près de 2000 pompiers et provoquant 64 décès et 254 blessés. En août 2016, un tremblement de terre de magnitude 6,2 s'est produit au centre de l'Italie, causant également 250 décès (Guha-Sapir, Hoyois, et Below 2016). La même année, en France, des inondations ont causé de sérieux dommages pour un préjudice d’un montant supérieur à 1.4 milliards d’euros. La crue de la Seine en août notamment a atteint une hauteur de 6,10 mètres entraînant 4 décès, 24 blessés et une grande quantité de dégâts matériels dans les différents départements que le fleuve traverse (CCR 2016a). Si elles sont moins fréquentes, les catastrophes technologiques peuvent également mener à de graves conséquences comme l’accident de la centrale Fukushima au Japon en 2011 dont la gravité atteint sur l’échelle de INES 7 points (International Nuclear Event Scale), la plus haute classification. La gestion de ces risques est une préoccupation mondiale. Des politiques préventives ont ainsi été mises en œuvre pour gérer les conséquences des catastrophes, comme les cadres d'action et de réduction des risques de catastrophe de Hyōgo ou Sendai (UNISDR 2015). En Europe, Il n’existe pas de règlementation à proprement parler pour la prévention des risques majeurs. Le parlement européen émet des directives fixant des objectifs à atteindre pour tous les pays de l’Union Européenne mais laissant le choix des moyens mis en œuvre. Par exemple, dans la directive de 2007 sur la gestion des risques d’inondation, il liste des recommandations aux états membres telles que « lors de l’élaboration de politiques relatives à l’eau et à l’occupation des sols, les États membres et la Communauté devraient tenir compte des effets potentiels que ces politiques peuvent avoir sur les risques d’inondation et sur la gestion de ces risques ». En France, la politique de prévention des risques majeurs est menée par le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (MTES). Elle est complémentaire à la politique de protection civile conduite par le Ministère de l’Intérieur pour ce qui a trait à la gestion de la crise. La politique de prévention s’articule autour de 7 piliers fondamentaux et la mise en œuvre de différents outils au cours de différentes phases de gestion : 1) La connaissance des phénomènes de l’aléa et du risque : elle se base sur des recherches scientifiques, des études techniques et sur la connaissance des évènements passées grâce à des bases de données historiques. 2) La surveillance, la prévision et l’alerte : lorsqu’ils sont prévisibles, les phénomènes sont détectés par différents dispositifs de surveillance (surveillance météorologique, géophysique, hydrologique…) permettant d’alerter la population. 1.
(17) Introduction 3) L’information préventive et l’éducation des populations : différents dispositifs réglementaires sont mis en œuvre à destination du grand public pour les informer sur les mesures de sauvegarde et les réflexes à avoir (documents d’information, repères de crue…). 4) La prise en compte des risques dans l’aménagement et l’urbanisme : le PPR réglemente l’aménagement du territoire en évitant d’augmenter les enjeux dans les zones à risques et en diminuant la vulnérabilité des zones déjà urbanisées. 5) La réduction de la vulnérabilité : elle passe par la mitigation qui consiste à atténuer les dommages en réduisant l’intensité de certains aléas d’une part ou la vulnérabilité des enjeux d’autre part comme par exemple des améliorations technologiques du bâti existant pour faire face aux séismes. La réduction de la vulnérabilité consiste aussi en la mise en place d’ouvrages de protection ou des dispositions individuelles mises en œuvre par les particuliers pour se prémunir du risque. 6) La préparation et la gestion de crise : de nombreux dispositifs organisationnels réglementent l’organisation des secours (plans ORSEC, Plan Particulier d’Intervention, Plan Communal de Sauvegarde…) afin d’anticiper au mieux la survenue d’une crise. 7) La gestion de l’après-crise et le retour d’expérience : La phase post-phénomène enfin concerne aussi bien le système assurantiel, notamment le fonds d’indemnisation « cat-nat », que les analyses de l’après-crise où le retour d’expérience permet des remises en cause et améliorations pour la diminution du risque à l’avenir. Cette politique de prévention s’applique pour chacun des risques majeurs considérés par l’Etat et qui sont au nombre de 11 : inondations, séismes, mouvements de terrain, feux de forêt, avalanches, tempêtes/cyclones, éruptions volcaniques, ruptures de barrage, accidents nucléaires, accidents industriels et risques miniers. Le risque est dit majeur de par la gravité importante qui le décrit et sa faible occurrence, facilitant l'ignorance ou l'oubli de tels événements (C. Girard 2014). Les risques majeurs peuvent être d’origine naturelle (inondation, feu de forêt, tempêtes…) ou technologique (industriels, nucléaire …) (Géorisques 2015). Cette politique de prévention du risque est un progrès indéniable en termes d’action publique mais sa mise en œuvre concrète se heurte à des difficultés d’ordre culturel, structurel ou technique(Andres et Strappazzon 2007; De Oliveira 2010). Dans ce mémoire nous nous focalisons sur l’information préventive et l’éducation aux populations (Pilier 3). Il s’agit d’une préoccupation mondiale : le public doit être informé périodiquement des dangers et des niveaux de risque auxquels il est exposé, ainsi que de l'évolution de sa situation (United Nations 2006). En Angleterre par exemple, le site du gouvernement (en particulier la section de l’« Environment Agency » en prévention et lors d’une inondation) est le principal fournisseur d’informations réglementaires sur les 2.
(18) Introduction risques majeurs (Tacnet, 2004). Des cartes de risques, notamment d’inondations sont également proposées au Grand Public sur internet par le « National Centre for Environmental Data and Surveillance ». De même en Suisse, la sensibilisation des personnes aux risques, gérée par chaque canton, repose majoritairement sur des cartographies. Pour motiver les citoyens à adopter des comportements préventifs, différentes campagnes gouvernementales ont été mises en place aux Pays-Bas, comme la campagne'denk vooruit' (www.crisis.nl). L'information concernant ces risques peut être obtenue par l'intermédiaire des sites Web municipaux et provinciaux et peut facilement être reliée à la résidence en entrant un code postal. Il n’est pas rare aussi de voir mentionner le Japon comme exemple lorsqu’il s’agit de traiter de la culture du risque sismique (Blesius 2013). Qui n’a pas à l’esprit l’image d’enfants japonais les mains sur la tête, sous leur bureau, en exercice face au risque sismique. La question des bonnes pratiques se retrouve dans la législation québécoise avec la norme dite des « trois jours ». En effet, il est recommandé aux individus de disposer de quoi subsister pendant 72 heures (Blesius 2013). Le gouvernement du Québec semble penser qu’il est possible d’entreprendre une démarche éducative pour développer une culture de sécurité civile : « La mise en place d’une culture de sécurité civile est un objectif de long terme, qui suppose à la fois éducation et encadrement » (Gouvernement du Québec, 2002, p. 8). La communication des risques fait maintenant également partie intégrante de la gestion des risques organisationnels en Autriche, en Nouvelle-Zélande ou encore au Canada (Standards Australia et Standards New Zealand, 1999). En France, bien que des progrès significatifs aient été réalisés (décrets récents, investissements des villes, augmentation des ressources, etc.), certaines caractéristiques concernant l'information sur les risques restent décevantes comme l'inégale mise en œuvre et le manque de contrôle de ces ressources (IRMa et al. 2015), les différentes instructions comportementales d'un document à l'autre, voire en référence au même phénomène (MAAF 2013), les informations incomplètes sur les dangers auxquels la population est exposée, etc. Cette phrase issue de la restitution des Assises Nationales sur les Risques Naturels de 2016 (ANRN 2016) en est un exemple : « À l’aune des événements récents, on voit que des progrès importants restent à faire pour que la population connaisse et maîtrise les bons comportements ». Or, si l'information est transmise efficacement, les personnes peuvent être davantage enclines à adopter des comportements pertinents pendant l'événement car elles auront une meilleure connaissance des risques associés et des recommandations de sécurité pour une meilleure prévention des risques (Siegrist et Cvetkovich 2000). Il est par ailleurs difficile d'établir si les outils de communication préventive atteignent leur objectif d'appropriation par la population (AFPCN 2013). Ces outils préventifs donnent-ils aux citoyens les moyens de mieux connaître les risques qui les concernent ? (Cutter 1993 ; Lindell et Perry 2004). Partant du constat que le citoyen devait être informé et formé dans toutes les sphères de sa vie, les ANRN 2016 se sont interrogées sur la façon dont on peut former le citoyen sans le saturer et tomber dans l’anxiogène. Dans cette optique, il 3.
(19) Introduction semble pertinent de fournir des outils d’aide à la décision permettant une évaluation et une amélioration des communications préventives sur les risques. L’objectif de cette thèse vise à fournir des méthodes et outils permettant d’analyser l'efficacité de ces communications préventives destinées au Grand Public, puis de proposer des améliorations et ce quelle que soit la commune et les risques concernés. Plusieurs outils de communication préventive existent : affiches, DICRIM (Document d’Information Communale sur les Risques Majeurs), PFMS (Plan Familial de Mise en sûreté) … Dans ce mémoire nous nous penchons spécifiquement sur le DICRIM. Le mémoire s’organise en six parties. Nous présentons dans une première partie la problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des communications préventives sur les risques majeurs destinées au Grand Public. Nous nous penchons tout d’abord sur les approches d’analyses de la prise de décision et de la représentation des risques majeurs, puis sur les processus de communication et leur adaptation à la communication préventive sur les risques, et sur l’articulation de l’information préventive en France. Nous amenons ainsi les questions scientifiques de ce travail et établissons les propositions pour conduire notre recherche. Sur la base de ces propositions, la deuxième partie expose les méthodologies adoptées pour l’évaluation de l’efficacité des documents de communication préventive sur les risques pour le Grand Public avec le DICRIM comme cas d’application. Ces méthodologies relèvent de plusieurs champs disciplinaires. La troisième partie est consacrée au premier article qui porte sur une démarche d’analyse systémique appliquée au DICRIM. Elle permet de mettre en évidence les fonctions et dysfonctionnements d’un DICRIM, leurs causes et conséquences et des éléments de détection de ses dysfonctionnements. Nous présentons, dans une quatrième partie, l’article 2 qui traite des résultats d’enquêtes, passées auprès d’habitants d’une commune multirisques, sur leur perception du DICRIM et des risques majeurs. Nous présentons également une courte communication dans cette partie. Elle expose des éléments sur la façon dont les élus se représentent les risques. La cinquième partie se compose de l’article 3 qui propose des indicateurs et des modélisations permettant l’évaluation de la conformité d’un DICRIM vis-à-vis de la loi, de sa performance (en termes de visuel et de contenu), et les moyens de l’améliorer. Enfin, une sixième partie permet de récapituler les apports académiques et opérationnels de la thèse, et de donner les perspectives de ce travail.. 4.
(20) Partie 1 – Problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des documents d’information préventive sur les risques destinés au Grand Public. Partie 1 – Problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des documents d’information préventive sur les risques destinés au Grand Public Les phénomènes majeurs sont de fréquence et d’intensité croissante ce qui fait d’eux un sujet central dans nos sociétés. Ils mènent à des prises de décision et des comportements des personnes conditionnés par la façon dont elles se représentent les risques. La communication sur les risques constitue l’un des tenants potentiels de cette représentation car elle peut avoir un impact sur les personnes. Dans cette partie nous présentons donc une analyse de différents domaines et leurs enjeux : décision au cours d’événements majeurs, représentations du risque, communications préventives sur les risques réglementaires et informelles et processus de communication. Ces analyses conduiront à établir la problématique de la thèse.. 1) Prises de décision lors d’événements majeurs et représentation du risque 1.1 Les comportements au cours de la survenue d’un phénomène La situation exceptionnelle de catastrophes provoque des prises de décision chez les individus (« le Grand Public » au sens de la prévention du risque) et donc des comportements qui sont en rupture avec les comportements du quotidien (Noto, Huguenard, et Larcan 1994). Ces comportements particuliers sont liés à une pression hostile de l’environnement, souvent brutale et imprévisible (ex. tremblement de terre, tsunami local), parfois continue (ex. certains types de sécheresse), qui impose de nouvelles façons d’agir en état de stress (Provitolo et al. 2015). Les comportements vont être conditionnés par des prises de décisions en situation pouvant être incertaine (inconnue, sans information à disposition…) et exigeant une décision rapide parfois immédiate. L’individu va peut-être être amené à faire un choix mettant en jeu jusqu’à sa propre vie ou celle de sa famille en un laps de temps très restreint. Le lieu où se situe la personne au moment de la survenue du phénomène peut également jouer un rôle dans la prise de décision. Des comportements vont également être spécifiques selon que l’évènement est annoncé (tempêtes, inondations…) ou non (séismes, ruptures de barrage, tsunamis…). Dans le premier cas, on observe des comportements raisonnés (George et Gamond 2011) ayant notamment pour finalité de se préparer au danger, d’y faire face (évacuation organisée, lutte réfléchie contre les effets potentiels du désastre), tandis que dans le second cas, du fait de l’effet de surprise et de peur, les réactions sont 5.
(21) Partie 1 – Problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des documents d’information préventive sur les risques destinés au Grand Public plus instinctives (Laborit 1994), immédiates et automatiques (sidération, fuite panique par exemple lors d'auto-évacuations non anticipées), tout au moins dans les premiers instants du choc. Une proportion tout à fait substantielle de décès et d’accidents ayant lieu durant une inondation provient d’une prise de risque individuelle et de comportements mal adaptés, par exemple, se rendre sur les digues pour observer la crue ou traverser en voiture un pont partiellement inondé (Allouche, Nicolas, et Tourment 2013). Le comportement des individus pendant le phénomène est donc crucial (Boissier 2013). Des modélisations conceptuelles et mathématiques ont également été élaborées dans la littérature pour analyser les comportements pendant la survenue d’une catastrophe. (Provitolo et al. 2015) par exemple, ont proposé une formalisation graphique et mathématique des comportements collectifs pouvant se produire dans la zone d’impact d’une catastrophe et lors d’un évènement soudain. Même s’il demeure difficile d’intégrer à ces modèles le champ de toutes les réactions humaines, ils constituent malgré tout un progrès et une aide appréciable pour gérer les situations de crise, notamment vis-à-vis de la gestion de la population. « En effet, lors d’une catastrophe, les réactions des victimes sont source d’incertitude, ce qui participe à accroître la difficulté de maîtrise de la situation par les acteurs institutionnels en charge de la gestion des crises » (Provitolo et al. 2015). Les comportements des personnes sont issus d’un ensemble de facteurs constituant la façon dont elles perçoivent et se représentent les risques. Une décision dépend de la situation à laquelle l’individu fait face et de la façon dont il perçoit cette situation. La perception est contrainte (Kouabenan et al. 2006). On voit ce que l'on veut bien voir, on voit ce que l'on peut voir, on voit ce que l'on a appris à voir. Les comportements de prévention ne peuvent être envisagés ni être correctement mis en œuvre par les individus si ceux-ci ne perçoivent pas ou mal la réalité du risque. Bien que le concept de « perception » et celui concomitant de la « représentation » du risque soient difficiles à définir causant parfois une confusion de termes, plusieurs auteurs ont tenté de leur donner une signification (Piaget 1946; A. Bailly 2015). Classiquement, la perception renvoie aux émotions, aux sensations associées à une réalité manifeste. Le risque quant à lui n’est pas une réalité manifeste puisque, par essence, l’événement ne s’est pas encore produit. Ainsi, le terme de représentation du risque semblant être davantage approprié nous l’adoptons dans ce mémoire.. 6.
(22) Partie 1 – Problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des documents d’information préventive sur les risques destinés au Grand Public. 1.2 Les approches de la représentation des risques Les psychologues des risques exposent 2 approches pour envisager les facteurs qui caractérisent la représentation des risques (Kouabenan et al. 2006). Sans être exclusives l’une de l’autre elles ne correspondent pas tout à fait au même point de vue. La première approche considère les variables propres à l’« individu percevant ». Sont distinguées de façon non exhaustive (d’après Glatron 2009) : - « les variables socio-démographiques relativement classiques : sexe, âge, niveau d’instruction, revenus économiques, profession ou occupation, etc. ; - les variables psychologiques et socio-psychologiques telles que l’expérience, la motivation, le niveau d’implication, l’émotivité ; - les variables cognitives : connaissances, niveau d’information, capacité de traitement de cette information, etc. ; - les variables « socio-organisationnelles » : position sociale, hiérarchique, normes et pressions sociales, etc. (Kouabenan et al. 2006). - les variables culturelles et politiques, liées à l’idéologie, aux valeurs, à la religion, aux visions du monde véhiculées par les sphères politiques ou économiques, par exemple ». Les psychologues considèrent par ailleurs trois types de biais ou de distorsions non exclusifs les uns aux autres, pouvant survenir lors de l'évaluation des risques par l’individu percevant. Il s’agit des biais cognitifs intervenant notamment au moment du traitement des informations qui poussent à valoriser certaines informations au détriment d’autres (disponibilité, représentativité, ancrage-ajustement ou tendance à la confirmation d’hypothèse) ou qui empêchent de traiter ces informations (complexité des situations en raison de leurs impacts économiques, politiques, sociaux, affectifs ou émotionnels). Il s’agit également des biais motivationnels, tel qu’un déni défensif ou la volonté d’éviter la responsabilité, et des distorsions émotionnelles liées à l’état psychologique de l’individu au moment où il réalise l’évaluation (Kouabenan et al. 2006). La seconde approche considère l’objet perçu ou représenté, le risque dans notre contexte de recherche. Il s’agit de décrire les caractéristiques possibles et les effets sur l’individu percevant aboutissant généralement à une hiérarchisation des risques entre eux (Glatron 2009). Divers auteurs ont procédé à une identification de ces caractéristiques, par exemple (Slovic, Fischhoff, et Lichtenstein 1980; Slovic 1987, 1993 ; Sjoberg 1998 etc.), et ont été abondamment repris (Dauphiné A. 2007; Slovic 2001 etc.). Il s’agit de la maitrise/ non maitrise des risques, de la familiarité, du caractère subi ou 7.
(23) Partie 1 – Problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des documents d’information préventive sur les risques destinés au Grand Public non subi… (Slovic, Fischhoff, et Lichtenstein 1980) ont par exemple proposé une carte de perception de différents risques (tabagisme, alcool, nucléaire, vaccins…) en fonction des facteurs « crainte » et « risque connu/inconnu ». Les risques qui sont jugés difficiles à contrôler apparaissent comme les plus effrayants, catastrophiques, difficiles à prévenir et à réduire, fatals, inévitables, menaçants pour les générations futures, involontaires et menaçant les individus personnellement (Slovic 2001). Ces deux approches sont souvent appréhendées de manière concomitante, même si la distinction entre facteurs internes (individuels) et facteurs externes (liés au jugement sur l’événement) n’est pas clairement établie. Des composantes parmi les variables propres à l’individu percevant de la première approche semblent pouvoir favoriser les décisions. A l’inverse les biais cognitifs et une majorité des facteurs externes risquent d’entraver la prise de décision. Suivant cet ordre d’idées, nous décidons pour notre contexte de recherche d’expliciter la représentation suivant ces deux aspects positifs ou négatifs envers la décision. 1.3 Proposition d’un modèle d’explicitation de la Représentation des risques La Figure 1 représente l’approche que nous avons définie pour expliciter la Représentation des risques par un individu. Elle comporte deux branches. La branche droite correspond aux facteurs pouvant favoriser la prise de décision que nous rassemblons sous l’appellation « Culture du risque ». La branche gauche représente les facteurs pouvant entraver la décision que l’on regroupe sous le terme « Biais ». Chacune des 2 branches admet plusieurs composantes organisées hiérarchiquement (« informations » alimente « mémoire » alimente « culture »). Le passage d’un niveau à l’autre n’est pas linéaire et un niveau n’est jamais acquis « à tout jamais », selon les circonstances, l’entourage, il peut y avoir une « régression » du niveau de représentation du risque.. 8.
(24) Partie 1 – Problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des documents d’information préventive sur les risques destinés au Grand Public. Figure 1 : Facteurs alimentant la Représentation des risques par un individu. 1.3.1 La culture du risque en faveur d’une prise de décision pertinente La branche droite du schéma correspond à des composantes de la représentation pouvant être bénéfiques pour la prise de décision face au risque. Elles forment ce que l’on appelle la culture du risque. La culture du risque est un concept débattu dans la littérature. Certains auteurs trouvent nécessaire de « déconstruire » ce terme (Lianos 1999; Albouy 2002; Nonjon et al. 2007). « Absence, leurre, norme ou illusion, la culture du risque ne semble pas pouvoir trouver de définition claire, notamment au regard de propos issus de travaux de sociologie » (Blesius 2013). Pourtant il existe de nombreux cas, tant au niveau académique qu’empirique, où ce terme est considéré de manière positive et où malgré les critiques existantes, des propos tendent à promouvoir sa pertinence (Labeur 2013; Langumier 2008; Tiberghien 2006). Dans certains travaux, la culture du risque se défini par un ensemble de 4 termes connexes (mémoire, connaissance, prise de conscience et acceptation). Nous adoptons cette définition dans nos travaux. Le premier terme connecté à celui de culture du risque est la « mémoire du risque » comme cela est mis en avant dans certains articles scientifiques (Le Blanc 2010; Acerra et Sauzeau 2012; Labeur 2013). La mémoire du risque se distingue généralement par deux types expériences : l’expérience directe ou indirecte selon que l’individu a réellement vécu ou non le phénomène (Weiss, Colbeau-Justin, et Marchand 2006). 9.
(25) Partie 1 – Problématique posée par l’évaluation de l’efficacité des documents d’information préventive sur les risques destinés au Grand Public À n’en pas douter, l’expérience directe du phénomène influence l’adaptation des comportements individuels. En matière de risque, la mémoire des personnes est courte en général ; même les victimes d'un événement ont tendance à relativiser, le temps passant, d'autres préfèrent ne pas réveiller les traumatismes. Pour autant ces personnes garderont malgré tout en mémoire cette expérience passée ce qui pourra leur conférer un avantage dans le cas où elles devraient à nouveau y faire face (Siegrist et Gutscher 2006). Les prises de décision pourront en être facilitées. L’expérience indirecte qui relève notamment de la transmission d’une mémoire locale, adaptée aux territoires et aux sociétés qui les habitent (Weiss, Colbeau-Justin, et Marchand 2006) forme également une mémoire du risque. La nécessité de conserver la mémoire des événements passés semble essentielle pour promouvoir la culture du risque (Beck, 2006, p. 5). Ces savoirs ancestraux, ainsi que l’ensemble des savoirs en général, sont stockés dans la mémoire à long terme. Elle se différentie des mémoires temporaires qui contiennent les informations courantes utilisées dans l’action immédiate et qui sont fortement contraintes en taille et en durée. La mémoire à long terme possède une durée et une taille illimitées mais son accès en temps réel est parfois difficile si elle n’a pas été régulièrement activée. Si un stimulus n’est pas régulièrement provoqué la mémoire tend à faiblir. Il est cependant dommageable d’attendre que ce stimulus provienne de la survenue d’une catastrophe, puisque le vécu crée ou recrée une conscience du risque, au moins un certain temps après la survenance d’évènements (Defossez 2011). Cela a par exemple été constaté pour le changement climatique. De fait, des études sur la perception dans différents pays ont montré que les personnes sont plus préoccupées par le changement climatique durant les jours où la température locale est anormalement élevée (Deryugina 2013; Krosnick, Holbrook, et Lowe 2006; …). La mémoire à long terme stocke les savoirs sous forme de connaissances descriptives, de règles et de schémas. Le stimulus peut donc également être provoqué par l’apport de connaissances. Les connaissances se corrèlent aux variables cognitives considérées dans la première approche de la représentation par les psychologues. Selon(Davenport et Prusak 1998), la connaissance est « un mélange fluide d'expériences encadrées, d'informations contextuelles, de valeurs et de points de vue d'experts qui fournit un cadre pour évaluer et incorporer de nouvelles expériences et informations ». (Polanyi 1967; Nonaka et Takeuchi 1995) distingue la connaissance explicite (facilement traitée par un ordinateur, transmise à d'autres personnes dans un langage formel et par voie électronique, ou stockées dans des bases de données), de la connaissance tacite qui est individuelle. Celle-ci est ancrée dans l'expérience individuelle, éphémère, transitoire, personnelle, spécifique à un contexte, et est difficile à coder, à formaliser et à articuler avec le formel. Pour être communiquée, elle doit être convertie en une forme de mots, de modèles ou des nombres qui peuvent être compris. 10.
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