Théorème "edge of the wedge"
Mathis MARTIN 14 mai 2021
Table des matières
1 Introduction 2
2 Le cas à une variable 3
3 Les cas des tubes 4
4 Preuve de la version continue 8
5 Théorème de Banach-Steinhaus sur les groupes 10
6 Fonctions tests 12
7 Lemme sur le rayon de convergence 14
8 Preuve de la version des distributions 18
9 Preuve du théorème de reflexion 20
10 Application dans les polydisques 22
11 Généralisation d’Epstein 25
Chapitre 1
Introduction
Nous allons aborder dans la suite différentes versions du théorème “the edge of the wedge”.
Ce théorème est beaucoup utilisé en physique notamment en théorie des quantique champs pour construire des extensions de fonctions de Wightman.
Nous allons tout d’abord introduire un certain nombre de notations. Un élément deCn sera écrit
z= (z1, ..., zn) avec zi ∈C, ou
z=x+iy, avecx∈Rn ety∈Rn.
Nous allons maintenant définir la notion de cône ouvert avant de passer à l’énoncé des théo- rèmes : un cône ouvert deRn S est un ouvert tel que, quelque soity∈S, on aty∈S pour tout t >0.
SoitV l’intersection deS avec une boule ouverte bornée deRn centrée en0. Soit maintenant E un ouvert non vide de R. On définit
W+=E+iV etW− =E−iV.
Nous allons maintenant voir la première version du théorème qui est la version continue.
Théorème 1.1. Pour E,W+ et W− comme ci-dessus alors il existe Ω un ouvert de R qui contientW+∪E∪W− et qui possède les propriétés suivantes : toute fonction complexe f continue sur W+∪E∪W− et holomorphe surW+∪W− possède une extension holomorphe F sur Ω(on a f(z) =F(z) pour tout z dans W+∪E∪W−) .
Les deux autres versions du théorème que nous allons énoncer utilisent la théorie des distri- butions.
Théorème 1.2. Soient E,W+,W−,Ωcomme dans le Théorème 1.1. Supposons f holomorphe sur W+∪W−, et
y→0lim Z
E
f(x+iy)φ(x)dx
existe pour toute fonction φ infiniment différentiable à support compact sur E. Alors f possède une extension holomorphe F sur Ω
Théorème 1.3. Soient E,W+,Ωcomme pour le Théorème 1.1. Supposonsf =u+ivholomorphe sur W+ avec u et v des fonctions réelles et
y→0lim Z
E
v(x+iy)φ(x)dx= 0
pour toute fonction φ infiniment différentiable à support compact sur E. Alors f possède une extension holomorphe F surΩ. Sur W−, F satisfait F(z) =f(¯z).
Le but dans la suite sera de donner une preuve de ces trois théorèmes principaux.
Chapitre 2
Le cas à une variable
Nous allons nous placer ici dans les cas où n=1. On peut donc prendre E comme un segment de R sans perte de généralités.W−etW+sont donc ici des rectangles ouverts avec E comme coté en commun. On va fait démontrer un théorème encore plus large qui va impliquer les théorèmes A,B,C. En effet on va remplacer E par n’importe quel arc paramétré.
Théorème 2.1. Soit Ω un ouvert borné du plan et notons ∂Ω son bord (un lacet). Supposons que Ω soit divisé en deux régions Ω1 et Ω2 séparées par un arc paramétré inclus dans sauf en ses deux extrémités. Supposons maintenant f continue sur la fermeture de Ω et holomorphe sur Ω1∪Ω2. Alors f est holomorphe sur Ω.
Preuve. Pour z dans Ωon définit
F(z) = 1 2πi
Z
∂Ω
f(w) w−zdw.
F est évidemment holomorphe sur Ω. On sait par Cauchy que pour z∈Ω1 f(z) = 1
2πi Z
∂Ω1
f(w) w−zdw et
0 = 1 2πi
Z
∂Ω1
f(w) w−zdw
On a donc F(z) =f(z), pour tout z∈Ω1, de même on obtient F(z) =f(z) pour toutz ∈Ω2.
Or Z
∂Ω
= Z
∂Ω1
+ Z
∂Ω2
.
Donc on a bien F(z) =f(z) pour tout z∈Ω, donc f holomorphe surΩOn a donc démontré le théorème dans le cas ou E est un arc paramétré ce qui implique le Théorème 1.1.
Chapitre 3
Les cas des tubes
On va se placer dans un cas où E =Rn on sera donc dans des espaces de la forme Rn+iV avec V un ouvert de Rnon appelle un tel espace un tube ouvert de Cn. On va à présent énoncé un théorème analogue au Théorème 1.1 et que nous allons démontrer dans la suite.
Théorème 3.1. Soient V1 et V2 deux ouverts bornés connectés de R contenant l’origine. On pose V =V1S
V2 et on suppose que (i) f holomorphe sur R+iV (ii) f est continue sur R+iV¯ (iii) il existe A <∞ tel que :
f(x+iy)
≤exp
A(x12+...+xn2) dans Rn+iV¯.
Alors f s’étend en une fonction holomorphe sur Rn+iW où W est l’enveloppe convexe de V, de plus cette extension est continue surRn+iW¯
Pour démontrer ce théorème nous allons d’abord énoncer un lemme :
Lemme 3.2. Soitu∈L1 ety7→uey continue sur un certain compact K de Rn alors (i) et (ii) sont vraies :
(a) y7→uey est continue de K0 dans L1 où K0 est l’enveloppe convexe de K.
(b) Si
Z
Rn
u(t)eiz.tdt
≤b pour tout z∈K avec bfixé alors
| Z
Rn
u(t)eiz.tdt| ≤b pour tout z∈K0.
Preuve. SoitE>0, soitµune mesure surRtelle quedµ=|µ|dx. Donc on ay →ey est continue de K dansL1(µ). Le fait que K soit compact implique qu’il y a un nombre fini de pointsy1, ...., ym de K tels que∀y∈K il y ait au moins unyi tel que||ey−eyi ||<E. Comme eyi est dansL1(µ) alors il y a une boule compacte telle que
Z
Bc
eyidµ<E
∀i≤metBcle complémentaire deB. Comme ||ey−eyi ||<E on a Z
Bc
eydµ<2E. (3.1)
On pose Y l’ensemble des y dans R tels que (3.1) est vérifiée. Y est donc convexe, en effet si on prendy0,y00 dans Y et 0< σ <1 tels quey= (1−σ)y0+σy00. On a alors
ey =ey01−σ
ey00σ.
On peut ensuite appliquer l’inégalité de Holder avec les exposants conjugués (1−σ)−1 etσ−1 on obtient donc
Z
Bc
eydµ= Z
Bc
e1−σy0 eσy00dµ≤( Z
Bc
ey0dµ)1−σ( Z
Bc
ey00dµ)σ <2E1−σ2Eσ = 2E
donc y est dans Y. On a donc Y convexe et K’ l’enveloppe convexe de K est dans Y ce qui implique que (3.1) est verfiée pour tout y dans K’. Soient maintenant y et y’ dans K, (3.1) implique que
||ey−e0y||<4E+ Z
B
|ey−ey0|dµ<4E+µ(B)sup
t∈B
(|ey(t)−ey0(t)|).
Commeµ(B)<∞et queey0 tend uniformément versey quand y’ tend vers y et donc||ey0−ey||
tend vers 0 quand y’ tend vers y. Ce qui prouve la continuité de K’ dansL1 et donc prouve (i) Pour prouver (ii) on remarque d’abord que (i) implique que la fonction U definie surRn+iK0 par
U(z) = Z
Rn
u(t)eiz.tdt (3.2)
est continue et bornée. Soit Y l’ensemble des y dans K’ tel que sup
x∈Rn
|U(x+iy)| ≤b
Comme K est dans Y ar definition il suffit de montrer que Y est convexe. Soienty0ety00 dans Y et0< σ0 <1tel quey= (1−σ0)y0+σ0y00. Soit x dansRn, on posez0 =x+iy0,z00=x+iy00 et on definit
γ(s) =U((1−s)z0+sz00), s=σ+iτ,0≤σ≤1
On a Im[(1−s)z0+sz00] = (1−σ)y0+σy00∈K0, γ est bien définie sur la bande [0,1]×iRn et est bornée et continue ; (3.2) montre que elle est aussi holomorphe à l’interieur de la bande.
D’après (3.2) et commey0, y00 sont dans Y on a
|γ(iτ)| ≤b et|γ(1 +iτ)| ≤b
pour tout τ. Commeγ holomorphe sur la bande d’après le principe du maximum on a
|γ(s)| ≤ sup
σ∈0,1
|γ(s)| ≤bpour tout s dans]0,1[×iRn
En particulier |γ(σ0)| ≤b or γ(σ0) =U(x+iy), ayant choisi x arbitrairement on a bien y dans Y ce qui termine la preuve du lemme.
Preuve du théorème. Pour z dansRn+iV¯ on definit g(z) =f(z) exp
−(A+ 1)(z12+...+zn2)
Il est clair que si on démontre le resultat pour g il en va de même pour f. Par definition les hypothèses (ii) et (ii) sont vérifiées pour g et on a une meilleure estimation à la place de (iii)
|g(x+iy)| ≤cexp
(x12+...+xn2)
(3.3) dans Rn+iV¯. Ici c est fini et dépend de A et V. On voit bien que g tend vers 0 quand x tend vers l’infini et donc d’après (ii) on a l’uniforme continuité de g sur Rn+iV¯. On note gy(x) = g(x+iy) On voit aussi que (3.3) implique que gy est dans L1 ∩L2 On note Gy la transformée de Fourier de gy par
Gy(t) = ( 1 2Π)n
Z
Rn
g(x+iy)e−ix.tdt (3.4) Notre prochain but est de démontrer la formule suivante
Gy(t) =e−y.tG0(t) (3.5)
Pour montrer (3.5) on multilpie (3.4) parey.t et on réecrie la partie de doite comme Z
...
Z
g(z1, ..., zn) exp(−iX
tkzk)dz1...dzn
avec zk =xk+yk (les yk sont fixés). Si y est dans V alors par le théorème de Cauchy et le fait que g tende vers 0 en module nous dit que on eut remplacer les yk par desyk0 suffisamment proches. En effet, si on prend z dansC, et γ le lacet parcourant le rectangle de longueur2R et de largeur y0−y.On voit que g(z) exp(−itz) est holomorphe surCdonc d’après Cauchy on a
Z
γ
g(z) exp(−itz)dz= 0 Donc
Z
[−R;R]
g(x+iy) exp(−it(x+iy)dx+ Z
[y;y0]
g(R+ik) exp(−it(R+ik)dk
− Z
[−R;R]
g(x+iy0) exp(−it(x+iy0)dx− Z
[y;y0]
g(−R+ik) exp(−it(−R+ik)dk = 0.
En faisant tendre R vers l’infini les termes où l’on intègre sur[y;y0]tendent vers 0 par hyothèse sur g, on obtient donc
Z
R
g(x+iy) exp(−it(x+iy)dx= Z
R
g(x+iy0) exp(−it(x+iy0)dx
Et donc en faisant la meme chose dansCnon obtient qu’on peut remplacer lesykpar desy0kassez proches . On peut donc conclure que pour chaque t dansRn Gy(t)eyt est constante sur chaque composante connexe de V c’est-à-dire sur V1 et V2 Par (3.3) et le fait que g est uniformément continue on déduit quey7→ gy est continue de V¯ dansL1 donc Gy(t) est une fonction continue de y sur V¯.Gy(t) étant constante sur chaqueV1 etV2 on en déduit que Gy(t)eyt ne dépend pas de y est donc
Gy(t) =e−y.tG0(t)
On a donc prouvé (3.5). La transformation de Fourier-Plancherel définit un automorhisme sur L2 ainsiGy est dans L2, cependant on ne sait pas encore siGy est dans L1. Pour montrer cela on pose Ψ = Ψr une fonction positive qui s’annule en dehors de la boule de rayon r et dont l’integrale vaut sur celle-ci. On definit
h(z) = Z
Rn
ψ(ξ)g(z−ξ)dξ (3.6)
On a donc h= Ψ∗g et on pose hy = Ψ∗gy. On pose Hy et Ψles tranformées de Fourrier respectives de hy etψ alorsHy =ΨGy. En effetTf(gy∗ψ) =GyΨ. (3.5) devient donc
Hy(t) =e−y.tH0(t) (t∈Rn, y ∈V¯)
De plus,y7→gyest continue deV¯ dansL2donc par (3.3), l’uniforme continuité et le théorème de plancherel y 7→Gy est continue de V¯ dansL2. Comme Ψest dans L2 l’inégalité de Schwarz implique que y 7→ Hy est continue de V¯ dans L1. On peut appliquer la formule d’inversion de Fourrier àhy, on obtient
h(z) = Z
Rn
H0(t)eiz.tdt(z∈Rn+iV¯) (3.7) On peut maintenant appliquer notre lemme à H0 à la place de u, V¯ à la place de K, et on peut conclure de (i) quey7→Hy est continue deW¯ dansL1 oùW est l’enveloppe convexe deV, ce qui montre que (3.7) définit h comme une fonction continue sur Rn+iW¯ qui est holomorphe surRn+iW. De (ii) de notre lemme on conclut que la borne superieure de|h|surRn+iW¯ est la même que sur Rn+iV¯. On note hr à la place de h pour montrer la dépendance de h à ψ, en faisant tendre r vers 0 on voit de (3.6) et de la continuité uniforme de g que hr tend vers g uniformément surRn+iV¯. Il suit que|hr1−hr2|à la même borne superieure surRn+iW¯ que surRn+iV¯ donc hr est une suite de Cauchy uniforme sur Rn+iW¯. Et donc la limite de cette suite de Cauchy nous fournit l’exetnsion de g sur Rn+iW¯ désirée ce qui termine la preuve du théorème.
Chapitre 4
Preuve de la version continue
Nous allons dans ce chapitre démontrer le Théorème 1.1 mais qui offre cependant une conclu- sion moins satisfaisante que le théorème vu dans le cas des tubes car il montre seulement l’exis- tence d’un domaine et non quel est le domaine maximal d’extension. Pour montrer l’existence de Ω décrit dans le théorème 1.1 il est suffisant de montrer que tout point de E possède un voisinnage Ω1 dans Cn tel que : pour tout f continue sur W+∪E ∪W− et holomorphe sur W+∪W− il correspond une fonction holomorphe dans Ω1 telle que f(z) = F(z) pour tout z dansΩ1∩(W+∪E∪W−)On va considérer dans lasuite que le point en question est l’origine de Cn. On observe que tout le problème est invariant par transformation lineaire inversible de Cn (ces transformations corresondent à des matrices de taillen×ninversibles) et donc il existe des transformations lineaires qui envoient le cône ouvert S (qui determine V) dans un cone ouvert qui contientRn+. Et il vient que le théorème 1.1 est une conséquence de la proposition suivante Proposition 4.1. Soit E et V des cubes ouverts de Rn definient comme ce qui suit :
E =x:−6< xj <6 etV =x: 0< yj <6
avec1≤j ≤nOn pose W+=E+iV, W−=E−iV. Si f est continue sur (W+∪E∪W−) et holomorphe surW+∪W− alors il existe une fonction F holomorphe sur Un telle que
F(z) =f(z) pour tout z dans Un∩(W+∪E∪W−) avec Un=z:|zj|<1 pour 1≤j≤n
Preuve. On pose c=√
2−1,et on définit φsur la fermeture de U2 par φ(w, λ) = w+λc
1 +cλw On calcule que la partie imaginaire deφvaut
Imφ(w, λ) = (1− |λ|2)Im(cw) + (1− |cw|2)Imλ c|1 +cλw|2
Alorsφà les propriétés sur U¯2 :
1. Imφà le même signe que Imλ quand|λ|= 1 2. Imφà le même signe que Imλ quandwest réel 3. φ(w,0) =w
4. |φ(w, λ)| ≤ (1+
1 c)
(1−c) = 3 + 2√
2<6(cminimise cette fraction)
Maintenant on définit :
Φ(z, λ) = (φ(z1, λ), ..., φ(zn, λ)) (z∈Un, λ∈U¯).
Les propriétés 1 et 4 Φ(z, eiθ)est à valeur dans W+ si0< θ < π, dans W− siπ < θ <2π et dans E siθ= 0 ou π, finalement on a queΦ(z, eiθ) vit dans le domaine de définition de f, pour tout z dansUn et pour toutθ réel. On définit
F(z) = 1 2π
Z π
−π
f(Φ(z, eiθ))dθ (z∈Un)
On voit que si on fixe z l’intégrande est continue en θ. Il est facile de voir que F est continue surUn. L’integrande est aussi une fonction holomorphe de z pour tout θ donc en appliquant le théorème de Morera pour tous les zj séparemment on voit que F est holomorphe sur Un. Nous fixons x= (x1, ....xn) dansE∩Un et donc|xj|<1pour tout j. Les propriétés 2 et 4 montrent quef(Φ(z, λ))vit dans le domaine de f pour toutλdansU¯, alors on peut définir
gx(λ) =f(Φ(x, λ))
On voit que gx est continue sur U¯ car c’est une composée de fonctions continues sur U¯. LorsqueIm(λ)>0alorsΦ(x, λ)∈W+donc par définition de f, gx est holomorphe sur la moitié supérieure de U. Lorsque Im(λ) <0,Φ(x, λ)∈W−, gx est holomorphe sur la moitié inférieure de U. Donc si on applique le théorème 1.1 dans le cas à une variable on obtient que gx est holomorphe sur U. Une fois cela dit on peut donc établir l’égalité suivante :
F(x) = 1 2π
Z π
−π
f(Φ(x, eiθ))dθ = 1 2π
Z π
−π
gx(eiθ)dθ=gx(0)
En effet commegx est holomorphe sur U on peut appliquer le théorème de Cauchy qui dit gx(0) = 1
2iπ Z
∂U
gx(a)
a da= 1 2iπ
Z π
−π
ieiθgx(eiθ)
eiθ dθ = 1 2π
Z π
−π
gx(eiθ)dθ Or
gx(0) =f(Φ(x,0)) =f(x) Donc on obtient finalement
F(x) =f(x) sur E∩ Un. (4.1)
Maintenant on fixez=x+iy, avec |xj|< 12 et0< yj < 12 pour1≤j≤n. On definit h(λ) =f(x+λy), H(λ) =F(x+λy) (λ∈U¯)
Pour chaqueλdansU¯ chaque composante de la partie imaginaire dex+λyest de module inferieur à 12 et elles ont toutes le même signe. Donc h et H sont bien définies. Elles sont holomorphes sur U¯ et coincident sur E∩U d’après (4.1). Et donc h =H sur U¯ , en particulier h(i) =H(i) et donc
F(z) =F(x+iy) =H(i) =h(i) = (f(x+iy) =f(z)
Donc F et f coincident sur un ouvert connexe non vide de W+∩Un et donc comme elles sont holomorphiques surW+∩Unelles coincident sur W+∩Un, de même sur W−∩Un en prenant
−12 < yj <0. On obtient finalement queF(z) =f(z)pour tout z dansUn∩(W+∪E∪W−).
Ce qui termine la preuve de la proposition ainsi que la version continue.
Chapitre 5
Théorème de Banach-Steinhaus sur les groupes
Dans ce chapitre nous allons énoncer et démontrer un théorème très important qui va nous servir dans la suite : le théorème de Banach-Steinhaus Nous allons nous placer dans le cas des groupes commutatifs muni d’une metrique complète et invariante. Soit G un tel groupe etρ une telle métrique, on dit qu’elle est complète si elle fait de G un espace complet (toutes les suites de Cauchy convergent),ρ est invariante signifie que
ρ(f, g) =ρ(f+h, g+h) (5.1)
pour tout f,g,h dans G. L’opération de groupe est écrite comme l’addition et donc l’élément neutre est 0. Si on a f dans G et n et un entier positif, nf signifie la somme des n termes f+...+f et0f = 0. On obtient
nf =
n
X
k=1
(kf −(k−1)f)
l’inégalité triangulaire donne ρ(nf,0)≤
n
X
k=1
ρ((kf −(k−1)f),0) =
n
X
k=1
ρ((kf),(k−1)f)
Par (5.1)ρ((kf),(k−1)f) =ρ(f,0)on obtient donc
ρ(nf,0)≤nρ(f,0) (5.2)
On appelle homomorphisme complexe de G (on l’appelle aussi fonctions additives) est une fonc- tion à valeur complexe Λ sur G qui satisfait Λ(f +g) = Λ(f) + Λ(g) pour toutes f,g dans G.
Une famille Φde fonctions additives de G est équicontinue si pour tout >0 il existe unδ >0 tel que |Λf| < pour toute Λ ∈ Φ et pour tout f dans G avec ρ(f,0) < δ. On va maintenant énoncer le théorème de Banach-Steinhaus
Théorème 5.1. Soit Φ une famille de fonctions additives continues de G et si Ψ(f) = sup|Λf|: Λ∈Φ<∞
pour tout f dans G, alors Φ est équicontinue
Preuve du Théorème. La continuité de la fonction f 7→ |Λf| montre que pour tout entier n l’ensemble
En={f : Ψ(f)≤n}= ∩
Λ∈Φ{f :|Λf| ≤n}
est fermé. AussiG= ∞∪
n=1EncommeΨ(f)<∞pour tout f dans G. De plus comme G est complet on peut appliquer le Théorème de Baire, en effet ce théorème dit que tout espace métrique complet est de Baire et que donc si G est une union dénombrable de fermés d’interieur vide alors G est d’interieur vide ce qui n’est pas supposé être vrai et donc il existe au moins un En d’interieur non vide. En d’autres termes il existe g dans G,R >0 et un entier positif m tels que
|Λ(g+h)| ≤m lorsque ρ(h,0)< r etΛ dansΦ. Sous ces conditions
|Λh|=|Λ(h+g)−Λg| ≤2m (5.3)
Soit N un entier etδ tel que δ =r/2N m. Siρ(f,0)< δ (5.2) implique que ρ(2N mf,0)≤2N mρ(f,0)< r
Et donc (5.3) donne
|Λ(2N mf)| ≤2m (5.4)
CommeΛest additive et que2N mest un entier positif,Λ(2N mf) = 2N mΛ(f). On conclut donc de (5.4) que Λ≤1/N pourΛ∈Φetρ(f,0)< δ. Ceci conclut donc la preuve du théorème.
On va maintenant énoncer un corollaire de ce théorème :
Corollaire 5.2. Si {Λi} est une suite de fonctions additive continues de G telle que Λif
i→∞
= Λf
existe pour toute f dans G, et si K est un compact de G, alors maxf∈K|Λif−Λf|i→∞→ 0
preuve. Soit >0. Par le Théorème de Banach-Steinhaus, il existeδ >0 tel que|Λi(f−g)|<
pour tout i lorsqueρ(f, g)< δComme K est un compact il existe g1, ..., gndans K tels que pour tout f dans K ρ(f, gm) < δ pour au moins un m. Il existe N tel que |Λigm−Λjgm|< quand i > N etj > N. Alors
|Λif −Λjf| ≤ |Λi(f −gm)|+|Λigm−Λjgm|+|Λj(gm−f)|<3
sii > N,j > N et f dans K. En faisant tendre j vers l’infini on obtient que|Λif−Λf| ≤3pour tout f dans K,pour tout i > N.
Chapitre 6
Fonctions tests
Dans cette partie nous allons discuter de la fonction φ qui apparait dans le théorème 1.2.
Soit K un compact deRnet soitCK∞l’espace des fonctions complexes infiniement différentiables à support compact K. Il est facile de voir que CK∞ est un groupe sous l’addition. On définit la métriqueρ surCK∞ par la formule
ρ(φ, ψ) =X
α
2−|α| ||Dα(φ−ψ)||K 1 +||Dα(φ−ψ)||K Avecα parcourant tous les multi-indices de la forme α= (α1, ..., αn), Ici
|α|=α1+....+αn, Dα = ( ∂
∂x1)α1...( ∂
∂xn)αn Et ||.||K désigne la borne supérieure sur K. Comme P
2−|α|<∞,ρ est bien définie.ρ est bien une distance surCK∞, en effet elle est symétrique car||Dα(ψ−φ)||K =||(−1)|α|Dα(φ−ψ)||K =
||Dα(φ−ψ)||K, la séparation est respectée car si ρ(φ, ψ) = 0 alors comme on a une somme de termes positifs chacuns d’eux est nul, donc ||Dα(φ−ψ)||K = 0 et donc φ = ψ. L’inégalité triangulaire est aussi respectée par propriété de la somme et de||.||K qui est une norme. Doncρ définit bien une distance sur CK∞. Il est facile de voir qu’elle est invariante, de plus ρ(φi,0)→0 si et seulement si ||Dα(φi)||K → 0 pour tout α. Ceci montre que {φi} est une suite de Cauchy dans CK∞ (relativement à ρ) si et seulement si {Dαφi} en est une pour tout α relativement à
||.||K. Si on suppose que{φi}est de Cauchy (relativement à ρ) alors chaqueDαφi converge uni- formément. Il suit qu’il existe φ∈CK∞ telle que ||Dα(φi−φ)||K →0 pour toutα, cela implique queρ(φi, φ)→0. Et donc (CK∞, ρ) est bien un espace complet.
La continuité des fonctions additives sur CK∞peut être exprimée d’une manière simple. Nous allons nous placer dans le casn= 1, à la place de K nous allons prendre l’intervalle réelI = [−δ, δ].
Pour simplifier les formules à venir on va supposer que2δ ≤1. SoitΓune collection équicontinue de fonctions additives sur CI∞. Par définition on a donc l’existence d’un r >0 tel que|Λφ|<1 pour toute φ∈Γsi ρ(φ,0)< rc’est à dire si
∞
X
m=0
2−m ||Dm(φ)||I
1 +||Dm(φ)||I < r (6.1)
Soit p≥1tel que2−p < r/4. Comme toute φdansCI∞ sont nulles en dehors de I, toutes ses dérivées sont nulle en−δ etδ alors
||Dp−1(φ)||I ≤ Z
I
|Dpφ(s)|ds
aussi
||Dp−2(φ)||I ≤ Z
I
|Dp−1φ(s)|ds≤2δ||Dp−1(φ)|| ≤ Z
I
|Dpφ(s)|ds On voit donc que
||Dm(φ)||I ≤ Z
I
|Dpφ(s)|ds
pour tout m tel que0≤m≤p−1On va maintenant chercher une majoration pour les p premiers termes de la serie dans (6.1)
p−1
X
m=0
2−m ||Dm(φ)||I 1 +||Dm(φ)||I ≤
p−1
X
m=0
2−m Z
I
|Dpφ(s)|ds ≤2(1−(1/2)p) Z
I
|Dpφ(s)|ds ≤2 Z
I
|Dpφ(s)|
On peut ensuite majorer le reste de la serie parP∞
m=02−m = 21−p < r/2. On peut donc conclure que si R
I|Dpφ(s)|ds < r/4 alors on a bien (6.1). On a donc que|Λφ|<1si R
I|Dpφ(s)|ds < r/4 Si on prend B= 4/ron obtient le résultat suivant
Proposition 6.1. Si Γ est une collection équicontinue de fonctions additives sur CI∞ alors il existe un entier p et une constante B finie tels que
|Λφ| ≤B Z
I
|Dpφ(s)|ds pour tout φ∈CI∞ et pour toutΛ∈Γ.
Chapitre 7
Lemme sur le rayon de convergence
Dans ce chapitre g désigne une fonction complexe infiniment différentiable définie sur un voisinnage de l’origine deRn. On pose
Mr(g) = sup
α
|Dαg(0)|
α! r|α|
On definit
R(g) = sup{r ≥0 :Mr(g)<∞}
Iciα! =α1!...αn!.
On voit facilement que R(g) est le plus grand nombre r tel que P
(Dαg)(0)zα/α! converge absolument sur rUn. En effet le rayon de convergence de la serie étant
R= sup{r ≥0 tq ((Dαg)(0)rα
α! )α bornee}
et on voit que((Dαg)(0)rα! α)α bornée si et seulement si Mr(g)<∞ donc R(g) =R
Lemme 7.1. Supposons que Eest un ouvert deRn, Q et K des cubes compacts centrés en 0 tels queQ+K ⊂E, g est une fonction complexe infiniment différentiable définie sur E et
R(g∗φ)≥R0 pour tout φ∈CK∞ (7.1) AlorsR(g)≥R0. Avec
(g∗φ)(x) = Z
K
g(x−ξ)φ(ξ)dξ
On poseK =In, oI = [−δ, δ]et on suppose sans perte de généralité que2δ≤1. L’hypothèse (7.1) sera utilisée pour les fonctions φde la forme
φ(x) =φ1(x1)....φn(xn)
où chaqueφiest dansCI∞. Pour une telleφon introduit "convolution partielle"Pi par la formule Pi(g, φ)(x) =
Z
I
g(x1, ....xi−1, xi−t, ...xn)φi(t)dt Alors
(g∗φ) =P1...Pn(g, φ) (7.1) dit que
Mr(g∗φ) =Mr(P1...Pn(g, φ))<∞ si r < R0
Le démontre le lemme en appliquant n fois successivement la proposition suivante :
Lemme 7.2. Avec g comme ci-dessus et φ dans CI∞ on definit gφ(x) =
Z
I
g(x1, ...., xn−t)φ(t)dt (7.2) Si Mr(gφ)<∞ pour tout φ dans CI∞ et pour toutr < R0. Alors Mr(g)<∞ pour toutr < R0
Cette proposition implique le lemme car si on prendh1 =P2. . . Pn(g, φ)on a(g∗φ) = (h1)φ1, par la proposition on obtient queMr(h1)<∞, on pose ensuiteh2 =P3. . . Pn(g, φ), la proposition montre que Mr(h2)<∞. En itérant on obtient queMr(hn−1) =Mr(Pn(g, φ))<∞et donc par la proposition Mr(g)<∞.
Preuve. On fixe r et s tels que0< r < s < R0. On définit
Λαφ= (Dαgφ)(0)s|α|/α! (φ∈CI∞)
D’après (7.2) comme on intègre une fonction continue sur un compact on aDα(gφ) = (Dαg)φ On obtient donc que
|Λαφ|=|(Dαg)φ(0)s|α|/α!| ≤ | Z
I
(Dαg)(0, ....,−t)φ(t)dt| ≤ksup
t∈I
(φ(t))
avec k une constante qui dépend de g et α. Il vient donc que Λα est continue sur CI∞. Par hypothèse comme Mr(gφ) < ∞ alors sup
α
|Λαφ| < ∞ pour tout φ dans CI∞. Le théorème de Banach-Steinhaus démontré précédemment dit que {Λα}est une collection équicontinue. Et on a vu à la fin du chapitre 6 que cela impliquait l’existence d’un entier p positif et d’une constante B0 <∞ tels que
sup
α
|Λαφ|=Ms(gφ)≤B0 Z
I
|Dpφ(t)|dt (7.3)
On va maintenant essayer de se débarrasser deDp ans l’inégalité au dessus, On réecrit (7.2) avec un simple changement de variable
gφ(x) = Z
I
g(x1, ...., t)φ(xn−t)dt (7.4) Soitν le multi-indice ν = (0, ...,1). Siφ∈CI∞etψ∈Dpφ, alorsψ∈CI∞, et (7.4) montre que
Dαgψ =Dα+pνgφ En effet
Dα+pνgφ=Dα+pν Z
I
g(x1, ...., t)φ(xn−t)dt=Dα Z
I
g(x1, ...., t)Dpνφ(xn−t)dt=Dαgψ
On pose β=α+pν alors|β|=|α|+pet Dαgψ(0)r|α|
α! =Dβgφ(0)r|α|
α! =Dβgφ(0)s|β|
β!
β!
α!(r s)|α|s−p alors
Mr(gψ)≤Ms(gφ)s−psup
α
{(α+pν)!
α! (r
s)|α|} (7.5)
Siα= (α1, ..., αn) alors (α+pν)!
= (α1!...(αn+p)!
= (αn+p)!
≤(αn+p)p ≤(|α|+p)p
Comme on a supposé que r < s on obtient que le sup dans (7.5) est fini. Et donc d’après (7.3) et (7.5)
Mr(gψ)≤B0 Z
I
|Dpφ(t)|dt.s−p.sup
α
{(α+pν)!
α! (r
s)|α|} ≤B”
Z
I
|ψ(t)|dt (7.6) Où B" dépend de g,r,s,p mais pas de ψ et donc l’inégalité est valable pour toutes ψ∈CI∞ (qui est la pième dérivée d’une fonction φ ∈ CI∞). Soit X l’espace de telles ψ, X contient donc les fonctions ψ ∈CI∞ dont la p-ième integrale a son support dans I. On peut aussi le voir comme l’intersection des espaces où les applications linéaires S1, ...., Sp s’annulent où
S1φ= Z δ
−δ
φ, S2φ= Z δ
−δ
dt Z t
−δ
φ plus explicitement
(k−1)!Skφ= Z δ
−δ
(δ−t)k−1φ(t)dt
Cela montre queS1, ...., Sp sont linéairement indépendantes et que comme δ ≤1/2
|Skφ|= 1 (k−1)!|
Z δ
−δ
(δ−t)k−1φ(t)dt| ≤ | Z
I
φ(t)dt| ≤ Z
I
|φ(t)|dt (7.7) L’indépendance desSi montre qu’il y a des fonctions φ1, ..., φp dans CI∞ telles que Skφj =δkj. Toute φ∈CI∞ à une unique représentation de la forme
φ= (S1φ)φ1+...+ (Spφ)φp+ψ (7.8) où ψ∈X
En effet en définissant ψ comme φ−Pp
i=1Si(φ)φi, i.e. de sorte que (7.8) soit vrai. Il faut vérifier que ψ appartient à X. D’après la description de X , X est l’intersection ∩pi=1Ker(Si), donc il suffit de prouver que Sj(ψ) = 0, pour tout j= 1, . . . , p. Or,
Sj(ψ) =Sj(φ)−
p
X
i=1
Si(φ)Sj(φi) = 0
carSj(φi) =δij , d’après la définition deφi. Si C= 1 +
Z
I
(|φ1|+...+|φp|), D’après (7.7) et (7.8) on obtient que R
|ψ| ≤CR
|φ|. En effet
|ψ| ≤ |φ|+
p
X
i=1
|Siφ|.|φi| ≤ |φ|+ Z
I
|φ|.
p
X
i=1
|φi|
Et donc
Z
I
|ψ| ≤ Z
I
|φ|+ Z
I
|φ|.
p
X
i=1
| Z
I
φi|=C Z
I
|φ|
par linéarité on a
gφ=
p
X
i=1
|Siφ|.gφk + gψ
Il suit de (7.6) et (7.7) que
Mr(gφ)≤ {
p
X
i=1
Mr(gφk) +CB”}
Z
I
|φ|
On peut réecrire cette inégalité sous la forme Mr(gφ)≤B000
Z
I
|φ(t)|dt (7.9)
pour toutes φ∈CI∞. Finalement on considère une suite de fonctions positives(φn)n de CI∞ telles que leurs intégrales valent 1 et que les supports rétrecissent vers l’origine (de la forme In= [−δ/n, δ/n]. Alors pour tout α on a par continuité de (Dαg)
Dα(gφ)(0) = (Dαg)φ(0)→(Dαg)(0) Comme (7.9) est valable pour touteφ∈CI∞ on obtient
Mr(g)≤B000
Or nous avons choisit r < R0 arbitrairement donc c’est valable pour tout r < R0 ce qui termine la preuve de la proposition et donc du lemme.
Chapitre 8
Preuve de la version des distributions
Nous allons enfin démontrer le theorème 1.2 de l’introduction. On se donne f une fonction holomorphe sur E+iV ∪E−iV (E,V comme dans l’énoncé du théorème) et que
y→0lim Z
E
f(x+iy)φ(x)dx (8.1)
existe pour tout φ∈CE∞. On doit prouver que f s’étend en une fonction holomorphe surΩ (qui apparait dans le théorème 1.1).
Soient Q et K des cubes compacts de Rn avec Q dans E, K centré en 0 et K assez petit tel queQ+K ⊂E. Pour tout φ∈CE∞ on définit
(f ∗φ)(z) = Z
K
f(z−ξ)φ(ξ)dξ (8.2)
avec x dans Q et y dans (V ∪ −V)etz=x+iy. On noteQ0 l’interieur de Q. Il est clair que (f∗φ)est holomorphe surQ0+iV et surQ0−iV car f l’est sur E etQ+K ⊂E. On prétend dans un premier temps que(f∗φ) s’etend en une fonction continue sur (Q0+iV)∪Q0∪(Q0−iV).
Une fois ceci supposé on peut appliquer le théorème 1.1 (avecQ0 à la place de E) qui nous dit qu’il existeΩQ dansCn qui contientQ0 oùf∗φs’étend en une fonction holomorphe. On fixex0 dansQ0, il existe y dans V si proche de 0 que si on posez0=x0+yil y a un polydisquez0+rUn qui est dansΩQ et qui contient doncx0. On peut maintenant appliquer le lemme du chapitre 7, commef∗gest développable en serie entiere surz0+rUnelle a un rayon de convergence fini pour toutφet donc on a la même affirmation pour f. En particulier on peut étendre l’holomorphie et donc la continuité de f en x0.
En effet il existef+dansQ0 telle que pour y dansV on àf(x0+iy)→f+(x0)quand y tend vers 0. Comme on à choisitx0 arbitrairement on à la convergence uniforme surQ0. On obtient de même la convergence versf−(x0) lorsque y est dans−V. Cependant d’après (8.1) on à la même limite pour y dans V ou -V, doncf+=f−. On obtient donc bien une extension continue de f sur un ensembleΩ qui contient(Q0+iV)∪Q0∪(Q0−iV). Comme on à choisit arbitrairement Q un cube inclus dans E, on à maintenant les hypothèses du théorème 1.1 sur f et donc on obtient bien l’extension holomorphique de f surω.
On va maintenant prouver ce que nous avons supposé plus haut c’est-à-dire quef∗φs’étend en une fonction continue sur (Q0 +iV)∪Q0∪(Q0−iV). On fixe φ ∈ CK∞. Pour chaque y dans V ∪ −V la fonction
Λy(ψ) = Z
E
f(ξ+iy)ψ(ξ)dξ
est une fonction linéaire et continue surCK+Q∞ . En effet
|Λy(ψ)|=| Z
E
f(ξ+iy)ψ(ξ)dξ| ≤ Z
supp(ψ)
f(ξ+iy)dξ.sup(ψ)≤C.sup(ψ) D’après (8.1)
Λψ=lim
y→0Λy(ψ) existe pour toutφ∈CK+Q∞ . On définit τxφpar
(τxφ)(ξ) =φ(x−ξ)
Comme φest dansCK∞ six∈Qon a(τxφ)∈CK+Q∞ et (8.2) peut être mise sous la forme
(f∗φ)(z) = Λy(τxφ) (8.3)
avec x ∈ Q et y ∈ V ∪(−V). En effet on fait un simple changement de variable (On pose u = z−ξ −iy dans l’expression de f ∗φ). Comme x 7→ τxφ est continue de Q dans CK+Q∞ , pour une suite (xn)n telle que xn → x, chaque dérivée Dα(τxjφ) converge uniformément vers Dα(τxφ)Donc les fonctionsτxφforment un espaces compacts deCK+Q∞ . On peut donc appliquer le corollaire du théorème de Banach-Steinhaus qui implique que
Λy(τxφ)→Λ(τxφ)
uniformément pour∈Qquandy →0. Et donc par (8.3) on a convergence uniforme def∗φsur Q lorsquey →0 et donc cela montre que l’on peut prolonger par continuitéf ∗φsur Q, ce qui termine la preuve du théorème.
Corollaire 8.1. Supposons W+=E+iV comme dans 1.1, f holomorphe surW+ et
y→0lim Z
E
f(x+iy)φ(x)dx= 0 pour tout φ∈CE∞ alors f=0.
Démonstration. On prend f(x+iy) = 0 surW− et on applique le 1.2 et on obtient le résultat attendu.
Chapitre 9
Preuve du théorème de reflexion
Le but de cette partie est de donner une preuve du théorème 1.3. Nous allons d’abord énoncer un lemme qui va nous servir dans la suite.
Lemme 9.1. Si f =u+iv est holomorphe sur W+ =E+iV et si
y→0lim Z
E
v(x+iy)φ(x)dx (9.1)
existe pour toute fonctionφà support compact dans E alors(9.1) est aussi vraie pour u à la place de v.
preuve. Choisissons K et Q comme dans le chapitre précédent. Siφ∈CK∞ etφest réelle alors f ∗φ= (f∗φ)(z) =
Z
K
f(z−ξ)φ(ξ)dξ=u∗φ+i(v∗φ)
dansQ+iV. Si on utilise ce que nous avons fait dans la deuxième partie du chapitre précédent qui était une application du théorème de Banach-Steinhaus alors v∗φ est continue et bornée sur Q (on remplace la fonction f par v). Deplus cela reste vraie pour des dérivées ∂φ/∂xj qui restent des fonctions à support compacts et à qui on peut appliquer Banach-Steinhaus. De plus, par propriété de la convolution on a
v∗(∂φ
∂xj) = ∂
∂xj(v∗phi)
Il suit que commef∗φest holomorphe, par les équations de Cauchy-Riemann
∂
∂xj
(v∗phi)− ∂
∂yj
(u∗phi)
. Et donc les dérivées par rapport à y de u∗φ sont aussi continues et bornées sur Q, ce qui implique la même chose pouru∗φainsi
limy→0
Z
E
u(x+iy)φ(x)dx existe aussi et donc cela termine la preuve du lemme.
Preuve du théorème 1.3. Par hypothèse on se place maintenant dans le cas où la limite dans (9.1) existe et vaut 0. Si on définie f surW− par
f(z) =u(¯z)−iv(¯z)
alors en appliquant le lemme on obtient la conclusion du théorème 1.3. En effet par hypothèse u et v sont holomorphes surW+ et donc z7→u(¯z)−iv(¯z) est holomorphe surW− (car z¯∈W+).
Et donc on à bien d’après le lemme limy→0
Z
E
f(x+iy)φ(x)dx
existe avecy→0dansV ∪(−V). On obtient donc F une extension de f telle quef =F sur tout le domaine de f.
De plus avec f definie comme ce-dessus sur W− on a
f(z) =F(z) =u(¯z)−iv(¯z)⇒F¯(z) =u(¯z) +iv(¯z) =f(¯z) (pour z ∈W−) On a donc bien la condition vérifiée par F sur W−.
Chapitre 10
Application dans les polydisques
La notation Un désigne comme précédemment le polydisque unitaire avec |zn| < 1. Pour toute fonction f surUn on lui associe
∼
f surRn+iRn+ par
∼
f(z1, .., zn) =f(eiz1, ..., eizn) On peut aussi l’écrire sous la forme
∼
fy(x) =fr(w) ou
∼
f(x+iy) =f(rw) où
x= (x1, .., xn), −∞< xj <∞ y= (y1, .., yn), yj >0 r= (r1, .., rn), 0< rj <1
w= (w1, .., wn), |wj|= 1 rw= (r1w1, .., rnwn)
Dans ce chapitre r va donc toujours être un point d’un cube ouvert de Rn et w un point du tore unitaireTn=S1×...×S1. Doncfr est définie surTn. Le changement de variablez7→eiz va de Cn dans Cn et est localement une bijection. Donc toute extension holomorphe de
∼
f va correspondre une extension pour f.
SoitE ⊂Tn et0< δ <1, on va noter [E, δ]l’ensemble des rw avec w∈E etδ, rj <1. Si E est un ouvert et si f est défini dans un[E, δ], on dit que f possède une limite au sens des distributions si
lim Z
E
fr(w)φ(w)dmn(w)
existe pour tout φ∈C∞(Tn) lorsque rj → 1. Ici mn est la mesure de Lebesgue normalisée sur Tn. Supposons que f est holomorphe surUn telle que
f(z) =X
α
c(α)zα (10.1)
On dit que f à des coefficients "polynomialement bornés" si il existe M < ∞ tel que
|c(α)|.|α|−M est borné lorsque |α| → ∞.
Théorème 10.1. Les propositions suivantes pour une fonction f holomorphe sur Un sont équi- valentes :
(i) f a des coefficients "polynomialement bornés".
(ii) f a une limite au sens des distributions sur Tn.
(iii) Il existe une suite de r tendant vers(1, ...1)telle que(10.1)converge pour toutφ∈C∞(Tn).
preuve. Sif(z) =P
α
c(α)zα etφ∈C∞(Tn) a des coefficients de Fourier notés
∧
φalors Z
Tn
fr(w)φ( ¯w)dmn(w) =X
α
c(α)
∧
φ(α)rα
en effet Z
Tn
fr(w)φ( ¯w)dmn(w) = Z
Tn
X
α
c(α)rαwαφ( ¯w)dmn(w) =X
α
c(α)rα Z
Tn
wαφ( ¯w)dmn(w)
on peut écrire w sous la forme w= (e−iθ1, ..., e−iθn) ce qui donne Z
Tn
wαφ( ¯w)dmn(w) = Z π
−π
×....× Z π
−π
((e−iθ1α1, ..., e−iθnαn)φ( ¯w1, ...,w¯n)dm(θ1)...dm(θn)
Ici on adm(θi) = 1/√
2πdθi et donc on a bien la définition des coefficients de Fourier et Z
Tn
wαφ( ¯w)dmn(w) =
∧
φ(α)
Comme φ ∈ C∞(Tn) on sait par propriété des coefficients de Fourier que |
∧
φ(α)| → 0 plus rapidement que n’importe quelle puissance de|α|−1 Si on suppose que (i) est vraie alors il existe M et k finis tels que |c(α)| ≤k|α|M et donc|c(α)φ(α)| ≤ |k||α|∧ M|φ(α)| →∧ 0 quand α tend vers l’infini et doncP
|c(α)φ(α)|∧ <∞ ce qui clairement implique (ii) et (ii) implique (iii). Si (i) est fausse alors il existe des multi-indicesα(s), pour s= 1,2, ...,tels que|c(α(s))|>|α(s)|sOn pose
φ(w) =
α
X
s=1
θs|α(s)|−sw¯α(s)
où θsc(α(s)) =|c(α(s))|On a bienφ∈C∞(Tn) et Z
Tn
fr.φdmn=
∞
X
s=1
|c(α(s))||α(s)|−srα(s)>
∞
X
s=1
rα(s) (car |c(α(s))|>|α(s)|s)
qui tend vers l’infini lorsque r → (1, ...,1) et donc on a pas (iii), par négation on a bien (iii) implique (i)
Nous allons maintenant voir un théorème d’extension holomorphique un peu différents où cette fois ci on travaille avec Un et Vn avec V contient les z tels que|zj|pour tout j et E dans Tn.
Théorème 10.2. Pour tout ouvert E⊂Tn il existe un Ωdans Cn avec les propriétés suivantes (i) Ωcontient Un∪E∪Vn
(ii) si f =u+iv est holomorphe surUn et v à une limite au sens des distributions qui vaut 0 sur E alors f s’étend en une fonction holomorphe sur Ω.
Preuve. Il est clair que c’est un simple corollaire du théorème 1.3 en effet si f verifie de telles conditions alors on peut appliquer le 1.3 à
∼
f et donc on peut étendre
∼
f holomorphiquement et comme il n’y qu’un changement de variable entre f et
∼
f on peut aussi trouver un extension holomorphe de f.
Le théorème 10.1 implique que si f dans (ii) a ses coefficients "polynomialement bornés"
alors l’hypothèse sur v peut être affaiblie et il est suffisant de supposer quevr → 0 au sens des distributions pour une certaine suite de r qui tend vers (1,...,1).
Chapitre 11
Généralisation d’Epstein
Dans ce chapitre nous allons nous placer dans cas plus général que ce que nous avons vu précédemment, en effet nous allons maintenant consiérer deux cônes ouverts de Rn S1 et S2 et nous appelons respectivement V1 et V2 leurs intersections avec des boules quelconques centrées à l’origine. Notons queV1 n’a pas besoin d’intersecter −V2.
Théorème 11.1. Avec E,V1 et V2 comme ci-dessus il existe Ω⊂Cn qui possède les propriétés suivantes
(i) toute fonction f holomorphe sur
W = (E+iV1)∪(E+iV2)
et continue sur W ∪E s’étend en une fonction holomorphe surΩ continue sur Ω∪E.
(ii) Tout point de E est le centre d’une boule B de Cn telle queΩcontienne l’intersection de B et de l’enveloppe convexe de W.
On à aussi une version de ce théorème au sens des distributions mais nous allons seulement considérer le cas continue. On peut se placer dans un cas special comme dans la démonstration du théorème 1.1, en effet le problème est invariant par transformation linéaire deCn. Nous allons nous placer dans le cas special suivant :
Théorème 11.2. Soit t>1 et K est l’ensemble des pointsx+iy deCn tels que leurs coordonnée satisfont
(i) |xj| ≤1 pour 1≤j≤n, (ii) |yj| ≤y1 ≤1 pour2≤j≤n, (iii) y1 ≤t|y2|.
De même on définit H l’ensemble des points qui vérifient (iv) |xj| ≤1/5 pour 1≤j≤n,
(v) |yj| ≤y1 ≤1/5 pour 2≤j≤n.
Supposons que f est continue sur K et holomorphe sur un ensemble qui contient K sauf peut être les points où y vaut 0. Alors il existe une fonction F continue sur H et holomorphe sur son interieur telle queF(z) =f(z) sur H∩K etmax
z∈H|F(z)| ≤max
z∈K|f(z)|.
Le théorème précédent est une donc une conséquence de celui-ci. Il y a assez peu de différences entre H et K sauf dans le plan(y1, y2)à cause de la condition (iv) ce qui rend l’inerieur de K non connexe. H ne possédant pas une telle condition est donc convexe. Pour démontrer le théorème nous allons utiliser une certaine fonction biholomorpheΦdansCnqui transforme f en une fonction
g=f◦Φ−1, définie surΦ(K). Les propriétés deΦsont telles que la formule intégrale de Cauchy pourra être utilisée pour construire une extension continue G de g sur Φ(H) et et F = G◦Φ sera l’extension voulue.
Nous allons maintenant construireΦ La transformationw= Φ(z)est donnée par w1 = z22−iz1
wj = zj (11.1)
pour2≤j ≤nOn obtient donc le système suivant pour z z1 = i(w1−w22)
zj = wj (11.2)
pour2≤j≤nOn voit donc que ΦetΦ−1 amèneCn dansCn. Sizj =xj+iyj etwj =uj+ivj
alors (11.1) et (11.2) nous donnent
u1=x22−y22+y1 , v1= 2x2y2−x1
et
y1 =v22−u22+u1 , x1 = 2u2v2−v1 (11.3) On va maintenant introduire une famille de courbes planes Γ(s, u)avec 1≤s≤tet0≤u≤ 1/4. EtΓ(s, u) paramétrisée par
Γ(s, u)(θ) =√
ucosθ+ 2iu|sinθ|sinθ/(s+p
s2−4usin2θ),
avec −π ≤θ≤π. On voit que quand u = 0 on a juste l’origine et quandu > 0 on a de simple courbes fermées. On remarque cependant que siw2 =u2+iv2 est dansΓ(s, u1)alors il existeθ0
tel que
w2 = Γ(s, u)(θ0) =√
u1cosθ0+ 2iu1|sinθ0|sinθ0/(s+p
s2−4u1sin2θ0) On obtient donc le système suivant
u2 = √
u1cosθ0
v2 = 2u1|sinθ0|sinθ0/(s+p
s2−4u1sin2θ0) On obtient finalement
v22−u22+u1 =s|v2|. (11.4)
Si w = Φ(z) alors (11.3) et (11.4) montrent que y1 = s|y2| De plus on voit que que si r < s alorsΓ(s, u)vit dans l’interieur de Γ(r, u) sauf pourθ= 0, π,−π On va maintenant définir trois ensembles A1,A2 etA3. Le pointw= (w1, .., wn) appartient àA1 si et seulement si
(i) 0≤u1 ≤1/4,|v1| ≤1/2,
(ii) |uj| ≤1,|vj| ≤u1−u22+v22 pour3≤j≤n,
(iii) w2 vit dans l’union des courbes Γ(s, u1),1≤s≤t.
Il appartient àA2 si il verifie (i), (ii) et
(iv) w2 vit dans l’interieur deΓ(1, u1)ou sur Γ(1, u1) , Il appartient àA3 si il verifie (i), (ii) et (v) w2 vit en dehors de Γ(1, u1).